BOULEVARD SAINT-GERMAIN, N
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INTRODUCTION
Strücture générale des Insectes : la tête, le thorax et l’abdomen. — La peau chez les Insectes. — La digestion, la circulation et la respiration chez les Insectes parfaits. — Métamorphoses des Insectes : états d’œuf, de larve, de nymphe et d’insecte parfait. — La force des Insectes. — Classification.
Nous n’avons pas la prétention, dans ces premières pages, de tracer des considérations générales sur l’anatomie des Insectes. Seulement, avant de commencer l’histoire de tant d’êtres divers, de raconter leurs mœurs et leurs travaux, leurs ruses et leurs combats, il' importe de décrire, en quelques mots, la disposition des parties essentielles de leur corps. Sans aucun étalage scientifique, nous allons, tout simplement, prendre le lecteur par la main et faire avec lui le tour d'un insecte . Nou3 allons examiner les diverses parties de son corps, avec la curiosité naïve d’un ignorant, désireux de s’instruire.
Et d’abord ce qui frappe, quand on considère un Insecte, quand on le tourne et le retourne dans sa main, c’est qu’il est composé de trois parties : la tête, le thorax et Yabdon^en. Pour faire le tour de l’insecte, nous allons donc examiner la structure de ces trois parties essentielles du corps de notre animal.
La tête (fig. 1 ) est une sorte de boîte, formée d'une seule pièce, portant çà et là quelques sutures, plus ou moins marquées, quelquefois à peine visibles. Elle est munie antérieurement d’une ouverture, souvent très-petite, dans laquelle se trouvent les organes de la manducation, et d’autres ouvertures, pour les yeux et les antennes.
Les téguments de la tête sont, en général , plus durs que ceux des autres parties du corps. Il devait d’ailleurs en être
Fig. 1. Tête d’un Insecte.
ainsi. L’Insecte vit et se meut au milieu de substances qui offrent une certaine résistance; il fallait donc que sa tête fût assez solide pour vaincre ces résistances. La tête étant destinée à contenir des organes- masticateurs , qui ont fré-
Fig. 2. Œil d’un Insecte.
quemment à agir sur des matières très-dures, devait offrir de robustes points d’appui. On ne trouve d’exception à cette disposition organique que chez les Insectes suceurs.
11 serait hors de propos d’énumérer ici toutes les nombreuses modifications que présente la tête dans l’immense série de la classe des Insectes.
Les yeux de ces animaux sont de deux sortes. Les uns sont
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nommés yeux composés ou à facettes; les autres, yeux lisses ou ocelles.
La partie extérieure des yeux composés a (fig. 2) reçu le nom de cornée . Elle a à peu près la forme d’une calotte, et se compose d’un assemblage de petites facettes, ou lentilles, convexes, hexagones, réunies par leurs plans latéraux, et de grandeur variable, non -seulement dans les espèces différentes, mais dans le même œil.
Si nous voulons donner une idée de la prodigieuse richesse d’organisation des êtres qui vont nous occuper, nous nous arrêterons pour compter le nombre des facettes qui existent dans les yeux composés de divers Insectes :
Dans le genre Mordella l’œil *a
25 088 facettes
Dans la Libellule
Dans le genre Papillon
Dans le Sphinx du liseron . . .
Dans le Bombyx du mûrier. . .
Dans la Mouche domestique . .
Dans la Fourmi
Dans le Hanneton
Chez aucun Insecte les facettes ne paraissent plus nombreuses que chez les Scarabées. Leur ténuité est telle, qu’on peut à peine les discerner avec une loupe.
Envisagé seulement à l’extérieur, un œil composé pourrait être considéré comme une agglomération d’yeux simples; mais intérieurement sa structure est toute différente.
A la face inférieure de chaque facette se trouve un corps d’apparence gélatineuse, transparent, ordinairement conique, et dont la base touche seulement le centre de la facette, de manière à laisser à sa circonférence un espace annulaire libre, pour recevoir le pigment. Ce corps s’amincit peu à peu à son extrémité supérieure, et se termine en une pointe, à laquelle aboutit un filet du nerf optique. Ces cônes, aussi nombreux que les facettes, jouent dans chacune d’elles le rôle de cristallin. Ils sont droits et parallèles les uns aux autres. Un pigment remplit tous les intervalles entre les cônes, ceux entre les filets optiques, et rêvet la face inférieure de chaque
cornéule, excepté à son centre. Ce pigment varie beaucoup pour la couleur. Il en existe presque toujours deux couches, dont la plus superficielle est la plus brillante. Ces yeux, en effet, sont souvent étincelants de feux, comme des pierres précieuses; ils brillent de nuances changeantes, disposées par bandes pu par taches.
M. Lacordaire, dans sa belle Introduction à l’entomologie , à laquelle nous empruntons la plupart de ces renseignements, a résumé comme il suit la manière dont s’opère, d’après Müller, la vision chez les Insectes :
« Chaque facette avec son cristallin et son filet optique séparés de leurs voisins par le pigment qui les entoure, forme un appareil isolé dans lequel les rayons lumineux ne pénètrent qu’autant qu’ils tombent perpendiculairement sur le centre de la facette, qui seul est dépourvu de pigment. Tous les rayons obliques sont absorbés par celui qui revêt la circonférence de la facette et par celui qui est situé plus profondément. Il résulte en partie de là et .en partie de l’immobilité de l’œil que le champ de vision de chaque cornéule ou facette est très-borné,, et qu’il y a autant d’images des objets, formées sur les filets optiques, qu’il y a de ces cornéules. L’étendue de ce champ sera donc déterminée non par le diamètre de ces dernières, mais par celui de l'œil entier, et sera en proportion de la grandeur et de la convexité de sphère qu’il formera. Mais quelle que soit la grandeur des yeux, comme leurs champs de vision sont indépendants l’un de l’autre, il reste toujours entre eux un espace plus ou moins considérable libre, et l’animal ne peut voir les objets qui y correspondent qu’en tournant la tête. Comment une sensation unique peut-elle résulter de la multiplicité des images qui se forment sur les filets optiques ? Cela n'est pas plus explicable que ce qui se passe chez les animaux qui, ayant deux yeux, ne voient pas pour cela les objets doubles, et il est probable qu'il en est de même chez les Insectes. Mais leurs yeux éLant presque toujours opposés, ils doivent voir deux objets à la fois, comme le fait, par exemple, le caméléon, chez qui ces organes se meuvent indépendamment l’un de l’autre. La netteté des images et la longueur de la vue dépendraient , suivant M. Müller, du diamètre de la sphère, dont l’œil forme un segment, du nombre et de la petitesse des cornéules, et de la longueur des cristallins. Plus chaque facette, considérée isolément, est grande, l’œil petit et le pigment déposé entre les cristallins brillant, plus l’image des objets éloignés sera nette, et celle des objets rapprochés indistincte: Les rayons lumineux partant de ceux-ci divergent en effet considérablement, tandis que ceux qu’envoient les autres sont "plus parallèles. Dans le premier cas, ils peuvent, en traversant le pigment, arriver obliquement sur les cristal-
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ins et troubler par conséquent ^la vision, ce qui n’a pas lieu dans lu second.
c Les objets n’apparaissent également sous leur véritable grandeur' que lorsque l’œil est parfaitement sphérique et que sa convexité est concentrique à celle du nerf optique. Toutes les fois qu’il en est autrement, l’image correspond plus ou moins imparfaitement à la grandeur de l’objet et se trouve plus ou moins fausse. D’où il suit que les yeux elliptiques ou coniques qui s’observent communément chez les Insectes voient moins bien que ceux dont il vient d’être question.
« Les différences nombreuses qui existent dans l'organisation des yeux parmi les Insectes peuvent s’expliquer jusqu’à un certain point par la théorie que nous venons d’exposer en peu de mots. Les espèces qui vivent dans la substance même dont elles se nourrissent, celles qui sont parasites, ont des yeux petits et déprimés ; chez celles, au contraire, qui vivent de proie et qui' ont besoin de la voir à distance, ils sont grands ou trèsconvexes. De même les mâles qui doivent aller à la recherche de leurs femelles, ont les organes plus grands que ces dernières. La position des yeux dépend aussi de leur grandeur et de leur convexité ; ceux qui sont plats et n’oht par conséquent qu’un champ de vision peu étendu, sont rapprochés et placés plutôt en avant que sur les côtés et assez souvent contigus. Les yeux sphériques et convexes sont, au contraire, placés latéralement et leurs axes sont opposés. Mais la plus grande étendue de l’horizon qu’ils embrassent compense cette disposition. »
Presque tous les Insectes sont pourvus d’une paire de ces yeux composés, qui sont situés ordinairement sur les côtés de la tête. La grandeur et la forme de ces organes sont trèsvariables, comme nous le verrons plus loin. Ils sont généralement situés derrière les antennes.
Les yeux lisses ( ocelles ou stemmates) ne se rencontrent pas dans tous les ordres dTnsectes, quoiqu’on les y observe fréquemment: Ils sont ordinairement arrondis et plus ou moins convexes, noirs, et au nombre de trois, dans la majeure partie des Insectes. Dans ce cas, ils sont ordinairement disposés en triangle, en arrière et à une plus ou moins grande distance des antennes. Sous la calotte, plus ou moins convexe, qui constitue leur cornée, se trouve lin corps à peu près globulaire, transparent et assez dur, véritable cristallin, reposant sur une sorte de lentille, qui représente le corps vitré. Ce corps vitré est enchâssé dans un épanouissement du nerf optique. Ajoutons à cela un pigment, le plus souvent d’un rouge brunâtre, quelquefois noir, ou d’un rouge de sang. L’organisation de ces
yeux est assez analogue à celle des yeux des poissons, et la réfraction qui s’y opère est très-grande.
Les objets placés à une courte distance peuvent seuls être perçus; l’Insecte ne peut distinguer ceux qui sont un peu éloignés. Dès lors à quoi peuvent servir les stemmales aux Insectes qui ont en même temps des yeux composés? On a remarqué que les espèces qui sont dans ce cas se nourrissent surtout du pollen des fleurs, et l’on a conclu de là que les stemmates piuventleur servir à mieux distinguer les diverses partiesdela fleur.
Les antennes , que le vulgaire désigne sous le nom de cornes , consistent en deux appendices mobiles, de forme extrêmement variable, qui s’articulent avec différents points de la tête, et sont toujours au nombre de deux. Les articles qui les constituent, ont chacun leur mouvement propre, ce qui permet à l’animal de les fléchir dans tous les sens.
On distingue trois parties dans l’antenne : Yarticle basilaire , ordinairement remarquable par sa forme, sa longueur, sa couleur; — la massue, formée par un épaississement graduel ou subit de sarticles terminaux, dont le nombre, la forme et la grandeur présentent de grandes variations; — enfin la lige, formée par tous les articles des antennes autres que Yarticle basilaire, lorsqu’il n’existe pas de massue, et, dans le cas contraire,
par ceux qui sont intermédiaires entre celle-ci et Yarticle basilaire .
Nous représentons, comme exemple d’antennes, celles de deux Coléoptères, Pun du genre Aside , l’autre du genre Zygie (fig. 3 et 4).
Lorsque les Insectes sont au i'epos, la plupart se contentent de ramener leurs antennes sur le dos, ou sur les bords latéraux de la tête ou bien du thorax. D’autres sont pourvus de cavités spéciales, dans lesquelles les antennes sont reçues, en totalité ou en partie.
Pendant leurs mouvements divers, les Insectes agitent plus ou moins ces organes, les uns alternativement, avec lenteur et
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une sorte de régularité, d’autres dans tous les sens. Quelquesuns impriment à leurs antennes un mouvement de vibration perpétuel. Pendant le vol, elles sont dirigées en avant, ou bien placées perpendiculairement à Taxe du corps , ou bien encore ramenées sur le dos.
Quel est l’usage de ces antennes, qui ressemblent à des plumes, à des scies, à des massues, etc.? Tout indique que ces organes jouent un rôle très-important dans la vie des Insectes; mais ce rôle n’est pas encore parfaitement connu. De nombreuses expériences ont paru démontrer que les antennes ne servent que secondairement au toucher, et ne concourent nullement au goût, ni à l’odorat. On ne voit plus bien dès lors quel peut être leur rôle physiologique, si ce n’est de servir à l’audition.
Dans cette hypothèse, l’antenne serait l’instrument principal chargé de transmettre les vibrations sonores. La membrane de sa base représenterait un vestige de la membrane du tympan, qui existe chez les animaux supérieurs. Le nerf antemaire serait donc un nerf acoustique.
Intermédiaires entre les animaux inférieurs, chez lesquels les fonctions de la vie végétative sont plus ou moins disséminées, et les Vertébrés, chez lesquels ces mêmes fonctions sont localisées au plus haut degré, les Insectes ont reçu, comme ces derniers, des appareils spéciaux pour la nutrition. La bouche constitue le plus extérieur de ces appareils.
La bouche (Gg. 5) est chargée de diviser et de préparer les matières alimentaires , avant qu’elles passent dans le tube digestif. Cet organe est situé, comme chez les Vertébrés, à la partie antérieure de la tête, en général en dessous.
La bouche des Insectes a été construite suivant deux types généraux, qui correspondent à deux sortes de besoins. Elle est destinée, d’une part, à broyer des substances solides; d’autre part, à pomper des liquides.
Bouche d’un Insecte broyeur.
Au premier abord, on pourrait croire qu’il n’existe aucun rapport entre la bouche d’un Insecte broyeur et celle d’un Insecte suceur . Cependant on a pu constater que les pièces de la bouche, chez ce dernier animal, sont analogues à celles de la bouche chez le premier et qu’elles n’ont subi que des modifications appropriées aux fonctions différentes qu’elles sont appelées à remplir.
Contentons-nous actuellement de signaler que la bouche d’un Insecte broyeur se compose d’une lèvre supérieure, d’une paire de mandibules, d’une paire de mâchoires et d’une lèvre inférieure.
La lèvre inférieure et les mâchoires portent, en outre, des filaments articulés, qui ont reçu le nom.de palpes.
En parlant des Insectes suceurs et, en général, de divers ordres des Insectes, nous reviendrons avec plus de détail sur la structure de la bouche.
Le thorax (fig. 6), qui constitue la seconde division primaire
Fig. 6. Thorax de l’Acrocine longimane.
du corps des Insectes, joue dans leur organisation un rôle presque aussi important que la tête. 11 se compose de trois segments, ou anneaux : le prothorax, le mêsolhorax et le mètathorax , qui portent chacun une paire de pattes, et sont, en général, soudés entre eux. Les deux derniers anneaux seuls donnent attache aux ailes.
Dans tous les Insectes, les pattes sont toujours au nombre de six. Il n’y a point d’exception à cette règle.
D’après les segments auxquels elles appartiennent, on distingue les pattes en antérieures, intermédiaires et postérieures. Chacune se compose d’une suite de cinq articles tubuleux, de la même nature que le reste des téguments. Ce sont : la hanche , par laquelle la patte s’articule au thorax ; le trochanter, pièce
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très-courte, qui unit la cuisse à la hanche, enfin la jambe et le tarse , partie terminale de la patte, composée d’un nombre variable de petites pièces, placées bout à bout, et qu'on nomme phalanges . -
Nous représentons, comme exemple, la patte antérieure d'un Hétcrocère (fig. 7) et la patte postérieure d'un Zophosis (fig. 8).
Fig. 7.
Patte antérieure de l’Hétérocère à pattes dentées.
Fig. 8.
Faite postérieure du Zophosis à quatre lignes.
Nous n’insisterons pas davantage, en ce moment, sur ces diverses parties, dont les formes et les fonctions nous occuperont plus tard, lorsque nous ferons l’histoire des principales individualités de la grande classe d’animaux dont nous entreprenons de décrire la vie.
Les Insectes se servent de leurs pattes pour marcher, pour courir, pour nager ou pour sauter.
Pendant la marche, dit M. Lacordaire, les Insectes meuvent leurs pattes de différentes manières. Les uns lèvent et posent successivement les six pattes, ou seulement deux ou trois à la fois indistinctement; jamais néanmoins les pattes de la même paire en même temps. Il en résulte qu’un pas ne ressemble pas à l’autre; que la marche des Insectes est très-irrégulière, surtout quand les pattes sont longues; et que ces animaux sautillent quelquefois plutôt qu’ils ne marchent. Les autres n’exécutent jamais qu’une sorte de pas, et marchent très-régulière-
ment. Ils commencent par mouvoir les pattes antérieures et postérieures du même côté, et l'intermédiaire opposée. Ces pattes étant posées et le premier pas fait, les autres se lèvent à leur tour, et en exécutent un second.
La course ne change rien à cet ordre de mouvements. Elle n'est que le résultat de mouvements plus précipités. Très-rapide dans certaines espèces, et surpassant, proportion gardée, celle de tous les autres animaux, la course est modérée chez d’autres. Enfin quelques Insectes ne s’y livrent jamais, et semblent se traîner plutôt que marcher.
Dans la nage, les pattes postérieures jouent le principal rôle et produisent les mouvements d’arrière en avant. Les autres pattes, en frappant l’eau de haut en bas et de bas en haut, produisent les mouvements d’ascension et d’abaissement. L’animal change de direction à volonté, en agitant seulement les pattes d’un côté, de la même manière que l’on fait virer une embarcation au moyen d’une rame seule, sans recourir à l’action du gouvernail.
La nage diffère essentiellement de la marche, en ce que, dans la première, l’animal trouvant un point d’appui continuel dans le fluide qui l’environne, fait mouvoir en même temps les pattes de la même paire.
Le saut a lieu principalement au moyen des pattes postérieures. Quand les Insectes qui jouissent de cet apanage, veulent sauter, ils ploient les pattes postérieures, comme le
moins considérable d’arrière en avant. Le saut est d’autant plus étendu que les pattes postérieures sont plus longues.
Position des pattes d’un Insecte pour le mouvement du saut.
montre la figure 9, de manière à mettre la jambe en contact avec la cuisse, qui présente souvent, pour la recevoir, un sillon, muni de chaque côté d’un rang d’épines.
Se détendant ensuite subitement comme un ressort, cette jambe vient frapper contre la terre, et envoie l’Insecte en l’air, à une distance plus ou
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Ce que nous pourrions dire ici d’une manière générale sur les ailes des Insectes serait un peu vague. Nous le dirons avec plus de détails et d’à-propos, lorsque nous ferons l’histoire complète des types divers d’insectes ailés.
Chez les Insectes parfaits (dont il a toujours .été question dans les pages précédentes), Y abdomen ne donne insertion ni à des pattes ni a des ailes. L’abdomen est formé d’un certain nombre d’anneaux, ou de segments, dont la plupart sont privés de toute espèce d’appendices, mais dont les postérieurs portent' souvent de petits organes, de formes et d’usages trèsvariés. Ce sont des scies, des stylets, des pinces, des aiguillons, des tarières, etc. Nous reviendrons plus tard avec beaucoup de soin sur ces divers organes.
Chez les animaux vertébrés qui sont pourvus d’un squelette intérieur, propre à fournir les points de résistance nécessaires à leurs divers mouvements, la peau est une lame plus ou moins molle, uniformément répandue sur toutes les parties extérieures du corps, et destinée seulement à les protéger contre l’action des causes extérieures. Chose remarquable, chez les Insectes, ces points de résistance sont transportés du dedans au dehors. La peau change de nature, pour se plier à sa destination nouvelle. Elle s’encroûte, et présente seulement, d’espace en espace, des intervalles membraneux, qui permettent aux parties solides d’effectuer tous les genres de flexion.
Nous venons de faire le tour de l’Insecte parfait. Nous avons jeté un coup d’œil rapide sur son squelette extérieur, qui forme comme la' charpente de son organisation et sur les divers appendices extérieurs qui en naissent. Il nous reste, pour terminer ces généralités , à examiner les principaux organes qui se cachent sous cette enveloppe protectrice.
Étudions d’abord l’appareil digestif.
Cet appareil consiste en un organe allongé, tubulaire, renflé de distance en distance, formant dans l’intérieur du corps des circonvolutions plus ou moins nombreuses, et pourvu de deux orifices distincts.
Ce canal digestif est constamment situé dans la ligne mé-
diane du corps, au-dessus de la chaîne ganglionnaire nerveuse.
Dans son plus haut degré de complication, le tube digestif de l’Insecte se compose d’un œsophage , d’un jabot , d’un gésier, d’un ventricule chylifique , d’un intestin grêle, d’un gros intestin; enfin de diverses annexes, tels que vaisseaux salivaires, biliaires ou urinaires .
L'œsophage est un conduit qui n’a souvent que la ténuité d’un cheveu. Dans un grand nombre d’espèces, il se dilate en une poche plus ou moins volumineuse, que l’on a nommée jabot , parce qu’elle occupe la même position que l’organe de ce nom chez les oiseaux, et qu’elle remplit des fonctions analogues. Ce qui veut dire que les aliments y séjournent quelque temps, avant de passer dans les autres parties du canal intestinal, et y reçoivent un commencement de préparation.
C’est dans le gésier , lorsqu’il existe, que les aliments, divisés par les organes masticateurs de la bouche, subissent une nouvelle trituration, plus complète. Sa structure le rend très-propre à cet usage. 11 est, en effet, très-musculeux, quelquefois même à demi cartilagineux, et fortement contractile. Ses parois internes sont armées d’un appareil de broiement, qui varie suivant les espèces, et consiste en dents, lames, épines, arêtes, destinées à convertir les aliments en une pulpe homogène. Il n’existe que chez les Insectes qui se nourrissent de matières solides: herbes dures, petits animaux à téguments coriaces, etc. Cette armure intérieure de l’estomac manque chez les Insectes suceurs, et chez ceux qui se repaissent d’aliments mous, du pollen des fleurs, etc.
Le ventricule chylifique ne manque jamais. C’est cet organe qui joue le principal rôle dans l’acte de la digestion.
Deux sortes d’appendices sont propres au ventricule chylifique, mais seulement dans certaines familles. Les premiers sont des papilles très-petites, faites en forme de doigts de gant, qui se hérissent à l’extérieur de cet organe, et dans lesquelles on croit que la pulpe alimentaire commence à se convertir en chyle. Les seconds sont également des cæcums , mais beaucoup plus grands, moins nombreux. On les a considérés comme des
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organes de sécrétion analogues au pancréas des animaux vertébrés.
La figure 10, qui représente Y appareil digestif du Carabe doré , met sous les yeux du lecteur les différents organes qui viennent d'être décrits : A est la bouche de l’insecte ; B Y œsophage; C le jabot; D le gésier;
E le ventricule chylifique ; F et G le petit et le gros intestin.
Nous n’insisterons point sur les autres parties du tube intestinal chez les Insectes.
Nous citerons seulement quelques annexes de cet appareil.
Les vaisseaux salivaires versent dans le tube digestif un liquide , ordinairement incolore, qui, par le lieu où il est sécrété et par sa nature alcaline, répond à la salive des animaux vertébrés. C’est ce liquide que Ton voit sortir, sous forme de gouttelettes , de la trompe de quelques Insectes suceurs.
Ces vaisseaux sont habi- Fig. 10.
tellement au nombre de Appareil digestif du Carabe doré.
deux. Leur forme est aussi variable que compliquée. Dans leur état le plus simple, ils consistent en un tube fermé, flexueux, ordinairement roulé en peloton, et s’ouvrant sur les côtés de l’œsophage.
Sur l’extrémité postérieure du ventricule chylifique, s’insère un nombre, plus ou moins considérable, de tubes, fins comme un fil, ordinairement allongés et flexueux, terminés en cul-de-sac. Leur couleur, déterminée par celle du liquide qu’ils contiennent, est rarement blanche, le plus souvent brune, noirâtre ou verte. Une membrane très-mince et très-
délicate, parait seule les composer. Elle se déchire très-facilement; il n’est rien de plus malaisé que de dérouler ces vaisseaux et de les dégager des tissus graisseux ou autres qui les enveloppent.
Les naturalistes sont incertains sur la fonction physiologique de ces derniers vaisseaux, c’està-dire sur la nature du liquide qu’ils sécrètent. Cuvier et Léon Dufour attribuaient à ces organes des fonctions analogues à celles du foie. C’est pour cela qu’on les a appelés vaisseaux biliaires.
Mais cette opinion n’est pas généralement partagée; de sorte que l’on est convenu d’appeler simplement ces vaisseaux tubes de Malpighi , du nom de l’observateur illustre qui les découvrit.
Selon M. Lacordaire, leurs fonctions varieraient selon leur position. Ils fourniraient uniquement de. la bile, lorsqu’ils s’ouvrent dans le ventricule chylifique ; à la fois de la bile et un liquide urinaire, quand leur insertion est en môme temps post-ventriculaire et intestinale ; et de l’urine seule quand ils sont placés près de l’extrémité du canal digestif.
La figure 11 fait voir, à un grossissement plus fort que celui de la figure F»g n*. précédente, les vaisseaux de Malpighi ,
Extrémité postérieure 1 * .... . ,
du ventricule chyüfîque, entouré entourant 1 extrémité intérieure QU des vaisseaux de Malpighï. chylifujm , et Versant à l’in-
térieur de cet organe le produit de leur sécrétion.
Pour achever cette rapide description de 1 appareil digestif des Insectes, il nous reste à signaler certains organes .dépurateurs , qui sécrètent ces fluides, ordinairement noirâtres, caustiques et odorants, que certains Insectes lancent lorsqu’on les irrite, et qui déterminent chez l’homme une
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cuisson plus ou moins vive, lorsqu'ils viennent à tomber clans ses yeux.
Moins répandus que les organes salivaires, ils offrent des formes souvent compliquées et très-variées. On voit dans la ligure 12 l'appareil de sécrétion excrémentitielle du Carabe doré, qui nous servira d’exemple. En a sont les utricules sécrétoires, disposés en grappe, en 61e canal efférent, en c la poche servant de réservoir au liquide sécrété, en cl le conduit excréteur.
Tantôt le fluide sécrété est liquide, et son odeur est fétide ou
Fig. 12. Appareil de sécrétion du Carabe doré.
ammoniacale; tantôt il est gazeux, et peut être lancé, comme chez les Bombardiers , avec une sorte d'explosion, sous la forme d’une vapeur blanchâtre, d’une odeur forte et piquante, analogue à celle de l’acide azotique, et qui présente les mêmes propriétés chimiques que cet acide. En effet, elle rougit le papier de tournesol, brûle la peau, nt y détermine des taches rouges, qui bientôt passent au brun et persistent pendant assez longtemps.
Les Insectes ont-ils un cœur? La circulation du sang existet-elle chez les animaux qui nous occupent?
Vers le milieu du dix-septième siècle, le célèbre Malpighi
à Bologne, et Swammerclam à Utrecht, découvraient l’un et l'autre chez divers Insectes un organe pulsatile, occupant la ligne médiane du dos, et qui leur sembla devoir être un cœur. Cuvier cependant ayant déclaré plus tard qu’il n’y avait point chez les Insectes de circulation proprement dite, tous les naturalistes adoptèrent cette opinion.
Cependant, en 1827, un zoologiste allemand, Carus, découvrit qu’il existe chez les Insectes de véritables courants sanguins, qui parcourent tout le corps, et reviennent sans cesse à leur point de départ. Les observations de Carus furent répétées et confirmées par plusieurs autres naturalistes, et Ton put enfin arriver à se former une idée assez exacte du mode de circulation du sang chez les Insectes.
Nous emprunterons l’aperçu sommaire qui va suivre, des phénomènes de la circulation du sang chez les Insectes, aux Leçons sur la 'physiologie el V anatomie comparée de M. Milne Edwards.
Le vaisseau tubulaire qui s’étend sous la peau du dos, de la tête à la partie postérieure du corps, immédiatement audessus du tube digestif, est connu, depuis longtemps, sous le nom de vaisseau dorsal. Il se compose de deux portions bien distinctes : l’une antérieure, qui est simplement tubulaire, et qui ne se contracte pas; l’autre postérieure, qui est plus large, plus compliquée dans sa structure, et qui est animée d’un mouvement intermittent régulier.
Cette dernière portion constitue donc plus particulièrement le cœur des Insectes. Le plus souvent elle occupe toute la longueur de l’abdomen, et se trouve fixée à la voûte du squelette tégumentaire, par des expansions membraniformes, disposées de manière à constituer un espace libre, mais fermé en dessus comme en dessous, sorte de vestibule dans lequel le sang se répand, avant de pénétrer dans le cœur. Ce réservoir vestibulaire a été désigné souvent sous le nom d'oreillette, car il semble pouvoir agir comme un instrument d’impulsion , et pousser le sang dans le ventricule, ou cœur proprement dit.
Le cœur rappelle un peu la forme d’un fuseau. Il présente une série d'étranglements, qui le divisent en un certain nombre de chambrettes. Celles-ci présentent des orifices affé-
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rents, disposés par paire, et des replis membraneux qui en divisent la cavité, ayant la forme de portes d’écluse. Les lèvres des orifices afférents, au lieu de se terminer par un bord libre, se replient en dedans et en avant, de manière à s’avancer comme un bec de flûte, dans l’intérieur du cœur. Les doubles replis membraneux ainsi constitués, de chaque côté du vaisseau dorsal, ont une forme semi-lunaire et s’écartent l’un de l’autre quand cet organe se dilate; mais lors du mouvement contraire, le passage se ferme.
A l’aide de cet appareil valvulaire, le sang peut donc pénétrer du vestibule péricardique dans le cœur, mais ne peut pas refluer du cœur dans le réservoir.
La portion antérieure, ou aortique, du vaisseau dorsal ne présente ni expansions latérales en forme d’ailes, ni orifices, et constitue un simple tube membraneux. Arrivé dans l’intérieur de la tête, il débouche dans le système lacunaire interorganique. La totalité du sang mise en mouvement par les contractions de la portion cardiaque du vaisseau dorsal se déverse donc dans la cavité de la tête, et circule ensuite dans les espèces de canaux irréguliers, formés par les espaces vides que les divers organes circonvoisins laissent entre eux. Ce sont les portions inoccupées de la grande cavité viscérale, qui servent de conduit pour le sang, et qui sont parcourues par les maîtres courants que l’on aperçoit sur les parties latérales et inférieures du corps, d’où ces courants vont gagner la partie postérieure de l’abdomen, et rentrer dans le cœur, après avoir baigné les divers organes placés sur leur route. Ces canaux principaux sont en continuité avec d’autres lacunes ménagées entre les muscles, ou entre les faisceaux dont ces muscles se composent, ou bien encore au milieu de la masse viscérale. Les grands courants envoient’ dans le réseau ainsi constitué des branches secondaires, qui, après s’être ramifiées à leur tour et avoir serpenté entre les diverses parties solides de l’organisme, rentrent dans quelque courant principal, pour regagner le vaisseau dorsal.
Dans les parties transparentes du corps, on voit le sang circuler ainsi, dans une multitude de canaux inter-organiques, plus ou moins bien endigués, pénétrer dans les pattes, par-
courir les ailes, quand ces appendices membraneux ne sont pas desséchés, en un mot se répandre partout. Si à l’aide d’injections colorées, ajoute M. Milne Edwards, on étudie les connexions qui existent entre les cavités où la présence des courants sanguins a été constatée et le reste de l’économie, il est facile de voir que le système irrigatoire ainsi constitué pénètre dans la profondeur de tous les organes, et doit pouvoir permettre le renouvellement rapide du fluide nourricier, dans tous les points où le travail vital rend le passage de ce liquide nécessaire.
Nous verrons tout à l’heure, en parlant de la respiration, que les relations entre le fluide nourricier et l’air atmosphérique sont plus directes et plus régulières encore qu’on ne l’avait longtemps soupçonné.
En résumé, il existe chez les Insectes une circulation active, bien qu’on ne puisse reconnaître chez ces animaux ni ramifications artérielles, ni veines, et que le sang mis en mouvement par les contractions du cœur, et porté dans la tête par la portion aortique du vaisseau dorsal, 11e trouve pour se distribuer dans les diverses parties de l’économie, et pour revenir ensuite au cœur, que les lacunes ménagées entre les divers organes, ou entre les membranes et les fibres dont ces organes se composent.
La figure 13 (page 21), qui représente, en même temps, le système circulatoire et le système respiratoire d'un insecte , permet de reconnaître les divers organes que nous venons de décrire, comme concourant à la respiration et à la circulation.
La connaissance de la respiration des Insectes est une acquisition scientifique toute moderne. Malpighi prouva le premier, en 1669, que ces animaux sont pourvus d’organes respiratoires, et que l’air est aussi indispensable aux Insectes qu’au reste des êtres vivants. Mais l’opinion de ce naturaliste célèbre trouva des contradicteurs, et la résistance à ses vues s’est continuée jusque dans notre siècle. Aujourd’hui pourtant, on connaît fort bien l’appareil à l’aide duquel s’effectue la respiration chez les Insectes.
Chez tous ces animaux, l’appareil respiratoire est toujours essentiellement composé de conduits membraneux, d’une
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grande délicatesse, dont les ramifications, en nombre incalculable, se répandent partout, et s’enfoncent dans la substance des organes, à peu près comme les racines chevelues d’une plante s'enfoncent dans le sol. Ces vaisseaux ont reçu le nom de trachées . Leurs communications avec l’air s’établissent ensuite de diverses façons, selon le milieu dans lequel vivent les Insectes.
On sait que la plus grande partie des Insectes vit dans l’air. Cet air pénètre dans les trachées par un grand nombre d’orifices situés sur les côtés du corps, et qui ont été nommés stigmates . Ce sont ces points, ordinairement en forme de boutonnière, qu’on aperçoit, pour peu qu’on y regarde de près, chez un très-grand nombre d’espèce?.
Arrêtons-nous un moment sur le système fondamental de l’appareil respiratoire chez les Insectes, c’est-à-dire sur les trachées .
Cet appareil se compose tantôt de tubes élastiques seulement, tantôt d’un assemblage de tubes et de poches membraneuses. Parlons d’abord des premiers.
Les parois de ces tubes respiratoires sont très-élastiques, et conservent toujours une forme presque cylindrique, lors même que rien ne les distend. Cette disposition est déterminée par l’existence, dans toute la longueur de la trachée, d’un fil, de consistance semi-cornée, enroulé en hélice, et revêtu extérieurement d’une gaine membraneuse très-délicate. La membrane externe est mince, lisse, ordinairement incolore, ou d’un blanc nacré. L’hélice cartilagineuse est tantôt cylindrique, tantôt aplatie, et ressemble également à de la nacre. Elle n’adhère que faiblement à la membrane externe, mais elle est au contraire étroitement unie à l’interne. Ce filet spiral ne continue que dans un même tronc; il s’interrompt lorsque celui-ci se ramifie et chaque branche a le sien propre, de sorte qu’elle n’est jointe que par continuité au tronc d’oii elle sort, absolument comme une branche d’arbre est attachée à la tige qui la supporte. Ce filet se prolonge sans interruption jusqu’à l’extrémité des ramifications les plus fines.
Le nombre des trachées dans le corps d’un Insecte estextrê-
mement considérable. Lyonnet, cet anatomiste patient, consciencieux et sensible , comme on disait au dix-huitième siècle, a prouvé, dans son immense travail sur la Chenille du saule, que l’Insecte a de nombreux rapports, par ses muscles, avec les animaux supérieurs. Lyonnet, qui se félicitait d’avoir mis fin à son long travail sans avoir tué plus de huit ou neuf individus de l’espèce qu’il voulait décrire, Lyonnet eut la patience de compter leurs diverses branchies, dans la chenille du Cossus ligniperda. Il trouva dans cette chenille 236 branchies longitudinales et 1336 transversales. De sorte que le corps de cet animal est sillonné dans tous les sens par 1572 tubes aérifères, visibles à l’œil armé d’un verre grossissant, sans compter ceux qui ne peuvent être aperçus J
Le vaste système de canaux aérifères que nous décrivons, se compose quelquefois, non-seulement des tubes élastiques que nous venons de mentionner, mais d’un assemblage de tubes et de poches membraneuses. Celles-ci sont plus ou moins grandes, très-extensibles, se gonflent quand l’air y entre et s’affaissent quand il en sort. Elles manquent, en effet, complètement de l’espèce de charpente formée par le fil spiral des trachées tubuleuses, dont elles ne sont que de simples renflements. Ces trachées, qu’on appelle trachées vésiculaires , sont l’apanage plus spécial des espèces dont le vol est fréquent et soutenu, comme les sauterelles, les bourdons, les abeilles, etc., les mouches, le papillon.
Il faut se reporter à la figure 13 pour voir représentés les organes de la respiration aérienne dont il vient d’être question.
Le mécanisme de la respiration chez les Insectes est facile à comprendre. La cavité abdominale, ditM. Milne Edwards, qui loge la plus grande partie de l’appareil trachéen, est susceptible de se contracter et de se dilater alternativement, par le jeu des divers anneaux dont son squelette se compose, et dont la disposition est telle, qu’ils peuvent rentrer plus ou moins profondément les uns dans les. autres. Quand le corps de l’Insecte se resserre, les trachées sont comprimées et l’air en est chassé. Mais lorsque la cavité viscérale qui loge les trachées, reprend sa capacité premièi^, ou se dilate davantage, ces canaux s’a-
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grandissent, et l’air dont ils sont remplis, se raréfiant par suite
Fig. 13. Appareil de la circulation du sang et de la respiration chez les Insectes.
(a, vaisseau dorsal occupant le milieu de l’abdomen; — h, l’aorte traversant le thorax au-dessus de l’estomac et de l’œsophage; sur les côtés, les trachées tubuleuses et les muscles alaires ; — c, trachées vésiculeuses de la tête; — tf, trachées vésiculeuses de l’abdomen ; — e, ovaires.)
de cet agrandissement, ne fait plus équilibre à l'air extérieur
avec lequel il communique par l’intermédiaire des stigmates. Cet air extérieur se précipite donc alors dans l’intérieur des tubes respiratoires, et l’inspiration s’effectue.
Les mouvements respiratoires peuvent, du reste, s’accélérer ou se ralentir, suivant les besoins de l’animal. En général, on en compte entre trente et cinquante par minute. Dans l’état de repos les stigmates sont béants, et l’air arrive librement dans toutes les trachées chaque fois que la cavité viscérale se dilate. Mais ces orifices peuvent se fermer, et les Insectes possèdent ainsi la faculté de suspendre à volonté toute communication entre leur appareil respiratoire et le milieu ambiant.
Quelques Insectes vivent dans l’eau. Ils sont dès lors obligés de venir prendre à la surface du liquide l’air dont ils ont besoin, ou de s’emparer du peu d’air que l’eau tient en dissolution. Ces deux modes de respiration existent, sous des formes variées, chez les Insectes aquatiques.
Pour aspirer, au-dessus de l’eau, l’air atmosphérique nécessaire à leur respiration, certains Insectes se servent de leurs élytres, comme d’une sorte de cloche; les autres de leurs antennes, dont les poils retiennent des globules d’air. Ils portent ce fluide sous le thorax, où une rainure le conduit jusqu’aux stigmates. Quelquefois le môme résultat s’obtient à l’aide d’instruments plus achevés. Ce sont des tubes respiratoires ou aspiratoires, qui sont susceptibles de se porter assez loin au-devant du fluide, dont ils sont chargés d’effectuer l’introduction dans l’organisme.
Les Insectes qui respirent dans l’eau sans remonter à la surface, sont munis de branchies , organes variables dans leur forme, mais qui consistent le plus ordinairement en expansions foliacées ou frangées, dans l’épaisseur desquelles ces trachées viennent se ramifier en grand nombre. Ces vaisseaux sont remplis d’air; mais les gaz ne peuvent s’y renouveler directement, et c’est seulement par tiltration à travers leurs parois que l’échange peut s’effectuer entre le fluide ainsi emprisonné et le gaz du milieu ambiant. L’oxygène dissous dans l’eau passe au travers des membranes très- perméables de la branchie, et pénètre dans les trachées, pendant que celles-ci rejet-
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tent, en échange, l’acide carbonique, c’est-à-dire le résidu gazeux de la respiration.
La figure 14 représente les branchies ou l’appareil respiratoire chez un Insecte aquatique que nous prenons pour exemple, l 'Éphémère. On voit que les branchies, ou 'lames foliacées , sont placées à la périphérie du corps et à sa partie moyenne.
Nous venons de voir que l’appareil de la respiration acquiert chez les Insectes un développement considérable. Il est dès lors facile de prévoir que cette fonction doit s’exercer avec beaucoup d’activité chez ces animaux En effet, si on la compare à la quantité pondérale de matière organique dont leur corps se compose, les Insectes font une énorme consommation d’oxygène.
Pour terminer ce rapide examen de l’intérieur du corps des Insectes, il ne nous reste qu’à dire quelques mots de leur système nerveux.
Ce système se compose principalement d’une double série de ganglions, qui sont réunis entre
Branchies oa ^appareil respiratoire eux> Par des COrdons longitudides insectes aquatiques naux. Le nombre de ces ganglions
(chez l’Éjihémère). .
a, lames foliacées ou branchies. correspond a celui des anneaux. Quelquefois ils sont à peu près également espacés, et s’étendent d’un bout du corps à l’autre, tandis que d’autres fois plusieurs sont rapprochés , de manière à constituer une masse unique.
Les ganglions céphaliques sont au nombre de deux. Ils ont été décrits par tous les anatomistes, sous le nom de cerveau. « Cette expression, dit M. Lacordaire, serait de nature à égarer le lecteur, car elle suppose en ce point une con-
centration des facultés de percevoir les sensations et d'exciter les mouvements, qui n’y existent pas1. » Selon le même naturaliste, « tous les ganglions de la chaîne ventrale sont à peu près doués de propriétés semblables et se représentent uniformément les uns les autres. »
Le ganglion situé au-dessus de l'oesophage donne naissance aux nerfs optiques, qui sont les plus considérables de tous
1. Introduction à l’Entomologie , tome II page 192, in-8°. Paris, 1838.
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ceux du corps, et aux nerfs des antennes. Le ganglion situé sous l’oesophage produit les nerfs des mandibules, des mâchoires et de la lèvre inférieure. Les trois paires de ganglions qui suivent ceux qui sont placés immédiatement sous l’œsophage appartiennent aux trois anneaux du thorax, et donnent naissance aux nerfs des pattes et des ailes. Elles sont en général plus volumineuses que les paires suivantes, qui occupent l’abdomen.
La figure 15 représente le système nerveux du Carabe doré. A est le ganglion céphalique; B, le ganglion sous- œsophagien; C, le ganglion du prothorax; D, E, sont les ganglions du mésothorax et du mètathorax. Le reste (F F) constitue les ganglions abdominaux.
Avant de terminer ces considérations préliminaires, nous devons dire que les aperçus généraux qui précèdent, ne s’appliquent qu’aux Insectes ayant atteint la taille ultime que comporte leur espèce. Cette remarque est importante, car les Insectes, avant d’arriver à cette dernière période de leur développement, passent par divers états. Ces états sont souvent si différents les uns des autres, que l’on s’imaginerait difficilement qu’ils ne constituent que des modifications d’un même animal; on croirait qu’ils constituent autant d’animaux différents, Si l’observation journalièrô ne fournissait la preuve du contraire.
Les états successifs par lesquels passent les Insectes sont au nombre de quatre : l’état d'œuf, celui de larve , celui de nymphe et celui d'insecte parfait.
L’état d'œuf, qui leur est commun avec tous les autres animaux articulés, n’a pas besoin d’explication.
Presque tous les Insectes pondent des œufs; quelques-uns cependant sont vivipares.
Il existe souvent à l’extrémité de l’abdomen de la femelle un organe particulier, destiné à pratiquer, dans les objets du dehors, des trous propres à recevoir les œufs. Par un admirable instinct, la mère dépose toujours ses œufs dans un lieu où les jeunes trouveront, lors de l’éclosion, un véritable magasin de substances nutritives.
Il n’est pas inutile de faire remarquer que, dans la plupart des cas, ces aliments diffèrent totalement de ceux que la mère recherche pour elle-même.
Dans le second état, c’est-à-dire à la sortie de l’œuf et dans la période de la larve , l’insecte se présente sous la forme d’un corps mou, sans ailes, et ressemblant à un ver. Dans le langage ordinaire, il est même presque toujours désigné sous ce nom de ver, et dans certains cas seulement, sous le nom de chenille.
C’est Linné qui créa le nom de larve. Considérant que, sous cette forme, l’insecte est pour ainsi dire masqué, il lui donna ce nom, tiré du mot latin larva (masque).
Pendant cette période de sa vie, l’insecte mange avec voracité, et change plusieurs fois de peau. L’état de larve peut durer des jours, des semaines, des mois entiers, et même quelquefois des années.
À un certain moment, la larve ne mange plus. Elle se retire en quelque endroit caché et sûr; elle change une dernière fois de peau, et entre dans la troisième période de son existence : l’état de nymphe.
En cet état, l’insecte ressemble assez bien à une momie entourée de ses bandelettes, ou à un enfant emmaillotté dans ses langes. Le plus souvent il est incapable de se mouvoir et de se nourrir.
Pendant que l’insecte est plongé dans cette mort apparente, un travailsourd, mais actif, se fait dans l’intérieur de son corps. Une œuvre merveilleuse, quoique inappréciable au dehors, s’opère dans cette cavité ténébreuse. Les divers organes de l’insecte se développent peu à peu, sous les langes qui l’entourent. Quand leur évolution est achevée, l’insecte se dégage de l’étroite prison où il était renfermé. Il apparaît alors pourvu d’ailes, capable de propagation, et jouissant en un mot de toutes les facultés accordées par la nature à son espèce. L’insecte a jeté le masque : la larve et la nymphe ont disparu, et ont fait place à l'insecte parfait.
Pour mettre sous les yeux du lecteur les quatre états successifs par lesquels passe un insecte, nous représentons (fig. 16) l’insecte connu sous le nom d 'Hydrophile : 1° à l’état
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d’œuf; 2° à l'état de larve (chenille); 3° à Tétât de nymphe (chrysalide) ; 4° enfin à l’état d'insecte parfait.
Les divers degrés de transformation et d'évolution que nous venons d'exposer, sont ceux que présentent le plus grand nombre d’insectes. Leurs métamorphoses sont alors complètes. Mais il est des insectes chez lesquels la larve ne diffère guère de l'insecte parfait que par l’absence d’ailes, et chez lesquels
Fig. 16. Hydrophile sous ses quatre états.
( a , œufs; 6, larve; c, nymphe; d , insecte parfait.)
l’état de nymphe n'est caractérisé queparla croissance desailes, qui, d’abord reployées et cachées sous la peau, sont alors libres, mais n'acquièrent tout leur développement qu’à l’époque de la dernière mue. Ce sont les insectes à demi-métamorphoses. Quelques-uns n'arrivent jamais à posséder des ailes. Enfin il en est qui ne subissent aucune métamorphose, et qui naissent avec tous les organes dont ils doivent être pourvus.
On a fait, dans ces derniers temps, de curieuses recherches
sur la force des Insectes. M. Félix Plateau, de Bruxelles, a publié sur ce sujet des observations qu'il nous paraît intéressant de rapporter.
Pour mesurer la force musculaire de l’homme, ou celle des animaux, comme le cheval, par exemple, on a imaginé divers appareils dynamométriques, composés de ressorts ou de balances, à leviers inégaux. Les tètes de Turc que l’on voit dans les foires, ou aux Champs-Elysées à Paris, et sur lesquelles la personne qui veut éprouver sa force, doit asséner un maître coup’ de poing, représentent un dynamomètre de ce genre. Celui que BufTon fit construire par le mécanicien Piégnier, et qui est connu sous le nom de dynamomètre de Régnier , est d'une précision plus grande. Il consiste en un ressort ovale, dont les deux lames se rapprochent lorsqu'on tire les deux extrémités en sens contraire. lTne aiguille, qui parcourt un cadran divisé, indique la force de traction exercée sur ce ressort.
On a constaté, avec cet instrument, que l'effort musculaire d'un homme, tirant des deux mains, est d’environ 55 kilogrammes, et celui de la femme de 33 kilogrammes seulement. L'effort moyen d’un homme, pour soulever un fardeau, est de 130 kilogrammes. Un cheval développe, en tirant avec son corps, une force de 300 kilogrammes; un homme, dans les mômes circonstances, une force de 40 kilogrammes.
La force musculaire des petits animaux, ou, pour parler plus exactement, des invertébrés, n’avait pas encore fixé l’attention des physiologistes. Cependant cette force est relativement énorme. Plus d’un observateur a signalé la disproportion qui existe entre le saut d’une Puce et la dimension de cet insecte. Une Puce n'a pas plus de 2 millimètres de longueur, et elle fait des sauts d’un mètre. Un lion devrait, toute proportion gardée, faire des sauts d’un kilomètre!
Pline, dans son Histoire naturelle , fait remarquer que la charge que les fourmis peuvent porter, paraît excessive, lorsqu’on la compare à la taille de ces infatigables travailleurs. La force de ces memes insectes est encore plus frappante, quand on considère les constructions qu’ils sont capables d’exécuter, ou les ravages qu’ils produisent. Les Termites, ou fourmis blanches,
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construisent dans les forêts des habitations qui atteignent une hauteur de plusieurs mètres, et qui offrent une résistance et une solidité telles, qu’un buffle peut monter sur ces terriers solides, et s’en servir comme d’un observatoire. Ces nids, formés de parcelles de bois liées ensemble par une matière gommeuse, résistent à la violence des ouragans. ,
Autre circonstance bien digne d’être notée. L’homme est fier de ses ouvrages; que sont-ils pourtant à côté de ceux des Fourmis, pour la hauteur comparative! La plus grande des pyramides d’Égypte n’a que 146 mètres d’élévation, ce qui fait à peu près quatre-vingt-dix fois la hauteur moyenne de l’homme ; tandis que les nids de Termites ont mille fois la longueur des insectes qui les édiüent. Leurs habitations sont douze fois plus élevées que le plus vaste monument de l’architecture humaine. Nous sommes donc bien au-dessous de ces petits animaux, pour la force et le courage au travail.
La puissance destructive de ces êtres, infimes en apparence, est plus surprenante encore. Ils peuvent amener dans l’espace d’un seul printemps la ruine d’une maison, en détruisant les poutres et les planchers. La ville de la Rochelle, où les Termites furent importés par un navire américain, est menacée de se trouver un jour suspendue sur des catacombes, comme la ville de Yalencia, dans la Nouvelle-Grenade. On connaît les dégâts que causent les nuées de Sauterelles lorsqu’elles s’abattent sur un champ cultivé; et l’on sait que leurs larves mêmes produisent des ravages comparables à ceux dont on accuse l’insecte parfait.
Tout cela établit suffisamment les funestes capacités dont la nature a doué de petits animaux que nous avons le tort de mépriser.
M. Plateau a étudié la force de traction de plusieurs insectes, la force de poussée chez les Insectes fouisseurs, et la force d’élévation que d’autres développent pendant le vol. 11 est arrivé ainsi à établir des comparaisons extrêmement intéressantes. Nous citerons quelques-uns de ces résultats.
Le poids de l’homme étant de 63 kilogrammes en moyenne et sa force de traction, selon Régnier, de 55 kilogrammes, le rapport du poids qu’il peut tirer, au poids de son corps, est de
0;86 seulement. Dans le cheval, ce rapport n’est même que de 0,67; un cheval qui pèse 600 kilogrammes ne traîne que 400 kilogrammes environ.
Ainsi le cheval ne peut pas traîner beaucoup plus que la moitié de son propre poids, et l’homme ne peut même parvenir à tirer l’équivalent du poids de son corps.
C’est un bien faible résultat si on le compare à la force du Hanneton. Cet insecte exerce, en effet, un effort de traction égal à plus de quatorze fois son poids! Amusez-vous à ce jeu des enfants, qui consiste à faire tirer par un Hanneton de petites charges de pierre, au moyen d’un fil, et vous serez stupéfait de l’énormité du poids que peut remorquer ce chétif animal.
Pour mesurer la force de traction des Insectes, M. Plateau les a attelés à un poids, au moyen d’un fil, llxé à une de leurs pattes. Les Coléoptères se prêtent avec le plus de facilité à ces sortes d’expériences.
Voici quelques-uns des résultats obtenus par le physicien belge. Le Caràbus auralus (émeraudine) tire dix-sept fois le poids de son corps; le Nebria brevicollis , vingt-cinq fois; le Ne crophorus vespillo , quinze fois; le Trichius fasciatus, quarante et une fois; YOryctes nasicomis , quatre fois seulement. L’ Abeille tire vingt fois le poids de son corps; le Donacia nymphéa , quarante-deux fois.
11 suit de là que, si le cheval avait la force de ce dernier insecte, ou si cet insecte avait la taille d’un cheval, ils devraient tirer l’un et l’autre vingt-cinq mille kilogrammes!
M. Plateau a déterminé la force de poussée des Insectes, en les introduisant dans un tube de carton, dont la face intérieure avait été rendue rugueuse. Dans le tube était une plaque de verre, qui laissait pénétrer le jour dans la prison de l’insecte. L’animal, pourvu qu’on l’excitât un peu, luttait de toutes ses forces contre cette plaque transparente. Cette plaque, en avançant, faisait tourner un levier adapté à un dynamomètre en miniature, qui indiquait l’effort développé.
Les résultats obtenus par ce moyen prouvent que la force de poussée est , comme la force de traction , d’autant plus grande, relativement, que l’insecte est d'une taille et d’un poids plus faibles.
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Quelques nombres serviront à mieux faire ressortir cetle curieuse loi. Chez Y Oryctes nasicornis, le rapport de la poussée au poids du corps n'est que de 3,2 ; chez le Geotrupes sterco rarius, il est de 16,2; enfin, chez YOnthophagus nuckicomis , il est de 79,6.
Les expériences sur le vol des Insectes ont été exécutées en attachant une boulette de cire molle à un fil fixé aux pattes de derrière. Le rapport du poids enlevé au poids du corps a été trouvé égal à l’unité. Ce qui veut dire que l’insecte enlève, dans son vol, un poids égal à celui de son corps. Voici quelques nombres. Parmi les Névroptères, le rapport dont il s’agit est de I pour la Demoiselle ( Libcllula vulgata), de 0,7 pour la Lestes sponsci . Dans l’ordre des Hyménoptères, il est de 0,78 pour Y abeille y de 0,63 pour le Bombus terrestres, Dans celui des Diptères, de 0,9 pour le Calliphora vomiloria, de 1,84 pour le Syrphus corollæ , de 1,77 pour la Mouche domestique .
Ces résultats montrent que les Insectes n’ont qu’une puissance de vol suffisante pour soutenir leur propre poids, car les chiffres ci-dessus représentent le maximum d’effort dont ils sont capables ; et l’excès de cette force maximum sur celle qui est développée pendant le vol, doit servir simplement à compenser la fatigue. On voit en même temps que les Diptères, et entre autres la Mouche, ont le vol plus soutenu que les Hyménoptères et les Névroptères, quoiqu’ils n’en aient pas l’apparence.
En résumé, si la puissance du vol n’est pas considérable chez les Insectes, leur force pour la traction et la poussée est énorme, comparée à celle des Vertébrés , et, dans un même groupe d’insectes , les plus forts sont toujours ceux qui sont les plus légers et les plus petits.
Le rapport entre la puissance musculaire des Insectes et les dimensions de leur corps paraît tenir, non à des muscles relativement plus volumineux que chez les Vertébrés, mais à une énergie intrinsèque, à une activité musculaire plus grande. Les membres articulés des Insectes peuvent être considérés comme des étuis solides qui enveloppent les muscles; et l’épaisseur des parois de ces étuis semble décroître d’une manière assez singulière avec la taille. Le volume relatif des mus-
clés étant plus petit chez les petites espèces que chez les grandes, il faut nécessairement chercher l’explication de la supériorité des premières dans une plus grande part d’énergie vitale.
Ces phénomènes qui nous étonnent se comprendront peutêtre mieux si Ton songe aux résistances que les Insectes ont à vaincre pour satisfaire leurs besoins, pour chercher leur nourriture, pour se défendre contre leurs agresseurs, etc.
Ainsi, ces petites machines vivantes sont merveilleusement construites pour le travail et pour la guerre. Leur rendement en force vive est infiniment supérieur à celui de tous les autres animaux. A plus forte raison remporte-t-il sur celui des machines que nous construisons pour remplacer les bras de l’ouvrier. Les Insectes représentent la force portative par excellence. Ces ouvriers de Dieu sont infiniment plus puissants que ces ouvriers inanimés dus au génie de l’homme que nous appelons les machines.
Nous croyons devoir, pour résumer ce chapitre, donner une sorte de caractéristique générale de la grande classe d’animaux que nous avons à étudier.
Si l’on voulait caractériser les Insectes d’après leur aspect extérieur, on pourrait dire que ce sont des animaux articulés dont le corps, recouvert de téguments coriaces et membraneux, est divisé en trois parties distinctes; qu’ils ont une tête, pourvue de deux antennes, dés yeux et une bouche, de forme très -variable; un tronc ou thorax , portant toujours en dessous six pattes articulées, et souvent en dessus, deux ou quatre ailes; un abdomen , composé. d’un nombre variable de segments, mais ne dépassant jamais dix.
Si l’on ajoute à ces caractères, que les animaux qui composent cette classe sont dépourvus de squelette intérieur, — que leur système nerveux est formé d’un double cordon renflé de distance en distance et situé sous le ventre, à l’exception des premiers renflements ou ganglions, qui sont placés dans la tête, — qu’ils sont dépourvus d’un système circulatoire complet, — qu’ils respirent par des organes particuliers nommés trachées , étendus parallèlement de chaque côté du corps, et
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communiquant avec l’air extérieur par des ouvertures latérales nommées stigmates, — que leurs sexes sont séparés et qu’ils pondent des œufs, — enfin qu’on ne trouve complètement les diverses parties que nous venons de signaler qu’ après que ces êtres ont passé par plusieurs changements successifs, appelés métamorphoses , on se fera une idée générale assez exacte de ce qu’il faut entendre, en zoologie, par le mot Insecte.
Les Insectes, dont nous venons de tracer succinctement l’organisation générale, ont été répartis par les naturalistes en plusieurs ordres, qui sont :
1° Les Aptères (Puces, Poux);
2° Les Diptères (Cousins, Mouches, etc.) ;
3° Les Hémiptères { Punaises, etc.);
4° Les Lépidoptères ou Papillons;
5° Les Orthoptères (Sauterelles, Grillons, etc.);
6° Les Hyménoptères (Abeilles, Guêpes, etc.) ;
7° Les Nêvroptères (Libellules, Éphémères, Priganes, etc.) ;
8° Les Coléoptères (Hannetons, Scarabées, etc.).
Nous commencerons l’histoire de ces divers ordres par l’examen des Aptères.