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ORDRE DES APTÈRES

La Puce. — Les Puces savantes. — La Chique du Brésil. — Les Nègres du Brésil et leurs petits pédicures. — Le Pou. — Les victimes du phthyriasis.

Les insectes aptères sont ainsi nommés de deux mots grecs (a, privatif, 7rcepov, aile) qui indiquent le caractère négatif qui a servi à former cet ordre1. Ils comprennent les puces et les poux.

Le genre Puce ( Pulex ), dont de Geer faisait un groupe à part, sous le nom de Suceurs , comprend plusieurs espèces :

La Puce ordinaire (fi g. 17) présente un corps ovale, comprimé, revêtu d’une peau cornée, assez ferme, d’un brun marron brillant. C’est la rupture de cette peau résistante qui produit le petit bruit sec qu’on entend lorsque, après une heureuse chasse, on écrase, avec bonheur, un de ces parasites sur l’ongle du pouce.

Sa tête, minime par rapport à son corps, est comprimée. ■Elle porte deux petites antennes, cylindriques, compôsées de quatre articles, que l’animal agite continuellement lorsqu’il est en mouvement, mais qu’il baisse et applique sur le devant de sa tête lorsqu’il est en repos. Les yeux sont simples, grands et arrondis. Le bec se compose d’une gaine extérieure arti-

1. Il est probable qu’un jour l’ordre des Aptères sera supprimé. Le manque d’ailes n’est pas, en effet, un caractère d’une grande valeur. De Blainville, Mollard, Pouchet, Van Beneden et Gervais ont fait quelques tentatives dans cette direction. Les puces ont été placées parmi les Diptères, et les poux parmi les Hémiptères, dans le Traité de zoologie médicale de ces deux derniers naturalistes.

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culée, recevant dans une gouttière et soutenant par dessous, dans leur action, deux lancettes allongées, aiguës, à bords tranchants et denticulés. Ces lancettes sont les agents de la piqûre. C’est avec cet instrument que la puce perce la peau, l’irrite, et y fait affluer le sang qu’elle hume ensuite pour s’en nourrir.

Cette piqûre, comme chacun le sait, se reconnaît à la présence de petits points d’un rouge foncé, entourés d’une auréole plus pâle.

La quantité de sang absorbée par cette bestiole est énorme par rapport à son volume.

Le corps de la puce est divisé en douze segments, dont trois composent le corselet, qui est court, et sept forment l’abdomen. Les dernierS sont partagés des deux côtés et comme imbriqués. Les pattes sont longues et fortes, épineuses, avec des tarses de cinq articles, terminés par des crochets contournés. Les deux antérieures sont écartées des autres et insérées presque sous la tête ; les postérieures sont particulièrement grandes et robustes.

Les sauts que font les puces sont vraiment gigantesques relativement à leur taille, et la force de ces petits animaux, si on la compare à leur volume, est véritablement herculéenne.

Le lecteur va peut-être sourire à cette assertion, que la puce possède une force herculéenne. Que le lecteur attende, et il reconnaîtra que cette asseition n’a rien de hasardé.

Pour mettre en lumière la force, la docilité, la bonne volonté de la puce, on a créé de petites merveilles, qui ont servi, en même temps, à mettre en relief la surprenante adresse de certains de nos ouvriers.

Dans son Histoire abrégée des Insectes publiée en l’an VII de la République, Geffroy raconte qu’un certain Marc, Anglais de nation, avait réussi à fabriquer, à force de patience et d’art, une chaîne d’or de la longueur du doigt, avec un cadenas fermant à clef et qui ne pesait pas plus d’un grain. Une puce, attachée à cette chaîne, la tirait avec facilité.

Fig. 17. Puce (grossie).

Le même savant rapporte un fait plus surprenant. Un ouvrieranglais avait construit un carrosse à six chevaux en ivoire. Sur le siège de ce carrosse était un cocher, avec un chien entre ses jambes, un postillon, quatre personnes dans la voiture et deux laquais derrière. Tout cet équipage était traîné par une puce.

Qui n’a entendu parler de puces savantes , de ce miracle vivant que Y on montrait au public en 1825?

Dans son Histoire naturelle des Insectes aptères , le baron Walckenaer raconte comme il suit cette merveille d’industrie, de patience et d’adresse :

cc 11 y a, je crois, une quinzaine d’années, que tout Paris a pu voir les merveilles suivantes que l’on montrait sur la place de la Bourse, pour la somme de soixante centimes. C'étaient des puces savantes. Je les ai vues et examinées avec mes yeux d’entomologiste, armés de plusieurs loupes.

a Trente puces faisaient l’exercice et se tenaient debout sur leurs pattes de derrière armées d’une pique qui était un petit éclat de bois trèsmince.

« Deux puces étaient attelées à une berline d’or à quatre roues, avec un postillon, et elles traînaient celte berline. Une troisième puce était assise sur le siège du cocher avec un petit éclat de bois qui figurait le fouet. Deux autres puces traînaient un canon sur son affût. Ce petit bijou était admirable, il n’y manquait pas une vis, un écrou. Toutes ces merveilles et quelques autres encore s’exécutaient sur une glace polie. Les puces-chevaux étaient attachées avec une chaîne d’or par leurs cuisses de derrière; ou m’a dit que jamais on ne leur ôtait cette chaîne. Elles vivaient ainsi depuis deux ans et demi. Pas une n’était morte dans cet intervalle. On les nourrissait en les posant sur un bras d’homme qu’elles suçaient. Quand elles ne voulaient pas traîner le canon ou la berline, l’homme prenait un charbon allumé qu’il promenait audessus d’elles, et aussitôt elles se remuaient et recommençaient leurs exercices. »

Les puces savantes ont fait l’admiration, et l’on peut dire la stupeur, de Paris, de Lyon et des principales villes de province, en 1825.

Mais, dira-t-on, comment pouvait-on, dans une salle où le public était appelé, voir ce merveilleux spectacle? 11 faut, en effet, ici une explication.

Les spectateurs étaient assis en face d’une toile pourvue de

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verres grossissants, devant lesquels ils pinçaient l’œil, comme on le fait au Diorama, pour voir les paysages ou les monuments. Grâce au grossissement donné par la lentille, on pou-' vait admirer dans tous ses détails ce prodige de l’art.

Mais revenons à l’histoire naturelle de notre insecte. La femelle de la puce pond de huit à douze œufs, qui sont ovoïdes, lisses, visqueux et blancs.

Contrairement à ce qu’on aurait pu croire a 'priori , la puce ne fixe pas ses œufs à la peau de ses victimes.. Elle les laisse tomber à terre, dans les fentes des parquets, sur les vieux meubles, dans le linge sale et parmi les ordures.

M.Defrance a remarqué qu’avec les œufs se trouvent presque toujours mêlés des granules noirâtres et brillants, qui ne sont autre chose que du sang desséché. C’est une provision que la prévoyante mère-puce a préparée à nos dépens, pour nourrir sa jeune postérité.

Au bout de quatre ou cinq jours en été, et de onze jours en hiver, on voit sortir de ces œufs de petites larves allongées, cylindriques, divisées en treize anneaux garnis de poils, dont le dernier porte, en arrière, deux petits crochets. Leur tête est écailleuse en dessus, munie de. deux antennes courtes et sans yeux. Ces larves sont dépourvues de pattes, mais elles se tordent, roulent sur elles-mêmes et avancent même assez rapidement, en élevant la tête. D’abord blanches, elles deviennent ensuite rougeâtres.

Quinze jours environ après leur éclosion, elles cessent de manger et demeurent immobiles, comme si elles allaient mourir. C’est qu’alors elles se disposent h se filer une petite coque, soyeuse, mince et blanchâtre, dans laquelle elles se transforment en nymphes.

Au bout d’une quinzaine de jours, ces nymphes sont devenues insectes parfaits.

On a constaté sur les larves de la puce un trait de mœurs bien remarquable et unique chez les Insectes. La inère-puce va dégorger dans la bouche des larves le sang dont elle s’est remplie. Nous avons tous vu des oiseaux donner ainsi la becquée à leurs petits. Mais des puces!

La puce attaque plus particulièrement l’espèce humaine.

Elle est surtout répandue en Europe et dans le nord de l'Afrique’. Certaines conditions favorisent particulièrement sa multiplication. On trouve beaucoup de ces insectes dans les habitations mal tenues, dans les casernes et dans les camps. Ils pullulent dans les lieux abandonnés, les masures, les endroits où se pressent des hommes peu soigneux de leur personne.

D’autres espèces de puces vivent sur les animaux. Citons, par exemple, Ja puce du clial , la puce du chien , celle du pigeon et celle de la poule. *

Nous nous arrêterons un moment sur une espèce particulière qui abonde dans toutes les parties chaudes de l’Amérique, principalement au Brésil et dans les contrées voisines. Cette espèce redoutable est la Puce chique {Pulexpenetrans, L.).

La Chique , nommée aussi Tique , est plus petite que la puce ordinaire. Aplatie, brune, avec une tache blanche sur le dos, elle est armée d’un bec pointu, très-fort, roide, pourvu de trois lancettes. C’est à l’aide de cet instrument que la femelle attaque l’homme, dans le but de se loger dans sa peau et d’y nourrir ses petits.

La chique attaque principalement les pieds. Elle se glisse entre la chair et les ongles, ou s’introduit sous la peau des talons. Malgré la longueur du bec de l’animal, son introduction sous la peau ne détermine pas d’abord de sensation douloureuse. Mais, au bout de quelques jours, on s’aperçoit de sa présence, à une démangeaison, qui, d’abord légère, va toujours en augmentant, et finit par devenir insupportable.

La chique emprisonnée sous la peau se révèle au dehors par une tumeur. Son corps est devenu aussi gros qu’un pois. Dans la peau envahie, il s’est formé un énorme sac brunâtre, qui renferme du pus.

Dans ce sac abdominal sont agglomérés les œufs de la chique, qui sortent par un orifice de l’extrémité postérieure, et ne sont pas pondus dans la plaie, comme on l’avait cru longtemps.

Les chiques sont pour les nègres du Brésil un objet de terreur, d’ailleurs bien légitime. Ces redoutables parasites envahissent quelquefois toute la masse du pied, qu’ils rongent et font tomber en gangrène.

Fig 18. Le3 nègres du Brésil et leurs jeunes pédicures.

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Beaucoup de nègres perdent les phalanges de quelques doigts par suite des ravages de ces êtres dangereux. Pour se préserver de leurs atteintes, ils portent des chaussures solides, et visitent leurs pieds chaque jour, avec beaucoup d’attention.

Le moyen le plus usité, au Brésil, pour prévenir l’invasion des pieds par les chiques, c’est d’avoir recours à des enfants, dont les excellents yeux aperçoivent facilement le point rouge de la peau par lequel la chique s’est introduite. Ces enfants ont l’habitude d’extraire l’insecte de la plaie, au moyen d’une aiguille (fig. 18). Mais cette extraction n’est pas sans inconvénient, car si quelque partie du corps de l’insecte est restée dans la plaie, elle peut y déterminer une inflammation dangereuse. Aussi les petits opérateurs renommés pour leur adresse en ce genre sont-ils singulièrement recherchés, cajolés et récompensés par les pauvres nègres des plantations.

Le Pou de la tête ( Pediculus capilis ) (fig. 19) est un insecte au corps aplati, légèrement transparent, grisâtre, ponctué de noir sur les stigmates, mou vers le milieu, un peu coriace sur les bords. Sa tête, ovale, est munie de deux antennes filiformes, composées de cinq articles , que l’animal agite continuellement quand il marche ; de deux yeux simples arrondis et noirs; enfin d’une bouche. En avant de cette tète se trouve un mamelon court, conique p0UF(J°* |®‘tête et charnu. Ce mamelon renferme un suçoir, ou (grossi). rostre , que l’animal peut faire sortir à son gré. Lorsqu’il est déployé, il offre un corps tubuleux, terminé par six petits crochets pointus, recourbés d’avant en arrière et destinés à retenir l’appareil dans la peau. Ce corps est surmonté de quatre soies capillaires appliquées les unes contre les autres et contenues dans son intérieur. C’est à l’aide de cet appareil compliqué que les poux piquent et sucent le cuir chevelu.

Leur corselet est presque ca rré et divisé en trois parties, par des incisions profondes. Leur abdomen, fortement lobé sur les bords, se compose de huit anneaux, et offre seize stigmates. Leurs pattes composées d’une hanche sont en deux pièces, d’une cuisse, d’une jambe et d’un tarse d’un seul article et très-gros. En onglet robuste qui se replie sur une saillie

dentiforme et fait, avec cette dernière, l'office d’une pince, termine le tarse. C’est à l’aide de cette pince que les poux s’attachent aux cheveux.

Les poux sont ovipares. Leurs œufs, qui demeurent agglutinés aux cheveux, sont allongés et blancs. On les désigne vulgairement sous le nom de lentes. Les petits éclosent au bout de cinq à six jours, et sont en état de se reproduire au bout de dix-huit jours.

Leuwenhoek a calculé qu’en deux mois deux poux femelles peuvent produire dix mille poux! D’autres naturalistes ont avancé que la seconde génération d’un seul individu peut fournir deux mille cinq cents poux, et la troisième cent vingtcinq mille 1 Heureusement pour les victimes de ces dégoûtants parasites, leur reproduction ne procède pas ordinairement suivant cette prodigieuse marche ascensionnelle.

Plusieurs moyens sont en usage pour tuer les poux de la tête. Des lotions de petite Centaurée ou de Staphisaigre, de la pommade additionnée d’onguent mercuriel, sont des moyens très-efficaces. Mais le procédé le plus sûr, le plus commode, consiste à huiler largement les cheveux. L’huile tue les poux en obstruant leurs trachées, et mettant ainsi obstacle à leur respiration.

Il est d’autres espèces de poux. Nous signalerons seulement le pou des malades , qui produit la maladie qu’on appelle phthyriasis du cuir chevelu . Chez le malade qui en est affecté, on voit apparaître, avec une prodigieuse rapidité, un nombre immense de ces parasites.

Cette triste maladie a été souvent signalée par les anciens. Le roi Antiochus, le philosophe Phérécyde de Syros, contemporain et ami de Thalès, le dictateur* Sylla, Agrippa, Valère- Maxime, furent, dit-on, atteints de phthyriasis, et même succombèrent à cette maladie.

Amatus Lusitanus, médecin portugais du seizième siècle, raconte que les poux se produisaient si vite et avec une telle abondance, sur un riche seigneur en proie au phthyriasis, que deux domestiques attachés à sa personne n’avaient d’autre fonction que de porter à la mer des corbeilles remplies de la vermine qui s’échappait incessamment du corps de leur noble maître.

APTERES.

Cette maladie est loin aujourd’hui d’être connue dans tous ses détails. Elle est assez fréquente dans les parties du midi de l’Europe où les habitants, sales et malheureux, sont en proie à la misère et à la malpropreté, deux maux qui vont très- souvent de compagnie. Dans la Galicie; en Pologne, dans les Asturies, en Espagne, le phthyriasis fait beaucoup de victimes.

Les poux se développent avec une telle rapidité chez les malades atteints de cette maladie, que le vulgaire ne peut expliquer leur apparition que par la génération spontanée. La prodigieuse promptitude de la reproduction de ces insectes rend suffisamment compte de ces surabondantes générations.

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