Tome V, planche
c’est-à-dire sur les soins à donner aux Abeilles, nous mentionnerons les principales occupations de l’apiculteur.
Quand, au printemps, les ruches font la barbe , c’est-à-dire se disposent à essaimer, on les surveille de près, afin de ne pas perdre les essaims. Dès qu’un essaim s’est fixé sur un arbre, ou sur un reposoir artificiel, que l’on a préparé dans le voisinage, on s’en approche, après s’étre couvert la figure d’un linge transparent, d’un canevas ou d’un camail , et on fait tomber la grappe dans une ruche qu’on lui présente ouverte et renversée. On retourne ensuite cette ruche, et on la met en place, ou bien, si elle ne doit* servir qu’au transport de l’essaim, on la secoue devant la porte de la ruche qui lui est des^ tinée. Les Abeilles battent alors le rappel, et se mettent à entrer, en colonne serrée, dans leur nouvelle habitation.
La figure 351 représente la manière dont il faut s’y prendre pour recueillir un essaim qui s’est fixé sur une branche d’arbre, et l’introduire ensuite dans la ruche qu’on lui a préparée.
Écoutons, à ce sujet, un savant apiculteur , M. Hamet :
a Dès qu’un essaim s’est fixé quelque part et qu’il n’y a plus que quelques Abeilles qui voltigent autour de la grappe, il faut s’apprêter à la' loger dans une ruche qu’on aura disposée à cet etfet. Quelques personnes frottent intérieurement cette ruche de plantes aromatiques ou de miel, dans le but d’y faire fixer plus sûrement les Abeiiles. Cette précaution n’est pas indispensable. L’essentiel est que la ruche soit propre et n’ait pas de mauvaise odeur. Il est bon de la passer au préalable sur la lîamme d’un feu de paille, qui détruit les œufs d’insectes et les insectes qui auraient pu s’y loger.
« Après s’être recouvert d’un camail si l’essaim est placé dans un lieu difficile et si l’on craint d’être piqué, on présente la ruche sous la grappe d’ Abeilles que l’on fait tomber dedans, soit en secouant fortement la branche à laquelle cet essaim est attaché, soit au moyen d’un petit balai, ou même avec la main , car alors elles piquent très-rarement ; il n’est presque jamais nécessaire de prendre de précautions pour en approcher, excepté pour les essaims qui sont fixés depuis plusieurs heures ou depuis la veille. Lorsque les Abeilles sont tombées en masse au fond de la ruche, on retourne doucement celle-ci, que l’on place sur un linge étendu à terre, près de l’endroit où était l’essaim, ou sur un plateau, ou simplement sur le sol, s’il est sec et propre. On a eu soin de placer sur ce linge une petite cale, un bâton ou un caillou pour soulever un peu la ruche, et par là laisser plus d’entrée aux Abeilles. Une grande partie des Abeilles tombées dans la ruche s’accrochent aux
HYMÉNOPTÈRES
parois; mais bon nombre sont versées sur le linge lorsqu’on retourne cette ruche. On agit ainsi lorsqu’elle est destinée à loger l’essaim; mais
Fig. 351. Réception d’un essaim.
lorsque celui-ci doit être logé dans une autre ruche, ainsi que nous le verrons plus loin , aussitôt que les Abeilles reconnaissent le logement qu’on leur a destiné, elles se mettent à battre le rappel et à entrer en colonne serrée dans ce logement; celles qui voltigent dans l’air sont appelées par ce rappel et ne tardent pas à s’abattre où se trouvent celles de leurs compagnes déjà fixées. Au bout d’un quart d’heure ou d’une demi-heure au plus, toutes, ou à peu près toutes, sont entrées dans la ruche. Quelques-unes voltigent encore autour de l’endroit où s’est fixé l’essaim. Si le nombre en est assez grand et si plusieurs sont demeurées à cet endroit, il faut les en faire déguerpir en y plaçant quelque herbe puante , telle que l’éclaire chélidoine, la maroube, la camomille des champs, etc., ou bien y projeter de la fumée de chiffon, qui éloignera les Abeilles et les contraindra à chercher la colonie ou à retourner dans
leur ruche mère. On peut aussi projeter de la fumée, mais modérément, aux Abeilles groupées autour et aux environs du logement qu’on vient de leur donner, et qui tardent trop à y entrer *. »
Un bon essaim pèse de 2 à 4 kilogrammes ; 1 kilogramme contient environ 10 000 Abeilles. Les essaims secondaires pèsent rarement plus de 1 kilogramme, et les troisièmes moins encore.
On peut aussi former des essaims artificiels, par le transvasement d’une ruche dans une autre, opération qui est facile avec les ruches vulgaires dites en cloche.
L’inspection de la figure 352, qui représente la ruche vulgaire du nord de la France, c’est-à-dire la ruche en cloche, fait
Fig. 31,2. Ruche en cloche, ou ruche villageoise.
comprendre combien il est facile d’opérer ce transvasement en accolant par leur base deux ruches, l’une vide, l’autre renfermant l’essaim.
Pour maîtriser les Abeilles pendant l’opération, on les engourdit légèrement, par la fumée d’un chiffon allumé.