CHAPITRE XIV
ORDRE DES NÉVROPTÈRES
Ce groupe se compose d'insectes ayant des formes, une structure anatomique et des métamorphoses assez différentes pour que certains naturalistes les aient divisés en deux groupes, les Névroptères vrais et les Pseudonévroptères. Dans un travail d'ensemhle comme celui-ci, nous ne pensons pas devoir même donner les caractères de ces deux coupes, et nous dirons avec Linné, le créateur de l'ordre, que les Névroptères sont les insectes réunissant les caractères suivants : quatre ailes membraneuses égales parcourues par un réseau de nervures (vsu^ov) plus ou moins serré, un appareil buccal masticateur et un prothorax toujours distinct .
Les Hémérobes, les Fourmis-Lions, les Phryganes, les Libellules, les Éphémères, les Termites, sont les types les plus connus de l'ordre des Névroptères. Ce sont des insectes en majeure partie carnassiers, c'est-à-dire utiles à l'agriculture ; mais tout un groupe, celui des Termites, est polyphage, tout au moins lignivore, par conséquent nuisible a l'homme.
Les Termites, appelés fourmis blanches dans les pays chauds, sont des insectes aux mœurs sociales fort curieuses, vivant en colonies nombreuses appelées termitières et qui parfois occasionnent de très grands dégâts. On a beaucoup écrit sur ces Névroptères ; mais, ne pouvant entrer ici clans de grands détails, nous renverrons à leur sujet aux travaux des Konig, des Sméathman, des Hagen, des Lespès, des F. Mûller, etc., qui les ont si bien étudiés. Disons cependant qu'une termitière se compose de très nombreux individus, parmi lesquels, comme chez les fourmis, on ren-
contre des individus de formes diverses, tels que des ailés sexués, mâles et femelles, et des aptères asexués, ouvriers et soldats, les uns chargés des soins domestiques, construction, élevages des jeunes, etc., les autres chargés de la défense de la colonie et remarquables par leur énorme tête carrée. Nous ajouterons qu'il y a des termites dont les habitations sont souterraines, d'autres qui bâtissent en terre gâchée des constructions extérieures plus ou moins vastes ayant jusqu'à plusieurs mètres d'élévation, d'autres enfin qui se contentent d'établir leurs colonies dans le bois mort, qu'ils creusent à cet effet en galeries irrégulières et profondes.
C'est à ces derniers qu'appartiennent les deux espèces européennes signalées par divers auteurs comme nuisibles aux vieilles souches de vignes: le Termite lucifuge (Termes lucifugus) et le Termite à col jaune [Terme* flavicollis) .
J. — Termite lucifuge.
[Termes lucifugus Rossi).
On nomme ainsi l'espèce européenne la plus connue, la plus répandue, celle dont les mœurs et les dégâts ont été le mieux étudiés. Lespès ' a publié sur ce termite une étude restée classique, et dans ses colonies, établies dans le bois, il a été observé par cet auteur des faits nouveaux et même des formes d'insectes n'existant pas dans les autres termitières. Outre les quatre formes citées plus haut, les mâles, les femelles, les ouvriers et les soldats, Lespès a en effet constaté une seconde forme de sexués, les petits mâles et les petites femelles, destinés à émigrer, à aller fonder des colonies. Les petits î^ois et les petites reines, comme les appelle l'auteur, faisant allusion au rôle rempli par les sexués dans la termitière, paraissent vers le mois de mai. Les grands rois et les grands reines, qui n'émigrent pas» paraissent au contraire au mois d'août. Dans les deux formes, la femelle, d'abord ailée, perd ses ailes, et, la fécondation opérée, l'abdomen de l'insecte, par suite de la grande production d'oeufs, prend des dimensions extraordinaires.
On reconnaîtra le Termite lucifuge aux caractères suivants : Longueur du mâle, ailes non comprises, 5 millim. environ; de la femelle non fécondée 6 millim., de la femelle fécondée et pleine d'reufs 8 à 9 millim. l'envergure est de 18 à 20 millim. Les insectes ailés perdent leurs ailes avant l'accouplement ; celles-ci paraissent coupées irrégulière-
1 Lespès ; Recherche* sur l'organisation et les mœurs du Termite lucifuge [Ann. des Se. nal., 1856).
ment. La longueur de l'ouvrier est de 4 millim., celle du soldat de 5 à 6.
Le corps, ressemblant à celui d'une fourmi, couvert de poils courts et bruns, est de couleur brun clair cbez l'ouvrier, tirant sur le roux chez le soldat, beaucoup plus foncée et même d'un noir brillant cbez les sexués. Les femelles pleines d'œufs ont l'abdomen distendu, d'un blanc sale, sauf les plaques cbitineuses de la partie dorsale et ventrale, qui restent brunes. Les appendices sont bruns, sauf l'extrémité jaunâtre des tibias, des tarses, des antennes et des palpes ; les quatre ailes, égales, sont membraneuses. Avant d'atteindre l'état de nymphe, remarquable par ses moignons d'ailes, la larve, qui est presque blanche, subit quatre mues dont les intervalles sont appelés stades par Lespès. Après la première mue, c'està-dire au premier stade, la larve a 10 articles aux antennes, 12 à 14 au deuxième stade et 16 au troisième.
Les caractères importants qui font placer le Termes lucifugus dans le? Termes vrais sont les suivants : Tête sans saillie antérieure, cellule marginale des ailes dépourvue de nervures, tarses sans pelotes en forme de ventouses entre les griffes.
Cette espèce est répandue dans le sud et surtout le sud-ouest de l'Europe. Elle est signalée pour M. Horvath en Serbie et dans le sud de la Hongrie, dans les vignes de Berzaszka sur les bords du Danube, dans le sud de l'Italie, la Sicile, la Calabre, les environs de Naples par MM. Targioni et Aloi. Ses régions préférées paraissent être cependant le sud et l'ouest de l'Espagne, le Maroc, Madère, le Portugal et nos départements du Sud- Ouest. D'après Perris1, elle abonde dans les forêts de toute la côte, jusque dans les Charentes, attaquant les souches des pins aussi bien que celles des chênes; tous kh bois morts, en un mot, jusqu'aux charpentes des maisons.
D'après Audouin, Milne-Edwards et M. Blanchard, c'est l'espèce qui depuis la fin du siècle dernier a eDvabi les villes de La Rochelle et de Rocbefort et y a causé des ravages devenus célèbres; mais, selon M. de Quatrefages2, l'identité de ces termites citadins, différents par leurs mœurs de ceux des ebamps et des bois, émigrant en mars et non en mai, resterait encore a. prouver.
Le Termite lucifuge attaque le bois mort de la vigne, comme il attaque tous les bois morts. Chez la vigne, on le sait, les blessures se cicatrisent mal. Les ceps soumis depuis longtemps à la taille ont donc beaucoup de fissures, de tares, de bois mort apparent. Ces parties mortes ou cariées sont attaquées par notre insecte, dont les excavations, surtout dans les parages
' Perris ; Observation n° 7183 (Manuscrits de l'École d'Agric. de Montpellier). 2 Quatrefages ; Souvenirs d'un Naturaliste. Paris, 1854.
exposés au vent, finissent par provoquer la rupture des ceps. Ces accidents sont rares, en somme, et nous pensons que MM. Aloi et Grassi en signalant les termites1 comme sérieusement nuisibles a la vigne, ont un peu dépassé la mesure.