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DEUXIÈME SECTION

Nous placerons au début de cette section un vaste groupe de Scarabéiens qu'on peut nommer d'une manière générale ; les Hannetons. Leur taille est le plus souvent moyenne ; leur couleur rarement métallique, habituellement uniforme, soit brunâtre, soit fauve, soit testacée, et due souvent à des écailles ou cà des poils dont les téguments sont revêtus. Leur régime est toujours végétal : ceux qui ont des mandibules robustes et dentées vivent de feuilles; ceux où ces organes sont plus faibles se nourrissent de fleurs. Ils sont presque tous crépusculaires à » divers degrés et volent le soir, à une époque plus ou moins voisine du coucher du soleil, les élytres écartées et élevées, les ailes dépliées; pendant le jour ils se tiennent sous les feuilles ou quelquefois sous les pierres ou dans les petits creux naturels du sol. Les larves ont une existence de plusieurs années, vivent de racines, et deviennent dès lors très-nuisibles, si elles se multiplient. Leur corps est moins ramassé que celui des larves des derniers groupes de Scarabéiens (Scarabéides et Cétonides); le sac est partagé par un sillon transversal; les mandibules taillées en biseau à l'extrémité, sans aucune dent, à face externe lisse.

Voici les caractères généraux qu'on peut établir pour les adultes : Tête souvent carrée ou largement arrondie au devant des yeux et rebordée antérieurement ; chaperon presque toujours séparé du front par une suture. Yeux gros et globuleux, placés contre le corselet, même un peu engagés, entamés par un canthus ou prolongement de la joue, court et étroit. Antennes de neuf, rarement de sept, huit ou dix articles, à massue de trois à sept articles, à feuillets plus longs chez les mâles que chez les femelles. Labre variable ; mandibules ne débordant pas le chaperon, le plus souvent triquètres, arquées, échancrées en dedans, avec une courte membrane ou une étroite frange de poils dans l'échancrure, d'autres fois (genres Hoplia, Serica, etc.) en larges lames, trigones irrégulièrement, rarement terminées par un crochet distinct. Mâchoires à lobe interne généralement indistinct, l'externe presque toujours court, voûté, glabre et muni de deux à sept dents très-variables ; menton et languette en général cornés, celle-ci soudée3 mais rétrécie ou à suture visible, parfois libre et coriace ou membraneuse. Palpes labiaux insérés d'habitude à la jonction du menton et de la languette. Corps gros et peu allongé. Corselet le plus souvent de la largeur des élytres ; un écusson en triangles à côtés droits ou courbes. Élytres peu recouvrantes sur les côtés et laissant à découvert le pygidium et souvent le propygidiura ; les trois dernières paires de stigmates abdominaux divergeant faiblement de dedans en dehors. Pattes antérieures plus grêles et plus allongées dans les mâles, leurs jambes plus robustes et plus fortement dentées dans les femelles; les quatre jambes

Z»32 COLÈOPTÈRKS. — SCARABÉIENS.

postérieures non digitées, mais tronquées au bout avec une couronne de cils et diversement carénées ; tarses à articles grêles, noueux au bout, parfois dilatés au.v pattes antérieures et intermédiaires, à crochets parfois simples, plus souvent fendus au bout ou dentés inférieurement, quelquefois inégaux (genre Lepisia) ou réduits à un (Hoplia).

Les premiers Scarabéiens de la seconde section font le passage aux derniers de la première. La languette, coriace ou menbraneuse, est libre, distincte du menton, plus ou moins bilobée; l'écusson grand, presque toujours en triangle rectiligne très-allongé, et les hanches intermédiaires assez foriement séparées. Tous les genres sont de l'Afrique australe.

GENRES PRINCIPAUX

.%lllSOIïl'X, Latr. — Antennes de neuf articles avec massue de trois. Corps déprimé, partout hérissé de longs poils. Élytres planes, parallèles, un peu rétrécies en arrière.

Les Anisonyx volent avec agilité. Leur corps est très-velu, à la façon des Amphicomes, et parfois ils offrent en dessus des écailles caduques, d'un vert doré ou d'un cuivreux brillant. On les trouve abondammeiit sur les tleurs, comme les Glaphyres et les Amphicomes. — Ex. : A. nasuus, Wiedem.,duCap (pi. xxvi, fig. 9; d a, tète en dessus; 9 6, tarse postérieur; 9 c, jambe et tarse antérieurs). Les quinze espèces sont de l'Afrique australe.

L,EPITR1X, Lep. Saint-Farg. et A. Serv. — Antennes du genre précédent. Élytres courtes^ rétrécies, déhiscentes en arrière.

Ce genre a six espèces du Cap et de la Cafrerie.

Les Lepiiryx ont le corps court, triangulaire postérieurement, épais, velu et parfois écailleux en dessus.— Nous figurons le L. abbreviatus, Guér.-Mén., ou bilateralis, Thunberg, du Cap (pi. xxvi, tîg. 7; 7o, antenne; 7 6, tarse postérieur).

PACHVCllEMA, Lep. Saint-Farg. et A. Serv. — Antennes de neuf articles, le premier et le second plus longs, renflés, à longs poils, avec massue ovale de trois articles. Cuisses et jambes postérieures très-épaisses chez les mâles.

Les Pachycnèmes frappent les yeux tout d'abord par la grosseur des pattes postérieures des mâles, qui, dans certaines espèces, sont énormes et presque monstrueuses. Leur corps est épais, velu en dessous, et orné en dessus d'écaillés formant des dessins variés.— Ex.: P. crassipes, Fabr., du Cap, individu mâle (pi. xxvi, fig. 6 ; 6 a, tête en dessus ; 6 6, antenne ; G g, labre; 6/, mandibule; 6c, mâchoire et palpe; 6 d, lèvre infé-

MONOGHELUS, DICHELUS, HOPLIA. 433

rieure et palpes; 6 c, tarse postérieur; 6 h, jambe et tarse antérieurs. Il Y a une vingtaine d'espèces, toutes du Cap.

Dans les genres qui vont suivre, la languette est le plus souvent cornée et soudée au menton, rarement librc^ coriace ou membraneuse.

GENRES PRINCIPAUX

MOi\OCIIELCS, Lep. Saiat-Farg. et A. Serv. — Antennes de dix articles. Corps écailleux ou velu. Tarses postérieurs robustes , terminés par un seul fort crochet.

Ce genre renferme soixante-quatre espèces, du cap de Bonne-Espérance, et une de Madagascar.— Nous figurons, pi. xxvi, 8 a, le tarse postérieur d'un Monochelus.

DICUELIJtii, Lep. Saint-Farg. et A. Serv. — Antennes de neuf articles. Corps écailleux ou velu. Tarse postérieur muni d'un crochet double, chaque crochet fendu.

Ex. : D. dentipes, Fabr., mâle (pi. xxvii, fig. 8; Sa, tète en dessus, 8 b, patte postérieure), du Cap. Ce mâle est d'un brun fauve. La femelle, inconnue aux créateurs du genre, en diffère beaucoup et avait formé une fausse espèce ; ses pattes postérieures sont petites et simples, les élytres d'un jaune pâle, le corselet elle dessous du corps couverts d'un duvet blanchâtre. D. gonager, Fabr., sujet mâle (pi. xxvi, fig. 8; 8 6, jambe et tarse antérieurs), du Cap.

Le genre Dichelus compte plus de soixante espèces du Cap, et une de Hongkong, Chine, D. chinensis, Bohem.

Les genres Monochelus et Dichelus, presque exclusifs à l'Afrique australe, ressemblent aux Pachycnèmes par leurs mâles, à cuisses postérieures renflées, de la même région.

lb.i:PI§>l.%, Lep. et Serv. — Tous les tarses pourvus de deux crochets.

Les deux espèces de ce genre, qui sont du Cap, ont de grands rapports avec les Hoplia. Leur corps est épais, court et entièrement couvert d'écaillés d'un beau vert. — Ex. : L. rupicola, Fabr., pi, xxvii, fig. 5.

DOPL,I.%, lUig. — Antennes à massue de trois articles, parfois plus allongée chez les mâles, de dix ou neuf articles. Corps épais, velu ou écailleux en partie. Élytres non rétrécies en arrière, subparallèles. Tarses assez robustes ; crochets des quatre antérieurs doubles, crochet des tarses postérieurs toujours unique et très-grand,

La majeure partie des espèces du genre Hoplia, au nombre de plus de soixante, est européenne et surtout du sud de ce continent. Il en

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est de Madagascar, des Indes, de Chine, de l'Amérique du iNord, etc. Elles ont souvent des couleurs vives, dues à la présence de petites écailles qu'on peut comparer à celles des ailes des papillons. Elles fréquentent les fleurs et diverses espèces. d'arbres dont leurs mâchoires assez fortes leur permettent d'entamer les feuilles ; quelques-unes de nos pays se réfugient souvent sous les pierres, les bouses desséchées ou dans la terre. Deux sous-genres ont été établis par M. Mulsant pour les espèces de France : 1° Decamera, à antennes de dix articles, quelquefois de neuf seulement chez les femelles, à crochets des tarses postérieurs souvent fendus. Espèces principales : (loralis, Oliv., ou brunnipes, Bon., du midi de la France, et ■philanthus, Sultz.,ou pulverulenta, Illig., de la France moyenne, espèces brunes ou fauves, à écaillettes d'un blanc verdâtre ou bleuâtre; praticola, Duftschmidt, d'un brun noirâtre, à écaillettes livides, à poils, qu'on trouve dans le nord de la France. — 2*" Hoplia proprement dit. Deux espèces principales, à corps aplati en dessous, couvert de petites écailles, toutes deux de môme taille, de 8 à 10 millimètres de longueur : farinosa, Linn., d'un vert nacré jaunâtre en dessus et en dessous, et le dessous très-brillant, dans les femelles comme dans les mâles, les premières presque aussi abondantes que les seconds, fréquentant les Heurs, surtout celles des Églantiers et des Ombellifères, commune dans le milieu e il'est de la France, se prenant à la fin de juillet dans les hautes régions de la Suisse, se trouvant à Fontainebleau sur les Ronces; cœrulea, Drury, le mâle d'un beau bleu d'azur avec éclat métallique en dessus et en dessous d'un blanc d'argent, luisant et un peu verdâtre (représenté pi. xxvii, fig. 7; 7 a, lèvre inférieure; 7 b, labre; 7 c, tête en dessus; 7 e, mandibule; 7 f, mâchoire et palpe; 7 g, jambes et tarse postérieurs). La femelle, beaucoup plus rare que le mâle, est brune, à reflet violet foncé, ce qui tient à ce que la couleur du fond n'est presque pas masquée par les écaillettes. Cette Hoplie est le plus brillant des Coléoptères de France. On emploie souvent le mâle, dans les cadres d'ornement, en guirlandes et arabesques d'azur, s'entrelaçant entre des papillons aux vives couleurs. L'espèce est très-commune dans tout le midi de la France, dans les prairies au sud de la Loire, et dans les montagnes du Lyonnais; vit sur les plantes qui bordent les ruisseaux des prés, notamment sur les Saules. Elle remonte assez haut vers le nord et peut se rencontrer accidentellement près de Paris, car Geoffroy connaissait ce superbe insecte, qu'il nomme 'Écailleux violet.

SERH^A, Mac Leay.— Antennes de neuf ou dix articles, avec massue de trois ou ualifc, Élytres prolongées, recouvrant le propygidium. Tarses grêles, comprimés allongés, à crochets doubles et biTides dans tous.

Le Sériées, peu abondantes en Europe, ont de nombreuses espèces

SERICA. 435

de petite ou au plus de moyenne taille, au nombre de plus décent, de tous pays, sauf de l'Australie; la plupart glabres, à reflet soyeux ou opalin, de forme variée, oblongue et subparallèle ou ovalaire et même globuleuse. A mesure que ces changements se prononcent, les hanches postérieures s'agrandissent, les cuisses et les jambes, surtout les postérieures, s'élargissent et deviennent plus contractiles : l'aspect finit par ressembler beaucoup à celui des Byrrhiens. Les habitudes sont crépusculaires ou nocturnes ; elles sont alors agiles et volent facilement sur les fleurs ; pendant le jour parfois ces insectes sont sur le sol ou cachés sous les pierres, ou enfoncés en terre dans les lieux sablonneux. Nous citerons : le S. brunnea, Linn., qui est surtout du nord et du milieu de l'Europe, dont la larve a été trouvée dans la mousse au pied des Pins, et qui s'éloigne, selon Erichson, des autres larves du grand groupe des Hannetons, par un anus longitudinal, un corps. plus velu, le sac poilu et épineux ; la nymphe aurait les saillies postérieures plus longues et plus divergentes que les autres proportionnellement. Le S. holosericea, Scop., ou variabilis, Oliv. et Fabr. de toute l'Europe (pi. xxvm, fig. 12, lùvre inférieure; 12 a, labre; 12 ô' mandibule; 12 c, mâchoire et palpe ; 12 d, antenne; 12 e, crochets d'un tarse). C'est le Scarabée couleur de suie de Geoffroy. Sa forme est ovale habituellement d'un noir soyeux, plus foncé en dessus qu'en dessous àélytres striées. C. Duméril dit qu'il est quelquefois de couleur jaunepaille, et se trouve dans les trous pourris de certains arbres. Une intéressante histoire des métamorphoses de cet insecte a été publiée par M. P. de la Brûlerie (1). La larve met plusieurs années à se développer car on trouve à la fois des individus à tous les degrés de croissance. Chez les jeunes larves l'extrémité des mandibules est divisée en trois dents mousses presque égales entre elles. Ces larves sont très-communes en août et septembre, sur les collines sablonneuses des environs de St-Florentin (Yonne), et vivent sous les pierres et les bois pourris. Selon l'auteur cité, elles vivent toujours, non de racines de plantes vivantes mais de débris de feuilles pourries qui sont mêlées au sol dans les endroits qu'elles habitent, et, pour se procurer cette nourriture elles creusent dans le sable fin et meuble des galeries sinueuses dont la paroi supérieure est souvent formée par le dessous d'une pierre ou d'un morceau de bois. Elles deviennent nymphes dans des niches de terre comprimée par leur corps et très-fragiles. Les formes de la nymphe rappellent exactement celles de l'insecte parfait. Sa couleur est le blanc, qui devient de plus en plus jaunâtre, à mesure que le moment de la dernière métamorphose approche. Sur le dos des segmenis moyens de l'abdomen est une carène qui la protège du contact des parois terreuses, et l'abdomen est terminé par deux épines aiguës et divergentes de couleur brune. Si on la tourmente, ses derniers segments exécutent des

(1) Amu Soc. enlom. de France, 'i"^ série, IcSCi, t. IV, p. (itjG, et pi. x.

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mouvements de rotation assez vifs. Les adultes cclosent à la tin d'août et en septembre, et on les trouve jusqu'aux derniers beaux jours, blottis sous les pierres ou enfoncés dans le sable, à petite profondeur. Aux premiers froids, ils descendent plus avant, pour ne reparaître qu'avec la chaleur, ordinairement dans le courant d'avril. Alors commence leur vie active. Le soir, ils grimpent aux tiges des Graminées et s'accouplent; dans le jour, ils se cachent dans les touffes d'herbe et sous les pierres, où bientôt la femelle fécondée retourne mourir, après avoir déposé ses œufs.

SVM.HKEiA, Erichs. — Genre ressemblant a.ux Serica, s'en distinguant par des antennes de huit ou neuf articles, de larges crocliels, et un ou deux articles dilatés aux tarses antérieurs des mâles.

Ses espèces, de la taille des Sériées, sont de l'Amérique du Sud, où les Serica sont très-peu nombreux, oblongues, glabres à reOet soyeux plus ou moins vif. Lacordaire dit que les Symmèles du Brésil sont diurnes, se trouvent dans les bois sur lec feuilles, et sont peu communes. Les élytres sont sillonnées. Ace genre se rapporte le S. instabilis, Erichs., var. flavimana, Gory, de Rio-Janeiro (Brésil) (pi. xxviii, fig. 11), de couleur noire irisée, à cuisses et pattes fauves, à tarses noirs (texte Icon. Guér.-Mén., p. 98).

UOitlArOPI>l.%, Stephens. — Antennes de neuf articles, la massue de trois, les crochets des tarses bifides. Corps court ou médiocrement allongé.

Ces insectes sont de faible taille et revêtus partout d'une fine pubescence, tantôt couchée, tantôt droite; ils sont diurnes. Le type est 1'//. ruricola, Fabr., de toute l'Europe et du Caucase, ou Scarabée à bordures de Geoffroy. 11 est noir, velu, court et épais, de 6 à 7 millimètres; ses élytres sont testacées ou d'un rouge-brique, striées et bordées de noir. Le genre est d'Europe, de Sibérie, du Caucase, d'Asie Mineure (treize espèces).

niPlillCA:PllAli/%, Aud. Serv. — Gliaperon grand, échancré en avant ; antennes de huit articles, la massue de trois. Élytres oblongues, arrondies et rebordées à l'extrémité ; deux crochets robustes et bifides à tous les tarses.

Ce genre est formé d'espèces assez petites, très-abondantes et exclusives à la Nouvelle-Hollande, et pullulant beaucoup. Contrairement à l'aspect habituel des Hannetons, elles sont d'un riche éclat, d'un vert métallique passant au doré ou au, cuivreux éclatant, tantôt glabres, tantôt à écaillettes en dessus, revêtues en dessous d'écailles blanchâtres. — Ex. D. furcata, Guér.-Mén. (pi. xxvm, fig. 13; 13 a, tête en dessus j

CHASMATOPTERUS, PYRONOTA, MACRODAGTYLUS. li^l

13 b, mAchoire et palpe; 13 c, son extrémité vue en dedans ; 13 d, tarse intermédiaire du mâle; 13 e, tarse antérieur du mâle).

CHASMATOPTERUS, Aud. Serv. — Antennes de neuf articles, les trois derniers formant une grosse massue subovale. Élytres courtes, subparallèles, un peu déhiscentes à l'extrémité. Tarses grêles, tous à deux crochets bifides.

Ces insectes offrent quatre espèces en Espagne et une à l'île de Madère, de taille petite ou médiocre, velues, brunâtres, à élytres peu consistantes, et se trouvent en grand nombre sur les fleurs. — E\. : C. villosulus, Illig., mâle, d'Espagne et de Portugal (pi. xxvi, fîg. 5; 5a, tête en dessus; 5 6, antenne; 5 c, crochets tarsiens). Cette espèce abonde au Pardo, à Madrid, et dans les montagnes de l'Escurial. Elle vole en abondance seulement par les jours de soleil, et le matin jusqu'à onze heures, avec une régularité d'horloge. Les mâles sont trèsvelus et ont les élytres testacées; les femelles, peu velues, ont les élytres noires : on en avait fait à tort une espèce distincte, comme l'a reconnu M. E. Perris. Une seconde espèce, le C. hirtulus, Illig., a dans les deux sexes les élytres testacées et noires sur les bords ; elle se trouve seulement dans les montagnes, ainsi à l'Escurial. Ce genre, sans doute à raison de ses poils, occupe, dans le catalogue Gemminger- Harold, une tout autre place que dans le Gênera de Lacordaire, à savoir dans le groupe des Glaphyres et des Amphicomes.

PYROHOTA, Boisduval, ou Calonota, Hope. — Antennes de neuf articles avec massue de trois. Tarses à deux crochets grêles et simples; une longue saillie sternale, conique et aiguë.

Nous citons ce genre, représentant nos Hannetons à nos antipodes, Australie et Nouvelle-Zélande, à cause de la magnificence de sa parure. Les Pyronotes sont de petits insectes oblongs, arqués en dessous, ayant de la ressemblance, par la forme et la saillie sternale, avec certains Hydrophiliens, d'où le nom de genre Colymbomorpfia, E. Blanch. Ils étincellent des plus vives couleurs, vertes, cuivreuses et opalines irisées, sans duvet qui les masque en dessus ; le dessous du corps est garni de poils blanchâtres. Il y a trois espèces : le C. festiva, Fabr., de la Nouvelle-Zélande ; le C. refulgens, Boisd., du même pays, et une espèce australienne.

!ilACROUACTYE,us, Latr. — Antennes de neuf articles, la massue de trois. Pattes longues et grêles. Tarses grêles, ciliés, les quatre postérieurs très-longs, tous à deux crochets plus ou moins bifides.

Les Macrodactyles sont remarquables par leur forme svelte et élégante, en harmonie avec les pattes. Leur taille est médiocre, leurs cou-

Zi3S COLÉOPTÈRES, — SCARATÎÉIENS.

leurs variées, parfois métalliques, les élytres avec des lignes régulières de poils. Leurs espèces sont répandues dans les deux Amériques. Aux États-Unis, le M. subspinosus, Fabr., est regardé comme un des Hannetons les plus nuisibles, multiplie extraordinairemenl dans certaines années, et dévore les plantes de toute sorte, mais surtout les Rosacées en arbres ou arbrisseaux, et les Vignes. Citons encore le M, suturalis, Mannerheim, du Brésil (provinces des mines) (pi. xsviii, fig. IZi). Le corselet est roussfttre au milieu, avec deux bandes latérales de poils blancs, les élytres rouges à la base et sur la suture, avec une ligne blanche le long de celle-ci, les pattes rougeâtres à tarses noirs.

DICRAHIA, Lep. St-Farg. et A. Serv. — Antennes courtes de neuf articles, avec massue ovale de trois. Élytres recouvrant imparfaitement l'abdomen. Tarses à deux forts crochets bifides.

Les Dicranies sont en général d'assez grande taille et habitent les parties chaudes et orientales de l'Amérique du Sud.

Ex. : D. velulina, Cast., du Brésil, à élytres fauves, lisses et luisantes, le corselet, les pattes, le dessous du corps d'un brun fauve, mais couverts d'un duvet jaune très-serré (pi. xxvii, fig. 6 ; 6 o, tarse antérieur du mâle). On remarque, dans cette espèce, que le premier article du tarse antérieur du mâle porte à son extrémité une courte et robuste épine crochue, utile sans doute pour l'accouplement et devant manquer aux femelles.

rEHASPIS, Lep. et Serv, — Antennes de neuf articles, la massue de trois. Corselet muni à sa base d'une dent reçue dans une échancrure correspondante de l'écusson. Élytres subrectangles, laissant le pygidium à découvert. Tarses longs, à crochets bifides aux antérieurs, inégaux aux autres et le plus gros entier, au moins chez les mâles.

LesCéraspis sont propres aux régions chaudes, orientales et occidentales de l'Amérique du Sud, avec une espèce au Mexique ; ils sont revôLus d'écaillés serrées formant une marqueterie variée. — Ex. : C. décora, Gory, du Brésil (pi. xxviii, fig. 8), à tête, corselet et élytres d'un brun foncé, avec une ligne longitudinale sur le corselet et deux taches d'un blanc jaunâtre à ses angles postérieurs, la base des élytres blanchâtre avec des macules d'un noir velouté, le dessous du corps d'un blanc jaune argenté et les pattes grises. C. hivulnerata , Germar (pi. xxvni, fig. 9, bord postérieur du corselet et base des élytres avec l'écusson, pour montrer le caractère remarquable du genre; 9 a, antenne du mâle), aussi du Brésil.

PLECTRTS. APOGOMA, RHIZOTROGLS. ^39

PLECTRIS, Lep. et Serv. — Antennes de huit, neuf ou dix articles, les trois derniers formant une massue grêle. Élytres oblongues ou ovales, parallèles. Tarses grêles, à crochets plus ou moins inégaux, fendus au bout, le plus gros parfois entier.

Les Plectris sont d'assez grande taille, oblongs ou courts, subparallèles, épais, bruns ou rougeâtres, parfois métalliques, mais toujours couverts de poils couchés et serrés, le plus souvent entremêlés d'autres redressés, formant chez quelques espèces des touffes élégantes. Ils sont presque exclusifs à l'Amérique du Sud, une espèce au Mexique. Le type est le P. tomentosa, Lep. et Serv.. du Brésil (pi. rs;%'n, fig. 1; 1 a, jambe et tarse antérieurs ; 1 6, jambe et tarse postérieurs du mâle; 1 e, tarse intermédiaire et ses crochets inégaux). L'éperon externe de la jambe postérieure est aplati, dilaté et crochu à son extrémité, caractère spécial au mâle et à l'espèce figurée.

4POGOXIA, Kirby. — Antennes courtes de dix articles, les trois derniers formant une massue oblongo-ovale. Corps court ; élytres parallèles. Tarses médiocres, à crochets gros, arqués, fendus au bout.

Les Apogonies sont au plus de moyenne taille, à téguments ponctués en dessus, avec lignes de points sur les élytres; elles sont presque toutes de couleur métallique foncée et assez brillante. — Ex :A. rauca, Fabr., ou gemellata, Kirby (pi. xxvra, ûg U; Ua, mâchoire et palpe ; U b, labre ; U C: lèvre inférieure et palpes; U d, antenne; h e, crochets tarsiens). L'espèce est de Coromandel et de Java. Les autres espèces du genre sont de la côte occidentale d'Afrique, du Bengale, de quelques îles de la Polynésie, de Java, de Sumatra, de Chine (vingt-deux espèces).

RHlZOTROerS, Latr. — Antennes de neuf ou de dix articles, la massue de trois. Élytres oblongues ou ovales, tronquées à leur extrémité, celle-ci munie d'une bordure membraneuse parfois peu distincte. Abdomen non prolongé en pointe. Tarses grêles, avec deux crochets simples, ayant en dessous, à leur base, une petite dent.

Les Rhizotrogues sont très-nombreux en espèces, plus de cent trente, surtout dans l'Europe méditerranéenne, s'étendent en Asie jusqu'en Sibérie et à Ceylan d'autre part, existent dans l'Afrique du Nord, en Abyssinie, au .Mozambique, manquent en Amérique, et l'Australie n'en a qu'une espèce, R. tasmanicus, Burm. Leur taille est moyenne ou assez grande. Les uns sont un peu déprimés en dessous, les autres convexes au contraire dans celte partie du corps. Leur couleur est d'habitude le fauve testacé, uniforme ou varié de brunâtre. Les élytres sont glabres, mais la poitrine, et souvent la tête et le corselet, sont revêtus de poils

^^lO COLÉOPTÈRES. — SCARABÉIENS.

mous. L'abdomen, qui ne se prolonge pas en pointe en dessous, et les pattes postérieures des mâles, ont assez souvent des cils épineux qui manquent aux femelles, et celles-ci sont en outre plus grosses et plus massives.

On a établi plusieurs sous -genres dans les Rhizotrogus. Ainsi les Geotrogus, Guér.-Mén., d'Algérie, de Sicile, de Sardaigne, aptères dans les deux sexes, sans poils dans certaines espèces, dont les femelles vivent en terre, d'où elles ne sortent que peu ou pas, tandis que les mâles marchent avec lenteur sur le sol. Les Àpterogijna, Reiche, tous algériens, ont les milles ailés et les femelles aptères. Les espèces ailées et dans les deux sexes se trouvent aussi dans le jour cachées en terre, sous les pierres, dans les creux d'arbres, et ne sortent que le soir, pour voler en essaims autour des arbrisseaux, les mâles en beaucoup plus grand nombre que les femelles. Les Rhizotrogues sont bien plus crépusculaires que les Hannetons proprement dits, ne volent qu'à une lumière très-affaiblie, après le coucher du soleil ; ce n'est que très-accidentellement qu'on peut voir quelque mâle voler dans le jour. On doit citer le B. solstitialis, Linn., du sous-genre AmphimaUus, Latr., à neuf articles aux antennes, de 16 à 18 millimètres, nommé par Geoffroy le petit Hanneton d'automne. Les élytres, le corselet, le corps, sont d'un jaune testacé et cendré par le duvet jaunâtre, avec cinq nervures aux élytres, l'abdomen obtus. Cette espèce, de toute l'Europe, abonde dans les prairies, où elle voltige au jour tombant. Selon G. Duméril, le point où ces insectes s'abattent sur le gazon est presque toujours celui qui a reçu quelque excrément d'oiseau, remarquable par sa couleur blanche, et qui est de l'urate d'ammoniaque très-odorant. A Paris, on trouve cet insecte en quantité à la fin de juin, dans nos jardins publics, autour des arbrisseaux des parterres. Sa larve aime surtout les terres sablonneuses et légères. H dévore les feuilles d'Orme, de Peuplier, de Saule, de Ilètre et même de Pin. Il est remplacé à Paris, dans les jardins, en juillet, parle R. œstivus, Oliv., à corselet d'un fauve livide, à élytres d'un /auve jaune luisant, passant au brun rouge sur les bords, sans nervures. Cette espèce non poilue paraît dans le midi de la France dès la fin d'avril. Elle appartient aux vrais Rhizotrogus, Latr., à dix articles aux antennes. Il en est de même du R. œquinoctialis, Herbst. Nous figurons (pi. xxviii, fig. 7) l'antenne du mâle du R. Pini, 0\i\., s.-g. AmphimaUus, du midi de la France, d'Espagne, d'Algérie. Les larves des Rhizotrogues, ressemblant beaucoup à celles des Melolontha, produisent d'assez grands dégâts dans nos cultures, car elles vivent deux ou Irois ans et dévorent les racines des plantes herbacées et des arbres.

illEL.oiiOIlTHj%, Fabr. — Antennes de dix articles, la massue de sept longs feuillets cLcz les mâles, oblongue au repos, bien plus courte chez les femelles, ovalaire tu reoos, ayant cinq feuillets subégaux. Élytres allongées, subparaK

LE HANNETON. Util

lèles, ne recouvrant pas le pygidium. Abdomen prolongé en pointe recourbée. Tarses munis en dessous, près de leur base, d'une petite dent droite dans les deux sexes, à crochets simples.

Le genre Melolontha est restreint aujourd'hui aux espèces au nombre d'une vingtaine, toutes d'Europe et d'Asie , très-voisines de l'espèce essentiellement dévastatrice, le M. vulgaris, Fabr., le Hanneton, Geofl'r., nommé Bardoire dans le Lyonnais, etc., existant dans toute l'Europe et dans le Caucase, Ce Coléoptère trop connu a la tête et le corselet d'un noir légèrement bronzé ou verdùtre, les élytres et pattes testacées; à ces élytres cinq nervures et comme poudrées de poils courts et cendrés. Il y a des variétés à élytres plus ou moins poilues, d'autres à corselet d'un rouge brunâtre, d'autres à élytres brunes ou d'un brun noirAtre, et même à reflets violacés, et à pieds bruns. On a signalé aussi des monstruosités : des sujets à corselet divisé en deux ; la massue antennaire avortant et remplacée par un bouton formé des derniers articles soudés; l'hermaphrodisme bilatéral plus ou moins complet, bien aisé à reconnaître à la dissemblance des antennes, etc. — Nous figurons les riutennes des deux sexes de l'espèce commune (pi. xxvjii, fig. 6, antenne du mille; 6 a, de la femelle, la longueur de la massue variant beaucoup selon les sujets).

Le canal alimentaire est assez long, l'estomac garni de franges à suc gastrique, l'intestin grêle suivi d'un côlon, les canaux de Malpighi à replis multiples. L'appareil reproducteur interne est très-développé chez le mâle, le testicule formé de six capsules orbiculaires, ayant chacune un conduit tubuleux inséré vers le milieu, et l'ovaire de la femelle offre de nombreuses gaines avec des œufs en chapelet.

Le nom de Mélolonthe, donné à l'insecte qui nous occupe par Fabricius, vient du nom grec, Mélolonthe ou Mélonthê, d'un Coléoptère qui servait de jouet aux enfants. Aristophane dit : « Donnez l'essor à votre esprit, laissGz-le voler où il voudra, comme le Mélolonthe attaché par la patte cà un fil. {Nuées, v. 761.) On le trouve encore cité dans cette sentence, attribuée à Pythagore, et qui mérite de demeurer toute moderne : « Législateurs, laissez au peuple la liberté du Mélolonthe retenu par un fil. » Selon d'autres scoliasles d'Aristote, le Mélolonthe serait un Chrysocantharus ou Scarabée doré, c'est-à-dire le Cetonia fastuosa, affim's ou aurata. 11 est probable que ces divers insectes se partageaient le triste privilège d'amuser les enfants des Grecs. Quant à notre mot Hanneton, c'est un terme de basse latinité, provenant du bruit que fait l'insecte avec ses ailes en volant [alisonans^ alitonans, alisonus).

Nous emprunterons à divers auteurs, notamment à C. Duméril, à MM. Ratzeburg, Mulsant, E. Blanchard, Desmarest, Vibert, etc., et à quelques observations personnelles, un historique un peu étendu concernant ce terrible insecte, fléau de l'agriculture. En général, les Hannetons commencent à paraître en France à la mi-

avril, et durent, à l'état parfait, jusqu'à la fin de mai. Quand ils sont très-nombreux, ils dévorent les feuilles des arbres et arbrisseaux dans les jardins, les vergers, les haies, à la lisière des bois : ils aiment beaucoup le feuillage des Ormes, dont les enfants désignent les samares sous le nom de pain de Hanneton. Les arbres, dépouillés de leur verdure, prennent l'aspect qu'ils ont en hiver et restent longtemps malades; ceux des vergers ne donnent plus de fruits quelquefois pendant deux années. Dans les bois, on voit les Chênes dégarnis, d'abord au sommet, de préférence aux Bouleaux et aux Peupliers, qui ne sont attaqués que dans les années de grande abondance de Hannetons.

Ce n'est qu'à défaut d'arbres que les Hannetons adultes attaquent les plantes basses, et le moins possible les Crucifères. Ces insectes se tiennent endormis sous les feuilles pendant la forte chaleur du jour, qu'ils redoutent beaucoup. La trop vive lumière les gêne, et parfois les oblige à prendre leur essor pour chercher de l'ombre ; mais le soir presque tous, surtout les mâles, s'élancent dans les airs, à la recherche de la nourriture ou pour la reproduction. Ils commencent par gonfler d'air leurs trachées vésiculeuses, en soulevant et abaissant leurs élytres et faisant mouvoir les anneaux de leur abdomen dans des inspirations précipitées. Les enfants disent alors qu'ils comptent leurs écus, et s'empressent de répéter l'antique chant traditionnel : Hanneton, vole, vole, vole! Le vol des Hannetons est accompagné d'un bourdonnement monotone; il est lourd, mal dirigé, se fait généralement vent arrière; ils tombent au moindre choc et ne savent pas éviter les obstacles ; d'où le proverbe : Étourdi comme un Hanneton.

Malgré cette locomotion défectueuse, l'instinct oblige quelquefois les Hannetons, comme les Criquets, à de désastreuses migrations, quand, ayant ravagé le pays, ils se jettent par bandes innombrables sur d'autres localités. Ainsi, en 1688, les Hannetons détruisirent toute la végétation du comté de Galvvay, en Irlande, de sorte que le paysage prit l'aspect désolé de l'hiver. Le bruit de leurs multitudes dévorant les feuilles était comparable au sciage d'une grosse pièce de bois, et le soir le bourdonnement de leurs ailes résonnait comme des roulements éloignés de tambours. Les habitants avaient de la peine à retrouver leur chemin, aveuglés par cette grêle vivante. Les malheureux Irlandais furent réduits à cuire les Hannetons et à les manger. En 1804, des nuées immenses de Hannetons, précipitées par un vent violent dans le lac de Zurich, formèrent un banc épais de cadavres amoncelés sur le rivage, dont les exhalaisons putrides empestèrent l'atmosphère. Le 18 mai 1832, à neuf heures du soir, la route de Gournay à Gisors (Eure) fut envahie par une telle myriade de Hannetons, qu'à la sortie du village de Talmoutiers, les chevaux de la diligence, aveuglés et épouvantés, refusèrent opiniâtrement d-avancer et forcèrent le conducteur à revenir sur ses pas. En 1841, rapporte M. Mulsant, ils ravagèrent les vignobles du MAconnais, et certaines de leurs nuées s'abattirent sur

MAcon, au point qu'on avait grand'peine à s'en garantir, en passant sur le pont, par les moulinets de canne les plus rapides, et qu'on les ramassa à la pelle dans certaines rues. M. E. Blanchard rapporte qu'une année, dans les environs de Blois, quelques enfants en recueillirent iU 000 en peu de jours.

A partir du milieu de mai s'opère l'accouplement, qui dure des journées entières. Le mâle monte sur le dos de la femelle et s'y cramponne. Le pénis du mâle, mou mais érectile, est entouré d'un gorgeret dilatateur formé de deux valves cornées, sortant du cloaque comme une sorte de tube rigide, mousse à l'extrémité. Après l'intromission dans le cloaque de la femelle, les valves sont maintenues écartées par des muscles tout le temps nécessaire, et les deux insectes sont fortement accolés. On observe quelquefois des accouplements contre nature entre deux mâles, excès d'ardeur garantissant la conservation de l'espèce. Le mâle, un peu plus petit que la femelle, est très-vif dans les préludes de la copulation; mais, une fois l'intromission opérée, tombe dans une sorte d'engourdissement léthargique, et la femelle le transporte avec elle, renversé, le dos en dessous et traîné à la remorque les pattes en l'air. Il périt après l'acte, de faiblesse et de faim. L'existence isolée des Hannetons adultes est au plus de vingt jours ; mais on en voit quelquefois pendant plus de deux mois, car leur éclosion à cet état ou sortie de terre se prolonge sur une durée de plus de trente-cinq jours.

Avant la fécondation, les œufs sont visibles dans le corps de la femelle comme de petites vessies plates, vides et agglomérées ensemble, ne se remplissant qu'après la fécondation et différant beaucoup de grosseur et d'avancement; cela tient à ce qu'une même femelle peut faire plusieurs pontes. Un plus ou moins grand nombre d'œufs demeurent inféconds, selon que la femelle a été plus ou moins nourrie. La femelle survit quelques jours à l'accouplement, et donne tous ses soins à la ponte. Elle quitte les arbres, et, presque exclusivement pendant la nuit, creuse la terre avec ses pattes de devant; là, au fond d'un canal de 1 à 2 décimètres, elle dépose environ trente ou trente-cinq œufs au plus, car on ne trouve guère que trente à trente-cinq œufs féconds par femelle; ils sont ovales et de la grosseur d'un petit grain de chènevis.

Cette femelle donne une grande importance au lieu où elle dépose ses œufs. Elle ne s'adresse pas aux terres compactes et battues que les jeunes vers ne pourraient sillonner de leurs galeries, mais choisit les terres fumées, légères et aérées, ameublies par des labours récents et riches en racines : un instinct merveilleux lui fait pressentir que sa progéniture a besoin d'une habitation saine, ouverte aux influences de l'air et du soleil, exempte d'humidité. Elle fuit l'ombrage des grands arbres, les lieux marécageux, les terres fortes ou qui reposent sur un fond de glaise. Les Hannetons peuvent dévorer les feuilles des forêts,

lifiU COLÉOPTÈRES. -— SCARABÉIENS.

mais ne pondent pas dans leur intérieur ombreux ; les taillis serrés, les cultures touffues, sont exempts de larves par la même raison. Un arbre isolé peut préserver un certain nombre de plantes; dans les jardins, les groseilliers, les cassis et les arbustes dont les branches et les feuilles descendent jusqu'à ferre, échappent en général aux larves. La direction du vent a aussi de l'influence : les pontes se font bien en France par les vents du sud etde l'ouest, et mal par les autres. La prudence conseille donc aux cultivateurs de terrains légers et secs, de s'abstenir de fumer et labourer au printemps ; il vaut mieux remettre ces travaux après la ponte.

Les œufs éclosent au bout de trois semaines, selon M. Vibert, d'un mois à six semaines, selon d'autres, et donnent la larve connue sous une foule de noms, suivant les pays {Ver blanc, Ver des jardins, Ver de blé, Ver matis, Ver turc ou Turc, Engraisse-poule, Ton, Man, Meunier, Terre, etc.). Fille est contournée en demi-cercle, comme toutes les larves de Scarabéiens, obèse, à segments boursouflés, d'un blanc un peu jaunritre, ;i pattes plus longues que n'ont d'habitude les larves de cette tribu, plus propres à s'accrocher qu'à marcher. Sur la partie médiane du corps on aperçoit le vaisseau dorsal, dont les mouvements se distinguent parfaitement sous la peau, qui est assez transparente ; la partie postérieure du corps et le sac semblent noirâtres. Sur les parties latérales de chaque anneau, sauf le second, le troisième et le dernier, on aperçoit un stigmate, rendu très-visible par son péritrème corné, dont la couleur rouge tranche fortement sur la peau, blanche. La tête est écailleuse ; les pattes sont d'un rouge brunâtre, ainsi que les pièces buccales; seules les mandibules sont noires à l'extrémité (voy. pi. xxvni, fig. 5, réduite). Les ravages des larves sont bien plus redoutables que ceuxcausés par les adultes, surtout à cause de la longue existence de celles-ci. Elles font peu de dégâts dans leur première année, qui est celle de leur naissance. De même que beaucoup de jeunes chenilles, elles sont alors sociales pendant plusieurs mois, jusqu'à leur première mue, par l'instinct naturel aux êtres faibles et timides, et restent cantonnées près des trous où furent déposés les œufs. Au début de juillet, les petites larves ont environ 18 millimètres de long. Dans les deux premières semaines, elles ne vivent que de terreau, et même on peut les garder vivantes pendant deux mois dans du terreau seul. Au bout d'un mois, elles commencent à attaquer les jeunes semis, mais on ne s'aperçoit de quelque ravage qu'à la fin de septembre de cette première année. A la fin d'octobre, elles ont de 27 à 80 millimètres de longueur et sont à peu près de la grosseur d'une petite plume d'oie.

Au début du mois de novembre, et môme plus tôt, elles s'enfoncent en terre, à 40 ou 50 centimètres, pour échapper aux gelées de l'hiver, et font une petite cellule ronde et aplatie où elles restent engourdies, placées sur le côté et en cercle. Elles remontent au printemps de la seconde année, au commencement d'avril, et le besoin

LE HANNETON. kU5

d'une nourriture plus abondante les oblige à se disperser. Elles creusent des galeries souterraines dans toutes les directions, et attaquent, alors surtout les racines des plantes annuelles et bisannuelles, céréales, colzas, betteraves, etc. Dans les jardins, elles recherchent d'abord, avec prédilection, les racines des fraisiers, des salades, des rosiers, surtout ceux des quatre saisons. Des pépiniéristes plantent des salades pour les attirer et protéger les jeunes arbres ; bientôt tout est atteint, et, dans leur voracité, les larves rongent même les bois morts, les bouts d'échalas. Les plantes atteintes ont les feuilles desséchées et flétries, viennent à la main dès qu'on les tire, le chevelu et le pivot de la racine n'existant plus. Les dévastations sont quelquefois incroyables. Des champs entiers de betteraves, de luzerne, dévastes prairies jaunissent et périssent sur pied ; des champs de blé ou d'avoine perdent le tiers ou la moitié de leurs épis, dont les chaumes tombent avant la maturité. Une nouvelle hibernation a lieu à la fin d'octobre. Les larves, parvenues aux quatre cinquièmes de leur taille, s'enfoncent sous terre; puis, au printemps de la troisième année, elles remontent encore et recommencent leurs ravages. Les larves, plus fortes, ne bornent plus leurs dégâts aux végétaux herbacés, mais elles s'attaquent aussi aux racines des plantes vivaces; il semble que leur corps contourné en arc soit prédisposé à entourer les racines des arbres. On voit tomber flétries les pousses nouvelles qui correspondent aux racines latérales, et l'arbre entier peut mourir si la racine principale est attaquée. A voir les racines coupées, on croirait à des morsures de rats, si l'on n'apercevait, pendants, des filaments irrégulièrement déchirés. Les plantes potagères, fraisiers, salades, etc., sont d'ordinaire coupées au collet. On a quelquefois ramassé un décalitre de Vers blancs autour d'une même souche. En 185Zi un seul pépiniériste de Bourg-la-Reine (banlieue de Paris) évaluait à 30 000 francs les pertes que lui causait cette terrible larve. D'après M. Ratzeburg, un semis considérable de bois fut détruit en 1835, dans les dépendances de l'Institut forestier de Prusse. M. Deschiens rapporte qu'en cinq ans trois semis successifs de Chênes furent anéantis, sur six hectares de terrain, etc. Aussi ne doit-on pas s'étonner si les foudres de l'Église furent autrefois lancés sur les Vers blancs, et nous ne sommes pas beaucoup mieux armés contre eux qu'au temps de ces naïves et pieuses croyances. Un procès fut fait en Auvergne aux Hannetons, avec menace d'excommunication majeure. Les Vers blancs, cause d'une famine, furent cités en 1479 devant le tribunal ecclésiastique de Lausanne. Un avocat de Fribourg fut mandé pour les défendre; il fut sans doute trop peu éloquent ou* trop mal à l'aise devant les méfaits de ses clienls, car le tribunal, après mûre délibération, les bannit du territoire.

Cliaque hiver les larves se sont engourdies dans une loge terreuse qui les abrite. C'est dès la fin de juillet qu'elles commencent à s'enfoncer, soit pour changer de peau, soit pour hiverner et faire leur mue

au réveil printanier , car les auteurs ne paraissent pas bien fixés sur ce point. Elles cessent de manger lors des mues. Enfin, à l'ordinaire après trois mues, à partir de la fin de juin de leur troisième été, leur peau devient d'un jaune terne, surtout sur le dos, et elles s'enfoncent plus profondément qu'elles ne l'ont encore fait, de 50 à 60 centimètres en hiver, pour se changer en nymphes. Elles commencent par se vider de leurs excréments, mais restent très-gonflées de graisse. Si l'on incise leur peau, il en sort une masse d'un tissu blanc comme de la crème, donnant par la chaleur une huile qui surnage si l'on fait bouillir ces larves: cette graisse est destinée à nourrir l'insecte pendant les six mois environ qui précèdent la sortie de terre de l'adulte. Le changement en nymphe se fait en août, septembre ou octobre, selon la température. La larve se construit une coque ovale, en terre gâchée et mêlée de salive glutineuse, mais sans fils de soie, comme l'ont dit à tort Latreille et quelques autres. La nymphe est d'une couleur p;île, d'un jaune roussâtre uniforme, avec deux petites pointes à l'extrémité du corps. C'est au bout de quatre à six semaines que l'adulte fend la pellicule nymphale et s'en débarrasse : mais il est.d'abord mou et jaunâtre ; peu à peu ses téguments se durcissent et se colorent, et il remonte lentement vers la surface du sol , attendant une chaleur suffisante pour sortir. On trouve des Hannetons éclos dès octobre, et même avant et pendant tout l'hiver, dans les labours et les plantations en verger. On comprend alors comment il peut se faire qu'on voie, dans les années chaudes, des Hannetons voler en automne, ainsi qu'on en fit la remarque en 1865, sur beaucoup de points de la France, et même dans les hivers trèsdoux, ce qui fut constaté dans le Wurtemberg et en Suisse, en janvier 183/1 ; mais, le plus généralement, les adultes ne commencent à remonter que dans le courant de février, pour sortir en avril et mai : ils sont en conséquence appelés Scarabées de mai par les Allemands. On voit donc que la durée totale de la vie du Hanneton est de trois ans, du moins en France, en Suisse et dans les provinces rhénanes, ce qui explique comment on a tous les trois ans une année à Hannetons, ceux des années intermédiaires provenant de quelque génération qui a subi un retard et dont la périodicité s'est déplacée. On ne doit guère compter sur ces trois ans que quinze mois d'activité, c'est-à-dire de dégâts, car il faut déduire neuf mois pour trois hivernages et environ six mois pour la nymphose. Dans d'autres pays, par suite de causes mal expliquées et tenant sans doute aux températures moyennes de l'hiver, le développement est plus lent et dure quatre années : ainsi dans la Franconie et le Brandebourg.

La vie entière du Hanneton, qui est en France de trois ans, peut se répartir à peu près de la manière suivante, les dates n'ayant, bien entendu, qu'un sens approximatif:

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