CHAPITRE XV
ORDRE DES ORTHOPTÈRES
Les insectes composant ce groupe se reconnaissent d'ordinaire à leur grande taille. Ils ont les ailes droites (o/>0o;), les antérieures croisées l'une sur l'autre, les postérieures pliées en éventail, la bouclie broyeusc et les métamorpboses incomplètes. Celles-ci se réduisent en effet à des mues ^ui ne modifient pas sensiblement la forme générale de l'insecte. L'état de nymphe ne diffère de celui de larve que par la présence des moignons d'ailes et de celui d'Insecte parfait par des ailes complètement développées.
Si nous nommions ici tous les Ortboptères accusés par les divers auteurs de manger la vigne, nous atteindrions bien certainement la vingtaine. Dès J 833, Soiier, de Marseille, dans une Note à la Soc. cnt.de France, en nomme une dizaine d'espèces. Ce sont pour la plupart les mêmes qui sont observées aujourd'bui dans la région de l'olivier; mais plusieurs, très importantes cependant, confondues sans doute avec d'autres et décrites depuis, ne sont pas nommées. D'autres au contraire y figurent qui ne valent pas la peine de nous arrêter même quelques instants, ne devenant ravageuses que de très loin entrés loin, les années de multiplication exceptionnelle.
* Bibliographie. — Soiier; Note sur l'Ephippiger vitîum cl autres Orthoptères ampétophages de Provence (Aun. Soc. eut. de Fr., 1833). — Dunal ; Des Orthoptères auipëlophages (Soc d'Agric. de l'Hérault 1883). — Boisduval ; Entomologie horticole. Paris, Donnaud, 18G7. — Maurice Girard; Traité élémentaire d'Entomologie. Paris, Baillière, 1870. — Marquet ; Xolcs sur les Orthoptères du Languedoc (Bull. Soc. d'Hist. nat. de Toulouse, 1870-77). — Brunner de Wattenwyl ; Prodromus der europwischen Orthopteren. Leipzig, Eagelmann, 1882. — Finot ; Les Orthoptères de la France. Paris, Deyrolle, 1883. — Kunckel d Herculais ; Les Insectes, tom. I (traduction française de Brehra, 1882. Paris, Baillière). — Targioni-Tozzetti ; Relazione delta Stazione di Entomologia di Firenze, 188 i et 1888. — V. Mayet ; Uescr. d'une noue, espèce de liai bitislcs attaquant la vigne (Bull. Soc. en t. de France, 25 juillet 1888). — Journal La Nature, 1888, Le Cosmos, 1888, etc. ; !.■ invasions deCricjuets en Algérie.
Les espèces maintenues de la liste de Solier, ajoutées à quelques-unes vivant dans d'autres régions ou décrites depuis 1833, nous permettent de porter à huit, pas davantage, le nombre des Orthoptères réellement nuisibles aux vignes, et encore plusieurs ne le sont-ils pas cbaque année. Nous suivrons pour la nomenclature le Catalogue des Orthoptères de France, par M. Pinot.
La liste peut se dresser comme suit :
Famille des Acridides (Criquets) . . Acridium (Pachytylus) migrato-
rius Linné.
— — — [Caloptenus) Italiens
Burmeister.
— — — (Stauronotits) Marocca-
nus Tbunberg.
Famille des Locustides (Sauterelles) Ephippigcr vitium Serville,
— — — Bitterensis Marquet.
— — Barbilislcs Bcrcnguicrl Mayet.
— — Phaneroptera falcata Serville.
Famille des Gryllides (Grillons).. OEcanthus pellucens Scopoli.
FAMILLE DES ACRIDIDES.
Tout le monde a remarqué, dans les lieux secs, des insectes qui, dès que l'on s'approche, s'envolent en montrant leurs ailes inférieures rouges, bleues, jaunes ou blanchâtres et vont se reposer un peu plus loin. Ce sont des Acridides ou Criquets, improprement appelés Sauterelles. Ils volent et sautent bien. Grâce au développement de leurs cuisses postérieures, ce sont même les meilleurs sauteurs de l'ordre des Orthoptères. A ce signalement seul on les reconnaîtrait; mais ils réunissent toujours les caractères spéciaux suivants: des antennes courtes, des tarses de trois articles et un oviducte très court, ne dépassant pas l'extrémité de l'abdomen. Le mâle fait entendre un cri grêle et perçant qui provient du frottement du bord interne dentelé des cuisses de l'insecte contre les nervures saillantes de ses élytres.
De nombreux criquets sont sédentaires ; quelques-uns de ceux-ci, se multipliant beaucoup certaines années, peuvent nuire accidentellement à la Yigne ; mais nous ne les comprenons pas pour cela dans les ampôlophages.
D'autres, moins nombreux en espèces, mais innombrables comme individus et terribles parfois par leurs ravages, ont l'instinct d'émigration et
LES CRIQUETS NUISIBLES A l.\ VIGNE. 283
en font usage lorsque, par suite de leur énorme multiplication, I a régions
qu'ils habitent, dévastées, ne leur offrent plus rien à lirouter.il> émigrenl généralement vers le Nord. Quand ils sont ailés, c'est-à-dire adultes, ils prennent leur vol en masse si serrée que leurs bandes ont été comparées, avec juste raison, à des nuages obscurcissant le soleil. A l'état de larve, c'est-à-dire sans ailes, ils marchent à la suite les uns des autres. «La troupe entière, dit Pallas, parlent spécialement du Caloptenus Italiens, observé dans le sud de la Russie, se met en marche et forme une colonne rectiligne, parfaitement unie. Ces convois, qui rappellent ceux des fourmis, suivent tous, sans se toucher, la même route. Ces criquets se dirigent vers une même région sans trêve ni repos, avec toute la vitesse dont ils sont capables ; ils courent, mais ne sautent que si on les pourchasse. Ils marchent du matin au soir sans s'arrêter, cheminant volontiers sur les roules frayées. Lorsqu'ils rencontrent un obstacle, haie, buisson ou fossé, ils passent audessus et au travers s'ils le peuvent. Vers le coucher du soleil, l'essaim entier se divise en groupes qui cherchent leurs quartiers pour passer la nuit. »
Arrivé au lieu de destination, la troupe, affamée, s'attaque à toutes les plantes vertes, sauvages ou cultivées, et la vigne n'est pas plus épargnée que le blé, le tabac ou les plantes fourragères. Feuilles, fruits, jusqu'aux sarments encore tendres, tout y passe, et, le désastre consommé, la bande vorace repreud sa course pour aller ravager d'autres quartiers.
Nous ne considérons comme réellement nuisibles à la vigne que les trois criquets émigrants et ravageurs par excellence : YAcridium {Pachytulia migralorium, VA. (Calopicnus) Ilalicum et VA. [Stauronotus] Maroccanum. Ces trois espèces ne sont que trop connues dans l'Europe du Sud, la Russie, la Grèce, l'Italie, l'Espagne et même la France, et surtout dans la Turquie d'Asie et l'Afrique du Nord. De temps en temps, trop souvent pour la viticulture, nés sur les lieux ou arrivant du Sud par vols immenses, ils enlèvent complètement la récolte.