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TEMPS DE DOMMAGES OU DE VIE ACTIVE DES LARVES

Première année, à partir de l'éclosion des œufs, du l^^' juillet au

1" novembre 4 mois.

Seconde année, du 1*^^ avril au l'^'' novembre 7 —

Troisième année, du l^"" avril au 1^' juillet 3 —

Total lit mois.

TEMPS d'engourdissement, SANS NOURRITURE.

Cinq mois, en automne et hiyer des deux premières années, du l^r novembre au 1*^'' avril

Total de l'existence en larves ....

temps de vie latente ou DE NYMPHE.

Du i^' juillet au 1'='' mars de la troisième année

Hannetons adultes éclos, demeurant en terre. . . 80 jours. Hannetons hors de terre et dévorant les feuilles . 20 — En œufs 20 —

120 jours.

10 mois.

24 mois.

8 mois.

!l mois.

Durée de la vie totale avec toutes ses métamorphoses. 36 mois.

Le plus grand inlérôt que présente l'étude du M. vulgaris consiste à rechercher les moyens de le détruire. Malheureusement pour lui, comme pour beaucoup d'insectes nuisibles, l'homme est le premier auteurdu mal dont il est la victime nécessaire. Le Hanneton devait être assez rare dans la Gaule sauvage et couverte de forêts. Il a peine à percer une terre dure, et la charrue du laboureur ne met pas à découvert de Vers blancs dans les terres qu'on défriche. Au contraire les terres anciennement cultivées, riches en engrais, et par suite en racines de plantes, meubles et aérées par les procédés de la culture intensive, où les larves peuvent vivre et étendre leurs galeries, sont infestées de Vers blancs. On observe, dans les années où les lisières des bois contre les champs cultivés sont dévastées par les Hannetons, que le centre de la forêt n'est jamais ravagé, et que le Hanneton diminue à l'intérieur, à mesure qu'on s'éloigne des cultures, et môme devient peu commun. Pour parler notamment de la Brie, pays de grande culture où j'ai pu faire des observations personnelles, il y a une trentaine d'années les Vers blancs étaient peu répandus et leurs dommages médiocres. En effet, dans la culture de ce temps, une partie du sol se trouvait en jachère à l'époque delà ponte, et trop dur pour que les femelles fissent

4/t8 COLÉOPTÈRES. — SGAHABÉIENS.

facilement leurs trous à œufsj actuellemeat ils abondent dans les mêmes localités, parce que les fourrages nécessités par un bétail beaucoup plus nombreux ont obligé les fermiers à ne pas laisser la terre inactive un seul instant, et qu'au printemps, à côté des blés, se trou- \ent des colzas, des betteraves, des prairies artificielles, dont le sol meuble et riche en racines sollicite l'instinct maternel des femelles. Ce sentiment, on peut le dire, joue un très-grand rôle dans la multiplication de la race dévastatrice. Souvent on ne s'explique pas au premier abord comment il se fait que, de deux champs limitrophes, dans les mêmes conditions de voisinage de bois ou de vergers, l'un est infesté de Vers blancs, au point de perdre sa récolte, tandis que l'autre en est presque dépourvu et couvert d'une riche végétation : cela tient à ce que, lors d'une grande ponte, à la fin de mai, le premier était en prairie, abondant en racines, l'autre en jachère, labouré depuis longtemps en grosses mottes dures et sans plantes : les femelles se portent à ■ l'envi sur le premier terrain et évitent le second, qui ne leur paraît pas pouvoir fournir la subsistance de leur progéniture.

Les meilleurs moyens opposés à la propagation des Hannetons sont ceux fournis par la nature même, en raison des circonstances météorologiques. Ainsi les sécheresses du printemps mettent obstacle à la sortie de terre des adultes; ils s'épuisent en efforts pour percer une terre trop résistante, et beaucoup meurent; les gelées tardives du printemps, alors qu'ils sont près du sol, en font aussi périr beaucoup : mais comme elles ne sont pas moins nuisibles aux végétaux pleins de sève, l'avantage est plus que compensé. Les sécheresses prolongées de la fin de l'été sont funestes aux larves, dont beaucoup, selon M. Mulsant, s'enfoncent alors pour changer de peau, ne peuvent remonter, maigrissent et meurent ; d'autres, plus robustes, prolongent d'un an leur état de larve, et vivent quatre années. Enfin les chaleurs anormales de la fin de l'automne empêchent les Vers blancs de s'enfoncer assez profondément, et môme les attirent près du sol, de sorte qu'une gelée subite les fait périr.

Les Vers blancs ont l'instinct de s'enfoncer plus ou moins, selon les conditions atmosphériques, afin de se mettre à l'abri de la gelée, du sec, de l'humide. Ils ne peuvent exister dans une terre trop sèche ou trop mouillée, et ils vivent des racines qui se trouvent dans la couche où ils sont condamnés à rester. Les pluies ou les arrosements les rapprochent de la surface du sol, sans que jamais ils s'exposent à l'air, laissant toujours plusieurs centimètres de distance entre eux et le sol. Lors des 'sécheresses, les Vers blancs s'enfoncent à environ 30 centimètres de profondeur. En général, les Vers blancs placés hors de'terre, et surtout exposés à l'insolation, meurent. D'habitude les gens employés à la récolte des Vers blancs se contentent, pour les détruire, de les jeter en tas sur les chemins d'exploitation des champs, à surface dure et battue. Les Vers blancs n'ont pas la force de creuser ce sol, se débattent, deviennent maigres et jaunes, et meurent. M. Vibert observa, à la fin de

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décembre, par une forte gelée, sur la terre dure où du l'eu était allumé, que les Vers blancs, trompés par cette chaleur faclice, se rapprocbèrent très-près du sol échauffé.

L'étude de ces funestes larves offre encore des faits inexpliqués. M.Vibert rapporte avoir vu des Vers blancs vivant en quantités énormes dans des terres en jachère n'ayant que quelques racines desséchées, à trop peu de profondeur pour les nourrir, car ces vers, par la sécheresse, étaient forcés de rester loin du sol. Il a conservé pendant plusieurs mois, sans dépérissement sensible, des Vers blancs dans des pots remplis uniquement de terre prise assez profondément pour qu'elle ne contînt que très-peu de matière végétale décomposée.

Les Hannetons adultes sortis de terre sont très-sensibles au froid, supportent difficilement les petites gelées du printemps; beaucoup périssent par les variations subites de l'atmosphère et par les pluies froides et prolongées. C'est le printemps qui décide du plus ou moins grand nombre de Vers blancs que les Hannetons nous laissent; les gelées tardives, les pluies prolongées, les vents de nord et d'est, en détruisent beaucoup ou les refoulent sur d'autres lieux. On peut dire, en général, dans le milieu de la France : Année de Vers blancs, année d'abondance; car ils sont le résultat de la douceur du printemps, qui décide souvent de l'année. Les gelées printanières changent parfois le retour triennal régulier des Hannetons en produisant une destruction insolite.

Dans un tout récent travail, présenté à l'Académie des sciences au commencement de 1868, M. J. Reiset s'est fortement préoccupé des ravages du Hanneton en 1865 et 1866 dans un département, la Seine- Inférieure. 11 n'hésite pas à évaluer le désastre pour ce seul département, en 1866, à plus de 25 millions, et, dans le rapport du préfet au conseil général, la perte est évaluée à 2 638 702 francs pour cent soixante et une communes seulement. M. J. Reiset a étudié les diverses profondeurs occupées par l'insecte en larve ou en nymphe, en constatant, au moyen de thermomètres, les uns dans l'air, les autres enfoncés en terre, avec quelle exactitude les mouvements ascendants ou descendants des larves sous le sol sont liés aux élévations ou aux abaissements des températures.

Les larves se tiennent en hiver à une profondeur où le thermomètre marque toujours une température supérieure à zéro degré, même alors que la neige couvre la terre et que l'air accuse des froids intenses de — 15 degrés. C'est ce qui fait qu'on ne peut nullement compter sur les gelées normales pour amener la destruction de ces funestes insectes, et cela est vrai au reste pour tous les insectes nuisibles. Ou bien ils résistent à des abaissements énergiques de la température, ou bien ils savent se mettre à l'abri. C'est ainsi que les Vers blancs montrent une véritable prévoyance instinctive. Comme l'a vu M. J. Reiset, ils devancent les indications du thermomètre quand ils quittent les couches

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superficielles du sol pour exéctiter leur mouvement de migration vers les profondeurs.

Ainsi, en octobre 1866, ils commencèrent à descendre, alors que le thermomètre souterrain, enfoncé à 50 centimètres, marquait encore -j- 10 degrés, et remontèrent en février 1867, alors qu'il ne marquait que -f 7 degrés, après être descendu en janvier à -f- 2°, 8.

M. J. Reiset conseille aux agriculteurs de se préoccuper beaucoup de la température, et, par suite, de l'enfouissement correspondant des Vers blancs au moment d'entreprendre un travail agricole, et de faire auparavant pratiquer quelques fouilles d'essai, pour savoir à quelle profondeur se trouve l'insecte qui existe dans sa terré. Supposons le cultivateur préparant les terres qui devront recevoir le blé et le colza en septembre et en octobre. A cette époque, la presque totalité des Vers blancs se trouve encore à la surface ; un premier labour très-superficiel, suivi d'un hersage énergique, peut assurer dans ce cas une destruction considérable, tandis qu'un labour profond, pratiqué dans ces conditions, aurait pour résultat de renfouir tous les insectes et de les soustraire ainsi au ramassage. Au contraire, les cultures données à la terre en février et en mars, pour les céréales de printemps et les racines, ne peuvent généralement mettre à découvert les larves qui ne sont pas encore remontées assez près de la surface. Si une fouille d'essai indique un grand nombre d'insectes stationnant au-dessous du labour, on ne devra pas hésiter à reculer le travail de quelques semaines, afin d'atteindre un ennemi qui, sans cela, saurait choisir le moment propice pour attaquer une récolle confiée trop tôt à la terre. M. J. Reiset préconise le ramassage à la main; il est vrai qu'il s'effraye de la pénurie croissante des bras pour l'agriculture. Les remèdes multiples à un état de choses aussi alarmant sortent du domaine de l'Entomologie appliquée.

Nous ne pouvons passer sous silence le moyen proposé par M. É. Robert sous le nom de piège à Hannetons, mais qui ne peut rendre quelque service que dans les pays où les champs cultivés alternent avec des bois. Considérant la prédilection des Hannetons adultes pour les lieux plantés d'arbres, M. É. Robert conseille de fumer et de cultiver avec soin tout autour des forets et des pépinières une bande de terrain de quelques mètres de largeur où les femelles de la contrée viendront en foule déposer leurs œufs ; de sorte qu'un labour fait alors que les larves encore jeunes et sociales, c'est-à-dire n'ayant que quelques mois, ne sont pas encore dispersées, en fera périr une multitude. L'auteur a été conduit à imaginer cette méthode en constatant que les environs de Vincennes soulfraient beaucoup plus des Hannetons depuis qu'on avait multiplié les défrichements sur des espaces autrefois boisés. Les bois de Meudon et de Montmorency, au contraire, ont peu de Hannetons et ne nuisent pas par ce fait aux propriétés voisines; cela lient à ce que le sol argilo-siliceux de ces forêts et des terres d'alentour durcit beaucoup pendant les années sèches.

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M. Hecquet d'Orval a été tellement effrayé des ravages du Ver blanc en Picardie, qu'il n'a pas hésité à proposer, comme moyen radical de destruction, une année entière de jachère intercalée entre les assolements, et où cinq labours et de nombreux hersages amèneraient les larves à la surface du sol, où le soleil et les oiseaux en feraient prompte justice. En outre, la jachère fertilise le sol par les éléments réparateurs de l'atmosphère, les pluies à sels ammoniacaux, et les labours l'aèrent et le débarrassent des plantes parasites. On peut répondre avec raison que la perte d'une année de récolte, avec frais de main-d'œuvre, est un dommage énorme, et que les cultures de plantes sarclées et les engrais commerciaux sont préférables à la jachère pour la bonification du sol.

Aux causes naturelles ou artificielles de destruction du Hanneton, il faut ajouter l'action continue de certains animaux avides des larves, les Porcs, les Taupes, qui, malheureusement, gênent la culture par leurs amas de terre et leurs galeries , les Musaraignes, les Corneilles et les Pies, les Courtilières, les Carabes, que les jardiniers ont le grand tort de tuer. La destruction insensée des Taupes, près de Paris, a beaucoup accru le nombre des Vers blancs. Les adultes ont pour ennemis les Renards, les Fouines, les Belettes, les Blaireaux, les Hérissons, les Chauves-Souris, les Engoulevents. D'après l'examen des estomacs par Florent-Prévost, c'est l'Engoulevent qui consomme le plus de Hannetons adultes, et cet oiseau, beaucoup trop rare et que la loi devrait protéger, nous débarrasse aussi de Lépidoptères nocturnes très-nuisibles. Puis viennent les Geais, les Mésanges, les Pies, les Pies-grièches, les Étourneaux, les Perdrix et quelques Échassiers. 11 ne faut pas méconnaître les services, contre les Vers blancs, de beaucoup de petits Passereaux, Rossignols , Fauvettes , Rouges-gorges , Hirondelles, Bergeronnettes, Loriots.

Les Choucas nourrissent leur jeune couvée des Hannetons adultes qu'ils saisissent; et, au pied des vieilles tours où ils nichent, on peut voir les nombreux débris de tôtes et d'élytres. Parmi les autres oiseaux qui s'en repaissent, on doit encore citer les Moineaux, utiles au printemps seulement, et les oiseaux de basse-cour, friands aussi des larves.

L'homme est bien mal armé contre ce redoutable insecte. Beaucoup de cultivateurs font suivre les laboureurs par des femmes et des enfants qui ramassent les Vers blancs à mesure qu'ils sont à découvert dans le sillon. Dans l'été si pluvieux de 1866, où les Vers blancs dévastèrent les récoltes dans la Brie, j'ai vu jusqu'à huit femmes employées par un fermier dans un seul champ ; on peut juger de la dépense. Il est vrai que cette année fut une des plus mauvaises; des champs d'avoine et de betteraves furent retournés en certains endroits, la récolte étant entièrement perdue. On a essayé aussi, suivant une ancienne et théorique indication de Parmeatier, de faire suivre la charrue par un trou-

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peau de Dindons, très-avides de Vers blancs ; mais ces Dindons ne peuvent guère s'employer qu'assez près des fermes ; il faut un conducteur, et ces volailles sont d'élevage difficile. Ce moyen a été perfectionné par un cultivateur habile, bien connu par ses succès dans les comices agricoles, M. Giot, de Chevry-Cossigny, canton de Brie-Comte-Robert (Seine-et-Marne), réalisant ainsi l'idée de Parmentier.

Je crois utile d'entrer ici dans quelques détails sur l'emploi des poulaillers roulants de M. Giot, qui figurèrent à Paris, à l'Exposition agricole de 1860 et à TExposition universelle de 1867, et qui peuvent servir contre les larves terricoles des insectes nuisibles aux champs. J'ai étudié longuement sur place ce système dans l'exploitation de M. Giot. Les Poules sont enfermées la nuit dans une voiture divisée en compartiments pour la ponte et munie de perchoirs. Elles sont lâchées tous les matins, la porte s'abattant en pont-levis, qui leur permet d'entrer et de sortir sans fatigue. On roule la voiture de place en place, soit après la moisson pour nourrir les Poules avec les grains échappés, soit lors des labours, alors que les Vers blancs son mis à découvert, d'abord par la charrue, puis par la herse. On voit toujours un certain nombre de Poules, plus affamées que les autres, suivant immédiatement la charrue dans le dernier sillon tracé. C'est du grand matin jusqu'à midi qu'elles sont avides de ces larves; passé cette heure, elles mangent beaucoup moins, et leur usage est bien moins efficace. Les Poules sont, en outre, inégalement friandes de ces larves ; il est important que le poulailler soit assez nombreux. Les mouvements que font les Vers blancs excitent beaucoup la gloutonnerie des Poules, qui ne mangent pas aussi volontiers les animaux morts ; on peut s'en convaincre en voyant avec quelle avidité ces oiseaux se jettent sur une grenouille ou sur une souris vivante, tandis qu'elles n'y touchent que dédaigneusement si ces bètes mortes ne remuent plus. L'emploi des Poules contre les Vers blancs est très-avantageux avant la moisson, alors que les Poules ne sont pas gorgées de grains dont la digestion est lente ; les Vers blancs, au contraire, sont proraptement digérés, et les déjections de ces Poules sont peutêtre la meilleure manière d'employer les Vers blancs comme engrais. Il faut bien remarquer que les Poules se dégoûtent vite des Hannetons ou des Vers blancs qu'on leur apporte à la basse-cour et qu'on leur jette comme nourriture exclusive. Il a été reconnu, sur des Poules auxquelles on donnait à la ferme des Vers blancs comme seul aliment, qu'au bout d'une quinzaine de joxirs de ce régime , se déclarait une grande mortalité, sans doute en raison de l'état plus ou moins avarié de ces larves, et que la perte cessait en supprimant les Vers blancs ; mais il n'en est pas de même avec les poulaillers roulants : car, aux champs, les Poules, rendues, en outre, vives et robustes par le grand air, mêlent aux Vers blancs de l'herbe et des graines, et varient ainsi leur régime, condition importante d'hygiène ; de plus, les Vers blancs, qui sont daiîs un étal de bonne santé parfaite, et mangés avec

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d'autres aliments, ne Jonuont pus à la chair et aux œufs le mauvais goût qu'ils acquièrent quand les Poules se nourrissent d'insectes morts, plus ou moins putrétiés, conime cela arrive dans les départements du midi de la France, où, pendant l'éducation des Vers à soie, on nourrit les volailles uniquement avec les vers morts de maladies, les chrysalides étouffées et les papillons ayant servi au grainage.

En 1866, les deux poulaillers roulants de M. Giot t'onclionnaient depuis cinq ans, et les bons résultats constatés par divers cultivateurs avaient amené la commande de six voitures destinées à cet usage. On peut établir, pour 750 francs, une voiture pouvant contenir 300 Poules, et qu'un seul cheval peut traîner dans les terres : cette condition de légèreté est très-importante, car la place du poulailler roulant doit être fréquemment changée pour que les Poules aient une nourriture suffisante. L'achat de voitures hors de service, comme d'anciens omnibus, est une mauvaise opération, car il faut les transformer en poulaillers, et l'inconvénient capital est leur poids, qui exige un charroi dispendieux dans les terres labourées.

Tous les prétendus spécifiques contre les Vers blancs, qu'on devait mêler aux terres avec l'engrais, ont été reconnus ou insuffisants ou dangereux, comme amenant en même temps la mort des plantes. Nous ne saurions toutefois omettre le moyen indiqué par M. P. Audouin afin d'éloigner des champs les femelles en quête d'une terre meuble pour la ponte. Il faut employer la naphtaline brune, solide et volatile, odorante, extraite des huiles de goudron de houille des usines à gaz, et à trùs-bas prix. On jette par hectare ZiOO à 500 kilogrammes de naphtaline mêlée à trois fois son poids de terre sèche ou de sable, proportions que l'expérience a démontrées inoffensives pour les végétaux. Nous engageons les agriculteurs à faire de-; essais sérieux de cette substance, qui a donné de bons résultats à M. E. Pelouze contre les Attises (Coléoptères chrysoméliens).

Le mieux qu'il y aurait à faire, pour délivrer notre agriculture du lourd impôt de la dévastation des Hannetons, serait de suivre le conseil donné par l'entomologiste Duponchel, et qui diminuerait beaucoup le nombre de ces ennemis, qui se verraient, au bout d'un certain temps, confinés dans les bois : « Il n'existe, à notre avis, qu'un seul moyen qui pourrait être employé avec succès pour la destruction des Hannetons, si une loi le rendait obligatoire pour tous les propriétaires de terrains envahis par ces insectes destructeurs. Ce serait de faire en grand, pendant tout le temps de l'apparition des Hannetons, du 15 avril au 15 juin, ce que les enfants font en petit, lorsqu'ils veulent s'en procurer pour leur amusement, c'est-à-dire de secouer fortement les branches sur lesquelles les Hannetons sommeillent pendant le jour, et de recueillir tous ceux qui en tomberaient pour les faire périr n'importe par quel procédé. Ce moyen est bien simple, et la seule objectioi; qu'on puisse y faire, c'est qu'il exigerait l'emploi de beaucoup de bras dans les loca-

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lités d'une grande étendue ; mais, dans tous les cas, il serait plus efficace et moins dispendieux que tous ceux qu'on pourrait employer pour la destruction des larves : plus efficace, en ce que la mort d'une seule femelle avant la ponte empêche la naissance de trente larves au moins ; moins dispendieux, en ce que, pour atteindre celles-ci, on est obligé de bouleverser les terrains qui les recèlent, c'est-à-dire d'employer un remède pire que le mal, attendu qu'elles se tiennent de préférence dans les terrains les mieux cultivés et en plein rapport. »

Voici quelques chiffres qui donnent l'idée de l'importance de ce moyen. En 1867, à la Caisse départementale de la Seine-Inférieure, à la suite de primes de 20 francs, puis seulement de 10 francs pour 100 kilogrammes d'adultes, on a payé 80 000 francs, qui ont produit la destruction de 1 milliard 1^9 millions d'insectes, d'où seraient nées 23 milliards de larves l'année suivante. C'est à l'aube du jour, avant l'évaporation de la rosée, que les battues ont la plus grande efficacité. Il faut remarquer, pour ces battues, que les Hannetons vont toujours se poster pour dormir sur les végétaux les plus élevés des lieux où ils se trouvent, sur les haies dans les champs, sur les plus hauts arbres des lisières de bois ou des vergers. Dans l'ancien canton de Berne, chaque propriétaire était obligé à fournir un nombre de boisseaux de Hannetons proportionné à l'étendue de ses propriétés. Les riches les achetaient à de pauvres gens. Une contrebande singulière se faisait par le lac Léman ; et, de la Savoie, on transportait des sacs de Hannetons dans le pays de Vaud (G. B. Say, Économie politique, Paris, 1826, t. l, p. 282). En France, des arrêtés préfectoraux ont tenté plusieurs fois, mais en vain, de réaliser cette si utile mesure. En France, les paysans seuls, qui ne font pas les lois, ne rient pas du Hanneton, et l'esprit de facétie, compagnon de l'ignorance, fait plus de mal que tous les insectes dévastateurs. On peut citer comme exemple un spirituel préfet du roi Louis-Philippe, M. Romieu, qui, effrayé des dommages dont il était témoin, rendit un arrêté contre les Hannetons. Il devint la proie des petits journaux, et fut représenté dans le Charivari avec des élytres et des antennes.

Il faut remarquer pour les Hannetons, comme pour la Pyrale de la vigne, les Chenilles, en un mot tous les Insectes nuisibles, qu'une loi sévèrement obligatoire peut seule apporter un secours sérieux. Si un particulier isolé, à force de soins et de dépenses, est parvenu à débarrasser ses propriétés de la dévastation, bientôt les insectes qui ont ravagé les récoltes de ses voisins apathiques, trouvant des plantes fraîches pour remplacer une végétation usée par leurs atteintes, se portent de toutes parts sur les endroits sains, au point que le propriétaire intelligent, mais mal entouré, finit quelquefois par souffrir plus que tout autre.

Cependant le mal est immense, et nos législateurs s'épuisent en logomachies désastreuses ! Payen affirme, d'après des moyennes bien con-

statées, qu'en certaines années les Hannetons ont coûté à la France la somme énorme d'un milliard (Revue des deux mondes, 1868, t. lxxvi, p. 652). En Suisse, dit-il, des règlements spéciaux et bien appliqués ont à peu près fait disparaître le Hanneton, dont les dégâts étaient devenus redoutables. Qu'on regarde, par contre, chez nous, combien peu les autorités des campagnes tiennent la main à l'échenillage, exécuté en outre, le plus souvent, quand il l'est, beaucoup trop tard, et alors que les petites chenilles ont quitté leurs toiles, abri de l'hiver, on sera convaincu que la destruction des insectes malfaisants, qui font perdre au pays plusieurs centaines de millions chaque année, ne pourra être entreprise d'une manière sérieuse qu'après la promulgation d'un code rural, et surtout l'établissement d'une police rurale efficace par l'embrigadement des gardes champêtres, soustraits à l'omnipotente ignorance des maires de village et mis à l'abri des rancunes de clocher.

Il serait fort heureux que l'utilité à retirer des Hannetons pût concourir à assurer leur recherche et leur mort; mais les quelques essais tentés dans cette voie n'ont malheureusement pas eu grand succès. On dit qu'en Hongrie on a retiré des Hannetons concassés une huile bonne pour graisser les essieux des voitures, et M. Mulsant rapporte qu'on est parvenu à utiliser pour la peinture le liquide noir que renferme leur tube digestif. On peut introduire dans le fumier les Hannetons ou les Vers blancs récollés, et s'en servir comme engrais, ou obtenir un bon compost en les mêlant avec de la chaux et de la terre. D'après les analyses de M. J. Reiset, conformes à celles de Payen, 100 kilogrammes de Vers blancs à l'état naturel contiennent 1 kilogr. 337gram. d'azote, proportion qui, comparée à celle du guano, représente une valeur de 3 fr. En défalquant cette somme du prix du ramassage des larves, soit 11 fr. 80 c. par 100 kilogrammes, il reste une dépense de 8 fr. 80 c, qui peut sauver de la ruine plus d'un hectare de champ, et qui ne forme pas 2 pour 100 de la valeur de la récolle. A poids égal, les Vers blancs valent, en azote, deux fois et demie autant que le fumier de ferme; les Hannetons quatre fois, ou une fois et demie autant que la poudrette ordinaire. Les Hannetons desséchés forment un engrais de valeur analogue au guano du Pérou. 11 importe donc de tuerie plus prompfement possible les Hannetons adultes apportés dans des sacs. Si l'on cherche à les écraser sous des meules ou à les jeter dans des eaux de purin ou dans des fosses cà chaux, beaucoup s'envolent quand on ouvre les sacs ou les paniers. Quand on a à sa disposition des chaudières à eau bouillante, on y immerge les sacs : ainsi dans les sucreries de betteraves. Le meilleur moyen, quand l'eau bouillante fait défaut, est celui indiqué par M. J. Reiset. Enfermez les Hannetons en sacs dans des tonneaux, avec 0,02 de leur poids de naphtaline brute, ils sont asphyxiés en cinq heures, et même mis hors d'état de s'échapper au bout de deux heures.

Une seconde espèce de Hanneton que nous devons citer est le

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M. Htppocastani, Fabr., qui manque dans les régions méridionales de l'Europe. La tête et le corselet sont testacés et à longs poils blancs ; les pattes sont testacées ou brunâtres chez certains individus, noires chez les autres. En général, ce Hanneton est bien moins abondant que le M. vulgaris ; cependant M. E. Desmarest dit l'avoir vu plusieurs fois faire de grands ravages dans la forêt de Fontainebleau.

Près de Lyon, on l'appelle Roi péteret (petit Roi), nom qu'on donne aussi au Roitelet. Quelques personnes, et l'entomologiste Rœsel a partagé cette erreur, pensent à tort que les M. vulgaris et Hippocnstani ne forment qu'une seule espèce , avec des variétés annuelles alternes.

On a séparé des anciens Mélolonthes le genre Anoxîa, Casteln., formé avec des espèces, principalement du contour méditerranéen, n'ayant plus le pygidium prolongé en pointe, et dont les massues antennaires n'ont que cinq feuillets chez les mâles, au lieu de six à sept. On en trouve deux espèces, dans le midi de la France, de la taille du Hanneton ordinaire : A . villosa, Fabr., noir ou fauve, avec poils cendrés courts, formant trois bandes sur le corselet ; A. australis, Schonh., un peu plus allongé, plus roussâtre, n'ayant qu'une seule bande de poils sur le corselet. Les deux espèces ont les élytres parsemées de poils.

POLYPBYLIijt, Harris. (Ce genre a été détaché du genre Melolontlia d'après un petit nombre de caractères.) — Antennes analogues, à feuillets très-développés chez les niâtes ; pygidium non prolongé en pointe. Tarses munis en dessous d'une dent longue, arquée et basilaire chez les mâles, courte et submédiane chez les femelles.

Ce genre présente une particularité dans la manière dont ses téguments sont ornés. En dessous, la poitrine seule offre des poils ordinaires ; l'abdomen, les pattes, les élytres et le corselet sont couverts de poils modifiés, changés en écailles, et constituant ou des marbrures, ou des bandes, ou un revêtement uniforme. Le type du genre, et la seule espèce réellement européenne, est le M. fullo, Linn., le Foulon de Geoffroy, le plus grand des Hannetons de France.

Sa taille est double de celle du Hanneton commun ; sa couleur est d'un rouge marron clair. Le corselet offre trois bandes blanches, dont les deux latérales discontinues; les élytres sont parsemées de points et de taches blanches irrégulières, mais symétriquement répétées.

Cet insecte se plaît dans les lieux secs et sablonneux, et se trouve sur toiit le pourtour de la Méditerranée et sur quelques points du pourtour de l'Océan : il semble préférer les localités peu éloignées de la mer. Il se montre en divers points dans toute la France, et mange les feuilles des arbres, comme les Melolontha. On le trouve, en Provence, dans les montagnes du Lyonnais, sur les Cerisiers.

M. Mulsant dit qu'il est commun près de Lyon, dans le lieu appelé la

SPARMANNIA, ELAPHOGERA. h51

Mouche, où sa larve vit des racines des arbiùsseaux. C. Duméril signale sa présence à Fontainebleau et en Picardie, près de Marquenterre; il dit ne pas l'avoir trouvé dans les environs immédiats de Paris.

On y rencontre cependant des individus isolés : ainsi, au bois de Boulogne (M. Lucas, Bull. Soc. entom. de France, 1865). M. E. Blanchard a pris cette espèce en abondance dans les dunes de Dunkerque, à la fin de juillet et au commencement d'août. Le Foulon peut quelquefois causer des dommages : d'après Frisch, il dévasta en 1731 la Marche de Brandebourg. Cet insecte vole le soir en produisant un bourdonnement très-fort. En outre, et cet exemple est unique dans le groupe qui nous occupe, il fait entendre une stridulation très-aiguë par le frottement de l'abdomen contre les élytres.

Les quinze espèces du genre Polyphylla, outre l'espèce d'Europe, sont répandues en Syrie, en Arménie, en Perse, en Sibérie, et aussi dans les diverses régions de l'Amérique septentrionale.

§iP.«RMAMlVIA, Cast., ou LEONTOCHiETA, EHchs.— Antennes comme dans le genre Melolontha. Tarses à crochets robustes, arqués, ayant cliacun deux fortes dents au-dessous. Corps épais, très-velu, sauf sur les élytres, les jambes et les tarses.

Le type de ce genre, spécial à l'Afrique centrale, S. alopex, Fabr., est un grand Hanneton du Cap, très-curieux par les longs poils du corselet, qui ressemblent à une crinière de lion, d'un blanc grisâtre, avec des élytres d'un brun marron brillant, avec une large bande fauve et arquée. L'abdomen est très-volumineux et déborde les élytres de toutes parts, surtout chez les femelles.

Les derniers insectes du groupe des Hannetons sont remarquables par des caractères de dégradation des pièces buccales, et souvent de l'appareil alaire. Les mandibules sont petites, lamelliformes, trigones, obtuses au bout, sans dent molaire à leur base; le lobe externe des mâchoires est complètement atrophié, le labre est distinct et le menton petit.

Les espèces dont les habitudes ont été observées sont souterraines et crépusculaires. Il est probable que les adultes ne peuvent attaquer que les parties les plus molles des végétaux, et même on ne sait s'ils prennent de la nourriture et si leur vie ne se borne qu'à l'acte de la reproduction.

EÏ.APHOCEIIA, Gêné. — Antennes de dix articles. Tarses très-longs et grêles chez les mâles. Pattes postérieures très-robustes chez les femelles et à tarses courts.

Les mâles ont des ailes sous les élytres; les femelles n'ont que des

^58 COLÉOPTÈRES. — SCARABKIEAS.

élytres sans ailes. Ce genre, qui a près de vingt espèces, est propre au pourtour de la Méditerranée, et nous engageons les amateurs zélés à le rechercher dans l'extrême raidi de la France, où il n'a pas encore été trouvé. Ces insectes sont revêtus en dessous et sur les côtés de longs poils.

Les mâles ressemblent aux Rhizotrogues. Ils aiment les lieux sablonneux et sont nocturnes ; on les trouve en copulation sur le sol par les temps pluvieux. On peut consulter, pour ce genre curieux, la monographie de Rambur {Annales Soc. entomol. de France, 2^ série , t. I, p. 329),

P.%CHYPUS, Latr. — Antennes de huit articles, les cinq derniers formant une massue. Cuisses postérieures très-robustes ; tarses très-longs et grêles chez les mâles, courts chez les femelles. Dessous du corps hérissé de longs poils. Élytres des mâles courtes, arrondies, rétrécies.

Les Pachypes sont remarquables au plus haut degré par leurs femelles privées d'élytres et d'ailes, à forme ventrue, analogues à celles des Driles et de plusieurs espèces de Lampyres. Elles sont très-rares dans les collections, et, d'après les observations de M. Grohmann, en Sicile, se creusent au pied des Oliviers des trous qu'elles ne quittent jamais, tandis que les mâles voltigent au crépuscule, et plus rarement le matin, autour des feuilles de ces arbres^ auxquels ils se tiennent accrochés pendant le jour. Les espèces, très-voisines, sont d'un brun rougeâtre et se trouvent sur le pourtour de la Méditerranée ; elles habitent les endroits sablonneux et rocailleux.

Nous croyons devoir présenter un court historique de ce genre intéressant et dont la recherche préoccupe les amateurs. La première espèce connue, par son mâle seulement, fut découverte en Calabrc par Jules Candida, et décrite et figurée, en i787, par Vincent Petagna : c'est le P. Candidœ, Petag. Une autre espèce, P. cornutus, Oliv., de Corse, fut décrite, pour là première fois, par Olivier {Entom., t. I, 5, pi. vu, flg. 7Zi). La femelle demeura longtemps inconnue. Découverte en Corse par M. Vieux, elle fut décrite en 1835 par M. Gêné (Acad. de Turin), et à tort sous le nom de P. excavatus, qui avait été donné par Fabricius à l'espèce de Candida. Elle fut communiquée, en 1836, par Feisthamel, à la Société entomologique de France {Ann., V" sér., 1837, t. VI, p. 257, et pi. vni, fig. 14 et 15). Audouin reconnut sur la femelle, en désarticulant le corselet, des élytres rudimentaires, consistant en deux petites écailles cornées, situées à la partie postérieure du corselel {Ann. Soc. entom., loc cit., note). Le P. cornutus est assez commun en Corse, sur les collines près de Bonifacio ; on l'a trouvé à Bône, en Algérie. Il est très-rare sur la France'continentale. Selon Duponchel, le mâle y fut rencontré, pour la première fois, à Biarritz, près de Bayonne, en 1810, par M. Bardot, médecin militaire.

ANATISTA. 459

Nous figurons le P. impressus, Erichs., mâle, de Corse, de Sardaigne et d'Espagne (pi. xxix, fig. 6; 6 a, tôte vue en dessus ; 6 6, tête vue en avant). Enfin, une quatrième et dernière espèce, de Sardaigne et de Sicile, est le P. cœsus, Ericbs.

Les entomologistes modernes, afin de mettre un peu d'ordre dans la complication des genres des Scarabéiens, ont formé un groupe avec un certain nombre de genres qui se lient d'assez près aux Hannetons, ce mot pris dans ?on sens très-général, et qui avaient été auparavant confondus avec eux. On peut les nommer, d'une manière sommaire, les Rutèles, du nom d'un de leurs principaux genres. Ce sont des insectes dont les métamorphoses sont à peu près inconnues et les mœurs à peine mentionnées. La plus grande partie est d'Amérique et d'Australie ; certains genres sont cosmopolites. Leur taille est en général moyenne, et, parmi les espèces exotiques, beaucoup sont douées de vives couleurs métalliques. Les espèces d'Europe sont moins richement ornées, et en général de couleurs uniformes, verte, fauve, brunâtre, etc. Presque tous sont diurnes et se rencontrent posés sur les feuilles et les fleurs ou voltigeant autour des végétaux pendant la chaleur du jour. Voici les caractères les plus distinctifs de ce groupe. Antennes de neuf ou dix articles, la massue constamment de trois. Yeux peu divisés par des canthus incomplets et grêles. Bouche robuste, à labre distinct, non soudé au chaperon, à mandibules cornées, le plus souvent munies, au côté interne, d'une étroite et courte membrane ciliée, à mâchoires à lobe externe presque toujours denté ou caréné, à languette toujours cornée et soudée au menton, jamais membraneuse et libre. Tarses à crochets inégaux, les externes généralement fendus au bout ; un seul éperon aux jambes antérieures, comme dans le grand groupe Hanneton. Segments abdominaux presque toujours non soudés; les trois dernières paires de stigmates abdominaux divergeant fortement en dehors.

Les différences sexuelles sont du même ordre que pour le grand groupe des Hannetons, et portent sur les mêmes organes. On ne connaît pas d'espèce munie d'un appareil stridulant.

GENRES PRINCIPAUX

Aïl'ATlSTA, de Brème. (Genre de transition entre les deux groupes.) — Antennes de dix articles, à massue extrêmement grande et large chez les mâles. Chaperon très-allongé et rebordé dans ce même sexe.

Nous citons ce genre à cause de sa rareté. Il constitue, dit Lacordaire, une des plus belles découvertes entomologiques faites en Colombie. Il

/»60 GOLÉOPTi:r.ES.— scarabéiens.

est fondé sur un grand et superbe insecte pris un soir, au vol, sur le Quindiù, dans les Andes de la Colombie, par le voyageur feu Justin Goudot. Il en rapporta deux sujets mâles. La femelle, inconnue, a probablement le chaperon et les antennes moins développés. Le dessous du mâle est d'un \er[ métallique, le dessus d'un brun rougeâtre brillant, avec des reflets verts ; les élytres ponctuées, rugueuses, irrégulièrement striées, et la poitrine recouverte de fins poils roux. L'yl. Lafertei, de Brème, fut publié en iShk dans les Annales de la Société entomologique de France (IX, 306, fig. 1).

AIVISOPlvlA, Aud. Serville. — Chaperon acuminé en avant et retroussé en saillie verticale. Élytres oblongues, subparallèles, peu convexeSj sillonnées, munies d'une bordure membraneuse; tarses à deux crochets très-inégaux.

Les Anisoplies, au nombre d'une trentaine d'espèces, sont de taille moyenne, à corps oblong, finement velu, sauf souvent en dessus, et se trouvent sur les fleurs, surtout des Ombellifères et des Graminées [A. Tritici, Kiesen., segetum, Herbet., bromicola, Germ., farraria, Erichs., etc.). Elles habitent surtout l'Europe méridionale et orientale, et l'Asie occidentale, et manquent en Amérique.

Les espèces les plus communes dans le centre de la France sont A. agricola, Fabr., de 8 à 10 millimètres, d'un noir bronzé, avec poils blanchâtres, à élytres rousses, bordées et tachées de noir; A. arvicola, Fabr., d'un noir moins bronzé et à élytres plus rouges; enfin une espèce analogue, mais plus grande, atteignant là millimètres, A. tempestiva, Erichs., du midi de la France, avec une variété en Angleterre. Nous figurons une espèce qui appartenait aux Anisoplia, et est actuellement d'un genre voisin, le Gnatholobis suluralis, Cast., du Sénégal (pi. xxvii, fig. 3), à milieu de la tête et du corselet verts et les bords jaunes, élytres jaunes, striées, avec bord et suture d'un vert foncé, et pattes fauves.

PHYM^OPERTHA, Stephens. — Chaperon non acuminé, ni retroussé. Corps très-peu convexe; antennes de neuf articles. Même aspect que le genre précédent ; crochets des tarses médiocrement inégaux.

Les deux espèces les plus communes se trouvent souvent sur les fleurs. Ce sont le P. horticola, Linn., de toute l'Europe et du Caucase, qui 'occasionne souvent de grands dégâts, surtout dans les jardins. Il est long de 8 à 10 millimètres. La tête et le corselet sont d'un bleu ou d'un vert métallique, avec poils allongés, les élytres d'un rouge-brique ou fauves-jaunâtres ou fauves livides, luisantes, sans taches, le corps d'un vert noirâtre bronzé. C'est le fetit Hanneton à corselet vert de Geoffroy, nommé encore Hanneton de la Saint-Jean, Hanneton des jardins,e{c., dévorant les feuilles des arbres fruitiers et de diverses sortes,

ANOMALA. ^61

parfois les tleurs, sa larve mangeant les racines des chou\ , des pins, etc. Le P. campestris, Latr., du midi de la France, plus grand et plus large, à élytres d'un fauve brillant, tachées et bordées de noir. Les Phylloperlha ont une distribution plus étendue que les Anisoplia, avec moins d'espèces, une quinzaine. Outre l'Europe centrale et le pourtour méditerranéen, on en trouve en Chine, au Japon, en Sibérie, au Mozambique, au Cap, et enfin au Mexique.

AilfOMAïiA, Samouelle. — Antennes de neuf articles, à massue feuilletée de trois. Élytres avec une fine bordure membraneuse occupant le sommet et la majeure partie du bord latéral. Corps notablement convexe. Tarses à crochets variables.

Les mâles des Anomala ont la massue antennaire plus longue, le crochet interne de leurs tarses antérieurs dilaté et plus robuste ; ils sont parfois autrement colorés : par exemple chez VA. aurata, Fabr., de Carniole, d'Italie, de Hongrie.

Les Anomala sont des Coléoptères luisants, plus ou moins verts ou bleuâtres, voltigeant pendant le jour autour des arbrisseaux, dont ils dévorent les feuilles. Ils peuvent devenir nuisibles par leur multiplication. C'est ce qui arrive surtout pour une espèce très-commune, VA. œnea, de Geer, ou Frischi, Fabr., de l'Europe, de l'Afrique du Nord et du Caucase, de 12 à lu millimètres, d'un vert foncé ou cuivreux en dessous, à élytres vertes, bleues ou testacées, très-variables, abondant dans les sautées et au bord des ruisseaux. Nous citerons encore VA. Vitis, Fabr., d'Europe et d'Algérie, d'un beau vert métallique bordé de jaunâtre, avec les élytres profondément sillonnées, espèce distincte ou seulement variété de la précédente, causant quelquefois d'assez grands ravages dans les vignes du midi de la France, dont elle dévore au printemps les jeunes feuilles. Nous représentons une grande espèce exotique du genre, VA. viridis, Fabr., de la Chine et du continent indien (pi. xxvii, fig. h;hb, antenne ;Zic, labre; lif, mandibule; lia, mâchoire et palpe ; h d, lèvre inférieure et palpes ; Ix e, tarse antérieur).

M. Perroud a signalé {Ann. Soc. entom., 1852, Bull., p. 70) des mœurs spéciales et analogues à celles des Rhizotrogues terricoles, chez VA. devota, Rossi, de la France méridionale, de l'Espagne et de l'Italie. Cette espèce vit cachée dans le sable, et les mâles sortent vers quatre heures du soir pour rechercher les femelles, qui se montrent une heure plus tard, et restent sur le sol ou se posent sur les tiges des Graminées, autour desquelles volent les mâles. Jacquelin du Val confirme ce mode de vivre pour plusieurs espèces. Il y a des espèces d'Aanomala qui ressemblent parla taille, la forme, la couleur testacôe ou brunâtre, à des Rhizotrogus qui seraient presque sans poils.

Le genre Anomala compte 250 espèces de toutes les régions des deux continents, surtout de l'ancien, et manque en Australie.

POPliiLiA, Aud. Serville. — Antennes de neuf articles, avec massue assez forte, presque pareille dans les deux sexes. Épimères du mésotliorax ascendants, c'est-à-dire remontant en avant du bord antérieur des élytres en s'appUquant contre lui, mais sans s'épaissir ni devenir visibles de dessus, comme lorsqu'ils forment la pièce axillaire des (Cétoines vraies. Tarses à crochets peu inégaux en longueur. Élytres à bordure membraneuse externe.

Les Popillies sont au plus de moyenne taille et comptent plus de 60 espèces, non sans ressemblance avec les Trichies^ ayant des couleurs variées, souvent métalliques, glabres en dessus, poilus en dessous, avec des élytres striées. Elles appartiennent aux régions chaudes de l'Afrique et de l'Asie, au continent indien et à aes archipels. — Ex. : P. nitidicollis, Gory, du Népaul. — PL xxvii, fig. 2 ; 2a, crochets du tarse antérieur ; 2 b, crochets du tarse postérieur ; 2 c, dessous du corps montrant la saillie du mésosternum. — Ce riche insecte, à élytres d'un marron cuivreux et à corselet, tète et écusson d'un rouge cuivreux, paraît n'être qu'une des variétés du P. cupricollis, Hope, du continent indien.

PttOPOMACRU^, Newm.

Genre de place incertaine établi sur une seule, espèce qui se range parmi les insectes les plus rares qui existent dans les collections, le P. bimucronatus, PalL, à tête et corselet noirs, le reste d'un brun marron foncé. 11 est de grande taille et très-curieux par les pattes antérieures du mâle, qui sont au moins aussi longues que le corps, tandis qu'elles sont longues seulement comme au moins la moitié du corps dans la femelle. Ce Scarabéien a été trouvé trois ou quatre fois dans les vieux troncs de Chêne aux environs de Constanlinople et dans l'Asie Mineure.

A côté se place le genre Euchirus, Kirby, fondé pour trois espèces de rindo-Chine, des Philippines, de Java et d'Amboine.

LAdiOCDii^Ë, Hoffm. — Antennes de dix articles, à massue oblongue. Élytres sans bordure membraneuse externe ; épimères du mésothorax non ou à peine ascendants ; crochets des tarses peu inégaux.

'Les Lagochiles sont des Coléoptères- de l'Amérique tropicale du Sud, parés de brillantes couleurs, souvent métalliques. — Ex.: L. bipunctata, Mac Leay ou brurmea, Aud. Serv. et Perty, du Brésil. — PI. xxix, fig. 4; U a, tête en dessus ; àb, lèvre inférieure; U c, labre ; U d, mâchoire et palpe ; Ixe, f, mandibule des deux côtés ; U g, antenne; Ix h, jambe antérieure et tarse ; k *, tarse postérieur.

ANTICHIRA, RUTELA, PELIDNOTA. 46â

AMTICHIRA, Eschscholtz. — Antennes de dix articles. Écusson énorme, en triangle rectiligne, de la longueur au moins du quart, souvent de la moitié et plus des élytres.

Les Antichires voltigent dans les bois des régions chaudes de l'Amérique, autour des arbres en fleur, et se posent sur leurs feuilles. — Ex. : A. splendida, Fabr., de la Guyane et du Brésil. — PI. xxix, fig. 3 ; 3 a, corps en dessous, montrant la saillie mésosternale.

CHEMIDA., Kirby. — Antennes de dix articles. Chaperon acuminé, terminé par deux dents retroussées. Épimères du mésothorax ascendants et visibles entre les élytres et les angles postérieurs du corselet, formant une pièce axillaire, comme chez les Cétoines.

Ex. : C. retusa, Fabr., de la Guadeloupe et de la Guyane (pi. xxix,

fig. 5). Une seconde espèce du Brésil.

RUTEliA, Latr. — Chaperon étroit triangulaire. Antennes de dix articles avec deux courtes dents obtuses. Tarses à crochets subégaux, entiers dans les deux

Les Rutèles sont de brillants Coléoptères, ne comptant même pas dix espèces, ornés de couleurs riches et variées, de taille moyenne, de forme courte et robuste, peu convexes en dessus. On les trouve surtout sur les fleurs et aussi sur les feuilles, aux Antilles et dans l'Amérique du Sud (régions chaudes).

l'KLIDliOT.%, Mac Leay. — Chaperon confondu avec le front, le plus souvent arrondi. Antennes de dix articles. Tarses à crochets faiblement inégaux, entiers.

Les Pélidnotes, autrefois confondues avec les Rutèles, de taille moyenne et grande, vivent sur les feuilles et les fleurs. Une seule espèce se trouve aux États-Unis, le P. punctata, Linn., ou lutea, Oliv., et est commune au point d'occasionner des dégâts sérieux en certaines années, en dévorant les feuilles des Vignes cultivées ou sauvages. Les autres espèces, enrichies de splendides couleurs, souvent métalliques, sont de TAmérique du Sud, centrale et méridionale, et du Mexique.

Ex. : P. nitidissima, G.-Mén., ou cyanitarsis, Gory, Cast., du Brésil intérieur.— PI. xxix, lig. 2 ; 2 a, labre vu en dessus; 2 b, id. en dessous; 2 c, lèvre inférieure et palpes; 2 d, mandibule vue de tranchant; 2 e, id. à plat ; 2 /", mâchoire et palpe. Elle est du plus riche vert cuivreuxi

464 COLÉOPTÈKES. — SCAKABÉIENS.

CHRYN01*I10K.%, Aud. Serville. — Chaperon arrondi aux angles, un peu sinué en avant. Antennes de dix articles. Tarses à crochets entiers et médiocrement inégaux dans les deux sexes.

Le genre est fondé sur une magnifique et unique espèce, le C. chrij sochlora, Latr., d'un vert doré en dessus, à reflets cuivreux en dessous, avec les tarses bleus. Les élytres sont criblées d'excavations confluentes qui les rendent très-rugueuses. Les pattes postérieures des mâles, par la grosseur des cuisses et les jambes un peu arquées, semblent propres au saut.

Nous figurons le mâle de ce splendide Coléoptôre, pi. xxix, dejx, fig. 1, dessus et dessous ; 1 a, lèvre inférieure et palpes ; 1 b, mâchoire et palpe; 1 c, labre et mandibule ; 1 d, antenne ; 1 e, tête vue en dessus.

On ne connut pendant longtemps, en P>ance, que deux ou trois individus de cette espèce, rapportés par l'illustre de Humboldt, de Loxa, dans le haut Pérou ; ensuite, elle fut retrouvée en Colombie par un voyageur français, M. Lebas, qui envoya une douzaine de beaux exemplaires. On l'a reçue depuis de ce dernier pays, de manière à la rendre assez commune dans les collections.

HOProuiVATHU^, Mac Leay. — Chaperon plus ou moins prolongé en avant, fortement rebordé de toutes parts. Antennes de dix articles. Élytres très-convexes, oblongues ou subovales. Tarses à crochets très-inégaux, entiers.

Ce genre est fondé sur deux espèces du Brésil.— Ex. : H. Kirhyi, Mac Leay, pi. xxviii, fig. 10 ; 10 a, mâchoire et palpe ; 10 6, labre. Bel insecte d'un vert bronzé, chatoyant en rouge en dessus, d'un testacé clair, à reflets verts en dessous.

AIMOPL.OCi;ilATBUiS, Mae Leay. — Chaperon à bord antérieur prolongé et relevé chez les mâles, arrondi ou tronqué chez les femelles. Antennes de dix articles. Tarses à crochets très-inégaux et entiers. Corps presque toujours glabre en dessus, souvent métallique.

Les Anoplognathes, au nombre d'une vingtaine d'espèces, sont exclusifs à l'Australie et se nourrissent des feuilles des Eucalyptes (Myrtacées). Velus en dessous, ils sont en dessus ornés de riches couleurs à reflets, et de grande taille. Certaines espèces sont très-communes. Le type de ce beau genre est 1'^. viridi-œneus, Donov., ou Lalreillei, Gyllenh., long d'environ Zi5 millimètres, remarquable par ses fortes cuisses postérieures et sa couleur d'un vert métallique à reflets dorés et d'un rouge de feu.— PI. xxvm, fig. 2, labre et lèvre inférieure ; 2 6, mâchoire et palpe ; 2 c, crochets du tarse antérieur.

AMBLYTËRUS, LEUCOTHYREUS, GENIATES. Û65

AMBLiVrERUS^ Mac Leay.^Chaperon demi-circulaire, peu rebordé. Antennes de dix articles. Élytres oblongues, parallèles, convexes, à bordure membraneuse.

Ce genre est fondé sur une seule espèce australienne, de taille moyenne, à longs poils en dessous et sur le pygidium, glabre en dessus, brune à reflets métalliques, avec des points en séries sur les élytres : c'est 1^4. cicalricosus, Gyllenh., ou geminatus, Mac Leay. — PI. xxix, fig. 7, mâle ; 7 a, mâchoire et palpe ; 7 b, extrémité du lobe externe très-grossi ; 7 c, lèvre inférieure et palpe ; 7 d, antenne ; 7 e, tarse postérieur.

LEIICOTHVREI'S, Mac Leay. — Antennes de dix ou rarement de neuf articles. Élytres oblongues, élargies en arrière, munies d'une bordure membraneuse externe. Tarses à quatre premiers articles dilatés dans les deux sexes, surtout chez les mâles.

Les espèces de ce genre, au nombre de 50, sont des parties chaudes de l'Amérique du Sud, des Antilles et une de Taïti.

Ex : L. flavipes, Eschscholtz, du Brésil, pi. xxviii, fig. 1 ; la, antenne; 1 6, tète vue en dessus ; 1 c, mâchoire et palpe ; 1 d, jambe et tars antérieurs. La tête et le corselet sont ponctués, d'un brun verdâtre à reflets rouges, et les pattes de même couleur, les élytres jaunes, avec la marge et la suture finement bordées de vert foncé.

GEil'lATES, Kirby. — Chaperon semi-circulaire, rebordé. Antennes de neuf articles (rarement de dix). Élytres avec bordure membraneuse externe. Crochets externes fortement fendus à tous les tarses.

Les insectes de ce genre, dénués de couleurs métalliques, presque tous de l'Amérique du Sud, surtout du Brésil, qui en renferme plus de vingt espèces, sont en entier d'un testacé ou d'un brun rougeâtre uniforme, ou mélangés de ces deux couleurs ou d'une et de noir. Ex : G. barbatus, Kirby. — PI. xxviii, fig. 3, mâle; 3 a, antenne; 3 6, mâchoire et palpe ; 3 c, lèvre inférieure et palpes ; 3 d, tarse antérieur. Il y a une espèce de Montevideo et une d'Australie.

Le troisième grand groupe des Scarabéiens, qu'on peut désigner sous le nom de Scarabées proprement dits, contient les espèces de la tribu les plus grandes et les plus massives, et même, à la seule exception des Goliaths du groupe suivant, les plus gros insectes connus. La difficulté du retour du sang au cœur, qui ne se fait que par la capillarité entre les organes accolés et non par des vaisseaux propres, empêche la taille

des insectes d'acquérir les proportions considérables des crustacés. L'abdomen a pris de fortes dimensions, comparé aux régions antérieures. Les couleurs sont rarement métalliques, mais d'une livrée uniforme, variant du noir au fauve. Les différences des sexes sont en général prononcées, et outre les mêmes organes que dans les deux grands groupes de la seconde section qui précèdent, portent surtout sur les armures variées de la tète et du corselet. Il existe très-communément des organes de stridulation, fort rares au contraire dans les autres groupes des Scarabéiens. En général, ils consistent en rides transversales ou flexueuses, quelquefois en rugosités situées sur le pygidium, et sur lesquelles frotte le bord postérieur des élytres pendant les mouvements de l'abdomen. Ce bord est glabre quand il y a stridulation, et au contraire babituellement muni d'une frange de poiis cuurts et égaux lorsque les organes de la stridulation n'existent pas, car cette frange gênerait la friction des élylres. Exceptionnellement (genres Phileurus, Ligyrus), la position des organes stridulants se renverse, et ils sont à la face interne des élytres.

La grande majorité des Scarabées adultes est crépusculaire; certains sont diurnes et vivent sur les fleurs (genres Agaocephala, Cyclocephala). Leur vol est très-lourd, et s'opère les élytres soulevées, mais non écartées complètement. Les larves, à mâchoires à un seul lobe, sont intermédiaires entre celles des Hannetons et des Cétoines ; comme les premières, elles ont un sac sus-anal et des sillons transverses bien marqués, et, comme les secondes, une forme plus courte, des mandibules dentées et munies en dehors de stries transversales, une tête plus étroite que le tronc. En outre des petites épines servant à la progression dont elles sont munies, comme toutes les larves de Scarabéiens, elles sont plus ou moins velues. On ne connaît, au reste, d'une manière complète et précise, que celle de VOryctes nasicornis, Linn., si commune dans la tannée des couches des jardins maraîchers. Ces larves vivent plusieurs années et se transforment en nymphes dans une coque de débris agglutinés par une bave spéciale ; jeunes, elles se contentent de végétaux décomposés dans le terreau et l'humus, mais plus âgées, certaines peuvent s'attaquer aux racines et causer des dégâts, surtout en raison de leur grosseur.

Le chaperon des adultes est le plus souvent acuminé; le menton, auquel la languette cornée est toujours soudée, tantôt acuminé, tantôt 'tronqué ; le lobe interne des mâchoires est toujours atrophié, et l'externe variable, en général robuste et denté. Les mandibules, débordant en général le chaperon, sont cornées et munies à l'intérieur, avant leur dent molaire, d'une courte frange de poils. Le labre est important à considérer, car il est toujours plus ou moins coriace ou membraneux et caché sous le chaperon, tandis' qu'il est toujours visible dans le groupe des Rulèles. Les tarses ont les quatre premiers articles renflés à l'extrémité et non cylindroïdes, comme chez la très-majeure partie

HEXODON, CYCLOGEPHALA. 467

des Rutèles ; leurs crochets sont simples et égaux, au moins chez les femelles. Il y a certaines difficultés à distinguer les Scarabées des Rutèles, avec lesquelles il y a de nombreux et insensibles passages ; en vertu des affinités naturelles toujours multiples, il y a aussi un passage aux Hannetons par le genre Pachypus. Les antennes sont presque toujours de dix articles, le premier long et renflé, les suivants variables; la massue de trois, en général pareille dans les deux sexes. L'écusson est constant, médiocre, en triangle curviligne. Les trois dernières paires de stigmates abdominaux divergent fortement en dehors; les hanches antérieures sont transversales, enfouies dans leurs cavités cotyloïdes, et les intermédiaires subcontinues.

Notre groupe des Scarabées vrais correspond aux Xylophiles de Latreille, moins les Rutèles qu'il y joignait ; ce n'est autre chose qu'un nom plus simple et plus vulgaire donné aux Dynastides de Mac Leay, Erichson, Lacordaire.

M. Burmeister a conservé le nom donné par Latreille.

HEYonoiV, Oliv. — Tête et corselet inermes dans les deux sexes. Élyires ovales^ débordant le corps, rebordées. Tarses grêles, épineux, à crochets petits ; pas d^organes de stridulation.

Ce genre, tout à fait anormal par son aspect, qui l'éloigné des autres Scarabées, est composé de deux espèces de Madagascar, et une de l'île de France, d'assez grande taille, noires en dessous, brunâtres ou grisâtres et chagrinées en dessus, avec des côtes ou un réseau saillant irrégulier sur les élytres. Elles ne vivent pas sur les arbres, comme le pensait Olivier ; mais, ainsi que l'a reconnu un oflicier de marine, M. Luczot, se trouvent enfouies dans le sable de la plage, qu'il faut fouiller pour s'en emparer, sans qu'il ait pu les voir ni voler, ni courir à terre. — Ex. : H. reticulatus, Oliv. — PI. xxx, fig. 6; 6 a, mâchoire et palpe ; 6 6, mandibule ; 6 c, lèvre inférieure et palpes.

Circi.oei:PHAl>A, Latr. — Genre de résidu, comprenant beaucoup d'espèces encore inédites, et auquel M. Lacordaire déclare ne pouvoir assigner que des caractères négatifs, comparativement aux genres voisins du groupe général des Cyclocéphalites. — Tête et corselet inermes dans les deux sexes : antennes de dix articles. Corps oblong; pas d'organes stridulants.

C'est surtout à l'aspect qu'on reconnaît ces insectes peu caractérisés, au nombre de près de cent espèces, répandus des États-Unis au Chili, et abondants surtout dans les régions intertropicales de l'Amérique du Sud. Un petit nombre otfre la couleur noire uniforme; la plupart ont un fond fauve brillant, testacé ou rougeâtre, avec des macules noires

Zj68 GOLÉOPTÈRliS. — SCAKABÉIEWb.

OU brunes.— Ex. : C. frontalis, Chevr., de Cuba (pi. xxx, tig. 7), jaunâtre, à tête et corselet ponctués, la première ayant sur le front une tache cintrée et noire, les élytres avec des stries ponctuées, rextrémité des cuisses, des jambes et les trois dents extérieures des jambes de devant noires.

DYSCIilîETUS, Harold, ou Chalepus, Mac Leay. — Tête et corselet inermes dans les deux sexes ; antennes de dix articles. Tarses antérieurs épais chez les mâles ; les autres grêles.

Ces insectes, des régions chaudes, surtout de l'Amérique du Sud, sont américains, de forme assez courte, noirs, ponctués en dessus, à élytres plus ou moins striées. — Ex.: D. dubius, Oliv., ou geminalus, Fabr. (pi. xxx, fig. 8; détails : 8a, 8 6, mâchoires ; 8c, tète en dessus; 8f/, lèvre inférieure et palpes ; 8 e, jambe et tarse antérieurs). De la Guyane et du Brésil. C'est un Coléoptère noir et glabre, à corselet ponctué, ainsi que les élytres, celles ci étant en outre marquées de stries géminées ; la tête est lisse et noire.

PEUTODOnr, Hope. — Tête portant un ou deux tubercules, semblable dans les deux sexes; mâchoires à lobe externe robuste, muni de cinq dents aiguës. Organes de stridulation couvrant le milieu du propygidium sous forme de rides ; de petits points transverses, visibles à l'œil nu, parfois disposés en deux larges rangées.

Nous citons ce genre parce qu^il est représenté dans la France méridionale par des Coléoptères courts, épais, glabres en dessus, villeux sur la poitrine, d'un noir brunâtre assez brillant, à élytres fortement ponctuées par rangées gemellées.

Il serait intéressant de rechercher le genre de vie et les métamorphoses encore inconnues de ces insectes.

Les espèces d'Europe ont les crochets des tarses antérieurs simples et égaux dans les deux sexes. On rencontre, dans le midi de la France, le P. punctatus, Villers, de 20 millimètres environ, d'un noir luisant, à tête bituberculée, et le P. moiiodon, Fabr. Ces insectes errent le long des chemins; parfois se trouvent sous les bouses ou volent au crépuscule. Il y a une vingtaine d'espèces de l'Europe méridionale et orientale, d'Algérie, d'Afrique propre, de Mongolie, et une d'Australie.

CAl.E.ICilEMIS, Cast. — Tête inerme; antennes de huit articles. Élytres et ailes dans les deux sexes. Pattes postérieures très-fortes, à grosses cuisses ovales, à jambe* très-évasées au bout ; pas d'organes de stridulation. Corps oblong.

- Ce genre est fondé sur une seule espèce, le C. Latreillei, Cast., propre au littoral méditerranéen, de moyenne taille, d'un jaune testacé, avec

PHYLLOGNATHUS. 469

le corselet et la suture des élytres rougeâtres, le dessous du corps revôfu de poils roux. Elle fut découverte en Italie, puis retrouvée en Espagne, en Algérie et dans les parties les plus méridionales de la France, près de Fréjus, etc. Cette espèce est îrès-rare partout et vole au crépuscule. Elle a quelques affinités avec les Pachypus, par ses pattes robustes et sa bouche. La larve, découverte aux environs d'Alger, a été étudiée par M. le docteur Laboulbône (1). Elle vit sous le sable du littoral, là où il contient des détritus de bois charriés par les rivières débordées et enfouis. Elle se plaît à ronger, à environ ■30 centimètres sous le sol, ces débris ligneux humides, et de loin en loin recouverts par les eaux de la mer; on en trouve souvent quatre ou cinq après un fragment. Sur la fin de mars et au commencement d'avril, l'insecte parfait, mêlé à ces larves rongeuses, se trouve assez près de la surface du sol et généralement accouplé. Les larves sont d'un blanc jaunâtre, fortement recourbées en arc, très-convexes en dessus, presque planes en dessous, à douze segments, non compris la tête et le mamelon anal très-développé ; leurs antennes sont fortement coudées pendant la vie. Elles ont des mouvements lents, et se tiennent sur le flanc quand on les tire du sable ; posées sur une table, elles relèvent lentement la tête et la partie supérieure du corps, mais elles retombent bientôt dans le décubitus latéraL Au reste, ce sont là les mouvements habituels des larves de Scarabéiens.

PHYl,l,OGIVATHUN, Eschscholtz. — Chaperon portant une corne chez les mâles, tubercule ou simple chez les femelles; antennes de dix articles. Corselet des mâles diversement excavé en dessus, celui des femelles simple ou bituberculé. Point d'organes stridulants, ce qui est le caractère distinctif le plus saillant d'avec le genre Oryctes.

Les espèces du genre, tel qu'il est réduit maintenant, au nombre de cinq, sont des Indes, du Cap, de Sénégambie, et le type, le P. Silcnus, Fabr., de tout le pourtour de la Méditerranée. On le trouve dans les montagnes du Lyonnais. Il vole le soir, le long des chemins, autour des fumiers, etc. Il est d'un brun marron clair, à élytres finement pointillées, à corselet très-excavé en avant, de taille moitié moindre que VOryctes nasicornis, Linn., et d'une couleur pareille, mais moins foncée. Nous figurons le P. abderus, Sturm, à corselet très-convexe en arrière, et muni d'une saillie horizontale et bifide, très-commun aux environs de Montevideo et de Buenos-Ayres^ et aussi du Brésil (pi. xxx, fig. 3, mâle; 3 o, son profil). Il forme actuellement le genre Diloboderus, Reiche.

(1) Ânn. Soc. entom. de France, li^ série, 1861, t. I, p. 607, et pi. 16, fig. 5.

ORVCTES, lUig. — Tête munie d'une corne simple et arquée chez les mâles, sans corne et tuberculée chez les femelles. Corselet des mâles à vaste excavation, impressionné ou entier chez les femelles. Organes de stridulation occupant toute la partie médiane du propygidium.

L'espèce type de ce genre est VO. nasicornis, Linn., de toute l'Europe, du Caucase, le Moine de Geoffroy, nommé vulgairement Rhinocéros, Licorne, volant le soir, en juin et juillet, dans les jardins des environs de Paris. C'est un gros Coléoptère d'un brun marron, à corselet tronqué en avant, avec une éminence tridentée, moins marquée chez la femelle, une corne recourbée sur la tête du mâle seulement, les élytres lisses et polies, avec une seule strie près de la suture. Il y en a des variétés de petite taille, car celle-ci varie de 27 à 36 millimètres, et à petite corne. J'ai trouvé abondamment les sujets de petite taille à Compiègne, dans le parc, en 1871.

La larve de cette espèce, blanchâtre, plus grosse que celle du Hanneton, à pattes plus courtes, vit, à l'état de nature, dans de vieux troncs pourris ou dans des bois très-décoraposés. Au bout de trois à quatre ans, elle se change, en avril et mai, dans une coque agglutinée, en une nymphe d'un jaunâtre pâle et sale, avec les caractères sexuels bien apparents, et d'où sort l'adulte au bout d'un mois à six semaines. C'est l'homme qui, au moins dans le Nord, a singulièrement multiplié cette espèce, en lui fournissant, dans la tannée du terreau des couches des jardins et des serres, les écorces de chêne très-divisées. La femelle pond dans le terreau des œufs blanchâtres, de la grosseur d'un grain de chènevis, qui éclosent au bout de quarante jours. Les jeunes larves sont d'abord inoffensives en ce qu'elles ne vivent que de détritus; mais plus tard elles s'attaquent aux racines et même aux parties ligneuses et peuvent nuire à des arbres précieux, ainsi dans le midi de la France à l'Olivier; aussi l'horticulteur doit tueries individus qu'il rencontre, larves ou adultes. Les Musaraignes et quelques insectes carnassiers détruisent ces larves, et, dans le Midi, un gros Hyménoptère, le Scolia hortorum, Fabr., leur fait la guerre. Signalons encore VO. Grypus, Illig., plus grand, tout à fait lisse, du pourtour de la Méditerranée, et une espèce de grande taille, de l'île de France, l'O. Tarandus, Oliv. (pi. xxx, 6g. 1 ; 1 a, mandibule ; 1 b, mâchoire et palpe). Les larves de l'O. Simiar, Coquerel, font à Madagascar de grands ravages dans les plantations de Cocotiers. Elles se trouvent par milliers dans les troncs vermoulus qui couvrent la terre ; à l'aide de leurs fortes mandibules, elles les percent en tous sens et les convertissent en terreau, et, comme par l'incurie et la paresse des Malgaches et môme, des colons, les arbres attaqués ne sont pas enlevés, les insectes adultes vont pondre sur les arbres sains et propagent le mal de plus en plus. Deux espèces de Scolia s'attaquent à ces larves. A l'île Bourbon ou de la Réunion, M. Coquerel a reconnu

SCARAlî^US, XYLOTRUPES. 471

que les Oryctes insularis. Coq., et Tarandus font les mrmes ravages que VO. Siraiar à Madagascar. F-es femelles pondent leurs œufs le soir dans le bourgeon terminal du Cocotier, et les petites larves descendent dans le chou du sommet, puis dans le bois; les immenses feuilles sortent entamées, ce qui dénote les arbres attaqués. Le genre Oryctes exisie surtout dans l'ancien continent, en Europe, en Afrique, aux îles Canaries, aux Indes, à Madagascar, à Sumatra. On le rencontre aussi à la Nouvelle- Hollande et aux îles Gallapagos.

SCARAB^US, Linn. , ou Dynastes, Kirby. — Vertex armé chez les mâles d'une corne généralement très-grande, arquée et plus ou moins dentée, unitube roulé chez les femelles. Corselet muni chez les mâles d'une corne horizontale plus ou moins longue et velue en dessous, chez les femelles inerme. Élytres toujours lisses chez les mâles, tantôt rugueuses, tantôt lisses chez les femelles.

Les quatre espèces de ce beau genre sont de grands et remarquables Coléoptères, dont le plus connu, figurant fréquemment dans les cadres d'insectes pour ornement, est le S. Hercules, Linn.. de Colombie, des Antilles, de la Guyane, commun à la Martinique et surtout à la Guadeloupe, descendant au sud jusqu'aux environs de Rio-Janeiro, où il est très-rare, avec ses variétés Perseus, Oliv., et Alcides, Fabr. Le mâle est d'un beau noir d'ébène, ayant les élytres et une partie du corselet d'un gris verdâtre olivacé, comme vernissé, avec taches noires. Le corselet se prolonge en une corne presque aussi longue que le corps, recourbée à l'extrémité et un peu bifide ; la tète offre également une longue corne relevée, bidentée à la base et unidentée à l'extrémité. La femelle a les élytres rugueuses brunes, un peu vernissées de verdStre en arrière. Les autres espèces en comprennent deux de coloration analogue, mais à femelles à élytres lisses, les S. Hyllus, Chevr., du Mexique, et Tityus, Linn., des États-Unis du Sud, et une dernière à coloration noire uniforme, le S. Neptunus, Quensel, avec la variété Jupiter, Buquet, de la Colombie. On est loin de connaître suftisamment les mœurs de ces superbes insectes; on sait seulement qu'on les rencontre dans les troncs d'arbres décomposés où leurs larves ont vécu. D'après Lherminier, le S. Hercules recherche la sève qui coule des arbres meurtris ou abattus ; il aurait, comme certains Longicornes, la singulière habitude de couper de jeunes pousses, et même de petites branches, en les saisissant entre la corne de sa tète et celle du corselet, puis prenant son vol circulairement. Le S. Tityus a été trouvé dans un tronc de Cerisier abattu par le vent.

XYliOTRlPES, Hope. — Front muni chez les mâles d'une grande corne redressée, arquée et comprimée, bituberculé chez les femelles ; antennes de dix articles. Corselet des mâles surmonté en arrière d'une grande corne arquée,

hT2 COLÉOPTÈRES. — SCAIÎABÉIENS.

dirigée en avant et munie à sa base de deux petites cornes antérieures ; celui des femelles simples.

Ce genre appartient à la Chine, à Ceylan, aux îles de la Sonde et Philippines. — Ex. : H. Gideon, Linn., de Java, pi. xxx, fig. U, sa tête en dessous ; h a, mandibule ; U b, mâchoire et palpe ; li c, antenne. — Neuf espèces.

]tiEGA§lOiii.%, Kirby, ou Megalosoma, Burm. — Front muni chez les mâles d'une corne robuste, redressée, fourchue au bout, souvent dentée à sa base, celui des femelles unituberculé. Corselet ayant chez les mâles deux cornes latérales et souvent une troisième médiane, toutes antérieures, rugueux chez les femelles.

Les espèces de ce genre américain sont de tous les Coléoptères, sauf es Goliaths, les plus volumineuses et les plus massives, par le développement considérable de l'arrière-tronc. Il en est à corps glabre, les M. Actœon, Linn., de la Guyane, et Mars, Reiche, de Colombie, d'autres revêtues en entier d'une fine pubescence fauve, couchée, assez caduque, les M. elephas, Fabr., du Guatemala, Typhon, Fabr., du Brésil, Hector, Gory, du Brésil. — Huit espèces.

AGAOrEPHytl..^, Aud. Serville. — Tête munie chez les mâles, au-dessus des yeux, de deux cornes trigones et courtes, inerme chez les femelles. Corselet tantôt cornu, tantôt simple chez les mâles, toujours simple chez les femelles.

Les Agaocéphales sont des Coléoptères du Brésil intérieur et de la Guyane, au nombre actuel de sept espèces, à cornes bien moins fortes que dans les genres précédents, et dont les couleurs, par exception chez les Scarabées vrais, sont métalliques, d'un vert bronzé brillant comme teinte dominante. Cette riche livrée est en rapport avec des habitudes diurnes, et ces insectes fréquentent les fleurs. Les femelles sont beaucoup plus rares que les mâles. Nous figurons (pi. xxx; flg. 2) le mâle de r^. Mannerheimi, Cast., à corselet, dessous du corps et pattes d'un cuivreux bronzé, avec élytres d'un châtain un peu verdâtre. Le corselet offre une petite corne courbée en avant très- faiblement bifurquée à l'extrémité.

PHlliEVRllS, Latr. — Tête munie de tubercules plus faibles chez les femelles. Corselet et élytres variables.

Les Phileures, au nombre d'une trentaine d'espèces, habitent surtout les parties chaudes et semi-lempérées'des deux Amériques, et aussi la Chine, le Bengale, le Sénégal. Ils ont des téguments toujours plus ou moins ponctués, une taille moyenne, des contours plus ou moins allon-

CÉTOINES EN GÉ^ÉRAL. /iTS

gés et parallèles, très-peu de poils, une convexité très-variable. Lacordaire a découvert chez eux des organes de stridulation d'une disposition exceptionnelle et spéciale : ce sont de petites aspérités formant une bande plus ou moins large, selon les espèces, à la face interne de chaque élytre, le long du bord externe, et qui s'étend presque depuis la base de ces organes jusqu'il l'angle suturai, les aspérités étant d'autant plus serrées qu'elles sont plus voisines du bord externe de l'extrémité des élytres. Les Phileures sont des insectes communs qu'on voit parfois voler à l'entrée de la nuit, qu'on trouve sous les écorces et dans l'intérieur des arbres pourris. Par une aberration de régime, une espèce, fréquente à Buenos-Ayres, le P. vervex, Burm., aussi du Brésil et de Colombie, se trouve dans les cadavres à demi desséchés, avec des Trox. Nous représentons le P. cribratus, Chevrotât (pU xxx, flg. 5), de l'île de Cuba. Il est de couleur de poix, à tête déprimée portant quatre tubercules.

Les derniers représentants de la tribu des Scarabéiens, qu'on peut nommer d'une manière générale les Cétoines, sont des insectes à corps assez court, parallèle ou graduellement rétréci en arrière, plus ou moins déprimé en dessus, orné de couleurs vives et variées, souvent métalliques, ce qui dénote des habitudes diurnes, par suite d'une harmonie naturelle (non sans exception, comme le montrent beaucoup de Papillons de nuit, à couleurs éclatantes, mais très-altérables au jour) entre la richesse des téguments, la solidité de leur couleur et l'intensité de la lumière à laquelle ils seront exposés. A l'état parfait, le plus grand nombre de leurs espèces vivent sur les fleurs, dont elles dévorent le pollen, qu'elles recueillent à l'aide des pinceaux de poils dont sont munies leurs mâchoires : aussi le nom de Scarabées des fleurs s'appliquait spécialement à ces Coléoptères dans la classification de de Geer. Celles où ces organes possèdent des dents ou des griffes attaquent des substances plus solides, telles que les étamines, les pétales des fleurs et peut-être les feuilles.

Les larves, qui vivent environ trois ans dans le bois décomposé, le terreau, les vieilles racines, se transforment en nymphes dans une coque de débris agglutinés. Elles diffèrent des larves des autres groupes de Scarabéiens en ce que le dernier segment abdominal ou sac n'est pas divisé en deux par un sillon circulaire, de sorte qu'elles ont douze segments sans l'énorme mamelon anal des autres, que la tête est moins large que le corps, les segments moins profondément sillonnés en travers, le corps plus velu sur toute sa surface. Ce corps est un peu atténué en avant, épaissi en arrière, se terminant par une extrémité arrondie, ù poils plus longs sur les anneaux du thorax que sur ceux de l'abdomen. L'anus est fendu transversalement, et les péritrèmes stigma-

Ulh COLÉOPTËRES. — SCAHARÉIENS.

tiques très-petits. Le premier segment thoracique est rétréci en avant, ceux de l'abdomen divisés dorsalement en trois bourrelets étroits, munie despiiiules roides; le pénultième n'en a que deux, et le sac est recouvert de poils courts entremêlés de poils mous plus longs. Les mandibules sont fortes, dentées à l'extrémité, munies d'une dent molaire à la base, plus ou moins sillonnées sur leur face externe ; les mâchoires, à un seul lobe, courtes et charnues, sont armées à leur extrémité, qui est entière, de deux petites épines; les palpes maxillaires ont trois articles, les labiaux deux.

Écoutons M. Mulsant au sujet des habitudes des insectes de cette section : « Parmi les larves de ces Lamellicornes, les unes minaient les troncs cariés; les autres vivaient, soit de la vermoulure échappée des flancs de ces derniers, soit de substances encore plus pauvres en élémenls nutritifs. Mais, après leur dernière transformation, des destinées plus heureuses sont réservées à ces insectes. Plusieurs, enchaînés par leurs premiers penchants, semblent craindre de s'éloigner des lieux où s'est écoulée leur enfance; ils demandent aux arbres qui les ont cachés la nourriture de leurs derniers jours, et souvent une retraite pour y fuir en sûreté la lumière qui les blesse {Dendrobies de M. Mulsant, genre Valfjus, certains Trichiaires). Les autres, complètement dépouillés de leurs habitudes grossières, justifient plus spécialement par leurs goûts délicats le surnom de Mélitophiles qui leur a été donné (partie des Trichiaires, Cétoines). Ces derniers quelquefois aussi recherchent l'abri protecteur des grands végétaux, et vont, à laide de leurs mâchoires en pinceau, recueillir sur leurs troncs brunis le liquide mucilagineux que laissent fluer leurs blessures; mais, le plus souvent, folâtres comme le papillon et brillants comme lui, ils volent, à son exemple, des corymbes du Sureau à ceux de la Spirée, ou 'viennent puiser le nectar le plus parfumé dans la coupe embaumée des Roses (1). » Il paraît exister une exception à ce régime pour quelques Cétoines exotiques, du Sénégal et de l'Afrique australe, des genres Rhyxiphlœa, Burm., Rhinocœta, Burm. , et Diplognatha, Gory et Percheron, qui vivent, dit-on, sous les bouses de vache desséchées : on les reçoit souvent couvertes d'un enduit terreux qui indique des habitudes souterraines.

Les caractères généraux des adultes sont les suivants : Tête médiocre et penchée. Chaperon confondu avec le front, carré ou parabolique, avec son bord antérieur très-souvent sinué, fendu ou bilobé ; antennes de dix articles, insérées à découvert au bord antérieur des yeux, à premier article grand, les six suivants très- variables, la massue de trois articles, quelquefois plus allongés chez les mâles. Labre et mandibules cachées sous le chaperon, celles-ci formées d'une partie externe cornée et d'une interne membraneuse. Mâchoires fortement pénicillées, à lobe externe très-variable, à lobe interne manquant ou remplacé par une dent

(1) Mulsant, Coléoptères de France, Lamellicornes, 1842, p. 24.

TRICHIAIRES. Ù75

cornée; menton sinué et souvent bilobé antérieurement, avec languette soudée et cornée, non rétréci en avant, avec palpes insérés sur les côtés. Palpes maxillaires de quatre articles, labiaux de trois ; la forme de ces deux sortes de palpes presque invariable dans le groupe, avec dernier article fuSiforme et plus long que le précédent. Corselet le plus souvent trapézoïde, ou subhexagonal, ou suborbiculaire, à base sinuée ou échancrée ; écusson variable. Élytres recouvrant simplement l'arrière-corps et laissant le pygidium à découvert. Abdomen à six arceaux ventraux, non soudés, mais peu mobiles. Hanches antérieures cylindrico-coniques, saillantes; très-souvent une saillie sternale entre les hanches intermédiaires ; les trois dernières paires de stigmates abdominaux divergeant fortement en dehors. Pattes courtes ou médiocres, généralement égales dans les. deux sexes ; tarses à articles cylindroïdes, non renflés au bout, à crochets simples et égaux. Différences sexuelles très-peu marquées, portant sur le chaperon, les pattes antérieures, les tarses postérieurs, la massue antennaire. Pas d'organes de stridulation encore connus.

Rien n'est plus difficile que l'étude spécifique des Cétoines, à cause du peu de différence des nombreuses espèces et de l'existence de beaucoup de variétés. On doit consulter, parmi les ouvrages français, la Monographie des Cétoines et ge7ires voisins, par Gory et Percheron (in-S", Paris, 1833, 77 planches), et, comme travail beaucoup plus récent, le Catalogue, malheureusement resté au début, des Coléoptères du Muséum d'histoire naturelle de Paris (deux livraisons gr. in-8°, Paris, 1850 et 1851), par M. E. Blanchard. On doit recourir aussi à ce dernier ouvrage pour les Hannetons et une partie des Rutèles.

Deux groupes très-naturels se rencontrent dans les Cétoines : ce sont les Trictiiaires et les Cétoines vraies.

1° TRICHIAIRES.

Les Coléoptères de ce groupe ont les épimères du mésothorax ascendants, mais non visibles de dessus, les élytres non sinuées latéralement, l'écusson médiocre et en triangle à côtés courbes, et presque jamais de saillie sternale. Le corselet est très-rarement trapézoïde et ne s'applique pas exactement contre la base des élytres ; celles-ci sont en général plus convexes que chez les Cétoines vraies, plus arrondies en arrière et parfois très-courtes (genre Trichius, Valgus). L'abdomen est souvent assez épais, ce qui rend le pygidium plus allongé. Les tarses sont fréquemment longs et grêles, avec des articles un peu noueux à l'extrémité. Les larves se distinguent de celles de l'autre groupe par leur tète plus grosse et dont le diamètre égale presque celui du corps; leurs habitudes sont les mômes La manière dont les adultes volent varie selon les genres.

^76 COLÉOPTÈRES.— SCAIURÉIF.NS.

GENRES PRINCIPAUX

eiVORIMCS, L. Saint-Farg. et A. Seiv. — Élytres larges, assez courtes, arrondies sur les côtés. Pattes assez longues, peu robustes ; jambes intermédiaires trèsarquées chez les mâles. Vol normal^ les élytres écartées. Dessus du corps glabre.

l/esp(!'ce type est le G. nohilis, Linn., le Verdet de Geoffroy, existant dans toute l'Europe ; de 16 à 20 millimètres; assez rare aux environs de Paris, des parties froides et tempérées de la France; se prenant aussi en Angleterre; vivant sur les montagnes dans le Midi, rarement en plaine; Irès-commun à la Grande-Chartreuse; fréquentant les fleurs, surtout les grandes Ombellifères, les Sureaux, les Chardons. Il est d'un vert métallique brillant, à reflets cuivreux, ainsi que le dessous du corps et les pieds. Les élytres offrent des stries légères et quelques taches blanches; les palpes et la massue des antennes sont d'un noir violâtre. La larve a d'abord été trouvée par Rœsel dans le tronc pourri d'un Prunier; elle vit aussi dans l'Aune et dans d'autres arbres, notamment le Cerisier; se change en nymphe à la fin d'avril, et l'adulte éclôt à la fin de mai. On le trouve jusqu'à la fin d'août. Citons aussi le G. variabilis, Linn., de toute l'Europe, de même taille que le précédent, noir avec des points jaunes. M. Roulard l'a rencontré en Vendée, dans le Bocage.

Le genre Gnorimus a sept espèces d'Rurnpe, d'Arménie, de Sibérie, d'Amérique boréale.

STEGOPTERUS, Schaum. — Élytres assez allongées, parallèles. Pattes assex longues et assez fortes.

Ce genre représente les Gnorimus dans l'Afrique australe. — Ex. : .S. m«a<M5, Fabr., du Cap (pi. XXXI, fig. 3; 3 a, tête en dessus). Il offre quatre espèces.

TRlcmtlS, Fabr. — Élytres à peine plus longues que larges, très-planes, obliquement tronquées ou arrondies à leur extrémité. Pattes grêles. Corps assez épais, court; arrière- tronc très-bref relativement à la tète et au corselet réunis. Vol normal, les élytres écartées.

A\ existe deux espèces très-voisines de ce genre, présentant le corselet noir, à bordure jaune, à poils jaunes, les élytres plus larges aux épaules que le corselet, jaunes ou flaves, avec trois bandes interrompues d'un noir velouté, le pygidium portant deux bandes jaunûtres. L'une est le T. fasciatus, Linn., de toute l'Europe moyenne, du Caucase, de Sibérie, se trouvant en juin et juillet dans les environs de Paris, sur les Roses, les Chardons, les Ombellifères, où elle sommeille pendant le jour ; dans le Midi, elle est des montagnes. Elle a la première bande

VALGUS. un

noire des élytres transverse et complète. Elle exhale une odeur parfumée et musquée. La larve, comme l'a reconnu M. Ed. Perris, a un stemmale latéral près de cliaque antenne, fait spécial, car les autres larves connues de Scarabéiens sont aveugles. L'autre espèce est le T. abdominalis, Ménétr., ou gallicus, Heer, un peu plus petit, ainsi nommé à cause d'une bande blanchâtre existant souvent sous le ventre, ayant la première bande noire des élylres incomplète, à l'état de tache latérale, de l'Europe moyenne et boréale, s'étendant en Suède, au Kamtchatka. La première espèce, la moins commune près de Paris, u été nommée la Livrée d'Ancre par Geoffroy, et G. Duméril explique ce nom bizarre d'après ce fait que le marquis d'Ancre faisait porter à ses laquais des habits jaunes avec des galons alternativement jaunes et verts. Peut-être ce nom comprend-il les deux espèces confondues. La larve du T. abdominalis vit dans le bois. M. Boulard a fait à ce sujet une observation intéressante. Un petit pont de bois était construit depuis longtemps dans le jardin d'une campagne située à quelques lieues de Paris, et il paraissait en état parfait de conservation. Quelques poutres de chêne de ce pont s'étant rompues, on reconnut que le bois était creusé jusqu'à la superficie, où il n'evistait plus qu'une feuille trèsmince, et l'intérieur, creusé en tous sens, offrait des Trichies abdominales à bandes sous les états de larve, de nymphe et d insecte parfait. — Nous représentons quelques détails du T. fasciatus, pi. xxxi, fig. li, lèvre inférieure et palpes: Zia, mâchoire et palpe; lib, mandibule.

Les autres espèces de Trichies (une dizaine en tout) sont d'Europe méridionale, de Chine, du Japon, de Sibérie, des îles Canaries et d'Amérique septentrionale.

%'Al,Gi;s, Scriba. — Corselet rugueux en dessus. Élytres très-courtes, très-planes, laissant ù découvert le pygidium et le segment précédent. Hanches postérieures extrêmement écartées. Corps couvert de petites écailles.

Les Valyus, curieux par l'intervalle considérable qui sépare leurs hanches postérieures, sont formés de petits insectes aussi courts que les Trichius, à élytres aussi courtes et encore plus planes, mais dont la vestiture est tout autre, ils sont noirs et couverts d'écaillettes blanches ou jaunâtres, formant des taches ou des bandes peu régulières, et leur corselet est remarquable par la variété de sa sculpture. Ces Coléoptères volent en maintenant leurs élytres non écartées entre elles, mais redressées et faisant un angle aigu avec le corps. Le type du genre est le V. hemipterus, Linn., d'Europe, d'Algérie, du Caucase, assez commun partout. Le corselet est subheptagonal, rebordé; les élytres courtes, plus larges aux épaules que le corselet, subcarrées quand elles sont réunies, noires avec écaillettes et bandes et taches d'un blanc sale, aussi en écaillettes; le dessous du corps noir à écaillettes d'un blanc sale et de même les pattes. Le pygidium, aussi à écaillettes, frangé chez les mâles, est muni chez

478 COLÉOPTÈRES. — SCARABÊIENS.

la femelle d'une tarière cornée tabulaire, droite, subparallèle au corps, aussi longue que la moitié des élylres, sillonnée en long au dessous et dentelée de chaque côté. Cette tarière lui sert à percer les bois morts ou se glisse dans leurs interstices de manière que les œuf? soient pondus à leur intérieur, car c'est là que les larves se développent. Elle manque souvent chez les espèces exotiques. Elle a fait donner à l'insecte, par Geoffroy, le nom de Scarabée à tarière. On le trouve à terre ou sur les troncs d'arbres dans les bois, et plus rarement sur les fleurs, dès le mois d'avril. Ce curieux insecte se déplace par mouvements saccadés et comme convulsifs ; son attitude est chancelante par suite du grand allongement des pattes postérieures, qui se tiennent verticales ou inclinées et gênent plus la marche que ne l'aident les quatre autres pattes. Ses artifices défensifs consistent à faire le mort dès qu'on le saisit, en roidissant ses membres et persistant dans une immobilité complète. Le corps, abandonné à lui-même, porte à faux de quelque côté qu'il tombe, car les pattes demeurent inflexibles ; si l'on en plie les articulations, elles restent comme en catalepsie dans la position qu'on leur a donnée. Rien ne trahit cette astuce profonde, qui paraît destinée à tromper la voracité des oiseaux, peu friands des proies mortes, et à qui le corps du Valgus, qui semble desséché, doit paraître peu succulent. Les métamorphoses des larves de cette espèce s'opèrent même à l'intérieur des bûches coupées, et, dit M. Lucas, on a trouvé des sujets en bon état dans une bûche d'Orme ayant longtemps servi de support à une enclume, sans que les coups répétés du marteau aient troublé la nymphose.

Les quinze espèces du genre sont d'Europe, des Indes, du Japon, de l'Afrique australe, de Java, de la Nouvelle-Hollande et de l'Amérique du Nord.

Oj^MODERMA, Lep. et A. Serv. — Corselet petit, subhexagone, beaucoup plus étroit que les élytres. Élytres amples, subparallèles, arrondies à leur extrémité, planes en dessus. Corps glabre en dessus. Vol anormal, les élytres restant fermées et appliquées au corps, les ailes dépliées en dessous, comme dans les Cétoines vraies.

Ces Coléoptères sont d'un noir brunâtre uniforme, parfois avec reflets bronzés plus prononcés chez les mâles que chez les femelles; celles-ci sont plus ponctuées et plus rugueuses que les premiers. Ils sont trèslourds et massifs, fort lents à se mouvoir, s'écartant peu des arbres dans le bois vermoulu desquels leurs larves'ont vécu, et se tenant immobiles sur les troncs et se nourrissant des sucs qui en coulent. Leurs quatre espèces sont de l'Europe, de l'Amérique du Nord et de la Sibérie, et exhalent une forte odeur de cuir de Russie. Nous trouvons en Europe une seule espèce, YO. eremita, Linn.,'gros insecte d'un brun lie de vin luisant, à élytres moins larges aux épaules que le corselet, ridées et ponctuées. Cette belle espèce habite les parties tempérées et méridio-

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nalfis de la France et n'est pas rare près de Lyon. On la trouve principalement sur les Saules vers la fin du printemps et au milieu du jour. L'odeur de cuir de Russie, ou à peu près de prune, qu'elle répand, lui a fait donner, dans le Lyonnais, le nom vulgaire de Prunier ou Pique' prune; elle est si intense, qu'elle décèle, dit-on, la présence de l'insect'e sur les arbres. La larve et la nymphe se trouvent dans les troncs cariés de Mûriers, de Saules, de Chênes, de Hêtres, etc. Autrefois cette espèce existait aux environs de Paris, mais a toujours dû être fort rare, car Geoffroy ne l'a pas connue ; on ne la prend plus guère quelquefois qu'à Fontainebleau. Cependant il n'est pas impossible d'en rencontrer encore de trèsrares individus plus près de Paris: ainsi l'O. eremita fut pris il y a une vingtaine d'années à Villiers-le-Hel, et, tout récemment (1865), au bas de la terrasse de Saint-Germain en Laye, au commencement de juillet, dans l'intérieur d'un Osier ; plusieurs de ses larves étaient enterrées dans les détritus de l'arbre. Les amateurs parisiens peuvent donc encore compter cette curieuse espèce au nombre des captures possibles.-

PliATI'ftiEIllA, Mac Leay. — Élytres planes, parallèles, sillonnées; faisceaux de poils en dessous chez les mâles sur le métathorax et les premiers segments abdominaux, manquant chez les femelles. Jambes hérissées en dedans de longs poils roux chez les mâles, et sans poils chez les femelles.

Le type du genre est un grand insecte du Congo, large et déprimé, à corps très-aplati, d'un brun noirâtre uniforme, longtemps des plus rares dans les collections, le P barbota, Afzelius (pi. xxxi, tîg. 6, femelle; 6a, labre; 6 6, tête en dessus; 6c, lèvre inférieure et palpes; Gd, mâchoire et palpe; 6 e, mandibule). Il y a deux autres espèces de Guinée et de Gambie.

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