‹ Les insectes (volume 2)Chapitre 13 sur 53 · Tube à conserver les larves · texte numérisé non relu

Tube à conserver les larves

FiG. 17. — Flacon insecticide à cyanure de potassium.

traces d'acide cyanhydrique du flacon, dîïàraCtion de l'air humide sur le cyanure. Le flacon bien préparé dure cinq à six mois et plus. Il faut, bien entendu, tenir ce flacon hermétiquement bouché, et ne pas respirer son contenu. En outre, le cyanure de potassium est une substance des plus dangereuses, et l'on s'exposerait à une responsabilité terrible si on le laissait tomber entre des mains imprudentes ou criminelles.

CONSEILS PLUS SPÉCL\UX POUR RECHERCEER ET CONSERVER LES INSECTES DE DIFFÉRENTS ORDRES.

Nous pouvons maintenant , après ces considérations d'ensemble, donner certaines indications particulières aux différents ordres^d'ln • sectes, relatives aux moyens de se les procurer par capture ou par éducation des larves.

Les Coléoptères, à cause de la grande diversité de leurs mœurs et de leur nourriture, se rencontrent partout, et aucune localité n^est à négliger ; mais si l'on se bornait à une indication aussi générale , on courrait le risque de ne trouver que quelques pièces des plus communes. On doit dire d'abord que ces Insectes peuvent être saisis entre les doigts

14Zl I^TRODUCTION.

sans (langer; cependant quelques grosses espèces de Carabiques, terrestres ou aquatiques, pincent assez fortement avec les mandibules, ainsi que les Lucanes ou Cerfs -volants , au point de pouvoir parfois entamer la peau ; mais ces morsures sont simples, sans venin, et la douleur se dissipe rapidement. Certains Carabes lancent par l'anus une liqueur très-acide qui pourrait blesser les yeux. Enfin les gros Hydrophilides des eaux peu^ent piquer la main au moyen d'une pointe steriialc, si on les saisit sans précaution. Il n'y a absolument que les jours de grand froid, et surtout de neige, où l'on ne puisse chasser ces Insectes. Dès le mois de février ils commencent à sortir de leurs retraites souterraines. A ce moment et au début du printemps, alors que les végétaux n'ont ni feuilles ni fleurs, on se borne à cherclier sous les mousser, sous les pierres, entre les écorces. Un bon moyen pour forcer les petits Coléoptères à sortir des crevasses des pierres, des fentes des écorces, est d'y insufflier avec une pipe de la fumée de tabac. On doit visiter avec soin les détritus que les eaux laissent en se retirant, secouer les roseaux desséchés, battre les fagots qui ont passé l'hiver dans les bois. On fera bien de fouiller dans le sable des berges et au bord de la mer, de retourner les pierres et d'examiner les amas de fucus. Les baies of frent à marée basse des bancs de sable qu'on doit explorer , ainsi que les petits creux des rochers. Les bords des lacs salés ont aussi des espèces spéciales. On ne doit pas négliger l'exploration du fond des sablonnières dont les bords sont à pic, car il tombe beaucoup d'insectes dans ces précipices. A partir du mois d'avril jusqu'au milieu de l'automne, on doit chasser au filet sur les fleurs et les arbustes, surtout au filet fauchoir. On fait cette chasse aux rayons du soleil, pour les espèces qui volent et butinent pendant le jour, et on la recommence le soir, en effleurant les sommités des tiges, pour les espèces nocturnes, en s'abstcnant toutefois s'il y a de la rosée. Une lanterne peut servir à attirer certaines espèces. On soulève avec soin les petits cadavres de mammifères pour rechercher les Coléoptères fossoyeurs et beaucoup de Silphes; on les attire môme si l'on en abandonne à dessein. Les poissons morts sur le bord des eaux fournissent aussi des espèces. On visite également avec de longues pinces et l'on secoue sur une nappe étalée les grands cadavres de carnassiers, de hérissons, d'oiseauxde proie tués et abandonnés au milieu des bois par les gardes. Malgré le peu d'attraits de semblables recherches, on doit explorer les bouses et crottins à demi desséchés et la terre qui les avoisine, remuer les fumiers, les couches des jardins maraîchers, les sols des étables et écuries. On se sert alors du tamis pour les petites espèces. Les arbres malades, qui ont des plaies ou des creux, contiennent d'intéressantes espèces xylophages. Les arbres morts sont habituellement perforés par des Coléoptères ; on les aperçoit sortant aussi des bûches coupées etmises.en tas. On doit casser les branches mortes et friables où l'on voit des perforations. Les champignons et les bolets nourrissent de nombreuses espèces ; on les touille à la

CHASSL ET CONSERVATION, 145

pince, ou bien on les renverse en les brisant sur la nappe. On explore avec les doigts la poussière des Lycoperdons. Les caves et celliers obscurs, le dessous des tonneaux, présentent quelquesColéoptères particuliers. On a été conduit par là à visiter les grottes, si nombreuses dans les montagnes calcaires, et cette chasse est trc-s en faveur depuis ces dernières années. On y rencontre de petits Coléoptères carnassiers, pour la plupart privés d'yeux, ou ne les possédant que rudimentaires, à corps d'un fauve jauniUre et allongé. Il est bon, pour les rassembler plus facilement, de déposer à l'avance de petits tas de fumier dont l'odeur les fait affluer, et où on les recherche ensuite. Un bon moyen que nous a conseillé M. Stableau, est de placer dans la grotte quelques tètes de mouton bien décharnées, qu'on va retirer plus tard et qu'on examine au dehors et à loisir avec les curieux hôtes qui s'y réfugient. Il semble que l'extrême difficulté de ces explorations, le danger même parfois, aient redoublé l'ardeur des entomologistes. Si quelques grottes, eneflet, ofirent des salles spacieuses où l'on peut se tenir debout, la plupart n'ont que des couloirs bas et resserrés où il faut ramper, la lanterne à la main, sur un sol fangeux, souvent pendant plusieurs centaines de mètres. 11 est nécessaire d'apporter une attention extrême pour saisir ces êtres très-petits et très-agiles (i). Il existe aussi des espèces profondément enfouies dans le sol végétal, et qui sont de taille encore plus pelite que les Insectes des grottes, et comme eux de couleur jaunâtre. Le tamisage est impossible pour ces minuscules animaux , dont les géants (des Psélaphiens, genre Anillus, etc.) atteignent le millimètre et qui sont perdus dans la terre. Il faut retourner de nombreux amas d'humus et compter uniquement sur ses yeux.

Les fourmilières ont aussi au grand attrait pour les amateurs actuels et nourrissent une foule de Coléoptères parasites, plus de trois cents espèces de très-petite taille , traités avec une sorte d'affection par les Fourmis, auxquelles ils fournissent sans doute quelques liquides à leur goût, à la façon des Pucerons. On prend un tamis de parchemin ou de toile métallique dont les interstices permettent le passage des trèspetits Insectes qu'on recueille sur la nappe, tandis que les Fourmis et les débris végétaux sont arrêtés. Le tamis doit avoir un couvercle pour qu'on puisse le secouer sans faire projeter sur soi les Fourmis. C'est au printemps et en automne qu'on doit ainsi explorer les fourmilières, en choisissant le matin ou le soir, alors que la fraîcheur engourdit à moitié les Fourmis. En été, les parasites sont moins nombreux et les Fourmis trop actives pour qu'on puisse bouleverser leur habitation sans qu'elles s'insinuent aussitôt à travers les vêtements. Les feuilles sèches, les détritus qui entourent les fourmilières, doivent ofî'rir un contingent précieux de certains Coléoptères hostiles aux Fourmis, qui

(i) Consulter spécialement pour les Insectes coléoptères : Leprieur, la Chasse aux Coléoptères, Colmar, 1866.

GUIAUD. 10

U6 INTRODUCTIOX.

guettent leur proie dans ces retraites et qu'on chercherait vainement ailleurs. On passe les feuilles au filet à larges mailles ou l'on emploie le parapluie. Nous avons parlé, dans la première partie de ce (ravail, de la chasse des Insectes aquatiques : ce que nous avons dit s'applique surtout aux Coléoptères et aux Hémiptères. 11 y a quelques Coléoptères qu'on se procure en retirant et en examinant les pierres du fond des cours d'eau et aussi les morceaux de bois et les débris qui flottent à leur surface. Les murs des villages bien exposés au soleil, ceux des quais, les parapets des ponts, les clôtures des jardins potagers, donnent aux amateurs de nombreuses espèces qui s'y mettent à l'abri du vent et cherchent la chaleur solaire. On doit faire des excursions dans les chantiers de bois de construction et à brûler ; ces boîs viennent souvent de pays éloignés, et il en sort des Insectes xylophages qu'on ne trouverait nulle part ailleurs. Les magasins de bois exotiques contiennent parfois aussi des Coléoptères, tels que des Buprestes des régions tropicales. Les magasins de droguerie et d'épicerie doivent être visités; on examinera les riz, les cafés, les amandes, les racines et les semences des plantes médicinales, les bois et bâtons de réglisse, etc. Les amateurs qui habitent les ports de mer doivent assister sur les quais au déchargement des navires de commerce, surtout pour les matières végétales, pour les peaux de l'Amérique du Sud, etc. On trouve là beaucoup d'Insectes étrangers phytophages ou vivant de détritus azotés et les carnassiers qui en font leur proie. Il ne faut pas négliger le matin et en hiver d'examiner le plancher des ruches d'Abeilles et le dessous des paillassons qui les protègent. Des Coléoptères et aussi des Insectes de divers ordres s'y réfugient, y cherchant la chaleur et attirés par l'odeur du miel.

11 est un genre de chasse des plus singuliers et qu'on peut pratiquer surtout dans le midi de la France, où les Insectes, auxiliaires des amateurs, sont plus abondants qu'au centre et au nord. Certains Hyménoptères {Crabro, Cerceris, etc.) approvisionnent leurs nids, pour la nourriture de leurs larves, avec des Coléoptères vivants d'un genre ou d'une espèce donnée, et savent les trouver mieux que qui que ce soit ; aussi, en visitant leurs nids, ou en guettant leur arrivée, on peut faire de riches captures. Tel est, par exemple, le Cerceris bupresticida, du midi de la France, qui récolte les plus rares Buprestes, qu'on ne saurait se procurer autrement. Les nids des Chenilles sociales, vivant sous des toiles communes, procurent aussi des espèces spéciales, ainsi que les nids de Bourdons, de Guêpes, de Frelons. Pour ces derniers Insectes, à piqûres si redoutables, il faut immédiatement s'emparer des sentinelles, qui donneraient l'alarme, et l'on peut alors visiter la demeure dont les habitants sont sans colère parce qu'ils sont sans défiance; mais il est beaucoup plus prudent d'iatroduire dans l'orifice un tampon churgé de chloroforme ou de benzine, atin de les étourdir, ou y faire brûler une mèche soufrée qui les asphyxie.

CHASSE ET COXSEnVATION. U7

Kii retirant du flacon de chasse les Coléoptères engourdis par la \apeur anestlîésique, il faut les tuer, ce qu'on ne peut faire en les serrant à la main, comme pour les Lépidoptères diurnes et beaucoup de nocturnes. Leur mort est lente par les vapeurs de benzine. Le plus court est de placer chaque sujet dans un petit tube fermé qu'on chaufle à la lampe ou qu'on plonge dans l'eau bouillante. En voyage, on renferme les Coléoptères A transporter, ainsi que nous l'avons dit aux généralités, dans une boîte ou dans un flacon, avec de la sciure de bois blanc bien séchée. En Angleterre, beaucoup d'amateurs placent les Coléoptères à transporter (ce moyen s'emploie aussi pour les Hémiptères) dans une fiole contenant de la feuille de laurier-cerise grossièrement hachée, et les Insectes peuvent y rester plusieurs mois sans dommage et dans un état de mollesse qui permet de les disposer immédiatement en collection.

Les Coléoptères sont de tous les Insectes ceux pour lesquels il importe le plus, dans la collection, que les appendices soient au complet : les antennes, les pièces buccales, varient beaucoup; les pattes ditTèrent souvent d'une paire à l'autre , et tous les organes fournissent des caractères distinctifs. En cas d'accidents, les recollages sont indispensables.

Les amateurs nombreux de cet ordre d'Insectes sont encore partagés sur la meilleure manière de conserver les très-petits Coléoptères. Les uns, surtout dans le midi de l'Europe, piquent les plus minces espèces, mais en se servant de très-fins fils de fer, plus déliés que les épingles de laiton du plus faible numéro et n'exposant pas à la formation du sel de cuivre qui fait éclater le corps de l'Insecte ou le recouvre complètement. Dans ce système, on a l'avantage de pouvoir examiner le dessus et le dessous ; mais ce fil est très-fragile, surtout dès que la rouille la atteint, et l'on est souvent obligé de coller au fond de la boite des rondelles de moelle de sureau pour qu'il puisse tenir, tant il est difficile de l'enfoncer dans le liège sans le briser. On préfère généralement, à l'exemple des Allemands, coller les très-petits Coléoptères sur la paillette de papier triangulaire ou mieux de mica. On en colle de manière à offrir en évidence le dessus et le dessous, si l'on a plusieurs individus. Il y a des Coléoptères aussi petits qu'un grain de sable ; on a soin alors d'intercaler entre leur corps et le mica un très-étroit morceau de papier blanc; sans cela le poli de la surface miroitante du mica empêcherait de les apercevoir. Le iil de platine sur billot de moelle est à conseiller dans ce cas.

On lave au pinceau avec de l'alcool très-concentré et dissolvant un peu de sublimé corrosif, ou bien on trempe quelque temps dans la benzine les Coléoptères provenant de collections négligées, qui présentent des moisissures ou qui sont tournés au gras.

Les Orthoptères sont un ordre d'hisectes peu recherché par les amateurs et qui cependant est digne de leur intérêt. Dans la nature, il n'y

1/jb lINTBODUCriON.

a rien à négliger, et les sujets les plus dédaignés conduisent à d'intéressantes études. C'est en été et en automne qu'il faut surtout leur donner la chasse, car au printemps ils ne sont qu'en larve ou en nymphe pour la plupart. On se sert d'un filet un peu fort, et l'on doit braver l'ardeur du soleil, car ces Insectes recherchent les coteaux arides et chauds. Il faut les piquer immédiatement dans la boîte de chasse ou les placer dans un flacon rempli de sciure de bois imprégnée de benzine ou de chloroforme. S'ils ne sont pas étourdis promptement, on court risque qu'en s'agitant, ils ne perdent leurs longues et grêles antennes et, chez les espèces sauteuses, leurs grandes pattes postérieures, qui se détachent très-facilement. On ne doit craindre, pour les grandes espèces, qu'une insignifiante morsure des mandibules. Il faut introduire ces Insectes dans le flacon la tête la première, car ils peuvent facilement sauter au dehors et s'échapper sans cette précaution. 11 est bon d'isoler les gros individus en les entourant de papier souple ; en se débattant, ils peuvent casser les petits. Il faut explorer les prairies et les vignobles. Les pays de montagnes sont riches en Orthoptères sauteurs d'espèces variées ; ils s'amassent souvent en grand nombre dans les sentiers, aux places où les mulets ont répandu leur urine. Aux environs de Paris, les plateaux secs de Lardy sont une bonne localité. On rencontre à Fontainebleau, au mois de septembre, la Mante religieuse, espèce méridionale. Le curieux Bacille deRossi, ressemblant à une tige desséchée, très-difficile à voir pour cette raison, est une espèce des environs de Cannes et d'Hyères ; ses larves, ainsi que de curieuses petites Mantides, se trouvent en passant les feuilles sèches et les détritus au parapluie ou au filet à larges mailles. Ce singulier animal remonte jusqu'au centre de la France, et a, dit-on, été pris dans la forêt d'Orléans. N'oublions pas d'indiquer aux amateurs l'examen des fourmilières, où a été rencontrée une fois, près de Paris, une espèce des plus rares, le Myrmécophile. Le midi de la France présente les types spéciaux des Mantes, des Empuses, des Truxales, etc., et aussi les Acridiens voyageurs qui désolent les régions chaudes de l'ancien monde. On prend parfois, près de Paris, dans les prés, des sujets isolés de VŒdipoda migratoria. Les Blattes se trouvent dans les officines, les cuisines, dans les magasins de substances alimentaires, les docks, les raffineries, près des machines à vapeur; on en trouve aussi quelques espèces dans les feuilles sèches des bois. Les Forficules se tiennent dans les fleurs, les fruits, les détritus, sous les écorces, les pots à fleurs, etc. On pique généralement les Orthoptèr<3s derrière le corselet de façon que l'épingle sorte en dessous au milieu des pattes. C'est sur le corselet même qu'on enfonce l'épingle dans les genres où le corselet se prolonge beaucoup, comme les Tétrix. On doit laisser quelque temps à l'air, avant de les piquer, les sujets soumis au chloroforme ou à la beîizine, car ces substances rendent leurs appendices roides et cassants. Les Orthoptères à abdomen gros et mou doivent être desséchés avec

CHASSE i:t C0Nsi:nvAT[0N. H9

soin avant dV'tre mis en collection. I.e mieux est do les vider et de remplir le ventre de colon imprégné du savon arsenical qui sert aux empailleurs. Si l'on craint de ne pas réussir dans cette opération délicate on place l'Insecte dans une boîte et on l'entoure entièrement de sciure de bois très-sèclie, où l'on a versé un peu d'essence de thym ou de lavande. On étend les pseudélytres et les ailes au moyen de l'étaloir, en ayant soin qu'il ofl're une rainure large et profonde pour appliquer contre le corps les pattes postérieures à cuisses si rentlées chez les espèces sauteuses. Il est rare que ces appendices ne se détachent pa? sur les sujets secs; on fera bien de les assujettir solidement avec ur. peu de colle forte liquide, ou avec un petit fil de platine.

Les Névroptères présentent le sujet d'observation le plus curieux par la grande variété de leurs types, et plusieurs familles encore fort mal connues, comme les Phryganides, peuvent conduire à des découvertes fréquentes. Un grand nombre de ces Insectes, les Libellulides, les Éphémères, les Perles et Némoures, les Phryganes, ont des larves et des nymphes vivant dans l'eau. On les capture au moyen du filet de forte toile en usage pour les Insectes aquatiques. Si l'on veut conserver ces larves, il faut les placer dans de petits tubes avec de l'alcool affaibli, marquant 20 à 22 degrés à l'aréomètre de Baume. Elles sont trop molles pour qu'on puisse songer à les dessécher; leurs formes seraient complètement altérées. 11 est plus intéressant de les conserver vivantes dans de petits aquariums, pour étudier leurs mœurs. C'est au moyen du filet à papillons qu'on s'empare au vol des adultes. Le bord des eaux stagnantes couvertes de plantes aquatiques, ou leur voisinage, sont les localités où l'on doit chercher les Libellules. Chacune, ayant son territoire de chasse aux Insectes, passe et repasse fréquemment au même endroit. On ne doit donc pas poursuivre les grandes espèces dans leur vol rapide, mais attendre qu'elles viennent se poser à l'extrémité d'une branche. C'est par les jours de soleil qu'on entreprendra leur recherche. Quant aux Agrions, leur vol est faible. On trouvera les Calopteryx sur les rives des eaux courantes. Les bords des rivières, des marais, sont l'habitation des Éphémères, qu'on chassera le matin et le soir. Us volent en montant et descendant, se posent sur les arbustes, sont attirés par les lumières. Les prairies, les haies, les fossés, surtout dans les pays un peu humides, sont fréquentés par les Panorpes ; elles volent assez vite, mais s'arrêtent très-fréquemment sur les plantes. C'est en creusant assez profondément dans les terrains marécageux qu'on peut espérer rencontrer leurs larves et leurs nymphes dont la découverte est toute récente. Les Bittaques habitent les bois et ressemblent aux Tipules (Diptères). Ce n'est que très-rarement qu'on peut rencontrer près de Paris la Bittaque tipulaire, la seule espèce de France, plus abondante dans le Midi. Sur les neiges des hautes montagnes ou des pays du nord de l'Europe, vivent en société les Borées, qui sautent dans les forêts glacées d'arbres verts. On assure

150 IMRODUCTIO?^.

qu'on trouve [irès de Perpignan une espèce de ^Y'moplè^e plus commune en Espagne et en Orient. Les Fourmilions proprement dits se rencontreront dans les terrains sablonneux et près des sablières, où les larves creusent leurs curieux entonnoirs. Les grandes espèces du midi de la France volent à l'ardeur du soleil. On visitera les coteaux secs pour saisir les Ascalaplies dans leur vol rapide et les larves qui chassent à l'afTCit entre les pierrailles. Au mois de juillet, on rencontre l'Ascalaphe longicorne, dans les journées chaudes, sur les plateaux de Lardy et de Poquency. Les bois- sombres, les jardins humides, sont la localité des Hémérobes, dont les larves vivent de Pucerons, et quelques espèces viennent en hiver se réfugier dans les maisons de campagne. Eu battant les broussailles dans les bois des environs de Paris, au mois d'octobre, on se procurera le curieux Hémérobe phalénoïde. Au printemps, les Raphidies volent contre le tronc des arbres et se tiennent entre les fentes des écorces. On les trouve surtout contre les Conifères, ainsi que de petits Hémérobes à ailes poilues. On peut espérer de rencontrer sur les buissons la rare Mantispe païenne. Les Psoques, de très-petite taille, se trouvent sur les murs, contre les arbres. Les souches de sapins, dans les Landes, offrent aux entomologistes les petites sociétés d'une espèce de Termite, le Termite lucifuge, qui cause de si grands dégâts à la Rochelle, à Rochefort, h Tonnay-Charente, etc., en rongeant les poutres des maisons.

Les dernières familles françaises de Névroplères se trouvent toutes sur le bord des eaux. Les Semblis se posent sur les ponts, les pilotis, etc.; les Perles et les Némoures volent en s'élevant et s'abaissant alternativement. C'est surtout en avril qu'on les observe ainsi sur les parapets des quais et dans les rues voisines contre les murs. Les Phryganes sont très-nombreuses en espèces ; la plupart éclosent adultes au printemps, quelques espèces en automne et même assez lard. Les végétaux du bord des eaux, les buissons près des rivières, les allées des bois humides, contenant des mares, doivent être explorés. Il faut les battre pour faire lever ces Insectes, qui se servent peu de leurs ailes pendant le jour. A l'opposé des Libellules, leurs larves à fourreaux préfèrent les eaux courantes aux eaux stagnantes, toutefois sans exclusion absolue.

La préparation des Névroptères pour les collections a des difficultés spéciales à quelques groupes. Il est bon de conserver dans l'alcool afiaibli les Termites et certains Éphémères dont le corps, très-mou, se déforme et devient très-fragile après dessiccation. Les Psoques et les Irès-peliles espèces de Phryganides se collent sur la paillette de mica, ou se piquent avec le fil de plaliiie sur moelle. Les Libelluhdes, et, à un moindre degré, les Myrméléons et les Ascalaphes, exigent un soin particulier. Leur long abdomen se détache avec une très-grande facilité. Il faut introduire par le thorax un crin qui traverse en longueur l'abdomen, ou une mince paille- de gramen, ou une feuille de pin. Un fil fin de platine inoxydable peut èlre d'un excellent emploi.

CHASSli ET CONSERVATION. 151

Il est bon de recommander l'usage de ce crin aux personnes qui recueillent des Libellules pour les envois. Quand on reçoit des Libellules desséchées , il faut, après ramollissement, séparer l'abdomen du thorax, introduire dans l'abdomen un ou plusieurs crins imprégnés d'une colle mélangée de gomme et de farine avec un peu d'alcool saturé d'arséniate de soude. On laisse dépasser un peu le crin intérieur, de manière à introduire l'extrémité dans le creux du thorax, et l'on ajoute un peu de colle. Il faut un fil métallique au lieu de crin, qui n'est pas assez dur, si l'on a affaire à un abdomen de femelle rempli d'œufs. Les Libellules, après ces premières préparations, sont mises à l'étaloir comme des Lépidoptères, et l'étalage des ailes est très-facile, car elles sont nues.

Le grand inconvénient des collections de Libellules, c'est la prompte altération des couleurs si vives et si tendres de leur abdomen. M. de Sélys-Longchamps recommande un procédé dont la pratique exige une manipulation assez délicate. On incise dans les grosses espèces le corps par dessous, à partir du milieu de la poitrine, en respectant, chez les mâles, les deuxième et troisième segments de l'abdomen, siège des organes copulateurs. On extrait les viscères et on les remplace par un mince rouleau de papier, modelé selon la forme de l'abdomen, et ayant la couleur appropriée, qui paraîtra par transparence du tégument. Le papier, dont on fixe l'extrémité dans le thorax, en complétant le bourrage par un peu d'ouate, maintient l'abdomen. Pour les espèces do petite taille et pour les Agrions, il faut se contenter du crin intérieur et se résigner à l'altération des couleurs. M. de Sélys-Longchamps recommande, pour prévenir les dommages dans la collection des Libellules et écarter les Insectes rongeurs, d'enduire par dessous, au pinceau, les sujets secs avec une solution concentrée d'arséniate de soude dans l'alcool. L'alcool au sublimé corrosif est probablement préférable.

La chasse des Hyménoptères se fait principalement au soleil sur les fleurs; au printemps, sur les chatons des Amentacées et sur les fleurs des arbres fruitiers ; en été et en automne, sur les Composées, les Ombellifères, les Labiées, les Résédacées, etc. On se sert du filet de gaze le plus souvent, et l'on réserve le filet de toile pour faucher sur les buissons ou contre les troncs des arbres, pour les Ichneumonides et les Tcnlhrédides. La pince à raquettes, garnie, non de tulle, mais de fils métalliques, est nécessaire pour la chasse sur les ronces ou les gros (^iiardons qui détruisent vite les lilets. Il est rare qu'au filet on ne prenne pas à la fois sur les fleurs un grand nombre d'Hyménoptères et de Diptères. On fera bien de placer alors le cadre du filet contre terre et de relever le fond verticalement, de manière à examiner les Insectes qu'on veut garder et à les isoler des autres par quelques secousses, en les forçant à se réfugier au fond du filet. On laisse échapper tous les Insectes inutiles, puis, ramenant le filet contre terre, on le tend de manière à rendre immobile par la pression l'Hymcnoptère qu'on veut

conserver. S'il s'agit d'un gros Insecle ou d'une espèce poilue, il Taut le piquer au milieu du corselet à travers le filet, en faisant sortir profondément l'épingle; pour les espèces à corps lisse, on peut introduire avec précaution dans le filet maintenu à demi tendu le flacon à chloroforme ou à cyanure de potassium, à demi rempli de rognures de papier, et les y faire tomber. On doit aussi explorer avec soin les talus secs et exposés au midi, et les vieux murs, où sont toujours un grand nombre de nids. On peut de cette manière se procurer les deux sexes d'une même espèce avec plus de certitude qu'en chassant sur les fleurs.

A la fin de l'automne, ou môme en hiver, alors que les adultes sont morts, il est bon de recueillir les nids des espèces solitaires en creusant avec précaution tout autour. Ils sont alors remplis de nymphes, et procureront au printemps les mûtes , les femelles et les parasites. Le midi de la France est beaucoup plus riche en Anthophores, en Cerceris, etc., que le nord; on y trouve presque exclusivement les Scolies, les Sphex, etc.

11 n'y a aucun danger de piqûres nombreuses en chassant près des nids des espèces solitaires , même rassemblées en très-grand nombre au même endroit : ce sont des voisins indifférents aux attaques exercées contre les demeures de leurs semblables. Il en est tout autrement des Mellifîques sociaux, qui se réunissent en foule pour punir l'agresseur de leur nid commun. On se contentera de prendre au filet quelques individus qui entrent ou qui sortent. Si l'on veut étudier les mœurs de ces curieux Insectes, on peut s'approcher sans danger du nid, même de très-près, pourvu qu'on ait la précaution de rester bien immobile. Si l'on veut s'emparer du nid, on fera bien d'attendre le soir ou le matin, où les Insectes sont moins actifs. On introduit dans le tuyau d'entrée une mèche soufrée bien allumée, ou mieux des tampons de coton imprégnés de chloroforme ou de benzine. Au bout de quelque temps, on enlève le nid s'il est attaché à une branche, ou bien on le déterre à la bêche. On retire à la pince les Insectes engourdis. On peut désirer conserver le nid avec ses habitants, afin d'attendre l'éclosion successive des parasites ou de certains mâles et femelles qui ne paraissent qu'en été. Il faut alors placer le nid dans une boîte à grillage métallique, et nourrir les Insectes avec du miel, en ayant soin aussi de leur fournir de l'eau. Si l'on esta la campagne, après deux ou trois jours de captivité, on peut ouvrir la boîte. Les habitants vont se nourrir au dehors et rentrent régulièrement. Quant aux Fourmis, on prend les neutres aptères aux environs des fourmilières. 11 est bon de guetter l'époque de la sortie des essaims de milles et de femelles ailées, si l'on veut se les procurer. Cela est plus simple que de dévaster la fourmilière, où trèssouvent ils ne sont pas encore éclos, et où l'on ne trouve que des neutres ou seulement avec eux des femelles sans ailes, si l'époque de l'accouplement est passée.

Pour recueillir les Hyménoptères de très-pelite taille (Chalcidides,

Proctrotriipidcs, Cynipsides, Rraconiens), il est bon de se munir de petits tubes, avec un peu de grosse sciure ou de fragments de papier, el l'on y introduit isolément les individus de chaque espèce. En cherchant sous les feuilles sèches et la mousse , on se procure des Ichneumoniens sortis des chrysalides des chenilles dans le corps desquelles vivaient leurs larves. On aura soin aussi de recueillir les chenilles ichneumonées ou piquées par la tarière des Ichneumoniens femelles, ce qu'on reconnaît aux petites taches d'un noir brunâtre dont leur peau est parsemée, et l'on fera l'éducation comme il sera dit en parlant des chenilles. Les morceaux de vieux bois perforés seront recueillis, afin d'obtenir l'éclosion des Hyménoptères qui y font leurs nids. On explorera les amas de bûches dans les bois et les chantiers. Les fausses chenilles des Tenthrédides, qui se nourrissent de feuilles et dont les nymphes sont entourées de cocons, seront un moyen' de se procurer certaines espèces qu'on n'aurait pas rencontrées adultes.

L'étaloîr sert à étendre les ailes des Hyménoptères. La conservation en collection n'offre aucune difficulté spéciale. Les très-minimes espèces se collent sur la paillette de mica, ou mieux se piquent au fil de platine sur billot de moelle. Les larves molles seront placées dans l'alcool affaibli. On peut souffler les fausses chenilles des Tenthrédides comme les chenilles des Lépidoptères.

Les Hyménoptères sont les seuls Insectes dont la capture présente un certain danger, à cause de l'aiguillon avec glande venimeuse dont sont munies beaucoup d'espèces. La piqûre s'évite facilement en observant les précautions que nous avons indiquées pour la chasse. Les Hyménoptères peuvent se poser sur nos organes, et ne piquent pas si l'on évite de les comprimer sur la place ou de les irriter. Enfin, en cas d'accident, une friction un peu énergique arrête l'enflure, si la piqûre est légère et si l'aiguillon n'est pas resté dans la peau. Des lotions d'eau froide et un peu d'ammoniaque suffîsentpourprcvenir toute douleur des piqûres plus fortes. On doit toujours se munir du flacon d'alcali volatil dans les chasses aux Hyménoptères. Il n'y a, au reste, de danger réel que si, par une imprudence toute volontaire, on s'exposait aux piqûres simultanées d'un grand nombre de Mellifiques sociaux dont on aurait bouleversé le nid. On a vu des chevaux mourir sous les mille piqûres des Abeilles d'une ruche, et des individus mourir de suffocation par gonflement immédiat de l'arrière-bouche, en mangeant sans regarder un fruit entr'ouvert où des Guêpes étaient renfermées. Ce sont là des faits qui n'ont aucun rapport avec les légers accidents que peut craindre un entomologiste instruit et attentif à ses actes.

Les Lépidoptères sont d'un plus grand intérêt pour la plupart des amateurs que les trois ordres précédents. La richesse de leurs couleurs, l'attrait de leurs formes gracieuses, expliquent la faveurdontils jouissent auprès des entomologistes, et qu'ils partagent avec les Coléoptères. On doit ajouter à leur histoire un chapitre tout spécial à cet ordre, la ré-

coite et l'éducation des chenilles. Ce n'est que d'une manière trèà-exceptionnelle qu'on s'occupe des larves des autres ordres. Celles des Coléoptères ne pouvant pas, à moins des plus minutieuses précautions, être conservées en captivité, sont négligées. Il en est tout autrement des chenilles. Elles offrent le seul moyen d'obtenir, à l'état de complète fraîcheur, beaucoup d'espèces de Papillons nocturnes qu'on trouve trèsdifficilement cà l'état adulte, et dont le vol ternit très-promptement l'éclat.

On reconnaît que les plantes ont été mangées par des chenilles quand on voit les feuilles attaquées par les bords, à l'exception toutefois des très-petites espèces, qui minent le parenchyme : ceci explique pourquoi il est bon, à l'instar des éducateurs de Vers à soie, de hacher les feuilles qu'on donne à manger aux jeunes chenilles, afin de créer des bords artificiels. Au contraire, les feuilles trouées dans l'intérieur du limbe indiquent des Coléoptères ou des Limaces et Hélices. Il est utile de remarquer si les bords rongés sont frais ou desséchés; dans ce dernier cas, la chenille peut s'être éloignée ou avoir subi sa transformation. Dans le commencement du printemps, avant l'apparition des feuilles des arbres^ on doit passer au parapluie ou au filet à larges mailles les feuilles sèches ramassées dans le voisinage des plantes basses. Dès le mois de mai, on secoue les branches des arbres au-dessus de la nappe, principalement celles du Bouleau et du Peuplier. Le Châtaignier est au contraire l'arbre le plus pauvre en chenilles. On doit avoir soin de visiter les lichens des arbres et des murs, les palissades, les interstices des écorces (chenilles des Bryophiles, des Psychides à fourreaux rugueux) ; les chatons des Amentacées , les siliques des Crucifères, les gousses des Légumineuses, les capsules des Caryophyllées, les tiges flétries des Roseaux et des Typha, les branches et les troncs des arbres perforés par les espèces à chenilles lignivores, les fruits \éreux (chenilles de Carpocapses), etc. La recherche des chenilles par battage des arbres se continue jusqu'à la fin d'octobre ; enfin, au mois de novembre, on reprend l'exploration des feuilles sèches, où s'engourdissent les chenilles qui doivent passer l'hiver. Les fortes gelées et les neiges mettent seules fin aux recherches, les chenilles se cachant alors profondément.

Pour élever les chenilles, on les place dans des pots de terre contenant au fond de la terre fine, comme celle des taupinières par exemple. On la maintient légèrement humide ; elle sert à recevoir beaucoup de chrysalides. Le pot est recouvert, soit d'une gaze, soit d'un couvre-plat de fils métalliques (fig. 18 et 19). On y place les feuilles convenables, en ayant soin de les renouveler souvent. On peut même conserver dans la terre du pot une plante avec sa racine, ou introduire au centre un petit flacon plein d'eau où plongeront les rameaux. Il est bon de disposer leS'pots sous un hangar ou dans un grenier bien aéré. L'éducation en plein air donne d'excellents résultats. On peut mettre les petites chenilles

CHASSIÎ KT CONSERVATION.

sur une branche d'arbre dans un jardin, et l'entourer d'un manchon de gaze serré aux deux extrémités de la branche. 11 ne faut jamais mettre dans le même pot beaucoup de chenilles à la fois; leurs excréments et les cadavres de celles qui meurent vicient l'air, et il en est qui dévorent les autres. Il est frC's-boii, surtout dans les temps secs, de mouiller lég(''remont les feuilles à l'arrosoir, car les chenilles boivent avec plaisir.

FiG. 18. — Pot à clienilles recouvert d'un treillis métallique.

FiG. 19. — Pot à chenilles avec rameau plongé dans l'eau el armature de fils de fer recouverte de gaze.

L'éducation des chenilles captives de tous les groupes, surtout des ospùces de montagnes humides et aussi des Irés-petites chenilles faiblement mandibulées, est aidée singulièrement par une excellente pratique que les amateurs doivent à M. Fallou. Il a eu l'idée d'utiliser l'appareil jmlvérisateur de Richardson, perfectionné par G. Fallou, et destiné à produire une impalpable pluie d'éther pour les anesthésies locales. Cet appareil, employé avec l'eau, couvre les plantes qui nourrissent les chenilles dune rosée analogue à celle de la nature, laissant autour des Insectes un air très-humide. De cette manière aussi les chrysalides ne se sèchent pas et les adultes éclosent bien. De môme, dans ses tentatives pour acclimater les espèces de Bombycides producteurs de soie {Attacus Cynthia vera, Arrindia, Ya-ma-maï), M. Guérin- Méneville avait constaté l'excellent effet sur les chenilles de l'eau injectée en très-fines gouttelettes au moyen d'un niuftlet.

11 faut éviter de toucher les chenilles avec les doigts, surtout quand elles sont jeunes, le moindre contact étant capable de les blesser- On

156 INTnODUCTION.

les soulève avec les barbes d'une plume, ou mieux avec les feuilles sur lesquelles elles se posent. On doit examiner à la loupe si la chenille n'a pas subi de piqûres d'ichneumons, ou si des œufs de Diptc^'res ne sont pas collés sur sa peau. Dans ce dernier cas, s'ils ne sont pas éclos, on peut les enlever avec un pinceau; mais on sera toujours dans le doute que quelque œuf n'ait été oublié. Certaines chenilles poilues peuvent, au moment des mues, causer une légère urtication en perdant leurs poils, qui entrent dans la peau. On doit alors ne pas les manier. Ce sont là les prétendues chenilles venimeuses dont parlent beaucoup de personnes. Il faut ouvrir avec précaution les nids des Processionnaires du Chône et du Pin, remplis de ces poils ; ils voltigent et produisent des rougeurs sur les parties délicates de la peau des pergonnes qui pénètrent dans les fourrés des bois, dans les années où ces chenilles abondent. On a, du reste, singulièrement exagéré ces dangers, et ce sont sur des sujets d'une constitution vraiment exceptionnelle qu'on a vu, dit-on, ces urlications produire la fièvre.

Il est nécessaire de donner quelques indications succinctes sur la recherche et l'éducation des chenilles de ces petites espèces que les amateurs réunissent sous le nom de Microlépidoptères, à cause de leurs faibles dimensions, bien qu'il y ait quelques exceptions sous ce rapport (exemple : Halias quercana, Galleria cerella, etc.). Ces chenilles se trouvent rarement à découvert, car les unes minent le parenchyme des feuilles, d'autres vivent dans l'intérieur des tiges, d'autres roulent une feuille en cornet ou en réunissent plusieurs ensemble. Aux mois de février et de mars, on recherchera dans les feuilles sèches, soit tombées sur le sol, soit adhérentes aux plantes, les chenilles, ou plutôt les chrysalides, dont on n'aura plus qu'à attendre l'éclosion. On doit aussi visiter le bois pourri, les écorces, et les bolets, qui nourrissent plusieurs Tinéites. A partir de l'apparition des feuilles, on examinera avec soin les feuilles qui présentent des enroulements ou des taches. On recueillera plus facilement encore les petites chenilles à fourreaux, parce qu'elles se montrent à l'extérieur des feuilles, qu'elles mangent très-généralement par dessous. On en trouve aussi sur les palissades, les lichens des écorces. La plupart sont à fourreaux lisses, ce qui les distingue des chenilles de Psychides ; quelques-unes ont des fourreaux de pellicules étagées de cellulose (genre Coleophora, Teignes à falbalas de Réaumur).

Pour élever ces petites chenilles, il faut distinguer deux cas. Celles qui minent ou roulent les feuilles ne peuvent pas quitter les feuilles où on les rencontre, et meurent si elles se dessèchent avant leur métamorphose. Il faut donc que celles-ci conservent leur fraîcheur le plus longtemps possible. Comme très -peu d'air suffit à ces petites chenilles, on renferme les feuilles ou tiges dans des boîtes de fer-blanc bien closes et contenant au fond delà terre. Les chrysalides se forment en terre pour certaines espèces; pour d'autres, restent dans la feuille minée, ou se placent entre les feuilles sèches, soit nues, soit entourées

CHASSE ET CONSEKVATION. 157

de cocons. Il faut éviter avec soin la moisissure des feuilles ainsi renfermées. Les chenilles à fourreaux ont besoin d'air et s'élùvcnt en pots sous la gaze ou le treillis métallique, en maintenant frais les végétaux qu'on leur donne. Si elles doivent passer l'hiver, il faut mettre les pots où on les garde dans un jardin, à l'air libre et humide du dehors, car ces trc's-petites chenilles se dessèchent et meurent presque toujours si on les garde dans les appartements.

Pour mettre les chenilles en collection, le moyen le plus simple est l'emploi de liquides préservateurs, soit l'alcool affaibli, de 20 à 22 degrés Baume, soit les diverses liqueurs servant à conserver les préparations anatomiques, et que fournit le commerce. On commence par laisser séjourner la chenille pendant quelques heures dans l'alcool, afin qu'elle se débarrasse de diverses déjections qui troubleraient le liquide. Toutes ces substances Unissent par altérer et détruire les couleurs de la chenille, en même temps qu'à l'inverse le liquide se colore. Dans une seconde méthode, on vide la chenille et on lui enfonce dans le corps de l'alun calciné mêlé à du coton haché, ou l'on y injecte de la cire fondue au moyen d'une petite seringue à injection.

On peut aussi maintenir la cire fondue dans un bain d'eau chaude, et la faire passer dans la peau de la chenille vidée au moyen d'une petite ampoule de caoutchouc pleine d'air qu'on presse entre les doigts, et de tubes de verre ou de fétus de paille convenablement ajustés. Ces préparations à la cire sont difficiles et déforment beaucoup les sujets, si l'on n'en a pas une grande habitude. Il est bon de repeindre la chenille à l'extérieur pour les parties ornées sur le vivant de couleurs vives.

Les amateurs adroits préfèrent l'insufflation des chenilles. Pour cela, on incise d'un coup de ciseau l'extrémité de l'abdomen, et, en pressant légèrement avec les doigts, on fait sortir les viscères, muscles et autres matières molles de l'intérieur. On introduit alors un fétu de paille dans l'ouverture, ou le bec d'un chalumeau, en faisant avec un fil une ligature qui maintient la peau de la chenille. On la porte ensuite au feu. Pour cela, on introduit la chenille dans un appareil chauffé à l'espritde-vin -ou au moyen d'un réchaud de charbon de bois, appareil qui varie selon les opérateurs. Pour les uns, c'est un entonnoir de fer-blanc renversé; pour d'autres, c'est une boîte carrée de métal, ou une simple plaque; on peut employer, si l'on veut, un court tuyau de tôle posé horizontalement sur le support qui surmonte la lampe à alcool. On souffle doucement en roulant dans l'air chaud la chenille, de manière qu'elle sèche également de tous côtés. Tant que la chenille est dans l'air chaud, il ne faut pas cesser de souffler. On la retire quand elle est gonflée et sans humidité. On la pique avec une épingle, ou on la colle sur une carte. On peut aussi passer à l'intérieur un morceau de paille. On comprend qu'une pratique soutenue doit faciliter la réussite de cette petite opération. Il faut choisir pour les chenilles poilues le moment qui suit la mue; sans cela, les poils se détachent du

corps lorsqu'on les vide. Les chenilles soufflées doivent être tenues à l'abri, de l'humidité.

Un amateur instruit et artiste habile, M. Goossens, a ajouté à ce procédé d'importants perfectionnements. Il fait remarquer que ces chenilles soufflées conservent leur aspect naturel si elles sont grises , brunes, noires ou fortement poilues. Il en est tout autrement pour les chenilles vertes, ou jaunes, ou incolores. En vidant une chenille vert-pomme, on voit déjà la peau se décolorer et devenir d'un jaune sale ; puis , à mesure qu'on la dessèche en la soufflant dans l'appareil, la peau passe du jaune au brun clair et souvent au brun foncé. Il reste sans doute la forme et la faille, mais le sujet devient méconnaissable, surtout dans les petites espèces de Phalénites et dans les Microlépidoptères, où il y a souvent si peu de différence entre les chenilles de plusieurs espèces voisines.

On essayerait en vain d'injecfer à l'intérieur de la chenille de la cire colorée : tantôt la peau n'est pas transparente et ne laisse pas voir la couleur interne ; tantôt la couleur, au contraire, tient à la surface extérieure de la peau ; enfin, ce moyen est inexécutable pour les petites espèces. Il faut peindre ces chenilles soufflées à l'extérieur. Les couleurs à l'eau ne prennent pas sur la peau grasse, et celle-ci est trop fragile pour qu'on puisse la dégraisser à la craie ou au savon.

M. Goossens recommande de délayer la couleur en poudre dans de l'essence de térébenthine, d'essayer la teinte sur une palette ou sur une assiette, puis de peindre le corps de la chenille soufflée. La couleur à l'essence prend parfaitement sur la peau de la chenille. Cette méthode s'applique aux chenilles décolorées des Sésies, aux larves de Coléoptères, etc. Elle est donc importante par sa généralité. La peinture, très-aisée, se résume le plus souvent en une teinte plate. On fait sécher un moment la larve dans l'appareil décrit plus haut, mais alors les couleurs deviennent mates. Pour leur donner l'aspect cireux propre aux chenilles vivantes, M. Goossens les plonge un instant dans de la cire vierge fondue, éclaircie d'un peu d'essence de térébenthine. En retirant tout de suite la chenille peinte, elle n'a qu'un léger glacis de cire. On peut ajoutera la cire un peu d'acide arsénieux, qui ser\ira de préservatif. Ce procédé de peinture des chenilles et des larves soufflées, que chacun peut perfectionner par la pratique, et auquel le goût artistique n'est pas étranger, permettra de faire des collections de chenilles et de larves avec autant de plaisir qu'on fait habituellement des collections d'Insectes parfaits. De beaux exemplaires, bien réussis, de ces chenilles soufflées et peintes de leurs teintes naturelles, ont été présentés par M. Goossens à l'examen des membres de la Société entomologiquede France, dans sa séance du 27 septembre 1865, et ont été soumis au public en 1868, au palais de l'Industrie, à Paris, à l'exposition des Insectes.

La recherche des chrysalides comprend deux cas. 11 en est qui res-

CHASSE KT CONSI-UVATIOX. 159

tenta l'air, soit suspendues de diverses manières, soit dans des cocons. II y a peu de chances de les rencontrer, parce que les chenilles en général cachent le lieu de leur retraite. Cependant on devra visiter le dessous des chaperons des murs des jardins et vergers , les palissades, les trous des arbres, soulever les écorces crevassées. Certaines espèces appliquent leurs coques très-dures contre le tronc des arbres ou à leur base. Les chrysalides qui se mettent i;aturellement en terre sont plus aisées à rencontrer. On les déterre au moyen d'une petite pioche ou déplantoir des botanistes, ou avec l'écorçoir. On fouille au pied des arbres isolés, en ayant soin de remarquer si la terre n'est pas trop dure, car dans ce dernier cas les chenilles n'ont pu y pénétrer. Il est inutile de fouiller au pied des arbres placés au centre des taillis, où l'air et la lumière pénètrent peu, caries chenilles ne s'y placent pas pour se métamorphoser. On doit éparpiller la terre enlevée au pied des arbres, afm d'apercevoir les chrysalides qu'elle renferme. Il faut aussi chercher sous la mousse qui recouvre les racines et le bas du tionc des arbres. Les mois de septembre et d'octobre sont de bonnes époques pour récolter les chrysalides en terre; on fera bien aussi de se livrer à cette opération aux mois de février et de mars, après les fortes gelées de décembre et de janvier. On sera moins exposé à voir les chrysalides se sécher. On doit soupeser à la main les chrysalides, afin de n'emporter que celles qui sont pleines et en vie latente. On comprend que celles qui ont résisté aux gelées ont plus de chance d'éclosion. Il ne faut pas s'écarter beaucoup du pied des arbres. Il est bon de suivre les cultivateurs qui arrachent certaines plantes en terre, comme les pommes de terre, les topinambours, les betteraves, etc., ou les paysans qui déracinent les bruyères dans les bois. On tr.iuve des chrysalides de certaines espèces dans ces terres remuées. Les chrysalides et les cocons qu'on recueille doivent être placés dans une boîte à trous d'aérage, et entourés de mousse. On met les chrysalides dont on veut obtenir les papillons dans une chambre aérée ou sous un hangar, à l'abri des rayons du soleil. Si les chrysalides appartiennent aux espèces qui entrent en terre, on aura soin de les enfoncera demi dans la ferre fine de bruyère ou autre, en mettant en l'air la portion céphalique, afin que le papillon sorte plus aisément. On aura soin d'humecter la terre de temps à autre, ou la sciure de bois où l'on place les chrysalides de Sésies. On peut les recouvrir d'un peu de mousse. Il est bon aussi de mouiller les chrysalides nues et l'intérieur des boîtes ou pots où sont les cocons. L'évaporation fait périr beaucoup de chrysalides dans les jours chauds, en même temps qu'elle abaisse souvent la température de leur surface audessous de celle de l'air environnant. Quand on envoie les chrysalides d'un pays à l'autre, il faut les emballer, sans les presser, dans de la mousse, et avoir soin que de nombreux trous laissent passer lair dans les boîtes, car les chrysalides respirent. C'est pour avoir négligé cette précaution que des cocons d'espèces productrices de soie, venus de

Chine dans des caisses complètement closes, ont été trouvés à l'arrivée remplis de chrysalides mortes et pourries.

Pour conserver les chrysalides en collection, il faut les faire périr par la chaleur, et les piquer quand elles sont sèches. On peut aussi les mettre dans l'alcool affaibli. Ce dernier moyen est le seul qui laisse subsister les taches dorées ou argen tées de certaines chrysalides de Diurnes, taches qui sont dues à l'air intercalé sous un mince tégument, et qui disparaissent quand les chrysalides sont mortes et desséchées.

l.a chasse des Lépiduptères adultes se fait au filet. On tue immédiatement les Diurnes et les Phalénides de taille un peu forte en" les pressant entre les doigis sous le thorax. Pour toutes les petites espèces, qui seraient altérées par ce moyen, il faut se contenter de les étourdir duos le flacon à chloroforme ou à cyanure de potassium, puis les piquer, et compléter ensuite i'asphyxie, s'il en est besoin, au moyen d"une substance aneslhésique placée dans la boite. Pour les Nocturnes et certaines Phalénides à duvet, la pression des doigts altérerait le thorax et le dénuderait. On les pique vivantes et on les laisse dans line boîte à fond de liège, les pattes posées sur le fond, afin qu'elles se débattent moins. On peut imprégner l'épingle d'une décoction concentrée de tabac qui les empoisonne, ainsi de jus de pipe. Pour les très-gros Lépidoptères, Sphinx, Bombyx, iNoctuelles, un très-bon moyen de les tuer et d'empêcher leur altération par les longues convulsions de l'agonie, est d'enfoncer dans le thorax une longue aiguille de cuivre ou d'argent, métaux trèsbons conducteurs de la chaleur, et d'en chauffer l'extrémité libre à la flamme d'une lampe à alcool ou d'une bougie, en tenant entre les doigts le thorax de l'Insecte et l'empêchant de battre des ailes; au bout de quelques instants d'échauffement interne, la mort survient. On retire aussitôt l'aiguille insecticide. Un grand nombre de Noctuelles se trouvent endormies sur les troncs des arbres ou sur les murs : on cherche souvent à les piquer sur place. L'épingle ordinaire glisse aisément sur leur thorax ; on se servira alors d'une forte aiguille d'acier à pointe très-aiguë, à laquelle on substitue ensuite l'épingle. On peut aussi, selon le conseil de M. Bellier de la Chavignerie, employer un système de trois aiguilles d'acier dont les têtes sont encastrées au moyen de cire dans un tuyau de plume. On maintient ainsi en place les espèces les plus vives, et on les pique aisément.

Il y a plusieurs genres de chasse spéciaux aux Lépidoptères nocturnes et que nous devons décrire avec soin, car ils donnent un moyen bien plus simple, et surtout plus général, que la recherche et l'éducation des chenilles, pour se procurer un grand nombre d'espèces qu'on ne rencontre presque jamais dans les explorations ordinaires.

Dans la chasse dite à la lanterne, on place dans les jardins, au milieu des bois, des lampes à globe de verre ou des lanternes. 11 estbon d'étendre des draps au-dessous, afin d'éclairer par diffusion l'espace environnant. Beaucoup de Papillons de nuit, et surtout les mâles, sont attirés par les

feux, sans doute par quelque dépendance de la fonction de génération. Ou capture au filet les Insectes attirés. On peut encore disposer une lumière dans un pavillon isolé, un kiosque au centre d'un jardin, une hutte de garde dans les bois, en laissant les fenêtres ouvertes. On trouvera le lendemain matin beaucoup de papillons engourdis sur les murs de la salle. Depuis l'éclairage an gaz de certaines grandes promenades publiques, ce genre de chasse est devenu très-facile le soir, autour des candélabres. Les amateurs anglais prennent beaucoup de Phalénides, abondantes dans leur pays brumeux, autour des becs de gaz des parcs. Nous recommanderons près de Paris les candélabres de l'allée qui va d'Auteuil à Boulogne, à travers le bois; ceux de la route de Sèvres et de Saint-Cloud, le long de la Seine ; ceux des chemins stratégiques des fortitications. On peut se contenter d'aller de grand matin chercher les Insectes engourdis' contre les vitres de la lanterne ou contre le socle. Il est très-curieux d'y rencontrer un nombre considérable de petites femelles aptères des genres Hibernia, Phigalia, etc., dans les mois de novembre et décembre, de février et de mars. Elles ont dû y grimper de l'intérieur des taillis voisins, ou bien y ont été amenées accouplées par les mâles ailés.

Ce genre de chasse réussit en toute saison. Une autre chasse, nommée à la miellée, est spéciale pour les Noctuelles et pour les Phalénides, insectes pourvus d'une spiritrompe et avides de matières sucrées. Cette chasse ne donne de résultats très-avantageux que dans les mois de septembre et d'octobre, alors que les fleurs qui attirent ces Insectes au printemps sont devenues rares. Au coucher du soleil, on enduit le tronc de plusieurs arbres voisins avec du miel de qualité inférieure ou de la mélasse, en étendant d'un peu d'eau la matière sucrée, qu'on doit choisir fortement odorante. On vient inspecter de temps à autre à la lanterne les arbres ainsi enduits, et l'on y trouve les hisectes si occupés à humer le miel, qu'ils se laissent aisément précipiter dans le filet ou piquer sur place. Quand on opère cette chasse en rase campagne, où il n'y a que des plantes basses, on dispose plusieurs piquets, avec des cordes de l'un à l'autre, et l'on recouvre de miel cordes et piquets. Il est bon de choisir les nuits calmes et sans lune, dont la lumière blesse et effarouche les Noctuelles plus encore que la lumière solaire. A l'arriôre-saison, les raisins très-mûrs en espalier attirent les Noctuelles, de môme les arbres où l'on a reconnu l'existence de nombreux Pucerons à sécrétion sucrée. On doit les inspecter à la lanterne, le filet de l'autre main.

Les grandes espèces de Nympbales sont fortement attirées par les odeurs ammoniacales. On réussira à les faire descendre en abondance du haut des arbres, en répandant sur le chemin du fumier gras des bergeries, qui est très-odorant. Les Bombycites, qui ne mangent pas, ne peuvent être rassemblés, comme les genres précédents, par l'attrait de substances sucrées ou pourries. Quand on pourra se procurer une femelle non fécondée de ce groupe, soit d'éclosion, soit autrement, il faut

la suspendre dans une petite cage de gaze, au milieu des bois, des jardins ou des champs, selon l'espèce. On est certain de prendre autour de cette cage de nombreux mAles, appelés parfois à d'énormes distances par l'instinct de la reproduction, qui est devenu le seul appétit de ces Insectes à bouche atrophiée.

Les pays de montagnes procureront aux amateurs des espèces qu'on chercherait vainement dans les plaines de nos climats. La chasse dans les montagnes présente cet attrait particulier qu'en s'élevant de quel^ ques centaines de mètres, on trouve des espèces différentes (ce que nous disons ici des Lépidoptères se généralise pour les autres ordres). A mesure qu'on s'élève, se montrent successivement les espèces qui apparaîtront dans les plaines lorsqu'on s'avancera vers le cercle polaire arctique et au delà. Les montagnes moyennes, comme les Vosges et les causses de la Lozère, nous offriront les Parnassiens à la région des Rhododendrons. Le groupe des Érébies ou Satyres nègres est exclusif aux montagnes d'une certaine élévation, ainsi que diverses Coliades et Argynnes ; et contre les neiges perpétuelles \ oient les Chionobas aux couleurs nébuleuses et comme pAlies par le froid. Ces Insectes correspondent aux Graminées, principale végétation des altitudes extrêmes. Les jeunes amateurs feront bien, s'ils ne peuvent voyager eux-mêmes, de recommander cà leurs amis de capturer tout ce qu'on trouvera à partir de certaine hauteur ; ce sera nouveau.

La chasse des petites espèces, ou Microlépidoptères, nécessite quelques conseils particuliers. Il est indispensable de se servir pour eux du flacon anesthéàiant, car il ne faut pas songer à les tuer en les pressant entre les doigte , on détacherait nécessairement quelques-unes de leurs pattes si délicates et l'on enlèverait une partie de leurs écailles pareilles à la plus fine poussière. Si on les trouve engourdis sur les feuilles ou sur les branches, on peut les faire tomber immédiatement dans le flacon. S'ils volent, on les prend au filet et l'on introduit dans celui-ci le flacon. Il y a quelques genres de ces petites espèces qui volent pendant le jour : ainsi les Adèles aux longues antennes d'argent, dont les légions étincellent sur les buissons par les belles matinées du printemps; les Diurnées, qu'on trouve sur les troncs d'arbres ; les Platyomides, qui se tiennent dans les feuilles sèches ; mais la plus grande partie ne deviennent actives que le soir. En général, la môme espèce abonde en individus ; mais rien de plus circonscrit que la distribution de ces débiles Insectes, qui, faibles voiliers, s'écartent peu des plantes où vivaient leurs chenilles.

Nous avons peu de chose à ajouter aux préceptes généraux déjà indiqués pour la préparation des Lépidoptères en collection. Les espèces à abdomen volumineux ont l'abdomen sujet à se briser, surtout quand on transporte les boîtes, et les fragments, qui roulent, outre qu'ils s'alfèrent, peuvent briser des ailes et des pattes. M. Bellier de la Chavignerie conseille fortement d'introduire sous la tôte de l'Insecte , frais ou ra-

CHASSE ET CONSEIWATION. 163

molli, au moyen d'une aiguille très-longue et très-fine, un fil qu'on fait ressortir par l'extrémité de l'abdomen ; puis on coupe ce fil aux deux bouts, près de la tête et à l'extrémité du corps. Par ce moyen, l'abdomen se trouve étroitement soudé au corselet. Il est bon de tremper ce fil dans une solution arsenicale ou dans une forte décoction de tabac, ce qui éloigne, au moins pour un certain lemps, les Insectes destructeurs.

On recommandera aux correspondants exotiques, qui envoient les magnifiques Papillons tropicaux, de détacher les abdomens des milles, qui peuvent amener rapidement le graissage des ailes aux splendides couleurs. Cette précaution est prise d'habitude pour le magnifique Morpho Cypris des environs de Santa-Fe de Bogota. On recolle ensuite ces abdomens séchés ou vidés et passés à l'alcool sublimé.

La préparation des Microlépidoptères est délicate, à cause de leur ténuité. M. Fologne recommande avec raison les soins que voici : On pique le petit Papillon, renversé sur le dos, entre les pattes de la première paire, au moyen d'une épingle à deux pointes ou du fil de platine. Cette opération est la partie la plus difficile ; on doit se servir d'une loupe si l'on n'a pas la vue très-perçante. Le dos de l'Insecte doit être appuyé sur un petit rectangle de papier glacé qu'on pique en même temps, et qui servira à protéger la fine pubescence du thorax, ou mieux dans la rainure du billot de moelle. Les étaloirs sont formés de deux lames de cristal de même épaisseur, avec papier blanc collé au-dessous, adaptées sur une planchette, et offrant, dans leur étroit intervalle proportionné au corps des Microlépidoptères, une bande de moelle de sureau. On étale les Papillons retournés, c'est-à-dire le dessus des ailes touchant les lames de cristal. On déploie les ailes en soufflant légèrement d'arrière en avant; on les met en place avec une très-fine pointe d'aiguille, et l'on applique dessus de petits carrés de cristal. Le papier est toujours trop rugueux pour pouvoir être employé, et, comme les fortes nervures des ailes font saillie en dessous, il y a prise pour la pointe sans les percer. Avec de l'habitude, on arrive à étaler les plus petites espèces.

Il y a quelques amateurs qui mettent les Papillons en album. Les uns coupent les ailes et les antennes, les collent et peignent le corps dans l'intervalle ménagé. On préfère beaucoup ordinairement opérer un décalquage des brillantes écailles des ailes. On place les ailes coupées sur le papier vélin, qui a été enduit ay pinceau d'une dissolution dans l'eaii de belle gomme arabique à laquelle on a ajouté un peu de sel de cuisine. On a laissé entre les ailes la place exacte du corps. On recouvre le tout d'une feuille de papier de soie très-fin et très-lisse, puis d'une feuille de carton glacé, et par-dessus on met une planche chargée d'un fort poids, ou bien on comprime avec une petite presse à vis, comme celle qu'on emploie pour serrer et sécher les plantes dans les herbiers. Puis on découvre les ailes, et, avec un instrument délié et

pointu, ou enlève doucement la membrane de celles-ci, de sorte que le papier conserve adhérentes les écailles seulement. On a soin de dessiner et de peindre le corps, les pattes, les antennes. On peut coller celles-ci en nature. Les albums de Papillons ainsi appliqués sont bien plus commodes à manier que les boîtes et tiroirs et non soumis aux causes habituelles de destruction ; mais il n'est pas besoin de longues explications pour faire comprendre qu'une collection ainsi entreprise ne peut être qu'un agréable sujet d'amusement, et non l'objet d'une véritable étude scientifique.

L'ordre des Hémiptères, quoiqu'il soit loin d'être l'objet de collections aussi fréquentes que les Coléoptères et les Lépidoptères, est recherché par d'assez nombreux entomologistes. Il partage avec les Coléoptères l'avantage d'une facile conservation pour presque tous ses groupes. On se borne, pour les Hémiptères hétéroptères, à piquer les sujets au milieu du thorax, sans étalage des ailes ; celui-ci n'est usité que pour la plupart des Homoptères. Enfin, si l'on se contente, comrpe c'est le cas le plus habituel, des espèces d'Europe, le nombre des sujets à recueillir est assez restreint, et l'on peut réunir une intéressante collection sans grande dépense pour le nombre des boîtes ou tiroirs, sans qu'elle exige une place considérable. Ces considérations pécuniaires sont de nature à faire réfléchir beaucoup d'amateurs avant d'entreprendre une collection d'un ordre qui, parle nombre des espèces, peut amener, avec le temps, d'assez grands frais. Cette dernière remarque s'applique aussi aux ordres, assez peu nombreux en espèces d'Europe, des Orthoptères et des Névroptères ; mais leur préparation et leur conservation offrent plus de difficultés que pour les Hémiptères. La chasse aux Hémiptères se fait au moyen du filet et de la nappe. Ou place celle-ci au milieu d'une clairière entourée de hautes herbes ou d'arbustes, et l'on bat les végétaux tout autour, de manière que les Homoptères sauteurs viennent se rassembler sur la nappe. Le filet sert à prendre au vol beaucoup d'Hétéroptères. On ramasse en général à la main les Punaises de bois. On peut aussi se servir du fauchoir pour rassembler les ombelles et les capitules, dans lesquels sont tant d'Insectes. Ce filet sert à pêcher dans la vase les Hydrocorises ou à enlever à la surface de l'eau les Hydromètres et les Gerris. Enfin, le parapluie, au-dessus duquel on ■bâties branches et dans lequel on jette les feuilles sèches, est également utile. Les Hémiptères sont introduits, comme les Coléoptères, dans des flacons avec rognures de papier imbibées de chloroforme ou de benzine, et de la sciure sèche de bois blanc pour enlevée toute humidité. De petits tubes servent à emporter isolément les espèces de faible taille et molles, comme les Pucerons et les Coccus, en ayant soin d'inscrire sur le bouchon du tube, ou sur le papier qui l'enveloppe, ou sur une étiquette collée d'avance, le nom de la plante sur laquelle l'espèce a été récoltée. L'écorçoir et la fuméede tabac lancée à la pipe sont bons pour se procurer les espèces qui se cachent dans les fissures des arbres.

La chasse des Hémiptères est très-inégalement fructueuse, selon les saisons. Les larves et nymphes vivant assez longtemps, et la plupart des espèces n'ayant qu'une génération par an, c'est l'arrière-saison, septembre et octobre, dans les environs de Paris et dans le nord de la France, qui fourniront le plus grand nombre d'espèces à l'élat adulte. En juin, juillet et août, on peut déjà capturer une certaine quantité d'Hétéroptères adultes, et la plupart des Homoptères apparaissent à cette époque. Il faut examiner les sablières , fouiller les touffes d'herbes , le dessous des mousses arrachées , en ayant soin d'enfumer pour faire sortir les Insectes qui se dérobent aux regards. Le bord de la mer , les rives des cours d'eau caillouteux, fournissent des espèces spéciales. Au mois de mars surtout, on doit visiter les fourmilières. On y trouve des Tettigomètres (Homoptères), ainsi que diverses espèces d'Hétéroptères. L'hiver permet la récolte d'espèces qui passent cette saison engourdies dans les ijiousses, les feuilles sèches, les fagots, sous Jes écorces, etc.; mais il est plus simple d'attendre l'été ou l'automne pour se les procurer actives. Nous voyons donc que, pour la majorité des Hémiptères, les époques de chasse sont beaucoup plus limitées que pour les autres Insectes.

11 y a deux groupes, les Aphidiens et les Gallinsectes, qui demandent des indications toutes particulières. Ces petits Homoptères dégradés se déplacent peu , et le tout est d'examiner les végétaux qu'ils sucent. Leur petite taille est la principale difficulté. Comme ces Insectes sécrètent des liqueurs sucrées qui attirent les Fourmis, on devra observer avec soin la marche des Fourmis sur les feuilles et les écorces, et l'on sera conduit à s'emparer d'espèces quelquefois très-difficiles à apercevoir. C'est à l'arrière-saison, quand les froids vont commencer, qu'on trouve les mâles ailés des Pucerons, du moins pour beaucoup d'espèces; la saison chaude n'offre que les femelles aptères et vivipares. Les femelles des Coccus et des Kermès sont faciles à recueillir sur les écorces et les racines des tiges où elles restent fixées par le rostre. C'est au contraire un heureux hasard qui peut faire rencontrer leurs très-petits mâles ailés et agiles. 11 faut les guetter en été sur les plantes où l'on a trouvé des femelles. On doit visiter avec intérêt les excroissances singulières des feuilles, dues à des Aphidiens gallicoles encore fort mal étudiés, surtout dans leurs mœurs et dans leur reproduction, et qui peuvent être l'objet de découvertes.

Si l'on a besoin de tuer quelque Hémiptère promptement, on se sert de la vapeur de benzine, ou du flacon à cyanure de potassium. Pour opérer parla chaleur, ce qui constitue un second moyen, on met l'Insecte dans un petit tube de verre bouché et qu'on chauffe; puis on le débouche, et, si l'on ne pique pas aussitôt l'Hémiptère, on le remplit de sciure de bois blanc bien sèche, on le rebouche, et l'on peut le conserver ainsi tant qu'on voudra. C'est comme pour les Coléoptères.

On pique les Hémiptères hétéroptères en général sur l'élytre droite, comme les Coléoptères; cependant quelques amateurs, et notamment

M. le docteur Sighorel, préfèrent piquer sur l'écusson, qui est la pièce qui offre le plus de résistance et s'abîme le moins. Les Homoptères se piquent au milieu du thorax. Les petites espèces doivent être collées sur carton ou sur mica, en ayant soin que tout l'Insecte soit débordé par le support, ou piquées au fil de platine sur billot de moelle. Les Aphidicns et les Gallinsectes ne peuvent se conserver que dans l'alcool affaibli. On met chaque espèce dans un très-petit tube bien scellé, qu'on range en collection dans le carton ou la boîte, à la façon ordinaire. 11 est bon, pour les femelles de Gallinsectes, de les conserver avec un morceau de l'écorce où elles adhèrent par leur rostre ; il est souvent très-difficile de les en détacher sans altération.

L'ordre des Diptères est le plus nombreux de la classe des Insectes et le plus répandu , puisqu'on en trouve des espèces bien au delà du cercle polaire, demeurant agiles à des températures qui engourdissent les Insectes des autres ordres. Le peu d'éclat de la plupart do ces Insectes (il est cependant quelques genres ornés de riches couleurs), leur fragilité quand ils sont secs, expliquent le médiocre attrait que la plupart des amateurs éprouvent pour eux. En outre, les distinctions spécifiques sorit souvent très-difficiles, à cause des grandes ressemblances des espèces du même groupe. Cependant cette difficulté même doit attirer le véritable observateur philosophe, et des découvertes fréquentes et assurées récompenseront le travail de l'entomologiste. Les Diptères sont les Insectes qui présentent de beaucoup la plus grande quantité d'espèces inédites ; leurs larves, leurs nymphes, leurs pupes sont encore fort mal connues.

Il n'y a pas de localité et pas d'époque où, dans nos climats, on ne puisse rencontrer les Diptères. Il en est qui volent au milieu de l'hiver, quand la terre est couverte de neige. En général, ils aiment les journées clairea et chaudes, et se plaisent aux rayonsdu soleil. Laplupart se cachent par la pluie, le vent, les jours sombres. Les Culicides et les Tipulides volent souvent le soir, et sotit attirés par les lumières. Certaines Tipules peuvent se prendre à la miellée nocturne. Les clairières, les bords des bois, les prairies eu fleufs, le bord des mares et des ruisseaux abondent en espèces. On doit inspecter les résidus sucrés, les matières en décomposition, les futfliers, les excréments, les terriers des animaux sauvages. Les fucus des plages marines nourrissent certains Diptères. Il en est qu'on trouve sur récume des vagues. On doit recueillir les fruits, les graines, les capitules attaqués ; car il en sort des Diptères. L'éducation des chenilles permet de se procurer les Diptères du groupe des Entomobies ; il falit avoir soin de noter l'espèce de Lépidoptère ou d'autre ordre dont sortent les pupes de Diptères. On suivra en été les Chevaux dans les bois, les troupeaux de Bœufs et de Moutons dans les prés et dans les champs; on visitera les écuries, les étables, les bergeries. Les Siquelettes des charniers fourniront des Thyréophores. Les tumeurs des bestiaux, desCerviens tués à la chasse, permettent de recueillir des larves

d'Hypodermes, dont les pupes donneront les adultes. Les Pupipares vivent parasites sur les poils des animaux, entre les plumes et dans les nids de certains Oiseaux, sur les Chauves-Souris.

Bien qu'un certain nombre de Diptères piquent les animaux et môme l'homme, quelquefois fortement, on peut cependant prendre impunément entre les doigts tous les Diptères, môme les plus gros Asiles et TaonSi En effet, les Diptères piquent par la bouche, pour se nourrir et non pour se défendre. Quand on les saisit, ils sont terrifiés et ne songent pas à manger , ni, par suite, à piquer. C'est exactement l'inverse pour les Hyménoptères : ils piquent par l'aiguillon anal , quand la frayeur ou la colère les excite ; ils ne piquent pas si on les laisse se poser tranquillement sur la peau, cas dans lequel, au contraire, le Diptère rassuré pourrait chercher à se nourrir.

On fait usage, pour la chasse des Diptères, du filet et du fauchoir. On place les sujets recueillis dans le flacon avec rognures de papier et substance anesthésique; il est préférable, quoique cela prenne plus de place, de les piquer dans la boîte de chasse , l'épingle enfoncée bien perpendiculairement au milieu du corselet. Cette dernière manière est la seule à employer pour les espèces à longues pattes grêles -, Culicides ou Tipulides. Quant à l'envoi des Diptères récoltés en pays éloignés, on se sert de boîtes où ces Insectes sont piqués. Si l'on tient à épargner la place, on peut les placer en fiole, entourés de sciure de bois non résineux et bien sec; enfin, la mise en papillotes serrées, d'un papier fin et sec, et séchées au soleil, est un moyen prompt et commode dans beaucoup de cas.

Dans les collections, certains amateurs étalent les ailes des Diptères, au moins d'un côté ; la plupart, pour tenir moins de place, laissent les ailes ployées. Les Némocères, à longues pattes très-fragiles, exigent une précaution minutieuse. On enfile au-dessous des grandes et moyennes espèces une large paillette ronde, de mince carton, proportionnée à la taille du sujet, et au centre de laquelle on rassemble, en les croisant, les bouts des pattes qu'on colle avec un peu de gomme. Il y a, chez les Diptères, de très-nombreuses petites espèces qu'il faut ou coller, ou piquer d'un tin fil d'argent ou de platine adapté à un fragment de moelle de sureau, celui-ci étant enfilé dans une épingle à Insectes ordinaire, de façon à être placé dans la boîte. Les Diptères sont facilement attaqués parles Insectes rongeurs : il faut bien clore, visiter souvent et imprégner de benzine, soit seule, soit mêlée d'acide phénique, le petit tampon de coton fixé dans un coin de chaque boîte. Beaucoup de Diptères tournent au gras, accident auquel il est peu de remède. Par l'humidilé, ils moisissent très-facilement. 11 faut alors les mouiller d'alcool concentré, ou d'éther, ou de benzine, et sécher au feu la boîte. Avant de mettre en collection les Némocères, il faut les dessécher rapidement au soleil, à cause de leur propension à changer de couleur.

C'est en peu de mots que nous compléterons cet exposé, en terminant

par ces Insectes dégradés, confondus autrefois pour la plupart sous le nom d'Insectes aptères, et qui appartiennent à des types différents, les uns broyeurs, les autres suceurs. Leurs organes du vol sont de conformation anormale, ou rudimentaires, ou nuls. On recherchera sur les gros Hyménoptères ces rares parasites à femelles larviformes, dont on a formé le petit ordre des Strepsiptères ouRhipiptères(A'e«os,Si»//o^s, etc.). Les fleurs offriront les Thrips ou Thysanoptères d'Haliday, autrefois réunis aux Hémiptères, plus voisins réellement des Orthoptères, à corps linéaire, de taille minuscule, noirs à l'état adulte, rouges ou jaunes en larves ou nymphes. Les Aphaniptères ou Puces vivent sur les Mammifères, et ces petits Insectes, très-analogues d'aspect, à métamorphoses complètes, sont très-probablement d'espèces variées, comme les animaux sur lesquels ils vivent. Il y a là une source de fréquentes découvertes. Il en est de même pour les Épizoïques, et l'attrait qu'offre la perspective de trouver des espèces nouvelles doit faire surmonter le dégoût qu'inspirent, au premier abord, les investigations nécessaires. On recherchera les Poux sur les Mammifères, les Ricins sur les Oiseaux. Il faut surtout examiner les jeunes animaux, les prendre dans les terriers où les femelles les nourrissent, ou dans les nids, dont on devra visiter aussi les parois. Les stations des Thysanoures sont plus variées. Il en est qui vivent à l'intérieur des maisons, dans les armoires, les fentes des boiseries, les greniers abandonnés. On trouve le plus grand nombre des espèces sous les pierres, sous les écorces, parfois sur les feuilles. Il faut examiner les détritus, les bois pourris, les bords des eaux où gisent des débris végétaux, les rochers du bord de la mer submergés à marée haute, la neige même et les tissures des glaciers. C'est surtout à la fin de l'été et en automne qu'on rencontrera les sujets parvenus à toute leur taille de ces Insectes dégradés, sans métamorphoses (Monomorphes deM.de Castelnau) .

Nous pouvons, pour nous résumer en terminant, présenter quelques indications très-générales sur les époques d'apparition des Insectes de divers ordres, selon les saisons de l'année. La multiplicité des climats thermiques sur la terre donnerait à cette étude beaucoup trop d'étendue, si nous examinions les diverses régions. Nous nous bornerons aux environs de Paris.

On peut dire que le plus grand nombre d'Insectes se rencontrent aux mois d'avril, de mai, de juin; puis ce nombre décroît jusqu'à la première quinzaine d'août. La fin de ce mois et le commencement de septembre, signalés le plus souvent par la sécheresse de la végétation, sont l'époque où, la période hibernale exceptée, les amateurs trouveront le moins de variété dans leurs captures. On rencontre alors très-peu d'espèces spéciales, mais presque exclusivement les Insectes dont la vie à l'état parfait se prolonge pendant toute la belle saison, ou les espèces communes et vivaces qui éclosent sans époque fixe. En septembre, se font certaines apparitions d'espèces printanières , qui ont une seconde éclosion, quelquefois avec quelques différences d'avec le type de prin-

temps. Enfin, l'arrière-saison, jusqu'aux neiges, offre quelques espèces spéciales, comme les Larentia, Hibernia, etc., dans les Lépidoptères. Dans la région française dil bassin méditerranéen , cette époque est signalée par l'apparition de certaines espèces du printemps , de même que les premières fleurs, qui ont une nouvelle apparition après que les pluies d'octobre ont rafraîchi la terre, dont la végétation a été brûlée par l'ardent soleil de la canicule.

On peut diviser la belle saison en trois périodes d'exploration. La première est comprise entre la floraison du Saule commun et celle de l'Aubépine. On doit, dès son début, rechercher certains Diptères qu'on ne retrouvera plus à d'autres époques de l'année , ainsi que les mâles des Mellifères solitaires^ qui n'ont qu'une existence de quelques jours. Les fleurs des Saules, alors que les bois sont encore dépouillés de feuilles, et les fleurs des arbres à fruits, doivent être surveillées avec sollicitude pour les Insectes de ces deux ordres. Puis, les prairies^, le bord des marais, se couvrent de fleurs, et les espèces de printemps des Lépidoptères commencent à paraître. C'est aussi une époque de prédilection pour les Coléoptères coprophages. La seconde période est surfout celle du grand développement de Lépidoptères et de Coléoptères : elle s'étend de la floraison de l'Aubépine à celle des Ombellifères. L'Aubépine est une des plantes qu'on doit visiter avec soin en raison du grand nombre d'Insectes qu'elle attire; c'est alors que les allées des bois, les bords des routes, les clairières surtout, doivent appeler l'attention des entomologistes. La floraison des Ombellifères commence l'époque du grand développement des Hyménoptères et Diptères, et ces plantes offrent également des Coléoptères actifs et volants. Les fleurs de Ronce sont aussi très-recommandées, surtout pour les Lépidoptères. De même celles des Oignons, dont l'odeur attire fortement les Insectes de cet ordre. Puis vient une troisième période de décroissance pour les Coléoptères et Lépidoptères (1), riche au contraire en Hyménoptères et Diptères. Elle dure de la floraison des Ombellifères à celle des Carduacées. C'est à cette époque, et encore après, qu'il faut rechercher les Acridiens et les Locustiens (Orthoptères), et les Hémiptères, qu'on ne trouve généralement qu'en larves ou en nymphes aux époques précédentes.

Les heures de la journée ne sont nullement indifférentes pour la chasse. Au commencement et à la fin de la saison, c'est au milieu du jour qu'il faut diriger ses recherches , les matinées et les soirées étant trop froides. Au contraire, dès que la chaleur commence, les meilleurs moments sont la matinée jusqu'à dix ou onze heures, et, de préférence, vers le lever du soleil, aux époques les plus chaudes. On trouve alors les Insectes encore peu agiles, posés sur les fleurs et les feuillages. Beaucoup d'espèces, à la grande chaleur, s'envolent aisément et ne se

(1) Kirby et Spence, Introd. to EntomoL, t. IV, p. 521. — Lacordaire, Inlrod. à l'Enlom., t. H, p. 561.

laiBiêni pas approcher. Les journées à demi couvertes, uh peu orageuses et sans vent, sont excellentes. Les grands vents, et surtout ceuv du nord et de l'est, sont au coniraire désavantageux; les Insectes se cachent^ car le vol leur cause trop de fatigue. Les jours d'ardent soleil sont également de médiocre protit pour le chasseur, beaucoup d'Insectes demeurant endormis, à l'exception de certaines espèces, comme les Mélasomes, les Ascalaphes, les Myrméléons, etc. On peut s'abstenir d'excursions, très-pénibles d'ailleurs, dans le milieu des jours les plus chauds de l'été. On recommencera à chasser depuis quatre heures jusqu'au coucher du soleil. On trouvera alors les Hespéries, les mâles de Certains iBombycienSj etc. Enfin, après le coucher du soleil, on recherchera les espèces crépusculaires, par les soirées calmes, chaudes et sans lune, en s'aidant de la lanterne. Les espèces crépusculaires prolongent alors leur apparition jusqu'à plus de onze heures du soir ; puis, lout rentre au repos, et il n'y a que très-peu d'espèces réellement nocturnes ou du Dàilieu de la nuit.

§ VI. — Paléontologie (1).

Les Insectes, qui jouent un rôle si considérable dans la nature actuelle, existaient déjà aux époques antérieures à la nôtre, comme le témoignent les restes qu'ils ont laissés dans différentes couches de notre globe. Les animaux de cette classe vivant tous, sauf très-peu d'exceptions, sur le sol ou dans les eaux douces, on ne les rencontre, à l'état fossile, que dans les formations lacustres ou fluvialiles,ou tout au plus dans les formations d'eau saumùtre. Leur présence dans ces dépôts peut provenir de deux causes : ou bien ils ont vécu dans les eaux où se constituait la roche qui nous a conservé leurs débris, ou bien ils ont été précipités dans ces mêmes eaux par des causes accidentelles, comme des coups de vent, des pluies torrentielles, des émanations délétères, etc. Mais comme les téguments de ces petits êtres sont très-fragiles, ils n'ont pu échapper, après la mort, à une destruction complète qu'à la faveur de circonstances toutes particulières, parmi lesquelles il faut citer en première ligne une consolidation rapide du fond vaseux où ils ont été enfouis. Toutes les fois que ces conditions ont été réunies» les Insectes ont été préservés, et souvent d'une manière si admirable, que l'on peut étudier sur la pierre les moindres détails de leur organisation, comme la nervation des ailes, le nombre des articles des tarses et des antennes, etc.; toutes les fois que ces conditions ont fait défaut, les

(1) Nous sommes heureux, dans l'intérêt de notre ouvrage, d'annoncer que l'iiistoire des Insectes fossiles qui va suivre est l'œuvre de M. Ouslalet. Ce naturaliste a bien voulu nous donner sa collaboration pour un sujet qui est pour lui l'objet d'études spéciales et approfondies.

InscctGE n'unt pas laissé de trace dans là roclié, cl l'on pourra ùtre lenlé d'en conclure, à tort peut-être, que, pendant la période correspondante, il n'y avait pas d'animaux de cette classe.

Les Insectes fossiles, ou entomolithes, auraient déjà une certaine valeur comme servant à caractériser les dépôts d'eau douce ; mais ils nous fournissent en outre de précieux renseignements sur la végétation et le climat des anciennes époques. Signalés pour la première fois par Scheuclizer (1) et Sendelius (2), ils furent l'objet des investigations de Berendt, Germar, Illiger, Koch, Leacli, Marcel de Serres. M. Brullé (3) fit ressortir l'utilité de cette branche de la paléontologie. Plus tard, MM. Munster, Corda, Curtis, Brodie, Charpentier, Schilling, Lindley, Unger, Hope, Goldsberger, MassalongOj Pictet, etc., signalèrent un assez grand nombre d'Articulés dans divers terrains; mais c'est à M.Osw. Ilecr qu'on doit les travaux les plus importants sur cette partie de la science. Il a décrit et figuré près de mille espèces d'Insectes fossiles, tant dans son grand ouvrage sur Œningen et Radoboj {(x) que dans ses notices sur Aix (5), le lias d'Argovie (6) et la molasse suisse (7). Il fait connaître les conditions d'existence de ces êtres, leurs rapports avec les flores contemporaines, leurs affinités avec les espèces actuelles, et il est arrivé aux conclusions les plus intéressantes sur le climat des anciennes époques de notre globe.

Jusqu'à ces derniers temps on ne connaissait pas d'Insectes fossiles dans les terrains antérieurs à la période carbonifère, mais tout récemment M. Dawson a signalé dans le terrain devonien de Saint-John (^'e\v-Brunswick) des restes d'Insectes que M. Scudder regarde comme des types voisins des Éphémères (8). On peut s'attendre à voir encore reculer ces limites.

Les Insectes de la période carbonifère ont été trouvés surtout dans le minerai de fer de Coalbrookdale, en Angleterre, et ont été pris d'abord par M. Prestwich pour des Arachnides ; mais on a reconnu depuis que ce sont des Coléoptères, des Névroptères et des Orthoptères.

(1) Scheuclizer, Herbarium diluvianum. Tiguri, 1709, iii-fol. — Physica sacra Jobi. Turici, 1721, ih-4. — Piscmm vindiéite etquerelœ. Turici, 1708^ ia-i.

(2) Sendelius, Hisloria suiivinoram corpora aliéna involventium. LipsiaBj 17A2.

(3) Brullé» Thèse de doctorat soutenue en 1839 devant la Faculté des sciences de Paris.

(Il) Osw. UeeTj Die Insectenfauna der TerUargebilde von Œningen und Radoboj in Croaten. Ziiricli et Leipzig, 1849.

(5) 0. Heer, Vierleljahrschrift der naturw. Gesellschaft, I Jahrgang, 1 Heft,

(6) 0. Heer et Esctier de la Linlh, Zwei geologische Beitriige. Zurich, 1852, in-li".

(7) 0. Heer, Unvelt der Schweiz. Zurich, 18G5.

(8) Scudder, The geological Magazine, vol, IV, n» 39.

Les Coléoptères, décrits et figurés par M. Buckland (1), appartiennent au groupe des Charançons. L'un d'eux, le Curculionides Anstici, a 27 millimètres de long, et se rapproche, suivant M. Brullé, pour la grandeur et pour la forme, de VAmeris Inca de l'Amérique équinoxiale; tandis qu'un autre, le Curculionides Prestwichii, rappelle, suivant M. Samouelle, le Brachycerus apterus d'Afrique et quelques Brachycères plus petits de la Nouvelle-Hollande. Les Névroptères sont représentés par une Corydale et un genre de Sialis; les Orthoptères par quelques Blattes et un Gryllaeris. Mais ces fossiles, décrits par M. Goldenberg (2), sont trop mal conservés pour se prêter à une détermination trèsrigoureuse. Des débris d'Articulés analogues ont été rencontrés dans les houillères de Wattin et de Saarbruck, dans l'Arkansas et dans la Nouvelle-Ecosse.

On n'a pas encore signalé d'Insectes fossiles dans le terrain pénéen, ni dans le trias, mais le lias en présente un assez grand nombre. M. Heer nous a fait connaître environ lZi3 espèces de ce niveau, provenant du gisement des Schambeles, en Argovie (3).

Ces espèces se répartissent ainsi entre les différents ordres :

Orthoptères 7

Névroptères 7

Coléoptères 116

Hyménoptères 1

Hémiptères 12

Les Lépidoptères et les Diptères font complètement défaut, et les Hyménoptères ne sont indiqués que par des fragments d'ailes. La majorité des espèces et des individus est constituée par les Coléoptères, soit que ces derniers se soient mieux prêtés à la fossilisation, en raison de la dureté plus grande de leurs téguments, soit qu'ils aient été réellement dominants à l'époque liasique.

Les Orthoptères sont représentés par quelques Blattes : les unes assez semblables à notre Periplaneta orientalis; les autres, plus petites, par quelques Acridiens et par une Forficule {Baseopsis forpculina, Hr) , qui constitue, suivant M. Heer, un type intermédiaire entre les Coléoptères et les Orthoptères.

On a découvert aux Schambeles six espèces de Termites, correspondant à celles de la faune actuelle, mais néanmoins bien distinctes, et une Libellule {/Eschna Ilageni, Hr) plus grande que toutes les espèces aujourd'hui vivantes^, et plus grande aussi qu'une espèce du lias d'Angleterre {JEschna liasina, Strickl.).

(1) Buckland, Geolog. and mineralog. Treatise Bridgewater, trad. Doyère, p, 359, planche XLVi.

(2) Goldenberg, Silzungsberichl der Kaiserl. Akad. der Wissensch. Wien, oct. 1852, t. IX, p. 39.

{3) Heer, Zwei geologische Vortriige. Ziirich, 1852. — Urwell der Schweiz. Zurich, 1865.

Les Coléoptères sont ainsi distribués entre les diverses familles :

Carabiques 10

Gyrins 6

Clavicornes H

Cryptophagides .... 2

Lathridides 1

Mycétophagides 1

Byrrhides 5

Hydrophilides 15

Lamellicornes 1

Sternoxes 43

Malacodermes 3

Sténélytres 1

Rhynchophores 7

Chrysomélines 3

Douteux 6

Ce qui donne en moyenne 7 espèces par famille, au lieu de 10 comme dans la faune tertiaire, ou de ^5 comme dans la faune actuelle de la Suisse. Les Capricornes, les Coccinelles, les Xylophages, les Mélasomes et les Brachélytres n'ont pas encore été rencontrés dans le lias d'Argovie. Les Lamellicornes et les Chrysomélines y sont mal représentés, ei les Rhynchophores, qui de nos jours, et déjà dans la période tertiaire, jouent le rôle principal, n'occupent ici que le cinquième rang. En revanche, les Buprestes sont abondants. L'un d'eux {Euchroma liasina, Hr) rappelle V Euchroma gigantea du Brésil; tandis que d'autres {Melanophila costata, Hr, et Melanophila sculptilis, Hr). ressemblent aux espèces de nos forêts de Sapins. Les Byrrhides indiquent la présence des Champignons ; les Chrysomélines, celle des plantes phanérogames, et un Bousier [Aphodiites protogœus) fait soupçonner l'existence de petits Mammifères à cette époque reculée.

Les Coléoptères aquatiques sont aussi très-nombreux. Les uns, les Gyrins, sont très-petits, tandis que les autres, les Hydrophiles, atteignent une taille considérable.

Tous les Hémiptères des Schambeles appartiennent au groupe des Coréides. •

En Angleterre (dans les comtés de Glocester, de "NVarwick, de Somerset et de Dorset) (1), on a trouvé, également dans le lias, 56 espèces d'Insectes, dont 7 appartiennent aux Orthoptères, 12 aux Névroptères, 29 aux Coléoptères, 6 aux Hémiptères et 2 aux Diptères (?). Quelquesunes seulement concordent avec celles de la Suisse ; mais le caractère général de la faune est le même, les Coléoptères formant aussi l'ordre le plus riche en espèces, les Lépidoptères et les Hyménoptères man-' quant, et les Diptères sont à peine représentés. Les Buprestes sont en majorité parmi les Coléoptères terrestres, et les petits Hydrophiles parmi les Coléoptères aquatiques.

Pendant toute la période jurassique proprement dite, les mers ont recouvert la plus grande partie de nos continents. Toutefois on a découvert, sur certains points, des îles plus ou moins étendues, où prospérait une flore assez riche d'Araucarias, de Sagoutiers, de Fougères, et où vivaient un certain nombre d'Insectes, dont on a déjà retrouvé 27 espèces,

(1) Buckmann, Philos. Mag., mai 1844. — P. Bellinger Brodie, An History of fossil hisecls in the secondary Rocks of England. Londres, 1845, in-8». — Strickland, Ann. and Mag. of nat. Hist., 2" série, 1840, t. IV, p 302, et 1852, t. IV, p. 257.

nu INTRODUCTION.

C'est ainsi qii'àSolenhofen (1) il y avait dos Libellules gigantesques, do 15 à 20 centimètres d'envergure, dont les types ont disparu ou ne se rencontrent plus qu'en Amérique ou dans la Nouvelle-Hollande ; des Éphémères et des Perles analogues à ceu.\ de notre hémisphère austral ; des Termites, des Kakerlacs et des Sauterelles de grande taille; de» Naucores et des Nèpes énormes ; des Punaises de bois longues de 54 millimètres; des Capricornes, des lîuprestes, et même un Papillon de nuit {Bomlnjx antiqùa, Bedib., nom mal choisi, car il appartient à une espèce vivante du même type).

Les schistes de StoncsPield, près d'Oxford, qu'on rapporte à l'étage de la grande oolithe, et les couches de Purbeck, qui touchent à la formation crétacée, renferment aussi des Kakerlacs, des Cigales, des Termites, des Libellules; de nombreux Coléoptères, parmi lesquels dominent encore les Buprestes ; quelques Mouches, 3 Fourmis et 3 Papillons. La plupart de ces formes sont voisines de celles de Solenhofen.

Dans les terrains crétacés, les géologues allemands ont décrit des perforations dues peut-être à des Capricornes, et M. Desmoulins a signalé des élytres de Coléoptères dans la craie marneuse de la montagne Sainte-Catherine, près de Bouen (2).

Les terrains tertiaires présentent un certain nombre de gisements ùù les Insectes fossiles sont assez répandus et assez bien conservés. Parmi ces gisements, il faut citer Salcedo, dans la haute Italie, Aiif en Provence, Corent en Auvergne, Bonn en Allemagne, Badoboj en Croatie, Œningen et Uznach en Suisse, etc.

MM. Murchison et Curtis, M. Marcel de Serres, Hope, et en dernier lieu M. Heer, ont dressé des catalogues des genres, ou décrit et tiguré un assez grand nombre d'espèces des marnes gypsifères d'Aix en Provence (3), et l'on peut déjà conclure de leurs travaux que la faune tertiaire de cette localité était particulièrement riche en Diptères culiciformes (Bibions et Fongitipulaires), et se rapprochait par ce caractère des faunes d'Œningen, de Badoboj et des lignites du Bhin. Quoique les Pucerons ne manquent pas (4), les Fourmis sont rares dans les marnes

(1) Germar, Nova Acta nat. curios., t. XIX. — Munster, Beitrage, t. V. ^- Ctiarpeiitier, LibelluÂinœ europeœ, p. 172, pi. xLvni. — Bvodie, Quart. Journal of Ihe geol. Societ., V, p. 35. — Pictet, Traité de paléonlologie, 2'^ édit. Paris, 185^^ vol. II.

(2) Gcinitz, Bo/s perforés par les Capricornes dans les grès verts [KaracteristiJ; dur Kreidegcbirge), p. 13, pi. ni et vi.

(3) Murchison, Onthe Tertiary freshwater formation of Aix, with a Description of fossil Insects, by J. Curtis {Edinburgh neiv Philosoph. Journal for October 1829). — Marcel de Serres. Géognosie des terrains tertiaires. Montpellier, 1829. — Notes géologiques sur la Provence. Bordeaux, 1843. — Hope, Observations on thc fossil Insects of Aix [Transactions of the Eniomological Society of London, IV, p. 250). — Heer, op. cit., et Recherches sur la végét. et le climat du pays tertiaire, 18jjl.

(4) Heer, op. cit.

d'Aix, ot l'on n'y voit pas un seul Bupreste de grande taille, tandis que ces Insectes apparaissent en grand nombre àŒningen. Les Phytophages et les Rhynchophores sont représentés à peu près par les mêmes genres dans les deux gisements. Les Lépidoptères ne sont pas communs, cependant M. Boisduval a décrit et figuré une superbe espèce, le Cyllo sepiilta, appartenant à un genre aujourd'hui confiné dans les îles de l'archipel Indien (i), dans les parties les plus chaudes de l'Asie et de l'Afrique, à Madagascar.

Il existe aux environs de Montpellier des calcaires formés par l'accumulation de tubes de Phryganes, et en Auvergne des calcaires analogues et des marnes renfermant des plantes,. des Poissons d'eau douce et des Insectes. M. Tournai a signalé des Diptères dans les couches d'Armissan, près de Narbonne, et Faujasde Saint-Fond a trouvé à Rochesalve(Ardèche) une empreinte que Latreille a attribuée à une Guêpe exotique (2).

Mais la localité la plus riche en Insectes fossiles et la mieux connue aujourd'hui, grâce aux recherches de M. Heer, c'est (Eningen. Ce savant i(»fatig;ible y a recueilli SlxU espèces, qui, jointes à 32 autres provenant du reste de la Sui?se, constituent un total de 876 espèces pour les terrains raolassiques de cette contrée seulement. De ces espèces, 5Zi3 se rapportent aux Coléoptères, 20 aux Orthoptères, 29 aux Névroptères, 81 aux Hyménoptères, 3 aux Lépidoptères, Qli aux Diptères et 136 aux Hémiptères. Les Coléoptères tiennent donc le premier rang dans cette faune et les Lépidoptères le dernier, non-seulement par le nombre des espèces, mais aussi -par celui des individus (3).

Les larves de Libellules occupent dans la série des couches d'OEningen un niveau particulier et s'y montrent plus abondantes que de nos jours, sur n'importe quel point de l'Europe. Parmi les Hyménoptères, les Fourmis, et, parmi les Diptères, les Mouches, sont les plus nombreuses, comme c'est encore le cas dans la nature actuelle. Toutefois, pour ne point tirer des chiffres donnés plus haut des conclusions prématurées, il faut remarquer, avec M. Heer, que les Insectes ont été accumulés à OËningen dans des conditions particulières ; que, parmi les Insectes terrestres, ceux-là seulement qui ont été entraînés dans l'ancien lac parle vent ou par les ruisseaux sont parvenus jusqu'à nous, et qu'enfin les Insectes ailés ont été plus exposés à périr dans les eaux que les Insectes aptères : c'est pourquoi, parmi les Fourmis, les femelles ailées et les mâles sont de beaucoup les plus fréquents à l'état fossile. Ce n'est pas à dire qu'on ne trouve pas à Œningen d'Insectes privés d'ailes ou volant difficilement ; loin de là, il y a même des chenilles. Ces animaux ont pu tomber des arbres qui ombrageaient le rivage, ou être jetés dans le lac avec des feuilles ou des fragments de branches. Comme

(1) Boisduval, Ann. Soc. entomol. de France, V^ série, t. IX, pi. vin.

(2) Faujas de Saint-Fond, Ann. du Muséum, t. II, pi. xv, fig. li.

(3) Heer, op. cit.

certains individus semblent avoir été frappés de mort subite, M. Heer est tenté d'attribuer l'extinction des Insectes d'Œningen et leur accumulation dans certaines couches à l'action intermittente de gaz délétères.

Le grand nombre de Coléoptères phytophages qu'on trouve dans la molasse est en rapport avec la végétation luxuriante des forêts miocènes : la proportion entre les Coléoptères de cette catégorie et les autres Coléoptères était à. Œningen de 1 : 3,33, tandis qu'elle est seulement de 1 : 8,56 dans la faune moderne de la Suisse.

Si, comme cela est naturel, on attribue aux Insectes d'Œningen les mêmes habitudes qu'à leurs analogues dans la nature actuelle, on peut essayer, avec M. Heer, de rétablir le tableau que présentaient, àl'époque de la molasse, les bords du lac qui couvrait une partie de la contrée. Dans la forêt voisine, où manquaient sans doute les Lucanes, se trouvaient de nombreux Buprestes, des Capricornes et des Trogosites, dont les larves se cachaient sous l'écorce ; au milieu du feuillage se tenaient des Cigales ; dans les vieux troncs, les Fourmis {Formica procera) et les Termites {Termes Hartungi) creusaient leurs habitations. Parmi les débris végétaux qui jonchaient le sol, se cachaient les larves des Anthomyzides, tandis que les Champignons étaient visités par de petits Fongitipulaires. Dans les prairies, sous les herbes, étaient des Chrysomèles, des Charançons, des Trichies, des Pachycares, et autour des fleurs voltigeaient des Syrphes, des Bourdons et des Abeilles.

Sur le rivage c'était sans doute sur les Roseaux qu'habitait le Chrysomela Calami, tandis que des Lixes [Lixus rugicollis) grimpaient le long des tiges d'Ombellifères. Dans l'eau s'agitaient pêle-mêle des larves de Libellules et de Chironomes, des Dytiques {Dytiscus Lavateri et Cybister Agassizi, Hr), des Dineutes, des Nôpes et de gigantesques Hydrocorises.

Les Coléoptères phytophages, qui, dans l'Europe contemporaine, sont environ trois fois plus nombreux que les Coléoptères créophages, semblent l'emporter encore sur ceux-ci dans la faune d'Œningen, et impriment à cette dernière un caractère qui la rapproche, suivant M. Heer, de la faune des pays subtropicaux. Parmi les Coléoptères phytophages actuels, il en est quelques-uns qui sont attachés à. certaines espèces, ou du moins à certains genres de végétaux; et si l'on suppose, avec toute apparence de raison, que les relations générales entre le monde végétal et le monde des Insectes étaient les mômes dans la période tertiaire que de nos jours, on pourra, en prenant pour guide les habitudes des Insectes homologues vivants, assigner à chaque espèce d'Insecte fossile la plante fossile qui lui était propre, ou réciproquement. Par exemple, le Trichius fasciatus se trouvant fréquemment aujourd'hui, dit M. Heer, sur le Bouleau, son homologue tertiaire, le Trichius am,œnus d'Œningen, devait habiter sur le Betula Ungeri^ En procédant de la sorte, M. Heer suppose que le Valgus ceningensis vivait sur le Salix varians, l'Ancylochira tincta sur le Pinus hepios, le Lytta jEsculapi sur le Fraxintis prœdita, le Saperda Nephele sur le Populus Heliadum, le Rhynchites Silenus

PALÉOMOLOGIE. 177

sur le Vitis teutonica, le Chrysomela Calami sur le Phragmites œnin- (jensis, etc.

En considérant l'ensemble des espèces trouvées à Œningen, on est frappé de voir que la plupart se rapportent à des genres actuellement répandus sur l'ancien et le nouveau continent, et que ces genres, communs aux deux mondes, constituent dans ce gisement les deux tiers de la masse des Coléoptères, tandis qu'ils n'en forment que le tiers dans la faune actuelle de nos contrées (Lacordaire). Les autres Coléoptères d'Œningen ont leurs analogues aujourd'hui, soit en Afrique, en Asie et en Europe, soit en Amérique seulement; un petit nombre d'entre eux sont exclusivement européens et sont voisins d'espèces qui vivent maintenant sur les bords de la Méditerranée. C'est aussi dans cette dernière région que se trouvent les formes correspondant aux espèces américoeuropéennes d'Œningen, de sorte que la faune de cette localité tertiaire avait un caractère franchement méditerranéen. Elle possède cependant /i5 genres en propre, qui se répartissent ainsi : 21 pour les Coléoptères, 1 pour les Orthoptères, 6 pour les Hyménoptères, 6 pour les Diptères et 11 pour les Hémiptères, et qui comprennent à eux tous lAO espèces dont quelques-unes très-répandues {Cijdnopsis et Protomya).

M. Heer trouve que les résultats fournis par l'examen des Insectes tertiaires concordent avec ceux obtenus par l'étude des végétaux , quoique la flore ait un caractère plus américain et plus méridional que la faune, et le savant paléontologiste conclut de l'ensemble de ses recherches qu'CEningen n'avait pas un été tropical, mais un hiver relativement chaud, c'est-à-dire un climat littoral ou insulaire.

M. Boue (1) est l'un des premiers auteurs qui aient fait mention de restes d'Insectes, de Poissons, de feuilles de Dicotylédones et de Conferves dans les argiles sulfureuses de Radoboj en Croatie. Plus tard les Insectes de cette localité ont fait l'objet d'un mémoire de Unger (2), qui a décrit plusieurs espèces des genres Bibio, Protoviija et Leptoijaster, Mais c'est encore M. Heer qui a le plus contribué à nous faire connaître les richesses entomologiques de ce gisement. Pour lui, Radoboj est une formation littorale, où l'on trouve des débris marins à côté de débris terrestres, et que le caractère de sa tlorc place un peu au-dessus d'Œningen dans la série géologique. Aussi la faune des Insectes, tout en se rapprochant beaucoup de celle d'Œningen, avec laquelle elle possède 29 espèces en commun, présente davantage de formes tropicales, et entre autres des Termites gigantesques, de magnifiques Cercopis, de grands Gryllons, un Papillon {Vanessa Pluto), etc. Les Coléoptères sont très-rares à Radoboj, mais les Fourrais y sont représentées par 57 espèces, dont la plus commune est le Formica occultata. Les larves de Libellules font complètement défaut, mais les Moucherons pullulenl,

fi) Boue, Journal de géologie, t. III, p. 105. (2) Unger, Fossile Inscktcn, mai 1831).

ils iNTHOni T/IION.

ainsi que les Pucerons, dont les uns (Lachmis pectorosus) vivaient sur les Chênes, et les autres {Luchnus Boneti) sur les Pins qui ombrageaient le rivage. C'est sur ces arbres que les Fourmis et de petits Coléoptt'îres {Amphotis bella] venaient leur donner la chasse (1).

Dans les lignites du Rhin on retrouve deux espèces de Radoboj (Termes pristinus et Formica lignitum), et trois d'OEningen (Calosoma Nauckianum, Lina popnleti et Formica lignitum). Plusieurs espèces se rapprochent beaucoup de certaines formes de l'Amérique subtropicale : tels sont le Caryoborus ruinosus, von Heyd, , le Bclostomum Goldfussii, Germ., le Notonecta primœva, von Heyd., le Termes pristinus, Charp., etc.; ou de certains types sud-africains, tels que les Tephrodus. Les Bibions et les Buprestes sont fort communs dans les lignites (2).

L'ambre renferme fréquemment des Insectes fort bien conservés. Ce fait, qui avait déjà frappé Sendelius (3), n'a plus rien d'étonnant aujourd'hui que nous savons, par les recherches de MM. Berendt et Goeppert (Zj), que l'ambre est une résine fossile qui découlait de certains arbres de l'époque tertiaire. Il a été déposé avec les débris de ces végétaux dans des couches de lignites, d'où les flots de la Baltique et de la mer du Nord l'arrachent sans cesse pour le rejeter sur les côtes. On le recueille principalement aux environs de Kœnigsberg; mais il en existe aussi des gisements dans l'intérieur des terres, par exemple dans les marnes bleues de Castel-Arcuato, en Sicile, dans les grès de Gallicie, à Ol^ningen, etc. Ces divers dépôts^, suivant M. Heer, sont loin d'être synchroniques, de sorte que dans l'étude de la flore et de la faune de l'ambre il faut tenir compte de la provenance des échanlillons. D'un autre côté, lorsque cette résine était à l'état fluide, elle devait saisir de préférence les Insectes qui fréquentaient le tronc des Pins ; et en effet les Termites y abondent. Il en résulte que les Insectes de l'ambre ne sauraient en aucune façon nous donner une idée exacte et complète de la faune entomologique contemporaine. Enfin l'appât du gain a poussé certains industriels à faire, avec des Insectes modernes et des résines plus ou moins analogues à l'ambre, des contrefaçons contre lesquelles on ne saurait trop mettre en garde les paléontologues.

Néanmoins on a sur ce sujet des travaux sérieux et importants, dus à MM. IIopc, Berendt, Koch, Germar, Picfet, Hageu, Loeve, Menge, etc., et il en ressort que la plupart des espèces, à part deux Diptères {Culex pipiens et Mochlonyx velutinus) et un Perce-oreille, se distinguent net-

(1) Voyez aussi : Unger, Chloris prologœa, pi. v. — Charpentier, Nova Acta not. curies., t. XX, p. 405. — Heer, Mémoire sur la fauve des Insectes de Radoboj (Rapporl officiel de la 22'= réunion des nalnralisles allemands. Vienne, 1858).

(2) Germar, 19" fascicule Je la continuation de Panzer.

(3) Sendelius, Hisl. succinorum.

(4) Berendt, i»/c Imccten m Bernstein, l"^' cahier, in/t°. Dantzig, 1830. — Die in Bernstein befindlichen organischen Reste der Vorivelt, t. I, l"-' livraison. Berlin, 1845.

tement de celles de nos jours. Parmi les Névroptùres, M. Piclct a reconnu (1) : Iv des espiîces analogues^ mais non identiques, à celles qui vivent aujourd'hui en Prusse; 1° des espèces intoriropicales et méditerranéennes {Termes) ; 3" des types exotiques (une Chauliode) ; k° quelques genres éteints, sans représentants dans le monde actuel. Parmi les Hyménoptères, M. Gravenshort (2) a signalé quelques Tenthrèdes et de nombreuses Fourmis. Les Hémiptères nous présentent des Lygées, des Capses, desMembracie^i, des Réduves (Hétéroptères) ; les Homoptères, des Fulgorcs, des Aphidiens, des Gallinsectes; les Orthoptères, un Perceoreille, des Mantes, des Blattes et quelques Criquets. Hope (3) parle d'un Papillon trouvé dans l'ambre, et Gravenshort y décrit des Tinéites et des Noctuélites. Les Diptères sont abondants : ce sont des Tipulaires culiciformes (Chironomes, Tipules, etc., au nombre de 50 espèces au moins), des Asilides, des Empides, des Leptides, des Dolichopides, une Thérève, un Taon, des Stratiomydes, des Syrphides, des Muscides, etc. Parmi les Coléoptères, M. Pictet cite des Carabiques (Carabes, Nébries et Cicindèles), des Hydrocanthares (Gyrins), des Brachélytres (Staphylins) des Sternoxes (Buprestes et Taupins), des Malacodermes (Cébrions Lampyres, Clairons et Lime-bois), des Clavicornes (Escarbots, Cholèves, Nitidules, Dermestes, Byrrhes^ etc.), des Taxicornes, des Sténélytres, des TracliélideSj de nombreux Curculionides, des Xylopliages (Scolytes, Apates et Mycétophages), des Longicornes (Cérambycins et Saperdes), des Chrysomélides, des Coccinelles, des Psélapliiens. etc.

Comme une Cicindèle et un Gyrin de l'ambre se rapprochent de certains types des pays chauds, M. BruUé (li) en concluait qu'à l'époque de la formation de cette résine, les bords de la Baltique avaient un climat plus élevé que de nos jours. M. Pictet et M. Heer ont parfaitement reconnu la présence dans l'ambre d'espèces subtropicales et leur mélange aux formes septentrionales, qui sont d'ailleurs en grande majorité; ce fait serait moins étonnant si l'on admettait avec M. Heer (5) que l'ambre n'appartient pas à une seule et même époque.

Les lignites d'Uznach, en Suisse, mentionnés par Scherer(6), sont de formation beaucoup plus récente que tous les dépôts dont nous avons parlé jusqu'ici; suivant M. Heer, ils appartiennent au groupe des terrains quaternaires. M. Brullé y signale un Coléoptère voisin du Feronia îeucophthalma, un autre semblable au Callidium fennicum, et un

(1) Pictet, Traité de paléonlologie, 2*^ cdition^ t. II, Paris, 1854.

(2) Gravensliort, Uebersicht der Arbeiten der Sclilcs. Gesellscli., 183d.

(3) Hope, Catalogue des Insectes dit succin {Transact. of the EnUmi. Society of Lond., I, p. 139). — Observations on succinic Insecls {op. cit., ser. 1, 1837, p. /iG).

(à) Brullé, Sur le gisement des Insectes fossiles, et sur les secours que l'étude de ces animaux peut fournir à la géologie (tlièse, 1839).

(5) Heer, Recherches sur la végélaiion et le climat du pay^ lerliairc, Irad. par Ch. Gaudin. Wintertlnir, 18G1.

(6) Scherer, Archiv. fiir die Naturlehre, t. III, p. 256.

Elater analogue à V.Enens. M. Ileer, qui a étudié ci fond les gisements d'IJznach et de Dûrnten (1), y indique encore deux Donacies semblables au Donncia discolor et au D. sericea, qui se rencontrent dans toute l'Europe et jusqu'en Laponie sur les plantes des marécages; un Hylobius {H. rugosus, Hr) voisin de Y Hylobius pineti, Fabr., mais distinct; un Pterostichus (Fero7ua, Syn.) de la faune actuelle {Pt. nigrita, F. Sj).), ci des Carabes d'espèces perdues {Carahites diluvianus et C. cordicollis).

Nous ne parlerons point des Insectes trouvés dans les tourbières de Cornouailles, des Sables-d'Olonne et des environs de Morlaix, et dont quelques-uns ont encore leurs couleurs^ ces Insectes étant probablement identiques avec ceux de la faune actuelle, et nous terminerons en présentant les conclusions générales auxquelles sont arrivés les savants qui ont été nos guides,

M. Pictet déclare que tous les Insectes fossiles, jusqu'à ceux de l'ambre inclusivement, sont différents de ceux de la nature actuelle. Leur comparaison avec ces derniers prouve que la température de l'Europe a subi des modifications importantes, et la distribution, des genres, la dimension des espèces fossiles, ainsi que les rapports numériques des différents groupes, indiquent des climats plus chauds que ceux d'aujourd'hui.

Les changements qu'ont subis ces animaux pendant la série des périodes géologiques ne paraissent pas très-intenses, certains genres du lias se retrouvant dans la faune actuelle. Les groupes les plus anciens sont ceux dont la dispersion géographique est la plus grande. Le développement des Insectes a été influencé par celui du règne végétal, les Insectes tloricoles n'ayant fait leur apparition qu'à l'époque où les plantes dicotylédones ont pris toute leur expansion. Enfin M. Pictet trouve que l'histoire paléontologique des Insectes fournit plus d'arguments contre la loi de perfectionnement graduel des êtres qu'en faveur de cette théorie. M. Heer, se fondant sur ce fait que les Insectes à métamorphoses incomplètes ont précédé, en général, les Insectes à métamorphoses complètes, soutient une opinion diamétralement opposée. Le nombre assez restreint de documents que l'on possède sur la matière rend peut-être une telle discussion prématurée; aussi nous ne nous appesantirons pas davantage sur ce sujet, et nous nous contenterons de rappeler que quelques faits sont désormais acquis à la science, comme la prédominance des Blattes dans le lias, des Rhynchophores à Aix, le développement des Buprestes à Œningen, l'abondance de» Fourmis à Radoboj, des Termites dans l'ambre. Ce sont là des renseignements précieux pour l'histoire des conditions biologiques aux diverses époques du globe, et l'intérêt qu'ils présentent fera peut-être excuser au lecteur la longueur de cette étude.

(1) Heer, Urwell der Schiveiz.

§ VII. — DIsfpibntion géographique.

On ne peut encore établir que d'une manière fort incomplète la distribution géographique des Insectes. Il n'existe véritablement que quelques essais à cet égard pour les ordres des Coléoptères et des Lépidoptères, étudiés avec prédilection par les entomologistes. D'immenses pays sont encore totalement inexplorés. Il est certain que, d'une manière générale, les Insectes obéissent aux grandes lois de distribution continentale reconnues par le génie de Buffon pour les animaux gupérieurs. Plus les portions émergées de notre globe sont séparées par de vastes espaces océaniques, plus les créations diffèrent : ainsi, l'Australie, les pointes méridionales de l'Afrique et de l'Amérique, la double péninsule indienne, doivent offrir les plus grandes différences pour les genres et surtout pour les espèces. Au contraire, la similitude, l'identité même apparaissent à mesure qu'on se rapproche des régions septentrionales des continents, groupés en expansions divergentes autour de la calotte arctique, et permettant par des passages naturels l'exteneion d'une espèce donnée dans le sens approximatif d'une même ligne thermique. D'après la résistance au froid si considérable que nous offrent les œufs, les chrysalides, les pupes, on comprend que ce sont les lignes isothères suivant lesquelles une espèce d'Insecte a le plus de chances de se propager.

Une difficulté très-grande pour la détermination des faunes, c'est que les centres primitifs de création sont peu reconnaissables, et que les espèces se sont diffusées sous des influences diverses. Les phénomènes géologiques, comme la période de refroidissement considérable de l'ancienne extension des glaciers , ont refoulé des espèces fort loin de leur origine ; les submersions de vastes continents ont laissé isolées dans des îles ou des presqu'îles bien des espèces dont l'extension était autrefois l'apanage. Les états thermométriques actuels de la surface du globe sont loin de tout expliquer, et les compartiments de climats en lesquels Fabricius et Latreille crurent pouvoir diviser la surface de la terre ne donnent que des divisions fauniques pour la plupart artificielles. M. Lacordaire adopta avec raison d'autres bases, en faisant remarquer qu'on ne doit pas établir à priori des régions d'après tel ou tel système préconçu, mais étudier d'abord avec patience les animaux, consulter les catalogues locaux, et établir ensuite les groupes distincts tels qu'on les observe (1). C'est l'application de la méthode expérimentale à la géographie zoologique.

Nous indiquerons seulement les divisions géographiques de cet auteur relatives au continent européen, car elles nous intéressent plus que le reste du globe, et resteront certainement vraies dans leur géné-

(1) Lacordaire, Inlrod. à l'Entomologie, II, p. 602 et suiv.

182 INTRODICTION.

ralité, en raison des investigations approfondies dont celte région a été l'objet; des explorations ultérieures peuvent au contraire modifier pour d'autres pays mal connus les indications actuelles de la science.

M. Lacordaire admet d'abord une région arctique, comme à l'Europe et à l'Amérique, et embrassant toutes les contrées à l'intérieur du cercle polaire boréal; il y comprend en outre l'Islande tout entière cependant dans la zone géographique dite tempérée, et ne touchant le cercle polaire que par la pointe nord. Puis vient une région européenne bornée au nord par la précédente, à l'ouest par l'Océan , à l'est par l'Oural, au sud par une ligne à peu près parallèle à Zi6 degrés de latitude nord (Lyon, Venise, Odessa). Enfin, la faune hétérogène de l'Europe s'adjoint une région méditerranéenne qui embrasse le littoral français jusqu'à Zi5 degrés ; l'Espagne et le Portugal, l'Italie jusqu'aux Alpes; la Grèce, la Turquie d'Europe, les côles de l'Asie Mineure et le littoral africain jusqu'à 30 degrés de latitude nord environ, soit une ligne sinueuse allant du Caire au sud du Maroc.

Les limites assignées par M. Lacordaire sont, comme on le voit, peu définies pour le sud de ces régions. Ces distinctions fauniques ont été adoptées et rectifiées dans leurs détails par M. de Marseul (1) pour les Coléoptères, et pareillement par M. A. Fauvel (2), dans un mémoire où nous emprunterons ce qui se rapporte spécialement à la France. M. A. Fauvel fait remarquer avec beaucoup de raison que les divisions de géographie entomologique ont une vérification indirecte et précieuse, si l'on constate, comme cela a lieu pour l'Europe, qu'elles coïncident avec .les divisions, reconnues par les savants d'autres spécialités, pour la distribution des espèces végétales et des Mollusques terrestres. M. A. Fauvel donne plus d'extension à la région européenne, en y rattachant une zone arctique et une région dite alpestre ou des hautes montagnes, qui correspond pour l'Europe, et peut-être pour tout l'hémisplière boréal, au climat alpin où Fabricius faisait entrer toutes les hautes montagnes du globe. L'Islande se rattache à la région européenne, car le plus grand nombre de ses espèces appartiennent à l'Europe septentrionale, et quelques-unes seulement au Labrador et au Groenland. On sait que cette île, aujourd'hui de plus en plus désolée par le froid, où la population humaine décroît, jouissait autrefois d'un climat beaucoup plus doux et était couverte de forêts. 11 n'y reste plus que des Graminées, et les Lépidoptères diurnes, dont quelques espèces existaient encore au commencement du siècle, semblent y avoir disparu, comme le montre la dernière exploration de M. Staudinger.

Cette région européenne a pour hmiles, au nord et à l'ouest : l'Océan,

(1) De Marseul, Catalogue des Coléoptères d'Europe et du bassin de la Méditerranée. Paris, 1863, 2^ édif.

' (2) A. Fauvel, Faune gallo-rhénane, ou Species des Insectes qui habitent la France, etc. Caen, 1868-1869 (inaclievé}.

DISTRIBUTION GÉOUliAPHlOlili: . 183

du cap Waigatz au bassin de la Bidassoa ; au sud, les Pyrénées, les Corbières, les Cévennes, jusqu'au monl Lozère {ll'^ degrés de latit. nord); les montagnes du Gard et de la Uurance, les Alpes du Piémont, de la Valteline, du Tyrol, du Frioul, de l'Illyrie et de la Dalmatie; les Balkans jusqu'au cap Emineh ; le littoral de la mer Noire et les montagnes de la Crimée; à l'est, le bassin du fleuve Manytch, les collines du Volga, les monts qui vont de Saratow au mont Kolgan ; les monts Ourals et Poyas jusqu'au cap Waigatz. En outre, dit M. Fauvel, il faut adjoindre à cette zone le» montagnes de la région méditerranéenne pour les altitudes supérieures à 1300 ou IZiOO mètres.

Un certain nombre de sous-régions peuvent s'établir dans cette vaste étendue de territoire que les malacologistes ont appelé le centre germanique, et que caractérisent un climat variable, humide, des terres froides, des prairies et des forets. L'autre région est beaucoup plus homogène : c'est la région du bassin de la Méditerranée ou région méditerranéenne. Ses limites sortent de celles de l'Europe politique, et sont : au nord, les bornes méridionales de la région précédente; ù l'ouest, l'Océan; au sud, la chaîne des monts du Maroc, de l'Atlas, du djebel Amour et du djebel Aurès ; puis une bande littorale comprenant la région de Tripoli et la basse Egypte jusqu'au mont Sinaï; à l'est, les côtes syriennes jusqu'aux chaînes du Liban, du Taurus et de l'Anti-Taurus, allant rejoindre au nord-est la Turquie d'Asie et la Turquie d'Europe jusqu'aux rivages de la mer Noire. Quant aux montagnes limitrophes, comme les Pyrénées, leur versant nord appartient à la faune européenne, et celui du sud à la faune méditerranéenne pour les altitudes inférieures. Les touristes sont frappés de la grande différence des faunes et des flores à quelques kilomètres de distance, suivant l'orientation du versant.

Une grande ressemblance dans les productions animales et végétales caractérise ce vaste bassin, et cela tient à l'uniformité des températures et au peu d'écart des extrêmes d'avec la moyenne. Là règne une chaleur égale, animant un sol généreux, à végétation luxuriante, mais rapidement desséchée partout où manquent les eaux douces. Cela tient à l'existence centrale de ce vaste lac d'eau salée, fermé par le peu de profondeur du détroit de Gibraltar aux courants inférieurs d'eau glacée qui viennent des pôles, et dont le fond conserve toujours la température moyenne de l'hiver du pourtour. C'est, sur une petite échelle, une reproduction de ce qui eut probablement lieu pour toute la terre à de très-anciennes époques géologiques, alors que le vaste Océan, provenant de la condensation des vapeurs atmosphériques, conservait dans ses profondeurs une température élevée, et qu'un printemps perpétuel amenait des pôles à l'équateur l'analogie des faunes et des flores, comme le montrent les fossiles de la houille, aussi bien à l'île Melville et à l'île Baeren, près du Spitzberg, que dans les Andes de la Bolivie.

Il est facile de comprendre, d'après les documents de la géologie,

que la région littorale du nord de l'Afrique, désignée par les géographes sous le nom d'États barbaresques, ne se rattache pas, comme faune, au reste de l'Afrique. Le Sahara était à l'époque quaternaire, que continuent les phénomùnes actuels, une mer entourant une longue presqu'île, rattachée à l'Espagne par un isthme devenu depuis le détroit de Gibraltar, ainsi que le souvenir en est resté par la fable des colonnes d'Hercule.

Quel rôle joue la faune entoraologique particulière à la France dans cette faune hétérogène de l'Europe? La situation géographique de la France lui donne, comme à l'Europe entière , une faune mixte. Elle appartient, pour la plus grande partie, à la région européenne et devient méditerranéenne au sud-est. On rencontre en France les faunes boréale et subalpine : la première dans les Pyrénées et les Alpes; la seconde dans le Jura, les Vosges, les Cévennes et les monts d'Auvergne. Au nord, se trouvent des marais et des bois; à l'ouest, des terres froides et une zone océanique ; au centre, des plaines aux cultures très-variées, et dont les environs de Paris contiennent presque toutes les espèces. On peut désigner la faune de la France sous le nom de gallo-rhénane, et l'on remarque, à cause de la diversité des cultures, des sols géologiques et des altitudes, que cet espace, qui est à peine le dixième de toute l'Europe, présente cependant environ la moitié des espèces et les quatre cinquièmes des genres européens, pour tous les ordres d'Insectes (1). Les limites de cette faune, nettement données par la nature au nord, à l'ouest et au sud, sont formées à l'est par les Alpes et leurs prolongements du Jura, des Vosges, du Hundsrûck, du Taunus et du Harzgebirge, de manière à réunir à la France la Belgique, la Hollande, les Provinces rhénanes ei le Valais.

Si nous laissons d'abord de côté la petite zone méditerranéenne, la plus grande partie de la France fait partie d'une région rhéno-méridionale qui se subdivise en régions septentrionale, centrale et méridionale. La première, qui offre en outre une région alpestre, se compose de deux parties. L'une, comprenant les bassins de l'Ems, du Rhin inférieur, de la Lahn, de la Moselle, de la Meuse et de l'Escaut, abonde en espèces de plaines, de marais, de bruyères et de forêts, et a de grands rapports avec la faune de l'Allemagne occidentale. L'autre, qui renferme les bassins de la Somme, de la Seine, de l'Orne, de la Rance, de la Vilaine et de la Loire inférieure, contient la population entomologique la mieux connue, grâce aux explorations continuelles dont les environs de Paris ont été l'objet depuis Geoffroy, le vieil historien de leurs Insectes. Celte faune parisienne manqu d'espèces alpestres , et se retrouve, môme à une latitude élevée, en Angleterre, qui était réunie à la France jusqu'à lapins récente époque géologique, comme le montre l'identité des falaises de chaque côté du détroit. Arrêtées par la mer, et

(i) A. Fauvel, op. cit., p. 23.

SOUS l'influence d'un climat marin doux et humide, beaucoup d'espèces plus méridionales du continent ont continué à vivre dans les îles Britanniques. Nous devons faire observer que les météorologistes admettent également les deux mêmes groupements, sous les noms de climat vosgien ou du nord-est, et de climat séquanien ou du nord-ouest.

La région centrale française (climat limousin ou central), dépourvue d'espèces alpestres, ne présente qu'une faune de transition, la moins accusée de toutes, n'ayant que très-peu d'Insectes spéciaux ; elle est formée par les bassins de la Loire et de ses affluents méridionaux, de la Charente et de la Dordogne. La région méridionale française, outre ses sommités à faune alpestre, renferme deux faunes qui se rattachent aux climats rhodanien ou du sud-est, et girondin ou du sud-ouest. La première est propre aux bassins de la Saône, du Rhône supérieur, de l'Isère et de la Durance supérieure ; elle est composée de vallées resserrées entre des chaînes de montagnes, et les espèces s'irradient avec les fleuves, qui les entraînent dans leurs débordements. Après les montagnes subalpines du Jura viennent les plus hautes montagnes de la France considérée au point de vue naturel des faunes, le mont Blanc, le mont Rose, le mont Cervin et la Jungfrau ; puis l'Oisans avec la pointe des Arsines, enfin l'aiguille du Midi et les Alpes dénudées du bassin inférieur de la Durance ; à partir du mont Visoet à la limite, sont les Alpes maritimes, qui s'abaissent progressivement. Les vallées du Dauphiné et des Basses- Alpes offrent une terre promise pour l'entomologie, encore trop peu explorée. La dernière portion française, mélangée des Insectes des plaines et des montagnes, est constituée par les bassins de la Garonne et de l'Adour. La limite nord d'un groupe naturel est formée par la chaîne des pmjs d'Auvergne; puis se placent les monts Dore et le Cantal, les montagnes du Velay et du Forez, les Cévennes, à partir du mont Pilât, et offrant l'aride sommet du Lozère, c'est-à-dire la ligne circulaire de partage des eaux de l'Océan et de la Méditerranée. La barrière naturelle des Pyrénées sépare au sud cette portion de la faune française de la faune espagnole, et l'on y retrouve les grands sommets à neiges perpétuelles, le pic du Midi, le Vignemale, la Maladetta, le mont Perdu. L'exposition plus spéciale des Pyrénées et leur aridité y rendent les espèces d'Insectes moins nombreuses que dans les Alpes, à expositions variées, à croupes verdoyantes, bien plus étendues et plus boisées; mais les espèces pyrénéennes sont plus spéciales et offrent par là un très-grand intérêt aux amateurs.

Les montagnes ont toujours été pour les entomologistes les stations de chasse préférées. Leur base présente en efl'et jusqu'à environ 1300 mètres la série des Insectes des plaines peu modifiée. 11 en est tout autrement à de plus grandes hauteurs, et l'on y voit apparaître successivement, outre quelques espèces autochthones probablement antérieures à la période glaciaire, la suite des Insectes qu'on rencontre en remontant le nord de l'Europe jusqu'aux parages désolés de la zone

arctique. Il en résulte qu'un voyage de quelques kilomètres en altitude présente au touriste la succession des espèces d'Insectes et de plantes qui exigeraient de lui de longues et coûteuses explorations en latitude. La géologie a donné la clef d'une explication, non pas complète pour les détails, mais qui paraît la seule possible pour l'ensemble. A l'origine de l'époque actuelle, une série de refroidissements, non contemporains toutefois, ont couvert de glaces le nord de l'Kurope, de l'Asie et de l'Amérique jusqu'à des latitudes qui ont dû atteindre en certains points élevés le parallèle moyen. Les espèces arctiques purent alors s'étendre comme un réseau, en même temps que les espèces amies de la chaleur mouraient sur un grand nombre de points, se concentraient dans des vallées abritées, ou reculaient peu à peu vers le sud. Puis un réchaufl'ement successif amena une destruction inverse. Les altitudes seules conservèrent des espèces appropriées aux longs et rudes hivers, et cantonnées souvent dans des zones de 200 à 300 mètres. Le pourtour des neiges éternelles garda la rare et clïélivc population entomulogique des marécages glacés delà bordure arctique de l'Europe et de l'Amérique. Il faut bien remarquer, toutefois, que l'analogie thermique a seule subsisté pour ces régions d'altitudes si diverses, et que la distribution de la lumière par la proportion des jours et des nuits, si différente, n'a pas été sans influence pour amener certaines dissemblances dans les faunes et les flores, en modifiant les types primitifs, si l'on admet une irradiation de certains centres de création. iNous nous garderons d'aborder de pareilles questions, pleines d'hypothèses, très-pauvres en faits, et qui sont complètement en dehors d'une élude élémentaire.

Les naturalistes qui ont étudié la faune des montagnes sont d'accord pour diviser ce qu'on peut nommer la région alpestre (en souvenir du climat alpin de Fabricius) en deux sous-régions. L'une, dite sousalpine, commence à l'altitude moyenne de 1300 à 1400 mètres, selon que le versant est tourné au nord ou au midi, c'est-à-dire à la limite des Amentacées lesplus robustes (Bouleaux, Chênes, Hêtres, etc.), pour finir avec la zone extrême des Conifères, de 2000 à 2^00 mètres, selon les latitudes et les expositions. C'est là la partie de nos montagnes que nos jeunes amateurs devront explorer avec le plus de soin, et qui leur offrira, variant presque de 100 mètres en 100 mètres d'altitude, les plus intéressantes captures dans tous les ordres d'Insectes. Les sommités des Vosges commenceront cette zone si recherchée par les collectionneurs. Elle s'étend davantage dans le Jura, les montagnes de l'Auvergne et du Forez, les Cévennes, et prend tout son développement dans les Alpes et les Pyrénées. La sous-région supérieure ou alpine n'offre plus que des Rhododendrons, des Saules rabougris et de vastes prairies, avec des plantes basses dans les fissures des rochers. Pareille aux terres désolées qui forment la ceinture polaire, elle est très-pauvre en Insectes; mais les espèces spéciales qu'on y rencontre récompensent les amateurs de

DISTniBUTlON GÉOGRAPHIQUE. 187

la fatigue et même parfois du danger, à mesure qu'on suit pas à pas la fonte des neiges jusqu'aux hauteurs où siègent les glaces éternelles, et où rien n'interrompt le silence solennel qui accompagne la mort des créations organiques.

Ce que nous avons dit précédemment sur la région médiferranéeiuie en Europe nous dispense d'y revenir à propos de la petite zone française qui s'y rattache, et qui appartient aux bassins de l'Aude, de l'Iléraull, du Gard, de la Durance inférieure, du Rhône inférieur et du Var. Elle oll're comme montagnes, sur ses limites, les Pyrénées orientales, les Corbiéres occidentales, les Cévennes à partir du Lozère, les monts du Gard et de la Durance inférieure, les Alpes maritimes. Cette région de l'Olivier doit surtout être explorée au printemps, à cause de la sécheresse de la fin de l'été et de l'automne ; elle présente des localités privilégiées, comme Menton, Roquebrune, Hyères, etc., où l'hiver même demeure d'habitude une saison fructueuse de chasse, et les Pyrénées orientales en particulier, quoique fréquemment visitées, procurent aux amateurs le plaisir de découvertes incessantes.

La faune des îles de l'Europe mérite des indications à part et nous amène à constater certains faits curieux. Dans la plupart de ces îles, on observe les mêmes espèces que sur la partie voisine des continents, mais avec diminution du nombre des espèces, et surtout, pour certaines, du nombre des individus. Ainsi les chasseurs de Papillons sont frappés du petit nombre de Diurnes qu'on voit voler dans les îles Britanniques, ausji bien qu'en Corse et en Sardaigne, comparativement à l'intérieur des continents. La diminution analogue des Insectes est sensible sur toutes les côtes. Une observation attentive permet en outre de reconnaître que beaucoup d'espèces continentales sont all'ectéesde variations constituant de véritables races insulaires. Parfois ces variations sont si fortes, qu'on en avait fait des espèces. Ainsi M. Bcllier de la Chavignerie, un des plus récents explorateurs de la Corse, a vu que cette île contient beaucoup moins d'espèces nouvelles que ne le croyait M. Rambur; mais toutes sont plus ou moins moditiées. Pour nous borner à un seul exemple dans un Papillon des plus communs dans toute l'Europe, on a longtemps fait de la Vanessa ichnusa, Bon., une espèce distincte de la petite Tortue {V. Urticœ, Linn.), et spéciale à la Corse ; mais on y trouve quelquefois les deux points noirs supplémentaires de la V. Urtica', et M. Bellier a vu que ses chenilles, dans les régions montagneuses froides de la Corse, deviennent tout à fait semblables à celles de l'espèce continentale. Dans les îles Britanniques, beaucoup d'espèces ont une taille un peu moindre que sur le continent. Un assez grand nombre de Lépidoptères des groupes des Noctuélides et des Phalénides ont des couleurs plus foncées que sur le continent, comme enfumées, M. Brown (I) a vu que les hisectes des îles Shetland s'écartent légère-

(1) Brown, Trans. of Northern Enlomol. Soc, 1862.

ment des types correspondants de la Grande-Bretagne, mais avec. des variations bien moins accusées que celles qui distinguent entre elles les variétés anglaises et américaines. Or, la réunion de l'Ecosse aux îles Shetland devait encore exister postérieurement au début de l'époque glaciaire, tandis que la communication qui a peut-être eu lieu entre l'Amérique et l'Europe par l'Irlande et le Groenland, jadis doué d'un climat fort doux, a dû être bien antérieure à l'époque glaciaire.

On avait cru autrefois pouvoir rattacher aux faunes des côtes du sudouest de l'Europe et du nord-ouest de l'Afrique les îles Açores, Madère^ les Canaries, les îles du Cap-Vert. Les recherches plus récentes, et en dernier lieu les investigations de M. Wollaston, surtout pour les Coléoptères (1), ont fait voir que ces îles, probablement pour les Açores, certainement pour les autres, ont une faune spéciale. On ne trouve des espèces africaines en certain nombre qu'aux îles du Cap-Vert. Les espèces méditerranéennes de ces îles paraissent avoir émigré du continent, mais la plus grande partie des Insectes est aborigène. On est frappé du grand nombre de Coléoptères aptères que renferment ces îles, environ le tiers des espèces, et les partisans de la transformation des espèces disent que l'usage des ailes, fort restreint dans de petites îles, a amené leur disparition. 11 y a là une faune atlantique dépendant, à ce que pensent certains auteurs, d'une région (serait-ce l'Atlantide de Platon?) qui s'étendait au nord vers les Pyrénées, et peut-être jusqu'au sud de l'Irlande, et qui est aujourd'hui submergée en très-grande partie. 11 y avait peut-être au nord-ouest de l'Afrique un continent analogue à celui dont Madagascar offre le reste au sud-est. Les îles Canaries avaient aussi une population humaine toute particulière, les Guanches, anéantis par la cruauté fanatique des Espagnols. La géologie ne donne pas de preuve positive qui permette de rattacher Madère, les Canaries, les Açores, îles qui sont toutes volcaniques, à une même grande terre. On sait seulement que l'extrémité nord-ouest de l'Espagne, formée de terrains anciens, comme celle de la France, a été de même autrefois bien plus prolongée ; mais la mer tertiaire formait, dans l'un et l'autre pays, de grands golfes au sud-ouest, et, au début des temps quaternaires, se sont produites les grandes cassures d'aujourd'hui.

Quoique la distinction faunique de ces îles atlantiques n'ait été nettement établie que tout récemment, et soit venue contredire compléte-

(1) Wollaston, On Ihe variations of Specia, etc. Variations des Insecles sur les bords de la mer et dans les petites îles. London, 1866. — Insecta Maderensia. London, 1854. — Catalogue on Ihe Coleoplcrous hisects of Madeira. London, 1857. — On certain Coleopterous Insecls from Ihe cape of Ycrde Islands {Ann. and Mag, nat. Hist., ser. 2, 1857, t. X\, p. 503-50G). — Brief diagnostic Characters of undcscribed Madeiran Insecls {An7i. and Mag. nal. Hisl, ser. 3, 1858, t. Il, p. 196-197). — Eu outre, divers mémoires sur des familles spéciales de Coléoplères des îles Canaries.

ment l'opinion de Latreille, qui rattachait ces îles au continent africain, nous ne devons pas oublier de mentionner pour les îles Canaries une exploration française déjà ancienne (1), moins complète cependant que les investigations de M. Wollaston, et qui avait conduit les naturalistes à l'idée d'une faune mixte pour ces îles. Le nombre considérable d'espèces nouvelles trouvées pour certains groupes faisait déjà pressentir une séparation zoologique bien remarquable pour des terres géographiquemenl si voisines des côtes sénégaliennes. Ainsi, dans les Carabiques, on trouvait 18 espèces nouvelles sur 36, et des formes spéciales, des Calathes élargis, des Carabes à tubercules et côtes saillantes, etc., U Lamellicornes nouveaux, 23 Mélasomes nouveaux sur 36, avec le genre Hegeter, exclusivement propre aux Canaries et à Madère, 8 espèces nouvelles de Chrysoméliens et Coccinelliens sur 16, etc. Dans les Orthoptères s'offraient 2 Forficules nouvelles sur 5, 2 Blattes sur à, de même pour les Mantes, et 5 Acridiens nouveaux sur 13. Dans les Hyménoptères, au moins la moitié de 3à espèces de Mellifères sont nouvelles, U Vespides sur 5, la moitié des Fouisseurs sur 20 espèces; très-peu de Lépidoptères nouveaux au contraire. Enfin, les Diptères présentaient plus de ùO espèces inédites sur 100, et les espèces connues appartenant au sud de l'Europe, au Portugal, au nord de l'Afrique, plutôt que du Sénégal, région bien plus proche.

Quand on examine les catalogues des espèces de l'Europe, on reconnaît que certaines se trouvent dans toute l'étendue de ce continent, et souvent aussi dans d'autres régions de l'ancien monde; il en est qui n'appartiennent qu'à la zone méditerranéenne, d'autres au contraire au reste de l'Europe ; certaines espèces exclusivement septentrionales ou des montagnes de la région moyenne; d'autres au contraire sont seulement centrales. Enfin, un petit nombre d'espèces n'ont encore été trouvées ou qu'en Espagne, ou qu'en France, en Allemagne, aux îles Britanniques, etc. Puis il on est, en fort minime proportion, qui sont encore plus localisées, n'existent que dans une seule région restreinte, ou une île, comme l'Irlande ou la Corse, ou une seule montagne ou un unique bassin. Par quelle raison les végétaux, puis les animaux phytophages, et enfin les Carnassiers qui vivent des précédents, oiïrent-ils ainsi ces groupes sporadiques ou endémiques, ces extensions géographiques presque sans limites, ou au contraire des localisations qui, du moins dans l'état actuel de nos explorations, ne dépassent pas quelques kilomètres carrés pour certaines espèces? C'est ce que nous ne pouvons absolument exphquer. Un aveu pur et simple de notre ignorance, la nécessité proclamée de patientes et nombreuses observations, valent mieux que des séries d'hypothèses sans preuves.

Pour les autres régions que l'Europe, il nous est impossible de don-

(1) Hist. natuv. des lies Canaries, par MM. Webb et Bertlielot. Entomologie, par MM. BruUé, Lucas, Macquart. Paris, 1836-18/14.

ner autre chose que des indications éparses et restreintes. Les naturalistes russes ont fait connaître d'une manière exacte un grand nombre d'espèces de leur pays, en Europe et en Asie. On peut distinguer une région du Caucase et de la mer Caspienne, qui comprend encore un grand nombre de formes de l'Europe, mais avec des espèces nouvelles et spéciales, de nombreux Carabiques, des Ténébrioniens, Coléoptères des régions arides et des terrains salés, etc. La Sibérie, bien étudiée depuis les établissements de la Russie sur le fleuve Amour ou Shégallien, a également une faune spéciale, avec un curieux mélange des espèces d'Europe, de celles des régions froides, des régions moyennes et des régions tropicales. Cela s'explique par le climat continental ou excessif de ces contrées, à hivers rigoureux et à étés courts et brûlants, combiné avec la résistance au froid des œufs, des nymphes et des chrysalides. Un développement considérable du genre Carabus se remarque en Sibérie, et ces Insectes brillent des plus riches couleurs dans ces âpres régions, ainsi qu'au nord de la Chine. Les Lépidoptères de la Sibérie qui se trouvent dans les parties les plus froides de la Sibérie, depuis Irkoutsk jusqu'à l'embouchure du VHoui, les espèces des bords de la Lena, de l'Onon et de l'Amour supérieur, sont pour la plupart les espèces du nord de l'Europe, avec quelques espèces de l'Europe centrale et de l'Amérique du >^'ord. Les Lépidoptères des rives de l'Amour présentent un caractère européen selon les latitudes plus ou moins septentrionales de ce fleuve. On retrouve des espèces européennes aux deux extrémités de ce long fleuve; mais, à mesure qu'on se rapproche du milieu de son cours, la faune change subitement, de sorte qu'à sa partie la plus méridionale on remarque des espèces de la Chine et du Japon, comme le PapHio Xuthus, et des espèces nouvelles, à formes tout à fait tropicales, comme les P. Maackii et Raddei. On trouve là aussi des genres de l'Asie méridionale, comme le genre Adolias, et quelques types analogues à ceux de la Californie. Dans la colleclion de Lépidoptères décrite par Ménétriôs, cet auteur indique i5!i formes européennes, 30 formes de la faune spéciale à la Russie et 128 formes étrangères à l'Europe (1). 11 est intéressant de retrouver en Sibérie le Pyrameis CalUrhoe, espèce qu'on a longtemps regardée comme spéciale à Madère et o.ux Canaries, et qui se retrouve aussi dans l'Himalaya. On doit au reste faire cette remarque à propos des Lépidoptères, que ce sont les Insectes les moins caractéristiques des faunes, à cause de la puissance de leur vol et des courants gazeux qui les entraînent. Ils sont à peu près aux autres ordres des Insectes ce que les Oiseaux sont aux Mammifères. Il doit en être de même pour beau-

(1) Ménétriès, Lépidoptères de la Sibérie orientale:, et en particulier des rives de l'Amour. Saint-Pétersbourg, 1859. — Otto Bremer, Lepidopleren ost-sibij-iens dÈs Amur- Landes , Saint- Petersburg , 1804 {Mém. Acad. impér. des sciences, 7"= série, t. VIII, n° 1).

DISTRIllUTION GÉOGRAPHIQUE. 191

coup de Diptc'res ; mais cet ordre d'Insectes est trop mal connu pour qu'on puisse actuellement le faire figurer utilement dans la géographie entomologique. Les Orthoptères ailés, surtout les Acridiens à migrationS;, les Mantes, etc., et d'autre part certaines familles d'Hyménoptères, ont aussi des distributions étendues. De même les Libellules, dans les Névroptères, insectes ;\ vol puissant, se trouvent à de trèsgrandes distances. En outre, ces Insectes à larves aquatiques participent du privilège de tous les Insectes des eaux, celui de la diffusion. Cela doit tenir à l'uniformité de température des eaux douces dans la plupart des pays, et au maximum de densité de leur fond, qui conserve une foule d'espèces en hiver à l'abri de la congélation. Au contraire, les faunes nous offrent d'une manière bien plus restreinte en superficie les espèces à vol faible, comme les Grillons et Locustes dans les Orthoptères, les Hémérobes, les Raphidies, les Mantispes, les Panorpes dans les Névroptères, etc.; ce sont surtout les Coléoptères et les Hémiptères qui sont les Insectes qui donnent aux faunes locales leurs principales différences.

Le Japon, formé d'une longue série d'îles volcaniques et correspondant à une ligne de fracture de l'écorce terrestre, comprenant, avec les îles Kouriles au nord, environ 15 degrés en latitude, présente des températures irès-variées. lia été longtemps fermé aux Européens. Dans la première moitié de notre siècle, par une heureuse exception, Philippe de Siebold put y faire un long séjour, d'où résultèrent les plus intéressantes découvertes; malheureusement, l'ouvrage du savant hollandais n'est pas terminé et ne contient rien sur les Insectes. La faune entomologique du Japon est spéciale, ainsi que ses autres faunes zoologiques ; un grand nombre d'espèces sont exclusives, surtout dans les ordres sédentaires. Il y a plus de mélange pour les Lépidoptères. On y rencontre un grand nombre d'espèces européennes, mais souvent fortement modifiées, de taille et de dessin très-agrandis, comme cela a lieu pour plusieurs Argynnes et Vanesses, pour le Liparis cUspar, etc., au point de constituer des races locales constantes, d'autant d'intérêt que des espèces. Plusieurs espèces de Lépidoptères hélérocères nuisibles sont communes au Japon et à l'Europe (1) : ainsi les Liparis dispar, Lian., Liparis chrysorrhea, Linn., Bombyx Neustria, Linn., qui, sans nul doute, ravagent au Japon, comme chez nous, les arbres fruitiers et les arbres d'agrément; VAgrotis segetum, Hiibn., Ochs., qui dévaste en France les Betteraves; VHadena Brassicœ, ennemi des Crucifères des potagers; le Phm'a gamma, Linn., qui vit sur les Légumineuses fourragères ; VAglossa pinguinalis, qui doit, au Japon comme chez nous, se montrer dans les maisons, car sa chenille se nourrit des graisses animales. Des espèces

(1) î)e L'Orza, les Lépidoptères japonais à l'ExposUion internationale de 1867. Paris, 1869. — Maurice Girard, Observations sur la collection entom. du Japon à l'Exposition de 1867. {Ann. Soc. entom. de France, 1868, Bull., p. III.)

de la Sibérie, en certain nombre, se retrouvent au Japon, ainsi que certaines de la Chine et même du Bengale. C'est sans doute par importation que le Japon possède le Ver à soie, Sericaria Mon, et les races japonaises sont devenues la dernière ressource des sériciculteurs. Ce pays ofl're aussi VAttacus Cynthia vera, Drury, Guér.-Mén., du nord de l'Inde et du centre de la Chine; VAttacus Pernyi, Guér.-Mén., de la Mandchourie ; et enfin le célèbre Attacus Ya-ma-maï, Guér.-Mén., ou Ver à soie du Chêne du Japon, élevé en partie domestique, en partie sur des Chênes en plein air. Peut-être ces deux dernières espèces ne sont-elles que des races fortement modifiées de VAttactis Mylitta de l'Inde. L'étude des Insectes du Japon n'est pas seulement entreprise par de récents explorateurs européens, il y a des savants japonais qui s'occupent d'entomologie. A l'Exposition universelle de 1867, dans la section du Japon, figuraient 56 cadres d'Insectes de ce pays, de tous les ordres, piqués sur soie, et montrant pour les Lépidoptères et Névroptères un grossier essai d'étalage. On trouve dans V Encyclopédie japonaise, imprimée à Yeddo il y a près de cinq cents ans, des détails fort curieux et fort exacts sur les mœurs et les métamorphoses de plusieurs Insectes, principalement sur les Lépidoptères et sur les Libellules. Des figures sur bois, dans le genre de celles de Goedart, mais mieux exécutées, sont intercalées dans le texte, à la façon des ouvrages illustrés de nos jours.

La fcuine entomologique de la Chine est fort mal connue, tant cet immense empire est encore inexploré. C'est incontestablement là aussi un centre de création spécial, mais avec des passages, au nord à la faune sibérienne, et au sud à celle des Indes. Nous ne connaissons guère que les Insectes vendus aux Européens à Canton par les marchands du pays (1), et pareils pour la plupart cà ceux figurés sur les laques ou peints sur les papiers de Chine par les artistes indigènes. On y trouve surtout, en Coléoptères, des Sagra, des ^/io?/iate, de grandes Cétoines; des Fulgorides dans les Hémiptères ; de belles espèces du genre Papilio, la plupart indiennes, et, parmi les Bombyciens à taches alaires vitrées, le gigantesque Attacus Atlas, le plus grand Papillon connu. La Chine recèle probablement dans son intérieur, volant dans les bois où croît le Mûrier sauvage, le type, encore ignoré à l'état primitif, du Ver à soie. Une domesticité séculaire a fait perdre la trace originelle de cet utile animal, la plus belle conquête entomologique de l'homme, et devenu, suivant l'heureuse expression de M. Guérin-Méneville, comme le chien des Insectes. Peut-être ce type sauvage existe-t-il aussi dans la Perse orientale et sur les pentes de l'Himalaya, où se trouvent des Mûriers à l'état de nature.

La région élevée du Tibet a une faune particulière, mais presque inconnue, en raison de la difficulté de parcourir ce pays. On y rencontre, en Lépidoptères, quelques espèces d'Europe répandues des Alpes aux

(1) Lacordaire, Inlrod. à l'Entomologie, t .II, p. 607.

ClSiniBOTION GÉOGRAPHIQUE. 193

Karpatlies, puis au Caucase, à l'Altaï, à l'Himalaya. On trouve dans les vallées de ces montagnes, les plus hautes du globe, le Parnassius Apollo, le Papillon blanc du Chou, notre Machaon, le Limenitis Aceris de l'Europe orientale, le Cotias edusa, etc. Les deux péninsules indiquées se rattachent à un même centre de création, avec un grand nombre d'espèces séparées, selon que l'on considère les régions en deçà et au delà du Gange, ou l'Hindouslan avec l'île de Ceylan et l'Indo-Chine. L'Hindoustan a été bien exploré par les Anglais, et beaucoup plus étudié que la péninsule à l'orient du Gange. Un nombre considérable d'espèces d'Insectes, la plupart de riches couleurs, habitent la côte de Malabar;, les vallées himalayennes du Bengale et l'île de Ceylan. Dans les Coléoptères, il faut citer d'éclatants Buprestides des genres Sternocera, Chrysochroa, des Scarabées de grande taille, de beaux Panagœus (Carabiques), des Sagra (Chrysoméliens) aux couleurs métalliques, etc. Les Lépidoptères ont de belles espèces du genre Papilio, des Piérides, des Nymphalides, etc. Les espèces productrices de soie se rapportent à deux types. VAttacus Mylitta, à cocon fermé, vivant sur les Jujubiers et sur les Chênes dans les régions montagneuses. Il produit la soie tussah, et son cocon pédicule, attaché aux arbres, a été utilisé depuis les temps les plus reculés, car il a donné lieu à cette erreur des Grecs et des Romains, que la soie provenait dans la Sérique (Indes) d'un fruit ramassé au pied des arbres. Un autre groupe contient deux espèces ou plutôt deux races à cocon ouvert : VAttacus Cynthia vera, du nord de l'Hindoustan; VAttacus Arrindia, Milne Edw., des parties méridionales des Indes. Dans l'Assam se rencontre le Sericaria Huttoni, Westw., voisin du Ver à soie du Mûrier, et qui est peut-être son type d'origine.

Nous devons rattacher aux faunes asiatiques, à cause de leur passage par la faune indienne, les faunes de l'Océanie. Les géographes comprennent sous ce nom ces nombreuses îles du Pacifique parmi lesquelles l'Australie est un véritable continent. On peut dire, dune manière générale, que rOcéanie a une faune mixte, partagée en trois types : indosondaïque, australien et néo-zélandais. L'entomologie de cette vaste région est actuellement plus connue que celle de l'Amérique centrale, et surtout de l'intérieur de l'Afrique, grâce à de récents explorateurs, comme M. Verreaux, les naturalistes de l'expédition autrichienne de la Novara, M. Lorquin, le P. Montrouzier, et surtout M. R. Wallace, pour les îles de la Sonde et les Moluques. Une société entomologique fondée en Australie, à Melbourne, mettra bientôt la faune de l'Australie au niveau des faunes européennes. Un grand fait ressort dès à présent des investigations modernes. On peut dire que chaque archipel, et même chaque île un peu étendue, a sa faune spéciale au point de vue des espèces et souvent des genres. De même chaque petite île polynésienne a son perroquet et son pigeon. Les créations se sont produites postérieurement à l'émersion.de ces archipels, dont certains paraissent encore se soulever de nos jours (Timor, Taïti, etc.). L'étude des faunes s'oppose tout à fait

à l'idée qu'on aurait dans ces multitudes d'îles les restes des sommité d'un môme continent submergé : on est en présence de formations séparées.

La faune indienne, en donnant, bien entendu, à ce mot la signification d'un type très-général, et nullement celui d'une identité des genres et surtout des espèces, se prolonge jusqu'à la Nouvelle-Guinée inclusivement. Elle s'étend d'abord immédiatement au sud de Tlndo-Chine sur l'archipel sondaïque constitué par Java, prolongement de la presqu'île malaise, Bornéo, Sumatra, Célèbes, Timor, et sur les Moluque (Amboine, Céram, Gilolo, etc.), avec les Philippines au sud-est. On peu comprendre dans ce premier groupe la Micronésie, formée des archipels des Mariannes, des Carolines, de Magellan, Tile Mackensie, l'île Pelew, l'île d'Anson, etc. Les îles de la Sonde, dont Java est la mieux connue, sont le pays du globe qui, avec la vallée de l'Amazone pour des types différents, présente les plus beaux Insectes, les formes les plus diversifiées. Gela tient à la végétation luxuriante d'un climat extrêmement chaud et humide. Les Gicindélides, les Garabiques, avec le genre si étrange des Mormolyces, de Java et de la presqu'île de Malacca, les puissants Scarabées, les Gétonides métalliques, d'énormes Lucanes, de splendides Buprestes, des Batocôres, etc., constituent les magnifiques spécimens des Goléoptères. Non moins richement représentés, les Lépidoptères abondent en Papilio, en Pieris blanches et orangées, en Terias, genre formé de petites espèces à fond jaune s'étendant assez loin dans rOcéanie, en Danaïdes, en Nymphales, etc. Les Vanesses ne se trouvent que dans les grandes îles. Le genre Idœa, de Java, de Bornéo, des Moluques, arrive jusqu'à la Nouvelle-Guinée (i). Parmi les Danaïdes, la section des Euplœa, ou espèces à fond d'un noir velouté et opaque, se voit dans les îles de la Sonde, les Moluques, les Philippines, les Mariannes, le Bengale, la Ghine, Maurice, Bourbon, Madagascar, etc. Ge genre, si répandu dans les régions chaudes, est aussi très-commun dans la Polynésie, où il y a peu d'îles, même petites, qui n'en aient une ou deux espèces. Les Danais à fond noir, avec lignes longitudinales et points marginaux d'un vert bleuâtre, existent jusqu'à Yanikoro, mais bien moins abondants que les Euplœa, et les espèces à fond d'un brun fauve {l}'pe?> : Chrysippus, Archippus) ne passent pas la Nouvelle-Guinée. Les Moluques sont le centre de création des splendides Ornithoptera, genre démembré des Papilio. On trouve dans ces îles des espèces indiennes de Papilio qui se sont modifiées, par exemple en perdant les queues aux ailes inférieures. Les Insectes de Gélèbes ont une plus grande taille qu'ailleurs chez les mêmes espèces, fait analogue à- celui que nous a offert le Japon pour certaines espèces de Lépidoptères d'Eu-

' (1) D' Boisduval, Voyage de l'Astrolabe, Faune entomologique, i^" partie, Lépidoptères, 1832; Coléoptères et autres ordres, 1835. — £. Blancliard, Voyage au pôle sud et dans l'Océanie de l'Astrolabe et de la 'lélée. Insectes, t. IV. Paris,

rope. Les îles Philippines ont une faune spéciale (ce qui est au reste aussi vrai pour toutes les îles de la Sonde et des Moluques, qui ont chacune beaucoup d'espèces propres), et, dans quelques Insectes recueillis aux environs de Manille par M. Cuming, M. Westwood a reconnu beaucoup d'espèces nouvelles, et a dû créer les genres Scelodonta (Coléoptères, Chrysoméliens) et Hymenotes (Locustiens, Orthoptères) (1).

Les îles au sud des précédentes commencent à offrir, avec les espèces du type indien qui prédomine, un mélange du type australien : nous voulons parler de la Nouvelle-Guinée avec la presqu ile des Papous, de la Nouvelle-Bretagne, de la Nouvelle-Irlande, des îles Salomon, des Nouvelles-Hébrides, des îles d'Arou, de Woodlark, etc., groupe constituant la Mélanésie, parce qu'il est habité par la race noire australienne. La Nouvelle-Guinée est des plus riches en Lépidoptères du genre Papilio, et offre le curieux genre Cucytia (Boisd.), voisin des Zygénides et volant en plein jour dans les bois. Parmi les Coléoptères, on cite, comme caractéristiques de cette faune, dans les carnassiers, les genres Therates, Tricondyla. Des types très-curieux d'Orthoptères se rencontrent aussi dans cette île torride, au séjour redouté des navigateurs, aux forêts pestilentielles, aux populations farouches : ainsi le genre Eurycantha (Boisd.) ou Karabidion, constitué par d'énormes Orthoptères coureurs bruns, aptères, le plus souvent hérissés d'épines d'un contact redoutable, et le genre Hyperhomala, des sauteurs, voisin des Locustes.

Les îles les plus rapprochées de la Nouvelle-Guinée partagent tout à fait sa faune. Ainsi l'archipel des îles d'Arou (2), qui possède comme elle les Oiseaux de paradis et les Casoars noirs, offre dans ses forets, qui rappellent celles de l'Amazone, les Insectes de la Papouasie, les Tricondyla, Therates, des Cétonides du plus bel éclat des genres Lomaptera (genre indo-sondaïque) et Schizorhina, des Buprestes métalliques, des Curcuîioniens orthocères et gonatocères, des Cérambyciens, comme les Batocera, genre indien et sondaïque qui se trouve aussi aux Nouvelles- Hébrides et à l'île Woodlark. Seulement, si les Insectes sont nombreux en individus, il y a bien moins d'espèces qu'à la Nouvelle-Guinée ; ainsi les Cicindèles manquent. Dans les Lépidoptères, on trouve des Cocyties, rOrnithoptère Priam, le Papilio Ulysses, des Lycénides et Érycinides, etc. L'île Woodlark ou Moion, si bien étudiée par le P. Montrouzier (3) pendant les cinq années de sa mission apostolique, nous donnera une idée nette du caractère des faunes de l'Océanie, où chaque île

(1) Westwood, Characlers of new Insecls from Manilla {Proceed. Zool. Soc. of Lond., 1837, t. V, p. 127-130).

(2) Walîace, LeUer from Arou islands {Lepid. and Coleopt.) ; from Balçhian (Moluques) [Trans. Soc. Entom. Lond., ser. 2, 1858, t. IV, proceed. 91-93 ; t. V, 1859, proceed. (il, 66, 67, 70, 71.— roj/ar/e dans rAsie orientale: Coléopl. nouveaux ou rares, publiés par J. Ttiompson. Paris, 1858.

(3) P. Montrouzier, Faune de Vile Woodlark {Ami. Soc. agric. de Lyon, 1855 2« sér., t. VII, p. 1-11/i, et 1856, t. VIII, p. 393-411).

196 INTftODUCTION.

a réellement sa population propre, avec le caractère général de la faune des grandes terres voisines. C'est une île basse, peu fertile, d vingt à trente lieues de long sur trois à quatre de large, située enlr la Nouvelle-Guinée et la Nouvelle-Bretagne. Elle n'a presque pas d'Insectes de cadavres, vu l'absence à peu près complète de Mammifères. En Coléoptères, outre les Tricondyla et Therates, existent des espèces nouvelles et môme des genres nouveaux de Lamellicornes, Serricornes, Rhynchophores et Longicornes. Les Orthoptères ont une Mante, une Bactérie, des Phasmiens, trois espèces des étranges Eurycanthes aptères, dont les membres amputés repoussent et que mangent les naturels en les comparant à des Écrevisses, et V Hyper omala virescens. Les Lépidoptères sont richement représentés par les Ornithoptera, Papilio, Pieris, Euplœa, Terias, Vanessa, Nymphalis, Limenitis, et, dans les Hétérocères, par les Glaucopis, Lithosia, Aganais, Urania, Erebus. En Hémiptères, 17 à 18 Pentatomes, la plupart nouveaux. Les Hémiptères sont très-nombreux dans la Mélanésie. Nous avons tenu à donner l'exemple de la petite île Woodlark, pour honorer le courageux missionnaire notre compatriote, et aussi pour faire comprendre l'impossibilité où nous sommes, vu les limites de cet ouvrage, de rendre compte d'une manière aussi complète des faunes des îles océaniques, si diversitiées de l'une à l'autre.

Les mêmes types, avec beaucoup d'espèces spéciales et distinctes, ee représentent dans les autres archipels mélanésiens. Dumont-d'Urville remarquait que les Insectes de la Nouvelle-Irlande étaient tout différents de ceux des îles de la Société , bien que les plantes soient en général les mômes.

Un autre type entomologique général apparaît dans le continent australien que les Anglais, au commencement du siècle, appelaient, au dire de Péron, le continent sans pareil, tant les créations animales y diffèrent de celles d'Europe. Cependant nous devons reconnaître que les Insectes n'offrent pas des types aussi profondément modifiés que les Oiseaux, et surtout les Mammifères didelphes ou monotrèmes. Dans les nombreux Coléoptères australiens connus aujourd'hui, on trouve peu de Carabiques et de Brachélytres, en raison de la rareté originelle des Mammifères ; le genre Pamborus y remplace des Carabes et les Calosomes. Les Buprestides sont nombreux en Australie, ainsi le beau genre Rhipicera. Le nombre d'Insectes s'accroît beaucoup dans les Phytophages. Les Scarabéiens y présentent les genres spéciaux Diphucephala, Anoplognathus, Phyllotocus et Xylonichus, ces deux derniers aussi de la Tasmanie, qu'on ne peut séparer de l'Australie au point de vue général. Les Lucanides ont les genres Rhyssonotus et Lamprima, ce dernier aussi tasmanien. Des Mélolonthides d'un riche éclat métallique, les Calonota bu Pyronota, sont communs à, l'Australie et à la Nouvelle-Zélande. Les Lamellicornes coprophages des fumiers et des bouses sont seuls peu abondants ; àe$ Aphodius, communs en Europe, ont été introduits avec

les terreaux umcs des végétaux européens importés en Australie. Les Curculioniens sont pareillement abondants en Australie, et avec de nombreux genres exclusifs. Dans les Longicornes manquent les grands Prioniens et Lamiaires ; on y remarque le genre spécial Tragocerus. Le genre Phyllocharis est également exclusif pour les Chrysoméliens, qui sont aussi richement représentés à tilre de Phytophages. Les Orthoptères de l'Australie et de la Tasmanie offrent beaucoup de Phasmiens bizarres, ailés ou aptères : ainsi des genres Cyjjhocrana, Platycrana, etc., où l'on voit des femelles atteindre 30 centimètres de longueur; le genre Prochiius, de l'île aux Kangurous et des côtes arides de l'Australie occidentale, intermédiaire entre les Phasmes et les Locustes; les Eurycanthes, forme mélanésienne, sur la côte orientale, etc. Les Lépidoptères de l'Australie ont des formes moins éclatantes que dans la faune indo-sondaïque. Les Papilio se trouvent surtout sur la côte septentrionale, la plus chaude, de l'Australie. On trouve en Australie des Piérides, mais pas de vraies Coliades, ni de Danaïdes ; on y rencontre les Nymphalides et Vanesses, des Lycénides et des Hespéries, des Satyres rappelant les formes européennes. Parmi les Hétérocères, le genre Agarista, le genre spécial Hecatesia, les Achéronties, de grands Bombyciens d'un type propre, sans taches vitrées, des Cossus et des Hépiales ; le genre Chryptophasa, se rapprochant des Cossus par les chenilles et des Lithosia par les adultes ; des Lithosia vivant de lichens comme chez nous, etc. Les explorations les plus récentes ont démontré en Australie (1) l'existence des Zeuzères, des Phalénides, et enfin de Microlépidoptères ressemblant beaucoup à ceux de nos contrées et ayant les mêmes mœurs; des Tortrix, Tinea, OEcophora, ce dernier genre très-nombreux en espèces et dont les larves criblent de leurs trous les stipes des Eucalyptus; des Adela étalant au soleil leurs riches couleurs métalliques, des Pterophorus aux ailes divisées, etc. Les Hémiptères de l'Australie ont beaucoup d'espèces d'un type particulier à ce continent.

A l'est de l'Australie et commençant le groupe de la Polynésie, nous trouvons la Nouvelle-Calédonie, possession française récente. Cette grande île a une faune mixte comme genres entre la faune inHienne (ainsi des Mantes, les Terias dans les Lépidoptères, etc.) et surtout australienne, avec beaucoup d'espèces nouvelles et particulières Les Cicindélides nous y offrent un genre caractéristique Caledonica (Chaudoir), ayant aussi une espèce aux Nouvelles-Hébrides ; les genres Dro?/»'dea et Rhinochila dans les Carabiques; des genres nouveaux dans les Coléoptères aquatiques hydroporides et hydrophilides, dans les Pédinites, etc. Les espèces nouvelles des Coléoptères n'ont guère été recueillies qu'aux environs de Balade, à cause de l'hostilité des nègres anthropophages de la Nouvelle-Calédonie, rameau humain pareil à la race

(1) Edw. Newmann, Characlers of a few Auslralian Lepidoptera {Tran$ Soc, Entcm. London, new-series, •185I1-1856, t. III, p. 281).

étudiée à la Tasmanie par Labillardière et Péron et détruite aujourd'hui. Des Hémiptères abondants ont aussi fourni beaucoup d'espèces inédites et déterminé la création de deux genres nouveaux, Ocj/pus dans les Capsites (Hétéroptères) et Carchariacephalus dans les Homoptères (1). Les petites îles des Pins, Art et Lifu, voisines de la Nouvelle-Calédonie, ont une faune analogue, mais moins riche en espèces.

Les archipels de la Polynésie ont beaucoup moins d'hisectes que les terres précédentes, et ils se rattachent aussi comme types à la faune de l'Australie et à la faune indo-sondaïque, à cette dernière surtout pour les Névroptères, Hyménoptères et Diptères, avec des espèces distinctes d'un archipel à l'autre. On sait que cette région, située à l'est des îles précédentes, comprend au nord de l'équateur les îles Sandwich, et au sud l'archipel Viti, l'archipel d'Hamoa, l'archipel Tonga ou des Amis, l'archipel de Cook, l'archipel ïaïtiou des îles de la Société, les Pomotou ou îles Basses ; plus à l'est, les archipels des Marquises et des îles Gambier, et enfin tout à l'Orient, et perdue dans l'immensité du Pacifique, l'île Waïliou ou de Pâques. L'occupation française dans plusieurs de ces îles a eu pour résultat quelques documents entomologiques, encore bien incomplets, sur certains de ces archipels. Selon M. L. Fairmaire (2), les Coléoptères de Taïti et des îles Marquises ressemblent peu aux espèces tropicales ; quoique vivant sous un ciel ardent, au milieu d'une végétation luxuriante et toujours active, leurs couleurs sont tristes, leur taille médiocre ou petite. Un Buprestide d'un vert doré et d'assez grande taille [Chrysodema Tayanti), pris auxMarquises, représente presque seul sa tribu, si nombreuse à la Nouvelle-Guinée et à la Nouvelle-Hollande. Les Chrysoméliens sont réduits à deux ou trois chétives espèces. A Taïti, qui offre des montagnes élevées et de nombreux cours d'eau, les espèces sont plus variées ; on y trouve des Carabiques, des Brachélytres. Aux îles Sandwich, essentiellement volcaniques et présentant à Hawaï le plus grand volcan actif delà terre, les Coléoptères sont à peu près les mêmes qu'à Taïti, mais en très-petite quantité. Ces deux archipels sont sensiblement équidistants de l'équateur, le premier au nord, l'autre au sud. A Tonga-Tabou, terre plaie, sablonneuse, où l'eau est rare, les Carabiques et les Staphylins disparaissent, par compensation, les Hétéromères sont plus nombreux et quelques genres indiquent l'approche ùe la Mélanésie et de l'Asie. De même pour les îles Wallis, dont lesproductions sont presque identiques avec celles de Tonga. Dans cette partie de la Polynésie on commence à retrouver des Coléoptères à couleurs métalliques, des types génériques inconnus à la partie orientale, comme les Amarygmus, Otisthœna, Mallodon, etc., mais les faunes des deux zones ont bien des points communs. On peut dire que

(1) P. Montrouzier, Essai sur la faune entomologique de la Nouvelle-Calédonie {Ann. Soc. entom. de France, 18G0, p. 229-308, et 1861, p. 59-74).

(2) L. Fairmaire, Coléoplères de la Polynésie {Revue et Mag. de zooL, 1849, p. 277, 352, 410, 445, 504, 540, et 1850, p. 50, 115, 181).

la Polynésie aune faune indécise entre celles des grandes terres voisines; outre des espèces nouvelles, il en est qui se sont conservées identiques ou modifiées en races locales. Les îles polynésiennes ont reçu par les vaisseaux les Coléoptères cosmopolites, et l'on y trouve en outre, mais en petit nombre, par des coïncidences inexpliquées, des espèces identiques avec celles de l'Amérique, de Manille, de l'Australie, des Indes orientales et de la Nouvelle-Zélande, mais très-peu de ce dernier pays, bien isolé du reste du monde par sa faune.

Les Lépidoptères de Taïti sont peu nombreux. Dumont-d'Urville rapporte qu'il n'en vit voler qu'une dizaine d'espèces, dont trois Nymphalides, famille répandue dans les plus petites îles môme de la Polynésie. Deux Sphinx y sont sans doute deux races locales de notre MacroglosseStellatarum- et du Sphinx Convolvuli. On sait combien s'étend la distribution de ces puissants voiliers. Il y a aussi à Taïti quelques espèces nouvelles des autres ordres d'Insectes.

Un certain intérêt de curiosité s'attache à la Nouvelle-Zélande, qui est la grande terre la plus rapprochée de nos antipodes. Beaucoup d'auteurs regardent laNouvelle-Zélande comme une des parties de notre globe le plus anciennement émergées, et rappelant le mieux par sa population animale et végétale les formes des premiers ;1ges de la terre. Cette région se compose de deux grandes îles, celle du Nord, ou Ika-a-Mawi des naturels, celle du Milieu, ou Teioaipoenamu ; puis une plus petite, l'île Stewart, et quelques îlots sur les côtes. C'est un pays volcanique, ayant encore des volcans en activité et qui se soulève actuellement d'une manière continue. Une chaîne de montagnes s'étend du nord au sud dans l'île du Milieu, avec des pics aigus de plus de ZiOOO mètres d'altitude, entourés de neiges perpétuelles. Elle se prolonge dans l'île du Nord, mais avec moins de hauteur. Le climat est froid en hiver dans le sud, et des glaciers y rayonnent des montagnes jusque dans la mer. L'île du Nord a un été long et sec, dont la chaleur est tempérée par de continuelles brises; le printemps et l'automne très-doux; un hiver très-pluvieux, mais dont la température la plus basse est celle des mois d'avril ou d'octobre sur les rivages du nord de la France (1). On comprend que les excellentes conditions climatériques de cette île expliquent le rapide développement de la colonie anglaise qui s'y est fixée. Nos végétaux d'Europe s'y développent avec une facilité prodigieuse : des champs de céréales et de fourrages entourant les fermes remplacent déjà sur bien des points les végétaux indigènes ; les Vers à soie et les Mûriers y prospèrent. Aussi les Vertébrés anciens ont déjà presque disparu de l'île du Nord, et l'on ne peut les retrouver un peu abondants que dans le centre inhabité de l'île du Milieu. La destruction des végétaux peu utiles à l'homme qu'offrait le sol delà Nouvelle-Zélande s'effectue avec célérité

(1) H. Jouan, Essai sur la faune de la Nouvelle-Zélande (Mém. de la Soc. impér, des se. natur. de Cherbourg, XIV, de la 2<^ série IV, 1869, p. 215).

et amènera la mort de la plupart des Insectes; l'étude de la faune de ces îles est par conséquent fort importante. Ébauchée en ce moment, elle sera certainement complétée avant peu parles hommes instruits que la colonisation y amène.

Il est probable que la Nouvelle-Zélande n'avait pas de Mammifères à l'origine : l'immigration humaine, qui paraît dater du xv siècle et venir des îles polynésiennes, a sans doute introduit avec elle le Chien et un petit Rat; quant à deux espèces de Chauves-Souris, ces animaux volants peuvent avoir été amenés du nord par les courants atmosphériques. Le fait si curieux de l'absence de tout Didelphe dans cette terre, dont l'Australie et l'Amérique du Sud, possédant toutes deux des Marsupiaux, sont les régions les plus voisines, doit nous préparera une faune toute spéciale pour le reste des animaux. Qui n'a entendu citer les Dinornis et les Aptéryx, ou les oiseaux les plus aptères que l'on connaisse, et la singulière famille des Strigops ou Perroquets nocturnes ? La faune actuelle doit être un reste d'une faune plus abondante, car la température de la Nouvelle-Zélande s'est abaissée, et des espèces animales et végétales ont déjà subi autrefois le sort auquel la présence des Européens sur une terre de médiocre étendue condamne forcément les espèces qui restent encore de nos jours, y compris les Maoris, anthropophages refoulés par les colons.

La végétation de la Nouvelle-Zélande est peu variée (1). Elle abonde surtout en Fougères; beaucoup de végétaux ont des feuillages grêles, à teintes grisâtres. Il y a peu de fleurs ; le célèbre Phormium tenax croît naturellement dans les lieux marécageux. Cette flore pseudoprimitive doit nous préparer à une faune entomologique pauvre. Comme les végétaux néo-zélandais ont des analogies avec la flore magellanique, c'est-à-dire du sud du Chili, de la Patagonie et de la Terre de Feu, il faudra examiner dans l'avenir si les Insectes offrent les mômes relations ; mais l'exploration entomologique de la pointe S. et surtout S. 0. de l'Amérique est encore à faire.

Les Coléoptères sont peu nombreux. Les Cicindélides, les Carabides, les Charançons et les Longicornes sont très-caractéristiques et diffèrent des australiens des mêmes groupes ; presque tous les genres sont autres que ceux d'Europe.

On peut citer comme genres spéciaux à la Nouvelle-Zélande les genres Demetrida et Molopsida dans les Carabiques, Atopida des Cébrionides, Dendroblax des Lucanides, Zolodinus des Ténébrioniens, Pselophax des Curculioniens, etc. Les Cétonides, les Buprestides et les Chrysomélides, si abondants à la Nouvelle-Hollande, manquent au contraire ou sont très-pauvrement représentés à la Nouvelle-Zélande (2). Parmi

(1) Raoul, Choix de plantes de la Nouvelle-Zélande. Paris, 1846.

(2) A. White, Notes toivards a statistical account of the Fauna of Neio-Zealand and the Auckland islands, so fas as regards Annu'ose Animais {Proceed. Linn.

les Orthoptères se rencontrent des formes qui rappellent l'Australie : ainsi, un genre aptère dans les deux sexes, de grande taille, Deinacrida, voisin des Gryllons, des Phasmiens aptères, des Mantes et des Locustes. 11 y a une Forficule et des Blattes, ces dernières importées. Les Névroptères présentent une Panorpe, deux Libellules, un Agrion.

Dans ces Libellules se trouve le genre Petalura, commun à la Nouvelle- Zélande et à l'Australie, et offrant ce fait curieux qu'il se rapproche beaucoup de l'/EirAna liasina, Strickl., du lias de Stonesfield. Dans les Hyménoptères, on a rencontré quelques espèces de Fourmis peu communes. Il y a très-peu de Papillons et pas de Papillons blancs. Il est rare qu'on voie voler des Lépidoptères. Nous citerons deux Vanessides : l'un du type du Vulcain {Pyrameis gonerilla) ; l'autre qui est ce Papillon tout à fait cosmopolite, la Belle-Dame, espèce qui offre de temps à autre des migrations. C'est l'espèce spéciale, ou race antarctica de l'Australie, qu'on a trouvée à la Nouvelle-Zélande; du moins c'est très-probable. Citons un Polyommate, deux Hépiales et deux Sphinx, l'un très-commun, notre Sphinx ConvolvuU, dont la grosse chenille vit sur les feuilles de la Patate douce, et est très-souvent attaquée, quand elle entre en terre pour se chrysalider, par un cryptogame, le Sphœria Robertsia, végétal de genre bizarre, ayant le corps de la chenille pour racine et que mangent les naturels : on le dit d'un goût de noisette. Il y a quelques Hémiptères hétéroptères et des Cicadaires. Parmi les Diptères, encore à peine connus comme dans toutes les îles de l'Océanie, il faut signaler des Moustiques ou Culicides, qui paraissent avoir été importés par les navigateurs, comme à Taïli et aux Marquises, ainsi que le Musca domestica. Plusieurs mouches à viande, ou Calliphora, sont indigènes. De même les Mouches de sable, petits Diptères noirs piquant l'homme et faisant naître des pustules. C'est un fléau de l'été, indiqué autrefois par Cook, et rendant insupportable le séjour de certaines baies.

Au sud de la Nouvelle-Zélande se trouve l'archipel des îles Auckland, couvertes de glaces une partie de l'année : la faune est différente et spéciale. Comme le dit M. E. Blanchard (1), les Insectes des îles Auckland représentent, dans l'hémisphère austral, les Insectes du nord de l'Europe, ceux de la Nouvelle-Zélande étant en général analogues aux Insectes d'une région européenne plus méridionale. Les Carabiques des îles Auckland ont nécessité la création de deux genres IJeterodactylus et Pristancylus, voisins des Sphodrus et Pristonychus ; la môme famille offre à nos antipodes nos genres Calathus, Argutor, etc. On trouve en outre des Élatériens, des Hélopiens, un genre spécial de Curculioniens, les Oclandius, etc.

Pour terminer l'étude de l'ancien monde, il nous reste à examiner

Soc. Lond., 183-81848, 1, p. 306).— W. Stephenson, Remarks on the Entomology of New-Zealand {Trans. Soc. Entom. London, 1847, t. IV, p. 262-267). (1) E. Blanchard, Voyage au pôle sud, loc. cit., p. 22.

le continent africain, la moins connue des régions du globe au point de vue des faunes. On n'a de renseignements un peu détaillés, outre la ceinture méditerranéenne se rattachant à l'une des faunes de l'Europe, que pour l'extrémité australe. Quant au reste, ce sont les côtes qui ont été visitées; en outre, quelques explorations dans le nord-est, au Dongolah, au Sennaar, dont la faune se rattache en partie à celle de l'Arabie. Le sud de l'Egypte (le delta du Nil appartient à la faune delà Méditerranée) est une région sèche, mal pourvue de Lépidoptères et d'Insectes phytophages, et où dominent en Coléoptères les Graphiptères, les Anthies, de brillants Gymnopleures, des Môlasomes amis des sables arides, etc. La Nubie et l'Abyssinie, qui ont une région centrale élevée et riche en cours d'eau, ont des productions plus variées. Les Lépidoptères sont bien plus nombreux, surtout les Pieris, Anthocharis, Argtjimis, Meiitœa, Ltjcœna, etc., constituant une faune réellement mixte, puisqu'on y retrouve un assez grand nombre d'espèces d'Europe.

A l'extrémité occidentale opposée, le Sénégal présente un ensemble spécial de créations entomologiques, dont on commence à trouver des spécimens au sud de nos possessions algériennes. Les Coléoptères sont très-nombreux dans cette faune. Comme toujours, les Lépidoptères s'étendent fort loin : ainsi ceux du Dongolah sont en grande partie les mêmes qu'au Sénégal, qui en est très-éloigné. Le Gabon, qui nous présente un certain intérêt en raison de nos établissements, a une faune mixte entre celle du Sénégal et des pays circonvoisins (1), offrant, bien entendu, certaines espèces particulières, mais avec un ensemble fort analogue au Sénégal. Parmi les Coléoptères, deux genres sont spéciaux aux régions chaudes de l'Afrique, les GoliathSj offrant les plus gros Insectes connus, et les Cératorrhines, tous deux du groupe des Cétonides : le Gabon est une de leurs localités. Nous y mentionnerons encore VApis fasciata, ou Abeille égyptienne, répandue dans toute l'Afrique, et un gigantesque Bombycien à taches vitrées, qui ne le cède en grandeur qu'àïAtlacus Atlas de la Chine. Cette côte occidentale de l'Afrique tropicale possède une foule de riches Papillons des genres Papilio, Danais, Acrœa, etc., les Charaxes parmi les Nymphalides, etc.

L'Afrique australe, comprenant la colonie du Cap, la Cafrerie et l'établissement de Port-Natal, est une région bien caractérisée en végétaux, et par suite en Insectes. Les Diosmées, les Protéacées, les Conifères, et surtout les Éricacées, dominent. Les émanations odorantes des fleurs annoncent déjà en mer, près des côtes, une terre privilégiée. Les déserts alternent avec les vallées boisées. Sur les sables courent les agiles et cruelles Manticores ; d'autres Cicindélides, également spéciaux, forment les genres Platychile et Dromica. Les Carabiques nous offrent les genres

(1) J. Thompson, Archives entomologiques, II. Paris, 1858. — Voyage.au Gabon, histoire naturelle des Insectes et Arachnides, par divers collaborateurs.

cafres Hystrichopus et Coptoptera; les Scarabéiens, les genres Lepithrix, Anisonyx, Monocheîus, ce dernier avec de très-nombreuses espèces, etc. Les environs de Natal sont la patrie principale des Paussiens, aux antennes renflées, de formes si bizarres, et aussi d'espèces variées de Termites (Névroptères), souvent associés à ces singuliers Coléoptères, Le Cap possède en propre les Pneumorcs (Orthoptères, Acridiens), à abdomen des mâles vésicnleux et sonore sous le frottement des cuisses postérieures. Les Lépidoptères ne sont pas très-nombreux dans l'Afrique australe. Outre les familles européennes, on y trouve des Danaïdes, des Eurytélides, des Acrœa. La partie sud-est paraît bien plus riche en Lépidoptères que le reste de la contrée, surtout le pays de Natal, oii abondent des formes particulières aux régions tropicales (1). Un fait trèscurieux relatif à ces espèces de Natal, par 30 degrés lat. S., c'est que beaucoup sont identiques avec les Insectes de Sierra-Leone, à 8" 30' lat. N., et à plus de 2500 lieues de distance : la Guinée, le Sénégal, le pays des Ashantis, c'est-à-dire" toute la côte occidentale d'Afrique, ont des Lépidoptères pareils k ceux de Natal, de Zanzibar, du Mozambique. Cette dernière région a natui-ellement d'assez nombreux Insectes communs avec la côte occidentale de Madagascar, fait très-explicable pour les espèces ailées et que les vents doivent transporter entre des rivages peu éloignés.

La grande île de Madagascar, qui nous est surtout connue dans sa région orientale, a une faune entomologique propre, comprenant en outre certaines espèces communes avec l'Afrique, comme nous l'avons dit. C'est une des régions les plus riches qui existent en [nsectes, avec nombre d'espèces et de genres spéciaux, surtout dans les ordres des faibles voiliers, il faut citer, dans les Coléoptères, en genres spéciaux, les Vogonostoma (Cicindélides); dans les Scarabéiens, les He.xodon (aussi de Maurice) ; des Bupresiiens à élylres Irès-larges, d'un aspect inconnu ailleurs, formant le genre Pohjbotlirisà. très-nombreuses espèces, toutes exclusives à Madagascar, etc. Cette grande île n'est pas moins bien douée en Lépidoptères qu'en Coléoptères ; ses forêts chaudes et humides sont habitées par des Papillons aux ailes splendides. Les genres tropicaux prédominent, comme les Papilio, dont les chenilles vivent surtout sur les Orangers; les Danais et Euplœa sur les Nerium, les Asclepias et autres Apocynées; les Acrœa, les Cyrestis, les Xanthidia,le?, Urania. Ce dernier genre présente à Madagascar le plus beau Lépidoptère connu, VUrania Rhipheus, aux ailes dentelées, variées de vert, de pourpre et d'or. Rien de plus anormal que ce genre, dont les adultes ont les antennes filiformes des Nocturnes avec les couleurs métalliques des Hhopalocères diurnes, et dont les chenilles demi-arpenteuses ont des épines, comme celles des Nymphalides, et des tentacules rétractiles,

(1) Roland Trimen, Rhopalocera Africœ auslraîis. Cape-town, 1842, 2 vol. in -8°.

ainsi que chez les Papîlîo (1). Les Lépidoptères madécasses sont d'un type tout différent de ceux du Cap, et ressemblent au contraire à ceux, trùs-éloignés, du Sénégal et de Sierra-Leone ; il y a même des espèces identiques.

En regard des côtes orientales de l'Afrique se trouvent les îles Maurice et Bourbon ou de la Réunion (anciennes îles Mascareignes), qui nous intéressent à titre de possessions européennes. Selon la loi générale, ces îles restreintes sont bien plus pauvres en Insectes que les grandes terres. Ce sont des îles volcaniques, probablement d'émersion assez récente, et ayant peu de cours d'eau. A la Réunion, les déboisements des hauteurs ont produit le résultat ordinaire : la terre végétale est ravinée, et les plantes diminuent en nombre, ce qui amènera la perte de beaucoup d'Insectes. A part quelques espèces madécasses importées par les vents ou par l'homme, le type général de la faune est indo-sondaïque, et fuit prévoir les formes qu'on retrouve à l'orient de ces îles, au Malabar, au Bengale, à Ceylan, à Java, etc. 11 y a des espèces exclusives et même propres à une seule des deux îles. Le même fait s'est produit dans d'autres embranchements : ainsi pour leDronte de l'île Maurice et le Solitaire de l'île Rodrigue, ces grands oiseaux détruits aujourd'hui (2). Les Lépidoptères sont peu nombreux; il n'y a ni Pieris, ni Colias, ni Acrœa. Chaque île possède un seul Papilio, d'espèce spéciale de l'une à l'autre, vivant sur l'Oranger ou le Citronnier. On trouve dans les forêts des Nymphalides, mais manquant des genres africains Cyrestîs, Lexias, Harma, Euryphene. Dans les défrichés, près des habitations, vivent quelques espèces des genres Callidryas, Terias, Euplœa, Danais et quelques Satyrides, Lycénides et Hespérides. Les Sphingides, grands voiliers, sont les mêmes qu'à Madagascar; il n'y a ni Syntomis, ni Glaucopis, et pas de Bombycides proprement dits. On trouve quelques Euchélides et Lithosides, un peu plus de Noctuelles, quelques Phalénides. Les Deltoïdes sont abondants. D'après M. Gucnée, le type des Lépidoptères est à la fois indien et américain, et il y a une ressemblance marquée pour le tiers des espèces avec les formes européennes, et même des espèces tout à fait identiques, comme Pyrameis Cardui et Sphinx Convolvuli (espèces très-répandues), Lycœna bœtica et telicanus, les Sphinx Atropos, Celerio, Nerii, etc. Les Coléoptères ont offert quelques espèces inédites, et M. Signoret a créé quelques genres nouveaux pour des Hémiptères de la Réunion. Nous citerons enfin, dans le voisinage des îles Mascareignes , les îles Seychelles pour une curieuse espèce de Phasmiens (Orthoptères) du genre Phyllium, qui leur est propre, que les habitants s'amusent à nourrir en captivité dans de petites cages.

(1) Boisduval, Faune entomologique de Madagascar, Bourbon et Maurice, Lèfidopt. Paris, 1833,

(2) L. Maillard, NoUs sur l'île de la Réunion, Entomologie, II, par divers collaborateurs. Paris, 1863.

DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE. ÎÎ05

Le continent du nouveau monde est un centre de plusieurs créations entomologiques. La partie boréale a des espèces communes avec le nord de l'Europe, comme cela a lieu pour tous les animaux et les végétaux, en raison de la communication arctique et d'un climat plus chaud, antérieurement aux périodes multiples de l'invasion glaciaire. Puis les espèces communes s'éteignent peu à peu, à mesure qu'on descend vers le sud, ou se modifient et deviennent des races constantes, comme cela est arrivé pour les papillons Morio et Vulcain. Une remarque importante domine toute l'entomologie américaine. On sait qu'un axe montagneux, suivant très-sensiblement deux grands cercles de la sphère terrestre, les Andes, puis les montagnes Rocheuses, partage l'immense continent en deux versants. Du côté de l'Europe, se trouvent des côtes plates, de vastes plaines, des températures excessives, très-basses en hiver dans le nord des États-Unis, torrides en été, toujours élevées entre les tropiques. Là se trouvent les formes entomologiques les plus variées et les plus distinctes de celles de l'ancien monde. L'autre versant est au contraire élevé, et d'une manière brusque, dans la partie comprise du Mexique au Chili, qui correspond à une ligne de fracture terrestre ; les formes entomologiques rappellent davantage celles de l'Europe, car la température a diminué en raison de l'altitude. En outre, un courant d'eau chaude, analogue à celui qui réchauffe les côtes septentrionales de l'Europe, prolonge vers le N. 0. de l'Amérique les isothermes tempérés.

Si nous examinons d'abord le versant oriental, de beaucoup le plus étendu, nous trouvons que le Canada et la Nouvelle-Ecosse comprennent un très-grand nombre de formes génériques pareilles à celles de l'Europe boréale et moyenne, et même certaines espèces tout à fait identiques. La faune est cependant bien distincte dans son ensemble pour les espèces, comme cela a lieu dans tous les embranchements. Il y a des types tout à fait étrangers à l'Europe. Ainsi le Danois Archippus, Fabr. (Lépidoptères) se rencontre depuis le Brésil jusqu'au nord de l'Amérique, vivant sur les Asclépiadées, tandis que son congénère de l'ancien monde, le D. Chrysippus, n'a pas pu s'acclimater, môme à l'extrême sud de l'Europe, dans le royaume de Naples. Un certain nombre de genres de Coléoptères, les Scaphinotus, Sphœroderus, sont spéciaux au Canada et y représentent nos Cychrus dans les Carabiques. On retrouve au Canada les Attacus Luna, Prometheus, Polyphemus, Cecropia, Bombycides producteurs de soie vivant jusqu'au sud des États- Unis, fait très-important en ce qu'il prouve la possibilité d'acclimater ces utiles espèces dans des régions très-froides (1). On voit paraître dès .les hautes latitudes américaines des types de Névroplères tout à fait

(i) Maurice Girard, Nolês Sur Venlomologie de V Amérique du Nord {Ann. Soc. entom. de France, 1868, p. 287).

étrangers à l'ancien monde, ainsi le Corydalis cornutus, et les genres Chauliodes et Polystoichotes.

Dans les États-Unis, la distinction de la faune s'accentue davantage. La région est moins riche en Insectes que les régions homologues en climat et d'égale étendue de l'ancien monde. On y remarque un mélange de formes européennes avec les formes spéciales à l'Amérique intertropicale, et certaines espèces otfrent une extension considérable : ainsi le Fhanœus carnifex de la Floride au Canada. Le genre Plianœus (Scarabéiens), essentiellement américain, s'y trouve à côté des Geotrupes, les Rutèles avec les Mélolonthes, les Gymnetis avec les Cétoines. Les Carabiques offrent les genres spéciaux Pasimachus et Dicœlus, s'étendant aussi à l'Amérique boréale. Les États-Unis présentent plus d'espèces de Papilio que l'Europe, c'est-à-dire d'Insectes d'une forme essentiellement intertropicale, et de môme plus de grands Bombyciens du genre Attacus. Elle possède aussi le genre australien Agarista, formé de Lépidoptères intermédiaires entre les Hespéries et les Sphinx. Les États-Unis sont généralement très-riches en Sphinx proprement dits, et en ont quatre à cinq fois plus que toute l'Europe.

A partir du Mexique, le versant oriental devient très-prédominant en surface sur l'autre. Trois régions en altitude s'y rencontrent. La ceinture maritime des terres chaudes possède la faune extrêmement riche de l'Amérique tropicale, et l'on y trouve beaucoup de genres de la Guyane et du Brésil. Les formes tropicales s'étendent eucore dans la région moyenne, et ne disparaissent que sur les hauts plateaux. Il nous est impossible d'énumérer les nombreux genres de Coléoptères spéciaux à l'Amérique tropicale. Il y a parmi les Lépidoptères certaines formes inconnues à l'ancien monde et dont nous indiquerons les principales. Les Morpho, tout à fait diurnes, habitent surtout les lieux boisés et descendent peu du sommet des arbres. On les rencontre depuis le Mexique {Morpho Pulyphernus dans les régions moyennes du versant du Pacitique) jusqu'à la province de Sainte-Catherine du Brésil méridional. Ce sont ces splendides papillons au vol rapide, aux larges ailes bleues, à reflet métallique chez les mâles, et dont la parure des dames s'est plusieurs fois emparée. Le magnifique Morpho Cypris de Santa-Fé de Bogota a éclipsé l'éclat des pierres précieuses dans la coiifure de l'impératrice des Français. Les Pavonies, dont les ailes ont souvent de grandes taches ocellées,- sont à demi-crépusculaires, au repos pendant le jour sur les troncs d'arbres, ou volant lourdement sous les fourrés épais et obscurs, et le soir dans les broussailles. Les Brassolis volent aussi le soir et le matin. Les Héliconies, cette gloire entomologique de l'Amérique du Sud, ainsi que les appelle M. Wallace, ne se trouvent que dans les grandes forêts, paraissant aimer la solitude et parcourant les airs d'un vol lent et comme distingué. Dans les Lépidoptères hétérocères, nous devons signaler le genre Castnia, exclusivement américain, etc.

L'archipel des Antilles semble vouloir relier en arc les deux continents déjà unis par l'isthme de Panama ; il possède une faune essentiellement mixte entre eux, comme on pouvait le prévoir d'après sa situation géographique (1). Les grandes îles ont, comme d'habitude, quelques espèces propres; les petites îles sont très-pauvres. Les collectionneurs reçoivent surtout des Antilles le Scarabée Hercule {Dynastes Hercules), le plus gros coléoptère après certains Goliaths. Cette espèce spéciale, si connue, est caractéristique de la faune des Antilles. Une région fort intéressante, et dont nous parviennent chaque jour de nouvelles espèces, est la Nouvelle-Grenade avec les vallées de la Magdalena et du lac de Macaraïbo, ainsi que la province de Caracas, portion du Venezuela, au nord de l'Orénoque. Les Lépidoptères et Coléoptères, en général des mêmes genres que ceux des Guyanes et du Brésil, en sont distincts pour la plupart comme espèces. Nous citerons le beau genre spécial Psalidognathus (Prionides, Cérambyciens).

On peut appeler région de la Guyane, bien que les Guyanes anglaise, hollandaise et française n'en forment que la partie côtière, le vaste territoire compris entre l'Orénoque, le rio Negro, l'Amazone et la mer. L'intérieur est en effet à peine connu. Notre colonie de la Guyane a été le sujet de divers .travaux d'entomologie (2). L'ordre des Lépidoptères y présente les espèces les plus variées, surtout en juillet et août, au début de la saison sèche, ne disparaissant guère qu'en mai et juin, sous les pluies prolongées de Ihivernage. Cayenne, placée dans une île, à peu près au milieu de la côte de la colonie, la divise en deux habitat bien distincts pour cet ordre d'Insectes. La portion dite au vent de Vile, c'est-à-dire au S. S. E., offre en partie des inontagnes assez élevées, parallèles à la côte. Ses Lépidoptères ont un certain nombre d'espèces communes avec le nord du Brésil, qui ne dépassent que trèsrarement l'île de Cayenne. L'autre région, celle sous le vent, plate, couverte de savanes entremêlées de quelques bouquets de bois, a des espèces particulières qui lui sont communes avec la Guyane hollandaise. Les Hyménoptères sont aussi très-abondants et très-diversifiés à la Guyane, surtout les Ichneumoniens, les Formicides, les Fouisseurs et les Apiaires. La plupart des espèces fréquentent le voisinage des habitations. Les terrains sablonneux qui entourent Cayenne, la route

(1) Ramon de la Sagra, Histoire physique, poUlique et naturelle de Vile de Cuba, Animaux articulés. Paris, 1857.

(2) Lacordaire, Notice sur l'entomologie de la Guyane française {Ann. Soc. entom.de France, 1832, I, p. 348-36G). — Notice sur les habitudes des Lépidoptères diurnes de la Guyane franc. [Ann. Soc. entoni. France, 1833, II, p. 370-397). — ' Essai sur les Coléoptères de la Guyane française {Noav. Ann. du Mus. dhist. «a<., 1833, II, p. 35-9/i ; extrait :y?ei;i(eerî^om. de Silbermatin, 1833, I, p. 95-100).

A. Fauvel, Catalogue des Insectes recueillis à lu Guyane française, par M. Deplanclie, cliimrgieu de marine {Bull. Soc. linn. de Normandie, Caen, 1861, V, p. 299-327, et 1862, VI, p. 128-144).

coloniale du bord de la mer, fourmillent de Sphex qui y creusent leurs retraites. Les maisons sont remplies de Xylocopes ei de Tripoxylons perçant les poteaux et les poutres. Les Apiaires se répandent sur les fleurs des plantations, et parmi enx les Mélipones sans aiguillon. Dans les bois et les savanes, on trouve de nombreuses espèces de Pompiles et de Vespides, surtout de Guêpes carlonnières, avec des nids de formes aussi variées que les espèces.

Par un contraste singulier, dit M. Lacordaire, les Coléoptères sont bien moins abondants à la Guyane qu'au Brésil, qui est le pays du globe le plus riche en cet ordre, et cependant les forêts et les marécages de la Guyane offrent une végétation tout à fait analogue. La Guyane est aussi plus pauvre en cet ordre d'Insectes que le Mexique, Madagascar, Java, et peut-être le Sénégal et le Cap, tellement que nos bois dans la belle saison offrent plus de Coléoptères que ceux de la Guyane. Ce n'est qu'en juillet et août, au commencement de la saison sèche, qu'ils sont un peu nombreux. Les Carabiques, les Uloma, les Diapères et les Érotyles, paraissent seuls l'emporter en quantité à la Guyane sur le Brésil, ce dernier pays reprenant une supériorité considérable dans les autres familles de l'ordre, surtout pour les Scarabéiens, les Curculioniens, et encore plus pour les Longicornes, trèsmultipliés au Brésil, et dont beaucoup d'espèces s'étendent sur la vaste surface comprise de la Guyane à Rio-Janeiro. Les Coléoptères de la Guyane ont, au reste, une grande analogie avec ceux du Brésil, mais près des trois quarts sont distincts comme espèces. La Guyane est également bien moins riche que le Brésil en Hémiptères. Dans ce dernier pays, certains Hétéroptères (Lygées, Scutellères, etc.) le disputent par la richesse de leurs couleurs et leurs formes bizarres aux Coléoptères mômes.

La vallée de l'Amazone constitue pour le nord du Brésil et la république de l'Equateur le pays du monde le plus abondant en Insectes de tous les ordres, surtout en Coléoptères et Lépidoptères. Elle présente, en effet , la double condition , très-favorable à leur développement rapide, d'une température uniforme et d'une extrême humidité. Pour les Lépidoptères, on trouve des espèces un peu différentes selon qu'on explore : 1° les bords du fleuve, 2° les plantations et jardins de la vallée, 3° les forêts vierges de l'Amazone |l).

Cette vallée a beaucoup d'espèces spéciales en outre de celles qui sont communes k toute l'Amérique méridionale, comme certains Cal^ lidryas, le Papilio Polydamas, le Danois Archippus, etc. Les trois séries de localités abondent en espèces du genre Papilio; les Héliconies sont surtout propres à la seconde, et les forêts vierges offrent principalement des Érycines, des Hespérides, de beaux Satyres, les délicats Ithomia, etc.

(1) A. Wallace, On ihe Habits ùf the Butterflies of the Amazone Valley {Trans, ofthe Enlom. Soc, of London, new séries, II, 1862-1853).

ÛlSTRlBUÎION GÉOGRAPHIQUE. 'i09

Enfin, cette vallée est fort riche en Morpho, Pavonia, BrassoUs, Dynastor, Caligo, etc., tous hôtes des bois. Le rare iWorpfto ffecufta est très-commun à l'intérieur, dans les forêts qui bordent le rio Negro.

La Bolivie a été explorée au point de vue entomologique par A. d'Orbigny (1). Les Coléoptères et Lépidoptères ont un aspect brésilien, et beaucoup d'espèces sont identiques avec celles des environs de Rio- Janeiro ou avec celles de la Guyane. Les espèces de Coléoptères propres au pays consistent surtout en Mélasomes. Le Paraguay, le Brésil méri dional, ou provinces de Sainte-Catherine et de Rio-Grande et l'Uruguay, ont des Insectes qui difTèrent en général comme espèces de ceux du Brésil septentrional, qui est plus chaud, surtout à mesure qu'on se rapproche de la Plata.

Les Morpho s'éteignent à partir de la province de Sainte-Catherine, et la province de Rio-Grande a une foule d'espèces inconnues près de Rio-Janeiro, bien que des mêmes genres. A l'ouest de ces régions se trouve le Tucuman, faisant partie du vaste territoire de la Plata. « Cette région, dit M. Lacordaire (2), est la véritable patrie des Mélasomes en Amérique, et notamment des Nyctclia et genres voisins. Elle le doit à son sol aride, sablonneux, salin, qui oiïre ces caractères à un degré d'autant plus prononcé, qu'on se rapproche davantage des Andes. Après la famille en question, les Carabiques y dominent. Les Lépidoptères y sont très-peu nombreux et n'offrent rien de remarquable. » Le savant entomologiste que nous venons de citer a fait de longues explorations dans la province de Buénos-Ayres qui s'étend du sud du fleuve de la Plata aux déserts patagoniens. Le sol est en général argileux et couvert de Graminées pour toute végétation; aussi les Insectes y sont peu nombreux. Les Carabiques, comme en Europe, y dominent dans les Coléoptères. On trouve en Lépidoptères des Pieris, Collas, Vanessa, etc. l\ reste cependant encore quelques formes intertropicales, comme les Phanceus (Scarabéiens) et quelques autres genres en petit nombre (3). Nous ne pouvons rien dire de la Patagonie, sur les deux versants des Andes ; c'est un pays inexploré, dont on n'a que quelques Insectes recueillis sur les côtes, et comme égarés dans les catalogues généraux.

Le versant américain occidental n'est connu, plus encore que l'autre^ que pour certaines régions... Ainsi, Eschscholtz a décrit un certain nombre de Coléoptères des îles Aléoutiennes et des rivages de l'Amérique russe. On cite quelques types spéciaux dans les territoires des montagnes Rocheuses (territoire Nord-Ouest, Nouvelle-Calédonie, Colombie anglaise): tel le genre Omus (Cicindéliens), s'étendant aussi en Californie.

(1) A. d'Orbigny, Voyage dans l'Amérique tnéridionaîe {Brésil, Uruguay, république Argentine, Patagonie, Chili, Bolivie et Pérou), partie du tome VI^ Insectes, par MM. Brullé et E. Blanchard. Paris, d845.

(2) Lacordaire, Introd. à l'Enlom., II, p. 618. Paris, 1838.

(3) Lacordaire, op. cit., II, 618.

GIRARD. i4

Depuis que les gisements aurifères ont fait affluer les Européens dans cette région, complètement inexplorée il y a peu d'années, son entomologie a été l'objet de travaux divers, surtout de la part des naturalistes américains. Un Français, M. Lorquin, y a fait des récoltes qui ont donné quelques notions exactes sur la faune des Lépidoptères (i). Ces Insectes n'ont pas les couleurs splendides et les reflets éblouissants de ceux des régions équinoxiales. Leur tenue plus simple et plus modeste rappelle les espèces des États-Unis, et surtout celles de la Sibérie et du nord de l'Europe. Le cachet européen reparaît, au reste, dans une certaine mesure sur tout le versant occidental ou du Pacifique. Au nord de la Californie on a trouvé les genres Parnassius et Limenitis, qu'on croyait n'appartenir qu'à l'Europe et à l'Asie. On peut signaler comme pareils aux espèces d'Europe : lihodocera Rhamni, Vanessa Antiope, Pyrameis Atalanta et Cardui, elc. Les genres Agarista et Ctenacha (Zygénides) sont au contraire étrangers à l'Europe, ainsi que le genre Danais {Danois Archippus), Les genres américains tropicaux /fe/tconù*, Leptalis, Cybdelis, Morpho, Castnia, etc., manquent entièrement. L'Attacus Ceanothi, aussi des Étals-Unis, est important à signaler en Californie, comme espèce produisant de la soie.

Les Mélitées, les Argynnes, les Satyres, les Hespérides, ont en Californie les mêmes mœurs qu'en Europe, et les espèces, bien que ditférentes, ont des habitudes et des stations analogues.

La Vieille-Californie est une presqu'île aride qui parait avoir une faune entomologique spéciale, riche surtout en Mélasomes dans les Coléoptères (2). La zone mexicaine occidentale ressemble pour la faune à l'autre dont nous avons parlé. La bande étroite du Pérou qui règne entre les Andes et le Pacifique est extrêmement aride, sauf dans quelques vallées, et l'on y trouve, en rapport avec cette condition du sol, beaucoup de Mélasomes. Le Chili forme, à la suite méridionale de la région précédente, une autre bande un peu plus large. Son entomologie est mieux connue, en raison d'une population européenne dans de meilleures conditions de gouvernement et de développement intellectuel. Une faune spéciale le caractérise, autre que celle du Tucuman, qui l'avoisine (3). Un assez grand nombre de genres exclusifs appartiennent aux Coléoptères. Ainsi, dans les Carabiques : Merizodus, Homalodera, Trechisibus, Oxoides,Variopalpm, Plafjiotelum, etc.; dans les

(1) D'' Boisduval, Lépidoptères de la Californie {Ann. Soc. entom. de France, 2" série, 1852, X, p. 275). — Lépidoptères de la Californie, br. in-8, Bruxelles, 1869, et Ann. de la Soc. enlom. de Belgique.

(2) Lacordaire, op. cit., II, p. 615 et 617.

(3) Cl. Gay, Historia fisica y politica de Chile (Paris et Santiago) : Coléoptères, IV, 1849, et V, 1851; Orthoptères, Névroptères, Hyménoptères, YI, 1851; Lépidoptères, Hémiptères et Diptères, VII, 1852.

L.Fairmaire et Germain, Coléoptères duChili i,Ann. Soc. entom. de France, iSbS, Pi 709, et 1859, p. 483; Rev. et Mayas, de zool., 1859, p. 350, et 1860, p. 267).

Scarabéiens, les genres Modialis, Rutélide voisine des Anoplognathes australiens, Lacris, Ptijophis: le genre si curieux des Chiasognathus dans les Lucanides. Le genre Pyrophorus prolonge jusqu'au Chili une l'orme tropicale des Élatériens. On trouve aussi des genres de Coléoptères, qui ont dans l'ancien monde, et surtout en Europe, la grande majorité de leurs espèces, comme les Hydnobius (Dytisciens), Silpha , Clioleva (Silphiens), Trichopteryx, Ptilium, etc., tous genres qui n'ont que peu d'espèces disséminées dans les diverses régions de l'Amérique. Parmi les Lépidoptères, on rencontre au Chili des formes tropicales, les unes américaines, comme les genres Heliconin, Castnia ; les autres des deux mondes, ainsi les Terias, les Callidryas, et à côté les genres de l'Europe et de l'Asie froide et tempérée, Anthocharis et Colias. Parmi les Orthoptères, le Chili présente des Proscopies, singuliers Acridiens aptères, à corps grcle, que leurs cuisses renflées et leurs tarses empêchent de confondre avec les Phasmiens ; ils sont propres exclusivement à l'Amérique du Sud, et existent aussi au Brésil. De même on trouve au Chili le genre Tropiiwtus (Truxalides, Orthoptères), qui a d'autres espèces au Brésil et à la Guyane, etc.

On peut dire en général et comme résumé de tout ce qui précède, que les espèces de grande taille ou de formes singulières, ou de couleurs éclatantes, vivent dans les conditions géographiques de haute température et de grande humidité. En Afrique, où le sol est plus généralement sec, les espèces de cette sorte sont moins abondantes que dans l'Amérique interlropicale et les Indes orientales. Les contrées froides n'ont guère que des espèces de petite taille, où dominent le noir, le grisâtre, le brunâtre (1).

II y a quelques espèces d'Insectes, en bien petit nombre, qui paraissent cosmopolites par elles-mêmes. Ce sont en général des espèces à vol puissant ou possédant des instincts de migration avec l'aide des vents. Ainsi, certains, comme YAcridiam peregrinum, VOEdipoda migratoria, etc., promènent leurs nuées dévastatrices dans toutes les régions chaudes de l'ancien monde. La première espèce s'étend du Maroc aux rivages de la Chine, sur près d'une demi-circonférence du globe. La seconde espèce répand ses ravages des steppes de la Russie d'Asie à la Provence, et quelques sujets isolés viennent s'égarer dans les prairies de notre banlieue parisienne.

Plusieurs espèces de Sphingides, ainsi les Sphinx du Laurier rose, du Liseron, Célério, etc., vont de l'Afrique jusqu'en Angleterre. Celui du Liseron s'étend en outre à toute la Polynésie, y compris la Nouvelle- Zélande. Une espèce bien commune dans nos environs, le Papillon Belle-Dame, ou la Vanesse du Chardon, se rencontre aux Indes, en Chine, dans les îles de la Sonde, aux États-Unis, en Californie, au x\Iexi-

(1) E. Blanchard;, Sur la distribution géographique des Animaux arlicidés {Comptes rendus Acad. des sciences, 18Û1, t. X.II, p. 1216).

que, etc. Le Sphinx à tête de mort, qui jetait l'épouvante dans les campagnes bretonnes du temps de Réaumur, se trouve de l'Angleterre et de la France aux îles de la Sonde et à l'Australie. Ce sont là des exceptions : les espèces d'habitude se restreignent davantage dans leurs localités.

On peut faire une remarque assez curieuse sur les Insectes nocturnes, comparés à ceux du même ordre qui vivent à l'ardeur du jour, du moins dans certains groupes. Ainsi les Noctuelles, parmi les Lépidoptères, présentent souvent beaucoup d'analogie pour les régions tropicales d'un même grand continent avec les espèces des régions tempérées : les Noctuelles du Gabon, par exemple, ressemblent à celles d'Europe. Les Papillons diurnes, au contraire, offrent des différences très-tranchées. Cela doit tenir à la fraîcheur des nuits tropicales, amenant une identité dans les conditions thermiques pour des espèces dont les chenilles, cachées soigneusement pendant le jour, mangent la nuit, et dont les adultes n'ont en général d'activité pour l'alimentation et pour la reproduction qu'à l'entrée et à la fin de la nuit.

L'homme, par l'extension de ses races civilisées, a une influence incontestable pour modifier la distribution géographique des Insectes, faire disparaître ou rendre très-rares certaines espèces, en augmenter d'autres au contraire d'une façon prodigieuse par le développement des cultures alimentaires ou industrielles. Les Blattes (Orthoptères), les Dermestes et les Anthrènes étendent maintenant leurs ravages dans toutes les régions de la terre, transportés avec les marchandises parles vaisseaux et par les caravanes ; et certaines espèces sont les mômes partout. Si nous nous restreignons à la France, il est probable qu'avant la conquête romaine, la Gaule, couverte de forêts, devait offrir en abondance les Nymphales et les grands Satyres, Lépidoptères qui deviennent aujourd'hui de plus en plus rares. Au contraire, dans le même ordre d'Insectes, plusieurs espèces de Piérides et de Coliades, vivant exclusivement de végétaux domestiques, devaient être fort rares ou même inconnues dans les contrées qu'elles infestent maintenant. On remarque que les Papillons blancs de nos Crucifères potagères deviennent d'autant plus abondants , qu'on s'avance vers le sud de l'Europe , sont trèsrépandus en Itahe, en Grèce, en Egypte même, si stérile en Lépidoptères. Or, ces pays sont cultivés depuis la plus haute antiquité, et les espèces en question doivent venir d'Orient, berceau de la race caucasique, et ont suivi l'homme et ses cultures. C'est en Morée, et surtout en Egypte, qu'elles présentent la plus grande taille, et leurs dimensions diminuent à mesure qu'on s'avance vers le nord. Or, les espèces dégénèrent en s'éloignant de leur patrie primitive. C'est l'homme qui multiplie le Hanneton, fléau de ses jardins et de ses cliamps. La terre remuée par de fréquents labours offre à ses larves l'oxygène nécessaire à la respiration. On remarque que les arbres des lisières du bois, contre les champs culti- es, sont souvent dévorés par les Hannetons, mais que ces Insectes deviennent plus rares à mesure qu'on

s'enfonce dans les profondeurs des forêts, et cessen de causer de véritables dégâts au centre des grands bois. De même, le Scarabée rhinocéros {Oryctes nasicornis) est devenu fort commun dans la banlieue de Paris par l'usage que font les maraîchers de la tannée, où vivent les larves, tandis qu'il est assez rare dans les bois éloignés des jardins, où se rencontrent difficilement les écorces et les fibres ligneuses à l'état de décomposition et de séparation nécessaires.

Ce sont les défrichements qui font disparaître le plus grand nombre des espèces d'Insectes en substituant les végétaux uniformes de nos cultures aux plantes sauvages les plus variées. Les bois dans lesquels on ratisse les allées pour la promenade, au lieu de les laisser pleines d'herbes et de broussailles, perdent leur attrait pour l'amateur d'entomologie, car les plantes basses servaient de nourriture et de gîte à une foule d'espèces de tous les ordres. Il y a beaucoup d'Insectes qui semblent redouter le voisinage de l'homme, troublés dans leur repos par les mille bruits de son travail et de ses plaisirs, péniblement affectés par les odeurs diverses de ses industries et la fumée de ses foyers. Aussi les voit-on s'écarter peu à peu des demeures humaines, puis disparaître, même avant les plantes qui les nourrissent. Les environs de Paris, si diversifiés par l'exposition, la hauteur, les terrains secs ou humides, les cultures variées, en rapport avec les besoins d'une ville immense, les forêts de diverses essences, etc., étaient autrefois d'une grande richesse entomologique. Les constructions de l'homme empiètent de plus en plus sur le domaine de la nature, et il faut maintenant aller chercher à de grandes distances ces nombreuses races d'Insectes que Geoffroy et Réaumur pouvaient récolter et observer autrefois dans la banlieue de Paris et dans les jardins mêmes de la grande cité.

§ VIII. — E.spèces et classineatfon.

La nature, dans les Insectes comme dans le reste du règne animal, ne présente à notre observation que des espèces. Les Insectes de même espèce sont ceux qui peuvent reproduire d'une manière indéfinie, par voie de génération, des individus à peu près semblables. C'est la meilleure définition connue, bien qu'elle ne soit pas sans objections. L'espèce est soumise à des variations très-limitées. Une observation sévère ne permet aucunement de soutenir la théorie de la variabilité indéfinie de l'espèce. Suivant Lamarck, les circonstances extérieures pouvant modifier les animaux, l'influence de conditions communes finissait par identifier des êtres d'abord distincts. Ainsi l'oie devenait cygne ; la girafe prenait son long cou par suite d'un habitat prolongé dans des pays où les feuilles sont toujours au haut des arbres, et la forme finissait par devenir héréditaire. L'anatomie est formellement contraire à ces idées qui présentaient les formes spécifiques comme

vagues, non essentielles et changeantes, sans intérêt profond pour la science. On a aussi supposé, en remarquant que les embryons de certains animaux offrent des ressemblances avec l'état permanent d'autres espèces, que le règne animal provenait d'un fonds unique avec des arrêts successifs de développement constituant les différentes espèces. Une observation exacte fait reconnaître des différences, môme dans les embryons : ainsi, Gratiolet a montré que l'encéphale du fœtus du singe suit dans son développement une marche inverse à celle qu'il offre dans le fœtus humain, bien qu'ils arrivent, à l'état adulte, à une assez grande analogie. Nous n'avons pas à discuter, dans un ouvrage élémentaire, les théories sur l'espèce, ni la sélection naturelle, de M. Darwin, et les idées émises par ce savant comme suite et modifications des doctrines de Lamarclî et de E. Geoffroy Saint-Hilaire.

Les principes généraux sont applicables aux Insectes. Leurs espèces paraissent constantes, avec des variations limitées. L'expérience jusqu'ici ne permet pas de conclure autrement. On observe bien quelquefois des accouplements entre des espèces voisines; mais ils sont sans résultat, ou bien les hybrides qui en proviennent sont frappés d'infécondité, ou tout de suite, ou au bout de peu de générations. La fixité n'est pas absolue dans une espèce. Elle peut offrir des changements de couleur, des différences dans la taille de l'adulte, plus étendues qu'on ne l'a cru autrefois, allant môme du simple au double dans certaines espèces, provenant de la nourriture, du climat, d'accidents d'insolation, etc. Comme, d'autre part, l'expansion graduelle des espèces à la surface du globe est la conséquence nécessaire de la multiplication des individus, on comprend que, dans certaines localités, surtout aux limites de la distribution géographique d'une espèce donnée, des conditions identiques et continues de régime amènent des modifications qui se perpétuent sur place et indéfiniment. De là les races ou variétés aussi importantes que les espèces. Il arrive plus fréquemment, sous l'empire d'une foule de causes plus ou moins connues, que les espèces présentent des sujets parfois très -différents du type, mais sans reproduction nécessaire, seulement possible et accidentelle. Ce sont les aberrations. Certaines espèces, ainsi les Coccinelles, les Ero (yles (Coléoptères) , montrent d'une manière presque générale des différences de couleur du fond, le fond prenant la couleur des taches, et réciproquement, le dessin restant constant d'un individu à l'autre. 11 faut rattacher à ce phénomène général des aberrations les monstruosités qui ne se reproduisent pas par générations. Les monstres les plus fréquents chez les Insectes sont les gynandromorphes semi-latéraux, parfois avec prédominance d'un des deux sexes, les monstres avec organes ou parties d'organes surnuméraires (polymélie), certains monstres par scission ou par arrêt de développement, conservant des caractères de larve ou de nymphe, etc. Tous les passages peuvent se produire entre les formules idéales qui précèdent. On reconnaît que les variétés et les aberrations

rentrent dans l'espèce, en ce que les accouplements avec des sujets typiques sont toujours féconds, ainsi que les accouplements des variétés constantes entre elles : cela se voit par exemple pour les races si nombreuses du Ver à soie, qui est véritablement à la classe des Insectes ce que le Chien est à celle des Mammifères. La fécondité indéfinie des métis peut faire reconnaître des races locales, là où l'on supposait d'abord des espèces distinctes : ainsi pour les Vers à soie du Ricin et de l'Allante, l'un de l'Indo-Chine, l'autre de la Chine. Les différences sexuelles des Insectes doivent entrer en grande considération pour la formation des espèces, et de doubles espèces erronées ont bien des fois été admises par la découverte séparée des deux sexes d'une môme espèce. Souvent le mâle et la femelle sont extérieurement pareils et ne se distinguent que par les organes génitaux, peu apparents à l'extérieur, ou même invisibles à l'état sec. Un abdomen renflé, piriforme, peut être le seul caractère extérieur de la femelle, tandis qu'il est cylindroïde chez le mâle. Au contraire, les deux sexes sont, dans d'autres cas, facilement distincts : tels sont ces Scarabées nasicornes dont les femelles manquent des curieux appendices céphaliques; ces Papillons nocturnes à antennes pectinées chez les mâles, grêles chez les femelles, ou chez lesquels les mâles étant ailés, les femelles sont mi-aptères ou aptères. De même chez les Lampyres ou Vers luisants (Coléoptères). Enfin, dans les Insectes à ailes colorées, des différences de couleur, bien plus souvent que de dessin, peuvent séparer les deux sexes. En général le mâle s'éloigne de la femelle par hypertrophie, par saillance des caractères du groupe; la femelle, moins éloignée des états embryonnaires, ofl're de l'atrophie, de l'avortement dans certains organes.

Ces notions bien établies, comme l'observation des générations successives, qui seule peut donner la certitude de la validité spécifique, manque le plus souvent, on conclut à l'espèce d'après l'observation des formes extérieures et la comparaison avec des espèces bien démontrées. Comme les variations, bien que limitées, sont nombreuses pour certaines espèces, il est indispensable de réunir des séries d'un assez grand nombre d'individus avant de se prononcer. Si l'on remarque le désir légitime des collectionneurs de posséder des espèces nouvelles, on s'expliquera les continuelles erreurs provenant de la précipitation avec laquelle certains auteurs établissent des espèces sur un sujet unique. Il faut dans ce cas des caractères bien tranchés pour oser se prononcer. Tous ces faits n'altèrent en rien la réalité de l'espèce, son existence absolue, naturelle, essentielle, bien qu'une définition parfaite fasse défaut; ils rendent seulement nécessaire la connaissance de ses variations limitées. Un caractère, même léger, est-il constant dans la série des types les plus communs, des variétés, des aberrations, il est spécifique; est-il variable, même saillant et remarquable, il n'est pas spécifique.

Quelque difficulté que l'esprit humain éprouve à comprendre des espèces créées de toutes pièces, et une fois pour toutes, c'est encore la

seule hypothèse qui conduise à des conséquences extrêmes raisonnables et justifiées par les faits. Il faut supposer seulement que l'espèce est susceptible de variations limitées, assez étendues même dans certains cas, conservant toutefois le plan fondamental du Créateur. Si l'on ne restreint pas les idées de modification et de passage à ces variations d'une seule espèce, on peut, de proche en proche, arriver aux conclusions les plus absurdes, et, avec un peu de bonne volonté, faire descendre l'homme, non-seulement du Singe, mais du Trilobite ou de la Monade. L'espèce reconnue fixe dans certaines limites, le plus souvent assez restreintes, comme le montre l'expérience rigoureuse, est susceptible û'anomalies, en donnant ce nom à tout écart du type normal, c'est-àdire, en théorie, du plus fréquent, mais parfois simplement en pratique du premier observé et décrit.

Rien de plus obscur et de moins connu que les causes de ces anomalies, subdivisées en variétés, aberrations et monstruosités, mots que nous avons définis. Nous présenterons seulement quelques observations sur cette question, une des plus importantes que la science ait à résoudre dans l'avenir. Ce sont des faits, des pierres encore éparses sur le sol pour un édifice à construire, pas autre chose (1).

L'expérience constate d'abord que des espèces, souvent très-voisines, se rencontrent côte à côte dans la nature, ayant les mêmes mœurs, vivant des mêmes plantes ou chassant une proie identique. Parfois même des accouplements naturels ont lieu entre ces espèces, comme on le voit chez les Coléoptères pour les Dorcadions, les Coccinelles ; chez les Lépidoptères, pour les Zygènes, etc. Les résultats de ces unions, quand ils existent, sont frappés bientôt d'infécondité. Ces espèces si voisines ne se fondent jamais en une seule, ou du moins la preuve contraire n'est pas faite pour les Insectes ; et les sujets types gardent toujours eurs très-légers caractères dislinctifs, bien moins accusés souvent que les différences que chaque espèce peut offrir avec ses propres anomalies, montrant ainsi, jusqu'à 'preuve décisive contraire qui n'a pas encore été faite, que, dans la nature, la spécificité est quelque chose de réel, d'essentiel, d'intime, plus môme que la forme.

La succession géologique des espèces nous offre les mêmes ordres d'Insectes que ceux qui vivent aujourd'hui ; seulement il y a des espèces qui ont fait leur temps, et qui disparaissent, en vertu de lois encore ignorées (2). La grande majorité des espèces vivantes paraît fixée, et n'offre que de légères différences individuelles ou des anomalies rares, et cela souvent pour des espèces répandues sur de vastes contrées et dans des points éloignés. Il en est même qui se conservent identiques

(1) R. Mac Lachlan, Maurice Girard, J. Fallou, Notes générales sur les variations des Lépidoptères {Ann. Soc. enlom. de France, 1867, p. 329).

(2) A. Fauvel, De l'espèce et de ses variations. Faune gallo-rhénane, etc. {op. cit., 2^ livr., p. 188 et suiv.), -j

depuis des époques antérieures [aux temps actuels. Ainsi à CEningen, pn'-s du lac de Constance, en Suisse, dans des marnes à minces feuillets de la période miocène supérieure , on rencontre des insectes que M. Heer appelle des formes homologues d'espèces actuelles, car il n'a pas osé les identifier, bien qu'il n'ait pu trouver aucun caractère différentiel : tels sont les Lampyris noctiluca, Geotrupes stcrcorarhis, Coc~ cinella septempu7ictata (Coléoptères), Libellula depressa ( Névroptères), Apis mellifica (Hyménoptères), Aphrophora spumaria (Hémiptères homoptères), etc., et, avec eux, des formes spécifiques tout à fait étrangères à l'Europe actuelle,

n y a au contraire certaines espèces qui ne paraissent pas encore fixées, tellement qu'on serait tenté parfois de faire autant de races que d'individus. Des faits analogues se manifestent pour certaines familles d'oiseaux, comme les Éperviers, les Milans, les Buses , etc. Nous citerons dans les Coléoptères, en nous bornant aux espèces de France, les Anisoplia agricola et arvicola, Anomala Vitis, Callidium variabile, Hylotrupes bajulus, Rhamnusium Salicis, Chrysomela varians, Lina œnea, Coccinella variahilis, Propylea ih-punctata, etc., etc., et, à un moindre degré, Cicindela germanica, Carabus monilis, Cetonia aurata, etc. Dans ces Insectes la couleur du fond peut parfois avoir toutes les nuances : ainsi, du noir au fauve ou au vert et bleu clair; les points peuvent confluer ou disparaître, ou varier de nombre. Parmi les Lépidoptères, dans un môme groupe naturel, comme les Hibernies, on trouve tous les cas : ainsi les espèces nommées aurantiaria, aceraria, œscularia elpilosaria, constantes ; progemmaria et brumaria, peu variées ; defoliaria et leucophœarîa, au contraire, des plus changeantes d'un sujet cà l'autre. Pourtant toutes ces espèces vivent ensemble sur nos arbres forestiers, et les adultes éclosent à l'entrée ou cà la fin de l'hiver (1). Dans les Zygènes, dans les Chélonies, les types habituellement à fond rouge passent quelquefois au jaune plus ou moins orangé, et cette anomalie peut en certains lieux devenir aussi abondante que le type : ainsi en Bretagne le Callimorpha liera jaune, ou même le remplacer et constituer une race locale, comme le Callimorpha dominula à fond jaune, dans le Caucase. Ce remarquable changement de couleur du fond, qui forme des anomalies si recherchées des collectionneurs, ne me paraît pas être un albinisme, comme les furets issus du putois, les serins jaunes dérivés d'un type vert, etc. Le jaune de ce fond n'est pas le jaune pâle que donne une longue exposition à la lumière, ou l'action du chlore. Il y a là un virement de couleur analogue à celui des réactifs végétaux par les acides et les alcalis. Les rouges du fond deviennent immédiatement jaunes par les vapeurs acides, et reprennent la teinte normale peu à peu à l'air ou immédiatement par l'ammoniaque; la nature sait fixer ces virements, et je crois que certains amateurs y arrivent par d es

(1) J. Fallou, op, cit., note 12.

procédés qu'ils tiennent secrels. Les Lépidoptères exotiques ont aussi des esp(''ces continuellement variables : ainsi le célèbre Ver à soie du Chêne du Japon (Attacus ya-ma-mdi) présente tous les tons, de la couleur de la lie de vin au citron pur, en passant par le rose et le gris. Le Papilio Memnon, de la Chine, des Philippines, de l'Indo-Chine et des îles Sondaïques, n'olfre pas deux individus pareils en taille, en couleur, en dessin. Pour un Nymphalide de Chine, de l'Inde, d'Australie, le Diadema lassinassa, M. de l'Orza a pu présenter, à l'exposition des insectes de 1868, jusqu'à trente-deux variétés des deux sexes oll'rant les plus grandes disfcmblances : les unes ornées de belles taches bleues, d'autres ternes, etc., au point qu'on croyait voir des espèces éloignées.

Les variations de taille ont surtout pour cause la nourriture : c'est l'ordre des Diptères qui paraît les ofï'rir plus fréquemment, ce qui n'a pas peu contribué à multiplier les fausses espèces dans cet innombrable groupe. Cet efl'et de la nourriture plus ou moins abondaale se conçoit aisément pour les carnassiers de proie vivante ou morte et pour les Ichneumonicns (Hyménoptères), les Entomobies (Diptères), se développant en nombre variable à l'intérieur d'Insectes plus ou moins pourvus de matières grasses. 11 semble au contraire que pour les phytophages vivant à poste fixe sur des plantes auxquelles ils ne causent pas le plus souvent de dommage, la taille de chaque espèce devrait rester identique par égalité de nutrition. En général, en effet, les inégalités sont moindres que chez les carnassiers et les parasites ; mais on comprend que souvent le végétal qui porte une ponte devient malade en entier ou en partie ; de là une moindre nutrition pour les phytophages, une moindre taille.

Les éclosions des nymphes, des chrysalides, des pupes à une trop forte chaleur, ainsi par une insolation accidentelle, doivent amener aussi, moins fréquemment, des cas de nanisme. On sait que les embryons des œufs d'Oiseaux, dont on force la chaleur d'incubation, donnent des sujets rabougris. De même, les chrysalides (véritable second œuf) des Vanesses, obtenues et conservées dans une chambre chaude(l), produisent des papillons dont beaucoup ne dépassent pas la moitié de la taille normale. Réaumur a observé des éclosions hâtives d'adultes sur des chrysalides et des nymphes qu'il plaçait dans des œufs de verre couvés par des poules (2). On a encore signalé des influences électriques ou de l'ozone atmosphérique sur les variations des Lépidoptères. Plusieurs observateurs alfirment que ce sont surtout les journées orageuses qui donnent des éclosions avec aberration dans les couleurs des ailes (3).

(1) Maurice Girard, Note sur des éclosion!~ avec réduciion de laille de Vanessa Urticaî {Léimloplcres) [Ann. Soc. entom. de France, 18G5, Bull., p. 36).

(2) Réaumur, Mém. pour servir à l'hisl. des Insectes, II, 1736, p. 12 et suiv.

(3) Maurice Girard, Note relative à des expériences sur l'action des courants électriques sur les chrysalides de Lépidoptères [Ann. Soc. entom. de France, 1866, p. 207).

L'influence de la température se manifeste d'une manière fort curieuse en produisant des sortes de générations alternantes. Il y a des Lépidoptères qui ont deux éclosions, l'une au printemps, après que la chrysalide a siibi les froids de l'hiver, l'autre en clé, avec courte période d'incubation. Chez deux Phalénides (Lépidoptères) de notre pays {Mctrocampa margaritaria et Selenia illusiraria) (1), l'éclosion estivale a une taille environ moitié moindre que chez la vernale, ce qui semble rentrer dans le fait du nanisme par trop de chaleur à l'incubation nymphale. D'autres fois, les sujets des deux éclosions diffèrent constamment parles taches : ainsi dans les Anthocharis lielia et Belemia, vernales, tandis que Âusonia et Glauce sont estivales. Enfin, la couleur du fond peut dépendre de ces deux éclosions distinctes, avec les froids de l'hiver ou sous la haute température de l'été. Nous avons cité (page Zi7) le curieux exemple des deux Cartes (léograjjhiques fauve et brune , dont le docteur Boisduval a le premier reconnu J'identité spécifique et l'alternance.

Une influence encore fort mystérieuse des milieux se manifeste chez un grand nombre d'animaux de diverses classes : ils tendent à prendre une couleur analogue à celle des objets qui les entourent; précaution harmonique du Créateur pour les soustraire à leurs ennemis. Dans les régions polaires ou sur les hautes montagnes, des Mammifères et des Oiseaux prennent en hiver des livrées blanches comme les neiges, et, dans les déserts arides, beaucoup de Mammifères, d'Oiseaux, de Reptiles, constituent des races constantes à pelage gris ou Isabelle. Les Insectes présentent les mêmes f.iits, mais satis rien de général ; s'il en est qui tranchent vivement par leurs riches couleurs avec les feuilles sur lesquelles ils se posent; si des Carabiques et des Téncbrioniens noirs courent sur les sables desséchés, on voit au contraire des Mantides, des Phasmiens (Orthoptères) verts, jaunes, bruns dans la même espèce, se confondant ainsi avec les feuilles vertes ou sèches, ou avec les branches des végétaux. Des Orthoptères et des Fourmis des sables s'identifient d'une manière complète avec la couleur des sols où courent ces Insectes; beaucoup de Noctuelles et de Phalénides ont des couleurs grisâtres ou nébuleuses, qui dissimulent leur présence sur les rochers et sur les troncs des arbres rugueux et couverts de lichens. Ce sont surtout chez les chenilles, créatures délicates, peu mobiles et désarmées, qu'on observe le plus souvent des appropriations de couleurs avec les végétaux. Beaucoup de chenilles de Noctuelles et de Phalènes sont vertes comme les feuilles, ou brunâtres comme les tiges et les mousses, ou blanches, jaunes, tachetées, quand elles vivent dans les fleurs. Ces faits ont été diversement interprétés. Les uns y ont vu des influences de nourritures spéciales; d'autres, comme M. Mac Lachlan, M. Hellins, un pouvoir tVimitation donné aux chenilles de faire varier leurs teintes selon

(1) Maurice Girard, Sur le Metrocampa margaritaria de seconde éclosion {Ann. Soc. enloin. de France, 1863, Bull., p. 53).

les couleurs des parties végétales qu'elles attaquent. On observe surtout ces continuelles variations sur les petites chenilles des Eupithécies (Phalénides), mangeuses de fleurs, et colorées souvent des teintes les plus diverses dans la même espèce, tandis que les adultes sont au contraire très-constants. D'après les observations de M. Goossens, nous pouvons diviser en plusieurs classes les variations de couleur des chenilles. 11 en est qui changent de teinte selon les fleurs dont elles se nourrissent : ainsi celle de VEupithecia centaureata est verdâtre sur plusieurs Linaires et sur la Tanaisie, jaune sur le Persil en graine, et présente des lignes rouges sur les fleurs rouges deV Eupatorium cannabimim. D'autres changent de couleur selon les localités; d'autres, suivant leur âge et les régions des plantes dont elles se nourrissent à leurs diverses mues. II paraît probable que le prétendu pouvoir d'imitation n'est qu'un instinct des femelles, qui déposent leurs œufs sur telle ou telle plante, selon la couleur prédestinée de leurs chenilles. Ainsi M. Goossens assure que le Chesias spartiata, qui vit sur le Genêt, donne des chenilles vertes quand les œufs sont verts, et jaunes lorsque les œufs sont jaunes. Il y aurait donc prédisposition, et non pouvoir d'imitation ou influence de nourriture. II faut ajouter que le plus grand nombre des chenilles variables ont des couleurs sans rapport avec celles des plantes.

Des influences sexuelles interviennent pour produire des anomalies. On voit parfois des femelles, sans aucun hermaphrodisme, prendre certains caractères de mâles, notamment la couleur (variétés : femina maris colore). Ainsi, dans la plupart de nos Lycénides (Lépidoptères diurnes), les mâles sont bleus et les femelles brunes; parfois elles deviennent plus ou moins fortement bleues. Elles acquièrent accidentellement, par hypertrophie de développement, les caractères du sexe le plus tranché. U y a là des causes analogues à celles qui nous montrent de vieilles femelles de Gallinacés devenues stériles, s'orner en partie du riche plumage des mâles, des femmes acquérir de la barbe après la ménopause, etc. Il y a des anomalies qui n'affectent qu'un seul sexe, l'autre demeurant constant : ainsi la variété à fond noir du Papillon tabac d'Espagne {Argijnnis Paphia var. Çî^aiesMja), devenant race locale dans le Valais, n'appartient qu'à la femelle. Au contraire, d'après M. Fallou, la variété hospita à fond blanc du Nemophila Plantaginis paraît propre aux mâles, et dans une autre Chélonide, le Chelonia Quenseli, le mâle demeure constant, tandis que les femelles varient beaucoup. On ne peut donc invoquer ici une influence de nourriture, bien qu'on ne puisse nier dans d'autres circonstances cette influence, encore trop peu étudiée pour qu'on doive donner des exemples en toute certitude.

Les causes générales qui produisent chez les animaux le mélanisme et l'albinisme se font sentir cliez les Insectes. On a signalé en Ecosse et dans le nord de l'Anglelerre un assez grand nombre d'espèces de Lépidoptères nocturnes, qui prennent des teintes plus foncées que le type

ordinaire, et l'on a attribué ce fait à un climat froid et humide. Cependant ces anomalies existent aussi, mais accidentellement, dans des pays plus chauds, comme en France. M. Fallou a pris à la fois, à Fontainebleau, au pied des Pins, les mâles de Fidonia piniaria, les uns à fond jaune, d'autres à fond blanc, tandis qu'en Angleterre les premiers sont des régions du sud et que les seconds appartiennent aux parties septentrionales. Il y a, mais très-rarement, des Insectes chez lesquels l'adulte offre des colorations différentes, suivant l'âge. Ainsi, chez un Névroptère de la famille des Libelluliens, le Caloptenjx virgo, si commun sur le bord des fleuves et rivières, les mâles ont, en naissant, les ailes, ou incolores, ou d'un brun enfumé, ou roussâtres; puis un reflet bleu apparaît à l'âge moyen, se changeant, à l'état tout à fait adulte, en un bleu foncé et opaque. Quant à l'albinisme, il est dû le plus souvent à un arrêt de développement de la matière pigmentaire, à une persistance de la première phase de l'éclosion de l'adulte. On sait que^ chez les Coléoptères sortant de la nymphe, la chitine des téguments est d'abord presque incolore, et que ce n'est qu'au bout d'un ou de plusieurs jours qu'elle se durcit et acquiert les couleurs foncées propres à la plupart des espèces.

Beaucoup de difformités qu'offrent les Insectes adultes tiennent à des accidents d'éclosion, à une insolation amenant une trop rapide dessiccation, à des compressions empêchant une partie de s'accroître, à des enduits accidentels, etc. De là des sujets à ailes très-petites, impropres au vol, offrant une miniature des dessins normaux; de là aussi des ailes très-inégales à droite et à gauche, ou réduites à des moignons informes. Des expériences directes ont permis de constater l'influence de pressions sur la chrysalide (1), analogues aux monstruosités ou aux maladies pro« duites sur l'embryon par des actions perturbatrices exercées sur l'œuf, ainsi que le constatent les anciennes expériences d'E. Geoffroy Saint- Hilaire et celles plus récentes et beaucoup plus variées de M. C. Dareste .

Cette question des espèces est encore pleine d'incertitudes et de mystères. Bien que les conditions de nourriture soient en général surabondantes, il est des espèces multipliées en individus au point de devenir parfois de véritables fléaux et d'autres au contraire, dont les représentants, clair-semés, n'apparaissent que çà et là, malgré les plus actives investigations. Il est vrai que souvent la rareté des espèces tient à l'imparfaite connaissance de leurs mœurs, des moyens de les chasser, de l'époque de leur apparition et des localités favorables; mais il reste certain qu'il y a des différences considérables et originelles dans leur rareté ou dans leur grand nombre.

Les entomologistes ont soulevé, d'autre part, de fréquentes discussions sur la valeur des caractères à déduire, soit de l'état adulte, soit des

(1) A. Barthélémy, Sur les monslruosilés naturelles et provoquées chez let Lépidoptères {Ann. sciences nat., ZooL., 5** série, 1864; I, p. 225).

formes transitoires des larves. Il en est qui semblent préférer les caractères tirés des premiers états. 11 nous paraît, au contraire, plus rationnel et plus philosophique de chercher, avant tout, les caractères génériques et spécifiques dans les adultes, et surtout dans la forme des mâles, sexe dans lequel les fonctions de relation sont les plus parfaites, en exceptant toutefois les espèces niditiantes. La fonction de reproduction, n'existant pas dans les larves, maintient en général celles-ci dans un état de dégradation et d'infériorité. Les larves se ressemblent beaucoup dans la plupart des Diptères et des Hyménoptères, dans les Scarabéiens et les Curculionicns, etc., tandis que les adultes se diversifient en raison des mœurs et des instincts les plus variés. Cependant les caractères obtenus en observant les états antérieurs ne sont pas à négliger dans une classification naturelle ; il y a des exemples de développement récurrent chez les adultes devenus parasites, et surtout chez les femelles (Cochenilles, etc.), de sorte que, lorsque les adultes ne présentent pas de distinction suffisante, on devra recourir aux premiers états. Nous posons seulement le principe, en admettant, bien entendu, un éclectisme parfois nécessaire.

C'est surtout parmi les Insectes que l'immense multiplicité des espèces nécessite une classification méthodique. On a dû chercher, dès le début de la science entomologjque, à former des groupes de plus en plus élevés, réunissant un grand nombre d'espèces par des caractères communs. Ici l'arbitraire domine; la nature n'a point fait de classification. Les principes si bien établis par M. Milne Edwards dans son beau mémoire sur la classification des Vertébrés s'appliquent à toute l'histoire naturelle. Les rapports entre les êtres ne peuvent s'expliquer que par des groupes constellaires à trois dimensions. Nos classifications par séries, parallèles ou divergentes, ou par groupes en figures planes, ne sont jamais que des approximations. La plus grande partie des animaux forment des réunions naturelles considérables, mais il y a toujours des êtres qui, pareils à ces points singuliers de certaines courbes géométriques, se placent hors de série, soit par petites réunions, soit même par espèces absolument isolées. Ils ne se rattachent que d'une manière éloignée aux grands groupes, semblent des chaînons dissociés d'anciennes œuvres détruites, ou des pierres d'attente, jalons jetés dans l'immensité par TÉternel Créateur pour un avenir inconnu. Notre raison doit s'incliner devant ces lois mystérieuses. De même, ainsi que nous venons de le dire, pourquoi certaines espèces, au milieu d'une nourriture abondante, avec la même atmosphère et le même soleil, demeurent-elles toujours représentées par un petit nombre d'individus, tandis que des espèces voisines pullulent et couvrent d'immenses régions de leur multitude?

' Notre intention n'est aucunement d'exposer les anciens essais de classification des Insectes. L'observation de ces animaux date de la plus haute antiquité, surtout à cause des dangers qu'ils font courir à l'agri-

culture. Les Scarabées sacrés, qui enterrent et enlèvent les immondices corrupteurs de ratmosph(>re, sont reproduits dans les monuments de l'antique Egypte. L'Evode nous apprend que rÉlernel fil des Sauterelles (Acridiens) une des plus terribles plaies infligées à l'Egypte, qu'elles couvrirent, par son ordre, tout le pays, amenées par un vent d'orient, et ne disparurent, balayées par un vent d'occident, que lorsque le Pharaon, consterné par le fléau^ eut promis de laisser partir le peuple de Dieu. Moïse indique les Grillons, les Truxales et d'autres Orthoptères au sujet des animaux qu'il est permis ou non de manger. Il y a aussi de très-anciennes observations des Chinois sur les Insectes. Aristote s'est occupé assez longuement de l'entomologie. Les Insectes faisaient partie, pour l'illustre précepteur d'Alexandre, des AnimaUa exsanguia minora. On voit par ses écrits qu'il avait reconnu les principaux ordres des Insectes. Il avait séparé les Coléoptères à fourreaux alaires cornés, les Orthoptères sauteurs, les Hémiptères, les Papillons ou Psychœ, symbole de l'âme immortelle, les Insectes à quatre et à deux ailes membraneuses, les Insectes à la fois ailés et aptères, comme les Fourmis, les Lampyres, enfin les Aptères complets. Il donne des détails sur le chant des Cigales, et de nombreuses et intéressantes observations sur les Abeilles. Il savait que les piqûres des Insectes sont tantôt causées par la bouche, tantôt par l'aiguillon de l'abdomen; que les premières sont dues à des Diptères, les secondes à des Tétrapfères. Les ressemblances entre les Insectes et les Crustacés lui échappèrent. Les anciens, en etfet, si ingénieux et souvent si fidèles observateurs des mœurs des animaux, sont d'une grande ignorance en fait d'anatomic comparée. De plus, Aristote est imbu de cette grave erreur de l'antiquité, celle de la génération spontanée des Insectes. On ignorait par quelles évolutions peut se rattacher la larve, ou ver rampant sur le sol, à l'adulte ailé, dont la subtile atmosphère devient le domaine. Un taureau sauvage éventré donnait naissance aux légions laborieuses et guerrières des Abeilles, et du limon impur des marais échauffé parle soleil, des cadavres fétides et putréfiés, sortaient les noirs essaims des Mouches. Les mêmes idées sont celles de Théophraste, le disciple et successeur d'Aristole. Rien n'était plus propre à écarter les observateurs, à empêcher toute étude sérieuse des Insectes, êtres immondes par leur origine, objet de dégoût, que ces opinions déplorables qui traversent tout le moyen âge. Redi, puis Vallisnieri, démontrèrent que les Insectes naissent d'un œuf, comme les animaux élevés, et que les larves et nymphes forment leurs premiers états. Redi fit voir en effet que jamais les viandes corrompues, les fruits gâtés, ne produisent ces vers devant devenir Insectes, si, par des obstacles, comme des tissus à claire-voie, qui laissent passer l'air seulement et permettent la putréfaction, on empêche les femelles de venir déposer des œufs au sein de l'aliment futur de la larve.

Aldrovande avait pubUé une classification des Insectes, qu'il divise en

terrestres et aquatiques, chacun de ces groupes subdivisé en pédigôres et apodes; cet essai grossier comprend tous les Annelés actuels, et, parmi les aquatiques apodes, les Astéries, animaux rayonnes d'un tout autre type. Swammerdam, qui s'était beaucoup occupé de l'anatomie des Insectes et de leurs différents étals, fonda la classification des Insectes sur leurs métamorphoses, qui n'offrent, en réalité, qu'un caractère de valeur secondaire, comme tous ceux tirés des larves. C'est la môme méthode qui guida Ray et Willughby dans leur classification des Insectes, antérieure pour la publication à celle de Swammerdam et plus complexe. On peut résumer comme il suit le groupement de Swammerdam :

A. Point de métamorphoses, des mues : Poux, Ricins. •

B. Métamorphoses.

1. Incomplète. Larves et nymphes agiles : Orlhoplères, Névroptères,

Hémiptères.

2. Complète. Nymphe immobile, à peau autre que celle de la larve,

à membres apparents : Coléoptères, Hyménoptères, Lépidoptères.

3. Resserrée. Nymphe immobile, formée dans la peau de la larve sans

membres distincts : Diptères (la plupart).

Linnœus, mieux inspiré, arriva, par la seule inspection des ailes, à établir les ordres fondamentaux qui composent la classe des Insectes. Nous offrons ici le tableau de sa classification la plus perfectionnée :

il . . ( crustacées, avec la suture droite. Coléoptèbes.

^ \ demi-crustacées, incombantes. . Hémiptères.

Toutes couvertes d'écaillés Lépidoptères.

Membraneuses. \ Poi"t d'aiguillon Névroptères.

( Un aiguillon Hyménoptères.

Deux ailes. Des balanciers remplaçant la seconde paireM'ailes . . Diptères.

Point d'ailes Aptères.

Le groupe des Aptères comprend, pour Linnœus, tous les Arthropodaires autres que les Insectes.

Fabricius parvint à constituer à peu près les mêmes ordres, en se servant seulement de la disposition des pièces buccales. Ce système dénote une observation plus précise, plus approfondie. Il offre cependant moins de certitude que la méthode de Linnœus; certains groupes, comme les Éphémères, les Phryganes, les Bombycidcs, etc., dans la méthode de Fabricius, ne peuvent se réunir à leurs congénères qu'au moyen d'inductions analogiques, ces Insectes étant, à l'état adulte, privés de pièces buccales par atrophie. En outre, des rapprochements peu naturels se trouvent effectués, et les véritables Insectes sont séparés en deux séries, les broyeurs et les lécheurs, puis les suceurs, et, entre ces deux séries, Fabricius avait intercalé les Myriopodes, les Crustacés, les Arachnides. Les noms proposés par Fabricius ne sont pas restés dans

la science habituelle en France. La juste célébrité de cet entomologiste nous engage à citer ceux de ses ordres qui comprennent les véritables Insectes hexapodes.

1. Eleulherata. Mâchoires nues, libres, palpigères : Coléoptères.

2. Ulouala. Mâchoires couvertes par un lobe obtus : Orthoptères.

3. Synistata. Mâchoires coudées à leur base et soudées avec la lèvre : Névroptères

(moins les Libellulides) et Thysanoures.

11. Piezata. Mâchoires cornées, comprimées, souvent allongées : Hyménoptères. 5. Odonata. Mâchoires cornées, dentées, munies de deux palpes : Libellulides.

(Intercalation des autres Arthropodaires.)

H. Glossata. Bouche munie d'une longue spirale située entre des palpes redressés :

12. Rhyngota (1). Bouche formée par un rostre à gaîne articulée : Hémiptères et

Puces.

13. i4«</iato. Bouche formée par un suçoir sans articulations : Diptères et Para-

sites.

(En outre, Fabricius y joignait les Acariens, Arachnides trachéennes, Octopodes.)

On ne peut tenter une véritable classificalion naturelle des Insectes qu'en combinant, par un choix convenable, les moyens qui ont servi à Swammerdam, à Linnœus, à Fabricius, pour former leurs classifications, toujours plus ou moins artificielles. En efi'et, l'inconvénient capital d'employer un caractère dominateur dans la définition des ordres, c'est que chaque ordre paraît avoir la même valeur propre. En réalité, ils sont loin d'être équidistants et se groupent en plusieurs faisceaux distincts.

Si nous nous bornons exclusivement à l'exposition rapide des essais de classification naturelle des principaux auteurs français de ce siècle, nous devons d'abord signaler la classification reproduite en 1823 et en 1860 par C. Duméril, mais qui date réellement du début du siècle. Ce savant a le grand mérite d'avoir reconnu le premier, contrairement à l'opinion de Cuvier, que les Insectes, par la perfection de leurs fonctions animales, se placent au premier rang des animaux invertébrés. C. Duméril réunit ta la fois les caractères alaires de Linnœus et les caractères buccaux de Fabricius, et il arrive aux mêmes ordres que Linnceus. Pour lui, les Aptères ne comprennent plus les Crustacés, ni les Arachnides (du moins dans son Enlomologie analytique, publiée en 1860); mais il y réunit encore les Myriapodes avec de vrais Insectes de types très-différents; les Némoures ou Séticaudes (Thysanoures); les Rhinaptères ou Parasites, dans lesquels C. Duméril joint les Poux et les Puces; enfin les Ornithomyzes ou Ricins (Insectes épizoïques des oiseaux).

(1) Ou Rhynckota.

INTRODUCnON.

Voici le tableau de la classificalion analytique de C. Duméril :

/'inégales; les infé-^ travers. .

Des mâchoires. 1 rieures pliées en | loni^ueur . 2. Orthoptères.

Ailes i. , . (réticulées. 3. Nèvroptères.

{ ^S-^^^« ; ^ "^""'■^^ i veinées ..à. Hyménoptères.

Sans mâchoires ; ( un bec non roulé 5. Hémiptères

mais ( une langue roulée en spirale. 6. Lépidoptères.

au nombre de deux seulement 7. Diptères.

nulles 8. Aptères.

C. Duméril s'est préoccupé de ce fait que, dans certains genres ou certaines espèces d'Insectes ailés, les ailes font défaut, surtout chez les femelles, et il est arrivé à retrouver pour ces Insectes les mêmes ordres, sans se servir des ailes. Au reste, la difficulté est plus apparente que réelle; l'aspect général indique promptement la place de ces Insectes, où l'atrophie ne porte que sur un seul caractère.

Insectes sans ailes.

Quelques :

( sessile.

à mandibules. Ventre

Des élytres ; mâchoires

sans galette Coléoptères,

Avec ou sans élytres;

mâchoires à galette. Orthoptères.

sans mandibules; niant

for-

) pédicule; ( à cinq articles Hyménoptères.

\ tarses ( à moins de cinq articles. Névroptéres.

, , , , , ( Hémiptères

I un bec, le plus souvent corne j^ ^^ Diptères.

>une langue roulée en spirale Lépidoptères.

G. Cuvier, dans son Règne animal, fait commencer les Insectes par les Aptères, dans lesquels il comprend encore les Myriapodes. Puis viennent les ordres des Coléoptères, des Orthoptères, des Hémiptères, des Névroptères, des Hyménoptères, des Lépidoptères et des Diptères. Pendant sa longue existence, Latreille adopta successivement plusieurs systèmes de classification, et dans le dernier, publié en 1832, il a le mérite de débarrasser définitivement la science entomologique de cet ordre informe des Aptères, où Cuvier laissait à côté les uns des autres les Millepieds, les Poux et les Puces. On y trouve la tendance à réunir les ordres linnéens en groupes de valeur supérieure. Voici le tableau résumé de cette classificalion :

Insectes ou Condylopes hexapodes.

' Pas de métamorphoses | Thysanoures.

^ ( Parasites.

Métamorphoses Siphonaptères (Puces).

Coléoptères, Broyeurs .

Pas d'ailes.

Élytroptères.

I Suceurs.

Des ailes...

Gymnoplères,

Quatre ailes.

Deux ailes.

Dermaptères (1<"orficules).

Orthoptères.

Hémiptères.

INévroptères.

Hyménoptères.

Lépidoptères.

Diptères (des balanciers).

Strepsiptères.

Lalreille connaissait fort mal les Insectes anormaux formant l'ordre des Strepsiptères ou Rhipiptères. Il n'avait pas la notion exacte des appendices mobiles qu'il indique chez eux, et à tort, au prothorax. Ce sont des ailes antérieures, rudimentaires, ou plutôt des élytres sublinéaires, ressemblant un peu aux balanciers des Diptères, chez lesquels l'atrophie atteint au contraire les ailes de la seconde paire.

La classification que nous adopterons est celle exposée par M. Milne Edwards dans ses leçons d'entomologie au Muséum. L'idée première est empruntée aux ingénieuses conceptions de Mac Leay, qui arrive à deux groupements analogues pour les Insectes ailés; mais toute idée théorique de groupement circulaire est écartée, pour s'en tenir aux seules données de l'observation. Les diverses sous-classes sont en rapport avec la conformation anatomique de la bouche des larves et leur mode de nutrition. Dans la plupart des Insectes, elles ont la bouche maxillée, c'est-à-dire pourvue d'organes broyeurs des aliments : chez les unes, cette conformation persiste toute la vie; chez les autres, à l'état adulte, l'Insecte devient lécheur ou suceur par transformation des pièces buccales. Enfin, certains Insectes ont des larves haustelées, à bouche suçante, et ee caractère persiste chez les adultes. De là des ordres d'inégale valeur, comme le montre le tableau suivant :

Page 1