‹ Les insectes de la vigneChapitre 89 sur 187 · III. — Le Sphinx de la vigne · texte numérisé non relu

III. — Le Sphinx de la vigne

[Sphinx [Deilephila] Elpenor Linné).

Cette espèce, appelée par Geoffroy Sphinx de la vigne, ne doit pas être confondue avec le Sphinx vitis Linné, qui est d'Amérique, et dont nous n'avons pas à parler. C'est la plus ampélophage des trois espèces de Sphinx, citées ici et c'est aussi la seule sur laquelle nous nous étendrons un peu longuement.

Le papillon (6g. 54) a 6 à 7 centim, d'envergure. Le corps est rose, avec deux bandes longitudinales d'un vert olive jaunâtre sur Vabdomen et cinq lignes divergentes de cette couleur sur le thorax; celui-ci est borde de blanc près de l'attache des ailes et la naissance de l'abdomen offre de chaque côté une tache noire arrondie. Les ailes antérieures sont, en dessus, d'un rose pourpre avec trois bandes d'un vert olive clair. La bande anté-

LES SPHINX AMPÉLOPHAGES.

rieure longe presque toute la-côte et elle a le milieu marqué d'un petit point blanc. La bande intermédiaire est oblique et se confond à sa partie supérieure avec la bande précédente. La bande postérieure, également oblique, iiniten pointe au sommet. Indépendamment de cela, il y a une petite tache

Fig. 54. — Sphiux de la vigne, grandeur naturelle.

brune contre la base de l'aile et le bord interne est garni de poils blancs depuis son origine jusqu'à la bande postérieure. Les ailes postérieures sont, en dessus, d'un rose pourpre avec la moitié basilaire d'un brun verdâtre, le bord supérieur est d'un blanc teinté de verdâtre et le bord postérieur est liséré de blanc pur. Le dessous des quatre ailes est rose, avec une ou plusieurs bandes à leur partie antérieure d'un jaune verdâtre variant de formes. Les antennes, roses en dedans, d'un verdâtre rosé en dehors, sont liséréesde blanc en dessus. Les pattes sont blanches, la trompe d'un jaune sombre un peu doré.

La chenille 'est verte quand elle est jeune, conservant parfois cette couleur dans un âge avancé; mais alors les raies obliques qu'on observe sur ses côtés sont noirâtres au lieu d'être grisâtres. D'ordinaire, après la seconde mue, celte chenille est d'un brun plus ou moins obscur, finement veiné de noir, avec six raies longitudinales obliques grisâtres. Elle a sur le premier et le deuxième segment de l'abdomen deux taches noires orbiculaires et marquées chacune d'une lunule dont les bords sont d'un blanc violacé et le milieu d'un brun olivâtre. Elle a de plus, le long du dos, deux rangs de points de cette dernière couleur. Son éperon est recourbé, noir, avec l'extrémité blanchâtre. La tête est petite, ainsi que les deux premiers segments du thorax, dont le dernier segment (métathorax) est seul développé. Les pattes articulées sont d'un gris luisant, les fausses pattes brunes.

Cette chenille vit plus souvent sur la vigne que celle des deux espèces précédentes, mais on la trouve aussi sur le caille-lait jaune, l'épilobe et la salicaire. Elle mange beaucoup et grossit assez vite. Sortie de l'œuf cou-

LES SPHINX AJIPÉLOPHAGES. 275

rantjuin, elle est adulte, c'est-à-dire longue de (i à 7 centim.,les premiers jours de septembre.

Elle se creuse alors dans le sol, comme du reste les chenilles des deux espèces précédentes, une loge ovale aux parois unies et garnie de quelques fils de soie où elle opère sa uympliose.

La chrysalide, qui passe l'hiver, est d'un brun roux rappelantla couleur vieux bois, avec la partie dorsale plus claire et celle qui correspond aux appendices du vol el delà marche plus foncée. L'extrémité del'abdumen est en forme de pointe incurvée vers le bas, de couleur noire ; les stigmates et une rangée de petites épines entourant presque entièrement les i", .V et Gc anneaux abdominaux sont également noirs.

Le papillon parait fin mai de l'année suivante ; la femelle pond sur les feuilles de 20 à 25 œufs, qui sont éclosau bout de huit à dix juins ; ces trufs sont arrondis, luisants et de couleur verdâlre.

En dehors des vignes en espaliers, nous n'avons jamais vu le Sphinx de la vigne faire des dégâts sérieux. Il ne broute la vigne sous forme de chenille que de juin à tin août, étant à l'état de chrysalide ou de papillon inoffensif lorsque les pousses sont tendres. On peut donc ne pas s'en inquiéter en grande culture, où sa multiplication, du reste, semble entravée par les binages, qui déterrent la chrysalide. Que de fois nous avons vu cette dernière ramenée à la surface du sol par la charrue, et morte sans doute après quelques journées d'exposition au soleil!

Pour les espaliers, à part les dégâts occasionnés sur les pampres, la présence de la chenille est d'ordinaire décelée par ses grosses déjections cannelées et verdàtres qui tombent au pied des ceps. Il est, en somme, facile, avec ces points de repère, de trouver une chenille longue de G a 7 centim. et de la détruire sans avoir recours à l'arsenal de la chimie.

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