CHAPITRE V
Mœurs des Insectes.
Dans ce chapitre nous examinerons séparément les différents Ordres d'Insectes en passant successivement en revue les familles qui les composent; mais nous ne mentionnerons pas celles qui manquent de représentants dans la faune française et pour rester dans le cadre de cet ouvrage, nous parlerons seulement des insectes qui sont nuisibles aux cultures; cependant il nous arrivera parfois de signaler un type utile ou indifférent, dont les moeurs présentent un intérêt particulier.
Quelques lignes consacrées aux caractères extérieurs des représentants des divers Ordres et de courts tableaux donnant les grandes divisions de ces groupes, compléteront les indications déjà fournies au chapitre IV Classification.
§ 1. ^ — Coléoptères. Pièces de la bouche disposées pour broyer (sauf dans quelques espèces telles que les Lucanes (fig. 53) chez qui ces pièces modifiées ne peuvent que lécher les sucs végétaux). Dans les types normaux les pièces buccales (fig. 11, 21, 22) se composent d'un labre, d'une paire de mandibules, d'une paire de mâchoires, d'une lèvre inférieure, de palpes insérés sur les mâchoires et sur la lèvre inférieure. La tête est en général engagée dans le corselet (prothorax).
Les yeux sont à facettes et souvent entaillés. Le prothorax est développé et nettement séparé des autres anneaux du thorax. Les ailes supérieures ou élytres (du grec elutron, gaîne) fortement chitinisées, quelquefois très dures, sont impropres au vol et recouvrent complètement comme un étui (d'où le nom de Coléoptères — du grec koléos, étui et ptéron, aile) le mésothorax, le métathorax et l'abdomen, ainsi que les ailes membraneuses qui sont repliées sous les élytres; chez les Staphylins (fig. 52), les Méloé (fig. 56) et quelques Longiconies {Molorchiis fig. 58), les élytres ne couvrent pas entièrement l'abdomen; les ailes membraneuses manquent parfois, notamment ches les Carabides. Les Coléoptères ont des métamorphoses complètes; dans la famille des Vésicants on connaît plusieurs espèces subissant Vhypermétamorphose.
Sous- Ordres.
Tarses de toutes les pattes composés de
5 articles Pentamères.
Tarses des deux premières paires de pattes à 5 articles; tarses de la troisième paire à 4 articles Hétéromères
Tarses de toutes les pattes, composés de
4 articles Tétramères.
Tarses de toutes les pattes, composés de
3 articles Trimères.
Familles Principales.
Pentamères. — Cicindélides. — Carabides. — Dytiscides (ou Hydrocanthares). ■ — Gyrinides. • — Hydrophilides (ou Palpicornes). — Staphylinidcs (ou Brachélytres). ■ — Silphoïdes. — Histérides. — Nitidiilides. — Cryptophasides. — Dermestides. — Liicanides (ou Pectinicornes). ■ — Scarabéides (ou Lamellicornes). — Buprestides. — Elatérides. — Télé-
phorides (ou Maîacodermes). — Clérides (ou Téré-
diles). — Ptinides. — Anohiides.
Hétéromères. — Ténébrionides. — Cantharidides (ou
Vésicants).
Tétramères. — Curculionides (ou Rhynchopores). —
Bruchides. — Scolytides. — Cérambycides (ou Lon~
gicornes). — Chrysomélides.
Trimères. — Endomychides. — CoccinelUdes.
Les Cicindélides sont des insectes agiles, des carnassiers aux mandibules puissantes, qui fréquentent les bois secs, les friches ensoleillées, les plages sablonneuses. L'espèce la plus commune aux environs de Paris, la Cicindèle champêtre est entièrement d'un vert gai; elle laisse aux doigts qui l'ont saisie, une odeur assez forte d'essence de rose.
Les Carahides [Carabe fig. 50) forment une grande famille de carnassiers qui rendent à l'agricidture des services importants en détruisant nombre d'insectes phytophages. Les Zahriis cependant s'attaquent aux végétaux; le Zahre hossii^ notamment commet des dégâts dans les cultures de céréales. Après le coucher du soleil, l'adulte grimpe sur les tiges, s'accroche à l'épi et ronge le grain encore laiteux; la larve mange le grain commençant à lever ainsi que les très jeunes pousses. On a signalé à différentes reprises en Allemagne, en Italie, en Hongrie, etc. des ravages étendus et sérieux causés par l'apparition du Zabre bossu, en quantités considérables.
Les Dytiscides ou Hydrocanthares sont des Carahides conformés pour la vie aquatique; leur corps aplati suivant le plan horizontal, leurs pattes construites pour la natation, leur permettent de parcourir les eaux avec facilité; ils s'envolent d'ailleurs aisément pour se transporter d'une mare à une autre. Ils sont carnassiers et les gros Dytiques (fig. 51) peuvent être nuisibles à la pisciculture en étang, car ils s'attaquent souvent au frai et parfois aux alevins.
Coléoptères.
Fig. 50: Carabide (Carabe). Fig. 51: Dytiscide (Dytique). Fig. 52: Staphylinide (Ocypus). Fig. 53: Lucanide (Lucane mâle). Fig. 54: Malacoderme (Lampyre mâle). Fig. 55: Maiacoderme (Lampyre femelle). Fig. 56: Vésicant (Méloé). Fig. 57 : Vésicant (Sitaris), Fig. 58: Cérambycide ou Longicorne (Molorcbus). Fig. 59: Coccinellide (Coccinelle).
Les Gyrinides ont la même forme que les Dytiscides; le dessus de leur corps est généralement d'un noir brillant; on les voit souvent réunis en groupes nombreux à la surface des eaux la sillonnant rapidement en décrivant des cercles, des zigzags, des spirales sur un espace restreint, sans jamais se rencontrer; ce manège leur fait donner quelquefois le nom de tourniquets; ils sont carnassiers.
Les Hydrophilides ou Palpicornes reçoivent ce dernier nom de leurs palpes dont la longueur atteint ou dépasse celle des antennes; leur corps brillant mais de couleur sombre est très convexe en dessus mais plan en dessous. Le plus grand nombre des espèces vivent dans l'eau et se nourrissent de matières végétales; les Hydrophilides sont d'ailleurs moins bons nageurs que les Dytiscides et les Gyrinides et se tiennent au milieu des plantes où ils demeurent de préférence accrochés. Le plus remarquable d'entre eux, V Hydrophile brun, est un des plus gros insectes français, mais la plupart des Palpicornes sont de petite taille ; quelques uns vivent dans les bouses, les détritus végétaux, etc.
Les Staphylinides ou Brachélyires sont caractérisés par un corps très allongé et un abdomen à segments très mobiles qui n'est recouvert qu'en partie par les élytres; ils forment une famille extrêmement nombreuse dont les représentants vivent de proies vivantes ou de matières décomposées. Le plus commun des gros Staphylins de nos régions le Staphylin odorant (fig. 52) insecte entièrement d'un noir mat, se rencontre souvent sur les chemins et dans les champs; dès qu'il est inquiété il s'arrête, se campe sur ses pattes, ouvre largement les mandibules et redresse son abdomen; cette attitude menaçante lui a donné mauvaise réputation chez les gens de nos campagnes qui en certains pays le considèrent comme «une bête venimeuse» et le baptisent du nom de « Scorpion ». C'est pourtant un animal utile et parfaitement inoffensif.
Un groupe de Staphylinides qui diffère beaucoup comme aspect des autres représentants de la famille, est formé par les Psélaphides; plusieurs entomologistes les classent en une famille distincte, car leurs tarses n'ont que trois articles et leurs ongles sont souvent uniques; ce sont de très petits insectes dont plusieurs espèces vivent dans les nids des Fourmis.
Les Silphides renferment des insectes à antennes renflées en massue ou terminées par des articles élargis; ils vivent presque tous auprès des matières animales décomposées. Les Nécrophores (fig. 21) creusent le sol sous les petits cadavres d'animaux et les enterrent avant d'y pondre leurs œufs. La larve du Silphe opaque (PL 80) s'attaque aux betteraves et cause fréquemment de grands dommages dans nos départements du Nord.
Les Histérides, Coléoptères de forme aplatie, sont larges, presque carrés, brillants, d'une couleur foncière noire; leurs téguments sont très durs; leurs pattes courtes et comprimées peuvent se ramener complètement sous le corps et rentrer dans des cavités, en même temps que les tarses se logent dans une rainure sillonnant les tibias; la tête petite, est très enfoncée sous le corselet qui présente souvent une surface égale à la moitié des élytres; ils vivent de matières animales et végétales en décomposition; quelques uns chassent des proies vivantes; on les nomme vulgairement «Escarbots».
Les Nitidiilides^ petits insectes larges, peu bombés, à conformation rappelant un peu celle des Histérides, vivent les uns sur les fleurs, les autres dans les matièrse en décomposition, beaucoup sous les écorces. Une espèce, le Méligèthe bronzé {Meligethes aeneiis F.) se montre parfois extrêmement abondant sur les Crucifères et commet, notamment sur le Colza, des dégâts appréciables; l'adulte mange les fleurs, la larve, plus
nuisible, ronge les pistils, les étamines et ensuite les graines naissantes.
Les Cryptophagides^ sont répandus dans les caves, les celliers, les endroits obscurs, sous les écorces, les débris végétaux, etc.; ce sont de très petits insectes qui se nourrissent de moisissures, de champignons, d'exsudations de sève, de sucs divers, etc.
Les Dermestides vivent aux dépens des matières animales. Dans la nature on les trouve sur les cadavres d'animaux, rongeant le poil, la corne, les tendons, la peau desséchée; mais on les rencontre aussi trop souvent dans nos habitations, dans les approvisionnements de comestibles, dans les musées; ils commettent de très graves déprédations en s'attaquant aux habits, aux tentures, aux salaisons, aux objets d'histoire naturelle. Le Dermeste du lard vit aux dépens de nos provisions; d'autres espèces détruisent les animaux empaillés de nos musées. La larve de VAUagè?ie des pelleteries détériore les fourrures, les tapis, le capiton des sièges; celles de VAnthrène des musées sont un fléau pour les collections entomologiques mal surveillées, qu'elles anéantissent en peu de temps. La constatation trop fréquente de leurs dégâts excuse les entomologistes de se transmettre religieusement de génération en génération la plaisanterie suivante. Un examinateur interroge un candidat au baccalauréat: ((Combien les Insectes ont-ils de pattes? >> — «Cela dépend Monsieur! une, deux, trois, quelquefois quatre, rarement cinq, jamais six! d Haut le corps de l'examinateur qui gémit « Mais où diable avez-vous vu cela, jeune homme! » — « Dans les collections du lycée. Monsieur! ». En réalité quand les Anthrènes ont élu domicile dans une boîte d'insectes rarement ouverte, il n'y a pas que les pattes qui manquent; la collection
est ordinairement réduite à une collection
d'épingles !
Les Liicanides ou Pectinicornes sont caractérisés par la forme des antennes qui sont coudées et terminées par une sorte de peigne (type: Cerf-volant fig. 53). Les mâles présentent un développement remarquable des mandibules; les larves vivent dans le bois carié des vieux arbres; les adultes qui se nourrissent des exsudations de sève, circulent sur les troncs et les feuilles.
Les Scarahéides ou Lamellicornes ont des antennes analogues à celles des Liicanides, mais le dernier article est formé de lamelles qui peuvent s'ouvrir et se fermer comme les branches d'un éventail.
Les Insectes qui composent la famille des Scarahéides ont des mœurs très dissemblables. Les Copridiens^ les Aphodiens, les Géotriipes (ou Bousiers) vivent de matières stercoraires ; les Oryctes vivent dans le terreau, la tannée, les tas de sciure, etc.; les Mélolontlùens ou Hannetons sont en général très nuisibles aux plantes, car les adultes mangent les feuilles tandis que les larves rongent les racines; parmi eux le Hanneton commun {Hoplosternus melolontha L. = Melolontha vulgaris F.) peut être considéré comme un des principaux ennemis de nos cultures et des forêts d'essences feuillues. Il est trop connu (voir dessin de la couverture) pour que nous jugions utile de lui consacrer une planche en couleurs, mais nous devons dire quelques mots de sa vie larvaire.
L'adulte apparaît généralement au commencement de Mai; l'accouplement peut durer plusieurs jours. La femelle pond ses œufs en petits tas dans les terrains meubles, à une profondeur de quelques centimètres; au bout de cinq semaines environ les larves (dites «vers blancs », « mans », « turcs », « mulots » etc.) éclosent, rongent le chevelu des racines et à la fin de Septembre elles s'enfoncent plus ou moins dans la terre; on en trouve pendant l'hiver à 80 centimètres de la surface du sol. Quand la température s'élève elles remontent;
Lxxvrii
lorsque le thermomètre baisse elles évitent le froid en s'enfonçant à nouveau; durant les trois années que dure la phase larvaire elles ne cessent de dévorer les racines qu'elles vont chercher en cheminant sous terre. Au bout de trois ans vers la fin d'Août, elles pénètrent à 1 m. environ de profondeur, se changent en nymphe et avant l'hiver, l'adulte est éclos; mais il passe la mauvaise saison dans le sol d'où il ne sort qu'au printemps suivant.
Les ravages commis par les adultes, qui dépouillent parfois de leurs feuilles des hectares de bois et de vergers, sont considérables, mais ces dégâts sont de beaucoup surpassés par ceux que font les larves qu'on a vu détruire sur d'immenses étendues, des luzernes, pommes de terre, betteraves, des plantations de jardins maraîchers, des champs de céréales, des semis forestiers, des pépinières, etc. Une expertise officielle concernant le département de l'Aisne a estimé à 60% la diminution par le fait des vers blancs, de la récolte betteravière pendant certaines années.
Des Commissions agricoles ont évalué à 12 millions de francs les dégâts commis par les Hannetons en 1880 dans le département de Seine-et-Marne.
Le seul procédé de destruction des Hannetons, qui soit réellement pratique est le hannetonnage ou ramassage des adultes immédiatement après leur éclosion ; ce procédé qui doit, pour devenir efficace, être appliqué en grand pendant plusieurs années consécutives revenait de 1909 à 1912 aune moyenne annuelle de Ofr.,14 par hectare.
Les Cétoines dont certains représentants comptent parmi les plus beaux de la faune entomologique, ont le corps aplati en dessus et généralement revêtu de vives couleurs métalliques. Ces insectes se trouvent sur les fleurs à l'état adulte et dans le terreau des vieux arbres à l'état larvaire. La Cétoine dorée très connue dans nos régions sous le nom de Hanneton des
roses^ se rencontre communément sur les roses, les fleurs de sureau, etc.
Les Buprestides ou Serricornes ont le corps très dur, allongé, pointu en arrière; les derniers articles des antennes prolongés de côté donnent un peu à ces organes l'aspect d'une scie; le corselet peu mobile est aussi large que les élytres; les pattes sont courtes; beaucoup de Buprestides sont revêtus de brillantes couleurs métalliques, ce qui leur a fait donner vulgairement le nom de «Bichards)). Les larves d'un grand nombre de Buprestides portent préjudice aux arbres en creusant des galeries dans le tronc ou dans les branches (PL 14).
Les Elatérides^ (vulgairement « Taupins ») rappellent comme aspect les Buprestides, mais ils en sont séparés par des caractères anatomiqucs importants. Une particularité de leur construction leur permet, lorsqu'ils sont tombés sur le dos, de sauter sur place pour retomber sur leurs pattes qui sont trop courtes pour permettre à l'insecte de se retourner facilement; ils exécutent cette manœuvre en se cambrant appuyés sur le haut du corselet et sur l'extrémité du corps; puis par une détente brusque, ils viennent frapper du dos la surface sur laquelle ils sont tombés, se projetant par contre-coup à une certaine hauteur; quand on les tient par les élytres ils donnent de haut en bas avec le corselet une série de saccades accompagnées d'un bruit sec, au moyen desquelles ils espèrent se délivrer; ces manœuvres leur ont fait donner les noms vulgaires de «Sauter illots, Toque-maillet, Maréchaux, Forcerons, etc. ». Les larves vivent sous terre ou dans le bois pourri; quelques unes (notamment celles à^ Agriotes) se rendent très nuisibles aux céréales et aux diverses plantes cultivées, en rongeant les grains en germination ou les radicelles; elles sont connues des agriculteurs sous le nom de « Vers fil de fer». Les adultes se trouvent sur les fleurs, sur les feuilles, sous les écorces.
E. p. N. VI. 6
Les Téléphorides ou Malacodermes ont des téguments mous et des élytres souples; ils sont presque tous carnassiers aussi bien à l'état larvaire qu'à l'état adulte et rendent service à l'agriculture en dévorant les petites larves phytophages. Les Lampyres ou Vers-luisants (fig. 54, 55) qui animent de lueurs discrètes les gazons pendant les bellos nuits d'été, les Lucioles, gracieux feux-follets des jardins du littoral méditerranéen, sont rangés dans cette famille. Les Téléphores, insectes étroits, allongés, bruns ou roux, que l'on rencontre communément sur les tiges des graminées, les Malachius, petits Coléoptères verts qui laissent saillir de chaque côté des élytres lorsqu'ils sont inquiétés, des petites vésicules rouges ou orangées, ce qui leur a valu le nom populaire de (.^ Cocardiers))^ constituent les principales tribus de nos Malacodermes indigènes.
Les Clérides ont les antennes terminées par une sorte de massue et les tarses munis en dessous de lamelles; ce sont des insectes revêtus en général de couleurs gaies, leurs larves vivent sous les écorces, dans le bois mort, dans les rainures des planchers, les matières animales desséchées, etc.; elles sont carnassières ainsi que les adultes et poursuivent les larves xylophages, celles d^Anthrènes, de mouches, etc. Les plus gros représentants de la famille, les Clairons, beaux insectes, communs sur les fleurs, ont les élytres barrés transversalement de bandes rouges et noirbleuté; ils vivent à l'état larvaire en parasites des Abeilles domestiques ou des Melhfères sauvages.
Les Ptinides ont le corps globuleux; leur corselet très convexe recouvre la tête; ils fuient la lumière se tenant dans les recoins des greniers, dans les fagots, sous les mousses; ils se nourrissent de hchens, de débris végétaux et sont nuisibles aux tapis, aux fourrures, aux provisions, aux collections d'histoire naturelle.
Lxxxr
Les Anohiides^ voisins des précédents quoique de forme toute différente, mangent les matières végétales sèches, bois, graines, etc. h^ Anohiiitn paniceiim L. très petit insecte brun vivant dans les herbiers des botanistes, les bocaux de plantes médicinales des herboristes, les boîtes contenant des pâtes alimentaires n'est que trop commun dans les maisons. Le Xestobium tessellatiim Oliv. ou Vrillette beaucoup plus gros, creuse des galeries dans le bois de nos habitations, dans les parquets, les plinthes en menuiserie, les charpentes, les meubles ; l'adulte trouble souvent le silence de la nuit en frappant de la tête les parois de sa retraite; cet appel sexuel produit un bruit sec et réguhèremxcnt espacé que la superstition populaire ne sachant à quelle cause attribuer a dénommé c Horloge de la Mort » ; entendu dans la chambre d'un malade il est censé présager son prochain trépas. Citons aussi les Ptilinus dont les larves criblent de trous les vieilles charpentes.
Les Ténébrionides groupent une quantité de types hétérogènes qui n'ont d'autres caractères communs que celui de posséder 4 articles aux tarses des pattes antérieures et 5 articles aux tarses des pattes médianes et postérieures. Les formes, les mœurs des divers groupes diffèrent considérablement. Nous citerons: Les Ténébrioniens ou Melasomes dont quelques représentants vivent sous les mousses, les écorces, dans les champignons poussant sur les arbres, tandis que d'autres se trouvent dans la farine, les coffres à provisions, ou habitent les plages et les terrains sablonneux même les plus brûlés du soleil. Le Tenebrio molitor L. se rencontre dans les boulangeries, les moulins, les huches à pain; sa larve bien connue sous le nom de Ver de f urine ^ se nourrit de cette substance. Le Blaps mortisaga L. fréquente les tuyaux d'évacuation des eaux ménagères, les boîtes à ordures, les celliers. Les Asida, Pimelia, Akis^ Scaurus^ etc. vivent dans le sable de nos plages méridionales, se nour-
lissant de détritus de toutes sortes; en Afrique on les rencontre en grand nombre dans les régions désertiques les plus arides; leur existence y est sans doute mal assurée car dès qu'un débris d'aliments tombe sur le sol, on les voit accourir de tous côtés pour se disputer cette manne inespérée. Un entomologiste nous a raconté que campant un jour aux environs de Djibouti et prenant assis par terre un frugal repas, une goutte d'huile tomba d'une boîte de sardines sur son pantalon; aussitôt surgirent du sable quantité de Melasomes d'espèces diverses, qui vinrent affamés se cramponner au vêtement pour dévorer avec avidité l'étoffe imbibée de matière grasse; la boîte vide ayant été jetée, elle disparut bientôt sous un monceau d'insectes grouillants. Les Cistéliens, les Mordeïliens, les Anihiciens sont des groupes de Ténéhrionides dont les formes sont variées; leurs mœurs ne sont pas très bien connues.
Les Cantharidides ou Vésicants, sont remarquables non seulement par leurs formes, mais surtout à cause de leurs mœurs et de leurs métamorphoses dont nous avons parlé précédemment; ils sont parasites de différents Insectes, principalement d'Hyménoptères. Un insecte rare, d'une forme bizarre, le Rhipiphore paradoxal, vit dans les nids de Guêpes. Les Méloé, lourds Coléoptères d'un noir bleu, sans ailes, à l'abdomen énorme et traînant, aux élytres écourtés (fig. 56), vivent pendant leurs premiers états en parasites de diverses Abeilles; les Sitaris (fig. 57) ont les mêmes mœurs. Les Cantharides (PI. 58) sont de beaux insectes d'un vert doré soyeux, qui introuvables en temps ordinaire forment parfois des essaims tellement considérables, que les arbres, notamment les frênes et les lilas, sur lesquels ils s'abattent sont en quelques heures complètement dépouillés de leurs feuilles. On se demande quels peuvent être les hôtes capables d'entretenir un tel nombre de parasites à la fois. Les Myla-
hres aux élytres en toit, marqués de bandes ou de taches sur fond jaune ou rouge âtre, vivent sur les fleurs;, leurs métamorphoses sont mal connues.
Les Curciilionides ou Charançons forment une des plus vastes familles qui existent dans le règne animal; environ 12000 espèces sont actuellement décrites et chaque exploration scientifique d'un pays peu parcouru en fait connaître de nouvelles variétés. Le caractère distinctif des Charançons est le prolongement de la tête en une sorte de bec {rostre) qui porte à son extrémité les organes buccaux; ce rostre les fait désigner quelquefois sous le nom^ de Rhynchophores et de Rostrifères. Le corps généralement globuleux peut, comme chez les Lixiis, être au contraire extraordinairement étroit et allongé. Leurs larves dépourvues de pattes ont le corps incurvé. Tous les Curciilionides sont phytophages et chaque espèce s'attaque à une ou plusieurs sortes de plantes déterminées, en dehors desquelles on la trouve rarement; chaque sorte de plante peut d'ailleurs être attaquée par des types de Charançons différents, l'un vivant des racines, l'autre des fruits, celui-ci de la tige ou des feuilles.
Les Sitones (PI. 1) ont le corps assez allongé et le rostre court; quelques espèces sont nuisibles aux Papilionacées (pois, fèves, luzernes). Les Rhynchiies (PL 25) revêtus souvent de belles couleurs métalliques, s'attaquent aux feuilles des arbres, de la Vigne, etc. Les Apions, petits Charançons de forme conique et au rostre grêle, forment un groupe très nombreux vivant aux dépens d'une quantité de plantes basses. Les Brachycères aux élytres très durs parcourus de sillons sinueux et profonds, bosselés de protubérances, dévorent les bulbes de Liliacées telles que Narcisse, Ail, Echalote et causent dans le midi de la France de graves dommagps à la culture do ces plantes. Les Hylobiiis, les Pissodes (PI. 51) sont très nuisibles aux résineux. Les Balaninus^ aux formes
triangulaires, au rostre grêle et démesurément long, pondent leurs œufs dans les noisettes, noix, châtaignes. Les Anthonomes (PI. 39) comptent parmi les plus dangereux ennemis de nos arbres à cidre. Les Otiorrhynchus (P]. 100), charançons répandus surtout dans les régions montagneuses vivent à terre et rongent les radicelles et les feuilles; Otiorrhynchus ligiisiici L. qui se montre souvent par grandes masses est dans ce cas très nuisible aux céréales et aux plantes fourragères. Les Orchestes que l'on rencontre sur les feuilles, peuvent exécuter, grâce au développement de leurs cuisses postérieures des sauts étendus; leurs larves minent les feuilles et VOrcheste du Hêtre qui apparaît parfois en grandes quantités sur les représentants de cette essence, cause des dommages sérieux aux plantations forestières. Les Calandra (PI. 83) étroits et allongés commettent des dégâts énormes dans les approvisionnements de céréales, leurs larves mangeant l'intérieur des grains. Les Polydrosus^ Chlorophanus, couverts souvent d'écaillés d'un vert tendre et brillant, se trouvent sur les feuilles des taillis et des buissons, sur les orties, etc.
Ces citations que nous arrêtons ici, permettent de se rendre compte que nombre de Curculionides sont pour l'agriculture des ennemis redoutables.
Les Bruchides très voisins des Curculionides, vivent aux dépens des graines d'une foule de plantes, principalement des Papilionacées; les larves de plusieurs espèces telles que la Bruche des pois; (PI. 9) la Bruche des lentilles, celle des jèves, celle des haricots, commettent des dégâts considérables dans les approvisionnements destinés à l'alimentation ou à la semence; elles rongent tout l'intérieur de la graine avant de se transformer et on a vu des stocks, dont 60% des graines étaient dévorées par les Bruches.
Les Scolytides ou Xylopha^es, sont des insectes de petite taille; leur corps est cylindrique avec un corselet
très développé aussi large que les élytres ; la tête formant un museau court est en général engagée sous le pronotum. Certaines espèces perforent les tiges ou les racines de plantes herbacées (Trèfle, Luzerne) ou comme le Xyleboriis dispar Fab. s'enfoncent dans le bois même des végétaux ligneux; quelques unes minent les bourgeons des Conifères; le plus grand nombre vit entre l'écorce et l'aubier des arbres. Les Xylophages cjui s'attaquent aux plantations de nos forêts et de nos promenades leur causent un préjudice immense, soit qu'ils dévorent les pousses terminales, soit qu'ils amènent en creusant de très nombreuses galeries, une déperdition de sève entraînant en peu d'années la mort du sujet infesté. Dans nos régions ce sont principalement les Conifères qui ont à subir leurs ravages et il n'est pas rare de voir de grandes étendues de forêts de pins, sapins, épicéas, sécher sur pied à la suite d'une invasion de Xylophages ; ces Coléoptères doivent donc être mis au nombre des principaux ennemis de la sylviculture.
En règle générale l'insecte adulte pénètre jusqu'à l'aubier en traversant l'écorce; il trace alors une galerie, quelques fois deux à la surface interne de l'écorce et dans le sens des fibres de l'arbre puis il pond ses œufs tout le long de cette galerie; chaque larve établissant à son tour dès son éclosion, un couloir perpendiculaire à la galerie de ponte, le dessous de l'écorce se trouve bientôt entaillé de rainures sinueuses, parallèles les unes aux autres, qui s'allongent et s'élargissent au fur et à mesure de la croissance de l'occupant (PI. 50).
Chaque espèce de Scolytide creuse ses couloirs suivant un plan qui lui est particulier; tantôt ces couloirs serpentent entre l'écorce et l'aubier, tantôt ils s'enfoncent dans le cœur du bois ; ceux que trace une espèce restent toujours séparés tandis qu'une autre espèce les fait se rejoindre de manière à dessiner un réseau comphqué, de sorte qu'on peut en l'absence
de l'insecte, connaître l'auteur du dégât par l'examen du dessin ramifié formé par les galeries qu'il a creusées.
Lorsque le Xylophage est devenu adulte il perce l'écorce sous laquelle il vivait et effectue sa sortie.
Les Cérambycides ou Longicornes présentent par suite du développement de leurs antennes et de l'allongement général du corps un faciès particulier. Ils se nourrissent de végétaux; beaucoup de larves vivent dans le bois et bien qu'elles ne s'attaquent le plus souvent qu'aux arbres languissants elles n'en sont pas moins nuisibles puisqu'elles en activent le dépérissement et que les galeries qu'elles font dans le bois entraînent une diminution de sa valeur marchande; en outre il n'est pas rare de voir certaines de ces espèces se développer dans les poutres de nos habitations au point de compromettre leur soHdité {H jjlotnipes bajiilus L. PL 52). Quelques Longicornes passent leur existence larvaire dans les tiges de plantes herbacées et produisent parfois de sérieux dégâts {Calamobius filiim Rossi PL 79). De petites espèces telles que Gracilia pygmaea F., Leptidea breidpennis Muls., etc. rongent dans les celhers et ]es caves, les cercles en bois des tonneaux, l'osier des paniers et causent de ce fait aux cultivateurs des pertes appréciables.
Les Chrysomélides diffèrent des Cérambycides par des caractères anatomiques peu importants; cependant leur aspect général n'est pas le même ; les Chrysomélides se distinguent par une forme générale ramassée par une grande convexité du corps en dessus. Ils vivent aux dépens des végétaux ; quelques espèces, notamment VAltise de la Vigne (PL 73) qui se montrent certaines années en grande abondance causent aux cultures des dommages importants.
Les Coccinellides n'ont que 3 articles aux tarses des pattes postérieures; leur corps hémisphérique les fait reconnaître aisément, ce sont pour la plupart des insectes carnassiers, qui rendent service à l'agriculture,
car sous la forme larvaire comme sous la forme adulte, ils s'attaquent principalement aux pucerons.
§ 2. — Orthoptères. Pièces buccales disposées pour la mastication; 4 ailes, les 2 supérieures souples se croisant l'une sur l'autre, les deux inférieures membraneuses et pliées en éventail. Métamorphoses incomplètes; les larves rappellent malgré l'absence d'ailes, la forme adulte à laquelle elles parviennent par des mues successives.
On sépare les Orthoptères en deux Sous-Ordres:
Les Orthoptères coureurs dont les pattes postérieures grêles ne sont pas construites pour le saut.
Les Orthoptères sauteurs qui possèdent des membres postérieurs allongés présentant un renflement des cuisses dénotant des facultés pour le saut plus ou moins développées.
Familles Principales.
Orthoptères coureurs: Forficulides — Blattides —
M a ni ides — Phasmides.
Orthoptères coureurs: Acridides — Lociistides —
Gryllides.
Les Forficulides^ comprennent les Forficiiles, vulgairement appelées Perce-Oreilles (PI. 21) à cause croit-on des pinces terminant leur abdomen et rappelant celles qui servaient aux bijoutiers pour percer le lobe de l'oreille à laquelle on voulait fixer un pendant.
Les Blattides veniermeni les Blattes (PI. 95) (vulgairement appelés Cafards^ Cancrelats, Kakerlacs, Ravets, etc.) insectes plats allongés et mous qui vivent à l'état naturel sous les feuilles mortes dans les bois, mais qui s'accommodant malheureusement très bien d'une cohabitation avec l'homme, infestent aussi nos maisons, les usines, la cale des bateaux, dévorant ou souillant les matières les plus diverses; les cuisines des restaurants, les boulangeries, les bâtiments des