ORDRE
COLEOPTERES
IVotions générales.
L'ordre des Coléoptères est formé d'insectes à quatre ailes développées, avec quelques cas spéciaux d'atrophie. Les ailes supérieures sont par excellence des étuis cornés ou élytres, impropres au vol, servant parfois accessoirement de balanciers ou de parachutes; leur épaisseur est la même aux deux bords, et ce n'est qu'avec grande difficulté, en examinant en dessous les grosses nervures et en prenant des espèces convenables, qu'on peut reconnaître dans cet organe si modifié le plan commun qui apparaît dans l'aile de tous les insectes. Ces élytres sont d'une texture solide et ne se croisent presque jamais en dessus, s'accolent par une suture droite, au moins à leur base, devenant quelquefois déhiscentes et atténuées à l'extrémité. Au-dessous des élytres sont les ailes servant au vol, membraneuses, dont l'aire dépasse habituellement celle des élytres qui doivent les recouvrir; aussi, sauf une exception pour les Buprestes, elles éprouvent un repli autour d'une charnière de forme et de position très-variées, de sorte que la partie extérieure de l'aile vient se placer sous la partie basilaire.
Par rapport à toute la classe des Insectes, on doit dire que les Coléoptères sont de médiocres voiliers, et il en est que l'absence d'ailes, coïncidant souvent avec la soudure des élytres, maintient toujours fixés au sol.
Les classificateurs tirent un grand parti, comme on le sait, des pièces buccales et des tarses, ce qui nous oblige à entrer dans quelques détails à l'égard de ces organes.
Les Coléoptères présentent essentiellement le type des insectes broyeurs. La cavité buccale s'ouvre au milieu d'un assemblage de pièces extérieures à elle, qui jouent latéralement, et qui sont des appendices de l'arceau inférieur, chaque paire indiquant un zoonite élémentaire ; on sait que la soudure des segments est considérable dans la région céphalique. Les appendices buccaux représentent des pattes très-raccourcies, dont les articles sont frappés de fréquentes atrophies, et qui peuvent en revanche offrir des dédoublements latéraux articulés, connus sous le nom de palpes. Antérieurement, la bouche commence par un labre ou lèvre supérieure, sorte de repli du segment. Au premier abord, cette pièce paraît centrale ou impaire, mais un examen attentif
y fait, dans beaucoup d'espèces, reconnaître un sillon médian ou une échancrure centrale, indice d'une soudure de deux pièces latérales opérée de très-bonne heure (Brullé). Puis viennent deux mandibules, toujours plus ou moins aiguës et falciformes, à bord interne, tantôt simple, tantôt dentelé et parfois muni à la base de gros tubercules, sortes de dents molaires ; elles agissent de dehors en dedans, comme des tenailles ou des ciseaux, pour couper les substances alimentaires. Jamais, chez les Insectes, les mandibules n'offrent de palpe à leur côté externe, ainsi qu'on le remarque chez les Crustacés supérieurs. Après les mandibules, à droite et à gauche de la cavité buccale, sont deux mâchoires, représentant la première paire de mâchoires des Crustacés. Elles sont en général courtes chez les Coléoptères, à deux lobes muni au bord interne de dents, d'épines, de cils, de brosses ; parfois le lobe externe s'allonge, prend plusieurs articles, devient palpiforme. Les mâchoires achèvent la trituration grossièrement commencée par les mandibules, elles émiettent les substances en fragments plus petits et les font tomber dans la bouche; elles sont munies au côté externe d'un palpe maxillaire, dont le nombre d'articles varie de un k quatre chez les Coléoptères. Ces palpes sont des organes tactiles guidant l'insecte dans la manière dont ses appendices broyeurs doivent attaquer les substances, et en outre servent à ramener dans le cercle d'action des pièces buccales les fragments qui s'écarteraient trop et tomberaient. Au-dessous des mâchoires et à la base de la bouche, qui est ainsi limitée inférieurement, se trouve enfin la lèvre inférieure, organe toujours assez court chez les Coléoptères. C'est incontestablement la plus compliquée des pièces buccales ; elle représente la seconde paire de mâchoires des Crubtacés supérieurs, et l'on y trouve une répétition modifiée des pièces des deux mâchoires, dont les parties, au lieu de rester libres, sont soudées ici pour la plus grande portion sur la ligne médiane ; elle est seulement un peu mobile de bas en haut, et ses extrémités retiennent contre la cavité buccale les aliments que divisent les mâchoires, eu même temps que, par l'action des palpes surtout, elles aident à la préhension de ceux-ci. Il est nécessaire de signaler les diverses parties de cet organe dont la classitication des Coléoptères tire de continuels caractères. A sa base et centralement, se trouve le menton en forme de plaque de figure variable, le plus souvent cornée et recouvrant plus ou moins les autres organes buccaux. Au menton s'articule la pièce nommée hyijoylotte par Jacquelin du Val, pièce généralement membraneuse ou coriace, cachée d'habitude sous la précédente, et ne s'apercevant que par une muiutieuse désarticulation : le menton et l'hypoglotte représentent deux pièces basilaires de la mâchoire soudées à droite et à gauche, portées sur un support commun d'insertion {gond et tige dans lîi mâchoire). L'hypoglotte est continuée en avant du menton et avec union intime par la languette, lamé cartilagineuse ou membraneuse, entière ou lobée, de grandeur et d'aspect très-divers, et ayant à sa base
en dessus l'ouverture de la bouche, ou plutôt du pharynx, poursuivre davantage les analogies ; de chaque côté de la languette sont deux appendices soudés contre elle, souvent indistincts ou nuls chez beaucoup d'espèces et qu'on nomme les paragloises. La languette est due à la soudure des lobes internes des mâchoires, et les paraglosses figurent les lobes externes. Enfin, pour compléter l'assimilation, la lèvre inférieure porte latéralement deux ^jalpes labiaux, d'habitude plus courts que les palpes maxillaires;, et dont le nombre des articles varie de 1 à 3 chez les Coléoptères; leurs supports s'attachent au sommet de l'hypoglotte.
Nous avons dû présenter avec quelque développement l'organisation de la bouche des Coléoptères; car, pour les autres ordres des Insectes, nous n'aurons plus, en obéissant aux belles homologies découvertes par Savigny, qu'à indiquer comment se modifient les pièces que nous venons d'énumérer. Dans les Insectes, 11 y a un véritable hiatus entre les appendices buccaux et les pattes thoiaciques; on ne tiou\e jamais ce qu'on nomme les patles-mâchoires dans les Crustacés supéiieurs et les Myriapodes. Dans les premiers, trois paires de pattes raccourcies recouvrent les appendices précédents et remplissent en partie le rôle de la lèvre iniérieure des Insectes. Chez les Myriapodes, si longtemps réunis aux Insectes, et qui en sont une évidente dégradation, il y a aussi des palles-mûchoires, et chez une partie d'entre eux un insensible passage entre les paires des appendices buccaux et locomoteurs. Quant aux Arachnides, à pièces buccales proprement dites très-réduites presque toujours, elles lorment un type aberrant.
Les tarses des Coléoptères sont chez eux, comme chez les autres Insectes, des supports, des organes de préhension, des appareils tactiles par les poils, les brosses dont sont munis leurs articles en dessous: le dernier article ou le terminal ollre un ou deux ongles ou crochets, de l'orme tiès-diverse, simples, ou Tendus, ou dentelés, etc. On observe souvent chez les mâles un élargissement des articles des tarses antérieurs, qui est certainement en rapport avec la nécessité de développer une certaine force pour retenir lu femelle dans l'accouplement. Mais le plus important pour la classification est de compter le nombre des articles des tarses, articles d'ailleurs de formes variées. Geollroy est l'auteur d'un système de classification artificielle qui est des plus commodes, et qui a joui longtemps d'une faveur méritée, jusqu'à ce que les progrès dans la science aient nécessité son abandon relatif, c'est-àdire n'aient plus permis de s'en servir, comme l'ont lait C. Duméril et Latreille, pour former des sous-ordres dans l'ordre des Coléoptères. Dans ce système, dit taréal ou tarsien, on réunissait d'abord sous le nom de FeiUuméies les Coléoptères ayant cinq articles à tous les tarses ; les iletéromères étaient ceux ayant cinq articles aux tarses antérieurs et intermédiaires et quatre aux tarses postérieurs, et ce groupe est encore assez naturel; les letraméïes, dont tous les tarses ont quatre articles; etenlin les Trimeres ou ï'auciiarses ou Oligomérés de C. Duméril, ayant trois
articles aux tarses. C. Duméril fait remarquer avec raison qu'il ne faut se servir de ces mots que comme adjectifs du mot Coléoptères; sans cela les noms employés comme substantifs, ainsi que le fait Latreille, peuvent s'appliquer à des insectes d'autres ordres.
A part quelques rares entomologistes, le système tarsal a été abandonné parles auteurs qui font autorité dans la science actuelle, comme MM. Westwood en Angleterre, Redtenbacher et Erichson en Allemagne; Lacordaire en Belgique ; E. Blanchard, Jacquelin duVal, E. Perris, L. Fairmaire, Laboulbène, Mulsant, Grenier, E. Desmarest, de Marseul, etc., en France. Ils ont cherché à subdiviser les Coléoptères en tribus ou en familles naturelles, non plus d'après un seul caractère, mais d'après l'ensemble et la valeur comparée de tous, en joignant à l'examen des organes externes l'étude du système nerveux, et appelant la considération des larves comme un puissant auxiliaire dans tous les cas où les seuls caractères des adultes laissent de l'incertitude. On a constaté en effet que, dans les groupes à nombreux Coléoptères, certains genres ou certaines espèces, tout à fait voisins des autres à tous autres égards, ont des nombres différents d'articles aux tarses, comme par une sorte d'accident sans importance. On a vu que souvent l'existence d'articles tarsaux rudimentaires, méconnus dans une observation superficielle, apportait les plus graves embarras à ceux qui s'obstineraient à classer les Coléoptères d'après le nombre d'articles des tarses. Enfin, il est des tribus entières dont la place est complètement intervertie dans le système artificiel inauguré par Geoffroy dans sa célèbre Histoire des Insectes des environs de Paris : ainsi les Psélaphiens, rangés dans les Coléoptères trimères, ne peuvent être séparés de la tribu des Staphyliniens ou Brachélytres, dans laquelle presque tous les genres sont pentamères, avec quelques-uns hétéromères ou tétramères.
Les sexes des Coléoptères se distinguent par des caractères de même nature que ceux que nous observerons dans tous les ordres des Insectes. En général, le mâle est plus petit, plus élancé, plus grêle, à abdomen plus long et plus étroit. C'est ce sexe où les caractères atteignent le plus de différences, et par suite spécialisent le mieux les espèces : on voit parfois la tête et le corselet munis d'appendices et d'expansions qui s'effacent chez la femelle ou deviennent de simples bosselures; les yeux sont plus développés; les antennes plus longues, plus fortes, à articles plus diversifiés, ce qui indique des sens plus exquis, nécessaires au mSle pour découvrir dans ses perpétuelles excursions une femelle volontiers sédentaire. Enfin les pattes se modifient avec les sexes, ainsi que le nombre et la forme des derniers anneaux de l'abdomen, qui contiennent l'armure génitale du mâle et l'oviducte de la femelle. Tous les Coléoptères, à une exception près, pondent des œufs. 'Les Coléoptères appartiennent aux insectes à métamorphoses complètes, distinction qui, du reste, comme nous le savons, n'est que d'une valeur secondaire, De l'œuf sort une larve subissant plusieurs paues. Ces
larves, d'un degré de développement très-inégal en sortant de l'œuf, sont beaucoup moins connues encore que les chenilles des Lépidoptères, élevées en nombre par les amateurs afin d'obtenir des sujets trèsfrais : leur régime beaucoup plus varié, les soins minutieux nécessaires pour les conserver vivantes, expliquent cette infériorité dans nos connaissances à leur égard; toutefois il faut reconnaître que les travaux de MM. Bouché, Chapuis et Candôze (1), de Haan (Métamorphoses des Coléoptères, Paris, J836), E. Blanchard, Perris, Laboulbène, et enfin M. Schioedte (de Copenhague), avec d'excellentes figures, ont beaucoup contribué à diminuer l'ignorance où l'on est longtemps resté à leur égard. Elles sont tantôt apodes, tantôt munies de pattes diversifiées. Elles se changent en mjmphes, où l'on reconnaît parfaitement les organes des sens et de la locomotion de l'adulte repliés en dessous, et sa forme générale, le tout emmaillotté d'un mince tégument. Ces nymphes sont assez souvent contenues dans des coques grossières, ou de terre, ou de débris variés, consolidées par une matière agglutinante provenant habituellement des glandes salivaires.
Les organes des Coléoptères, tant internes qu'externes, sont trèsdiversifiés en raison des habitudes et des régimes les plus différents, toujours dans la corrélation la plus directe avec l'organisation anatomique; les plus légères modifications des mêmes pièces amènent des différences physiologiques très-considérables, fait général pour tous les êtres vivants. Les Coléoptères vivent sur la terre, sous les eaux, et certains passent dans les airs la partie active de leur vie à l'état adulte. Si la plus grande portion offre des couleurs sombres ou ternes et peu variées, il en est qui resplendissent de l'éclat des fleurs et des riches reflets des pierreries et des métaux. Sous le rapport de l'instinct et de l'intelligence, les Coléoptères ne s'offrent pas au premier rang; ce sont de pauvres architectes, se contentant au plus de creuser des galeries ou des terriers. Le plus grand nombre d'entre eux sont phytophages de feuilles, de racines, de bois, de graines, et souvent d'une manière très-nuisible pour nous ; il en est une certaine quantité d'un régime carnassier, tantôt de proies vivantes, et alors ils nous rendent de grands services en faisant périr des insectes ennemis des végétaux, tantôt de matières animales mortes, ce qui les constitue des agents harmoniques de la salubrité de l'atmosphère, et parfois aussi de funestes destructeurs de nos conserves.
Les Coléoptères sont placés d'habitude en tète de la classe des Insectes, parce que ce sont les mieux connus et les plus étudiés. Au point de vue d'une science réellement philosophique, ils cèdent le pas aux Hyménoptères ou aux Lépidoptères, supérieurs, les premiers par leurs merveilleux instincts, les seconds par la production de la
(1) Chapuis et Candèze, Catalogue des larves de Coléoptères {Mém. de la Soc. des sciences de Liège, 1853, t. VIII).
soie, source d'une industrie du premier ordre. Ce qui a mis les Coléoptères en si grande faveur, c'est la facilité qu'ils offrent aux collectionneurs pour leur préparation et leur entretien; on se contente de les piquer dans les boîtes, sans qu'il soit nécessaire d'étaler leurs ailes, et la dureté de leurs téguments, la solidité de leurs couleurs, les rendent moins facilement attaquables aux insectes ennemis, moins altérables à la lumière, moins sujels à la rupture spontanée des parties. Aussi les marchands naturalistes, en retirant un bon profit, les rassemblent de toutes les parties du globe, au grand détriment des ordres dédaignés, comme les Orthoptères, les Névroptères, les Diptères. En réunissant les espèces des diverses grandes collections, on peut estimer à cent mille environ le nombre d'espèces connues, ou par une description complète, ou une diagnose, ou un nom, ou un numéro de collection {espèces nominales), et tous les jours on en découvre de nouvelles. Cependant, d'une manière absolue, les Coléoptères ne sont pas aussi nombreux que les Diptères et même probablement que les Hyménoptères, et ne s'étendent pas aussi loin, tant en latitude qu'en altitude. Environ quarante mille genres se partagent cette immense légion, qui s'accroît sans cesse. On n'a pas d'ouvrage descriptif réunissant toutes les espèces: aucun éditeur n'oserait faire les frais d'un pareil travail, qui serait cependant si important; mais on ne peut les blâmer en songeant combien la science pure tient peu de place dans ce siècle qui vante ses lumières, et qui en revient toujours aux engins de meurtre de plus en plus perfectionnés. Certains Coléoptères nuisibles font pourtant perdre bien des millions à l'agriculture et à l'industrie, et c'est l'étude minutieuse des espèces et de leurs mœurs qui peut seule nous conduire à des moyens efficaces de destruction. On possède un grand nombre de Monographies et plusieurs Gênera et Species . Nous devons signaler aux lecteurs un certain nombre d'ouvrages spéciaux aux Coléoptères dans leur ensemble, nous réservant l'indication de quelques monographies importantes quand nous traiterons des familles ou des genres qu'elles concernent. Voici l'indication des ouvrages les plus nouveaux à consulter sur les Coléoptères en général, en nous bornant aux ouvrages écrits en français ou en latin. Dans les Gênera : Histoire naturelle des Insectes {Stiites à Biiffon). — Th. Lacordairc, Gênera des Coléoptères d' Europe (I85h à. 181 \ , 10 vol.), ouvrage comprenant les Coléoptères de tous pays, avec diagnose des genres et catalogue des espèces, s'arrêtant en 1870 au tome IX, comprenant la majeure partie des Cérambyciens. — Gênera des Coléoptères d'Europe, par Jacquelin du Val (Paris, 1855 à 1868, 4 vol.), ouvrage terminé par M. L. Fairmaire. — Faune élémentaire des Coléoptères , par M. Fairmaire (1 vol., Paris, 1870).
Dans les Species, ouvrages où la description s'étend aux espèces qui rentrent dans le cadre de l'auteur, il faut mentionner : Dejean, Species général des Coléoptères de la collection de M. le comte Dejean (6 vol., Paris, 1825 à 1831), ouvrage inachevé, contenant les Coléoptères carabiques de
tous pays. — Dejean et Latreille, Histoire naturelle et iconographique des Coléoptères d'Europe (Paris, 1823-182Z|. — Dejean, Boisdiival et Aube, Iconographie et histoire naturelle des Coléoptères d'Europe (1829-18/i0, 5 vol.; le cinquième par Aube, comprenant les Hydrocantbares ou carnassiers d'eau). — Mulsant, Histoire naturelle des Coléoptères de France (certaines parties avec la collaboration de Fondras et de M. Rey) (Paris et Lyon, 21 vol., 1839 à 1870), presque complet (manquent les Carabiens et les Chrjsoméliens). — A. Laboulbène et !.. Fairmaire, Faune entomologique française, ou Description des Insectes qui se trouvent en France (1 vol., Paris, 185/i-1856\ inachevé, comprenant les Coléoptères jusqu'aux Silphiens inclusivement. — J. A. Boisduval et Th. l.acordaire, Faune entomologique des environs de Paris, ou Species des Insectes qui, se trouvent dans un rayon de quinze à vingt lieues aux alentours (1 vol., 1835), comprenant (outre lesThysanoures, les Poux et les Puces) les Coléoptères carnassiers terrestres et aquatiques, les Palpicornes, les Clavicornes et les Staphylins. — A. Fauve), Species de la faune gallo rhénane, Coléoptères{Caen,lS6H- 1869), 2 livraisons comprenant l'Introduction. — E. Mocquerys, /?ecMe«7 de Coléoptères anormaux^ (Kouen), 8 livraisons.
Enfin, nous devons mentionner dans les catalogues de Coléoptères les plus nouveaux : Dejean, Catalogue des Coléoptères {i vol., 1837, à^ édit.). — H.Schaum, Catalogus Coleopterorum Europœ (Berlin-, 1862). — De Marseul. Catalogue des Coléoptères d'Europe et du bassin de la Méditerranée (Paris, 1863).— A. Grenier, Cataloque des Coléoptères de France, et matériaux pour servir à la faune des Coléoptères français (Paris, 2 cahiers, 1863 et 1867). — Catalogus Coleopterorum, par Gemminger et de Harold, sumptu Gummi (Munich, 1868-1870, 7 vol.), comprenant les Coléoptères de tous pays (complets : anciens Pentamères et Hétéromères).
Il y' a encore une assez grande inégalité, qui tend heureusement à disparaître, dans la manière dont on a étudié les Coléoptères; en général, les genres carnassiers sont mieux connus que les genres phytophages. On peut dire que, pour les premiers et une partie des seconds, on a subdivisé à l'infuiï en s'appuyant sur les plus légers caractères ; là, les faiseurs de genres ont satisfait leurs prédilections, et beaucoup de 1-eurs genres ne sont réellement que des sous-genres pour le naturaliste éclairé. Dans les derniers groupes de Coléoptères végétivores, il reste au contraire des classifications à reprendre et à perfectionner, et plusieurs genres renferment encore des séries d'espèces assez disparates.
Nous commencerons l'étude des Coléoptères, comme le font presque tous les auteurs, par les Carnassiers. Il n'y a évidemment pas d'autre motif de suivre cet ordre que l'habitude adoptée depuis longtemps par les naturalistes de mettre les Carnassiers en tête des Mammifères et des Oiseaux : l'humanité a pris toujours l'usage, plus ou moins volontaire, de céder le pas aux guerriers. M. E. Blanchard a cependant fait remarquer avec raison que les organes médiocrement diversifiés des Coléoptères carnassiers, dont les pattes sont le plus souvent simples et
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les antennes à articles pareils, indiquant une moindre division du travail physiologique, que leurs trachées simplement tubuleuses, leur système nerveux peu centralisé, leur assignent un rang intermédiaire dans l'ordre, au point de vue des affinités naturelles. Nous devons sacrifier des considérations de ce genre, quelle que soit leur importance philosophique, à la nécessité de mettre notre travail à la portée du plus grand nombre, en évitant de créer des difficultés à ceux qui débutent dans la science de l'entomologie. Nous cherchons avant tout à susciter des vocations, à augmenter le nombre des observations, et principalement nous nous attacherons aux détails curieux et aux applications utiles. Notre intention étant surtout de faire de l'entomologie appliquée, nous négligerons beaucoup de genres et même de coupes d'un ordre plus élevé, pour nous occuper plus spécialement des genres et des espèces utiles ou nuisibles. Les détails rigoureux mais secondaires de la classification, très-importants dans un Gênera ou un Species, n'ont, au point de vue de notre livre, qu'une valeur bien moindre. Cet aveu doit prévenir une foule d'objections. Notre but particulier est d'initier rapidement le lecteur aux avantages pratiques de l'entomologie ; d'autres ouvrages faits par des entomologistes éminents, et d'une compétence spéciale, devront être consultés pour la connaissance plus approfondie de la science pure.
Tribu I. •— CARABIEMS.
Les Coléoptères de cette tribu se nourrissent d'insectes vivants. Les habitudes, à peu d'exceptions près, sont analogues pour tous les genres. De puissantes pièces buccales permettent à ces insectes de dévorer leurs victimes rapidement, sans résistance. Des pattes longues, à forts articles cylindriques, à onglets terminaux robustes, leur fournissent les moyens de s'en emparera découvert, à la course. Le vol est secondaire chez eux.
Ils sont toujours pentamères : c'est la forme de ferse la plus parfaite, en rapport avec une locomotion rapide. Leur corps est assez allongé, leurs yeux composés saillants ; la consistance des pièces tégumentaires et des élytres est assez forte. On sait qu'en général la mâchoire des insectes broyeurs offre deux lobes plus ou moins distincts et un palpe articulé. Chez les Coléoptères carnassiers, le lobe interne subsiste seul et la mâchoire semble avoir deux palpes articulés. Le palpe interne est réellement le lobe externe de la mâchoire (qui forme le galea ou casque chez les Orthoptères), devenu étroit et articulé.
Les larves des Carabiens ont une vie assez longue, sont très-agiles et se nourrissent de proie vivante comme les adultes, s'en emparant, le plus souvent, sans ruses ni pièges, à la course. Les Carabiens, larves ou adultes, ne craignent pas de s'attaquer à des insectes de beaucoup plus grosse taille qu'eux. Ils se cachent sous les pierres, sous les écorces,
CIClNDÉtlDES. — THERATES. 2A9
dans la mousse, et parcourent volontiers les chemins par les beaux jours. Bien que de toutes les régions du globe, ils sont beaucoup plus abondants dans les pays tempérés. Ce sont des insectes éminemment utiles, protecteurs des cultures en détruisant un nombre énorme d'insectes phytophages. Deux familles, très-inégalement riches en genres et en espèces, ont été formées dans les Carabiens : ce sont les Cicindélides et les Carabides. Certaines différences essentielles existent entre les larves, surtout pour les mœurs.
Famille I. — CICINDÉLIDES.
Leur aspect est plus élancé en général que dans l'autre groupe, et les espèces qui ont des ailes volent plus facilement. Les pattes sont plus longues, la course plus rapide. Ces insectes sont par excellence les carnassiers chasseurs, dédaignant les chairs mortes et méritant la comparaison de Linnœus : « Cicindelœ tigrides ex insectis », les Cicindèles sont les tigres des insectes. La lèvre inférieure est très-courte, les palpes labiaux souvent plus gros que les maxillaires, et paraissant à quatre articles, leur support étant allongé et libre. Les mandibules, longues, courbes et aiguës, sont fortement dentées au côté interne; les mâchoires se terminent presque toujours par un onglet articulé mobile, elles sont munies de poils. Les yeux composés sont très-saillants et permettent un champ de vision fort étendu. Les Cicindélides aiment l'ardeur du soleil et se trouvent de préférence dans les régions chaudes. Leurs couleurs sont vives et variées.
Les Cicindélides ont une distribution géographique beaucoup moins étendue que celle des Carabides; elles sont surtout propres aux pays chauds : certains genres appartiennent à l'ancien et au nouveau monde (ex. : Cicindela, Megacephala, etc.) , d'autres sont exclusifs à l'un ou à l'autre, et semblent s'y représenter comme dans des séries parallèles.
GENRES PRINCIPAUX
THERATES, Latr. — Tête très-grande, rétrécie, plus large que le corselet au niveau des yeux ; lobe externe (palpe interne) de la mâchoire uniarticulé, court, spiniforme.
Le corps de ces insectes est un peu plus large et plus long que chez les Cicindèles. Leurs yeux sont très-gros et très-saillants. Ces insectes vivent dans les îles de la Mélanésie et de l'archipel indien. — Ex. : Therates basalis, d'Urv., espèce rapportée de la Nouvelle-Guinée par Dûment d'Urville.— PI. vn, fig. 1 : le, antenne; 16, labre; le, mandibule; 1 d, mâchoire et palpe externe; 1 e, lèvre inférieure et palpes labiaux ;
9ÊÊ COLÉOPTÈRES.
If, tarse de la patte antérieure du mâle. — Iles! probable que ces Insectes vivent sur les feuilles. Ils répandent une odeur musquée.
TRICOIVDYEi.% , Latr, — Palpes maxillaires internes biarticulés ; antennes
sétacées.
■ Ces insectes ont les élytres soudées, sans ailes en dessous. Très-agiles et noirâtres, allongés, courant par ferre et sur le tronc des arbres, ils ressemblent à de grosses Fourmis. — Ex. : Tricondyla aplera, Oliv., delà Nouvelle-Guinée, faisant enl.endre un petit bruit par le frottement de son corselet. — Pi. vu, fig. 3:3a, anteiine ; 36, labre; 3 mandibule; 3 d, mâchoire; 3 e, lèvre inférieure et palpes ; 3/", patte postérieure ; 3 gf, ta.rse antérieur du mule.
Outre les îles sondaïques et mélanésiennes, on trouve ce genre en Birmanie, au Cambodje, à Siam.
COIil'YRl^, Fabr. — Palpes maxillaires internes biarticulés ; antennes épaissies
vers l'extrémité.
Ces Insectes sont pourvus d'ailes, ornés de couleurs métalliques, tirant le plus souvent sur le vert ou sur le bleu. Ils habitent les deux péninsules indiques, Ceylan, les îles de la Sonde, les îles Formose, mais non laM^lanésie- — Ex. : Collyris modesta ou Diardi {sjn. coll. du Muséum), de Java. — PI. vu, fig. 5:5a, lèvre inférieure; 56, antenne; 5c, patte antérieure du mâle.
Les Cicindèles proprement dites forment le groupe le plus étendu de la famille, et qui se trouve dans toutes les contrées de la terre. La tête a des dimensions médiocres; les palpes maxillaires sont au moins aussi longs que les labiaux. Les yeux sont grands, allongé sou réniformes. Le plus souvent il y a des ailes sous les élytres; les tarses antérieurs ont les trois premiers articles dilatés chez les mâles, le quatrième étant simple ou bilobé.
CICllVDEIiA, L. — Labre peu avancé et denté, dent du menton assez courte
des ailes.
Ce genre, qui a donné son nom à la famille, est composé d'espèces se plaisant à l'ardeur du soleil, surtout dans les terrains sablonneux ou secs. Quelques espèces se réfugient dans des trous quand le temps est pluvieux ou froid, il en est qui aiment le bord des eaux douces ou salées ; d'autres vivent seulement dans les bois, ou courent entre les herbes: enfin, on en trouve qui courent sur les troncs d,'arbres, à la façon des Galosomes. - . . ' '•-- ■ • -^
CICINnÉLTDES. — CK'JNDELA. §54
Les Cictndèles s'envolent rapidement, du moins pour la plupart des espèces, mais se posent tout de suite à 3 ou Zi mètres de distance. Si le soleil est caché, elles ne volent plus et courent seulement avec rapidité. Leur régime et leur tube digestif sont très-analogues à ce qui a lieu chez les Carabes, Ces beaux Insectes cherchent à mordre quand on les saisit ; mais leurs mandibules ne peuvent entamer la peau. Ilsrépandent une forte odeur de rose ou de jacinthe, bientôt mêlée d'un© odeur acre due à une salive brune qu'ils dégorgent. A l'état adulte, ces^ puissants chasseurs dédaignent la ruse et s'élancent avec férocité surleur proie. Dans le premier âg^, il n'en est pas de même : l'appétit est aussi cruel; mai^ les pattes des larves sont courtes et faibles, presque tout leur corps est mou, et elles se déplacent difficilement. Aussi chas-, sent-elles à l'affût, dans des trous creusés en terre.
L'espèce la plus commune près de Paris, \e Cicindela campestris, h., se renconl;re dans les bois, dans les sentiers des champs, dans les jardini même. Elle est d'un beau vert, avec cinq points blancs sur les élytres 'y dans les variétés, ce nombre diminue, et il s'ea trouve sans points. L'abdomen est d'un rouge cuivreux. La larve a été étudiée avec soin et , décrite en 1801 par Desmarest. On larcncontre en abondance, de juillet à octobre, dans des trous verticaux ou obliques, comme des cheminéescyMnèriques, ayant de 5 à l'i centimètres de long., placés dans Les endroits secs, les sentiers, les allées des jardins. Son corps, qui atteint de 20 à 22 millimètres, est allongé, composé de douze anneaux," à part la fête. La tète est cornée, bien plus large que le corps, en forme de trapèze :. le premier anneau, également corni, d'un vert métallique, est élargi comme un bouclier; les autres anneaux sont mous et d'un blanc sale ; le huitième, bien pLus large, supporte une.; paire de tubercules charnus, rétractiles, surmontés de crochets; lés. quatre derniers anneaux sont rétrécis et terminés par un prolongement conique où débouche l'anus. La larve, pliée en Z, monte dans son tube, et s'y cramponne, appuyée sur 1« dos du thorax et par les crochets dahuitième anneau, comme un ramoneur dans une cheminée. Sa large tète, repliée à fleur de tête, forme un pont qui masque le trou. Malheun. à l'insecte imprudent qui passe sur celle bascule perfide. Elle cède sous, lui, il est précipité au fond du puits meurtrier, et la Cicindèle se gorgé dç son sang. Au moindre danger, la larve descend au bas de son trou. Pour se procurer celte curieuse larve, C. Du méril recommande de descendre avec précaution un fétu de paille dans le trou, et de l'y laisser, quelque temps immobile. Bientôt elle saisit la paille qui l'irrite, et on peut la remonter, cramponnée par ses puissantes mandibules- Quand l'instant de la métamorphose est arrivé, la larve agrandit le fond de son trou et bouche l'orifice avec de la terre détachée dn sol. Aussi on a été fort longtemps sans connaître la nymphe de celte espèce si commune.. Elle a été découverte et publiée par M. Hlis^on en I8/18. Si l'on veut la trouver, il est, bon de feei; à demeure ua petit piquet dans Le trou dej
la larve, qui plus tard ne sera plus visible. La nymphe est luisante, un peu arquée, d'un jaune-paille, avec des pattes blanchâtres. Le tout est recouvert d'une mince peau qui laisse voir les formes, comme chez tous les Coléoptères. Les premiers segments de l'abdomen ont de petites épines ; le cinquième, deux longues pointes divergentes, servant sans doute à maintenir la nymphe au fond du trou. On rencontre le Cicindela campestris toute l'année, à l'exception des mois les plus froids. En effet, certaines larves se métamorphosent à la fin d'août et éclosent à l'état adulte au bout d'un mois environ ; la plupart bouchent leur trou en octobre pour se garantir des intempéries, et ne se métamorphosent qu'au début du printemps suivant, ce qui donne une éclosion en avril. Enfin , il est des Cicindèles qui , métamorphosées à partir d'août, passent l'hiver en nymphe ou en adulte, et éclosent à la mi-mars. Elles donnent les adultes de septembre et d'octobre ou de mars suivant ; les adultes éclos à la fin d'avril ne fournissent d'autres adultes qu'en avril et mai de l'année suivante.
On trouve encore près de Paris, ainsi parfois à Cha ville, le Cicindela hybrida, L., d'un vert terne et assombri, ou plus souvent d'un bronzé brunâtre relevé par des bandes et un croissant blanc. Nous recommandons Compiègne aux jeunes amateurs pour capturer cette espèce, ainsi, tout près de la ville, dans les sables du Rond-Royal, aux Beaux-Monts, etc. Plus forte que le C. campestris, elle le chasse de ses localités et le tient à distance. Les larves, à corps grisâtre, à tête arrondie, d'un vert métallique sombre, creusent leurs trous d'affût seulement dans les sables. Ils sont bien plus profonds que ceux du C. hybrida, descendant parfois à 50 ou 60 centimètres, le plus souvent obliques, un peu élargis au fond, où l'on trouve des débris d'insectes dévorés. La larve, retirée du trou, cherche à mordre, se replie et fait de véritables sauts. Une variété de cette espèce, le C. maritima, Dej., se trouve sur toutes les plages sablonneuses du nord de l'Europe, de la baie de Somme, au fond de la Baltique. Dans les bois secs des environs de Paris, parfois à Montmorency, surtout à Fontainebleau, on trouve le C. sylvatica (L.), grosse espèce à élytres rugueuses, d'un brun bronzé, à côtés violacés, avec une lunule humérale, une bande ondulée et un point blanc sur chaque élytre. Elle vole très-bien et est difficile à prendre au soleil ; on fera bien de se placer de façon à la couvrir de son ombre pour la calmer un peu. Au contraire, on trouve près de Paris, mais assez rare, dans les chaumes, les herbes sèches, sur les chemins, une charmante petite espèce élancée, qui court très-vite, mais ne se sert pas de ses ailes. Elle est très-commune au Bourg-d'Oisans, près de Grenoble. C'est le C. germanica, L., tantôt bronzé, tantôt d'un bleu vif, parfois presque noir, avec quelques petits points blancs. Il est de presque toute la France, d'Allemagne, de Russie, de Sibérie. Le C. literata, Sulzer (ou sinuata, Clairv., ou lugdunensis, Dej.) se trouve au sud-est de la France, toujours sur le bord des eaux. Près de la Grande-Chartreuse on prendra
CICINDÊLIDES. — MEGAGEPHALA. 25S
le C. sylvicola, Dej., au milieu des sapins, et, plus haut, sur toutes les Alpes, à la région des rhododendrons, vole le beau C, Chloris, Dej. (ou galtica, Brullé, ou alpestris, Heer), d'un beau vert, à bandes blanches, qui se réfugie souvent sur les plaques de neige quand on le poursuit. Sur les sables blancs du bassin d'Arcachon se trouve une Cicindèle d'un vert bronzé très-obscur, dont une variété, assimilée au sol, devient blanchâtre et à peine distincte. Le type est lui-même, sous le nom de trisignata, Dej., ou trifasciata, Fabr., une variété du C. literata déjà nommé, commune en outre sur les littoraux méditerranéens de la France et de l'Italie. Nous avons ainsi passé en revue les espèces les plus faciles à rencontrer en France, et qui peuvent intéresser les entomologistes au début et les observateurs de la nature, auxquels cet ouvrage est surtout destiné.
Parmi les nombreuses espèces exotiques , nous devons sigaler le Cicindela tenuipes, Guér., de Cochinchine, de petite taille, remarquable par ses pattes d'une longueur et d'une gracilité extrêmes. — PI. vu, fig. 7: 7 o, sa tête vue de face (s. -genre Abroscelis, Hope).
iUEGACCPHALA, Latr. — Tête volumineuse aussi large que le corselet ; yeuX assez grands ; mandibules très-larges, arquées, dentées. Corps gros, cylindrique. Palpes très-longs ; presque toujours des ailes ; pattes longues et fortes.
Les Mégacéphales sont nocturnes et se tiennent dans des trous sur les bords des grands fleuves, des lacs. Elles volent peu et seulement le soir; les larves font des pièges comme celles des Cicindèles. Les adultes répandent une odeur de rose, et font entendre un petit bruit aigu par le frottement de leurs cuisses contre leurs élytres. L'espèce type est le Megacephala euphratica, Dej. (s.>genre Tetracha, Hope), d'un vert métallique, avec une grande tache jaune à l'extrémité des élytres. Elle fut découverte par Olivier sur les bords de l'Euphrate, puis retrouvée sur les rives du Nil. M. Cotty la rencontra en Algérie, près de salines naturelles des environs d'Oran. Elle se tient sur les bords ou au bas du versant des berges, enfoncée à environ 60 centimètres dans une terre humide et grasse, en des trous à orifice circulaire de la grosseur du corps de l'insecte. La sortie de l'insecte n'a pas lieu la nuit, mais aux heures fraîches de la journée, pendant les mois les plus brûlants, juin, juillet, août. Les Mégacéphales courent rapidement, sans faire usage de leurs ailes, le soir, une heure avant le coucher du soleil, et le matin, une demi-heure avant et après son lever.
Ldilarve du Megacephala euphratica [Ann. Soc. entom. de France, 1859, p. 615) a la tête et le prothorax bien plus larges que les larves des Cicindèles. Elle offre quatre ocelles de chaque côté de la tête : deux supérieurs énormes, deux latéraux très-petits. Ses pattes thoraciqueâ sont fortes, bien développées; le cinquième segment abdominal a en dessus deux paires de forts crochets cornés, au lieu d'une seule qu'ont lea
larves de Cicindèle. Ils sont destinés à servir de point d'appui pour l'anûl. La force exlrôme des mandibules, avec la grandeur des pattes, doivent faire des larves de Mégacéphales de puissants chasseurs qui, probablement, peuvent, comme les adultes, courir après la proie.
Ge bel insecte existe aussi dans le Caucase, et en Espagne, en juin, entre Totaiia et Murcie, mais nullement dans des conditions pareilles à celles des environs d'Oran, c'est-à-dire au bord de cavités naturelles où le sel cristallise en été par évaporalion spontanée. Il a été trouvé en Espagne dans le voisinage des eaux douces, dans des lieux arénacés, humides, couverts d'herbes, volant ou errant sur le bord des fossés d'irrigation, surtout le malin et après le coucher du soleil. 11 est à espérer que des amateurs patients et habiles finiront par le capturer dans le midi de la France, où il y a des localités tout à fait analogues, soit à celles d'Algérie, soit à celles d'Espagne.
En 1866, M. Chevrolat a gardé chez lui à l'état vivant, pendant quelque temps, un Megacephala euphratica pris en Algérie aux environs d'Uran ; il le nourrissait avec des mouches. Dans la Transcaucasie , Ménétriès trouva l'espèce près des sources thermales sulfureuses de Saliane, et (Jans l'enceinte même de la ville, dans les trous d'où l'on extrayait de la terre à briques. Chaque insecte vivait isolé dans son trou, mangeant des lombrics et des chenilles, et sortant le soir de son réduit, mais ne s'en écartant pas beaucoup.
. La plupart des Mégacéphales sont américaines, et ont les mêmes mœurs, chassant et volant le matin et le soir, et se tenant cachées dans des trous en terre pendant la grande chaleur du jour. Tel est le Megacephala carolina, L,, des rives sablonneuses du Mississippi (pi. vn, iig. 7: 2 a, antenne ; 2 6, labre; 2 c, mandibule; 2 d, mâchoire et palpes maxillaires; 2 e, lèvre inférieure et palpes labiaux). — .Une espèce de la Guyane se réfugie sous les bouses sèches, dans les trous profonds creusés par les Coléoptères coprophages. Quand on veut la saisir, elle défend l'entrée de sa caverne; mais, dès qu'elle s'aperçoit que sa résistance est inutile, elle se précipite au fond, où il faut introduire une longue paille que ^'insecte saisit dans ses fortes mandibules, se laissant tirer au dehors tans lâcher prise. Il y a en Afrique, au Sénégal, des Mégacéphales sans ailes, ne sortant que le soir, selon l'habitude du genre, ihais qu'on trouve quelquefois pendant le jour en brisant les mottes de terre dans les champs que l'on prépare pour semer du riz.
Le catalogue de MM. Gemminger et de Harold place ces insectes dans deux genres distincts : Meyacephala (ex. : M. senegalensis, Latr.), à espèces d'Afrique, d'Amérique méridionale, d'Australie, et Tetracha (ék. : T. euphratica, carolina), à espèces bien plus nombreuses, surtout des deux Amériques, de l'Australie, sans espèces chinoises ou indiennes, ni africaines, ni des îles soudaïques et polynésiennes.
CIClNDÉtlDES. — 0XY<:HE1LA, MANTICORA. î#5
'0X.Y€BE;iIi.%^ Dej. — Tète moyenne, un peu allongée; antennes filîform'esi grêles; yeux petits; mandibules cachées sous le labre.
Toutes les espèces de ce genre sont de l'Amérique méridionale chaude et surtout du Brésil. Le type est YOjycheila Iristis, Fabr., dont la tête est représentée pi. vu, fig. 8. C'est la seule commune dans les coUec-: tiens.
Les Oxycheiles sont d'assez grands et beaux insectes , ordinairement noirs avec une tache jaunâtre sur chaque élylre. M. Lacordaire a trouvé plusieurs fois 10. tristis dans les environs de Rio-Janeiro, sous des pierres, au bord des ruisseaux, très-agile, mais ne volant pas et faisant entendre un bruit assez fort en frottant ses jambes contre le bord de ses élytres.
MAUTlCORil, Fabr. — Mandibules fortes, arquées, plus longues que la tête; antennes minces, filiformes. Élytres très-larges, chagrinées, soudées, sans ailes en dessous. Pattes grandes, à poils roides.
Les Manticores sont de bien plus grande taille que les autres Cicindélides, entièrement noires, courent avec vivacité sur le sable et se cachent sous les pierres. Ces insectes sont tous de l'Afrique australe (Cafrerie. Cap, Mozambique, Port-Natal et N'Gami). Nous citerons le Manticora maxillosa, Fabr., ou tuberculata, deGeer (pi. vu, fig. 6), du cap de Bonne- Espérance. Ce grand insecte, que sa couleur, l'absence d'ailes, ses formes trapues, ses pattes robust'éî et Velues font l'essemble'r à une Araignée du groupte deâ Mygales, est rare dans les collections, car l'extrême rapidité de sa course rend sa capture fort dilficile. Les Manticores se réfugient plusieurs à la fois dans des trous circulaires communiquant à de nombreuses galeries dont la profondeur dépasse plusieurs mètres. Écoutons, au sujet de la chasse aux Manticores, M. dé Castelnau : « Il a été donné ù fort peu d'entomologistes de voir en nature les insectes singuliers qui nous occupent, et ce fut avec un véritable saisissement que, lors de mon voyage en Cafrerie, après avoir traversé la chaîne de montagnes qui sépare le Long-Kloof du Karoo, j'aperçus tout à coup une Manticore immobile au grand soleil. Je fis aussitôt arrêter mon wagon traîné par sept paires de bœufs, et je m'approchai de l'objet de ma convoitise; mais, plus rapide que l'éclair, il disparut tout à coup, sans que je pusse me rendre compte de la manière dont il avait opéré sa retraite. Vivement contrarié, je me vis obligé de continuer.ma marche ; mais, le lendemain, et déjà près de l'Olifant-river (rivière des Éléphants), je venais d'arrêter ma petite caravane pour faire préparer le dîner, lorsqu'en me promenant autour du camp, je vis tout à coup, sur un espace découvert laissé par les plantes basses et épineuses qui forment la végétation de ce sol sablonneux, une Manticore immobile, ayant le corps penché en arrière et tenant ses formidables man*
dibules hautes et ouvertes. Rendu prudent par ma mésaventure de la veille, je n'approchai de mon insecte qu'en me dirigeant de manière que mon ombre ne pût pas l'avertir de ma présence; cependant il parut tout à coup s'apercevoir de quelque chose et prit sa marche rapide; mais j'étais assez près pour pouvoir le joindre, et, en me jetant sur le sable, je parvins à le saisir. Je ne saurais dire le plaisir que j'éprouvai à examiner ma proie. »
La recherche des insectes n'est pas toujours inoffensive dans les régions chaudes. M. de Castelnau dit plus loin : « Une autre fois je vis une Manticore courir vers moi avec la rapidité ordinaire des mouvements de ces animaux ; mais, en m'apercevant, elle s'arrêta tout à coup et dirigea sa marche de manière à former un angle droit avec la direction qu'elle suivait précédemment ; tout à coup, ayant rencontré un monticule de sable, elle s'adossa contre et se mit sur la défensive. J'allais presque la saisir, lorsque j'aperçus, à 2 ou 3 mètres de moi, un cobra-capel, le plus dangereux reptile de l'Afrique australe, qui évidemment lui donnait la chasse ; me trouvant sans armes, je me retirai rapidement et laissai ma brave Manticore se débattre contre son terrible adversaire. »
On peut terminer les Cicindélides par quelques genres qui n'ont plus d'onglet mobile au lobe interne de la mâchoire, et se rapprochent par là des Carabides, où ce caractère est très-habituel.
CTRIVOSTOMA, Klug. — Une petite dent à l'échancrure du menton. Élytres étroites à la base, renflées à l'extrémité.
Ce genre renferme surtout des insectes de la Guyane et du Brésil, Sans ailes sous les élytres; à corselet cordiforme; à corps allongé, étroit, de moyenne taille, bronzé et brillant, avec le bout des élytres et une bande blanchâtres. Ils courent très-vite, à la chaleur du jour, sur le sol des bois, les troncs des arbres, les clôtures des plantations. — Ex. : Ctenostoma ichneumoneum, Dej., du Brésil. — PI. vu, fig. k' Ua, lèvre inférieure; kb, antenne; hc, patte antérieure du mâle. — Le nom est tiré de la ressemblance de forme avec un Hyménoptère, ce que présentent aussi d'autres espèces du genre : ainsi, Ct. formicarium, Fabr., de la Guyane. 11 y a une espèce à Mexico, une à Buenos-Ayres, une au Venezuela.
^OCiOWOStTOMA, Klug., ouPsiLOCERA, Brullé, syn.— Élytres allongées, parallèles, épineuses à l'extrémité. Antennes et pattes très-longues et très-grêles.
Ce genre, dont on connaît onze espèces, est exclusif à Madagascar, et comme parallèle au genre américain précédent. Ce sont des insectes de Couleur uniforme, variant du bleu au noir, Courant avec rapidité sur les feuilles et s'envolant aisément,
CARABIDES. 25*7
Famille H. — CARABinES.
Celle famille esl beaucoup plus nombreuse que la précédente. La lète est ordinairement plus étroite que le corselet. Les mandibules sont en général peu ou pas dentelées; les palpes labiaux, à trois articles libres, aussi grêles que les maxillaires ; les mûclioires presque toujours dépourvues d'onglet articulé. Les antennes sont, à peu d'exceptions, simples et filiformes ; les pattes, conformées pour la marche sur la terre, robustes, mais longues et sans dentelures, qui gêneraient la course. Leurs formes sont plus lourdes, moins sveltes que celles des Cicindélides. Les espèces ailées font peu usage de leurs ailes, et il en est qui manquent d'ailes sous les élytres. Les yeux sont bien développés, souvent saillants, on rapport avec la nécessité d'une vision étendue pour la chasse. En outre, cette grandeur de l'organe de la vue est liée pour beaucoup de Carabides à des habitudes crépusculaires ou même nocturnes. On sait que de nombreux animaux, dans les classes les plus diverses, ont les yeux grands et saillants, afin de mieux recueillir le peu de lumière des crépuscules.
Les Carabides se cachent ea général peadant le jour, à l'abri de la chaleur et de la lumière, dill'érents par ce fait des Cicindélides. On les trouve alors sous les pierres, les écorces des arbres, dans la mousse, sous le sable, sous les racines, quelquefois sur les troncs et rarement sur les feuilles des herbes et des arbres. Certains genres sont spéciaux au bord des eaux ; la plupart aiment à courir dans les chemins, dans les sillons, au milieu des gazons secs.
Le tube digestif de ces carnassiers n'a qu'une ou deux fois la longueur du corps; présente un jabot, un gésier avec pièces cornées internes pour la trituration ; un estomac à parois munies d'appendices cœcaux, et à l'extrémité duquel débouchent deux paires de vaisseaux de Malpighi; un rectum renflé et court. Les femelles ont des gaines ovigères nombreuses, très-allongées, indice d'une ponte considérable. En effet, la vie à découvert, sans abri et sans industrie, de ces insectes, dont un très-petit nombre chasse exceptionnellement à l'embuscade, les expose à la destruction.
Les larves dc3 Carabides sont allongées, assez dures, agiles, à six pattes fhoraciqucs bien développées, carnassières. Leur bouche a de fortes mandibules acérées et courbes. Leur corps a douze anneaux, moins la tête, do'it le premier est recouvert d'une pièce écailleuse, et le dernier muni de deux appendices coniques. lîilles ont en général cinq articles aux antennes ci quatre aux palpes maxillaires. On n'en connaît qu'un petit nombre et beaucoup moins encore de nymphes. La vie des larves paraît être longue, peut-être de plusieurs années pour quelques espèces. Les adultes sont surtout communs au printemps et en automne; on en prend au reste en toute saison, même en hiver, dans les fentes des arbres, sous les pierres, dans les feuilles sèches. Tout est approprié chez
258 COLÉOPTÈUËS. — CARAIUENS.
les larves à une vie de chasse active. Le corps est uniformément cuirassé en dessus el plus ou moins atténué en arriére. Elles sont d'habitude d'un gris noirâtre, et ont à la tète des ocelles, souvent au nombre de six paires sur deux rangs. Les segments de l'abdomen ne différent guère de ceux du Ihorav que par l'absence de pattes. A peu d'exceptions (Calosomes), elles se cachent soLis les pierres et dans la terre avec plus de soin que les adultes, ce qui fait qu'on les rencontre rarement. A part les larves de quelques espèces du genre Pasimachus, elles chassent à découvert, sans abri, sans ruses, et vivent comme les adultes de chenilles, lombrics, limaces, etc. Certaines espèces paraissent herbivores, par une inversion de régime assez usitée chez les Insectes.
Les Carabides, à la différence des Cicindélides, se trouvent partout, et, avec quelques Charançons et Chrysomèles, sont les Coléoptères qui s'avancent le plus près des glaces éternelles, des pôles de la terre ou des sommités des montagnes. Ce sont surtout les régions froides et tempérées du globe qui présentent le plus grand nombre d'espèces de Carabides ; les régions tropicales n'en sont cependant pas dépourvues, et souvent sont habilées par des formes spéciales.
Th. Lacordaire établit deux légions dans cette grande famille des Carabides, ou Carabiques des anciens auteurs, partie des Créophages de C. Duméril. Les uns (Grandipalpes de Latreille, Simplicipèdes de Dejean)ont les jambes antérieures entières, avec les deux éperons le plus souvent au sommet; ils se groupent autour des genres Omophron , Elaphrus, Hiletus, Carabus, Ctjchrus. La seconde légion, bien plus nombreuse, a les jambes antérieures plus ou moins échancrées au côté interne, avec les éperons, l'un anté-apical, l'autre apical.Cela correspond, dans l'ouvrage longtemps classique en France de Dejean, aux ïroncatipennes, Scaritides, Patellimanes, Féroniens, Harpaliens et Subulipalpes. Cette indication permettra facilement de répartir dans' ces groupes, si on le juge convenable, les genres principaux que nous allons faire connaître.
Jacquelin du Val adopte les mêmes divisions, réduites aux genres européens.
GENRES PRINCIPAUX
AIVTHIA, Weber.— Tête grande, dégagée ; languette cornée très-longue, saillante entre les palpes labiaux ; second article des pnlpes des deux sortes très-long. Élytres ovales, convexes, tronquées à l'extrémité et laissant paraître un peu l'abdomen.
Les espèces de ce genre sont presque exclusivement africaines, quelq;ies-unes asiatiques, une d'Arménie, une d'Arabie, deux des Indes orientales, A. orientalis, Hopc, et A. si-xfutttata, Fabr.
Les Anthies sont de grands l'.arabides noirs, ayant pour la plupart des lâches blanches, en nombre variable, formées par une sorte de duvet.
CARABIDES. — GKAPHlPTERUS, HELLUO, CASNOiMA. 259
llshabilent surtout les régious sablonucuscs de l'Afrique australe ;ainsij près du Cap, vivent dans le sable, sous les pierres, non loin des eaux, et répandent une liqueur caustique par l'anus à la façon de nos Carabes. Citons VA. decemgutlata, Linn. (pi. viii, flg. 1, sa bouche), espèce du cap de Bonne-Espérance.
UR.%piiipti:ri>), Latr. — Tète ovale, antennes filiformes. Tarses antérieurs simples. Élytres larges et arrondies.
Ces insectes, de taille œoyenne et sans ailes, habitent les régions non cultivées des diverses parties de l'Afrique. Ils sont ornés de taches ou de lignes blanches ou cendrées se détachant sur un fond sombre et produisant un très-joli aspect. Ils courent sur le sable à la plus forte chaleur du jour, et, quand on les prend, font entendre, en frottant les cuisses postérieures contre les larges élytres débordant l'abdomen, une stridulation analogue au mot xexé. Trùs-carnassiers, ils se dévorent si on les réunit. — Ex. : G, multiguttatus,0\i\., d'Egypte.— -PL vin, fig. 2 : 2 a, lèvre inférieure et mâchoires ; 2 6, extrémité d'une patte antérieure. — Il a été trouvé aussi en Algérie.
HKLLl'O, Bonclli. — Tète assez rétrécie postérieurement, antemies moniliformes. Élytres soudées, allongées, tronquées au bout; pas d'ailes.
Les insectes de ce genre sont propres à l'Australie, vivent sous les pierres et exhalont une odeur plus forte encore que nos Carabes. Ils comprennent trois espèces de grande taille, dont le type et le plus grand est VH. costatus, Bon. (pi. vjn, fig. 8).
PASIMACHTS, Bon.— Antennes courtes et robustes; tète large, subquadrangulaire. Élytres ovales, rélrécies en arrière, à bords latéraux tranchants.
Ce genre est exclusif aux États-Unis, à la Californie, à l'Amérique boréale. Ce sont de beaux Coléoptères d'un noir bleuâtre ou violacé, souvent avec bordure métallique. Us sont intéressants par les mœurs de leurs larves, exceptionnelleschezlesCarabidL's et indiquées par Leconte. Les unes, de même que chez les Cicindèles en larves, font des trous profonds dans le sol, en ferment l'entrée avec leur large tête, se jetant sur les insectes qui passent. Ainsi se comporte la larve du 7^ elongatus, Leconte, du Missouri. Chez d'autres espèces, les larves vivent sous les écorces des arbres morts, par exemple pour le P. marginatus, Fabr., de l'Apiérique boréale.
CASXOlîi.%, Latr.— Tète en losange, amincie en arrière. Corselet en col allongé, cylindrique, Irès-rétréci antérieurement. Antennes beaucoup plus courtes que le corps ; tarses grêles.
Ces insectes, des régions chaudes des deux mondes, ont des couleurs métalliques^ vivent dans les endi'oits sablonneux, au bord des mare-
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cages; courent et volent comme les Cicindèles à peu de distance, se posent sur les feuilles. — E\. : ('. senetialcuisin, Lepelletier S.-Farg. et Serv., de Corée (pi. vin, fig. o).
Ces Carabiques depelife faille onl un aspect élégant, dû à leur long et svelte corselet; leurs élylres ont souvent des taches blanchâtres ou jaunâtres, rappelant la coloration des Altelabes (Curculioniens). Il eu est deux espèces d'Australie et une d'Algérie, le C. Oliver i, Buquet, trouvé près de Bône, d'un noir brillant, à élylres jaunes, noirâtres à la suture, à pattes jaunâtres.
Af;Ri%, Fabr. — Tète ovalaire, très-rétrécie en arrière; antennes filiformes. Corselet cylindrique, allongé, rétréci en avant. Élytres longues^ étroites.
Ces magnifiques insectes à couleurs métalliques sont rares dans les collections. Les espèces très-nombreuses de ce genre, des contrées tropicales de l'Amérique, sauf une, comme .perdue à la Nouvelle-Calédonie, se trouvent sur les arbres, blotties en général dans les feuilles roulées en cornet par d'autres insectes, ayant en avant les antennes et les pattes antérieures, tandis que les autres pattes restent appliquées contre le corps. Si l'on touche à leur retraite, qui est sans doute une embuscade, elles se laissent tomber à terre et courent pour s'échapper en vacillant, vu la longueur exagérée de leur corps. — Ex. : .1. splendùla, I.atr., Dejean, à élytres d'un beau vert bronzé, du Pérou.— PI. vm, fig. 10: 10 a, fête de face; 10 6, palpe maxillaire isolé ; 10 c, crochets des tarses; iO d, tarse isolé à quatrième article profondément bilobé.
GENRES
isn %€niIVIî«>, Weber. — Antennes séfacées. Élytres nettement tronquées à l'exliéaiilé et ne recouvrant pas tout rabdonien ; des ailes sous les élytres.
Les P)rachins se rencontrent en sociétés nombreuses sous les pierres. Ce sont d'élégants Carabides, de petite faille dans les pays tempérés, dont le svelte et brillant corselet se détaclic en rouge sur des élytres bien plus larges, vertes ou bleues. Ils sont faibles et ne peuvent vivre que des plus chétives proies. Les gros carnassiers se mettent volontiers à leur poursuite. 0 surprise ! de petites explosions se font entendre, une vapeur corrosivc sort en forme de fumée par l'anus de ces Brachins : l'ennemi est mis en fuile à coups de revolver. On assure en outre que la nuit il y a une légère phosphorescence. Les fumées sont très-acides, rougissent le tournesol et répandent une odeur analogue aij gaz nitreux. Llles proviennent d'une paire de glandes abdominales branchues, situées au-dessus du rectum, et s'ouvrant par un pore de chaque côté de l'anus. Un muscle sphincter sert à lancer le liquide volatil. De là le nom de Canonniers ou Bombardiers donné à ces petits
CARABIUES. — BRACHINUS, OZiENA. 261
Coléoptères; de là les épitliètes spécifiques : ainsi le B. crepitans, Linii., qu'on trouve dans tou(e l'iuirope, Irès-commun toute l'année aux environs de Paris, et qu'on u quelquefois rencontré sur des cadavres de vertébrés; les B. sdopela, Fabre, cxplodens, Dul'I., etc. On a détaché des Brucliins un sous-genre sous le nom d'Apthnis, Bon.^ pour des espèces du midi de la France privées d'ailes sous les élylres, moins larges aux épaules, comme les Carabes par rapport aux Calosomes, de mêmes mœurs, à explosions. C'est sur 1'^. displosor, Du four, ou balista, Germar, d'Fspagne, que Léon Dufour a étudié l'organe explosif : l'insecte inquiété peut produire jusqu'à douze décharges avec détonation. Les espèces exotiques sont de bien plus grande taille; l'explosion est plus violente et le liquide projeté peut causer des urtications sur la peau.
Les espèces très- nombreuses du genre Brachinus proprement dit sont d'Europe, des deux Amériques, de Chine, de Birmanie. Elles manquent dans les îles sondaïques, l'Australie, la Polynésie. Les Aptinus sont de l'Europe méridionale, de l'Afrique et une espèce de Java. On n'en cite ni d'Amérique, ni d'iVustralie. •
Nous ne trouvons dans les environs de Paris que les Bombardiers en miniature, de ^ à 8 millimètres de long, cités plus haut et reconnaissables à leur corps d'un roux clair, à leurs élytres ardoisées. C'est au début du printemps qu'on les cherchera sous les herbes à demi pourries et sous les pierres tombées au pied des vieux murs. Leurs explosions sont faibles, et il faut de l'attention pour les observer. Bien plus forte est l'éjaculation de V Aptinus displosor , qui est plus grand, noir, à corselet rouge et à élytres cannelées. On le trouve dans les lieux secs des montagnes des Pyrénées-Orientales, de l'Aragon et de la Navarre, et sa vapeur anale rougit le tournesol, brûle un peu la peau et la tache en brun. La poussière acide de ces explosions recouvre l'insecte quand on le tient entre les doigts, et, après une douzaine de décharges, les glandes épuisées ne donnent plus qu'une liqueur jaunâtre qui se fige bientôt.
Les espèces de la plus grande taille et de la majeure puissance explosive des anciens Brac/imMS, forment maintenant le genre Pheroj^sophus, Solier. Ce sont des Brachins tachés de bandes ou de macules ferrugineuses sur un fond noir ou brunâtre, et dont la dispositiun relative des ( ouleurs varie beaucoup dans les mêmes espèces. Le P. hispanicus. De}., est propre au midi de l'Espagne; les autres espèces sont des régions chaudes des deux continents.— E\. : P. Jarinei, De']., du Sénégal (pi. vni, fig. h).
OW.JK%\, Oliv. — Tête assez grande; antennes épaisses, moniliformes. Élytres non tronquées recouvrant complètement l'abclomen.
Il en résulte pour ces Insectes un aspect différent de celui des Brachins. ils sont bien plus élargis. Ils ont, comme les Brachins, la pro-
262 COLÉOPTÈRES. — CARABIENS.
priété de lancer par l'anus une vapeur causiique , afin d'éloigner les ennemis. Insectes excliques des deux mondes.
On ne comprend plus actuellement dans le genre O-œna (Oliv.) qu'une seule espèce, \'0. dentipes, Oliv., assez grand insecte d'un brun noirâtre, fort rare, de la Guyane. Dans un genre tout voisin, l'achijteles, Perly, et formé d'espèces de l'Amérique tropicale, plus deux d'Afrique et une des Indes, nous citerons le P. Bogcri, de la Guyane (pi. IX, f]g. 9, antenne grossie).
TRICHOGHATHirs, Latr, — Antennes assez longues, à premier article long ; mâchoires ayant à leur base un tubercule poilu.
De l'Amérique méridionale, Colombie, Brésil, Guyane. — Ex.: Tr. marfiinipemiis, Latr., de l'intérieur du Brésil.— PI. viii, fig. 5: 5f/, lèvre inférieure et mâchoires, avec les poils des mâchoires visibles derrière les mandibules. — Vivant sous les troncs d'arbres abattus, et très-agiles,
G.ALERITA, Fabr. — Antennes très-longues, à premier article très-long ; tarses antérieurs des mâles à trois premiers articles dilatés en dedans.
I.a plupart des espèces de ce genre sont des deux Amériques, se prolongeant même jusqu'à la partie boréale, se tenant dans les vieux troncs d'arbres, sous les pierres, dans les herbes, très-promptes à la course, et ne paraissant pas se servir de leurs ailes; d'assez grande taille, à corps bleuâtre, à tête et corselet souvent d'un rouge ferrugineux, f.eurs antennes sont épaisses à la base, diminuant rapidement vers l'extrémité. Il en est des espèces des régions chaudes de l'Afrique, de l'Hindoustan, do la Birmanie. On n'en connaît pas des îles de la Sonde, ni de l'Australie, ni de la Polynésie. M. Salle a le premier fait connaître les premiers étals très-remarquables du G. Lecontei , de l'Amérique boréale. I.a larve a une forme anormale parmi les larves de Garabiques : sa tète porte une longue corne fourchue, et est armée de grandes mandibules en faucilles; les segments du corps sont très-séparés et à contours très-arrondis, poilus, ainsi que les longues pattes ; le dernier anneau porte deux longs stylets entre lesquels fait saillie un tube anal. Cette larve, qui marche à reculons quand on l'inquiète en avant, vit dans la terre humide. Elle se change en nymphe dans une faible coque de terre retenue par des fils, et la nymphe ofl're les cinq premiers segments abdominaux prolongés de chaque côté en un appendice muni d'une forte épine. I.e type du genre est le G. americana, Linn., de l'Amérique du Nord.— PI. VIII, fig. 6, lèvre inférieure et m'choircs ; fig. 0, tarse antérieur du mâle. — Les éiytres des Galérile? sont tronquées à l'extrémité, ainsi que dans les genres voisins.
CARABIDES. — ZUPHIUM, LEBIA, MORMOLYCE. 263
KIPOUM, Latr. —Antennes filiformes, assez longues. Corselet aplati, cordifornie ; pattes moyennes.
Insectes de laillc médiocre, d'odeur trùs-forle, vivant sous les pierres. Le type est le Z. olens, Fabr., du midi de la France et de l'Europe (pi. VIII, fig. 7, sa tèle et son corselet). Ce genre appartient aux régions chaudes du globe, à l'Australie, à l'Afrique, à l'Amérique, pour quelques espèces. Outre l'espùce type que nous avons citée, il en est une espèce en Algérie et une autre en Sicile. Ce sont des Coléoptères noirs, brunâtres, ferrugineux ou jaunâtres, qu'on rencontre rarement, ce qui les rend précieux aux amateurs.
DnvpT,%, Fabr. — Antennes filiformes. Corselet allongé, étroit, cylindrique.
Élytres ovalaires; pattes longues.
Ce genre ressemble aux Cicindèlcs pour l'aspect. — Ex. : D. ruficoUis, Dcj., du Sénégal. — PI. viu, fig, 9 : 9 a , sa grandeur naturelle.
— Ce genre appartient aux régions chaudes de l'ancien monde. L'Europe en possède une espèce, D. dentata, Rossi, ou emarginata, Fabr., qu'on trouve en Italie, en France, en Angleterre, dans les bois humides et marécageux.
I.KUI.%, Latr. — Antennes assez courtes, filiformes. Articles des tarses subtriangulaires; crochets tarsiens dentelés en dessous.
Les Lébies sont d'élégants insectes, à corselet cordiforme, à corps aplati, à élytres larges, subrecfangles, tronquées à l'extrémité; se cachant sous les pierres ou les écorces; où le bleu et le brun dominent, avec éclat métallique; très-agiles à la course. Nous figurons le L. flavomaculata, Guév., du Sénégal. — Pi. viii, fig. 11 : fig. lia, lèvre inférieure; 11 f>, mâchoire ; 11 c, patte antérieure du mâle; 11 d; crochet tarsien.
— Les espèces de ce genre sont absolument de tous pays et très-nombreuses.
MORMOIiTCE, Hagenbach. — Antennes très longues. Corselet long, dilaté sur les bords. Élytres tronquées à l'extrémité, avec une grande expansion membraneuse latérale. Abdomen déprimé. Membres longs et grêles, à articles comprimés.
Le genre Mormolyce n'a compiis longtemps qu'une seule espèce, des forêts de l'île de Java, le M . phyllodes, Hag., signalé pour la première fois aux amateurs en d825. Cette espèce, longtemps fort rare dans les collections, atteignit un prix excessif à cause delà forme singulière de ses élytres élargies et débordant le corps à la façon dune feuilliî (pi. X, fig. 7). La larve et la nymphe n'ont été découvertes que récem-
264 COLÉOPTÈRES. — CARABIENS.
ment par M. Verhuell. I,a larve se rapproclie lout à fait, par sa forine allongée et presque partout de même largeur, de celles des Carabes et des Calosomes ; elle vit sur les troncs et les racines des arbres de haute futaie, dans les forCts profondes de l'île malaise. La nymphe commence ù présenter un élargissement en rapport avec la forme de l'adulte.
Voyez en outre pi. x : 7 a, menton et lèvre inférieure; 7 6, labre; 7c, mandibule; 7 d, mâchoire et palpes.
Pendant longtemps on ne connut qu'une seule espèce du curieux genre Mormolyce. Grâce aux chasses de M. le comte deCaslelnau, deux nouvelles espèces très -voisines ont été découvertes et publiées par M. II. Deyrolle, sous les noms de M. Hagenbachi, de Sumatra, et Castelnaui , de la presqu'île de Malacca. La forme des élylres élargies paraît varier pour chacune des trois espèces, selon les individus et les localités. La taille de l'espèce célèbre, qui est le type du genre, peut diiïérer de 11 centimètres jusqu'à 5.
On a cru que les Mormolyces, d'après leur extrême aplaiissemeni, devaient vivre sous les écorces. M. de Castelnau n'a jamais rencontré aucune des trois espèces connues sous les écorces, mais toujours, dans le voisinage des marais, sous de gigantesques troncs d'arbres tropicaux renversés. Jamais il n'en a trouvé ù l'air libre, ni le jour ni la nuit. Lorsque, à l'aide de vingt ou trente indigènes, un de ces arbres immenses avait été déplacé , les Mormolyces apparaissaient en dessous, serrés entre le tronc et la terre, restaient un instant immobiles, éblouis par la lumière, et fuyaient bientôt avec la plus grande rapidité, au moyen de leurs longues pattes à articles comprimés, si l'on ne s'était empressé de les saisir.
$$l.%G01V.%^ Latr. — Mentoa très-grand ; antennes filiformes, amincies graduellement. Corselet très-iétréci postérieurement.
Ces insectes, aplatis, de couleur sombre, sont de l'ancien monde, du continent africain et de l'Hindoustan. On en trouve cinq espèces dans le midi de l'Europe. — Ex. : .S. earop(m, Dej., pi. ix, fig. 1 (1 b, sa grandeur naturelle), assez commun en Sicile. Les Siagones, de taille grande ou moyenne, tantôt aptères, tantôt ailées, et cela parfois dans la même espèce, vivent sous les pierres et dans le sable, dégageant une forte odeur, comme les Ozœna et les Hellao.
EUCEIjADUS, Bon. — Caractères de la bouclie et des antennes analogues au précédent. Corselet transversal, forlement cordiforme. Éljtres ovales.
Genre fondé sur une seule espèce, de grande taille-, noire, à élytres sillonnées, de la Guyane occidentale et de la Colombie, VE. ;ii!ia!<, Bonelli, longtemps très-rare.— PI. ix, fig. k'- Uo, tête en dessous, pour
CARABIDES. — OXYSTOML'S, SCARITES. 265
montrer le menloii inarticulé et adliérent à la iùXc par deux sutures longitudinales.
OIlISTOMI'»», Latr.— Mandibules très-saillantes, algues; antennes plus courtes que les mandibules. Jambes de devant Irès-digitées.
Ce sont des insectes américains, particuliers au Brésil. Il y en a deux espèces, assez grandes, d'un noir brillant, à élytres fortement striées. L'une d'elles est VO. SanctiEilarii Latr., espèce dédiée au botaniste ■voyageur, A. Saint-Hilaire, de l'intérieur du Brésil. — PI. jx, fig. 2:2a, son antenne grossie.
SC.IRITKS, l'"abr. — Tète grande ; mandibules très-grandes, arquées; antennes plus longues que les mandibules. Jambes antérieures à trois digitations, propres à fouir.
Les Scarites, très-nombreux en espèces, sont des Coléoptères du midi de la France, habitant les plages sablonneuses de la Méditerranée: ainsi près de Cannes, de Nice, etc. On en trouve dans les zones chaudes des deux mondes et en Océanie, près de la mer. Ils sont noirs, avec une tète énorme insérée sur un corselet en demi-cercle et armée de deux fortes mandibules. Ces insectes, très-carnassiers et semi-nocturnes pour la plupart, se creusent des galeries dans le sable, et sortent la nuit pour chasser. Il en est au contraire qui courent pendant la plus forte chaleur du jour. La plus grande espèce française, le 8. (jigas^ Fabr., se tient le corps à demi hors de son terrier, à la façon d'un Grillon, et présente, écartées comme une pince, ses fortes mandibules, tenailles puissantes saisissant les infectes qui passeiit.
C'est ainsi qu'il guette à l'airùt les Mélasomes, dont il se nourrit, et qui courent dans la journée sur les sables brûlants. Au contraire, ces grands Scariies sortent pendant la nuit et.les journées sombres, et surtout les mâles, bien plus vagabonds que les femelles, qui sortent peu de leurs trous. M. de la Brûlerie nous rapporte leurs combats, observés sur les plages des environs de Malaga, sans doute pour la possession d'une feinelle. « C'était plaisir de les voir prendre champ, et, dressés sur leur première paire de pattes, roides en avant, se mesurer de la dent. Tous deux ensemble ils s'élancent, enlacent leurs mandibules, serrent et secouent avec rage. I/un et l'autre font d'inutiles efforts pour blesser son adversaire ou le forcer à lâcher prise, (jrâce aux armes et aux cuirasses égales des deux champions, cette première attaque reste sans résultat. Ils se séparent, reculent de quelques pas et s'élancent de nouveau. Cette fois le plus adroit réussit à saisir l'autre par la taille, c'est-à-dire par le pédoncule étroit qui joint le prothorax au reste du corps. H serre de tout son pouvoir : son intention manifeste est de couper en deux son ennemi ; mais c'est en vain, il ne parvient même pas à entamer sa carapace. Alors, au lieu d'user ses forces en pure perle.
366 COLÉOPTÈRES, — CARABIENS.
il prend un autre parti. Roidissant en avant plus que jamais ses pattes antérieures, et fléchissant en arrière son prolhcrax, dont l'arliculalion mobile lui permet de donner à ce mouvement une amplitude peu ordinaire chez les Carabiques, il élève verticalement ses mandibules, et lient ainsi son adversaire enlevé de terre. Le pauvre Scarite, privé de point d'appui, agile en vain ses patles, ouvre el ferme sa bouche sans rien saisir que le vide, puis cesse de faire aucun mouvement. Mais le vainqueur inexorable ne se laisse pas prendre à ce stratagème ; il continue à rester immobile et à tenir en l'air son adversaire. >»
La chasse de cette curieuse espèce peut intéresser les personnes qui vont passer l'automne ou le printemps sur les rivages au doux climat (Jp VEprope Rjéricjipqale.
SCAl»TEnrSj Dej. — Mandibules médiocres; antennes très-courtes. Jambes antérieures offrant quatre dentelures au côté extérieur. Corps long et cylindrique.
Une espèce, S. Guerini, Dej., des Indes orientales, dédiéeàM.Guérin- Méneville.— PI. ix, fig. 3: 3a, patte antérieure; 3 6, tète vue en dessus. — l'ne seconde espèce du même pays.
.«€.%!lTIIO§>Cl<:i.l!i, Dej. — Mandibules grandes; antennes un peu plus courtes qu'elles. Jambes de devant très-fortement palmées.
Ex. : A. ruficornis, Fabr., noir, à antennes rousses, du cap de Bonne- Espérance.— PI. IX, fig. 8 : 8 o, une des jambes intermédiaires vue en dedans. — Espèce unique du genre.
DlsmiRirs, Bon. — Mandibules petites; antennes médiocres.
Ces insectes, presq'je tous européens, quelques espèces d'Amérique surloul septentrionale, et deux d'Australie, sont de petite taille, d'une couleur bronzée plus ou moins foncée. Ils courent au soleil sur le bord des eaux, ou, à la moindre crainte de danger, s'enfoncent dans le sol, dont une faible pression les fait sortir. — Ex. : D. thoracicus, Rossi, de toute l'Europe (pi. ix, fig. 6, sa patte antérieure frès-grossie). — Il y a un très-grand nombre d'espèces, ou bien de couleur uniforme, ou bien avec les élyircs ferrugineuses au bout ou tachées de fauve.
MORIO, Latr. — Corselet subcarré. Corps plat et lisse. Élytres longues, parallèles.
Insectes de couleur noire, à jambes élargies à l'exlrémilé, mais non palmées, vivant sous les écorces. — Ex. : M. simplex, Dej., de la Guyane (pi. IX, fig. 7). — On rencontre le genre Morio dans les régions chaudes de l'Amérique cl de l'Afrique, à Madagascar, à Ceylan, en Australie, aux îles Philippines. Il en est deux espèces aux confins uricnlauv de l'Europe, dans le Caucase et la Colcliide,
C/^llABJPEÎî. — DlTOMfJS, CYCLOSOMA. 26Î
l»ITO»H'S, Bon. — Antennes filiformes; mandibules courtes très-arquées. Corselet élargi en avant.
[,es Difomes, presque (uus du midi de l'Europe, de moyenne taille, de couleur sonibrc, généralement noire, sont peu agiles et se creusent des trous dans les lieux chauds et sablonneux'. Par une exception presque unique chez les Carabiens, on les trouve assez souvent sur les végétaux, surtout sur les Graminées : les pollens des anthères contiens nent une matière azotée. Certains mAIes sont curieux par leur tôto prolongée et leurs grosses mandibules échancrées, — Ex, : D. caly^ dutiius, Rossi, du midi de la France (pi. ix, fig. li, tête grossie) et do toute rEi:}rope méridionale,
l».%i'|IVC'AmiS, Sol. — Tète rétrécie à la base, arrondie sur les côtés. Élytres
soudées.
Ex.: P. cyaneus, Tic]., ou cçerul^us, Prullé, de Crimée, de Morée, de Syrie (pi. ix, fig, iO : la figure du f'achycarus esl un peu trop allongée); d'un beau bleu plus ou moins foncé, avec poncttialio» forte ci serrée.
.♦POTOMIS, Illiger. — Tête petite; palpes maxillaires très-longs, filiformes, dépassant beaucoup la tête. Corselet globuleux ; tarses longs, filiformes.
Les Apotomes d'Europe vivent en société sous les pierres. — Ex. : A. rufusj 0\i\., du midi de la France, d'Italie, d'Espagne — PI. ix, fig. 5: 5 «, mâchoire avec ses palpes; 5 b, lèvre inférieure, et palpes labiaux; 5 c, grandeur naturelle. — Ces Coléoptères, très-curieux par leurs énormes palpes, sont de petite taille, d'un jf^uae ferrugineux ou brunâtre, légèrement puliescent?. Outre le midi de l'Europe, on en a rencontré à Madère, au Sennaar, à Madag-jscar, ù Ccylan, aux Indes orientales et en Australie.
Les Carabiens auxquels on peut donner le nom général à'Harpales, très-nombreux, la plupart de petite taille, forment un des groupes les moins bien connus de la tribu. Leur tête est en général plus étroite que lecorselef. Leurs pattes sont robustes, et, quoique assez courtes, propres à une marche rapide, l-es tarses antérieurs sont dilatés chez les mâle:, et munis en dessous de petites écailles ou de poils serrés. Ces insectes sont répandus partout et vivent à terre ; on les trouve au milieu des champs, sur les routes et sentiers, au bas des arbres, et surtout sous les pierres, leur refuge lors des pluies, leur abri dans la saison froide.
CYCI.O§iOM.% OU Cyclosomus, Latr. (nom mal fait) ^-Corselet court, en trapèze, fortement échancré en avant; élytres en demi-ovale.
Ex. : C. jlexuosus, Fabr., des Indes orientales. —PI. ix, fig. 12 : V2 a, thorax vu en dessous pour montrer le sternum ; l2 6, patte anté-
268 COLÉOPTÈRES. — CARABIENS.
rieure du mAle, avec articles du tarse dilatés en dehors; 12 c, mûchoire et palpe?.
Les Cyclosomes rappellent les Omophrons par leurs formes arrondies et leurs couleurs jaunâtres; mais ils en diffèrent par leurs jambes antérieures trùs-disfinctement échancrées. Leur aspect, comme celui des Omophrons, peu ordinaire chez les Carabiques, établit un passage aux Dyticiens ou carnassiers des eaux. Les espèces sont des Indes, du Sénégal, de Ceylan et de Port-Natal.
BJiIiPAIili!!», Latr. — Corselet subcarré, cordiforme ou trapézoïde ; forme du corps oblongue. Élytres allongées, presque parallèles.
Les Karpates sont des Carabiens de taille moyenne ou petite. La plupart des espèces sont noires ou d'un brun noirâire luisant ; il en est de bleues, d'autres d'un vert cuivreux ou bronzé,: ainsi les H. œneus, Fabr., à élytres finement striées, à pattes et antennes d'un roUge ferrugineux. Cette espèce est si répandue, qu'on la trouve à Paris, dans les cours et dans les moindres jardinets. Une espèce très-commune et très-voisine est le H. distinguendus, Duft., comme l'autre vert ou vert bronzé, mais ayant les appendices noirs. Sa couleur passe quelquefois au bleu violacé, et ses stries sont plus marquées que chez 1'//. œneus.
Les mâles des llarpales sont toujours un peu plus brillants que les femelles. Les Harpales courent après leur proie par les champs et les chemins, dans les lieux arides et calcaires, et grimpent parfois à cet effet sur les plantes; ils aiment surtout à se cacher sous les pierres. Si l'on soulève ces pierres, on les voit rentrer dans la ferre, leurs jambes épineuses étant propres à fouir. Les larves, encore mal connues, se tiennent dans la terre. Elles sont cylindriques, un peu aplaties, à peau écailleuse, avec une grosse tête munie de deux tourtes antennes et de deux mandibules presque semblables à celles de l'adulte. Les Harpales se trouvent dans toute la terre, surtout dans les parties tempérées et boréales de l'hémisphère nord des deux continents.
On a détaché des anciens Harpalus de Latreille divers genres fondés sur de légers caractères, car les distinctions sont dilficiles chez ces Carabiques. Ainsi le genre l'anf/its, Leçon le, comprenant des espèces de l'Europe orientale, des deux Amériques, d'Afrique et d'Asie. On y place le Pangus (ou Harpalus) speciosns, Dej., ou tricolor, Guér.-Mén. Ce bel Harpale, qui habite le Brésil, et qu'on envoie assez souvent pour les collections, a la tète, le corselet et l'écusson d'un rouge cuivreux Irjsbrillants en dcisus, ces parties étant couvertes de points enfoncés et serrés. Les élytres sont d'un beau \ert, co;:\ertes de points enfoncés très-rapprochés , avec neuf stries lisses et étroites. Les antennes sont brunes avec le premier article ferrugineux. Le dessous et les pattes sont noirs.— PI. x, fig. 1 : 1 a ei 1 h,' tarses antérieur et intermédiaire, grossis.
GARABIDES. — TRIGONOTOMA, FERONIA. 269
La famille des (larabidcs n'a pas de division plus nombreuse en genres et en espèces que les Férouics, à corps peu épais, à palpes tronqués à l'extrémité, à jambes antérieures écliancrées vers le milieu, non élargies. Les genres sont établis d'après des caractères peu constants et peu tranchés, ce qui amène de grandes difficultés dans leur étude. Les Férjnies vivent en général dans les lieu.v pierreux, quelquefois près des eaux; elles sont de foutes les parties du monde. Les tarses antérieurs des mâles ont les articles triangulaires.
TRIGO.VOTOMA, Dej. — Mandibules Irès-arquées et très-aiguës; antennes courtes, filiformes. Corselet subcordiforme. Éljtres longues, ovalaires.
Ces insectes sont grands, ornés de belles couleurs métalliques, des régions chaudes indiennes et sondaïques, Java, Chine, Indes orientales. — Ex. : T. viridicollis, Mac Leay, ou indica, Brullé, du continent indien, à corselet d'un vert sombre. — PI. x, flg. 2 : 2 a, menton grossi.
F>':RO\l.t, î.atr. — Tète ovalaire ; mandibules arquées et aigui'S à degré variable.
Le plus saillant des caractères, celui qui est presque exclusivement propre aux Féronies, c'est d'avoir, au milieu de l'échancrure du menton, une dent bifide à Icxtrômité. Les Féronies ont environ quatre cents espèces de tous les pays, des campagnes ou des bois, presque toutes noirâtres, certaines à couleurs métalliques. Elles sont répandues partout : on les trouve sous les pierres, les feuilles mortes, surtout dans les régions froides et tempérées de l'hémisphère boréal. Les petites espèces, du groupe des Argiitor de Dejean , aiment les lieux humides, et s'observent surtout au bord des mares ; quelques autres recherchent les forets; un grand nombre vivent dans les montagnes. Elles sont noires pour la plupart, mais quelques-unes brillent d'un riche éclat métallique.
Le catalogue de MM. Cemminger et de Harold n'a pas conserve le genre Feronia , par la même difficulté de détermination qui a fait abandonner aux zoologistes l'ancien genre Coluher de Linnœus (Couleuvre). Il le subdivise en un grand nombre de genres qui sont réellement des sous-genres. Tels sont : Pœcilus, nonelli; Argutor, Mégerle; Platyderus, Stephens ; Oinaseus, 7Aeg\ev; Sleropus, Mégerle; Platysma, BoneWi ; Pterostichus, Bonelli ; A bax, BoneWi; Homalosoma, Boisduval, formé exclusivement d'espèces australiennes et néo-zélandaises; Perçus, Bcmelli ; Molops, Bonelli, etc. Nous citerons les F. vulgaris {Omaseus), Linn., ou melanaria, Illiger, noir, de toute l'Europe, très-commun dans tous les chemins aux environs de Paris, et , par suite, trèsutile (son élytre, pi. x, fig. à, et son tarse, h a): cuprea {Pœcilus), Linn., de toute l'Europe, très-commun, d'un vert cuivré brillant; patruelis {Perçus), Dufour, ou navaricus, Dejean, d'Espagne et des Pyrénées
270 (;OLÉOPTËliL=.— CARAr.lLN'S.
orienlalos (son élylrc, pi. x, fig. 3); lonis {Stcropus), Gcrmar, du rup de Bonne-Espérancfi fpalle antérieure, pi. x, fig. 10).
BROSCIIS, Panz., ou Cephalotes, Ron. — Crosse tète ov;ilaire ; menton avec une dent simple au milieu de l'i'chancrure. Corselet large, plat, cordiforme. Élytres allongées, ovalaires. parallèles.
Ex. : B.nobilis, Dej., ou ruflpes, Guér., d'Orient, de Syrie, à pâlies rougeâtres (pi. x, fig. 5), remarquable {.ar sa couleur bronzée, tandis que les autres espèces sont en général noires.
I.e genre Broscus comprend des espèces de l'Europe tempérée et méridionale, d'Egypte, d'Orient, de Tunisie, et une espèce de Mexico. Ce sont des Coléoptères de taille moyenne, de forme assez allongée et élégante. On trouve assez communément dans une grande partie de l'Europe le //. cophalotes, Linn., peu agile, vivant dans les champs, sous les pierres.
PATnoill'isi, Dej. — Tête triangulaire; menton ayant une dent bifide ; tarses antérieurs des mâles ayant les trois premiers articles dilatés.
Les Patrobes sont surtout des contrées septentrionales de l'Europe et de l'Amérique, elvivent au pied des arbres, sous les mousses et les détritus végétaux ; ils sont peu agiles, de taille petite ou moyenne, de couleur noire ou brune. — Ex.: P. sepfentrionis, Uejean, ou ru/ipes, Gyll., du nord de l'Europe (pi. x, fig. 6, tarse antérieur du mâle). Ecosse, Eaponio, Suède. Groenland.
l»nlSTO!«l'Cnrs, Dej. — Corps allongé ou oblong, en général aptère; yeux peu saillants. Corselet cordiforme; tarses antérieurs des mâles à trois premiers articles dilatés.
Ces insectes, noirs, ou violacés, ou bleuâtres, assez grands (ex. : Prist. inœqualis, Panzer, ou terricola, Hcrbst, de toute l'Europe; pi. x, fig. 9, son antenne), vivent dans les lieux obscurs et humides, comme les caves, les souterrains, sous les pierres, etc. ; quelques espèces se trouvent dans les vieux arbres ou sous les écorces. Ce genre Pristonychus fait le passage par ses mœurs aux vrais Carabiens cavernicoles, et se montre dans la partie antérieure des grottes, pouvant s'avancer sous terre jusqu'à un kilomètre (Lespés).
i$t*IIODRIIS, Clairv. — Caractères analogues. Corps déprimé.
L'espèce commune de ce genre, le S. Icucophthalmiis, Linn., ôclou]quv Ivoire, de grande taille, la seule de l'Europe septentrionale et centrale, se trouve souvent dans les caves des vieilles maisons, sous les tonneaux ou sous les bûches, et est pourvue d'yeux blanchâtres, malgré sa vie souterraine. Ses larves dévorent celles des Ténébrions et des Blaps
CARAIUDES. — iVllCROGEPilALUS, AMARA, ZABRUS. 271
qui vivent aux rnùmos endroits, et l'adulte -c nourrit d';inimauxde niOme genre et, de cloportes. l'iusieurs espèces du genre Sphodrits sont devenues les hôtes des grottes les plus proTondes de la Carniole et des Pyrénées ; leur couleur est d'un roux pâle; leurs yeux sont plus petits, et les ailes manquent sous les élytres. — Ex : S. cavicola, Schaum.;, de Styrie etdeCarniole.— M. Schaufl'uss a créé, pour ces espèces cavernicoles et quelques autres, le genre Anti-Sphodr us. Le S. leucophthabnus, curieux par ses yeux blanchâtres, a reçu divers synonymes, selon les pays d'Europe. Le genre a une espèce dans l'Himalaya et une en Guinée.
Ml€ROCEPIIAI.lï!ii, Latr. — Tète allongée, petite. Tarses antérieurs des mâles à trois premiers articles dilatés,
Syn. : genre Cynthia, de Latreille, dans la dernière édition (1829) du licgnc animal de Cuvier. — Ex. : M. depressicollis, Dej. (pi. x, fig. 13 : 13 a, tarse antérieur du mâle). Habite le Brésil, comme les autres espèces du genre. Ce sont de beaux Coléoptères d'un noir brillant en dessous, bleuâtre ou violet en dessus.
Une particularité de mœurs remarquable doit être signalée dans les deux genres ^/nara et Zabrus. Leur régime paraît mixte, comme chez beaucoup de Passereaux (Oiseaux) ; on les voit se nourrir de végétaux et aussi des larves qu'ils rencontrent sur les feuilles, dans les tiges, dans les racines. Leur corps est plus large que celui des Eéronies, et leurs caractères analogues.
.%MAR.%, Bon. — Menton à dent bifide, peu saillante. Corselet plus large en arrière qu'en avant.
Ces Carabiens, de moyenne taille, presque tous ailés, de couleur métallique ou brune, rarement noire, sont très-nombreux en espèces, répandus partout, et surtout européens et de l'Amérique du Nord, ils se cachent en général pendant le jour dans la mousse, sous l'herbe, sous les pierres, et sortent le soir. Il en est qui courent vivement au soleil dans les lieux secs et arides. On les rencontre fréquemment sur les tiges des Graminées utiles à l'homme, et l'on assure qu'ils en dévorent l'intérieur. Il est probable qu'ils recherciient surtout les larves phytophages qui s'y trouvent, et sont ainsi plutôt utiles que nuisibles : ce n'est sans doute qu'à défaut de ces proies qu'ils dévorent la substance végétale. Nous devons citer une espèce répandue partout, principalement dans les chemins, 1'^. trivialis, Gyll , d'un vert cuivreux étincelant. Souvent cet insecte brille comme une parcelle de laiton poli entre les pavés de nos places publiques.
XABROi, Clair\ . — Tète olargie en arrière ; menton à dent peu saiilanle.
Les Zabres, de taille moyenne ou assez grande, ont le corps beaucoup plus bombé que les Amares, avec lesquels ils ont beaucoup de rapports.
272 • COLÉOPTÈRES. - CARAniENS.
Ils sont d'un aspect massif, peu agiles, se tiennent sous les pierres, courent le long des chemins, ou parfois s'enterrent dans le sable ; ils montent sur les Graminées. Il est probable que c'est surtout pour y chasser auv insectes ; mais il paraît, d'après les entomologistes allemands, que CCS insectes, carnassiers par organisation, sont aussi phytophages et causent dans certaines années de grands ravages dans les blés et dans les seigles: les larves dévorant les racines, et les adultes s'aftaquant aux grains dans les épis.
Les Zabres sont principalement de couleur noire ou brune très-foncée et uniforme, parfois avec des reflets métalliques. On en trouve des espèces dans l'Europe méridionale, le nord de l'Afrique, l'Arménie, la Syrie.
C'est l'espèce type, Z. gihims, Fabr., très-commune dans toute l'Kurope, qui est surtout accusée de dégâts. Ce Zabre bossu est long de 12 à 15 millimètres, d'un brun noirâtre, plus clair en dessous qu'en dessus, à-élytres striées, à appendices de couleur ferrugineuse. La larve, allongée, d'un jaune brunâtre, à fortes mandibules, passe le jour dans des tuyaux assez profonds, et sort la nuit pour manger les végétaux. On assure qu'elle .vit trois ans, et se change en nymphe dans une cavité ovale située au bout de son tuyau.— Pi. x, fig. 8 a, la patte antérieure du Z. (jibbii^; 8 h, sa mâchoire.
i»i.\SOlsi;i'S, Dej. — Menton sans dent; antennes grêles. Corselet subcarré, séparé du thorax par une partie étranglée.
liCs ^fasoreus sont des Coléoptères de petite taille, de couleur noire ou ferrugineuse, de l'Europe surtout méridionale, des Indes orientales, de .lava, de la Guinée, de la Birmanie, de Madagascar. Nous citerons le M. luœatu^, Dej., ou We(terhali\ Gill, nom plus ancien qui doit prévaloir, (^e petit Carabien bronzé, à appendices fauves, long de U millimètres environ, est de toute l'Europe et des environs de Paris, mais rare.— PI. xi, fig. 9:9a, tête vue en dessus ; 9 b, jambe et tarse antérieurs; 9 c, tarse postérieur.
Les Carabiens qui vont suivre étaient réunis par Laircille sous le nom de PatelUmanes, parce que les premiers articles des tarses antérieurs des mâles sont subquadrilatères, à angles arrondis et non aigus, comme dans les autres groupes ; c'est une palette orbiculaire garnie en dessous de brosses ou de papilles serrées. Les femelles n'ont point ces caractères, et on ne les détermine qu'en comparant leur aspect général à celui du mOle. Un petit nombre de ces Patellimanes est revêtu de couleurs^ obscures ; la plupart ont des bandes ou des taches agréablement disposées sur un fond plus sombre et à reflet velouté, par suite d'un court 'duvet soyeux et doré. Ces insectes-, peu nombreux en genre.'', vivent dans la belle saison au pied des arbres, souvent sous terre, toujours dans les endroits humides et non loin des eaux.
CARABIDES. — LICINUS, PAMBORUS. 273
|JC'I.\U<^, Latr. — Menton sans dent; mandibules courtes, arrondies, très-obtuses, antennes filiformes. Elytres planes, allongées.
Les Licines sont des Carabiens plats et noirs, très-ponctués en dessus et peu agiles, ressemblant à des Harpales aplatis, aimant les terrains arides et élevés, sous les pierres ou dans les bois; aptères. — Ex. : L. (ujricola, Oliv., du midi de la France. — PI. x, fig. lia, tête, et 11 6, tarse antérieur du mâle. — Les espèces de ce genre se trouvent en Egypte, en Syrie et dans l'Europe presque exclusivement méridionale.
Les insectes des trois genres que nous allons citer ont de jolies couleurs sur fond noir ou brun, ou le plus souvent vert. Leur tête est peu volumineuse, leur corps moins plat que cbez les Licines; le corselet est plus étroit que les élylres, les mandibules acérées cà l'extrémité.
I<ORl€ER.%, Latr. — Menton avec une dent simple; antennes filiformes, épaisses à la base, hérissées de soies roides, assez longues.
Ex. : L. pilicornis, Fabr., la seule espèce du genre qu'on trouve dans toute l'Europe et rarement aux environs de Paris. — PI. x, fig. 12, sa tôle et ses antennes. — Les Loricères sont de petite taille, vivant au bord des eaux stagnantes, surtout dans les bois. Les autres espèces sont du nord de l'Amérique,' de la Sibérie et du Kamtchatka.
URACHYG.l^A'rMUl^, Perty. — Menton avec une dent au milieu de l'échancrure : mandibules courtes, peu saillantes, arquées, acérées ; antennes filiformes.
Les Brachygnathes, propres au Brésil et au Tucuman, sont de trèsbeaux Coléoptères, rares dans les collections et recherchés des amateurs; ayant une belle couleur bleue ^ avec des élytres d'un cuivreux doré ou violet. ^ Ex. : B. oxygonus, Perty, ou fulgidipennis, Latr. [Eunjsoma fulgidum, Dej.), très-brillant insecte de l'intérieur du Brésil, à corselet bleuâtre» à élytres d'un rouge feu. — PL x, fig. 14 : 1/ia, palpe maxillaire externe, sécuriforme et tronqué à l'extrémité.
lV%MUORl'N, Latr. — Menton sans dent; tarses semblables dans les deux sexes, non dilatés ; mandibules peu avancées, très-courbées, fortement dentées en dedans.
Ex.: P. alternans, Latr., de la Nouvelle-Hollande, grand Coléoptère de' couleur sombre et métallique, à corselet cordilbrme, à élytres en ovale allongé, ressemblant d'aspect, mais non par les caractères, à un Carabe.— PI. xi, fig. /i.
Les Pamborus sont de grands Carabiques, tous australiens, comprenant sept espèces très-rares dans les collections, et représentant en .\ustralie les Carabus.
GIRAaD. 18
27^ COLÉOPTÈRES. — GAKABlliNS.
TEFFI^US, Latr. — Menton très-échancré, avec dent médiane; mandibules médiocres. Corselet hexagonal, cchancré; clytres très-amples et très-convexes^ fortement sillonnées et soudées.
Ce genre comprend de très-grands Carabiques, remplaçant au centre de l'Afrique les Prncères et les Carabes , noirs , à élylres cannelées comme des colonnes corinthiennes, mais avec les cannelures vermiculées ou granuleuses. I^spèces de Mozambique, de l'Afrique australe, de Guinée, du Vieux-Calabar.
PELKCHJHI, Kirby. — Menton trilobé. Palpes à dernier article sécurifornie ; antennes filiformes ; mandibules avancées. Corselet long ; élytres en ovale allongé.
Des régions chaudes de l'Amérique méridionale. — Ex. : P. cyanipes, Kirby, du Brésil. — PI. xi, fig. 8: Sa, tarse anlérieur du mâle; 8 6, tarse postérieur; 8c, palpe maxillaire. Espèces du genre Pclecium des forêls, sous les troncs d'arbres abattus, d'assez grande taille, d'un bleu foncé, parfois violacé. Mexique, Venezuela, Nouvelle-Grenade et Tucuman.
CVCliniJi^, Fabr. — Palpes Uès-lbrtement sécuriformes à l'exliémilé. Tète trèspetite ; antennes sétacées, plus longues que la moitié du corps. Tarses simples .. d^ns les deux sexes.
Ces insectes, peu communs, à élytres très-soudées, très-élargies, emboîtant fortement le corps, d'Europe, de Sibérie, d'Amérique septentrionale, vivent cachés pendant le jour sous la mousse, les feuilles tombées, les pierres dans les parties froides et humides des forets, surtout celles des régions élevées. Ils ont un aspect de Ténébrions. Quand on les saisit, ils font entendre une sorte de sifflement assez aigu, dû au frottement des bords tranchants de l'abdomen contre une rainure interne du repli latéral de l'élytre.— Ex. : C. italiens, Bon, des environs de Turin et de toute l'Italie (pi. xi, fig. 3). — Une autre espèce, le ('. attenuatm, Fabr., de France, d'Allemagne, de Russie, est à chercher dans la forêt de Compiègne, où on le capture quelquefois. Les pattes des Cychrus sont longues et minces ; leur couleur, noire, bronzée ou cuivreuse.
NPll/KllODKRl'!§, Dej. — Antennes plus courtes que la moitié du corps. Tarses antérieurs des mâles à premiers articles dilatés. Élytres soudées.
De l'Amérique du Nord. — Ex. : S. nitidicoUis, Chevr., trouvé à Terre-Neuve, à tète d'un noir violacé, très-brillant, élargi et avec rebord verdâlrc, à élytres ovalaires, avec des lignes de tubercules, à fond cuivreux poli, à dessous et pattes noires. Il ressemble, pour la forme et la grandeur, au Cychrus allenuatus, Fabr. — Voyez pi. xi, fig.l: 1 a, tête grossie vue en dessus; 1 b, patte antérieure du mâle; 1 c, putte
CARABIDES, — CALOSOMA. 275
postérieure.— Les Sphœroderus, plus petits que les Cychrus, sont bleus, avec des élytres cuivreuses ou violacées.
Les Carabiens proprement dits ont la tète moyenne, les mandibules peu arquées, avec une dent à la base ; le menton pourvu d'une dent.
C.41.0§iOllA, Weber. — Corps large, pourvu d'ailes sous les élytres. Mandibules striées. Tarses antérieurs des mâles à premiers articles dilatés.
Les Calosomes forment un groupe de Coléoptères chasseurs, grimpant aux arbres, et ayant des ailes sous les élytres, ce qui leur permet de voler d'un arbre à l'autre. Aussi les élytres sont plus larges à l'insertion que celles des Carabes aptères. Les Calosomes, ainsi que leurs larves, détruisent beaucoup de chenilles. Aux environs de Paris, au mois de juin, de six à sept heures du soir, les amateurs se procurent le magnifique C. sycophanta, Linn., en visitant les troncs des chênes, ou en secouant leurs branches. Son corselet corditbrme, comme celui des Carabes, est d'un bleu glacé de brun; ses élytres, striées en long, à trois rangées de petites fossettes, étiucellent du vert le plus pur, avec reflet d'or bruni; son abdomen et ses pattes sont d'un noir chatoyant en violet. Réaumur a étudié les mœurs de sa larve, d'un noir lustré, analogue à celle des Carabes, et qui se glisse souvent dans les grandes bourses soyeuses des chenilles processionnaires du Chêne (Bombyx processinnea, Linn.), fléau de nos bois en certaines années. Ces chenilles sont dès lors décimées par cet hôte terrible, sans savoir fuir de leur retraite habituelle. La larve possède dès ce moment un garde-manger de tous les jours, et y demeure alors même que les chenilles épargnées sont devenues chrysalides, car elles lui offrent ainsi ses repas sous une nouvelle forme. Elle chasse aussi sur les peupliers, les bouleaux, et attaque une autre espèce nuisible, la chenille du Liparis dispar, Linn. Nos bois sont aussi fréquentés par une espèce plus petite, le C. inquisitor, Linn., de couleur sombre, un peu cuivreuse. On rencontre trèsrarement près de Paris les C. indagator, Fabr., et auropunctatum, Payk, ou sericeum, Fabr., avec fossettes dorées sur les élytres. Ces espèces sont du midi de la France. En Algérie, près d'Oran, M. Lucas a vu la larve de cette dernière espèce dévorer les colimaçons et se loger dans deur coquille. Toutes les larves de Calosomes sont tellement voraces, qu'elles se remplissent d'aliments au point de doubler de volume dans leur peau distendue. Elles tombent alors en toi'peur, comme les serpents dans la digestion, et sont quelquefois la proie des jeunes larves de leur espèce. C'est sous terre, où elles s'enfoncent, qu'elles se changent en nymphes de couleur claire, de forme subellipsoïde. Nous citerons, parmi les espèces exotiques, le C. rufipenne, Dej., de l'île de San-Lorenzo, au Pérou, en face et près de Lima (pi. xi, fig. 2). Les Calosomes sont des deux continents, rares dans l'Asie orientale, ayant une espèce
276 COLÉOPTÈRES. — CARABIENS.
en Chine, une aux Indes orientales, une dans l'Assam; manquent dans les îles sondaïques et mélanésiennes ; sont rares dans l'Amérique du Sud, où le Venezuela en compte une espèce et le Chili une. Il y en a quelques espèces en Australie, en ïasmanie et dans diverses îles de la Polynésie; ils manquent à la Nouvelle-Zélande. Ce sont des insectes très-utiles, dont les agents forestiers doivent empocher la destruction, et qu'il faut iniroduire dans les parcs, les squares et dans les avenues d'arbres des promenades publiques. Le physicien Bois-Giraud, à Toulouse, avait débarrassé son jardin des chenilles qui l'infestaient en y apportant tous les C . sycophanta qu'il rencontrait.
PROCKRIJii», Dej. — Tète assez allongée, sans col en arrière. Dernier article des palpes l'orlement sécuriforme, surtout chez les mâles. Élytres bombées, en ovale allongé, soudées : pas d'ailes.
LesProcères sont d'énormes Carabiques qui doivent commettre de vrais carnages, d'après leur taille, qui atteint jusqu'à 5 et 6 centimètres de longueur. Ils sont d'un noir foncé brillant, avec les élytres le plus souvent d'un beau bleu d'acier. Les téguments sont sculptés de fortes aspérités. Ils habitent les contrées du sud-estde l'Europe, et une espèce s'avance jusqu'en Carniole et en Istrie (P. gtgas, ou scabrosus, Fabr.); les quatre autres sont du Caucase, de Grèce, de Turquie, d'Asie Mineure, d'Arménie, du Liban. Les Procères se plaisent dans les forets des montagnes.
Le genre Procerus diffère des deux genres qui suivent, aptères comme lui et s'en rapprochant beaucoup, en ce que les tarses antérieurs sont simples dans les deux sexes, tandis que, dans les Procrustes et les Carabiis, ils ont les premiers articles (3 ou Ix) dilatés ou spongieux en dessous chez les mâles.
PROCBUlSTES, Bon. — Corps ovalaire, sans ailes. Mandibules lisses -, dent du menton plus courte que les lobes latéraux.
L'espèce type est le /*. coriaceus, Lion., de l'Europe tempérée et septentrionale ; de couleur noire mate, avec téguments chagrinés ; de grande taille, d'odeur infecte; commun pendant toute la belle saison. Laccouplement a lieu à la fin de septembre. La larve, toute cornée en dessus, d'un noir brillant, ressemble à celle du Colosoma sycophanta , Linn. On la trouve de février à mai sous les haies et dans les mousses de's bois humides. Elle dévore avec avidité les plus grosses limaces et les escargots. L'adulte a les mêmes goûts.
On ne saurait donc trop recommander d'introduire adulte et larve dans les jardins. Celle-ci est longue d'environ 30 millimètres, à bouche armée de mandibules très-aiguës et se croisant au repos. Les segments abdominaux débordent les flancs, et chacun offre de chaque côté deux gros tubercules ovalaires. Le segment anal a deux fortes épines redres-
CARABEDES. — CARAîîUS. 277
sées. Les autres espèces de Procrustes se trouvent dans la partie sud-est de l'Europe, en Asie Mineure, en Perse.
C%R.%Bl'Si, Linn. — Corps oblong. Caractères du genre précédent, sauf la denf du menton, plus longue que les lobes latéraux ou aussi longue.
Le genre des Carabes proprenient dits est formé d'insectes chasseurs, encore plus fortement armés que les Cicindèles. Ce sont essentiellement des carnassiers terrestres d'assez forte" taille; ils sont privés d'ailes sous leurs élytres soudées. Ils abondent en Europe, en Russie, en Sibérie, au Kamtchatka, sur les montagnes et sur les rivages; ils sont rares en Afrique et en Amérique. L'Afrique n'en a que quelques espèces dans la zone méditerranéenne. En Amérique, il y en a un petit nombre dans l'Amérique boréale et russe, en Groenland, en Californie, au Chili ; la région orientale de l'Amérique du Sud n'en offre aucun, non plus que les États-Unis et le Mexique. Ils manquent aux Indes orientales, en Australie et dans toutes les îles océaniennes.
Les tropiques ont peu de Carabes, et en général peu d'insectes carnassiers. On reconnaît tout de suite les Carabes à leur corps ovale et convexe, à leurs longues antennes amincies, à leur corselet élégamment découpé en cœur. Ils courent dans les sentiers, entre les herbes des bois, sur les talus bien exposés où abondent les insectes ; ils chassent solitaires, comme les Mammifères et les Oiseaux carnivores de la plus grande taille. Au contraire, dans les Insectes, comme ailleurs, ce sont les espèces plus petites qui s'assemblent parfois en société de chasse. Les élytres des Carabes sont, ou lisses, ou plus souvent striées en long, rugueuses, chagrinées, tantôt noires ou ternes, tantôt'et plus fréquemment d'un vif éclat métallique. Les larves des Carabes vivent sous les herbes et les mousses, dans les feuilles sèches et les troncs d'arbres. Elles se ressemblent beaucoup dans les diverses espèces ; sont assez longues, aplaties, d'un brun foncé, luisant en dessus, avec le corps terminé par deux petites pointes. Agiles et à pattes bien développées, elles n'ont pas besoin de pièges. Elles chassent à découvert, et sont aussi carnassières que les adultes, mais se cachent en général dans le jour. Elles s'enfoncent en terre ou sous les pierres pour se transformer en 'nymphes. Les Carabes qui en sortent par la peau fendue le long du dos sont d'abord mous et d'un jaune terne ; c'est au bout de quelques jours que leurs téguments acquièrent leur dureté et leur éclat.
Dans les jardins, dans les champs, se rencontre très-communément le C. auratus, Linn., aux élytres d'un beau vert, avec des cOtes élevées, aux pattes et aux antennes jaunâtres. Parfois il y a des variétés bleuâtres. On le nomme Jardinière, Couturière, Sergent, Vinaigrier. Ce dernier nom provient de ce que cet insecte,- comme ceux de son genre, lance par l'anus, quand on l'irrite , un liquide corrosif et d'une odeur fétide : ainsi que l'a reconnu Pelouze, c'est de l'acide butyrique^
278 COLÉOPTÈRES,— CARABIENS.
celui qui cause la puanteur du beurre ranco. En oulre, ce Carabe, comme les autres, dégage par la boucbe une salive ftcre et brune. I.es gens de la campagne, au lieu d'écraser ce brillant insecte, devraient avoir pour lui le respect qu'on doit aux défenseurs des récoltes, le ramasser et le porter dans les jardins. Les cbenilles, les larves qui vivent de racines, les Hannetons surtout, n'oni pas d'ennemi plus redoutable. Il n'est pas rare de trouver au milieu d'un sentier un Carabe doré saisissant un Hanneton par le ventre, lui dévorant les entrailles; le Hanneton continue à marcher, malgré ce terrible supplice, sans que le Carabe cesse de le suivre un seul instant. On rencontre encore fréquemment aux environs de Paris le C. monilis, Fabr., avec trois rangées de lignes sur les élytres et trois séries de points saillants entre les sillons, comme des grains de chapelet, variant beaucoup pour la couleur, d'un vert cuivreux ou violacé, quelquefois même noire; le C. purpurascens, Fabr., d'une forme allongée, à robe noire bordée de riches reflets d'un violet pourpré, etc. Dans le midi de la France, aux Pyrénées, se voient des Carabes aux belles feintes métalliques, rivalisant d'éclat avec les plumes étincelantes des Paradisiers et des Oiseauxmouches : ainsi les C. auronitens, Fabr., splendens, Fabr., commun dans les souches de (Uiàtaigniers des Pyrénées, rulilans, Dej. Ce dernier est figuré pi. xi, fig. 7 : 7 o, son labre. — iNous devons citer comme propres à des régions plus élevées, des Carabes à corps aplati, tels que le C. pyrœneus, Dej., assez commun autour du pic du Midi et aux environs de Cauterets, d'une belle couleur pourprée, violette ou cuivreuse; le C. depressus, Bonelli, des Alpes, présentant, sur un fond brun métallique, des fossettes vertes ou bronzées, très-brillant. Un fort curieux Carabe est le C. 7iodulosus, Creulzer, de Russie, d'Allemagne, d'Alsace et de Lorraine. Il est entièrement noir et les élytres sont relevées en bosselures nombreuses et creusées de fossettes chagrinées. Il est rare à cause de son genre de vie, qui fait qu'on doit le rechercher la nuit à la lanterne. Il vit dans les berges des ruisseaux, où il parait se nourrir, soit de grenouilles, soit de petits poissons. Les plaines glacées de la Sibérie renferment les plus riches espèces de Carabes par l'éclat des couleurs. Tels sont le C. smaragdinus, Gebler , d'un vert-pré un peu métallique, rehaussé par des tubercules noirs, assez commun, dit-on, sur les bords du fleuve Amour pour que les ours en fassent leur régal; elle C. Vietin^ ghovi, Adams, ou fulgidus, Gebler, s'étendant du nord de la Sibérie aux confins du Canada, à travers l'Amérique russe, à élytres d'un bleu noir, couvertes d'aspérités et bordées de bleu d'azur, avec une bande dorée.
Les Carabiques qui suivent ont les mâchoires garnies à la base de iioils roides, les antennes assez courtes, les palpes tronqués à l'extrémilé.
Ces Carabiens recherchent les lieux humides, le voisinage des cours d'eau, ils font par là un passage aux genres du dernier groupe, bien plus. aquatiques encore.
CARARIDES. — LEISTUS, PELOPHILA, NEBRIA. 279
LEINTl'fS*, Frôhlich, ou PonoNOPHORUS, Latr. — Tète rétrécie en arrière; mandibules non dentées ; mâchoires garnies de poils roides à leur base ; antennes filiformes.
Les Leistes sont de petite taille, d'un aspect svelte et élégant. lisse tiennent sous les pierres et les écorces, dans les endroits frais. Le type est le L. spinibarbis, F'abr,, d'Europe, des environs de Paris (pi. xi, lig. 5, sa fête en dessus). On les trouve surtout en Europe; il y ea a deux espèces dans l'Amérique russe , une sur les rives du fleuve Amour, une en Algérie.
l»El-OI»HlL.%, Dej. — Antennes moins longues que la moitié du corps. Tarses antérieurs des mâles à trois premiers articles très- dilatés, cordiformes.
Les espèces de ce g3nre vivent au bord des eaux ou sous les pierres. Elles sont propres fi l'Europe boréale, la Laponie, la Sibérie, le Kamtchatka, la Californie. — Ex. : P. borealis, Paykull, qu'on trouve sous les pierres dans tout le nord de l'Europe et de l'Asie, et aussi dans les Alpes, — PI. XI, fig. 6, tarse antérieur du mâle.
MEItRi.t, Latr. — Tète brièvement ovalaire, non rélrécie postérieurement; an- • tennes grêles, au moins de la longueur de la moitié du corps. Élytres peu convexes ou déprimées.
Les Nébries ofl'rent de très-nombreuses espèces, dont la majeure partie est propre à l'Europe. Nous citerons comme type le N. brevicollis, Fabr., de toute l'Europe et aussi du Kamtchatka, de 12 à 13 millim., d'un noir luisant, à corselet très-court et très-large, à antennes^ palpes, jambes et tarses fauves. Il y a de ces insectes qu'on trouve sous les pierres dans les champs; d'autres au bord des eaux , un grand nombre comme échelonnés sur les montagnes à des altitudes spéciales à chaque espèce (c'est le même fait qui se retrouve pour les Lépidoptères, dans les Érébies ou Satyres nègres); enfui ceux qui vivent contre les neiges perpétuelles sont aptères, appropriés en quelque sorte aux vents glacés des hautes cimes, qui rendraient le vol si pénible. Outre les rivages et les montagnes de toute l'Europe, on trouve des Nébries dans l'Amérique boréale et russe, en Californie, en Sibérie, au Kamtchatka, aux îles Kouriles, en Perse, à l'Himalaya et à Tahiti. On a décrit deux larves de Nebria, celle du N. brevicollis et celle du A''. Germari, Heer, espèce propre à la Suisse. Elles rentrent dans le type habituel des larves de Carabiques, mais sont déprimées, un peu élargies en arrière, avec les segments abdominaux débordant en festons très-marqués. En arrière, sont les deux longs appendices slyliformes ordinaires.
280 rOLÉOPTh:RES. — CARARFENS.
OMOPHROIV, Latr. • — Tète transversale, largement emboîtée dans le corselet. Corselet court, élargi postérieurement. Corps plat, presque hémisphérique ; élylres demi-ovales.
Ces Insectes sont encore plus aquatiques que les autres genres de leur division ; par leurs mœurs, leur forme, leurs larves, ils font le passage entre les Carabiens et les Dyliciens ou Hydrocanthares, c'està-dire eptre les carnassiers de la terre et ceux des eaux. Ils vivent dans le sable fin qui borde les îles et les fleuves, et sont de petite taille ; on les fait sortir en piétinant sur ce sable, et on les rencontre encore en arrachant les plantes qui y croissent et secouant leurs racines. C'est ainsi qu'on se procure le type du genre, VO. limbatum, Fabr. , sur les rives de la Seine. Il est très carnassier ; se trouve dans toute l'Europe, et mange les mollusques fluviatiles rejetés sur les bords. Nous figurons VO. suturale, Guér.-Mén., jaune sur le pourtour et sur les appendices, avec le bord postérieur de la tOte, le milieu du corselet et la sufuje des élytres, jusqu'aux deux tiers postérieurs, d'un vert noirâtre, du cap de Bonne-Espérance. — PI. x, fig. 15: 15 a, grandeur naturelle.
La larve de VO. limbatum vit dans les mêmes lieux que l'adulte. Elle annonce sa forme future par sa brièveté et son rétrécissement en arrière, en conservant les autres caractères des larves de la famille des Carabides. Très -agile, elle relève, quand on la louche, la partie anale de son corps, à la façon des Staphylins.
BEMBIOIIJM, Erichson, ou Bembicidium, Latr. — Corps aplati oblong. Palpes maxillaires externes à avant-dernier article grand et épais, le dernier petit et pointu. Tarses antérieurs dilatés chez les mâles.
Ce genre est le principal et peut-être môme le seul possible de sa division. 11 renferme des Coléoptères presque tous européens, tous audessous de la taille moyenne, les plus petits des Carabiens comme taille, parfois d'une exiguïté remarquable pour ce groupe. Quelques espèces sont, des montagnes ; la plus grande partie se tient au bord des eaux, où on les rencontre pendant la plus grande partie de l'année et surtout au printemps. — Voy. pi. xi, fig. 10, palpe maxillaire externe de Bembidium. — Jacquelin du Val a publié une importante monographie des Bembidium dEurope, intitulée De Bembidiis europœis (1).
Les Bembidium, au moins par leurs mœurs, font le passage des Carabiens aux Hydrocanthares, un autre passage existant par les Omophron. Écoulons Jacquelin du Val au sujet de leurs mœurs [op. cit., p. Zi55) : « Les couleurs des Bembidium sont très-variées et souvent fort belles. Doués d'une agilité surprenante, ils se plaisent dans les lieux les plus propices à leurs goûts carnassiers : les uns habitent les bords humides des rivières ou des ruisseaux; les autres préfèrent les marais et les
{l),Ann. Soc. enlom. de France, 2-= série, 1851, t. I\. p. ItM.
CARABIDES . — P.EMBiniUM. 281
eaux stagnantes, aimant à se cacher sous les détritus et les feuilles mortes ; ceux-ci poursuivent leur proie sur le sable, et trouvent un abri sous les cailloux; ceux-lcà viennent jusque dans nos champs et nos jardins nous faire admirer la rapidité de leur course. Quelques-uns se glissent même sous les écorces, ou se promènent dans le feuillage, et plusieurs, tels que Vaspericolle, Vephippium, le scuwllare, n'habitent qu'au bord des eaux salées , ou , tels que coucinmim, wneum, lalcrale, etc., ne s'éloignent jamais des rivages batius par les flots de la mer. Ils volent ordinairement le soir; certaines espèces, toutefois, prennent leur essor au milieu du jour. » C'est aux heures les plus chaudes de la journée que volent avec vélocité le B. Fockii, Humm., le B. impressum, Gyll. , le B. riificolle, Motch. : ce dernier remarquable en outre en ce qu'il se creuse des trous dans le sable, à la manière des Cicindèles.
Les métamorphoses des Bembidium sont encore fort peu connues.
Leur nom (aspect de turbot) vient de leur aplatissement. La trèsmajeure partie de leurs espèces est d'Europe; il en est quelques-unes de l'Amérique boréale, de Californie, du Chili, du Cap.
On connaît plus de deux cents espèces du genre Bembidium, et, d'après Jacquelin du Val, on ne peut songer aies réparlir même en sous-genres, tant les caractères sont sujets à varier. Nous ne pouvons omettre de citer le B. latérale, SamoueWe, ou Leachi, Dej., dont certains auteurs font le genre Cillenus, Sam., ou CHlenum, Curtis. Cette espèce vit sur les côtes d'Angleterre et sur les rivages océaniques de la France occidentale. On le rencontre parfois en bandes nombreuses sur les plages de sable que la marée recouvre peu profondément. Ainsi on trouve aisément cet insecte dans la baie de la Somme et dans le bassin d'Arcachon, si l'on ne craint pas de s'exposer aux ardeurs du soleil, il atteint environ k millim. de longueur, et ses élytres pâles et marquées de quatre taches font ressoriir l'éclat de la tête et du corselet, d'un vert de bronze. Ces insectes sont recouverts par les flots à la marée haute et restent submergés pendant plusieurs heures ; aussitôt ils s'engourdissent et sont privés de mouvement quand on les sort de l'eau, mais se raniment vile. Cela s'explique par la faiblesse de leur respiration sous l'eau, qui ne peut s'accomplir qu'aux dépens d'une petite couche dair dont ils restent entourés et que retient notamment le duvet serré qui recouvre les élytres. Ils sont d'une vivacité siugulière quand le soleil fait étinceler la mer sous ses feux: on dirait qu'ils ont hâte de profiter du court répit qu'ils doivent au reflux pour prendre un exercice musculaire inaccoutumé ; car aucun d'eux ne court s'il pleut ou si le temps reste froid et couvert, et ces jours-Là sont fréquents sur les bords de l'Océan. Ils volent aisément s'il fait très-chaud, mais sans s'éloigner beaucoup des flots et sans gagner la terre sèche. On a plaisir, par ces jours favorisés, à les voir plonger dans toutes les petites cavités du rivage, saisir de petites crevettes du double de leur taille, les arracher
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de l'eau et les emporter entre leurs robustes mandibules pour les dévorer, soit isolément, soi! en associant de;^ (''miurades au festin. Mais riieure passée, le flot mente, nos insectes se blottissent immobiles dans les petits trous qui se présentent, et se laissent paisiblement recouvrir par l'onde.
Parmi les derniers représentants des Carabiens, et Irès-rapprochés des Bembidium, se placent certains genres trés-curieux par leurs babitudes : les uns se tenant sur les plages marines où le flot les recouvre pendant plusieurs heures à la marée haute; les autres habitant les lieux les plus sombres et même les cavernes privées de toute lumière.
/■■IPl'S, Saiiioueiie. — l*alpes terminés eu fuseau grêle; cordiformes. Éiytres déprimées, arrondies et subtronquées au bout ; pas d'ailes. Corps hérissé de poils.
Les /l*]pes sont de petits insectes d'un jaune pâle brillant, ne dépassant guère 12 miilim. de longueur, vivant dans les fentes des rochers schisteux ou sous les petites roches éparscs sur le sable et que recouvre la marée. Ils s'éleudent parfois assez avant pour n'être à sec que deux ou trois heures par jour; sont très-agiles et fuient rapidement pour se cacher entre les pierres quand on veut les saisir, cherchant alors à mordre avec leurs mandibules. Leurs pattes, minces, ne sont pas propres à la nage, mais sont muni s d'ongles puissants qui leur permettent de se cramponner fortement sous les pierres, afin de résister au choc des vagues. Sur les côtés de leur corps sont de grands poils qui, au moment de la submersion, retiennent une bulle d'air qui les entoure et suffit à leur respiration sous l'eau. Probablement, pense M. Laboulbène, l'acide carbonique produit, gaz vénéneux, est enlevé à mesure, en se dissolvant dans l'eau. Ils sont immobiles sous l'eau, et ne commencent à courir que lorsque le sable est devenu assez sec, après le retrait de la mer. ils se nourrissent de petits annélides et helminthes arénicoles. On trouve ces curieux insectes depuis l'Ecosse jusqu'à Dieppe, sur les côtes de l'Océan. On. en connaît trois espèces : V.Epus marinus, Strom., ou fulvescens, Sam., découvert en Danemark, puis trouvé en Angleterre, étudié à l'île de Noirmoutier par Audouin ; et V/E.. liobini, Laboulb., des plages de Dieppe et de Brest ; enfin, une troisième espèce de Madère. La larve de YjE. Robini, rencontrée près de Brest par Coquerel, vit comme l'adulte dans les mêmes endroits et retient de l'air par ses longs poils. Elle est blanchâtre, très-agile, remarquable par une tête énorme, égalant p-liis du quart de la longueur totale du corps, et armée de puissantes mandibules recourbées et tranchantes. Ses pattes sont robustes et munies de forts croihets.
Les vEpt/s diffèrent des Trechus, qui en sont voisins, eu ce qu'ils ont une tête plus grosse avec des yeux plus, petits, et le quatrième article des tarses muni d'une épine recourbée en dessous. — Nous figurons ]\E, iiobini, pi. xn, fi g. 2.
CARABFDES. — PERILEPTUS, THECnUS, 283
Fl'IlllLEI'Tt'*», Scliauni, ou Blemi'S, Dawsoii. — Caractères analogues.
Ce sonl des insectes de petite taille, de furnie allongée, habitant les bords de la mer, et ayant des mœurs pareilles aux précédents. Nous citerons le P.areolatvs, Creutzer, d'Europe, d'Algérie, du Caucase, se rencontrant surtout dans le midi de la France. 11 y a trois autres espèces: de Bourbon, de TénérilTe, de Nubie.
TRECHt'^ii, Clair. — Corps allongé oblong ou ovale- oblong; yeux tantôt saillants, tantôt petits; antennes filiformes. Élytres libres ou souciées; ailes parfois développées, parfois nulles ; les deux premiers articles des tarses antérieurs dilatés chez les mâles.
Ce sont des insectes rougeâtres, de petite taille, à tète fortement sillonnée, très-nombreux en espèces et de mœurs variées. Il en est qui vivent au bord des eaux courantes ou dans la vase des marais, par exemple les T. rivularis, Gyll.; d'autres habitent les montagnes et semblent se plaire à l'humidité glaciale des neiges alpestre?. Ces dernières espèces sont presque toujours aptères, et ont les élytres plus courtes et plus ovales : ainsi les T. montanus, l'ntz., et nivicola, Chaudoir, du Caucase, glacialis, Ileer, de la Suisse, etc. Certains Trechus peuvent rester plusieurs heures sous les eaux de la mer ou des rivières, et entiii il en est qui, outre des habitat exposés au jour, peuvent vivre et se reproduire dans les ténèbres profondes des grottes. Tels sont le T. micros, Herbst, observé par M. de Saulcy dans une grotte de la Suisse, située à Ollon, dans le canton de Vaud : cet insecte ailé et ocule, marchant à reculons, habite normalement dans celte grotte, puisqu'il s'y trouve des sujets venant d'éclore, et que le ruisseau qui s'engoufTre dans la grotte ne le présente pas; le T. minutus, Fabr., rencontré par M. Grenier dans une grotte de la Uordogne, etc.
Les Trcchus correspondent à une partie des Dlemus et aux Epaphius de Stephens, aux Thalassophilus de \A'ollaslon. Ils ont de nombreuses espèces en Europe. On en cite aussi deux au Brésil, une au Japon, une à la Nouvelle-Calédonie, à l'Amérique boréale, au Chili. 11 en est de Madère et des îles Canaries, du Ivamtchatka, dé l'Amérique russe.
On avait détaché du genre Trechus un certain nombre d'espèces fort étranges parleur manière de vivre, parce qu'on les rencontre exclusivement dans les grottcsdépoursuesdc'lumière. On les croyait louteset toujours aveugles, ce qui avait amené la création du genre Anoplilhalmvs, Sturm.Cesont réellement des Trechm vivant dans les ténèbres profondes des grottes, d'un roux pâle, à corps allongé-oblong, sans ailes, à élytres soudées, avec de longues antennes filiformes et de longues pattes qui leur permettent d'atteindre les petits êtres , Acariens ou Myriapodes surtout;, de la faune hypogée, dont ces curieux carnassiers font leur nourriture. Leur taille varie de U à 10 millim. Ils courent a\i'c une aisance
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remarquable, et souvent à reculons, quand on frappe le sol auprès d'eux. On savait qu'ils se mettent à fuir avec rapidité quand on approche d'eux un flambeau sans faire le moindre bruit. On reconnut la présence de l'œil d'abord sur VAnophthalmus Milleri, Frivaldsky, où il est noir, allongé, à surface rugueuse, peut-être réticulée ; et dès lors l'insecte devint sans conteste un Trechus; puis, sur tous les autres, on vit des saillies oculaires sans pigmentum , de coloration plus pâle, en forme allongée, non réiiculées, à cornée unique. Ce sont des yeux atrophiés, mais qui doivent être fort sensibles à une très-faible lumière, à la façon de tous les yeux sans pigmentum. M. Grenier, qui aie premier généralisé ce fait qui ramène tous ces insectes aux Trechus, remarque que nos yeux, habitués à la brillante clarté du jour, ne peuvent décider la question de savoir si les plus ténébreuses cavernes offrent une obscurité absolue ; des rayons très-déliés de la lumière de l'entrée, diffusés par les parois et insensibles pour nous, faute d'intensité, peuvent réellement parvenir à de grandes profondeurs. En outre, un nerf optique Irès-subtil compense peut-être l'infériorité de l'appareil optique externe. Rien ne dit même que toute sensation visuelle soit abolie chez d'autres insectes des cavernes, que nous appelons aveugles par l'absence de tout organe extérieur, et chez lesquels des tilets nerveux perçoivent peutêtre la lumière par la simple transparence des téguments de la tête.
Ces carnassiers hypogés furent d'abord découverts dans la Carniole et dans la fameuse grotte du Mammouth, aux États-Unis. Il y en a cinq espèces du Kenlucky. On en connaît aujourd'hui une trentaine d'espèces de Carniole, de Croatie, de Transylvanie, des Pyrénées, du midi de la France, de Hongrie, d'Espagne, du Monténégro. Nous croyons utile d'indiquer aux amateurs celles qu'ils peuvent se procurer dans notre pays, en soulevant les pierres humides des grottes. Ce sont, en leur restituant le nom de Trechus, les espèces nommées gallicus , Delarouzée, de la caverne de Bétharram (Basses-Pyrénées); Raymondi, Delar., des grottes du trou des Fades, près d'Hyères et de la Sainte- Baume, près de Marseille ; orc/nw.f, Linder , de la grotte de Gargas (Hautes-Pyrénées); Rhadamanthus, Linder, de la grotte de Bétharram; Minos, Linder, des grottes de l'Ariége.
Je n'ai pas besoin de faiire remarquer les difficultés inhérentes à la recherche de ces insectes, toujours fort rares dans les collections. On fera bien de visiter dans les grottes tous les débris organiques pouvant attirer les Coléoptères carnassiers : le moyen le plus simple, qui m'a été indiqua par un explorateur zélé de nos montagnes du midi de la France, M. Stableau, est de placer un peu de fumier, ou une tête de mouton écorchée et très-décharnée, au fond de la caverne, et de retirer au bout de quelque temps cet appât, qui se remplit de captures toujours très-intéressantes. Ce moyen épargne beaucoup de temps et de peine. — Nous figurons le T. ou Anophthalimis robiistus, Mostch., des grottes de la Carniole, pi. xii, flg. 6.
DYTICIENS. 285
.%1»11,KI10P**, de Bonvouloir. — Forme plus allongée que celles des Trevhus cavernicoles. Pattes plus longues et plus grêles; tarses antérieurs simples dans les deux sexes. '
Ces caractères différentiels sont assez importants pour motiver la formation d'un genre. L'aspect de ces insectes, d'un fauve pâle, notablement plus longs que les précédents, et leurs, tarses sont caractéristiques. Ce sont exclusivement des hôtes des grottes obscures. Ils ont ofl'ert à M. Grenier l'état le plus rudimentaire de l'œil, une cornée en longue ellipse, formant une saillie à peine perceptible sur les côtés de leur tête étroite. Trois rares espèces composent jusqu'à présent ce genre. Ce sont VA. Leschenaulti, Bonv. , de la grotte de Béda, près de Bagnôres de Bigorre, se trouvant le long des parois humides, bien plus souvent que sous les pierres; VA. Pandellei, lànder, dans la grotte de Bétliarram, située à la limite des Hautes et Basses-Pyrénées; et VA. vnjpticola, Lind., de la grotte de Gargas (Hautes-Pyrénées). Ces deux dernières espèces ont environ k millim. de longueur, et le premier a le double : c'est un des grands représentants de la faune souterraine. 11 est probable que d'autres grottes les recèlent; il y a là un intéressant sujet de recherches pour les touristes des montagnes.
L'étude de cette faune des cavernes est d'un intérêt saisissant. On trouve des espèces Irès-localisées dans ces étranges centres de création, comme cela a lieu aussi pour les Batraciens des cavernes. L'esprit se demande leur origine première, si l'on n'a pas afiaire à des espèces ordinaires, entraînées jadis accidentellement dans les régions hypogées, et moditiées par des siècles de générations , au point de nous paraître nouvelles; il est difficile de ne pas entrer dans cet ordre d'idées en voyant des vestiges d'yeux conservés. Ou bien, si l'on veut admettre une création spéciale, prédestinée aux grottes, l'unité de composition organique nous explique la conservation de ces rudiments inutiles. Certaines espèces des grottes, comme nous le verrons pour d'autres types, n'ont plus trace d'yeux. Une plus ancienne existence souterraine en est-elle la cause? On voit quels problèmes curieux sont soulevés.
Tribu II. — «yticikms.
La tribu des Dyliciens correspond aux Nectopodes ou Rémitarses de C. Duméril (1806) et au groupe des Hijdrocanthares de Latreille, formé de Coléoptères habitant principalement les eaux, exclusivement carnassiers, avec des différences assez grandes d'organisation dans les deux familles nalurellcs de celte tribu, les Dyticides et les Gyrinides. Il n'y a qu'un nombre assez restreint de caractères généraux communs. Les tarses sont toujours pentamères, parfois avec certaine difficulté pour compter les articles, par suite de leur réduction due à la fonction de natation. De même que chez les Carabiens, les mâchoires paraissent
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munies de quatre palpes, leur lobe evlorne étant converti en appendice à deux arlicles. Toutefois ce caractère, spécial aux: deux tribus des Carabicns et des Dyticiens, entre tous les insectes connus, commence à diminuer dans son développement, car le palpe interne paraît avorter dans une partie des Coléoptères de la famille des Gyrinides.
La locomotion des Dyticiens est surtout une nage rapide, accomplie par les pattes postérieures et souvent intermédiaires, aplaties, contournées, ciliées, en uii mot transformées en rames. La forme du corps, de même que chez les Mammifères pisciformes et chez les Poissons, est telle, que ces insectes doivent fendre l'eau avec facilité. La partie antérieure du corps est la plus épaisse, et la forme du corps est celle d'un ovale, sans aucune saillie. L'eau glisse sans résistance sur ce disque lenticulaire, dont les bords sont plats et tranchants.
A l'état de larves comme à l'état adulte, ces Coléoptères vivent de proie vivante. Quelques-uns sont de grande et de moyenne taille; le plus grand nombre des espèces est de petite dimension. Elles sont, pour chaque espèce répandues habituellement sur un vaste espace, caractère général des animaux aquatiques qui retrouvent dans un grand nombre de localités les eaux à la température convenable; au contraire, les espèces terrestres ne rencontrent leurs conditions d'existence que dans des habitat plus restreints. En hiver, ces Coléoptères s'enfoncent dans la vase, et certains des petites espèces sortent de l'eau et se réfugient sous les herbes et les mousses très-humides. Tous ont des ailes sous les élytre?, mais s'en servent peu et seulement le soir; il faut en effet qu'ils puissent changer d'eaux quand leurs chasses répétées ont rendue la proie trop rare. Un remarquable ouvrage doit être consulté par ceux qui veulent étudier en détail cette i-urieuse famille des Coléoptères aquatiques carnassiers : c'est le Spccies généml des Hijdrocantliares etGijrinieiis, par Aube (Paris, 1838).
Famille l. — DVTICIDES.
Corps en général déprinié, à contour ovalaire, la partie renflée en avant, quelquefois ellipsoïde ou globuleux. Tète petite, peu séparée du corselet. Anienncs sélacées ou filiformes, libres, assez longues; labre petit, poilu. Palpes maxillaires externes à quatre articles, et internes à deux-, palpes labiaux à trois articles. Mandibules courtes, robustes, dentées; mâchoires aiguës, ciliées intérieurement. Corselet large; écussonjantôt visible, tantôt caché. Élytres. larges, recouvrant l'abdomen, quelquefois sillonnées ou chagrinées chez les femelles. Pattes antérieures aussi Courtes ou plus courtes que les autres; pattes antérieures et intermédiaires rapprochées; pattes postérieures longues, aplaties, courbées et ciliées, disposées eu rames. Tarses antérieurs et souvent intermédiaires chez les mâles, garnis de cupules péliolées.
L'appareil digestif des Dyticides, carnassiers des eaux, ressemble na-
DYTEflIOES. — DYTISCUS. 287
lurellement à celui des carnassiers lerreslres. Le gésier offre quatre pièces cornées, prismatiques, propres à broyer. L'intestin grêle est plus long que chez les Carabiens et replié. Comme chez eux, deux canaux de Malpighi s'insùrent de chaque côté à l'extrémité de l'estomac, et se détachent tr(>s-neltemont par leur couleur sur la paroi intestinale. Le caractère le plus essentiellement distinctif, amené par une nécessité physi. logique, est un csecum spirale, terminé par un appendice vermiforme, inséré par un col rétréci latéralement au rectum; L'air s'amasse Jaiîs cette portion de l'intestin, sorte de vessie natatoire qui rend la région postéiieure de l'animal de plus faible densité moyenne que la partie antérieure, et l'amène hydrostatiquement à la surface de l'eau, quand l'insecte est immobile.
Le groupe qu'on peut appeler Dytiques proprement dits est caractérisé par un corps ovalaire, aplati. Les élytres des femelles ofl'rent généralement des stries longitudinales plus ou moins profondes. Les tarses ont cinq articles bien apparents; les cuisses postérieures sont libres, sans prolongement lamelliforme de la hanche, mais ne pouvant se mouvoir que latéralement. Les espèces sont de taille grande, moyenne et petite.
GENRES
DVTISCUS, Linn. — Corps elliptique, à peine dilaté en arrière. Antennes sétacées. Corselet court; écusson très-apparent. Élytres des femelles à sillons prononcés. Tarses antérieurs des mâles à trois premiers articles dilatés en palette arrondie, ciliée en arrière, ayant en dessous des cupules très-petites en avant.
Les eaux, comme la terre, ont leurs insectes carnassiers. Les Dytiques offrent les plus grands types des chasseurs aquatiques de proie vivante ; leurs espèces sont de taille grande et assez grande. De même que les Carnassiers supérieurs des eaux, les Épaulards, les Dauphins, les Marsouins, ils doivent respirer en nature l'air qu'ils seront obligés de puiser à la surface de l'eau ; ils ne peuvent se contenter de l'eau aérée, comme les Poissons et les Mollusques. Amis des eaux stagnantes , bourbeuses même, ils nagent avec vélocité au moyen de leurs pattes postérieures contournées en rames et rappelant par leur courbure et leur élargissement les membres des Tortues marines. On les observe souvent immobiles et remontant vers la surface, le corps incliné, la tète en bas, à la façon d'un ludion, par la conséquence hydrostatique de la masse d'air amassée dans la partie terminale de leur intestin. De temps à autre ils soulèvent l'extrémité postérieure de leurs élytres, puis les l'eferment de manière à englober une bulle d'air. Ce fluide, comprimé par les élytres comme par un piston de pompe foulante, acquiert assez
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de force élastique pour écarter les bords des stigmates, et pénètre dans les trachées sans que l'eau y puisse entrer.
Les Dytiques sont des insectes à la fois aquatiques, terrestres et aériens. Quand leur voracité a dépeuplé les mares où ils vivent de préférence, car leur séjour hors de l'eau ne peut être de longue durée, ils sortent et marchent assez lentement sur le sol; enfin, le soir, dépliant leurs ailes et bourdonnant à la façon des Hannetons, ils gagnent d'autres eaux où ils promèneront la terreur et la mort. C'est ainsi qu'on trouve ces insectes dans les flaques d'eau formées le plus récemment. La voracité des Dytiques est extrême : ce sont les Épaulards de la création entomologique, poursuivant tout ce qui nage autour d'eux. Leurs pattes antérieures saisissent la proie et la portent contre les mandibules. Ce ne sont pas seulement les larves de Libellules, d'Éphémères ;, de Cousins, d'insectes de leur groupe qui sont leurs victimes: les Mollusques des eaux douces sont pour eux une proie sans défense ; ils s'attaquent aussi aux larves de Grenouilles, de Crapauds, de Tritons (les têtards), et môme aux petils Poissons et au frai. Lue grenouille éventrée qu'on leur jette faii accourir des Dytiques de plusieurs espèces qui s'y attachent avec délices. On les alimente facilement, dans des bocaux remplis d'eau, avec de petits morceaux de viande crue de la grosseur d'une noisette. 11 faut avoir soin de renouveler l'eau corrompue par les restes de viande. On rapporte que l'entomologiste Esper garda plus de trois ans un Dytique bordé si habitué à recevoir sa petite provision de bœuf cru, qu'il arrivait à la nage aussitôt qu'on la lui présentait, se jetait dessus avec l'avidité d'un Félien affamé, et en suçait tout le sang. Ces Dytiques qu'on s'amuse à conserver captifs dans l'eau peuvent servir à un curieux usa-^c. celui de baromètre vivant, comme les Grenouilles, les Rainettes. Le Dytique bordé est très-sensible aux variations de la pression et de l'humidité de l'air, et se tient dans l'eau à diverses hauteurs , qu'on peut observer plus facilement en plongeant dans le liquide du bocal une petite échelle divisée en centimètres.
A l'état de larves, les Dytiques ne peuvent vivre que dans l'eau, et, plus voraces encore que sous la forme adulte , se repaissent semblablement de proie vivante. La plus commune, celle du Dytique bordé, est allongée, renflée au milieu, brune et comme cuirassée d'écaillés sur le thorax. Elle offre six pattes thoraciques assez longues, poilues. Sa tête offre deux mandibules en forme de pinces acérées, propres à harponner ses victimes. En dessous est une bouche difficile à apercevoir, offrant à l'intérieur de petites mâchoires. Cette larve respire en puisant l'air à la surface de l'eau, au moyen de deux petits corps cylindriques, poilus, divergents, placés à la partie anale et communiquant avec les troncs trachéens. Elle nage par de rapides mouvements vermiformes, en frappant l'eau avec la partie postérieure de son corps. On sait qu'en général le nerf optique des Insectes est unique. Chez les larves de Dytiques il offre une foule de tilels distincts allant à chaque stemmale;
DYTICIDES. — DYTISCUS. 289
ce qui prouve bieti que les yeux composés sont des réunions d'yeux simples. Chez l'adulte tous ces filets se soudent.
Quand l'époque de la métamorphose est arrivée, ces larves, exclusivement aquatiques, vont au contraire prendre une existence exclusivement terrestre. Elles quittent l'eau, s'enfoncent dans la terre molle el humide des bords des ruisseaux et des mares, s'y façonnent une cavité ovale dans laquelle elles se changent en nymphe d'une couleur blanche sale, terminée par deux petites pcmtes. Si la transformation s'est faite dans la belle saison, l'adulte éclôt en quinze ou vingt jours ; si elle n'a lieu qu'en automne, la nymphe passe l'hiver, et c'est le cas le plus habituel.
f.es Dytiques adultes vivent longtemps et s'accouplent généralement au printemps. C'est à la copulation que servent les tarses antérieurs dilatés des mâles, caractère propre à beaucoup de Coléoptères. Il s'exagère chez les Dytiques, où les trois premiers articles de ces tarses, trèsélargis, soudés, déformés, deviennent une vaste cupule, offrant en dessous des ventouses et des poils courts, et permettant aux mâles de se cramponner sans glisser sur les élytres des femelles. Celles-ci sont pro fondement sillonnées de canalicules longitudinaux, surtout à leur région antérieure , tandis que les élytres des mâles sont très-lisses.
Les Dytiques ont le système nerveux peu centralisé: leurs noyaux médullaires sont gros, faciles à disséquer. Nous recommandons aux entomologistes débutants les grosses espèces de ce genre pour l'étude anatomique du système nerveux, et en général de tous les appareils, des vaisseaux de Malpighi, etc.
Les environs de Paris ont plusieurs espèces de Dytiques. Tels sont surtout \e Dijtiscus marginalis, Linn.^ de 30 à 35 millim., dont la bordure latérale plus claire des élytres disparaît par la dessiccation ; les D. circumflexus , Fabr. de 30 millim. de long, plus elliptique , à écusson jaune, et pimctulatus, Fabr., de 28 millim., noir, avec taches rougeàtres sur les côtés de l'abdomen. La plus grande espèce d'Europe, le D. latissimus, Linn., de ZiO millim. de longueur, n'est pas exclusivement propre ;\ l'Allemagne et à la Suède, comme on l'a cru longtemps ; les amateurs peuvent chercher cet énorme insecte dans les eaux douces du nord-est de la France, car on l'a trouvé dans quelques étangs de la Lorraine 'et de la Champagne et même aux Andelys. Il est remarquable par la forme de ses élytres aplaties et tranchantes sur le bord, et il est assez nuisible aux jeunes poissons.
Le genre qui nous occupe a été nommé Dyticua par Geoffroy, Leionotus par Kirby, Macrudytcs par Thomson. Il est répandu dans toute l'Europe, l'Amérique boréale et russe. On en trouve des espèces isolées aux États-Unis, en Californie, à Mexico, en Sibérie, au Kamtchatka, à Ceylan, à l'île Woodlark. Les Dytiques ont deux crochets égaux aux tarses postérieurs.
(IIRAUD. l'J
2il0 COLÉOl'TÉKES. — DYTIClLiNS.
El.']lEt-'l'ES», Erichsoii. — Corps en ovale courte plus large en arrièic, déprimé. Élytres de même forme. Cuisses et jambes antérieures fortement ciliées, avec tarses des mâles à cupules.
Les Eunectes sont de taille moyenne et ont pour type une espèce très-répandue dans toute l'Europe, l'^". sticlicus, Linn., ou griseus, Fabr., à sculpture des élytres pareille dans les deux sexes. 11 y a quelques aulres espèces disséminées dans les diverses parties du monde.
ACILIUS, Leach. — Caractères Irès-analogues. Deux crochets inégaux aux tarses postérieurs ; prosternum non caréné.
Les espèces d'Europe ont, aux tarses antérieurs des mâles, des cupules très-inégales, dont une énorme à la base. Les femelles ont sur es élytres de larges sillons longitudinaux, garnis de longs poils couchés. On trouve aux environs de Paris une espèce très-commune dans toutes les vases de l'Europe, A. sulcatus, Linn, d'un brun grisâtre terne, de IG millim. de longueur, à élytres roussâtres avec points noirs, à abdomen tacheté de jaune, à cuisses postérieures noires à. la base, et 1'^. fasciatus, de Geer, ou canalicuîatus, Nicolaï, différent du précédent par un abdomen roussâtre et les cuisses postérieures sans taches. Il est surtout propre au nord de l'Europe.
Les Aciiius, à corps très-large et déprimé, de taille moyenne ou assez grande, ont encore d'autres espèces dans le nord de l'Europe ou de l'Amérique, en Californie, au Mexique, aux Antilles, à la Guyane et au Brésil. Les larves des Aciiius sont notablement différentes de celles des Dytiscua et des Cybister. Elles ont un corselet étroit , allongé, terminé par une petite tête munie de courtes mandibules; elles sont cependant carnassières comme les autres.
THOni:§l, Leach, ou Cybister, Curtis. — Corps elliptique, notablement élargi en arrière. Corselet court, écusson apparent. Élytres des femelles à très-petites stries. Tarses antérieurs des mâles à trois premiers articles très dilatés, en palette ciliée en avant, garnie en dessous et en avant de quatre rangs de cupules, en arrière de poils courts. Pattes postérieures plus robustes, comparées aux autres, que chez les Dytiques, très-aplaties, à jambes très-courtes.
Les espèces sont de taille grande et assez grande. Nous ne trouvons aux environs de Paris qu'une seule espèce de ce genre, le C. virens, Millier, ou C. Ra'seli, Fabr., nom plus connu. Il est de grande taille, 36 millim. environ, a le prosternum terminé en arrière en pointe trèsaiguë, tandis qu'il se prolonge en spatule dans les vrais Dytiques, il est, comme euxi d'un noir-olive, avec une étroite borJure jaune, et j vivant, présente dans l'eau un magnifique reflet azuré qui ne se conserve malheureusement pas en collection., La larve ressemble beaucoup à celle des Dytiques: elle est seulement plus cylindrique et terminée par Un simple appendice conique, grêle et cilié; sa tête est armée d'une
DVilClDES. — A(;A15US, COL'i .M.'îLTiiS. llUl
corne assez courte. Ses mœurs sont celles des larves du j,'eiire \>vccédent.
Les Cybister n'ont qu'un seul crochet au\ tarses postérieurs et comprennent d'assez nombreuses espèces. Toutes les parties du monde offrent des Cybister : nous citerons le Lerminieri, Clievr., de la Guadeloupe, une des grandes espèces du genre. 11 est d'un vert-olive en dessus et noirâtre en dessous, remarquable par ses antennes fauves et la bordure d'un jaune rougeâtre qu'on observe au chaperon, au corselet, aux élytres. — II est figuré pi xiii, fig. 1 : 1 a, 6, tarse antérieur du mâle en dessus et en dessous.
AU.tBlfii, Leach. — Corps ovale. Éljtres ovaiaires, semblables dans les deux sexes. Tarses antérieurs et intermédiaires des mâles à peine dilatés et garnis de cupules. Palfes postérieures larges et comprimées, à janibes ciliées.
Les Agabus ont des espèces surtout de couleur noire, ou parfois d'un jaunâtre saupoudré de brun. Ils sont bien plus petits que les Dytiques, el ont comme eux deux crochets égaux et mobiles aux tarses postérieurs. Leurs espèces sont nombreuses. II en est en Europe, surtout boréale ; de même dans l'Amérique boréale^, l'Amérique russe, l'Orégon, le Kansas, la Pensylvanie, le Mexique, la Californie, la Guyane , Bogota, le Brésil, le Chili. D'autre part, on en cite de Mongolie, d'Australie, de la Tasmanie, de la Nouvelle-Calédonie, du détroit de Magellan. Ils manquent en Afrique, sauf en Algérie, région méditerranéenne, aux Indes orientales , aux îles sondaïques et mélanésiennes. Nous citerons VA. serricornis, Payk., de Suède, deLaponie, de Finlande (pi. xni, fig. 2, lète grossie; 2 a, antenne du mâle très-grossie). Cette espèce offre chez le mâle les antennes dilatées à l'extrémité et dentées en scie, caractère qui n'est pas général dans le genre Agabus. L'A. bipustulatu, Linn., d'Europe, d'Algérie, de Syrie, est noir, de 10 millim. de long, avec une tache rousse à l'extrémité de chaque élytre. Il est très-commun partout. — PI. xni, fig ù, son tarse antérieur grossi.
Les deux genres qui suivent ont deux < rochets inégaux aux tarses postérieurs.
COLTIHltETES, Clairv. — Corps ovalaire. Élytres ovaiaires, le plus souvent semblables dans les deux sexes. Tarses antérieurs et intermédiaires des mâles à trois premiers articles garnis de cupules très-petites. Pattes postérieures larges, comprimées, à tarses ciliés.
Ces insectes, de toutes les parties du monde et surtout d'Europe, sont noirâtres, de taille moyenne, et un certain nombre d'espèces sont communes dans toutes les mares. Eschscholtz, d'après la forme des article? des tarses antérieurs des mâles et de leurs crochets, a établi plusieurs sous-genres. Dans les Colymbetes propres nous ne trou\ous en Europe
292 COLfiOl'TKUtS. — DYII(;it:L\S.
que deux espèces, dont l'une aux environs de Paris, mais assez rare, le C. Grappi, Gyll., Germ.j ou nij/er, Lacord. [.es Cymotopterus ont les crochets tarsaux antérieurs égaux dans les deux sexes. On y trouve une espèce extrêmement commune dans toute l'Europe, le C. fuscus, Linn., de 17 millim., ovalaire, non élargi en arrière, à corselet roux, avec une tache noire au milieu, et à élytres d'un brun clair passant au jaunâtre le long du bord externe. Les autres espèces de ce sous-genre sont surtout des régions septentrionales de l'Europe et de l'Amérique, de Laponie, du Groenland, des lacs canadiens, etc. Les Rhantus ont au contraire les crochets des tarses antérieurs inégaux. Une espèce très-commune est le /?. pu/yerosws, Stcph., de 11 millim., oblong, ovalaire, à corselet d'un jaunâtre pâle, avec une tache médiane noire, à élytres déprimées, jaunâtres, paraissant d'un gris verdâtre par une foule de petites taches noires, ayant la suture et le bord externe jaunâtre et les pattes roussâtres. Lacordaire l'appelle notatus dans sa Faune des environs de Paris.
■LVltli:)!», Erichs. — Corps ovule. Élytres semblables dans les deux sexes.
Les autres caractères sont ceux du genre' précédent ; mais les Ilybies ont un aspect difTérent des Colymbètes, sont plus allongés et surtout beaucoup plus convexes^ également de taille moyenne, noirâtres et du même genre de vie. On rencontre souvent dans les eaux des environs de Paris Vllybius /^w/fg mos us, Fabr., de 12 millim., d'un brun noirâtre, avec un très-faible reflet métallique et le bord externe des élytres assez largement bordé de roux, et 1'/. ater , de Geer, noir, bordé de roussâtre, avec deux petites taches linéaires rougeâtres sur les élytres. On trouve également dans toute l'Europe les 1. angustior, Gyll., obscurus, Marsh., ou quadriguttatus, Lacord. Les femelles des Iltjbius ont le dernier arceau de l'abdomen échancré et caréné au milieu. Ce genre est assez nombreux en Europe, surtout dans le Nord, en Laponie, en Suède, en Angleterre. Il y a aussi quelques espèces dans le nord de l'Amérique, une en Californie, une dans le Dacota.
Le genre Coiymbeles des anciens auteurs comprenait les trois genres actuels Agabus, Colymbètes, Ilybius. Ce sont tous des insectes abondants en Europe, de l'orme très-naviculaire, et dont les larves ont la partie antérieure du corps trèsélargie et les appendices respiratoires caudaux plus longs que chez les Dytiques.
î^efERDS, Clairv. — Corps un peu obconique, très-convexe; antennes des mâles dilatées vers le milieu, courtes, rappelant celles des Gyrins ; écusson invisible. Élytres pareilles dans les deux sexes. Tarses antérieurs et intermédiaires des niùles à trois premiers articles dilates et garnis en dessous de petites cupules. Pattes postérieures larges, comprimées, avec tarses ciliés.
Le genre Noteras , ainsi que quelques autres, se reconnaît à la di^p^^ rition de l'écusson, cl en particulier aux antennes courtes des mâles,
DYTICIDES.— PELOBIUS. 293
à arlicles larges et comprimés, avec le onzième et dernier allongé et pointu. Ils sont de petite taille et ont peu d'espèces. On en signale de spéciales à l'Angleterre, au Danemark, à l'Kurope méridionale, à la Syrie, au Mozambique. Il en est deux répandues dans toute l'Europe et vivant dans les eaux stagnantes : le N- clovicornis, de Geer, et l'espèce type du genre ; le \. semipunctatus, Fabr., ou crassirornis, Sturm, Lacord.,d'un brun fauve, commun partout. — PI. xiii, fig. 6: 6a, antenne; 6 6, patte antérieure vue en dedans ; 6 c, la même en dehors.— Sa larve, brune, avec deux bandes jaunes transverses sur le dos, est des plus singulières par sa tête prolongée en avant en une assez grande corne frontale.
PKT.OBirjÂi, Schcinherr, — Tète forte, dégagée du corselet, ressemblant à une tète de Carabique ; antennes courtes. Corselet court, transversal; écusson large, très-apparent. Tarses antérieurs des mâles à trois articles élargis avec petites cupules en dessous; tarses postérieurs à articles très-allongés, à peine comprimés.
Ce genre n'a qu'une seule espèce en Europe ; de toute l'Europe et du nord de l'Afrique ; d'un brun roussâlre, mat, avec une grande tache noire occupant la plus grande partie des élytres. On le trouve dans les mares des environs de Paris au début du printemps, et souvent en troupes nombreuses : c'est le P. tardits, Herbst, ou Hermanni , Fabr. (pi. xHi, fig. 5 : 5 fl, antenne; 5 6, tarse antérieur du mille en dessus; 5 c, le mt'me en dessous). M. Blanchard remarque que cet insecte fait entendre en volant un bruit plus fort que la plupart des autres Dytiques proprement dits. Quand on le saisit, il produit aussi un son strident assez fort, analogue, avec moins d'intensilé, à celui du Grillon. Une carène oblique existe à la partie inférieure de chaque élytre; elle offre des crt'nelures profondes et serrées qui frottent contre un bourrelet mince, mais très-saillant, du dernier segment abdominal. Qu'on prête l'oreille, arrêté au milieu d'un vaste étang desséché, parfois partent de tous cAtés de petits cris : ils sont dus à des Pélobies enterré^: sous la vase à demi durcie et tout barbouillés de limon.
Le genre FeJobius a deux autres espèces en Australie. Fabricius appelait ce genre Hydracna, nom qui n'a pu être conservé, quoique plus ancien, car il appartient à des Arachnides aquatiques vivant en larves sur les Dytiques. Latreille en faisait les Hygrobia
Un groupe spécial de Dyticiens est formé par les Hydropores en général, insectes à corps ovalaire, plus ou moins allongé. Leurs tarses antérieurs et intermédiaires, à peine élargis chez les mâles, sont garnis dans les deux sexes de brosses soyeuses. Les tarses, en réalité pentamères, semblent de quatre articles, le quatrième étant très-petit et caché dans l'échnncrure du troisième. Ces insectes, tous de petite taille
•294 COLÉOPTÈRES. - DYIICIKNS.
abondent dans les mares de toute l'Europe, aussi bien que dans les eaux rapides. L'écusson est apparent chez les uns, caché chez les autres. Ce dernier cas est celui des genres européens. On a trouvé ces insectes dans les eaux glacées aussi bien que dans des sources thermales.
HYOROPORUS, Clairv. — Corps tantôt déprimé, tantôt convexe; antennes sélacées. Pattes postérieures longues, grêles, un peu comprimées, ciliées.
Ex. ll.planus, Fabr., de toute l'Europe. — PI. xiii, détails U: k a, patte vue de profil ; h b, tarse antérieur vu en dessus, montrant la réduction apparente <à quatre articles.
Les Hydropores ont plus de deux cents espèces, de toutes les parties du monde, d'une étude pénible en raison de leur petitesse, certains ne dépassant pas 2 millim. de long. Le plus souvent ils sont oblongs et peu convexes, parfois au contraire ovalaires et épais, ce qui conduit au\ Hyphydres. Leurs couleurs, peu variées, sont le jaune, le rougeâtro, le noir, mais disposés parfois en dessins assez élégants. On ramène ces insectes en jetant le filet fauchoir au fond de toutes les eaux, douces ou saumàlres, dans les mares stagnantes comme dans les rivières et torrents les plus rapides, dans les eaux glacées des Alpes, des Pyrénées et des régions arctiques, aussi bien que dans certaines sources thermales. Ainsi VH. cuspidatus, Germar, a été pris aux environs de Bone en Algérie, dans une source cà une température de li2 degrés.
HYPHVDRlJ^i, Illig. — Caractères analogues aux Hydroporus et écusson également nul. Corps très-court et très -bombé en dessous.
Les espèces de ce genre rappellent par leur forme les Omophrons (Carabiens). Los Hyphydres sont de tous pays, surtout de l'ancien conlinent. Le type est VH. ovatus, Linn., très-commun dans toute l'Europe, d'une couleur rougeâtre plus ou moins foncée, presque mat. Les contrées méridionales de l'Europe ont une jolie espèce, VH. variegatus, Fabr., noir, tacheté de jaune.
Une autre division, celle des Haliples, comprend des insectes aquatiques au corps ovalaire, convexe, recouvert de points enfoncés, à élytres avec stries et dépressions longitudinales, souvent terminées en pointe à leur extrémité, à écusson caché. Le caractère principal de ce groupe est offert par les cuisses postérieures, ayant chacune k leur hase une grande lame couvrant la moitié de l'abdomen : c'est la hanche postérieure, recouvrant presque entièrement la cuisse et empêchant tout mouvement de haut en bas. L'usage de ce bouclier ventral est ignoré. Ces insectes sont de taille très-exiguë, sortent souvent de l'eau, se posent sur les plantes aquatiques, ou voltigent aux alentours. Les premiers états sont encore inconnus; il y a là un sujet curieux de recherches. Les -tarses reprennent partout les cinq articles normaux.
GYRINIDES. 295
HAIilPLlIf^, Latr. '—Corps ovale, allongé, bombé. Tête étroite; antennes de dix articles. Tarses à trois premiers articles un peu dilatés et munis de brosses Baillantes chez les mâles.
Ex. : H. elevatus, Panz., Europe, France. — PI. xiii, fig. 7 : 7 a, abdomen vu en dessus; Ib, antenne: 7c, palpe maxillaire. — Ces insectes sont surtout d'Europe, avec quelques espt'-ces disséminées dans TAmérique du Nord, le Brésil, la Corée, la Chine, l'Australie. Les espèces se reconnaissent à l'absence d'écusson, à des antennes de dix articles, obconiques, le dernier long et pointu ; à des palpes maxillaires ayant le dernier article très-petit et le précédent gros et renflé, à des pattes grêles. Les élytres sont toujours sculptées de rangées de points enfoncés assez gros et très-rapprochés. Les couleurs, comme celles de la plupart des petits Dyticides, sont brunûlres ou jaunâtres. Ils quittent parfois l'eau et grimpent sur les plantes des rives, souvent en sociétés nombreuses.
Famille II. — GYRINIDES.
Corps ovalaire, aplati en dessous, plus ou moins convexe en dessus. Tôte plus ou moins engagée dans le corselet, avec les yeux composés divisés en deux régions, l'une supérieure, l'autre inférieure, par les bords latéraux de la tète; antennes épaisses, très-courtes, cachées dans une cavité latérale profonde un peu en avant des yeux supérieurs, épaisses, à troisième article prolongé latéralement en oreillette; mandibules bidentées, palpes maxillaires internes d'existence contestée (Aube). Corselet transversal ; écusson tantôt caché, tantôt visible. Élytres tronquées à l'extrémité, ne recouvrant pas tout l'abdomen; prosternum très-court, caréné. Pattes antérieures beaucoup plus longues que les autres, cachées au repos dans un sillon sur les côtés de la poitrine, se projetant en avant, avec brosses soyeuses aux tarses des mâles. Pattes intermédiaires et postérieures rejetées en arrière, courtes, larges, trèscompriméès avec cils plats, avec tarses à articles peu distincts; les pattes postérieures logées au repos dans un sillon des hanches.
Le tube digestif présente environ (dans l'espèce commune étudiée, . Gyrinus natator) quatre fois la longueur du corps, et l'intestin grêle compte pour deux fois cette longueur. Le cœcum est membraneux, non latéral., et les plis transversaux qu'on y remarque indiquent qu'il peut être gonflé par l'air, d'une manière analogue à ce qui se passe chez les Dyticides et dans le même but.
Une première division de ces insectes oflre l'écusson apparent dans toutes les espèces.
29fi COLÉOPTRRI-S. — DYTICIF.NS.
GENRES
GYBliVIJjM, Ceoffr. — Corps plus ou moins convexe. Pattes antérieures de nriédiocre longueur, à jambes et tarses (des mâles) peu élargis à l'extrémité.
Les Gyrins sont des carnassiers des eaux dont les mœurs et l'organisation offrent de notables différences d'avec les Dytiques. Ils préfèrent les eaux claires, un peu agitées, aux eaux stagnantes et vaseuses. Tout le monde a remarqué ces petits insectes noirs, à reflet bronzé, traçant les plus capricieux méandres à la surface de l'eau. Ils vivent en effet en troupes nombreuses, tournoyant sans cesse et s'entrecroisant sans jamais se heurter, ce qui leur a valu le nom vulgaire de Tourniquets. On dirait au soleil de brillantes étoiles se détachant sur l'azur liquide. Quand ils plongent brusquement, ils entraînent avec eux une mince bulle d'air qui adhère au ventre et simule un globule de mercure ou d'argent. Les Gyrins poursuivent sans relâche les insectes qui, comme eux, vivent à la surface de l'eau, ceux qui viennent du fond pour respirer, enfin les insectes aériens qui y tombent. Uie organisation admirable de l'organe de la vision leur permet de chasser dans l'air et dans l'eau et d'échapper aux dangers qui les menacent dans l'un et l'autre fluide. L'œil composé est séparé en deux moitiés par la partie latérale de la tête, et les courbures des cornéules doivent être fort différentes dans ces deux portions, en raison des indices de réfraction si divers dans l'air et dans l'eau. En effet, l'œil supérieur du Gyrin lui montre les insectes qui sont sur l'eau et le bec cruel de l'hirondelle, à qui il échappe par un plongeon rapide ; l'œil inférieur lui permet d'apercevoir les larves qui nagent sans défense ou le poisson féroce à éviter. La vue perçante des Gyrins et leurs agiles mouvements rendent leur capture peu aisée; il faut jeter brusquement le filet de toile au milieu de la troupe tournoyante, et l'on n'en ramène qu'un petit nombre. Qu'on place un de ces insectes dans un verre d'eau, il fait d'abord quelques tours en nageant, puis se pose immobile à la surface du liquide ,- si l'on approche le doigt, il s'enfonce aussitôt. Les Gyrins sautent hors de l'eau pour échapper aux poissons, et peuvent alors s'aider de leurs ailes, qui leur servent aussi le soir à se transporter dans d'autres eaux. Leurs longues pattes antérieures se projettent sur la proie comme un ressort ; c'est pour ne pas gêner la natation rapide du Gyrin, qu'elles se cachent au repos dans des sillons latéraux; ces mêmes pattes antérieures, munies de brosses sous les tarses chez les mâles, leur servent à cramponner les femelles dans l'accouplement. Ces mâles sont plus étroits que les femelles; la copulation s'opère sur le bord de l'eau, dans un endroit calme, soit sur l'eau, soit sur quelque support. Quand on parvient à saisir les Gyrins, ils font suinter par l'extrémité découverte de leur abdomen une liqueur laiteuse et puante, sortant de deux pelits mamelons cylindriques rétractiles. Si on les pose
GYRINIDES.— GYKINUS. 297
sur le sol, ils exécutent une série de petits sauts par lesquels ils tâchent de regagner l'eau.
On ne connaît encore bien les divers états que du Gyrinus natatur, Linn.j l'espèce la plus commune. La femelle dépose sur les feuilles des plantes aquatiques des œufs placés bout à bout, d'un blanc jaunâtre, cylindriques, et qui éclosent au bout d'une semaine. Les larves diffèrent beaucoup de celles des Dyticides; elles ressemblent à de petites Scolopendres, et leur forme comme leur respiration leur donnent des rapports avec les larves des Semblis (Névroptères). Elles sont longues et étroites, avec une tête ovalaire, avec de petits yeux en groupe, des rudiments de palpes et, d'antennes. Les anneaux du thorax ont de longues pattes grêles, et ceux de l'abdomen des appendices ciliés, avec deux franges de poils flottants presque aussi longs que les pattes. Ces appendices constituent une particularité nouvelle : les larves respirent tout autrement que celles des Dytiques, non pas nécessairement l'air libre, mais l'air dissous dans l'eau. Ce sont des branchies ou extrémités extravasées des trachées, servant à la respiration et peut-être aussi à la nage. Le pénultième anneau porte deux appendices plus longs dirigés en arrière, et le dernier segment, très-petit, offre en dessous quatre crochets courbes que la larve remue continuellement.
Ces larves ont acquis leur développement complet au commencement d'août, et, quittant alors l'eau, grimpent sur les feuilles des Roseaux, des Nénufars. Elles se construisent, sans doute avec une sécrétion sorta'nt de leur bouche, une coque ovale, pointue aux deux bouts et dont la couleur et la consistance ont été comparées à du papier gris. Ces larves y deviennent nymphes, d'abord molles, puis prenant de la consistance, et l'adulte se jette à l'eau aussitôt son éclosion et tarde peu à s'accoupler.
Les environs de Paris nous offrent plusieurs espèces de Gyrins, presque toutes d'un noir brillant. Ainsi le G. natator, Linn., convexe, d'un noir vernissé un peu bleuâtre, avec le bord réfléchi des élytres et le bout de l'abdomen roux ; le G. marinus, Gyllenhal, de 6 à 7 millim., comme le précédent, mais bordé de noir brillant ; le G. bicolor, Paykull, de S millim., allongé, subparallèle, coloré comme le natator; le G. minutus, Fabr., de petite taille, etc. Dans les parties méridionales de l'Europe et ' septentrionales de l'Afrique, on rencontre des Gyrins plus élégants, à élytres profondément sillonnées et bordées de jaune, ainsi que le corselet : tels sont les G. striatus, Fabr., et concinnus, Klug. Le genre Gyrinus comprend de nombreuses espèces de tous pays.
Près des Gyrinus et comme eux à écusson, il faut citer le genre Orectochilus, Lacord., de l'Afrique et des Indes orientales, du Caucase, d'Egypte, de Corse, avec une seule espèce de presque toute l'Europe, ÏO. villosus, Fabr. Le corps est plus fortement bombé et plus pointu aux deux bouts que chez les Gyrins. Comme eux, elle aime les eaux courantes, mais elle ne sort que la nuit pour nager en troupes. Dans
298 COLÉOPTÈRES, ~ DYTICIENS.
le jour, elle vit cachée sous les pierres, les plantes aquatiques, les débris flottants.
e:ibvurij§>^ Castelnau. — Corps fortement déprimé. Pattes antérieures trèslongues, à jambes et tarses (des mâles) très-élargis à l'extrémité.
Les espèces de ce genre sont exotiques, et de taille notablement plus grande que les Gyrins. — Ex : Enhydrus sulcatus, Wiedno., du Brésil. — PI. xiii, fig. 8 : 8 a, mandibule et mâchoire avec un seul palpe évident ; 8 6 et 8c, antenne.
11 y a six autres espèces d'Australie.
L'écusson est caché dans toutes les espèces d'un autre groupe qui offre plusieurs genres n'ayant que des espèces exotiques. C'est le genre Dineutes, Mac Leay, qui présente les plus grands Gyrinides, atteignant 2 centimètres de longueur, noirâtres, à reflets brillants. Les Dineutes sont répandus dans les régions chaudes des deux continents, et surtout de l'ancien. Une espèce qui se trouve aussi aux Indes, le D. pnemorsus, Fabr., est très-commune dans le petit lac des Salazies, localité située dans les montagnes de l'île de la Réunion et connue par ses eaux minérales. Les malades, pour se distraire, mettent à profit la voracité de ces grands Gyrinides et s'amusent à les pécher, comme nos grenouilles, au moyen d'une ligne amorcée d'un morceau de drap rouge sur lequel ces insectes se précipitent avec ardeur. Une autre espèce de ce genre remonte jusqu'à nos provinces algériennes et a été capturée dans une source thermale, à Lalla-Maghrnia (L. Fairmaire).
On trouve dans les parties chaudes de l'Amérique un autre genre de la môme section, les Gyretes, BruUé, aux élytres tronquées, souvent épineuses et ornées de larges plaques soyeuses à éclat métallique et légèrement irisé sur le reste du corps. Voici ce que nous rapporte M. Salle sur leurs mœurs : « J'ai pris le G. sericeus, Laboulb., à Caracas, capitale de la république de Venezuela, dans le rie Catucho, torrent très-rapide qiji descend de la Cordillère et qui fournit l'eau à la ville. Comme le lit de ce torrent est semé d'énormes roches, il y a une suite de cascades, et la chute de l'eau forme au bas de ces énormes pierres de petits réservoirs ou bassins dont l'eau est plus ou moins agitée. C'est dans ces bassins qu'on trouve notre insecte par groupes d'une vingtaine au plus, nageant très-vite, avec force, et remontant quelquefois contre le courant. Pendant leur vie, ils ont l'abdomen beaucoup plus allongé que dans l'état sec où nous les conservons dans nos collections ; aussi s'en servent-ils^ lorsqu'ils sont jetés pai* l'eau sur le rivage^ pour d'un bond s'y précipiter de nouveau, en faisant arc -boutant avec la pointe, et s'élançant comme un ressort à une hauteur de quelques pouces et parfois d'un pied. Beaucoup d'individus ont sur les élytres un nombre plus ou moins grand de petits Champignons ou Cla-
STAPHYLINIENS. 299
vaires noires, d'une longueur de 2 millim., et terminées par un petit bouton. J'attribue la croissance de ce cryptogame sur ces insectes à la vapeur continuelle du torrent qui, dans ses chutes, forme une pluie excessivement fine et qui retombe souvent sur eux. »
Tribu des STAPHVliiniIEMS.
Dans le grand but harmonique d'assurer l'hygiène de l'almosphèrc, aucun détritus azoté ne doit rester longtemps exposé à la putréfaction. Parmi les insectes chargés par le Créateur de ce véritable service de salubrité figurent les Staphyliniens, dont les plus volumineux chassent aussi les proies vivantes et dépècent les cadavres. Ce nom, proposé par Erichson, auteur d'une excellente monographie de ce groupe {Gênera et Species Staplnjlinorum, 18ZjO), et tiré de l'ancien genre Staphylinus de LinniTeus, doit être préféré à ceux de Microptères (Schœpfl'er), Brachélytres, Brévipennes (C. Uuméril), parce que le caractère saillant indiqué par ces derniers noms n'est pas exclusivement propre aux Staphyliniens, mais se remarque dans des Coléoptères d'autres types. Ces insectes, en effet, la plupart de pelile taille et dont on connaît plus de dix-huit cents espèces, frappent les yeux à première vue par l'exlrème brièveté de leurs élytres, sous lesquelles néanmoins sont les ailes fortement repliées. On dirait qu'ils portent un habit beaucoup trop court, ou une veste laissant à découvert presque tous les anneaux de l'abdomen. Il y a là évidemment dégradation, persistance de formes temporaires de larves et de nymphes. Ce même caractère d'infériorité nous est manifesté par le nombre des articles des tarses. Si les Staphyliniens sont le plus souvent pentamères, il en est d'hétéromères, de tétramères et même de trimères, ce qui a permis aux entomologistes modernes d'en rapprocher les Psélaphiens trimères, qui en étaient si écartés dans la méthode tarsienne. On sait, au reste, que le manque de fixité d'un caractère est un symptôme de dégradation. Les Staphyliniens ont en outre une incontestable ressemblance avec les Forficules, et par la forme et parle genre de vie, et constituent ainsi un passage aux Orthoptères, sans qu'on doive pour cela aucunement les placer au dernier rang des Coléoptères. Ces rapports multiples des animaux ne peuvent ' s'indiquer que par des groupements complexes et constellaires, les seuls vraiment naturels.
Le corps des Staphyliniens est en général allongé, déprimé, à bords rectilignes et subparallèles, poilu ou pubescent. Un cou rétréci sépare le plus souvent la tète du corselet, et les yeux composés sont latéraux et arrondis. Les mandibules sont aiguës, souvent falciformes, parfois dentées, les mâchoires courtes, avec palpes de quatre articles, les palpes labiaux en ayant trois. Les antennes sont en général filiformes et de onze articles, plus longues que la tête et le thorax réunis, moindres que tout le corps. Les pattes sont assez grêles, d'égale Ion-
300 COLÉOPTkRES. — STAPHYUNIKNS.
gueur, les antérieures et les postérieures très-rapprochées à leur insertion, les intermédiaires assez éloignées au contraire.
Ce que l'anatomie interne des Slaphyliniens offre de plus intéressant, ce sont des trachées toutes tubuleuses, comme chez les Carabiques, et un tube digestif analogue à celui de ces mêmes Carabiques, n'atteignant pas deux fois la longueur du corps de l'insecte, ayant un gésier à quatre arêtes cornées et un estomac hérissé de papilles. L'absence de jabot est le caract(^re qui distingue essentiellement cet appareil digestif de celui des Carabiens et des Dyticiens.
Les larves établissent un nouveau rapprochement avec les deux tribus précédentes, et ditt'èrent notablement de celles des Silphiens et des Nilidules. Elles ressemblent aux larves des Carabiques par les mandibules longues, acérées, souvent falciformes, les appendices du dernier segment, le mamelon anal, etc. Dans les larves de petites espèces de Carabiens, le nombre des articles aux antennes et aux palpes diminue: ainsi, chez V.Epus Rohini, quatre aux antennes, au lieu de cinq ; trois aux palpes maxillaires, au lieu de quatre. On est ainsi amené aux larves des Staphyliniens, qui ont des antennes de quatre articles (peut-être cinq pour les genres Staphylimis et Ocypus); des palpes maxillaires de quatre pour les larves des Staphylimis, Ocypus, Xaniholinus, de trois dans celles des genres Queclius, Homalota, Tachinus, Omalium, etc. Ces différences ne sont pas plus étonnantes dans cette famille que celles des tarses des adultes dont le nombre des articles varie de cinq à trois.
Ces larves ressemblent aux insectes parfaits, avec absence complète d'ailes et d'élytres, dans les Staphylimis, Ocypus, Xantholiims et quelques PhilontJnis, et, comme eux, dans les 'trois premiers genres, relèvent l'abdomen; mais la ressemblance n'existe plus et l'abdomen ne se relève pas chez les larves des Aleochara, Homalota, Phlœopora, Tachinus, Pœderus, etc.
Les larves de certains Dyticiens, ainsi des genres Dytiscus et Colymbetes, sont très-analogues, si elles étaient terrestres, aux larves du genre Ocypus. il y a aussi de très-grands rapports entre certaines larves de Staphyliniens et celles d'Histérides, ainsi des Xantholinus (Staphyliniens) avec les larves de Platysoma et Pegaderus (Histérides).
La vie des larves de Staphyliniens n'est pas très-longue, s'opère du printemps à l'automne, et en moins de temps pour les petites espèces, ou de l'été au printemps suivant {Ocypus). Le changement en nymphe se fait dans la terre, le fumier, sous les écorces, sous les feuilles tombées. L'état de nymphe dure très-peu, et l'adulte, mou et jaunâtre lors de l'éclosion, ne tarde pas à se colorer et à durcir. Les larves sont peu connues, comme étant en général petites, se cachant au milieu des matières animales ou végétales dont elles se nourrissent pareillement aux adultes, ou sous terre, étant nocturnes et habituellement trèsdifficiles à élever, surtout celles des pefites espèces.
Les Staphyliniens sont répandus dans toutes les régions de la terre,
POEUÉRIULS. 301
mais les espèces tropicales sont encore peu connues. Comme les Carabiens et les Silphiens, ces insectes dégorgent par la bouche une salive ikre, brune, fétide, sécrétion destinée à modifier les aliments, et d'autant plus abondante que les Coléoptères se nourrissent plus volontiers de matières cadavériques. Ils répandent le plus souvent des odeurs fortes, parfois élhérées, parfois musquées, dues à deux vésicules rétractiles placées près de l'anus, et éjaculant, comme moyen défensif, une matière volatile, quand l'insecte redresse dorsalement son abdomen, ce qui arrive pour le plus grand nombre des genres. Beaucoup de petites espèces vivent dans les bouses, les excréments, les fumiers; d autres dans les Agarics et les Bolets; quelques-unes se logent dans l'intérieur des fleurs, d'autres sous les écorces, sous la mousse, sous les pierres humides; d'autres seulement au bord des eaux, sur le sable. Ces insectes sont crépusculaires, courent le soir pour chasser, et même volent si le ciel est bien découvert. Les grandes espèces se plaisent dans les cadavres, surtout, paraît-il, pour s'emparer des larves de Diptères créophages, et dévorent aussi les insectes vivants. De très-curieux Staphyliniens vivent dans les fourmilières et les termitières, soit comme ennemis, soit comme véritables animaux domestiques nourris par les fourmis. Les Frelons, hôtes cependant peu traitables, contiennent dans leurs nids le rare Velleius dilatntus, Staphylinien à forte odeur de musc, p.oir, laissant traîner sans le relever son large abdomen à reflets irisés. Nous diviserons les Staphyliniens en deux grands groupes primaires : le premier comprenant les espèces où les stigmates du prothorax sont cachés, à savoir, celles des familles des Pœdérides, des Sténides, des Oxytélides et des Omalides, et le second celles où ces organes sont visibles ; nous y rangerons les familles des Staphylinides et des Tacliyporides.
Division I. — Stigmates prollioraciques cachés. Famille . — PŒDÉRIDES.
Mandibules longues, minces et falciformes ; antennes de onze articles. Tête à cou rétréci. Corselet arrondi aux extrémités; écusson distinct, 'triangulaire. Abdomen allongé, à sept segments allant en se rétrécissant. Tarses tous pentamères, les quatre premiers articles des tarses antérieurs plus ou moins dilatés.
Les Pœdérides sont des Staphyliniens d'assez petite taille. On les rencontre sous les pierres, sous les débris de végétaux; certains, qui sont les Pœdères proprement dits, vivent sur le sable, au bord dos eaux, et leurs espèces dans tous les pays ofl'rent des couleurs tranchées entre les élytres, le corselet, l'abdomen, les pattes, d'agréables mélanges de noir, de bleu, de rouge, de vert. Les métamorphoses des espèces de ce groupe sont encore peu connues.
oU2 COLLOIM Èr.LS. — STAf'll YLIMENS.
GENRI.S PRINCIPAUX.
B..&TiaK4>UIIl>I; Grav. — Corps fort allongé, linéaire^ parfois filiforme, ailé ilans presque toutes les espèces. Tarses à articles simples, non bilobcs.
Ces inseclcs à corps noirâtre, avec mélange de fauve, à anfennes filiformes et non coudées, de petite taille, à corps déprimé et plus ou moins ponctué, vivent dans les lieux marécageux et se trouvent sous les pierres, sous les mousses, sous les feuilles tombées.
Le genre Lathrobium est très-nombreux en espèces, surtout d'Europe; on en trouve aussi dans l'Amérique septentrionale, en Colombie, à Montevideo, au Chili, en Cafrerie, à Ceylan, aux Indes orientales, en Chine, en Mongolie, au Kamtchatka. — Ex. : L. elongatum, Linn., à élytres fauves, de toute l'Europe, des environs de Paris. — PI. xiv, fig. h : h a, tète vue de face.
PflKBtKRl'S, Fabr. — Corps allongé, ailé ou aptère; antennes filiformes; écusson triangulaire. Quatrième article des tarses profondément bilobé.
Le type est le P. riparius, Linn., de l'Europe, du Caucase, de l'Algérie, (rès-commun sur le bord des étangs et des rivières à cours lent, roux, avec la tète et le bout du ventre noirs, les élytres bleues. C'est le Staphylin n° 21 de Geoffroy. Nous représentons le P. ruficollis, Fabr., de l'Europe moyenne, du Caucase (pi. xiv, fig. 5 : 5rt, tarse antérieur). Long de 7 millimètres, il est d'un noir bleuâtre, ainsi que les élytres, avec le corselet tranchant par son roux vif. On le trouve aux environs de Paris en société sous les mousses des endroits marécageux. Le genre Pœderus renferme de nombreuses espèces de fous pays. Les amoteurs reconnaîtront immédiatement les espèces de nos environs à leur forme élégan'e, à leur livrée partie d'un bleu d'acier, partie d'un rouge orange; ils sont vifs et redressent fortement l'extrémité de l'abdomen.
sril,l€ïS, Latr. — Tête grande, orbiculaire, attachée au corselet par un pédoncule grêle et court; anteimes courtes, épaisses. Tarses à quatrième article simple dans les deux sexes.
Sous les pierres et les feuilles tombées. — Tarse antérieur d'un Stilicus, grossi, pi. xiv, fig. 9.— Les espèces sont des deux continents; on n'en a pas encore signalé en Australie ni dans les iles océaniennes.
PROCIRKtl>>, Erichson. — Tête arrondiej atténuée à la base, avec cou mince; antennes filiformes. Élytres tronquées. Tarses antérieurs à premiers articles faiblement dilatés dans les deux sexes.
Ex. : P. Lefebvrei, Latr., pi. xiv, iig. 6, de Sicile et d'Algérie : 6 a, sa fêle; 6 6, tarse antérieur; 6 d, palpe maxillaire. — C'est l'espèce unique du genre, à corselet allongé et cylindroïde.
STÉMDiiS. — li:\0E:5THETUS, îsTI-MS. 303
Dans la l'amille des Pœdérides se trouve un genre de Staphyliniens habitant les grottes obscures et représentant cette tribu dans la faune hypogée à la suite des Carabiens; nous verrons de même s'y rattacher d'autres types de Coléoptères, soit carnassiers, soit se nourrissant de détritus azotés, soit même vivant de cryptogames.
fjiLVI'TOMERtJ!», Mull. — Corps allongé et linéaire ; yeux composés nuls.
Une seule espùce constitue le genre, c'est le G. cavicola, Mûll., on Typhlobium stagophilum, Kraatz. Cet insecte, extrêmement rare dans les collections, est un Staphylinien de grande taille, puisqu'il atteint 1 centimètre de longueur, trouvé £ous des pierres dans diverses cavernes en Carinthie. Sa tète, plus large que le corselet, est étranglée en cou, et au lieu des yeux composés oil're deux espaces stigmatiformes sans facettes, munis seulement d'une membrane plus claire. Le corselet est allongé et subcylindrique ; les antennes filiformes et droites, l'abdomen allongé, subrenflé et bicorne à l'extrémité, qui est pointue. La couleur est partout d'un roux de poix brillant; les pattes assez grêles, avec une fine ponctuation sur le corselet; les élytres de l'insecte sont trèscourtes. — Nous le représentons pi. xn, fig. 5.
Il est probable que cet insecte n'est pas plus réellement aveugle que les prétendus Anophthalmus, et doit rentrer dans le genre Lathrobium, car il présente une forme analogue avec une plus grande taille.
Famille IL — STÉNIDES.
Mandibules longues, falciformes, fortement unidentées à l'extrémité; antennes longues, de onze articles, courtes, grêles, les ariicles terminaux s'épaissis;ant en massue. Tête grande, à bords sabparallèles, à cou épais. Abdomen allongé et allant en s'amincissant en pointe. Tarses tantôt de cinq, tantôt de quatre articles. Les Sténides sont noirâtres, de petite taille, à mœurs et métamorphoses inconnues.
GENRES PRINCIPAUX
EVOiSTHETUS^ Grav. — Tête grande, presque aussi longue que le corselet; yeux petits, peu proéminents. Tarses tous de quatre articles.
Peu d'espèces en Europe, Amérique et Russie d'Asie; dans les boL-, sous les feuilles tombées, et quelquefois dans les prés,— Tête d'Evœsthctus, pi. XIV, fig. 7.
STEXIS, Lalr. — Corps allongé, ailé ou aptère. Tète plus large que le corselet ; yeux arrondis et proéminents. Corselet plus étroit que les élytres; écusson à peine distinct. Tardes tous de cinq articles étroits.
Les Stènes, dont quelques espèces sont sociales, se trouvent en gran 1 nombre sur les bords des étangs et des ruisseaux, et même marche:;! sur la fange; leur couleur est noire ou noire plombée avec de légères
30^1 COLÉOPTÈRES.— STAPHYLINIENS.
ponclualions, ot il est très-difficile de distinguer les espèces les unes des antres.
[-eur lète, large, munie de gros yeux et débordant le corselet, rappelle celle des Cicindèles. Leur coloration terne est relevée, dans beaucoup d'espèces de notre pays, par une petite tache ronde, jaune, au milieu de chaque élylre. Les espèces du genre Stenus sont très-nombreuses, surtout d'Europe, manquent en Afrique, à l'exception de l'Algérie, et en Australie; elles existent à Madagascar, à Ceylan, à la .Nouvelle-Calédonie, à Tahiti, aux Indes orientales, dans les deux Amériques.
Un caractère très-curieux des Stènes, c'est que, si l'on presse l'animal entre les doigts, la languette qui, au repos, paraît courte, s'allonge trèsfortement en se projetant hors de la bouche, au point d'atteindre en longueur la moitié du corps, et de simuler une trompe à la façon des insectes suceurs. Comme les Pœdères et la plupart des Staphyliniens, les Stènes balancent et relèvent les derniers anneaux de l'abdomen. On les voit aussi s'arrêter brusquement et redresser fortement la tète et le thorax, comme s'ils étaient préoccupés, puis les replacer sur le sol et continuer leur marche ; frotter les surfaces avec les pattes de devant cl les palpes, ceux-ci s'agitant fréquemment pour exercer un tact; essuyer les derniers anneaux de l'abdomen avec les pattes postérieures ou isolées, ou croisées en dessus, à la façon des Mouches; faire vibrer les paraglosses ; enfin remuer en tous sens les antennes. Nous citerons le .S. impressus, Germar, avec une variété proboscideus, Germar, propre ci la France et présentant au plus haut degré la curieuse extroversion indiquée; le S. Juno, Fabr., de U à 5 millimètres, d'un noir mat, avec l'abdorften brillant et la base de chaque segment carénée longitudinalement; le S. biguttatus, Linn., de toute l'Europe, delà Turquie d'Asie, du Caucase, fréquent aux environs de Paris, de h millimètres 1/2, noir, avec de courts poils argentés et une tache orange- sur chaque élytre. C'est le Stapliylin Junon de Geoffroy, le Po'rfr/T bimoucheté.A'WwxQv. — W est représenté pi. xiv, fig. 8:8a, tète de face ; 8 6, mâchoire; 8 c, menton et lèvre inférieure ; 8 f/, un des palpes labiaux isolé: 8 e, tarse antérieur.
Famille 111. — OXYTÉLinES.
Mandibules fortes, proéminentes. Jambes antérieures inermcs comme les autres ou épineuses. Tarses tantôt de cinq, tantôt seulement de trois articles.
Les Oxytélides sont de petite taille; ont les élytres déprimées, avec de très-fines stries longitudinales, le corselet parfois sillonné et dentelé sur les côtés (Oocytclus), la tète rétrécie à la base. Ils volent fréquemment le soir, au coucher du soleil, et souvent tombent alors dans les yeux des promeneurs. Répandus dans les diverses régions du monde, ils ^ont noirs ou brunâtres, vivent en général dans les fumiers, les dé-
OXYTÉLIDES. — OXYJELUS, COPROPHILUS, MICRALYMNA. 305
trilLis, les matières fécales, parfois sous les écorces, et même au bord des eaux.
1" Genres à dernier anneau de l'abdomen distinct.
OXYTEIiUS, Grav. — Jambes antérieures offrant une seule rangée d'épines en dedans ; tarses à trois articles.
Les Oxytèles ont des espèces nombreuses, disséminées partout; elles ne sont encore signalées en Afrique que dans la partie australe.— Voyez pi. XIV, fîg. 10 a, patte antérieure de VO. rugosus, Fabr.
BI^EDII]§i, Steph. — Antennes brisées. Jambes antérieures épaissie», avec deux rangées d'épines; tarses de trois articles.
Ex. : B. tricornis, Herbst, des environs de Paris, mais assez rare, d'Europe, d'Algérie. Sa tête et son corselet^ pi. xiv, fig. 10; 10 6, palpe maxillaire. — Les ^/ec/ms se trouvent en Europe, dans les deux Amériques, aux Indes orientales, à Ceylan; ils n'ont pas encore d'espèces indiquées dans les îles sondaïques et polynésiennes, ni en Australie.
OHORiriS, Latr. — Mandibules fortes, aiguës^ recourbées; antennes courtes, non épaissies à l'extrémité. Jambes élargies à l'extrémité et dentées ; tarses trèsgrêles, de cinq articles.
Espèces exotiques de Cafrerie, de Ceylan, des Indes orientales, d'Amérique, de Madagascar, de Java. — Ex.: O.brasiliensis, Guér.-Mén., de Rio-Janeiro. — PI. xiv, fig. 11 : Ho, tète; H 6, c, d, jambes et tarses.
COPROPOILUS, Latr. — Corps allongé, à bords parallèles, un peu déprimé; yeux peu proéminents. Corselet un peu plus étroit que les élytres. Pattes épaisses ; jambes poilues; tarses de cinq articles.
Une espèce d'Europe, une de Mésopotamie, trois du Chili. Le type de ce genre est le ('. strintulus, Fabr., de toute l'Europe, petit insecte d'un noir brunâtre, brillant, qu'on trouve assez communément sous les pierres et sous les écorces, dans les lieux ombragés. Des environs de Paris. — PI. XV, fig. 2; 2 a, jambe et tarse antérieur.
IMICR.%I.VllIV.'1i (1), Westw. — Jambes toutes mutiques.
L'intérêt de ce genre est dans les mœurs curieuses de son type, M. brevipenne, Gyll. Cet insecte fait partie du petit nombre de Coléoptères qui vivent sur les bords de la mer, de façon à se trouver submergés à la marée montante, et à demeurer sans périr pendant plusieurs heures sous l'eau, en retenant sans doute de l'air aux poils de leur corps. On a
(1) Schaum et M. de Marseul placent ce genre dans les Omalides, ainsi que MM, Gemniinger et de Harold.
306 COLÉOPTEKES. — STAPHyUNlElNS.
d'abord trouvé en Suède et en Angleterre ce curieux insecte, puis on l'a rencontré sur les côtes septentrionales de France. Les amateurs peuvent l'observer près du Havre, en face du cap de la Hève, et très-probablement aussi à Trouvilie et environs, et sur toute la côte normande, si fréquentée pour les bains de mer. C'est un petit Staphylinien d'un noir assez brillant et couvert d'une courte pubescence serrée, d'un peu plus de 2 millimètres de longueur. Il répand, quand on le saisit, et cela dans les deux sexes , une odeur très-désagréable et très-forte, eu égard à sa petite taille. La larve est inodore. M. le docteur Laboulbène (1) conseille, en août et septembre, pour capturer cette espèce, de fendre les roches déjà fissurées que recouvre la marée montante et que la marée basse laisse découvertes, et de saisir le petit Coléoptère, qui se tient au fond des parois des fentes. Il court assez mal, relève à peine l'abdomen si on l'inquiète, et cherche toujours à se blottir dans quelques fissures ou dans un coquillage. La larve est plus agile. Selon M. Laboulbène, la larve, à poils nombreux, se renfle un peu dans la partie médiane de l'abdomen, et différerait de la larve publiée précédemment par M. Westwood, qui serait celle d'un jEpus, autre genre de Coléoptère immergé à la marée haute. La nymphe, déjà figurée par M. Westvpood, est remarquable par ses fourreaux alaires très-petits, caractère de nymphe de Staphylinien, et surtout par les longs poils qui parlent de la tête et des segments de l'abdomen. iM. Laboulbène a vu que la couche d'air qui enveloppe ordinairement l'insecte submergé n'est pas indispensable à sa vie, car on peut la lui enlever en le brossant avec un tin pinceau, et il se remet en mouvement dès qu'on le retire de l'eau. Il a pu en conserver de vivants après cinq jours d'immersion dans l'eau de mer, fait qui s'accorde avec les expériences de résistance à l'asphyxie des insectes citées dans notre Introduction. Nous représentons le M. brevipenne, pi. xii, fig. 1. — Le genre a encore une espèce au Groenland, une dans la Sibérie orientale, une dans le Maine (Étals-Unis).
DRliGASTER, Erich.— Jambes mutiques • antennes fortes, allongées. Abdomen large, fortement bordé.
Ce genre a pour type une espèce de toute l'Europe, avec divers noms locaux, le D. dichrous, Grav., placé autrefois à tort dans le genre Lesteva, de la famille des Omalides. Ce Coléoptère doit son nom à l'opposition de la tête et de l'abdomen, noirs, avec les autres parties, d'un fauve vif.— PL xv, fig. 3.
Outre l'espèce d'Europe, il y en a une de la Russie méridionale et une de la Californie.
.(1) Mœurs et anatomie du Micraljmiia brcvnieuile {Anu. Hoc, cnlum. de France, 3^ série, 1858, t. VI, p. 73 j.
O-VIALIDES. — MICRO PEPLUS. 307
2° Genres à dernier anneau de l'abdomen caché.
PIESTl'S, Grav., ou Zirophorus, Daim, (nom qui veut dire porle-mitre, à cause des deux prolongements latéraux du front). — Corps assez grand, oblong et déprimé. Gorselet de la largeur des élytres; abdomen obtus à rextrémité. Jambes antérieures crénelées ; tarses de cinq articles.
Les Piesles sont des Staphyliniens de l'Amérique du Sud orientale, des Antilles, du Yucatan, du Mexique, d'un noir brillant, vivant dans les écorces à demi décomposées. Le type est le P. bicorm's, Oliv., commun en Colombie. — PI. xiv^ fîg. 12 ; 12 a, patte antérieure grossie.
HIAGOWItmi, Kirb. et Sp., ou Prognatha, Latr. — Tête assez grande, ayant de chaque côté, près des yeux, une corne chez les mâles, tandis que le front est arrondi en avant chez les femelles. Jambes antérieures épineuses ; pentamères.
Ex. : S, quadricome, Kirb. et Sp., d'Angleterre, de France, d'Allemagne, vivant sous les écorces. Sa tête grossie, pi. xv, fig. 1. — On l'a trouvé près de Paris. Son corselet et ses élytres fauves, avec tête et abdomen noirs, l'ont fait nommer rufipenne par divers auteurs. Il y a quelques autres espèces des États-Unis et de Ceylan.
Famille IV. — OMALIDES.
Mandibules courtes et falciformes ; en général, un ou deux ocelles sur le front; antennes droites, filiformes. Tête largement insérée. Abdomen déprimé, élargi, un peu bordé. Jambes tantôt inermes, tantôt à épines terminales très-faibles ; tarses de cinq articles. Les Omalides sont remarquables en général par leur corps très-aplati. Ce sont de très-petits insectes, de couleur foncée, mal connus, vu leur petite taille et la difficulté de bien distinguer les espèces. On les trouve dans les lieux humides, sous les pierres, les mousses, les écorces, et aussi, pour certains genres, sur les herbes et dans les fleurs; ce qui les rapproche, pour les mœurs comme pour l'aspect, des Nitidulides.
En effet, dans la plupart des genres, les élytres se sont allongées et ne laissent plus à découvert que l'extrémité de l'abdomen, et celui-ci ne peut plus se relever.
Les espèces décrites sont surtout d'Europe.
ilftCIlOPEPLli§i, Latr. — Corps subovalaire, épais ; élytres fortement sillonnées, larges, ainsi que le corselet et l'abdomen ; tarses de trois articles.
Les Micropèples, remarquables par leurs profondes sculptures, leurs antennes de neuf articles en massue, leurs pattes largement distantes, sont les Staphyliniens qui ressemblent le plus aux Nitidulides par l'aspect, et ont été longtemps confondus avec eux. Ils sont de très-petite taille et vivent dans les champignons.— Ex. : M. tesseruîa, Curt. (pi. xv,
308 COLlioi'JtKES. — STAPHVLllNJLNS.
fîg. /(, et à(h sa lêie), d'Angleterre, de Suède, de France, d'Allemagne et de Russie.
Les espèces sont d'Europe, de Sibérie, de la partie septentrionale de l'Amérique du Nord.
I.ESTEVA, Latr.— Mandibules à une seule dent; jambes mutiques.
Ce genre renferme des espèces d'Europe et des montagnes du Kamtchatka, du Canada, des États-Unis.
La forme oblongue des Lestèves, leurs antennes longues et filiformes, leur donnent l'aspect de très-petits Carabiques. Ils vivent dans les herbes humides et sous les mousses des rivages.
AI%'THOPH.%CiIJ§i, Grav. — Mandibules à deux dents ; jambes muiiiiues.
On rencontre ces petits insectes sur des matières décomposées, et aussi sur les fleurs, où peut-être ils recherchent d'autres insectes dont ils font leur proie. Ils sont d'Europe, surtout des montagnes d'Amérique boréale et russe.
AiVTllOBIlJM, Steph. — Corps très-large, très-court, déprimé ; élytres presque aussi longues que l'abdomen.
Les Anthobiiim, bien plus spéciaux aux fleurs que les Omaliutn, ont les jambes simplement pubescentes ou ciliées, et les tarses postérieurs élargis. Ce sont de petits Coléoptères à corps très-large, se trouvant habituellement sur les herbes humides et sur les fleurs. Leurs espèi:es sont d'Europe, surtout des montagnes, d'Algérie, de Sibérie, d'Amérique russe, de Madère. Nous citerons : l'A. Primulœ, Steph., ou llorale, Lafr. (genre Eusphalerum, Kraatz), de 2 à 3 millimètres, d'un noir brillant, avec les antennes et les pattes testacées, d'Angleterre, de France, de Suède et d'Allemagne; VA.Sorbi, Gyll., de toute l'Europe, de 1 millimètre 1/2, d'un jaune roussâtre pâle, avec les élytres et les pattes plus claires.
IION.%l.ll'Ill ou Omâuum, Grav. — Corps allongé ou oblong, déprimé. Tète plus petite et plus étroite que le corselet. Élytres larges, recouvrant la plus grande partie de l'abdomen ; tarses courts, de cinq articles.
Nous signalerons les 0. rivulare, Payk., de 2 à 3 millimètres, d'un noir brunâtre, à pattes jaunâtres, sur les fleurs; 0. rufipes, Fourcroy, ou florale, Payk., de 3 millimètres 1/2, noir brillant, à pattes rousses, dans les bouses, les matières animales putréfiées, se rencontrant assez souvent dans les maisons. Les Omalium abondent en espèces, surtout dans les régions septentrionales de l'Europe, en Laponie, en Islande, dans la partie boréale de l'Amérique, à Ceylan, à Caracas, au Cap. Ils ont les jambes très-finement épineuses, et les quatre premiers articles des tarses postérieurs simples, non dilatés. Ils sont de petite taille, le
STAPHYLTNIDF.S. 309
plus souvent d'un noir brillant ; vivent dans les bois ombragés et humides, sur les herbes et sous les écorces des arbres, et répandent une odeur forte et désagréable.
Wf.OPHRUM, Erich. — Corps épais, plus ou moins large, un peu convexe, ailé ou aptère : tarses de cinq articles, les antérieurs à quatre premiers articles dilatés.
Nous représentons VO. piceiim, Gyll., des environs de Paris, d'Europe, du Caucase (pi. xv, fig.- 7:7a, sa tCte en dessus ; 7 b, tôte en dessous ; 7 c, tarse antérieur; 7 rf, tarse intermédiaire). Cet insecte rappelle par l'aspect une petite Blatte, et montre au maximum que les Omalides, par l'élargissement et la longueur des élytres, indiquent un rapprochement entre les Staphyliniens et les Silphiens. C'est pour rappeler cette ressemblance que M. Guérin-Méneville lui donne l'épithôte de blattoides {Icon. de G. -M., texte, p. 33), nom emprunté aux anciens auteurs qui faisaient de cet insecte le Silpha blattoides, Ahrens.
La structure des tarses antérieurs dilatés et les jambes simplement pubescentes distinguent le genre Olophrum des autres Omalides. Les Olophrum sont peu nombreux en espèces; vivent sous les feuilles mortes, les mousses, les pierres, principalement dans les lieux humides ou au bord des eaux, ils sont d'Europe, surtout des régions boréales, du Canada, de l'Amérique boréale et russe.
Division II. — Stigmates prottioraciques visibles. Famille I. — STAPHYLINIDES.
Labre corné, presque toujours bilobé {Fissilabres de Latreille). Abdomen à dernier anneau rétraclile, souvent caché, les six premiers étant distincts. Palpes simples. Corselet arrondi en arrière ; élytres cachant le ventre à moitié. Tarse tous les cinq articles; ailes repliées longitudiaalement avec deux plis transversaux. Pattes souvent courtes, les antérieures à grosses cuisses coniques, à jambes dilatées, crénelées, afin de fouir.
Les Staphylinides courent avec vitessC;, et répandent les odeurs que nous avons indiquées. Cette famille renferme les plus grandes espèces de la tribu.
Ces insectes vivent dans les cadavres, les excréments, les fumiers, les champignons pourris, parfois ?ous les pierres, les mousses, les écorces. Leur livrée est en général sombre, souvent variée par des poils feutrés ; cependant quelques espèces exotiques des bois pourris ont d'éclatantes couleurs métalliques (genre Sterculia, Cast.). Les larves connues sont coniques, allongées, avec le dernier anneau terminé en tube.
Nous indiquerons quelques genres principaux. Ainsi, parmi ceux qui olTrent les antennes dilatées et comprimées vers l'extrémité, les genres ;
310 COLÉOPTÈRKS. — STAPHYLINIENS.
«I»x."l['POBlJS, Fabr, (l) — Élytres avec des séries de points; torses courts à articles étroits.
Les Oxypores sont de beaux insectes d'un jaune roux brillant, aux élytres plus ou moins tachées de noir, dont la grosse tC-te presque carrée, armée de mandibules robustes, aiguc-s et saillantes, fait devenir le régime carnassier. Il est très-probable en effet qu'ils vivent de larves de mouches et d'autres insectes habitant les Bolets. En renversant ces champignons, on voit des petites masses de grains noirâtres agglutinés bouchant les issues de cavernes creusées dans la pulpe et où vivent les Oxypores. Ils ont le dernier article des palpes labiaux en forme de croissant. On les trouve surtout dans l'Amérique du Nord, principalement dans la partie boréale. Il y en a deux espèces, de toute l'Europe et de la Sibérie. L'un est l'O. maxillosus, Fabr., de 7 millimètres, jaunâtre, à abdomen rougeâtre, parfois noirâtre, avec la tête, le corselet et la poitrine d'un brun noir; l'O. rufus, Linn., de 7 millimètres, noir, avec le corselet et l'abdomen d'un rouge jaune, l'extrémité de ce dernier noir, et les élyti'es ayant une grande tache humérale rousse. C'est le Staphy Un jaune, à tête, étuis et anus jaunes, de Geoffroy.— PI. xiv, fig.l: 1 a, tête vue de face ; 1 b, tarse antérieur.— On le trouvera notamment dans la forêt de Compiègne.
JMSTIIAIPŒIJS, Grav, — Palpes des deux sortes à dernier article sécuriforme.
Une seule espèce, A. Ulmi, Rossi, ou ulmineus, Fabr., le Staphylin de rOrme, parce qu'on le trouve sous les écorces de cet arbre. De l'Europe et du Caucase, rare partout. — Sa tête vue de face, pi. xiv, fig. 2.
Parmi les genres à antennes filiformes plus écartées entre elles que les yeux, nous ne signalerons que le genre :
STAPHYlilI^'l'S, Linn. (Le nom de ce genre vient d'Aristote et des auteurs anciens, et s'applique à un insecte tenant sa queue relevée, et qu'on croyait causer certaines maladies aux chevaux qui l'avalaient.) — Mandibules fortes, croisées au repos, dentées ; éoisson triangulaire arrondi ; tarses antérieurs à quatre premiers articles dilatés, en palette subovale.
On a subdivisé ce genre en plusieurs sons-genres. Nous devons citer : Le Stapfujlinushirtus, Linn. {Emus, Curt.), noir, de 2 centimètres, avec de longs poils jaunes, d'un noir bronzé en dessous, à pattes noires. Il a quelque ressemblance avec un Bourdon, quand on le voit s'abattre su'r les fumiers, les crottins, les bouses. Aussi Geoffroy le nommait Staphylin bourdon. Le S. maxillosus, Linn. {Creophilus, Steph.), de 13 millimètres, noir, avec des bandes cendrées sur le ventre et sur les élytres, d'odeur un peu musquée, grand amateur de cadavres, commun dans les voiries. Le S. olens, Miiller {Ocypus, Steph.), le grand Staphylin noir
(A) Les catalogues les plus modernes mettent le genre Oxyporus dans la famille des Oxvtélides.
STAPHYMNinF.S. — STAPHYLINIIS. 311
lisse de Geoffroy, d'un noir mat, à tôte plus large que le corselet, à ailes membraneuses fauves ou rousses. Ce Coléoptère, de 18 à 27 millimètres, le plus grand Staphylinien d'Europe, connu sous le nom de Diable, se rencontre très-fréquemment dans les chemins et sentiers de toute l'Europe; il y court avec rapidité, chasse aux insectes jour et nuit, Vivant de rapine. C'est un insecte utile à l'agriculture, comme les Carabes. Au moindre danger, il écarte ses mandibules pour mordre, et relève l'abdomen, d'où font saillie deux vésicules ovoïdes et blanches, lançant une matière volatile d'odeur assez agréable, rappelant l'éther nitreux. Ses métamorphoses ont été étudiées en même temps par MM. E. Blanchard et Heer. La larve est allongée, atténuée vers l'extrémité, avec deux longs filets divergents et un tubercule en dessous, qui empêche le tube anal de traîner sur le sol. La tête et le thorax sont bruns ; le reste du corps, plus mou, est d'un gris cendré ; les pattes sont longues et grôles. Cette larve a des mœurs analogues à celles des larves de Cicindèles, se tenant à l'affût à demi enfoncée dans un trou en terre pour saisir la proie au passage. Très-carnassière, elle prend souvent à la gorge un autre individu de son espèce et le suce a\ec avidité. Si l'on veut la toucher, elle s'arrête avec courage, relève l'abdomen comme l'adulte, et cherche à pincer en ouvrant ses larges mandibules falquées. Elle s'enfonce en terre vers la fin de mai et se change en nymphe dans une cellule. Celle-ci est d'un jaune-paille foncé, avec la tête repliée en dessous entre les pattes, les ailes sur le côté, très-grosse en avant, puis amincie. Au bout de quinze jours environ, il en sort un insecte jaunâtre, qui bientôt noircit. Nous figurons une espèce voisine de ce Staphylin et noire complètement comme lui, YOcypus tataricus, Pallas, de Tartarie et de Russie méridionale, type et espèce unique du genre Physetops, Mann. — PI. xiv, fig. 3:3a, tarse antérieur; 3 6, tête vue de face, avec disposition des yeux spéciale à cette espèce.
On rencontre encore communément aux environs de Paris le S. cyaneus, Payk. (s -g. Ocypus, Steph.), bien plus petit que S. o/ens, ayant de 15 à 20 millimètres, à tête, corselet et élytres d'un bleu foncé ; le S. erythroptenis, Linn., à élytres et pattes fauves, avec deux taches d'un jaune doré sur chaque segment abdominal. Cette jolie espèce est fréquente, avec la précédente, dans les prairies, sous les bouses de vache desséchées.
On trouve aussi ces deux dernières espèces volant par les chemins, ou courant sur les murs. Aussi commun, et du genre Staphylinus proprement dit, est le S. cœsareus, Cederh, de 15 à 20 millimètres, d'un noir mat, avec les antennes et les élytres rousses, et les anneaux de l'abdomen d'un velouté doré sur les flancs. Signalons enfin le S. murinus, Linn. {Leistotrophus, Perty), noir, avec duvet cendré et pointe de l'abdomen noire [Staphy lin velouté de Geoffroy), se trouvant souvent, avec le S. maxillosus, sous de petits cadavres, et le S. pubescens, de Geer, nommé Staphylin à tête jaune par le plus ancien historien des insectes des environs de Paris.
312 COLÉOPTÈRES. — STAPHYLINIENS.
Le genre Staphylinus actuel comprend une centaine d'espèces de tous pays, sauf l'Australie, les îles sondaïques et polynésiennes. Le sousgenre Ocypus a une espèce à Sidney, et manque dans le nouveau monde; le sous-genre Leistotrophus a une espèce à Java.
PHILOIVTHCS, Curtis. — Caractères voisins des Staphylinus ; tête plus petite,
lisse.
Ce genre renferme plus de trois cents espèces de tous pays, sauf la Nouvelle-Hollande; il y a une espèce de Tasmanie. Nous signalerons le Ph. cyanipennis, Fabr., de toute l'Europe, qu'on trouve dans nos bois, dans l'intérieur des Ceps et autres Bolets charnus en décomposition ; il est d'un noir brillant, long de 9 à 10 millimètres, avec les élytres d'un beau bleu d'acier ou violettes ; le Ph. œneus, Rossi, de 8 à 10 millimètres, noir, avec tête et corselet d'un noir bronzé, ponctué sur le corselet, les élytres, l'abdomen. Les Philonthes se plaisent sous les feuilles mortes, sous les bouses, dans les fumiers et les détritus.
QIieDiUS, Stephens. (syn. : Microsaurus , Steph., Vellejus ou Velleius, Mannerh.). — Tête largement insérée sur un corselet arrondi. Corps large, aplati, à abdomen atténué à l'extrémité ; tarses antérieurs dilatés.
Ce genre est établi sur un rare et curieux Staphylin, de grande taille, de 15 millimètres de long environ, élargi, à abdomen graduellement rétréci en arrière et ne se relevant pas, de manière à traîner sur le sol comme celui d'un petit lézard. Le Q. dilatatus, Fabr., habite les nids de Frelons (res/;aCra6ro), et sa rareté vient surtout des mœurs peu traitables de ses amis. Il répand une forte odeur de musc, et vole le soir en suivant les Frelons à la piste, sans doute pour trouver des nids afin d'y pondre et de dévorer leurs larves. On le trouve aussi parfois occupé à porter le carnage dans le nid des Chenilles processionnaires. Très-probablement ses larves mangent celles des Frelons. Il est noir, peu brillant, avec les élytres mates, le corselet et l'abdomen à reflet soyeux irisé ; les antennes, un peu plus longues que la tète, sont renflées, car les articles 4 à 10 sont prolongés en dedans en une pointe saillante et forment la scie. Dans les champignons se rencontre le Q. lateralis, Grav., de 10 à 12 millim., noir, à tète, corselet et écusson très-brillants, avec des antennes grêles, et le bord réfléchi des élytres roux, ainsi que le premier article des antennes. Le genre Quedius a plus de cent espèces des deux mondes; il y en a une en Tasmanie.
Famille IL— TACHYPORIDES.
Labre sans échancrure; ocelles nuls ; mandibules peu proéminentes, antennes de dix à onze articles. Écusson petit, triangulaire. Abdomen à si.'^ segments distincts, le septième souvent caché. Tarses de quatre ou
TACHYPORTDES. — TACHINUS, P.OUTORKIS. 313
de cinq articles, on tous à la fois ou avec mélange, les postérieurs de cinq, les antérieurs de quatre.
GENRES PRINCIPAUX
TACBLimilS, Grav. — Antennes de onze articles, filiformes, épaissies à l'extrémité. Pattes courtes ; tous les tarses de cinq articles.
Les Tachines sont des Staphyliniens très-vifs, de petite taille, habitant en général les endroits humides et chauds, principalement les fumiers. Les espèces sont d'Europe, d'Amérique boréale et du Chili.
TACHTPORUS, Grav. — Caractères très voisins de ceux du genre précédent;
pentamères.
Nous citerons dans ce genre le T. Hypnorum, Fabr., ou marginatus, Panz., de toute l'Europe. — PI. xv, fig. 9; 9 a, son palpe maxillaire filiforme, à quatrième article acuminé et plus court que les autres (caractère de genre). — Les Tachypores marchent très-rapidement sur le sol, comme l'indique leur nom, et vivent dans les détritus végétaux, sous les feuilles ou sous les mousses. Espèces d'Europe, de Madère, des Canaries, de Sibérie, d'Amérique boréale, des États-Unis.
BOLITOBIUS, Stepti. — Antennes de onze articles, tarses de cinq.
Ces Staphylins ne relèvent pas leur abdomen ; au contraire, ils le baissent en dessous. Habitent les bois, sous la mousse, les feuilles pourries, quelquefois dans les bouses, et surtout, comme l'indique leur nom, dans les Agarics et Bolets putréfiés, où l'on rencontre parfois leurs larves par centaines. — Ex. : B. lunulatus, Linn., de l'Europe, du Caucase, qu'on rencontre aux environs de Paris dans les champignons. —PI. XV, fig. 8; 8 a, palpe maxillaire très-grossi, filiforme, ayant le quatrième article aussi long que les autres (caractère du genre). — Les espèces de ce genre, qui est le type des Staphyliniens fongicoles et se nourrissant de la pulpe azotée de cryptogames, se rencontrent en Europe, dans l'Amérique boréale, l'IUinois, le Chili, les Indes orientales et Ceylan.
Dans les genres précédents, les antennes étaient insérées sur les bords latéraux du front; dans les suivants, elles sont insérées sur le front, au bord interne des yeux composés. Ces genres comprennent des insectes de très-petite taille, noirs ou ferrugineux, très-rapides coureurs, habitant les mousses, les détritus végétaux, les champignons, et, pour certains genres, les fourmilières, où ils servent aux Fourmis de véritables animaux domestiques, avec les mœurs les plus curieuses.
314 COLÉOPTÈRES. — STAPHYLINIENS.
MVIl!MEDOIVI.%; Erich. — Corps ailé ou aptère. Corselet déprimé, plus étroit que les élytres. Quatre articles aux tarses antérieurs ; tarses postérieurs de cinq articles.
Les Myrmédonies se trouvent en Europe, aux Indes orientales, à Ceylan, dans les deux Amériques, en Algérie, en Egypte, en Cafrerie et au Cap. On n'en cite pas d'Australie, ni des îles de l'Océanie en général. Elles simulent la mort quand on les touche, et relèvent leur abdomen de sorte que son extrémité rencontre les élytres. On voit d'ordinaire ces insectes dans le voisinage des fourmilières, sans qu'on puisse trop présumer dans quel but. Selon les auteurs, ce sont des carnassiers chasseurs. Ils guettent les Fourmis isolées, et leur coupent d'un coup de dent le péliole de l'abdomen, et dévorent celui-ci, qui contient les principaux viscères et le jabot plein de liquide sucré. En hiver, ils pénètrent dans les fourmilières, alors que les maîtres de la maison, engourdis par le froid, ne peuvent faire grande résistance. Ce sont les Fourmis rousse et fuligineuse qui sont surtout exposées aux attaques des Myrmédonies.
D'après M. L. Fairmaire, ce rôle actif des Myrmédonies serait douteux. Les espèces de nos environs ne paraissent pas posséder sur le corps d'organe sécrétant un liquide approprié à la gourmandise des Formicides ; mais certaines espèces méridionales, comme M. tuberiventris (de Sicile) et physogaster, Fairm., d'Algérie, ont sur l'abdomen une saillie à poils soyeux, et l'on a trouvé une sculpture analogue à la partie supérieur de l'abdomen des mâles des Myrmédonies de l'Amérique du Nord et de Ceylan récoltés dans des nids de Termites. Peut-être y a-t-il là un organe de sécrétion destinée aux Fourmis. — L'espèce que nous figurons, Myrmedonia [Astilbus, Dillwyn) canaliculata, Fabr., ou à cou sillonné, pi. XV, fig. 5, est plus allongée et moins foncée que la plupart des Myrmédonies. Elle est très-commune aux environs de Paris et se trouve dans toute l'Europe ; se rencontre rarement avec les Fourmis, mais plutôt avec les Myrmiques (à aiguillon), et plus souvent sous les pierres et les détritus végétaux — Fig. 5a, tarse antérieur; 5 6, tarse postérieur, à articles allongés, de grandeur décroissante pour les quatre premiers (caractère du genre).
I.OIMECillîii.%, Grav. — Corps très-large, très-épais, ailé. Corselet de la largeur des élytres; anneaux de l'abdomen plats en dessous, garnis sur les côtés de Jiouquets de poils (1). Tarses antérieurs de quatre articles, postérieurs de cinq.
Les Loméchuses sont de véritables animaux domestiques des Fourmis. Elles présentent ce fait bizarre, répandu, comme nous le verrons, dans le monde des Fourmis, d'animaux qui, par paresse ou ignorance, ne savent pas manger seuls. On voit les [,omé*;huses touchant les Fourmis à la
(t) Pas assez marq\iés sur la figure.
TACHYPORIDES. ■— LOMECHUSA. 315
tête avec leurs antennes el les frappant à petits coups, celles-ci leur dégorger la nourriture. Les Loméchuses, par réciprocité de bons offices, étendent leur large abdomen qu'elles portent habituellement redressé sur le dos, et les poils mis alors à découvert et siège de quelques délicieuse sécrétion à l'usage des Fourmis, sont léchés et pressés entre les mandibules de ces dernières. Cependant les Loméchuses sont sans doute des animaux domestiques indociles et vagabonds, et à qui leurs ailes permettent souvent de lointaines excursions ; mais l'impossibilité où ils sont de manger seuls ramène forcément ces insectes aux fourmilières — L'espèce représentée pi. xv, fig. 6, est le Lomechusa {Atemeles, Dillwyn) paradoxa, Grav., de toute l'Europe, vivant principalement dans les nids des Formica ruhra et rufa. Fig. 6 a, sa tête.— M. Giiérin- Méneville rapporte avoir trouvé près de Paris, sur la route de Chritillon, un individu de cette espèce tenu par plusieurs Fourmis qui s'efforçaient de le faire rentrer dans leur trou, sans pour cela lui faire de mal.
En général, les Staphyliniens ont l'abdomen grand et lourd, par persistance des conditions de larve; il se développe beaucoup chez ceux qui fréquentent à divers titres les fourmilières (genres Myrmedonia, Dinarda, Lomechusa), et les Loméchuses ont ce large abdomen trèsmobile vers le haut et le portent dressé pendant la course. Nous sommes amenés ainsi à des formes encore plus étranges chez des Staphyliniens du même groupe, trouvés au Brésil dans des termitières de terre gtlchée, à galeries en lacis, sans cellules spéciales pour la femelle féconde ou reine, et fixées aux arbres. Ces parasites de petite taille, de 2 à 3 millimètres, offrent ce fait très-étrange, spécial à eux seuls dans l'ordre des Coléoptères, qu'ils sont vivipares. L'abdomen disséqué offrait des œufs et de jeunes larves. L'abdomen est chez eux devenu énorme, très-mou, à anneaux gonflés et toujours relevé sur le dos à partir du premier anneau ; sans cela la locomotion serait impossible, vu la disproportion de cet abdomen avec la tête et le thorax. M. Schiodte a formé avec ces singuliers insectes (1) les genres Corotoca et Spirachtha, ce dernier genre remarquable par ses trois paires d'appendices filiformes, biarticulés, que porte la partie redressée de l'abdomen (voy. pi. xn, fig. 11, S. eurymedusa, Schiodte). Il est probable que ces organes sont pour les Termites ce que sont les poils du corps des Loméchuses et d'autres Coléoptères domestiques pour les Fourmis, l'organe de sécrétions aimées. Ces Staphyliniens vivipares n'ont qu'une mobilité très-bornée, des téguments mous, une bouche faible, des stigmates peu développés et sans péritrème, des trachées très-peu ramifiées, ce qui indique une vie parasitaire en demeures closes. Ces insectes ejifin ont des yeux et des ailes, comme les maies et femelles seuls chez les Termites, les formes neutres étant aptères et aveugles. C'est qu'à une époque donnée, les milles et les femelles, pour la reproduction, sortent du nid, dont les
(1) Ann. des sciences nat,, Zoor., i* série, d856, t. V, p. 169.
3I<) LÉOPTËRKS. — STAPHVLINIENS.
travailleurs percent l'enveloppe. Sans doute qu'alors les parasites sorl(Mit aussi dans le même but. Peul-ètre sont-ils ramenés de force au bercail, comme des brebis l'ugitives;, par les Termites neutres, habitués à réintégrer de la sorte les m;*iles et la reine.
AliEOC'HARA, Grav. — Corps oblong, assez épais, ailé; antennes épaisses; élytres très-courtes. Abdomen à côtés parallèles, arrondi au bout. Tarses tous de cinq articles.
Les Aléochares vivent en général dans les matières animales en décomposition : ainsi on les trouve sous les petits cadavres en compagnie des Boucliers, des Dermestes, des gros Stapliylins. Ils sont de petite laille et relèvent fortement un abdomen large, plat en dessus, presque globuleux par sa face inférieure. Certains, dit M. L. Fairmaire, s'éloignent de ce genre de vie peu relevé, et font probablement la chasse aux petits Acariens, les uns dans les terriers des Lapins, les autres dans les nids souterrains des Hirondelles de rivage {A. nidicola, Fairm., genre Microglotta, Kraaiz), ou même dans les pigeonniers. D'autres, plus hardis, ne se trouvent qu'au bord des neiges fondantes, sur les hautes montagnes, tandis que, recouverts d'un duvet soyeux, il en est qui affrontent les lames sous les monceaux de varechs et de goémons rejetés par la mer. D'autres enfin, en petit nombre, préfèrent les coins obscurs des écuries et des bergeries {A. suturalis, Salilb., genre Microglotta, Kraatz), ou bien les fourmilières (^. inquilina, Miirkel, genre Thiasophila, Kraatz). Plusieurs larves de ce groupe vivent dans les galeries corlicales des Tomicus et détruisent leurs larves lignivores (E. Perris).
l>lf.ro<$S.%, Haliday. — Corps allongé, aptère ou ailé. Tète saillante, non rélrécie à la base; yeux petits; mandibules saillantes ; antennes grêles. Corselet plus étroit que les élytres, celles-ci tronquées. Abdomen parallèle. Pattes courles ; larses tous do. quatre articles.
L'espèce unique du genre Diglossa (nom fondé sur une observation défeclueuse de la languette) est le D. morsa, Halid., d'un brun noir presque mat, finement ponctué sur la tête et sur le corselet, à pattes et antennes d'un brun roussâtre, ainsi que les élytres tronquées, ayant de 1 millim. 1/2 à 1 millim. 3//i de longueur. Ce petit Staphyliuien a été découvert par M. Haliday sur les côtes maritimes de l'Irlande, et retrouvé identique sur les côtes du Calvados par M. A. Fauvel. On le rencontre en juillet et en août, sur le sable très-fin qui s'accumule à l'embouchure des rivières, ou au bord des petites mares, ou dans les sillons laissés par lesA'agues quand la mer se retire. Il est mêlé à des centaines de Cillenum latérale (Carabiens). Tandis que ce Carabique se creuse, avant la marée montante, de petits trous de 3 à Zi centim. de profondeur, où il se retire dès que le flot arrive, le D. mersa, dépourvu de pattes propres à fouir, se laisse submerger derrière les plus légers exhaussements du sable, et dès-lors demeure immobile, couvert de sable, .sans trace de vie et de
PSÈLAPHIDLS. 317
mouvement pendant six heures. Son corps, dépour\u de poils, ne peut guère, en effet, s'entourer d'air. On sait que les Coléoptères de toutes les tribus peuvent supporter sans périr des submersions bien plus longues, grâce à l'air en réserve dans les trachées. Quand le flot s'est retiré, le Diglossa ne se montre pas tant que le sable est mouillé, et de môme on ne le voit pas au dehors par les jours de pluie ; mais dès que le soleil a légèrement séché la surface du sable, ces Staphylins courent en grand nombre à la poursuite d'animaux marins microscopiques dont ils font leur nourriture.
Cette même espèce;, avec quelques différences de détails, a été signalée sous le nom, actuellement de variété, de submarina, Fairm., à la baie de Somme, à la Teste, à Hyères (M. Rey), presque tous les individus étant ailés. On peut donc dire que cette espèce, à mœurs si curieuses, doit être recherchée par les amateurs sur tous les rivages de France.
TRII5U DES P«ÉL.APIIlï<:i\l§.
Les petits insectes qui composent ce groupe ont beaucoup embarrasse les classificateurs. Les pièces buccales et les antennes en massue terminale rapprochent les unes des autres toutes les espèces de celle tribu; les mœurs, le régime carnassier pour beaucoup d'entre elles, parasites des nids d'autres insectes pour certaines, sont encore une cause profondément naturelle de réunion ; mais les unes sont trimères, les autres penlamères, ce qui les séparait autrefois en deux groupes aux extrémités opposées de l'ordre des Coléoptères.
Caractères généraux : Palpes maxillaires très-développés, toujours saillants; antennes ayant presque toujours les derniers articles renflés en massue. Pattes longues, cuisses renflées. Taille très-exiguë, de 2 à Zj millim. Coloration ea général foncée, jamais brillante. Deux familles très-nettement distincte?, les Psélaphides et les Scydménides. On trouve les insectes des deux familles sous la mousse, sous les écorces, dans le bois pourri, et certains à l'état d'insectes domestiques dans les fourmilières. Les Psélaphiens proprement dits sont souvent en petites troupes, courent rapidement, volent parfois au crépuscule autour des fumiers, et se rendent aussi, dans les soirées de printemps et d'été, sur les herbes des prairies voisines des bois, pour y cliasser les Acares et de trèspetits insectes. On en prend beaucoup en fauchant avec un filet sur les herbes des prés, à l'entrée de la nuit. Les métamorphoses et l'unulomie interne de ces petits insectes sont encore ignorées.
Famille L — PSÉLAPHIDFS.
Palpes maxillaires généralement très-longs, grêles, parfois barbelés ou renflés en poire, de un, deux ou quatre articles ; palpes labiaux de
318 COLÉOPTÈRES. — PSÉLAPHlENS.
un à deux articles; languette membraneuse avec appendices ou paraglosses membraneux; mandibules aiguës et dentées en dedans; antennes généralement en massue à l'extrémité, moniliformes. Corselet plus ou moins globuleux ; élytres courtes, élargies en arrière comme un mantelet, atteignant le milieu ou les deux tiers de l'abdomen (ce qui rapproche cette famille des Staphyliniens). Abdomen de cinq segments ne se relevant pas. Pattes allongées ; tarses de trois articles, le premier très-petit, surtout chez les Clavigères, terminés par un ou deux crochets. On a longtemps regardé à tort les Psélaphides comme dimères. On peut consulter, pour cette famille, la Mono(jraphie des Psélaphiens, par M. le D' Aube {Magasin de zool. de Guérin-Mén.^ 183/i, et Ann. Soc. entom. de France j 18/ii, 2'' série, t. H).
GENRES PRINCIPAUX
\° Oenres à antennes de onze articles.
ME'l'OPlAS», Gory. — Antennes aussi longues que le corps, coudées. Tète ayant un prolongement frontal; deux crochets aux tarses.
Une espèce sert de type à ce genre, le J/. curculiomides, Gory (pi. \vj, fig. 6 : 6 a, extrémité de l'antenne; 6 b, tarse postérieur). Cet insecte a été découvert près de Cayenne par M. Lacordaire. Sa couleur est d'un roux châtaigne; il est très-villeux. C'est le plus grand des Psélaphides encore connus, car il atteint environ 5 millim. de longueur. Il y a en outre deux espèces du Brésil.
CllEUmiJAI; Latr. — Antennes sans renflement terminal ; deux crochets aux
tarses .
Une seule espèce, de toute l'Europe, mais très-rare partout, paraissant vivre en société avec certains Formicides. C'est le C. bituberculatum, Latr. (pi. XVI, flg. 7, son antenne grossie).
Ce rare Insecte, remarquable par les deux points tuberculeux de sa tète, vit surtout sous les pierres, dans les terrains arides, avec une petite Fourmi d'un brun noir, le Formica cœspitosa.
CTEU'ISTKS, Reichenbach. — Palpes maxillaires de quatre articles, très-remarquables en ce que les trois derniers portent en dehors une apophyse terminée par un petit faisceau de soies membraneuses qui, agglomérées par la dessiccation, forment un prolongement pointu.
Ces insectes vivent dans les détritus végétaux, les vieux fagots.— Tète du C. palpalis, Reich., pi. xvi, fig. 8; 8 a, palpe maxillaire.— D'Europe, d'Algérie, du Caucase ; rare aux environs de Paris, plus commun
PSÉLAPUIDES. — BYTHINUS, PSELAPHUS, JiATRlSUS. .'il9
dans le midi de la France. Ce genre a ses espèces disséminées en Europe, en Egypte, aux Indes orientales, en Californie, aux États-Unis, en Australie.
BYTHIIVCjD, Leach. — Antennes ayant chez les mâles les derniers articles renflés, globuleux, carrés, en croissant, dans le genre des enseignes romaines.
En général, les mâles seuls sont ailés, parfois avec des ailes atrophiées, impropres au vol, et les femelles aptères. On trouve les Bythines dans les herbes humides, sous les écorces et les mousses, dans les détritus végétaux.— Ex. : B. bulbifer, Rei :h., d'Europe, du Caucase ; la seule espèce très-commune près de Paris, B. Burelli, Denny, de France, d'Angleterre, d'Allemagne. Antenne d'un mâle de cette seconde espèce, pi. xvi, flg. 9. — Les espèces du genre Bythinus appartiennent à l'Europe, l'Amérique du Nord, l'Australie.
PSELAPHIIS, Herbst. — Antennes moniliformes, renflées à l'extrémité, un seul crochet aux tarses.
Les Psélaphes (genre très-réduit) vivent dans les prés humides, entre les roseaux, et sortent le soir pour chasser.— Ex. : P. Heisei, Herbst, espèce type, de toute l'Europe, du Caucase, assez commune près de Paris. PI. XVI, fig. 50, mandibule; 10 a, mâchoire et palpe; 10 b, lèvre inférieure et palpes. — Cette espèce n'est pas rare au bord des marais et dans les débris de joncs déposés par les inondations : la gracilité des palpes, du corselet et des pattes lui donne un aspect curieux. On doit encore signaler de toute l'Europe le P. dresdensis, Herbst. Le genre appartient à l'Europe, l'Australie, le Bengale, les États-Unis, le Chili.
BATRINtlS, Aube. — Antennes assez longues, grossissant à leur extrémité. Corps allongé et convexe; deux crochets aux tarses.
Ce genre est très-nombreux en espèces de divers pays, surtout de l'Amérique du Nord. On les trouve aussi aux Indes orientales, à Ceylan, en Australie. Les Batrisus d'Europe sont composés de petits insectes rares, vivant toujours en société avec diverses Formicides {Formica ernav' ginata, cuniculata, Myrmtca lœvinodis (rubra), etc.). Le même genre de vie s'observe pour les Batrisus du Nord des États-Unis, les espèces du Sud se trouvant au contraire sous les écorces. En France, des Batrisus à la démarche lente, au corps robuste et épais, se prennent sous la mousse des gros arbres dans les forêts de Fontainebleau et de Compiègne, au milieu des sillons et des rugosités de l'écorce dans lesquels se promènent de petites Fourmis ; il faut une grande attention pour les voir, car leurs mouvements ne sont pas vifs et leur couleur ne s'harmonise que trop avec celle des écorces. Le genre Batrisus diffère fort peu, par les caractères, du suivant.
32) COLÉOPTÈRES, — PSÉLAPHIENS.
.%MAIIROI*<pl, Fairmaire. — Tète carénée en dessus, armée de chaque côté d'un tubercule aigu tenant la place des yeux, qui sont nuls: antennes grêles, à dernier article épaissi. Corps allongé, convexe. Élytres coiivrant à peu près la moitié de l'abdomen.
Ce genre a été créé pour un petit Psélaphien de Sicile, VA. Aubei (pi. XII, fig. 12, patte intermédiaire), de 3 millim. de long, entièrement d'un roux jaundtre brillant, parsemé de poils d'un gris fauve, trouvé avec des Fourmis. L'intérêt du genre est qu'il offre une espèce française, A. gallicus, Uelarouzée, d'un peu plus de 2 millim. de long, trouvée sous les pierres en compagnie de quelques Fourmis rousses, dans les montagnes de l'Esterel (Var). Il nous conduit aussi à un genre des plus curieux, en ce qu'il représente les Psélaphiens dans le monde soulerrain des cavernes.
niACIl.lCRlTEj^, Miller. — Palpes maxillaires très-allongés, à dernier article grand, long, cuUriforme. Corps allongé, oblong, assez convexe; un seul crochet aux tarses.
En 1855, M. Miller découvrit dans la grotte de Struge, en Carniole, un petit Psélaphien, type du genre, et nommé par luiili.spe/œus. Jacquelin du Val trouva dans une grotte des Pyrénées orientales une seconde espèce de ce genre, le M. Mariœ, qui n'atteint pas 2 millim., d'un roux jaunâtre luisant, avec une très-fine pubescence jaunâtre (pi. xii, fig.9; 9rt, palpe maxillaire). Ce remarquable insecte fut retrouvé en ce pays dans une grotle des environs de Villefranche. On reconnut, quand on eut plusieurs individus, un fait analogue à celui des Trechus des grottes dont on avait l'ait le genre Anophthalmus. il y a des Machœrites aveugles et aptères, d'autres à gros yeux et ailés, d'autres dont les yeux sont moyens; les deux espèces ont offert le même fait. M. Grenier fait remarquer que la grotte de Villefranche est très-inégalement éclairée, et que l'évolution des larves des Machœrites est variable selon les points où les œufs ont été déposés; les yeux et les ailes se développent en raison directe de l'influence vivifiante de la lumière. Ce genre compte maintenant sept espèces, trois des grottes de la Carniole, quatre des grottes des Pyrénées orientales et d'Espagne.
Nous voyons ainsi se compléter peu à peu le cycle des Coléoptères cavernicoles, puisque trois tribus, les Carabiens, les Staphyliniens etles Psélaphiens, ont leurs représentants souterrains. Une quatrième tribu, les Silphiens, doit encore venir s'y joindre, et d'autres aussi : de la sorte la puissance créatrice ne laissera perdre aucun état de la matière azotée qui existe jusque dans les profondeurs reculées du sol.
BRV.%XI§t, Leach. — Corps court, convexe ; un seul crochet aux tarses.
Quelques espèces de ce genre vivent exclusivement près des eaux saléci'. Un en connaît plus de cent disséminées sur tout le globe, sauf
PSÊLAPHIDES. — TYRUS, EUPLECTUS, CLAVIGER. 321
VAfrique, où le genre n'a été signalé qu'en Egypte et dans le bassin méditerranéen.
Les Bryaxis, comme les Psélaphe?, se trouvent en général dans les lieux humides, au pied des arbres, dans les détritus, et sortent le soir pour chasser sur les herbes humides les microscopiques insectes dont ils font leur proie. Ex. : — B. Lefebvrei, Aube, du sud de l'Europe, pi. xvi, fig.ll, rencontré aux environs deParis. — Détails du fî. «ajif/umea, Fabr., d'Europe, d'Algérie, du Caucase, pi. xvi : fig. 12, mandibule; 12 a, mâchoire et palpe ; 12 b, lè-vre inférieure et palpe. —PI. xvi, fig. 13, antenne du B. antennata, Aube, de France (environs de Paris), d'Italie, de Grèce.
TYRIJS, Aube (nom sans aucune signification). — Antennes un peu renflées à l'extrémité ; tarses terminés par deux crochets égaux .
Ce genre n'offre chez nous qu'une seule espèce, 7". mucronatus, Panz., de toute l'Europe, vivant sous les pierres, les écorces, les mousses, et dévorant sans doute de petits Acariens et des larves (pi. xvi, fig. 12 c, patte antérieure). On a trouvé aussi ce genre en Australie, en Colombie, dans la Caroline.
EUPEiECTUS, Leach. — Corps déprimé. Antennes à trois derniers articles trèsgrands et tarses munis d'un seul croctiet.
Les Euplectes vivent dans les détritus végétaux. — Ex. : E. nanus, Reichb., pi. xvi, fig. IZi, de Suède, de France, d'Allemagne, de Russie, se rencontrant particulièrement aux environs de Paris. PI. xvi, fig. 15, son antenne; 15 a, mâchoire et palpe. — Les Euplectus sont d'Europe, de l'île de Madère et des Canaries, de l'Amérique du Nord, des Indes orientales et d'Australie.
2° Genres dont les antennes ont moins de onze articles (six, deux ou un).
C£..%vibER, Preyssler. — ■ Corps un peu allongé et assez convexe. Yeux nuls, existence du nerf optique douteuse; antennes de six articles en massue. Elylres très-courtes, ayant à l'angle externe et postérieur un petit pli garni de poils. Ailes elliptiques, rudimentaires, sans nervures, recouvertes de soies épineuses et paraissant iriipropres au vol. Abdomen de cinq segments garnis de poils latéraux ; tarses terminés par un seul crochet.
Les insectes qui composent ce genre si curieux vivent parasites dans les nids de certaines espèces de Formicides : ainsi les Formica nigra, flava, rufa, fusca et Mijrmica cespitum. Ce sont de petits Coléoptères d'environ 2 millim. de longueur et d'un roux uniforme, à marche assez lente, simulant la mort si on les tourmente. Quoique dépourvus d'yeux, on ne peut affirmer qu'ils soient aveugles; ils savent fort bien se diriger et éviter les obstacles, à la façon des Chauves-souris, volant sans jamais se heurter dans les grottes les plus obscures, soit par un tact exquis, soit par une impression lumineuse perçue cà travers un mince tégument.
322 COLÉOPTÈRES. — PSÉLAPHIEINS.
Ils sortent des fourmilières, et on les trouve parfois dans le voisinage, sous des pierres exposées au soleil, sans doute pour se réchaufl'er. M. Stableau a pris un Clavigère en fauchant sur des plantes, couvertes, il est vrai, de Fourmis ; probablement celles-ci les emmènent dans certaines migrations. On voit les Fourmis, quand on bouleverse leur nid, emporter à la hâte des Clavigères, ainsi que leurs propres larves et nymphes. En effet, les Clavigères sont pour elles des animaux domestiques tendrement choyés. La petite bouche des Clavigères ne peut prendre qu'une nourriture liquide; ils ne savent pas manger seuls et se promènent dans la fourmilière sans pouvoir goûter aux provisions ; ils rencontrent face à face les fourmis repues, et, après un colloque à coups d'antennes, comme lorsque deux fourmis se croisent, la Fourmi ouvre la bouche, el le Clavigère hume une goutte sucrée entre ses mandibules; ce qui explique pourquoi leurs pièces buccales sont abondamment pourvues de soies qui retiennent ce liquide. Mais, service pour service, la Fourmi lèche aussitôt après les poils des élytres, les presse doucement entre ses grandes mandibules, comme pour les Staphyliniens domestiques, et sans doute aspire une délicieuse sécrétion. Mûller, qui a découvert ces curieux rapports, n'a pu constater les métamorphoses des Clavigères ; il a seulement trouvé une fois l'enveloppe encore fraîche d'une nymphe, ovalaire, tronquée à l'extrémité, avec deux saillies latérales et deux cornes antérieures en massue, ayant probablement servi de fourreaux aux antennes. Jacquelin du Val, M. Lespés, qui ont vérifié les observations de Mûller, n'ont pas été plus heureux que lui pour cette dernière recherche.
Nous représentons, pi. xvi, fîg. 16, l'espèce type du genre, le C. foveolatus, Mûll., ou testaceus, Preyssl., de toute l'Europe : 16 a, labre ; 16 6, mandibule ; 16 c, palpe labial ; 16 d, mâchoire avec palpe ; 16 e, antenne ; 16/", patte antérieure. On connaît encore, aussi de toute l'Europe, le C. longicornis, Mûll., le C. colchidicus, Motschoulsky, du Caucase, où existent encore deux espèces inédites, le C. Ponzaui, de Saulcy, du midi de la France. On n'a pas encore signalé de Clavigères dans les îles Britanniques.
Mûller a constaté un fait curieux à propos du C. longicornis qu'il trouvait ordinairement dans des nids de Fourmis noires, tandis que le C. foveolatus cohabitait avec des Fourmis rougeâlres. Ayant réuni dans un même vase ces deux espèces de Fourmis, elles ne tardèrent pas à se battre, et les Fourmis noires détruisirent toutes les rouges; mais quant aux Clavigères qui étaient logés avec elles, loin de leur faire aucun mal, les Fourmis noires en prirent autant de soin que de l'espèce à laquelle elles donnent d'ordinaire l'hospitalité.
jusqu'à présent les dix espèces de Clavigères connues sont, outre les deux de toute l'Europe, de la France méridionale et d'Espagne, de la Géorgie russe, des Indes orientales^ Ce genre paraît remplacé aux Etats- IJnis par les genres Adranes, Le Conte, et Fustiger, Brendel, et, en Australie, par le genre Articeros, Dalman.
SCYDMÉNIDES. — MASTIGUS. - 323
Famille II. — SCYDMÉNIDES.
Trùs-longs palpes maxillaires de quatre articles. Mandibules arquées et pointues; mâchoires à deux lobes; languette bilobée ou échancrée antérieurement. Antennes longues et grêles, de onze articles, le plus souvent en massue ou un peu épaissies. Yeux globuleux, proéminents. Élytres oblongues, ovalaires, recouvrant tout l'abdomen, rarement un peu tronquées au sommet ; des ailes en dessous le plus souvent. Pattes grêles et sans épines, cuisses renflées ; tarses de cinq articles.
Ces insectes formaient les Palpeurs de Latreille, à cause du développement de leurs palpes, et cet illustre entomologiste avait soupçonné leurs rapports avec lesStaphylinienset les Psélaphides, malgré les élytres entières et la différence des tarses. Jacquelindu Val fait remarquer que c'est par une grave erreur, répétée sans contrôle, que beaucoup d'auteurs ont donné les Scydménides comme aptères, car la majeure partie de ces insectes offre des ailes et vole très-bien. Les Scydmœnus tarsatus, MûlL, et ru fus, Miill., par exemple, se trouvent très-abondamment le soir, volant autour des fumiers. Mûller, Kunze et Denny ont bien vu et décrit les ailes de ce groupe.
Cette famille est très-voisine des Silphiens, dont elle se distingue surtout par la longueur des palpes maxillaires et les hanches postérieures très-écartées et non transverses ; encore le genre Leptoderus établit-il un passage par les longs palpes et les hanches postérieures écartées, mais transverses. Le rapprochement des Scydménides avec les Psélaphides nous semble préférable. Ils ont en effet les mœurs des Psélaphides, descendent pour la plupart au-dessous de leur taille; vivent sans doute comme eux de petites proies; se trouvent sous les écorces, sous les pierres, surtout dans les lieux humides et quelques-uns dans les fourmilières. Presque toutes les espèces connues sont d'Europe. Leurs métamorphoses sont tout 4 fait ignorées.
GENRES PRINCIPAUX
MASTIGUS, Latr. — Antennes presque filiformes; élytres ovalaires. Aspect de
Fourmis.
Le type du genre est le M. palpalis, Latr., du sud de l'Europe, à corps noir, ainsi nommé à cause des longs poils qui garnissent en dessous les deux premiers articles des antennes. Les habitudes de cette espèce ne s'éloignent pas de celles des Scydménides en général. Cet insecte vit, dit M.Waltl, dans l'herbe au pied des murs, et s'y réunit en société, dont les individus sont parfois entassés les uns sur les autres, comme le sont les Abeilles dans leurs essaims. On le trouve dans le sud de l'Espagne et en Sicile. La plupart des espèces sont africaines et surtout du cap de Donne-Espérance et de Cafrerie, où les types spécifiques de beaucoup d'Insectes ressemblent à ceux de l'Europe. —
32Zl COLÉOPTÈRES. — HYDROPHILIENS.
Ex. : M. fuscus, Klug, du Cap, à corps et pattes noirs, à élytres rousses, pi. xvin, tig. 1; la, antenne grossie.
(SClfDllliœiHJSI, Latr. — Antennes terminées en massue; palpes maxillaires en massue. Pattes grêles et allongées.
Les Scydmènes, très-nombreux en espèces européennes, sont probablement carnassiers et surtout se nourrissent de détritus azotés. Leur taille est très-petite, leur coloration noire ou brunAlre. Les mâles ont les antennes et les pattes plus fortes que les femelles. — Ex. : S. Helwigi, Fabr., s. -genre Cholerus, Thoms., de toute l'Europe, sauf les îles Britanniques ; pi. xvni, fig. 2, espèce rencontrée près de Paris dans une fourmilière par M. Chevrolat. — S. hirticollis, Illig., de toute l'Europe, pi. XVIII, fig. 3, antenne; 3 a, labre; 3 b, mandibule; 3 c, mâchoire et palpe j 3 d, lèvre inférieure et palpes labiaux; 3 e, menton; 3f, tarse. — Outre l'Europe, on a renconti'é les Scydmœmis aux États-Unis, en Californie, dans diverses régions de l'Amérique méridionale, aux Antilles, en Australie, à Ceylan, à Madagascar, aux Indes orientales, en Egypte, en Algérie, au Maroc. Ils ne sont pas indiqués de l'Afrique proprement dite.
' Tribu des UYDROPllILlEiv.^.
Pour rester fidèle à notre principe de restreindre le plus possible le nombre des tribus, nous réunirons, avec M. E. Blanchard et d'autres auteurs, sous le nom d'Hydrophiliens, un certain nombre de genres de Coléoptères dont le principal, sinon le seul caractère commun, est, pour la grande majorité, de tivre dans les eaux ou près des eaux, au moins à un de leurs états. Mais il y existe deux types zoologiques bien distincts : les uns appartenant, à la suite des Silphiens, des Dermestiens et des Byrrhiens, aux anciens Clavicornes de Latreille ; les autres venant incontestablement, dans une série naturelle, après les Dyticiens. Ces derniers formaient pour Latreille les Palpicornes, à cause de l'extrême longueur de leurs palpes' maxillaires, qui semblent avoir sous l'eau la fonction d'une seconde paire d'antennes, et de longueur souvent plus grande.
Les insectes adultes de cette tribu, à peu d'exceptions près, ne s'éloignent pas des eaux. Les uns vivent plongés dans le liquide et nagent avec facilité, moindre toutefois que les Dytiques et les Gyrins; ils n'ont pas le caecum renflé en vessie natatoire, et la prise d'air nécessaire à la respiration se fait d'une façon toute différente, au moyen des antennes, comme nous l'expliquerons en traitant du genre Hydrophilus. D'autres vivent entre les racines des plantes de marais ou dans les feuilles immergées, ou sous les pierres du fond ; il en est qui courent à la renverse à l'intérieur de Teau contre la surface. D'autres, moins aquatiques, sortent fréquemment du liquide et se cramponnent aux plantes
HYDROPHILIENS. 325
des rivciges. Tous ceux-là, et ce sont les plus nombreux, ont des larves aquatiques. Certains, à larves terrestres, se rendent, à l'état adulte, dans les eaux, ou, plus souvent, restent sur terre, les uns vivant dans les excréments des Mammifères herbivores, les autres dans les détritus végétaux ou sous les pierres. Tous les Hydrophiliens ont des ailes sous les élytres, qui les cachent entièrement, et, comme les Dyficiens, les espèces des eaux s'en servent souvent le soir pour changer leur humide demeure. On les voit parfois aussi marcher sur la terre détrempée par de fortes pluies. Quand les mares tarissent sous les ardeurs de l'été, ils peuvent, ainsi que beaucoup d'animaux aquatiques, demeurer engourdis, mais vivants, sous les pierres ou môme dans la vase durcie, et reprendre leur activité quand les pluies de l'automne ont rempli de nouveau le marécage.
Les larves aquatiques de cette tribu sont toutes obligées de respirer l'air en nature, leurs trachées se terminant par des ouvertures stigmatiques, ne venant pas s'extravaser au dehors en houppes branchiales. Certaines nagent vivement, la tête en bas, la partie anale, par où pénétrera l'air, vers la surface; d'autres, que Miger nomme rampantes, ne savent pas nager et marchent renversées contre la surface de l'eau, constituant pour elles un plafond, soit comme des chenilles, soit par des mouvements horizontaux à la façon des sangsues ; enfin il en est qui restent accrothées aux plantes des eaux, ou dans la vase, ou sous les pierres submergées. Certaines de ces larves paraissent ne vivre que de détritus végétaux (genres Elophorus, Parnus, etc.), mais la plupart sont carnassières. Ce qu'il y a de fort remarquable, c'est qu'au contraire les Hydrophiliens aquatiques adultes vivent de végétaux, ou du moins ceux-ci paraissent être leur nourriture habituelle dans la vie libre, bien que, conserves captifs et affamés, on puisse leur faire manger des matières animales, par une perversion d'instinct dont beaucoup d'insectes phytophages présentent des exemples.
Ces larves ont une tâte écailleuse, présentant des mandibules cornées, en général dentées au côté interne; des mâchoires avec palpes de trois ou quatre articles, une languette avec palpes labiaux de deux articles ; de courtes antennes, des stomates latéraux. Le corps, formé de onze ou douze anneaux, offre trois paires de pattes thoraciques et les autres anneaux munis ordinairement d'appendices, de dentelures, de tubercules.
Toutes les larves des Hydrophiliens, aquatiques ou terrestres, se métamorphosent de la même manière, en terre ou dans des détritus, en se faisant des coques durcies par la pression. Les nymphes offrent, comme d'habitude, les pieds ventralement repliés, les ailes couchées le long des flancs, et d'abord blanches, se colorent peu à peu. Cette vie de repos dure environ d'une à quatre semaines, selon les groupes. On voit donc que les larves aquatiques doivent toutes quitter l'eau quand leur accroissement est complet; elles s'enfoncent à peu de profondeur et près des rives.
326 COLÉOPTÈRES. — HYDROPHILÎENS.
On peut indiquer comme caractOres très-généraux de la tribu des Hydropliiliens les suivants : Tête penchée ou inclinée, souvent triangulaire, à front uni. Yeux peu proéminents. Antennes courtes, quelquefois filiformes, quelquefois à articles renflés ou à terminaison en massue. Palpes maxillaires de quatre articles, de longueur variable; palpes labiaux de trois articles ; menton grand, corné ; mandibules peu apparentes à l'état de repos, cornées, souvent dentelées, et bidentées à la pointe; mâchoires à deux lobes, l'externe non palpiforme. Corselet transversal, plus large que la tête ; écusson parfois peu apparent, ayant les formes semi-circulaires, en triangle obtusangle ou acutangle. Corps parfois étroit ou allongé, habituellement ovalaire ou hémisphérique, convexe ou même voûté. Élytres oblongues ou ovales, ou hémisphériques, recouvrant complètement l'abdomen et cachant les ailes, glabres ou poilues, lisses quelquefois, le plus souvent striées ou ponctuées. Pattes de forme très-variable, suivant la fonction, à jambes munies en général de deux éperons ; ces pattes étant longues et grêles quand les insectes doivent marcher sur le sol ou se cramponner à divers corps, courtes et comprimées dans les espèces qui fouissent, aplaties et ciliées pour la natation dans d'autres. Membres antérieurs parfois plus grands et modifiés chez les mâles. Tarses de cinq articles à tous les membres, à peu d'exceptions près, le premier en général, et quelquefois les deux premiers, courts, peu apparents.
Si notre tribu peu homogène des Hydrophiliens ne comprenait, comme dans les auteurs dogmatiques, que la famille des Hydrophilides ou Palpicornes, sa place serait incontestablement après les Dyticiens. En y réunissant des genres clavicornes, qui constituent pour les auteurs modernes de petites familles, la position de cette tribu devient indifférente. Notre plan est de simplifier, en vue de l'étude des mœurs et des applications, en faisant connaître toutefois les séparations naturelles, mais sans accorder une importance capitale à la valeur comparative des types entomologiques. En général, nous rattacherons toujours les petits groupes aux grands. Comme la nature, dans sa puissante complexité, n'a pas fait de classifications nettes, il importe peu qu'il y ait plus ou moins d'approximation, et il est inutile de chercher une rigueur mathématique qui n'existe pas.
1* Genres palpicornes, à palpes maxillaires longs et grêles, subégaux aux antennes en longueur, pouvant même les dépasser.
Les caractères spéciaux à ce groupe sont d'avoir des antennes de six à neuf articles, un corselet de largeur variable, les quatre tarses postérieurs tantôt fonctionnant en rames, et par suite fortement comprimés et frangés au côté interne, tantôt plug ou moins grêles et non rémiformes.
Linn.Tous n'avait pas distingué des Dytiques le type des Palpicornes
ELOPHORUS, 327
que Geoffroy sépara le premier sous le nom d'Hydrojjhilus. C. Duméril les laisse dans ses Rémipèdes. Latreille les plaçait entre ses Clavicornes et ses Lamellicornes, et n'y formait que des groupes rattachés aux genres Hydrophilus et Si^liceridium. M. Brullé en admet trois {Hist.nat. des Insectes, V, p. 2/i2), rangés autour des genres Ebphorus, Hydro- ■philus, Sphœridium. Erichson et M. Mulsant y joignent une quatrième division, rattachée au genre Spercheus. Enfin, Lacordaire admet cinq familles. L'une, liée au genre Hydrophilus, a les tarses postérieurs rémiformes et une épine sternale; les autres, à tarses non spécialement natatoires et sans épine sternale, ont pour types les genres Hydrobius, Spercheus, Elophorus, Sphœridium (1). Les types Hydrophilus, Hydrobius et Sphœridium ont le corselet de la largeur des élytres à sa base et rétréci en avant; les deux autres types ont le corselet plus étroit que la base des élytres.
On peut consulter, pour une partie des Hydrophiliens palpicornes, une monographie de Solier {Ann. Soc. entom. de France, V^ série, III, p. 290), qui s'est occupé des genres se rattachant aux Hydrophilus et Hydrobius.
EI.0P110RIJS, Fabricius. — Tête inclinée, très-obtuse en avant; antennes courtes, de neuf articles, les trois derniers en massue. Corps ovale ou allongé, peu convexe.
Les Elophores se reconnaissent facilement à leur corselet creusé de plusieurs sillons ondulés, à leurs élytres striées fortement, ayant une couleur testacée, et surtout à la teinte verdâtre, bronzée ou un peu dorée, qui forme reflet sur les élytres de plusieurs espèces. Amis des eaux stagnantes, ils se cachent au milieu des plantes submergées, dont ils paraissent ronger les parties flétries. Il en est plusieurs espèces, ainsi VE. glacialis, Villa, ou nivalis, Thoms., qui ne se trouvent que dans les petits lacs glacés des plus hautes montagnes, et dans l'eau qui découle des neiges fondantes, où ils gèlent souvent pendant la nuit pour dégeler quelques heures pendant le jour.
Ils sont à la fois palpicornes pour les palpes, et clavicornes pour les antennes. Nombreux en espèces, les Elophores sont surtout de l'Europe, du nord de l'Amérique, de la Californie; on en trouve quelques espèces en Egypte, Algérie, Mongolie et Cafrerie.
La forme des Elophores est plus allongée et plus étroite que celle des Hydrophiles. Us sont aquatiques, petits, peu agiles, ne nageant pas, et se tenant plus volontiers sur les plantes marécageuses, agitant sans cesse leurs palpes et tenant leurs antennes cachées sous les côtés de la tôte et du corselet, à moins qu'ils ne marchent; une fine pubescence fait paraître leur corps argenté. Ils s'engourdissent dans la vase quand le marais se dessèche, et peuvent le quitter au vol auparavant pour en
(1) Gênera des Coléoptères, 1854, I, p. 446.
328 COLÉOPTÈRES. — HYDROPHILIENS.
gagner un autre. On les voit souvent, par les belles soirées de printemps, cramponnés aux plantes qui sortent de l'eau et prêts à ces migrations. Nous citerons, parmi les espèces, d'abord ÏE. aquaticus, Linn., ou Dermeste bronzé de Geoffroy, qu'on trouve près de Paris. Il a S""", 5, la tête et le corselet d'un vert bronzé, avec les élytres d'un testacé obscur, à reflets métalliques. Les Elophorus aqualicus s'accouplent au commencement de mars, mais refusent de pondre en captivité. On voit alors qu'ils mangent des animalcules microscopiques fixés aux plantes des aquariums, sans toucher aux proies mortes, comme le font, par exemple, les Hydrobius, du même groupe. Ajoutons à cette espèce l'^. nubilus, Fabr., qui s'égare volontiers loin des eaux, vit presque exclusivement caché dans la terre ou le sable humide, ou même au pied des arbres, où il trouve des cavités fraîches, tapissées de quelques mousses et autres cryptogames, maigre nourriture qui suffit à entretenir sa vie peu active (cet insecte se rencontre dans l'Europe moyenne et septentrionale ; pi. xvii, fîg. 6), et VE.rugosus, Oliv., ou ]ennicus, Payk., de Suède et des îles Britanniques, et aussi de la France méridionale (pi. xvii, fig. 7, antenne; la, labre; 7 6, mâchoire et palpes; 7 c, lèvre inférieure et palpes; 7 d, tarse antérieur). 11 a 5 millimètres, est d'un testacé paie, marbré de noir, avec tête d'un brun rouge.
HYUROCHIJS), Leacfi. — Yeux globuleux, très-saillants ; antennes de sept articles, avec massue formée par les trois derniers articles.
F-e genre Hydrochus est formé d'insectes de petite taille, plus rares que les Élophores. Le corselet, au lieu des sillons qu'il offre chez ceuxci, a quelques fossettes régulièrement disposées. Les élytres sont aussi finement carénées chez la plupart. Ce genre n'a qu'un nombre médiocre d'espèces disséminées. On les signale en Europe, en Sibérie, à Ceylan, en Californie, à Cuba, à la Louisiane, dans l'Amérique boréale, en Australie.
Mêmes mœurs que les Élophores. Le type est \'H. elongatus, Schalier, de l'Europe moyenne et septentrionale, qu'on trouve aux environs de Paris (pi. xvn, fîg. 8, son antenne). Long de Zj à 5 millimètres, il est d'un noir bronzé ou d'un vert métallique.
ociITHEUiiJ<§), Leacli. — Yeux globuleux ; antennes de neuf articles, les six derniers en massue serrée.
L'es Ochthébies sont de petits insectes à démarche lente et embarrassée ; à corps épais, ovalaire; à tête fovéolée, ayant souvent des reflets métalliques vifs, du vert doré au noir brillant. Ils vivent surtout dans les eaux des ruisseaux, des torrents, des rivières, cramponnés auv niantes aquatiques, auv pierres des rives, aux objets flottants; se laissent aller lentement entre deux eaux, les pattes étendues; jusqu'à ce qu'ils
HYDR^NA, SPERCHF.US. ^ 329
rencontrent un support, et parfois cheminent ainsi en chaînes d'individus ù pieds accrochés les uns aux autres. Ils volent le soir et dans le jour pendant les pluies d'orage, trompés par l'obscurité répandue autour d'eux, et se blottissent dans les cavités des roches qui bordent le rivage ; mais, aux premiers rayons du soleil, on les voit, comme, honteux de leur erreur et redoutant une dessiccation funeste, regagner leurs gîtes aquatiques aussi promptement que le permettent leurs pattes, munies de solides crochets semblables à des grappins, mais mal disposées pour la course. Plusieurs espèces d'Ochthébies vivent dans les eaux saumâtres ou salées : ainsi VO. marmus, Payk., d'Europe, d'Algérie, du Caucase.
Nous citerons VO. bifoveolatus, Walll., ou hibernicus, Curt. (pi. xvii, tig. 9, son palpe maxillaire), d'Espagne, d'Angleterre, d'Allemagne, du midi de la France. Le genre Ochthebius a presque toutes ses espèces en Europe ; il en est quelques-unes à Madère, aux Canaries, dans l'Afrique australe, à la Nouvelle-Calédonie, en Californie, dans l'Amérique russe.
, BVDRiOIVA, Kugel. — Antennes de neuf articles ; mâchoires avec palpes maxillaires très-longs et très-grêles, beaucoup plus longs que les antennes.
Le genre Hydrœna est formé d'espèces d'Europe, avec quelques-unes des Canaries, d'Amérique boréale et des États-Unis. Elles ont le corps oblong ou allongé, peu convexe ; le corselet obtus sur les côtés; les élytres à lignes ponctuées, généralement régulières, et offrant une petite pointe à l'extrémité. Les Hydrènes, remarquables par la longueur de leurs palpes maxillaires, qui dépasse ce qu'on voit dans les autres Hydrophiliens, ont les mûmes habitudes que les genres précédents, vivent sous les pierres des ruisseaux, au milieu des plantes des eaux stagnantes; on les rencontre aussi marchant dans l'eau ou à sa surface. Ils sont exclusifs aux eaux douces. — Le type est \'H. riparia, Kugel. (pi. XVII, fig. 10, antenne; 10a, mâchoire et palpe), de toute l'Europe, qu'on trouve près de Paris. Long d'un peu plus de 2 millimètres, il est noir, avec les élytres et le corselet plus clairs, ponctués, tous les appendices roussâtres.
^«PERCHEUS, Kugel. — Tête forte ; antennes courtes, de six articles, dont les cinq derniers forment une massue allongée, irrégulière ; pas de carène sternale.
Les Spercheus vivent dans les eaux stagnantes, accrochés aux racines des plantes aquatiques, et volent peu. Ce genre n'a que peu d'espèces, d'Europe, d'Egypte, du Sénégal, de Java et de la Nouvelle-Calédonie. Les femelles, ainsi que dans les genres voisins, ont l'habitude de porter leurs œufs renfermés dans un cocon soyeux, qu'elles tiennent sous le ventre, embrassé entre leurs pattes poi-lérieures, munies à cet effet de cils soyeux aux tarses. L'adulte produit un bruit faible, mais sensible, par
330 COLÉOPTÈRES. — HYDROPHILIENS.
quelque frottement des élytres contre la région dorsale de l'abdomen. Nous figurons le S. sulcatus, Gory, ou senegalensis, Cast., du Sénégal, d'un fauve brunâtre, à élytres fortement côtelées et rugueuses (pi. xvii, fig. 11). Il n'existe en Europe qu'une seule espèce de ce genre, le S. marginatus, Schaller (pi. xvii, fig. 12, sa tête; 12a, antenne; 12 6, labre; 12 c, mâchoire et palpe ; 12 d, lèvre inférieure et palpes'. Cet insecte, de l'Europe froide et tempérée, se trouve, mais rarement, aux environs de Paris. Il est de taille médiocre, roussâtre, très-convexe, vif dans les eaux stagnantes, où il se tient habituellement accroché aux racines des plantes qu'il quitte de temps en temps pour venir respirera la surface; souvent aussi on le rencontre sous les croiites que forme la vase dans les mares desséchées. Les métamorphoses de cet insecte, autrefois trèscommun dans les nombreux fossés d'irrigation des environs de Lille, ont été étudiées avec soin par M. E. Cussac. Il a vu qu'une femelle de S. emarginatus, munie de son sachet ovigère, donne en deux mois environ /iOO larves, en 6 pontes, sans nouvel accouplement, fait qui s'explique par l'existence chez elle d'un réservoir séminal. Elle garde le sac à œufs de neuf à dix jours, puis s'accroche à la renverse aux Lemnacées flottantes (Lentilles d'eau) et présente le sachet à fleur d'eau. Les jeunes larves sortent par la partie fixée contre le corps, en deux ou trois heures, au nombre de 60 à 70, puis le sac se détache. Au bout d'un temps variant d'une demi-journée à deux, un nouveau sac rempli d'œufs est reformé. Les jeunes larves, noires, longues de l^^jS, avec grandes et fortes pattes aplaties, sont très-agiles et nagent en tous sens, renversées, comme sur un plafond, à la surface de l'eau. Leurs puissantes mandibules déchirent les proies; on les nourrit avec des larves d'eau, des chenilles, des Diptères, etc. Vers le huitième jour, longues de k millimètres, elles descendent et ne remontent plus que pour respirer au moyen des appendices latéraux, en se laissant soulever par la poussée, sans mouvements. Elles ont plusieurs mues, sont très-voraces, et entrent en nymphose du douzième au quinzième jour. Pour cela, longues alors de 8 à 9 millimètres, elles sortent de l'eau, et, sur les bords, sous les feuilles tombées, font à l'air libre une coque hémisphérique en terre, d'où elles sortent au bout de cinq à six jours. La nymphe, de Zi millimètres de long, est nue, ovale, avec des filets semi-cornés à la tête, au corselet, à l'abdomen, pour la préserver des chocs et aider à sa mue. Elle est d'un blanc sale, les yeux seuls noirs. Comme on le voit, cette espèce est douée d'une grande fécondité et présente un développement rapide.
Gl.OBARl.%, Latr. — Forme qui est presque celle d'un globe ; antennes de huit articles, les trois derniers en massue allongée.
M. Guérin-Méneville a figuré, sous le nom de G. nitida, un insecte du cap de Bonne-Espérance, rapporté à ce genre avec beaucoup de doute,