‹ Les insectes de la vigneChapitre 95 sur 187 · III. — Le Criquet Marocain · texte numérisé non relu

III. — Le Criquet Marocain

[Acridium (Stauronolus) Maroccanum Thdnberg).

Synonymie: Gryllus Maroccanus Thunberg. — Œdipoda cruciata Brullé. — Stauronolus cruciatus Fischer. — Gryllus crucigcrus Rambur.

On reconnaîtra le Criquet marocain aux caractères suivants : Longueur variable, de 20 à 40 millim. Le corps, développé en hauteur, est resserré latéralement, ce qui, vu de dos, le fait paraître long et étroit. La teinte générale est le gris jaunâtre clair avec des taches brunes plus ou moins nombreuses. Pour peu que l'insecte soit mal préparé, cette teinte générale

Fig. 55. — Le Criquet Marocain, grandeur naturelle

claire passe au brun après la mort. La tête, renllée en dessus, vue de profil, dépasse de beaucoup le thorax en hauteur; les fovéoles du vertex, placées en avant des yeux, sont trapézoïdales. Le prothorax, fortement resserré au milieu par le sillon transversal, est orné de quatre taches ou bandes obliques jaunes, partant de la partie antérieure et postérieure, inclinées audevant l'une de l'autre, ne se rejoignant jamais, mais assez prolongées parfois pour simuler deux bandes croisées qui traverseraient le pronotum en diagonale ; de là, le nom de crucialus ou crucigerus dounéà ce criquet par certains auteurs. Les deux bandes partant de la partie postérieure qui suivent les carènes latérales vont toujours jusqu'au sillon transversal ; celles du bord antérieur sont plus ou moins courtes, parfois nulles. Les ailes, très développées, destinées à fournir un vol soutenu, dépassent l'abdomen de près d'un quart de leur longueur ; les pieds postérieurs portent une tache noire à l'extrémité des cuisses et ont les tibias rouges.

Cette espèce est tristement célèbre par les ravages qu'elle exerce dans l'Afrique du Nord et même en Europe. M. Targioni affirme [Relazione,

1884, pag 14) que c'est elle exclusivement qui occasionne les grands dégâts dans le sud do l'Italie. On l'a signalée également comme fléau à l'île de Chypre, en Asie-Mineure, en Grèce, en Turquie, en Hongrie et en Espagne. On la trouve jusqu'en France sur le cordon littoral de l'Hérault.

« Dans le nord de l'Afrique, dit M. Kunckel d'Herculais1, chargé d'une mission spéciale du Ministre de 1 Instruction publique, son habitat comprend toute la région qui s'étend de l'Atlantique au golfe de Gahès, en bordure du Sahara, à travers le Maroc, l'Algérie et la Tunisie, région permanente, les Hauts-Plateaux, région subpermanente, et le Tell, région temporaire. J'ai fait dresser par commune et par département la carte complète des pontes pour 1888. Les gisements d'œufs couvrent au moins 150,000 hectares.

«Les alouettes et les étourneaux sont de grands destructeurs d'œufs. La chasse des alouettes, que l'on expédiait par chargement sur Marseille, a été interdite. J'ai reconnu que le Ver qui dévore les œufs dans les coques ovigères est la larve d'un insecte diptère de la famille desBombylides. Des gisements en renferment de 10 à 50 %. J'ai trouvé également dans les coques des larves de Canlharidiens, ce qui confirme les belles observations de M. Riley en Amérique.

»Les champignons jouent également un rôle destructeur des plus puissauts, et je me suis assuré que dans certains gisements, 70 et même 100 % avaient été anéantis. J'ai vérifié ainsi l'exactitude des observations des naturalistes russes Metschnikoff et Krassiltschich, qui démontrent que l'arrêt subit des invasions des Acridiens est dû au développement des cryptogames parasites des œufs.

«Quels que soient les bons effets des causes naturelles de destruction, ils sont malheureusement insuffisants .

»Le ramassage des œufs a été pratiqué d'août jusqua la fin de septembre pour venir en aide aux Arabes menacés de la famine. Il a permis de récolter 10,666 met. cubes de coques ovigères. Le labourage produit d'excellents effets : par le bouleversement des gisements, on dérange la situation normale des coques. Les jeunes sont alors mis dans l'impossibilité de soulever l'opercule qui ferme leur demeure.

«Dans tous les pays qui ont à souffrir de l'invasion des Acridiens, on est unanime à concentrer tous les efforts en vue de la destruction des jeunes. J'ai mis en pratique les procédés de destruction qui ont permis aux Anglais de débarrasser l'Ile de Chypre de ces ennemis. 6,000 appareils cypriotes de 50 met. de longueur et de 0m,85 de hauteur, en toile de cre-

* Kuuckel d'Herculais; Comptes rendus de V Acad. des Sciences, Il fév., 1-889).

l 'ephippiger ou porte-selle de la vigne. 287

tonne avec bande cirée de Û'",10, opposant au\ Acridiens une surface glissante infranchissable, sont en cours de fabrication, soit 300 kilomèt. de

barrages mobiles.»

FAMILLE DES LOCUSTIDES.

Les Sauterelles vraies ou Locustides sont remarquables, au premier abord, par leur oviscapte en forme de sabre et leurs antennes sétiformes, très fines, à articles peu distincts, généralement plus longues que le corps. La tête est verticale, la face aplatie; le labre, grand, corné, composé de deux pièces, cacbe en partie des mandibules robustes. Le pronotum ou partie dorsale du protliorax a la forme d'une selle, plate chez certains genres, relevée en arrière cbez d'autres. Les ailes, très développées et en forme de toit aplati cbez les Locusta, par exemple, sont réduites à des moignons en forme de coquilles cbez les Ephippiger et les Barbitistes. Le chant, plus aigu que celui des Criquets, est produit par le frottement de l'élylre gauche contre le bord d'une partie spécialement aplanie de l'élytre droite appelée miroir. Aucune Sauterelle n'a l'instinct d'émigration, ce qui n'empêche pas certains de ces insectes, précisément des espèces qui n'ont pas d'ailes, telles que les Ephippiger, d'être régulièrement plus dangereux pour la vigne que les Criquets.

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