Cours Apiculture, in-18, pages
HYMENOPTERES
Les ruches dans lesquelles on loge les Abeilles ont mille
formes différentes, dont chacune a ses avantages particuliers
On les fait en bois ou en paille. Les formes usitées dans différents pays sont très-variées. Nous citerons comme exemples :
Fig. 356. Intérieur de la ruche des jardins.
la ruche anglaise (fig. 353), la ruche suisse (fig. 354), la ruche 'polonaise (fig. 355), la ruche des jardins (fig. 356).
HYMÉNOPTÈRES
L'emplacement des ruches, c'est-à-dire le lieu où on les installe, n’est pas indifférent.
On croit généralement qu’il faut établir les Abeilles en plein soleil, et dans les lieux exposés à la plus grande chaleur du jour. C'est une erreur. M. de Frarière, dans son ouvrage sur les Abeilles et V Apiculture, recommande de placer les ruches sous les arbres, de manière à les maintenir à l'ombre des feuilles, c’est-à-dire comme elles sont placées au milieu des forêts. La
Fig. 357. Rucher ombragé.
figure 357 montre la disposition que M. de Frarière conseille de donner aux ruches.
M. le docteur Monin, auteur d’une intéressante monographie de l’Abeille, publiée en 1866, après avoir parlé des différentes expositions ou dispositions qui ont été conseillées pour les ruches, conclut en ces termes :
« C’est pour concilier toutes ces exigences que les apiculteurs expérimentés recommandent tant pour les ruches l’exposition au soleil de dix heures , c’est-à-dire qu’elles soient tournées de façon à ce que le soleil donne sur l’entrée lorsqu’il a atteint déjà une certaine hauteur sur
l’horizon, et assez échauffé l’air ambiant pour que les Abeilles, que Téclat de ses rayons engage à se lancer au dehors, ne soient point saisies par le froid, et engourdies avant d’avoir pu regagner assez tôt leur demeure*. »
Au mois de mars, on fait la récolte de la cire, en taillant la partie inférieure des ruches, dont les rayons ont vieilli.
La principale récolte du miel a lieu vers la fin de mai, en juin ou en juillet, suivant les localités. On opère la taille plus ou moins forte, selon la quantité du miel préparé et Tétât de la saison.
Seulement les Abeilles ne verraient pas sans colère cette violation de leur domicile, et ce vol prémédité de leurs provisions d’hiver. Pour s’emparer des gâteaux de miel qui remplissent la ruche, il faut mettre ces insectes irritables hors d’état de nuire à l'homme. On y parvient, on les rend paisibles,
Fig. 358. Soufflet.
en les enfumant. On envoie la fumée dans l’intérieur de la ruche, à l’aide d’un soufflet, dont la figure 358 représente les dispositions.
Si Ton prolonge l’action de la fumée, on entend bientôt les Abeilles battre des ailes d’une façon particulière : elles sont en état de bruissement. Quand on les voit se redresser sur leurs pattes de derrière et agiter les ailes, on peut en faire à peu près ce qu’on veut : tailler les rayons, extraire du couvain ou enlever le miel, sans qu’elles s’en inquiètent. Seulement, il ne faut pas faire trop durer cet état, parce qu’on pourrait asphyxier les Abeilles. C’est une espèce d’anesthésie que Ton provoque ainsi chez notre Hyménoptère; et, de meme que pour l’anesthésie provoquée chez l’homme, il ne faut pas trop prolonger cet état physiologique.
1. Physiologie de V abeille, suivie de l’art de soigner ' et d’exploiter les abeilles, d’après une méthode simple, facile. In-18. Paris, 1866. Page 94.
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Certains apiculteurs, pour faire leur récolte, étourdissent leurs Abeilles avec des mèches de soufre allumées. C’est là une mauvaise pratique.
a Les auteurs qui conseillent d’étouffer les Abeilles, dit M. Hamet, sous prétexte que leurs colonies deviendraient trop nombreuses, et qui ajoutent : on ne peut manger de bœuf sans tuer la bête, sont plus stupides que ranimai qu’ils choisissent pour comparaison. »
Une ruche produit souvent de 6 à 8 kilogrammes de miel chaque année, et une quantité de cire presque égale. Elle peut donc fournir à l’agriculteur un revenu important, d’autant plus que l’éducation des Abeilles donne peu de peine et de travail. Il suffit d’avoir un endroit convenablement exposé et bien garni de fleurs.
On possède en Europe deux espèces ou races d’Abeilles, Y Abeille commune ( Apis méllifica) et Y Abeille ligurienne ( Apis liguslica ), à abdomen fauve, avec des anneaux bordés de noir. C’est cette espèce que Yirgile a chantée, et qui se trouve en Italie et en Grèce. On a remarqué que les Abeilles liguriennes percent à leur base les calices des fleurs trop longues pour qu’elles puissent y pénétrer commodément, et qu’elles s’emparent ainsi du miel, tandis que nos Abeilles ordinaires passent à côté de ces fleurs sans en profiter. Cette observation prouve plus d’intelligence chez la première espèce. On peut d’ailleurs croiser ces deux races.
On élève en Égypte Y Abeille à bandes {Apis fasciala).
Dix ou douze autres espèces d’Abeilles existent au Sénégal, au cap de Bonne-Espérance, à Madagascar, aux Indes orientales, à Timor [V Abeille de Pérou), etc.
On a acclimaté en Amérique l’Abeille d’Europe, mais elle y reprend vite l’état sauvage, comme du reste tous nos animaux domestiques transportés dans l’autre hémisphère.
Au cap de Bonne-Espérance, les Hottentots recherchent avidement les nids d’Abeilles sauvages. Un oiseau, nommé pour cette raison Y Indicateur, les guide dans cette chasse.
Cet oiseau vient de lui-même au-devant des hommes. On le voit voleter d’arbre en arbre, en poussant un petit cri signi-
ficatif. On n’a dès lors qu’à suivre l’oiseau délateur. Il ne tarde pas à s’arrêter devant quelque arbre creux, qui renferme un nid d’ Abeilles. Les Hottentots reconnaissent toujours ses services en lui laissant une part du butin.
Le romancier Fenimore Cooper nous a appris, dans son ouvrage intitulé la Prairie , comment les chasseurs d’ Abeilles en Amérique savent découvrir les ruches sauvages. Ils placent sur une planche recouverte de peinture blanche encore fraîche un morceau de pain sucré, ou recouvert de miel. Les Abeilles en butinant ce pain s’embarbouillent le corps, et on les suit plus facilement du regard quand elles retournent à leur ruche.
Dans l’Amérique du Nord, les Abeilles sont, pour ainsi dire, les messagères de la civilisation. Quand les Indiens aperçoivent un essaim cherchant à s’établir dans les solitudes de leurs forêts, ils se disent entre eux : « L’homme blanc s’approche ; il va venir. » Véritables pionniers de la civilisation, ces insectes semblent donc annoncer aux forêts et aux déserts du Nouveau-Monde que le règne de la nature est passé, et que le rôle de l’état social a commencé, pour ne jamais prendre fin.
qui sont propres à l’Amérique méridionale sont dépourvues d’aiguillon : ce sont les Mélipones.
Les Mélipones (fig. 359) ont une forme plus ramassée que celle de nos Abeilles, un corps plus velu, une taille plus petite. Très-nombreuses dans les forêts vierges de l’Amérique, elles font leurs nids dans le creux des arbres.
La cire provenant des Mélipones est brune et de médiocre
Les Abeilles sV
qualité.
Sous d’épais feuillets de cire, on trouve des gâteaux, à alvéoles hexagonaux, renfermant des mâles, des femelles et des neutres. Les cellules de larves sont bouchées par les ouvrières, et les larves s’y filent un cocon. Tout autour des berceaux sont de grands pots arrondis, de toute autre forme que les berceaux, et où s’amasse le miel.
On peut supposer que les mâles, les ouvrières et les femelles
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vivent ensemble en bonne harmonie, et même qu’il y a dans chaque nid plus d’une femelle, car l’absence d’aiguillon doit empêcher les combats.
Si l’on transporte quelques gâteaux de Mélipones dans un creux d’arbre, il s’y fonde toujours une nouvelle colonie. On peut conclure de là que les ouvrières se procurent à volonté des femelles au moyen d’une nourriture spéciale.
Les sauvages habitants des forêts américaines récoltent le miel des Mélipones ; mais ils détruisent en même temps les nids de ces précieux insectes avec l’insouciance de l’homme non civilisé. On acommencéde nos jours, en Amérique, à do^ mestiquer certaines espèces de Mélipones, en les introduisant dans des pots de terre ou des caisses de bois.
On a amené des Mélipones en Europe, mais elles ont toujours péri aux premiers froids. Pendant l’été de 1863, on possédait, au Muséum d’histoire naturelle de Paris, un nid de Mélipones scutellaires du Brésil; mais il ne prospéra point.
Les Bourdons . — Si l’on pai court, au mois de mars, les prairies qui commencent à verdir, ou les bois encore privés de feuilles, on voit voltiger çà et là de gros insectes velus, qui ressemblent à des Abeilles géantes. Ce sont les femelles des Bourdons (ainsi nommés à cause du bruit qu’ils produisent). Ces femelles ont été réveillées par le soleil du printemps. Elles examinent les cavités des pierres, les amas de mousse, les trous creusés par les rongeurs, cherchant un endroit convenable 'pour y construire le nid de leur postérité.
Les Bourdons sont de la même famille que les Abeilles, auxquelles ils ressemblent par leur organisation.
Comme les Abeilles, les Bourdons se divisent en mâles, femelles et neutres, ou ouvrières . Mais leurs sociétés ne durent qu’un an. A la fin de l’automne, tout le peuple s’éteint, à l’exception des femelles fécondées, qui passent l’hiver dans un état d’engourdissement, au fond de quelque trou, où elles attendent le printemps, pour perpétuer leur race.
Les sociétés de Bourdons ne comprennent ordinaire-
ment qu’un petit nombre d’individus : de cinquante à trois cents. Ce sont des peuplades aux mœurs paisibles et pastorales, dont l’existence éphémère commence et finit avec la saison des fleurs.
Les Bourdons (fîg. 360) se reconnaissent à leur grande taille, à leur corps trapu, entouré de bandelettes Fig. 360. Bourdon mâie. de couleurs éclatantes, et à leur vol
bruyant. Leurs jambes postérieures sont armées de deux éperons. Les femelles et les ouvrières sont organisées pour butiner commë les Abeilles : elles ont la trompe et les pattes façonnées en brosses et en corbeilles, poui la récolte du pollen. Les mâles sont dépourvus d’aiguillon, comme les mâles des Abeilles.
La plupart des Bourdons se logent sous terre. D’autres font leurs nids à la surface du sol, dans les fentes des murs, dans les tas de pierres, etc. Les premiers s’établissent dans des cavités situées jusqu’à un demi-mètre sous terre, et qui sont précédées par une galerie longue et étroite. C’est presque toujours une femelle solitaire qui a été l’architecte du nid. Elle nettoie la cavité qu’elle a choisie, la rend aussi lisse que possible, et la tapisse de feuilles et de mousse, pour embellir les souterrains ou doit se passer son existence presque tout entière.
Le Bourdon des mousses (Boni bus muscorum), appelé aussi Abeille cardeuse, choisit pour y faire son nid une excavation peu profonde, ou bien il entreprend lui-même de le creuser dans le sol. Il recouvre ce trou d’un dôme de mousse ou d’herbes sèches. Mais il ne transporte pas la mousse au vol, il la traîne sur la terre. Le dos tourné du côté du midi, il saisit un paquet de mousse, se met à en tirer les brins avec ses mandibules, les pousse ensuite sous son corps, et les lance dans la direction du nid, par une espèce de ruade de ses pattes de derrière.
On voit quelquefois dans l’arrière-saison plusieurs Bourdons travailler à la file. Le premier saisit la mousse; après l’avoii catdée, il la passe sous son ventre, et la lance au deuxième, qui la lance au troisième, et ainsi de suite, jusqu'au nid.
Quand les matériaux sont prêts, l’insecte s’en sert pour fa-
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briquer une espèce de calotte feutrée, qui recouvre le nid, et qui est revêtue de cire à l’intérieur. Si l’on soulève cette calotte, ce *qui n’est pas dangereux, car les Bourdons sont peu agressifs, on trouve au-dessous un nid, composé d’un gâteau grossier, qui est surmonté d’une voûte en cire.
Les cellules qui entrent dans les compartiments de ce nid, et qui doivent recevoir la larve de l’insecte, sont de forme ovoïde, d’un jaune pâle ou bien noirâtre. La figure 361 représente ces cellules.
La cire qui les compose n’a point les qualités de celle des Abeilles. Elle est molle, tenace, brunâtre.
Quand la mère Bourdon, qui d’abord est seule à édifier son nid, a confectionné un certain nombre de cellules, elle va chercher du miel et’ du. pollen sur les fleurs, et prépare une pâtée, qu’elle dépose dans les futurs berceaux. Ensuite, elle pond six ou sept œufs dans chaque cellule. Les larves qui en sortent vivent en commun, à la même table, sous la même tente. La cellule n’a d’abord que la grosseur d’un pois; elle devient bientôt trop étroite, se fend, et a besoin d’être agrandie et réparée à plusieurs reprises, besogne dont s’acquittent avec beaucoup de soin et d’attention nos industrieux insectes.
Avant de passer à l’état de nymphe, chaque ver se file une coque de soie blanche, très-fine. Il cesse de manger, se tient d’abord roulé, puis se relève peu à peu, et change de peau
Fig. 361. Cellules du nid des Bourdons.
après trois jours. Il passe quinze jours â l’état de nymphe, dans une immobilité complète.
A quoi songe, en son tombeau temporaire, notre Bourdon, devenu chrysalide? Demandez-le à la nature.
Après le temps normal écoulé dans son gîte, notre nymphe se réveille. Elle se délivre de ses enveloppes de momie, avec le secours de la mère ou des ouvrières. Le Bourdon paraît alors au jour, robuste et déterminé, le corps recouvert d'un duvet grisâtre. Il se raffermit sur ses jambes et se rend au réfectoire de la communauté. C'est évidemment ce qu'il a de mieux à faire, après une abstinence de deux semaines.
Quand les éclosions successives ont fourni à la mère Bourdon le renfort qu’elle attend, les ouvrières qu’elle a pondues s’occupent de construire de nouvelles cellules, et d’élever le mur d’enceinte qui doit abriter le nid. Ce mur, formé de cire, part de la base et s’élève, comme un rempart vertical, de tous les points de la circonférence. On le surmonte ensuite d’une première toiture plate, soutenue par quelques piliers, et dans laquelle on a conservé une ou deux ouvertures irrégulières. Le tout est enfin protégé par un couvercle hémisphérique, en mousse, feutrée et revêtue de cire à l’intérieur.
La figure 362 représente, dans son ensemble, un nid de Bourdons cardeurs .
Les ouvrières prennent aussi leur part à l’éducation du couvain. Elles apportent aux larves leur. pâtée, qu’elles glissent dans les cellules, par un petit trou, qui est refermé aussitôt après. Plus tard, elles aident encore les nymphes à se débarrasser de leurs enveloppes. Bref, elles se rendent utiles de toutes manières.
Seulement, elles ont un vilain défaut: elles sont trèsf-riandes des œufs que pond la mère. Elles cherchent à les saisir à la sortie du corps de la pondeuse émérite, ou à les tirer des alvéoles, pour en humer, avec délices, le contenu. Aussi la mère est-eLe sans cesse obligée de défendre ses œufs contre la voracité des ouvrières, et de faire bonne garde, pour chasser les maraudeuses des cellules nouvellement remplies.
On doit à un naturaliste anglais, Nèwport, la connaissance d’un autre fait curieux, relatif à la ponte des Bourdons. C’est
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’ expédient qu’emploient les femelles et les mâles pour hâter l’éclosion des œufs.
Les femelles et les mâles se placent, comme des poules cou-
veuses, au-dessus des coques de cire qui contiennent les nymphes prêtes à éclore. En respirant avec activité, ces industrieux insectes élèvent la température de leur corps, et par suite celle de l’air des cellules. Grâce à cette chaleur supplémentaire, la métamorphose des nymphes est beaucoup plus prompte.
Newport, en glissant des miniatures de thermomètres entre les coques à nymphes et les Bourdons couveurs, constata que la température de ces derniers était d’environ 34 degrés, pendant que la température des coques abandonnées à ellesmêmes était seulement de 27 degrés; celle de l’air, dans le reste du nid, était seulement de 21 à 24 degrés.
Après plusieurs heures de ces incubations, à la fois naturelles et artificielles, dans lesquelles l’art et la nature se donnent si étroitement la.... patte, lorsque les insectes couveurs se sont bien des fois relayés les uns les autres, les jeunes Bourdons sortent de leurs coques. Ils sont d’abord mous, grisâtres, humides et très-impressionnables par le froid. Mais au bout de quelques heures ils se raffermissent, et l’on voit se dessiner les bandelettes jaunes et noires, dont leur ventre est entouré.
La ponte du printemps produit exclusivement des ouvrières. Elle est surtout abondante en août et septembre. La ponte des femelles commence en juillet. Les mâles suivent de près.
Jusqu’à l’automne, les Bourdons agrandissent sans cesse leur nid, et y multiplient leurs petits pots de miel. Sans accumuler de grandes provisions, dont ils n’auraient que faire, ils tiennent pourtant toujours en réserve une quantité de pollen et de miel pour les besoins du jour.
Ces pots à miel ont les formes les plus diverses. Quelques espèces de Bourdons leur donnent des cols longs et étroits. D’autres, moins recherchés dans leur style architectural, fabriquent des vases simplement cylindriques. 11 y a dans les Bourdons des races d’artistes et des races de simples bourgeois. Les uns construisent avec goût, les autres ne cherchent que l’utile.
Pendant la journée, les Bourdons vont butiner les fleurs. Ils rentrent le soir au logis; mais un certain nombre se permet de découcher. Surpris par l’arrivée de la nuit, au sein du calice d’une odorante fleur, ils prennent le parti philosophique de dormir à la belle étoile, couchés sous le regard du ciel, dans ce lit parfumé. C’est là que la main cruelle de l’homme peut venir les prendre : ils se laissent enlever sans opposer de résistance.
L’accouplement des Bourdons a lieu vers la fin de septembre. Il coûte la vie aux mâles, comme nous l’avons raconté pour les Abeilles.
Les femelles fécondées ne pondent qu’au printemps suivant. Ce sont elles qui, après l’hivernage, seront les mères des nouvelles générations. Elles prendront les rênes de la famille lorsque la mère fondatrice de la colonie actuelle, les mâles ainsi
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que les ouvrières, auront, d’après la loi de la nature, passé de vie à trépas. Cette maternité latente est cause qu’elles vivent en paix ensemble.
Il y a souvent, au contraire, quelques ouvrières qui, nées au printemps, deviennent fécondes, et pondent dans l’année même , mais seulement des œufs de mâles. Celles-ci se voient en butte à Ja jalousie de la mère régnante, qui les poursuit avec fureur, et dévore leurs œufs.
Du reste, ces femelles retardataires ont, elles aussi, le cœur assez cruel. Animées les unes contre les autres d’une jalousie profonde, elles se disputent les cellules avec acharnement pour y déposer quelques œufs, qui sont aussitôt détruits par leurs méchantes sœurs.
Toutefois, dans ces diverses attaques, elles ne se servent jamais de leurs aiguillons. Le peuple des Bourdons est pacifique, même en ses combats.
Aux premiers froids de l’automne, tous ces insectes, comme nous l’avons dit plus haut, périssent, saufles femelles fécondées. Ces dépositaires privilégiées de la postérité bourdonnienne, spes altéra domi , cherchent une retraite, et y dorment jusqu’au printemps suivant. Elles se- réveillent alors et fondent de nouvelles colonies, qui continueront la race.
On a longtemps confondu avec îes'Bourdons certains insectes qui ont la même apparence, c’est-à-dire un corps velu, à bandes de diverses couleurs, mais dont les pattes postérieures ne sont conformées ni pour récolter, ni pour construire. Ce sont les PM7/q/res,dontLepelletier de Saint-Fargeau a découvert le véritable rôle.
Les Psilhyres sont des parasites. Ils n’ont que des mâles et des femelles fécondes et pas d’puvrières. Ils vont pondre leurs œufs dans les nids des Bourdons.
Les Psithyres sont, en effet, tellement semblables aux Bourdons, qu’ils peuvent s’introduire chez eux sans éveiller de soupçon. On les admet sans défiance, on les accueille comme s’ils étaient de la famille;, si bien que les pauvres Bourdons élèvent eux-mêmes les larves de ces hôtes impudents. Chez les insectes de l’ordre des Hyménoptères, on rencontre beaucoup d’exemples de ces sortes de parasites qui installent leur
progéniture dans un nid étranger, comme le fait le Coucou dans les nids des autres oiseaux.
Les Apiens solitaires . — Nous avons trouvé jusqu’ici les insectes de la grande famille des Apiens réunis en sociétés parfaitement organisées. Mais il est un grand nombre d’espèces de la même famille qui vivent solitaires. Nous mentionnerons brièvement les plus intéressantes de ces espèces.
Les femelles des Abeilles solitaires sont fécondées comme celles des Bourdons, ù la fin de septembre, et pondent au printemps, après avoir passé l’hiver à dormir. Elles construisent un nid, divisé en cellules, le remplissent d’œufs et de pâtée mielleuse, le bouchent et meurent sans avoir vu éclore leur paternité.
Les Anthophores (fig. 363, 364, 365) ressemblent aux Abeilles,
Fig. 3G3. Fig. 3G4-365.
Anthophore ditusa. Anthophore pariétine.
mais elles sont plus velues et grisâtres. Elles font leurs nids, composé de terre gâchée et agglutinée par leur salive, dans les fentes des vieux murs ou dans la terre. Elles donnent à ce nid la forme d’un tuyau courbe. Ce tuyau est divisé en compartiments, ou cloisons, qui doivent recevoir chacun une larve. Chaque insecte qui éclôt perce sa paroi et profite du trou de sortie du frère qui l’a précédé.
Les Anthophores abondent dans les ravins de la Provence, où ils ont été desséchés par un soleil brûlant. Si l’on vient les déranger, ils s’élèvent en quantités innombrables, et entourent, en bourdonnant, l’importun qui trouble leur solitude. Mais ce bruit n’est qu’une vaine menace, car ils ne font pas usage de leur aiguillon.
Ces insectes ne vivent pas en société. Voisins indifférents, ils ne se prêtent pas une mutuelle assistance . Ils ont d’ailleurs leurs parasites comme les Bourdons. Ces parasites sont les Mèlectes .
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Ces insectes poilus, noirâtres et tachetés de blanc déposent leurs œufs chez les Antliophores, qui les laissent faire, et élèvent leurs petits aux dépens de leur propre progéniture.
1/ Abeille char pentière ou perce-bois (Xylocopa) creuse des galeries dans le bois vermoulu, et y construit des cellules.superpo sées, travail qui lui coûte souvent plusieurs semaines. Elle en
Fig. 366. Abeille charpentière. — Nymphes, œufs, galerie et nids.
garnit ensuite le fond de pollen pétri avec du miel, dépose un œuf au milieu de cette pâtée, et ferme la cellule par un plafond de sciure de bois agglutinée avec sa salive. Sur ce plafond, elle établit une nouvelle loge, et ainsi de suite jusqu’à l’oriüce qui est fermé de la même manière.
Réaumur s’étonne avec raison de l’instinctadmirable qui fait reconnaître à cette mère prévoyante la quantité exacte de nourriture qui sera nécessaire à sa larve.
Quand celle-ci a absorbé toute sa provision, elle remplit à elle seule toute sa loge, et se métamorphose en nymphe. Il est
à remarquer que la tête de la jeune Xylocope est toujours tournée en bas, de sorte que c'est par le fond de sa loge qu'elle cherche à sortir. Le fond de la première est très-rapproché de la surface du bois, de sorte que l’insecte qu’elle renferme n’a qu’une mince lame de bois à percer pour s’affranchir. Chacun de ceux qui naissent ensuite n’a qu’à percer le plancher de sa crypte, et trouve le chemin libre devant lui.
Les nymphes des Nylocopes passent l’hiver, et éclosent au printemps, sous la forme de gros insectes à ailes enfumées, d’un beau violet métallique, que l’on voit butiner sur les fleurs des arbres fruitiers.
D’autres Abeilles solitaires ont les pattes postérieures impropres à la récolte du pollen. Elles le ramassent entre les anneaux de l’abdomen, qui est muni de poils. Telles sont les Abeilles maçonnes de Réaumur (Osmia et Chalicocloma ) (fig. 367),
Fig. 367. Abeille maçonne et son nid.
qui construisent leurs nids contre les murs, en terre gâchée qui devient très-dure.
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Ces nids (fig. 367 et 368; sont remplis de cellules disposées assez irrégulièrement et de forme oblongue. Au premier abord, on les prendrait pour des mottes de terre plaquées contre le mur. Quand l’insecte parfait veut sortir de sa crypte, il est obligé de ramollir le mortier avec sa salive, et de l’enlever, grain par grain, avec ses mandibules.
Fig. 368. Intérieur de nids de l’Abeille maçonne.
Les nids de Chalicodomes sont communs aux environs de Paris, sur les murs en moellons exposés au midi. On en trouve souvent dans les parcs de Meudon, de Conflans, du Vésinet, etc.
Les Abeilles coureuses de feuilles ( Mêgachiles ) ne sont pas moins dignes de remarque dans leurs habitudes. Ces insectes nidifient dans des tubes enroulés, faits avec des feuilles de rosier, de poirier, de bourdaine, etc., et qui remplissent un terrier cylindrique ou oblique. Chaque nid contient ordinairement de trois à six loges, séparées par des fragmenfs de feuilles.
Fig. 3G9. Nid de la Mégachiîe du rosier.
Les Anthocopes , ou Abeilles tapissières, revêtent leurs nids avec des pétales de fleurs, par exemple de coquelicot. Leurs terriers sont creusés perpendiculairement dans la terre battue des •chemins, et chacun contient un seul al-
Les Mègachiles coupent les morceaux de feuilles qui leur sont nécessaires avec leurs mandibules. Les entailles sont d’une netteté parfaite, comme si elles avaient été pratiquées à remporte-pièce.
Les Mègachiles confectionnent jusqu’à huit ou dix enveloppes successives avec les feuilles qu’elles ont apportées, et ces feuilles en se desséchant se resserrent davantage, tout en conservant la forme que l'insecte leur a donnée. Les loges destinées à recevoir les œufs acquièrent ainsi une certaine solidité élégante.
La figure 369 représente le nid de la Mégachiîe dit rosier.
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véole tapissé de morceaux de pétales. Quand l’œuf a été déposé au fond de cette loge, l’Abeille comble le reste du trou avec de la terre pour le dérober aux regards.
Les Abeilles mineuses ( Andreno ) creusent dans le soldesgaleriestubulaires(fig.370).
Elles ne sont pas plus grosses que nos mouches ordinaires. On connaît encore un grand nombre d’autres insectes qui appar- „ . . . r.*s* 3™* .
1 1 1 Galerie de 1 Abeille mineuse
tiennent à la famille des Abeilles. Leurs
mœurs sont peu connues, et nous ne nous en occuperons pas.
Les Guêpes. — Tout le monde. connaît les Guêpes comme une race de brigands dangereux, qui vivent de rapine, bataillent sans cesse et n’existent que pour nuire. Cependant les Guêpes, comme Figaro, valent mieux que leur réputation. Leurs sociétés sont admirablement organisées. Leurs nids sont des modèles d’industrie et de fantaisie artistique. Elles ont même certaines vertus domestiques qui leur méritent notre estime. Seulement, c’est une gent excitable, à laquelle il ne fait pas bon de se frotter. Si les grandes chaleurs viennent s’ajouter à leur irritabilité naturelle, elles s’acharnent après ceux qui les gênent, et les poursuivent très-loin. Personne n’ignore d’ailleurs que leur piqûre est très-douloureuse. Par les temps froids, et à l’entrée de la nuit, les Guêpes sont moins vives et moins redoutables.
Les Guêpes se distinguent des Abeilles par un caractère assez tranché. A l’état de repos, elles plient en deux les ailes supérieures, qui alors paraissent très- étroites. Elles ne les étalent que pour voler, tandis que les Abeilles conservent, au repos, les ailes supérieures étalées.
Les Guêpes vivent en sociétés, qui ne durent qu’un an et sont composées de mêles, de femelles et d’ouvrières. Mais la Guêpe femelle ne passe pas sa vie entière dans l’oisiveté, en reine, comme la mère Abeille. Elle s’occupe de la nidification et des soins de ses petits, comme la mère Bourdon.
Les mâles ont aussi leurs charges. Ils veillent à la propreté de l’habitation et la débarrassent des cadavres. Ce sont les agents voyers et les croque-morts de la cité.
On reconnaît facilement les Guêpes à leur corps oblong, élégamment suspendu au corselet comme par unfil(fig. 371). Leur
Fig. 371. Fig. 372. Fig. 373.
Guêpe commune. Nid de Guêpe. Guêpe des arbustes.
aiguillon est plus grand que celui des Abeilles. Il puise le venin dans une poche placée à sa base ; les mâles en sont dépourvus. Les Guêpes ne sécrètent pas de cire. Leurs mandibules leur servent à couper les végétaux, dont elles savent agglutiner les fragments, de manière à former une espèce de carton trèsrésistant, sur lequel on peut écrire. On voit que les Guêpes ont inventé, bien avant les hommes, la fabrication du papier.
Voici comment le Suédois Charles de Geer, dans son ouvrage célèbre, résume les habitudes de ces insectes.
« Les Guêpes, dit-il, aiment les douceurs et le miel, comme les abeilles, quoiqu’elles n’aillent que rarement les chercher sur les fleurs; mais leur principale nourriture consiste en bien d’autres matières ,
[HYMÉNOPTÈRES
comme les fruits de toute espèce, la chair crue et les insectes vivants, dont elles se saisissent pour les dévorer. Elles font quelquefois de terribles dégâts dans les ruches des abeilles en dévorant le miel et tuant les abeilles mômes. Elles ne font point de récolte de cire, leurs nids et leurs gâteaux à cellules sont composés d’une matière qui ressemble à du papier gris, et quelles vont chercher sur le vieux bois, qu’elles raclent avec leurs dents; elles font une espèce do pâte de cette raclure en l’humectant avec une certaine liqueur quelles dégorgent. Les cellules des gâteaux sont hexagones et très-régulières comme celles des abeilles s
Avant de commencer leur construction, les Guêpes entassent des matériaux, près de l’endroit qu’elles ont choisi pour y établir leur domicile. Ces matériaux sont des fibres ligneuses, pétries avec de la salive, à l’aide desquelles ces insectes préparent une substance papyracée, très-résistante, destinée à former les parois des cellules et leur enveloppe extérieure.
La plupart des Guêpes établissent leur habitation dans la terre. De ce nombre est notre Guêpe commune ( Vespa vulgaris ), qui est noire et agréablement variée de jaune vif. La Guêpe des arbustes ou Guêpe rousse ( Vespa ru fa , qui habite nos bois, construit son nid entre les branches des arbrisseaux. Elle est plus petite que l’espèce commune, et son ventre est roussâtre.
Le Frelon ( Vespa crabro) (fig. 374) est la plus grosse espèce
Fig. 374. Frelon.
européenne de la famille des Vespiens. La substance de son nid est jaunâtre et très-fragile. L’insecte le construit sous un toit, dans un grenier, ou dans le trou d’un vieux mur, le plus souvent dans le creux d’un arbre vermoulu.
1. Mémoires pour servir à l'histoire des insectes , Stockholm, 1771, in-4°, tome II, page 765.
Fig. 375. Poliste française.
La Tolisle française ( Polistes gallica , fig. 375) fixe son petit nid par un pédicule, à la tige d’une plante quelconque.
La ponte des Guêpes commence au printemps, et dure tout l’été. Chaque cellule reçoit un seul œuf, et, comme chez les Abeilles, les œufs d’ouvrières sont les premiers pondus. Huit jours après la ponte, il sort de chaque œuf une larve sans pieds, plus grosse que sa coque, et dont la tête laisse déjà apercevqir deux mandibules.
Ces larves reçoivent leur nourriture sous la forme de boules, que les femelles ou les ouvrières pétrissent avec leurs mandibules et leurs pattes, avant de les présentera leurs nourrissons; à peu près comme les oiseaux qui donnent la becquée à leurs pe tits, Au bout de trois semaines, les larves cessent de prendre des aliments, et commencent à se cloîtrer dans leurs alvéoles, dont elles tapissent l’intérieur d’une coque soyeuse. Dans cette mue, elles changent de forme, et prennent l’aspect de l’insecte parfait, avec ses six pattes et ses ailes, mais le tout immobile, contracté, ramassé sur soi-même. Une sorte de sac tient tous les organes emmaillottés (fig. 376). Cet état de nymphe dure huit ou neuf jours. Au bout de ce temps, l’insecte est mûr. 11 se dépouille de son enveloppe, brise la porte de sa prison et s’élance dans les airs.
Une cellule n’est pas plutôt abandonnée, qu’une ouvrière la visite, la nettoie, et la met en état de recevoir une génération nouvelle.
Pendant l’été, la Guêpe femelle reste constamment au nid, absorbée par les soins de famille. Elle est occupée à pondre, et à donner la becquée au couvain, avec le concours actif des ouvrières, ou mulets , comme les appellent lléaumur et Ch. de Geer, parce qu’elles sont infécondes.
Dans l’intérieur des nids, on voit régner d’ordinaire l’entente la plus cordiale et un ordre parfait, malgré les instincts belliqueux de ces insectes. Ce n’est que très-rarement que la paix intérieure est troublée par des rixes de mâle à
Fig. 376. Nymphe de Guêpe commune,
HYMÉNOPTÈRES
mâle ou d’ouvrière à ouvrière, mais ces combats ne sont point meurtriers. Jamais non plus on ne voit un guêpier déclarer la guerre à un autre guêpier, pour le piller.
or Le gouvernement des guêpes, dit M. Victor Rendu, explique trèsbien la douceur de leurs mœurs publiques. Parmi elles , point de despotes; personne ne règne ni ne gouverne; chacun vit librement dans une cité libre, sous la seule condition de n’être jamais à charge à l’État. Tous agissent de concert, sans privilèges ni monopoles, sous l’influence d’une loi commune, la grande loi du bien public, dont personne n'est dispensé*, d
Mais cette meilleure des républiques est fatalement vouée à une chute rapide. A l’approche de l’hiver, toute la gent ouvrière, ainsi que les mâles, périssent Quelques femelles fécondées résistent seules au froid, et traversent l’hiver, pour propager et perpétuer l’espèce.
Avant de mourir eux-mêmes, ces insectes détruisent toutes les larves qui ne sont pas encore écloses à l’époque des premiers froids.
Les femelles se réveillent au printemps, et commencent seules la construction d’un nouveau guêpier. Elles y pondent des œufs d’ouvrières, qui ne tardent pas à leur fournir tout un régiment d’aides, dévoués et actifs.
Ces traits de mœurs sont à peu près les mêmes pour les diverses espèces de Guêpes. Les différences se rencontrent seulement dans la nidification.
Nous avons déjà dit que la Guêpe commune fait son nid en terre. Une galerie, d.e deux à trois centimètres de diamètre, conduit au guêpier, situé à une profondeur qui varie de 15 à 50 centimètres :
« C’est, dit Réaumur, une petite ville souterraine qui n’est pas bâtie dans le goût des nôtres , mais qui a sa symétrie ; les rues et les logements y sont régulièrement distribués; elle est même entourée de murs de tous côtés; je ne donne point ce nom aux parois du creux où elle est située, les murs dont je veux parler ne sont que des murs de papier, mais forts de reste pour les usages auxquels ils sont destinés. »
Communément, la figure extérieure du nid, ou guêpier, est