I. — EUCNÉMIDES
Nous commencerons l'élude descriptive des Élatériens par le groupe des Eucnémides, établissant un passage avec les Buprestiens, et dont les auteurs modernes, dans la classification systématique, font une petite tribu distincte. Les Eucnémides ont le corps oblong ou subcylindrique, quelquefois très-allongé; des antennes de onze articles, subfiliformes, dentées ou pei'tinées, insérées assez loin des yeux sous un rebord du front; les pièces buccales très-réduites, un labre nul ou indistinct presque toujours ; les mâchoires à deux petits lobes, avec palpes de quatre articles; une languette membraneuse, sans paraglosses, avec palpes labiaux de trois articles. Le prothorax a son articulation libre sur le mésothorax; le prosternum, presque toujours tronqué en avant, est dépouvu de mentonnière (excepté dans les genres Ceratogonys et Cerophytum). Il se termine postérieurement par une saillie plus ou moins forte, ayant au-dessus d'elle un petit prolongement ou épine du saut [muçro saltatorius de M. Schiodte), servant à régler le saut, presque toujours cachée, pour peu que le prôlhorax soit incliné, et pénétrant librement dans une cavité antérieure du mésosternum. L'abdomen offre en dessous cinq segments apparents dont le dernier est en général le plus o'rand. Les pattes, non fouisseuses, ont les tarses de cinq articles, et les hanches postérieures (sauf dans le genre Cerophijtum) sont pourvues de lames bien plus développées que chez les Élatérides et recouvrant les cuisses au repos.
EUCNÊMIDES. — MELASIS. U99
Les Eucnémides ont lait l'objet d'une monographie importante de M. H. de Bonvouloir {Ann. Soc.entomol. de France, !x^ série, 1871, t. X, partie supplém.). Le catalogue Gemminger-Harold en compte plus de Zi60 espèces.
On trouve chez eux le saut propre aux Élatériens, ce qui nous a engagé à les laisser dans cette tribu, mais avec une bien moindre énergie. M. de Bonvouloir pense qu'il n'y existe pas d'une manière générale.
Les larves et les nymphes ne sont encore connues que dans très-peu d'espèces. Elles n'ont de général que leur tête très-petite, enchâssée dans le prothorax et cornée, et l'absence de pattes. On peut dire que par la forme, la consistance variable des téguments, elles offrent une série de passages entre celles des Buprestiens et celles des Élatériens propres. D'après M. E. Perris, et contrairement à l'opinion de M. Schiodte, elles sont essentiellement lignivores et creusent dans le bois des galeries pleines de la fine poussière résultant de la digestion des fibres ligneuses, ce qui ne veut pas dire qu'elles ne puissent accidentellement dévorer des larves d'autres espèces dont elles rencontrent les galeries. En l'état actuel des collections, le plus grand nombre des espèces proviennent d'Amérique, d'Australie et de l'archipel Indien ; l'Afrique ainsi que l'Europe n'en fournissent que la minorité. Les Eucnémides sont en général oblongs ou allongés, assez souvent cylindroïdes, parfois conoïdes. Ils rappellent certains Buprestiens et surtout les Élatérides. La position verticale de leur tète, qui est assez enfoncée dans le prothorax, tandis qu'elle n'est que penchée chez les Élatérides, leur donne un aspect spécial qui permet de les reconnaître facilement. Leur taille arrive rarement à 30 millimètres, et reste en général assez petite ou moyenne. Leur couleur, le plus souvent assez sombre et uniforme, devient quelquefois claire, et même s'accidente de dessins variés, mais elle ne prend que très-rarement les teintes métalliques.
Les Eucnémides ne comptent que très-peu d'espèces en Europe, toujours rares, dans le bois mort des troncs d'arbres, sous les écorces, à l'entrée des galeries où les larves se sont métamorphosées, jamais sur les fleurs, parfois sur les feuilles, où l'on peut les récolter en fauchant ou en battant. Lacordaire suppose que la rareté de ces insectes dans les collections tient à ce que, peut-être, ils sont nocturnes : il est certain que la rareté de certaines espèces provient surtout de ce que nous ne connaissons pas suffisamment les localités, les mœurs, l'habitat.
GENRES PRINCIPAUX
MEEiASiS, Oliv. — Tête verticale, très-enfoncée dans le prothorax ; épistome trapéziforme, continuant directement le front (caractère de la plupart des Eucnémides). Corselet court, subcylindrique, graduellement rétréci en arrière, avec les anirles postérieurs aigus et saillants. Pattes robustes, larges, comprimées, surtout chez les mâles.
500 COLÉOPTÈRES. — ÉLATÉRlI■^S.
Outre quatre espèces américaines, nous trouvons dans ce genre une espèce d'Europe, le M. buprestoïdes, Linn., nommé par Geoffroy le Richard noir chagriné, existant en Suède, en Angleterre, en France, en Allemagne, en Italie, en Sicile (pi. xxxii, fig. 7 ; 7 a, antenne du mâle). Il est noir, à élytres striées régulièrement, de taille moyenne, le mâle beaucoup plus petit que la femelle. La longueur varie en effet de 5 à 10 millimètres. On connaît sa larve, qui s'éloigne beaucoup de celle des Élatériens propres et ressemble à celle des Buprestiens ; elle est aveugle, apode, allongée et linéaire, sauf un brusque élargissement antérieur, assez molle et souple, en pilon aplati à peau fine et blanche, bien plus longue que ne sera l'adulte. Elle creuse dans le bois récemment mort du Châtaignier, du Bouleau et surtout de l'Aulne, des galeries perpendiculaires aux fibres, à parois nettes, et s'y retourne pour se changer en nymphe dans une partie de la galerie qu'elle arrondit. Ces galeries ont 5 millimètres de largeur sur un seulement de hauteur ; arrondies sur les côtés, elles ont les parois supérieure et inférieure planes et parallèles, et sont remplies de déjections ligneuses pulvérulentes, signe certain du régime de la larve. Les trous de sortie de Tadulfe sont ronds. La larve a la tête cornée et brune, très-enchatonnée dans le prothorax, en losange transversal, munie antérieurement d'un bord arrondi, à quatre dentelures arquées en dehors, sorte de râteau qui doit aider la larve à. creuser la galerie par un mouvement horizontal de la tète. En dessous, et en partie cachées, sont deux mandibules noires, robustes, cornées, profondément bidentées ; les autres pièces buccales sont soudées et très-réduites. Enfin, de chaque côté de la tète sont deux très-courtes antennes, rétractiles, de trois articles. La longueur du tube digestif n'est, comme chez les Élatérides, que celle du corps, et non pas près de trois fois, à la façon des larves de Buprestiens. Cette observation de M. Schiodte ne prouve rien au sujet du régime, car les larves d'Élatérides sont, les unes carnassières, les autres rhizophages ou xylophages. On doit chercher l'adulte, qui n'est pas rare aux environs de Paris, dans le courant de juin, sur le Hêtre, le Saule, le Bouleau, l'Aulne et le Chêne. Il est déjà métamorphosé en hiver, et on le prend quelquefois à cette époque enfoncé très-profondément dans le bois.
EUCU'EMlS, Ahreiis. — Corps oblong, médiocrement convexe supérieurement. Tête très-convexe en avant, assez profondément enfoncée dans le protliorax ; antennes un peu dentées intérieurement. Corselet graduellement rétréci en avant. Élytres graduellement rétrécies en arrière. Pattes courtes et assez grêles.
Ce genre ne renferme qu'une seule espèce, de 5 à 7 millimètres, VE. capucina, Ahrens, d'un noir de poix, avec les appendices ferrugineux. Elle est représentée pi. xxxui, fig. 1. Est répandue dans une
EUCNÉMIDES. — PTEHOTARSUS, GABBA, CRYPTOSIOMA. 501
grande partie de l'Europe, car on l'indique de Suède, de Danemark, de Pologne, d'Autriche et d'Allemagne. On la recherchera en France d'avril à juin, selon les latitudes. M. G.-Méneville dit en avoir pris quatre ou cinq individus à Paris, au Champ de Mars même, sur le tronc d'un Orme. Les amateurs parisiens peuvent capturer cette espèce, rare pour leur faune, en visitant les troncs cariés des Ormes, des Chênes, des Hêtres, des Peupliers et des Tilleuls. L'insecte saute comme un véritable Élatéride, mais beaucoup moins.
La larve de VE. capucina, longue de IZi à 15 millimètres, commence à se rapprocher par sa consistance de celles des Ellatérides. Elle est linéaire, subdéprimée, roussâtre, subcornée, glabre et assez luisante. La tête, très-plate, de couleur ferrugineuse, offre en avant un rebord ayant sept dentelures de chaque côté. Il n'y a pas d'ocelles. Le thorax est dépourvu de pattes, et le corps a douze segments, outre la tête, ayant la plupart du temps une petite aréole elliptique transversale. Us sont subégaux, sauf le segment anal, qui est élargi et orbiculaire, plus corné que les autres, muni d'une plaque veloutée et d'aspérités rousses. Cette larve vit de bois ramolli et a été trouvée entre les feuillets d'un Orme attaqué de pourriture sèche. Elle se meut au moyen du râteau céphalique et d'un grand nombre de plaques et de lisières veloutées des segments, qui sont des brosses de très-fines spinules serrées et inclinées en arrière. La nymphe se forme là où vivait la larve, et porte quelques poils fins sur la tête, le thorax et les élytres.
PTEROTAR§>r!S, Eschscli. — Écusson assez grand, oblong. Élytres acuminées au bout. Tarses munis de longues lamelles ; antennes fortement flabellées.
Insectes ornés de couleurs vives, des régions chaudes de l'Amérique du Sud orientale. — Ex. : P. histrio, G.-Mén., du Brésil (pi. xxxiii, fig. 2; 2 a, antenne ; 2 6, tête et dessous du corselet). — Treize espèces.
UAliBA, G.-Mén. — Caractères voisins des précédents.
Espèces des îles malaises et mélanésiennes et de la Nouvelle-Calédonie, ornées de couleurs vives dues en partie à des poils soyeux à. reflets satinés. — Ex. : G. marmorata, G.-Mén., de la Nouvelle-Guinée (pi. xxxui, fig. 3, corselet vu en dessous ; 3 a, tarse antérieur; 3 6, antenne).
CRVPTOSTO.UA, Latr., ou Ceratogonys, Perty. — Antennes longues, robustes, subgéiiiculées, h premiers articles carénés et dentés ; une mentonnière.
Le type est le C. spinicorne, Fabr., qu'on trouve à la Guyane et au Brésil sur les feuilles dans les bois (pi. xxxm, fig. 9 ; 9 a, tarse antérieur). Espèces de la Guyane, du Brésil, delà Nouvelle-Grenade.
502 COLÉOPTÈRES. — ÉLAÏÉRIENS.
iVElUATODES, Latr. — Élytres très-allongées, graduellement atténuées d'avant en arrière, peu convexes. Corps très-allongé, déprimé ; antennes filiformes.
Le type est le N. filum, Fabr. (pi. xxxiii, fig. 11; 11 a, antenne grossie), noir, à pattes et antennes rougeâtres, du midi de la France, d'Autriche, d'Espagne, de Portugal. Les autres espèces de Russie, de Sumatra et des deux Amériques, surtout des régions chaudes.
PHYI.I.OCERUIS, Lepell. et A. Serv. — Antennes dont les articles, à partir du quatrième, émettent de longs rameaux.
Ex. : P. flavipennis , G.-Mén., de Dalmatie, d'Italie méridionale, de Sicile; assez rare. — PI. xxxm, fig. 16, antenne grossie.
Nous signalerons quelques autres genres, à cause des métamorphoses partiellement connues. Un des genres d'Eucnémides les plus nombreux en espèces, des deux Amériques, d'Australie, de Madagascar, de l'archipel indien, le genre Fornax, Cast., a quelques larves connues. Elles ressemblent beaucoup à celle de VEucnemis capucina, sont roussâtres, subcornées et subdéprimées, sensiblement linéaires, avec plaques veloutées et aréoles elliptiques, et le dernier segment ponctué et muni d'aspérités; il n'y a que des différences légères dans les dentelures antérieures de la tète. Le genre Xylobius, Latr., ne compte que deux espèces, toutes deux d'Europe, surtout des montagnes, le X. Alni, Latr., et leX humeralis, L. Dufour. La larve de ce dernier, longue de 8 à 10 millimètres, d'un blanc roussâtre, est linéaire, subdéprimée et subcornée. Le râteau céphalique a quatre dents de chaque côté. Le corps apode offre douze segments subégaux, outre la tête, munis d'aréoles elliptiques rousses, le dernier segment rétréci, villeux, et ayant en dessous une dépression couverte d'aspérités rousses. Elle vit dans les Sapins pourris des forêts des Pyrénées, la femelle pondant ses œufs sur les Sapins debout ou abattus, morts depuis longtemps, dont le bois est ramolli et décomposé par les intempéries. Les larves creusent des galeries transversales cylindriques, et se nymphosent à leur extrémité un peu élargie. Leur régime est inconnu.
Entre ces larves, affiliées de près à celles des Élatérides, et la larve du Melasis, qui est du type Bupreste, se place intermédiairement u^ie larve des plus curieuses, où M. E. Perris a découvert une hypermétamorphose. Elle appartient au Farsus, Jacq. du Val, unicolor, Latr., Eucnémide de la France méridionale et de l'Italie. Elle est lignivore, et creuse des galeries cylindriques, perpendiculaires aux fibres du bois, dans les vieux troncs de Chêne ramollis par la carie. Sous sa première forme, cette larve atteignant? millimètres, est elliptique, trèsventrue, apode, d'un blanc presque mat, charnue, assez ferme, parfaitement glabre et lisse, même au microscope. Sa tiHe est très-petite, sub-
CEROPHYTUM. — ÉLATÉRIDES. 503
convexe et blanche comme le reste du corps, avec les pièces buccales rudimentaires. Les segmenis du corps, au nombre de douze, sont trèsinégaux et bien plus bombés et boursouflés du côté ventral que de l'autre. Us portent au milieu, en dessus et en dessous, une petite aréole roussâlre et elliptique.
Après la mue, cette larve se modifie tellement, qu'on croirait avoir aflaire à un insecte d'un tout autre groupe. Elle reste, comme la précédente, apode, de douze segments outre la tête, garde les mêmes stigmates et les mêmes aréoles elliptiques, sauf sur les deux segments extrêmes ; mais la taille s'est accrue de 10 à 11 millimètres, à peu près celle de l'adulte, avec beaucoup de sujets bien plus petits; la forme est devenue allongée, presque cylindrique, un peu rétrécie antérieurement et surtout postérieurement, d'une manière graduelle. Le corps s'est couvert de très-fines spinules inclinées en arrière, et la tête de la première larve, charnue et peu apparente, s'est changée en un prisme ou groin ferrugineux, découpé antérieurement en six dentelures. Cette seconde larve devient uae nymphe nue, sans coque, dont la taille diffère de 10 à 3 millimètres, portant quelques poils fins. L'insecte adulte sort du bois par un trou circulaire, et saute faiblement à la façon élatérienne j sa taille varie de 10 millimètres à 2'"™, 50.
CEROPHYTliM, Lalr. — Front forlement gibbeux en avant; antennes insérées sur cette gibbosilé, tiès-rapprochées à leur base, munies en dedans chez les mâles, à partir du troisième article, d'un long rameau clavifornie, obtusément dentées chez les femelles. Proslernum prolongé en avant en mentonnière. Hanches postérieures enfouies dans leurs cavités cotyloïdes, sans aucune lame supérieure. Corps oblong, subconvexe.
Les caractères anomaux de ce genre avaient décidé Lacordaire à en faire une petite famille, celle des Cérophytides. Les espèces sont des deux Amériques, et le type de France, d'Allemagne, d'Italie, se prend au printemps en battant les Saules marsaults, et aussi sur les Peupliers. C'est le C. elateroides, Latr., noir, assez petit (pi. xxxni, fig. 6, mâle ; 6a, palpe maxillaire; 6 6, tarse antérieur). Cet insecte se trouve aux environs de Paris, mais rare, dans les arbres ou sur les troncs. On a signalé dans une espèce de l'Amérique du Nord un mode de saut autre que celui des Élatérides propres. C'est en rapprochant du prothorax les pattes antérieures, puis les débandant d'une manière subite, qu'elle serait lancée à une plus ou moins grande hauteur.
IL — ÉLATÉRIDES.
Les genres qui suivent constituent le groupe des Élatérides ou Élatériens proprement dits. Ils ont les antennes insérées près des yeux, un
50^ COLÉOPTÈRES. — ÉLA.TÉRIENS.
labre distinct et variable, la saillie prosternale postérieure, avec un mucro saltatorius nul ou rudimen taire, bien mobile dans la cavité du mésosternum, de sorte que le saut, dont nous avons décrit le mécanisme, est plus développé que chez les Eucnémides, et que la plus grande partie des genres présenlent la faculté saltatoire dont toute la tribu tire son nom. Presque toujours une mentonnière prosternale en avant, des pattes linéaires, à petits éperons, non fouisseuses.
A ces caractères se joignent ceux-ci : Tête le plus souvent inclinée, plus rarement verticale ; mâchoires à deux lobes ciliés avec palpes de quatre articles; languette en général saillante, avec palpes de trois articles, sans paraglosse ; antennes de onze articles (douze chez quelques exotiques), plus ou moins dentées en scie intérieurement ou môme pectinées, insérées près du bord antérieur des yeux. Prothorax à articulation libre en dessous contre le mésothorax, souvent prolongé aux angles postérieurs. Corps en général plus ou moins allongé, plus ou moins aplati en dessus et subcaréné en dessous, ovalaire ou subcylindrique. Écusson ovale et médiocre. Élytres do la largeur du corselet en avant ou un peu plus étroites, généralement très-allongées et plus ou moins rétrécies en arrière, à extrémité fréquemment spiniforme, plus rarement échancrée. Abdomen offrant inférieurement cinq segments apparents distincts ; hanches antérieures en général globuleuses, sans trochantins apparents. Tarses de cinq articles.
Le système nerveux des Élatériens est très-allongé, les noyaux du thorax et de l'abdomen étant irès-espacés,avec trois centres distincts dans le thorax. Il établit une grande différence entre cette tribu et celle des Buprestiens, et la distinction se complète par la forme des larves et leur structure.
Les Élatérides ont été étudiés dans un ouvrage important de M. Candèze [Monogr. des Élatérides, /i vol., 1857 à 1860, extrait des Mém. de la Soc. royale de Liège).
Leur forme est caractéristique, par l'élargissement du corselet, puis par le corps atténué graduellement en arrière; parfois ils sont étroits et linéaires. Leur taille est très-variable, de 70 à 80 millimètres {Tetralobus flabellicornis) à 2 à 3 millimètres seulement. Leurs téguments sont assez durs, sauf chez quelques Campijlus, où ils restent mous et flexibles à la façon des Malacodermes. Ils oifrent le plus souvent des couleurs uniformes et sombres, voilées en partie par des poils couchés, gris ou jaunâtres, ou par des écailles; certains ont des couleurs vives et tranchées, les unes pour le corselet, les autres pour les élytres, ou métalliques comme les Buprestes.
Les Élatérides adultes sont herbivores, au moins pour l'immense majorité ; peut-être les Cryptohypnus, insectes ripicoles qu'on trouve souvent dans des lieux sans végétaux, sont-ils carnassiers. Beaucoup sont diurnes et se tiennent en général sur les feuilles et aussi sur les fleurs, parfois sous les écorces, ou entre leurs fissures, où ils boivent la
/•LATÉRIOl-S. 505
séve, dans les troncs, sous les pierres. Lorsqu'on veut les saisir, ils se laissent tomber en contractant leurs pattes sous le ventre, et si, par cette chute, se trouvent placés sur le dos, ne tardent pas, dès qu'ils sont un peu rassurés, à faire usage de leur faculté de sauter. Ils ne volent guère qu'à l'ardeur du soleil, d'un vol assez facile, mais dont l'essor n'est pas immédiat. Il est certaines espèces de divers genres, même dans notre pays, qui sont crépusculaires ou nocturnes, et en . mérique ce n'est qu'à l'entrée de la nuit que les Pyrophores se mettent en mouvement, et tracent dans l'air, entre les arbres, des girandoles de lumière.
Les larves des Élatérides les distinguent bien nettement de celles des Buprestiens, et môme des Eucnémides. Elles sont munies de pattes allongées, revêtues d'écussons cornés sur les segments qui suivent la tête, tantôt grêles et subcylindriques {Elater, Agrrotes, etc.), tantôt déprimées, mais sans renflements {Agrypnus, Athoiis, etc.), avec de rares poils roides entre les anneaux. La dureté de la peau et leur aspect les ont fait nommer par les Anglais et les Allemands Vers fils de fer. Leur forme extérieure établit un vague rapport avec les larves des Mélasomes et des Ténébrions (l'ers de farine), mais elles s'en distinguent par la lête, les pièces buccales, les pattes, non moins que les adultes par leur forme et leur structure; ce qui est le cas habituel des familles naturelles où la séparation typique se montre aux divers états de développement. D'après M. Candèze, le caractère général qui sépare essentiellement ces larves de celles des autres Sternoxes consiste en ce que les mâchoires et le menton, plus ou moins allongés et logés dans une profonde échancrure de la face inférieure de la tête, sont soudés entre eux dans toute leur longueur, et ne forment plus ainsi qu'une seule pièce, présentant sur sa face externe deux sutures longitudinales. La mâchoire offre un lobe externe à deux palpes, comme chez les larves de Carabus.
Les organes buccaux offrent d'incontestables analogies avec les larves des Carabiens dont les rapproche le régime habituel, et chez les larves déprimées d'Élatériens l'aspect général est le même. L'épistome et le labre sont soudés, ainsi que le menton et les mâchoires ; les palpes maxillaires ont quatre articles ; les mandibules sont arquées et acérées, quoique moins que dans les larves de Carabiens. La tête aplatie porte de courtes antennes. Les segments du thorax ne diffèrent pas en longueur et en largeur des segments de l'abdomen, sauf le prothorax, qui est un peu plus long; ils portent des pattes courtes, épaisses et robustes. Les stigmates sont comme à l'ordinaire. Elles se divisent en deux catégories, suivant que le dernier segment abdominal, qui porte l'anus, est divisé en deux saillies cornée?, {Agrypnus, Lacon, Alaus, etc.), ou qu'il reste inerme et entier {Elater, Ludius, Agriotes).
Le régime des larves des Élatérides est varié. La plupart sont carnassières. L. Dufour, M. Ratzeburg, les ont vues dévorer diverses larves, et
506 COLÉOPTÈRES. — ÉLATÉRJENS.
mùme des larves de leur propre espèce. M. E. Perris a nourri en partie les larves des Élatérides du Pin maritime, qu'il élevait en captivité pour les étudier, avec des larves de Longicornes. Outre les proies vivantes, elles se repaissent aussi de matières animalisées, excréments et dépouilles, qu'elles trouvent en abondance dans les vermoulures des végétaux altérés où elles serpentent. On les élève bien avec de la vermoulure de troncs cariés dans laquelle on intercale quelques larves. Il en est certaines, au contraire, qui semblent essentiellement phytophages, par un renversement de régime dont les Carabiens et les Sylphiens nous ont déjà offert des exemples {Zabrus, Amara, Silpha obscura, etc.). Les larves des divers Agriotes dévorent les racines des céréales, les légumes des jardins, les fourrages-racines, et spécialement l'espèce Agriotes Uneatas ou segetis. Le mieux, pour les détruire, est d'opérer une alternance de culture amenant une plante que l'insecte ne mange pas et qui produit sa mort par famine, car ces espèces voyagent peu et restent cantonnées là où elles naissent ; malheureusement VAgi-iûtes lineatus ou segetis s'attaque à beaucoup de plantes différentes. La larve du Lacon murinus dévaste les racines des arbustes et des arbres à fruits. Peut-être certaines larves d'Élatériens qu'on trouve dans des bulbes, dans des racines de céréales, n'y sont-elles en réalité qu'à la chasse de larves de Diptères phytophages. De grandes incertitudes régnent encore sur la durée de la vie des larves des Élatériens. Dans les circonstances ordinaires, croit M. Perris, pour les larves de notre pays, elles accomplissent leurs phases en deux ans.
On peut s'étonner comment des insectes larges comme les Élatériens sortent de larves eftilées qu'ils excèdent tant de fois en grosseur. La larve parvenue à son terme s'enferme dans une cellule façonnée avec les matières où elle a vécu ou la terre qui entoure les racines; bientôt elle devient immobile, se raccourcit et se dilate au milieu, et prend peu à peu une forme ellipsoïdale, avec les flancs très-bombés et largement blanchâtres. Puis la peau se fend sur le thorax et sur une partie de l'abdomen, la nymphe paraît, et en quelques instants refoule son maillot à l'extrémité du corps. Cette nymphe, contrairement à celle des Buprestiens, est mobile, et, à l'aide des épines de son dernier segment et des ondulations de son corps, peut facilement se retourner dans sa cellule.
GENRES PRINCIPAUX
AOELOCERA, Latr. — Corselet en général plus long que large, sillonné et bossue, à angles postérieurs médiocres et divergents. Elytres allongées, déprimées. Antennes courtes, peu robustes, reçues au repos dans des sillons prosternaux profonds.
Les Adélocères sont de taille moyenne, revêtus de poils squameux ou d'écaillés formant des marbrures sur une livrée sombre. Ils sont de
ÉLATÉRIDES. — LACON. 507
toutes les régions, sauf de l'Afrique propre et l'Australie; vivent sous les écorces, dans le bois en décomposition, parfois sous les pierres. — Ex. : ^. Chabannei, G.-Mén., de l'intérieur du Brésil. — PI. xxxiii, fig. /i; U a, tête et corselet vus en dessous.
LACOJV, Lap. de Cast. — Caractères analogues, avec forme élargie et courte. Antennes reçues inférieurement-, au repos, dans des sillons prosternaux profonds.
Le genre Lacan, comprenant plus de cent espèces absolument de tous pays, n'en a que trois en Europe, et encore deux sont plus réellement caucasiennes. Le type est le L. murinus, Linn., de 16 millimètres de long sur 5 de large, d'un brun noirâtre, recouvert de poils courts, serrés et couchés, de deux couleurs, blanchâtres et bruns, formant en dessus et en dessous des nébulosités marbrées. Les élytres sont convexes, à fines stries ponctuées visibles sous les poils. On trouve l'adulte très-communément sur les feuilles et les gazons dans toute l'Europe, dans le Caucase, en Sibérie. La larve est très-nuisible aux racines des arbres fruitiers et arbrisseaux. M. Westwood dit qu'elle se plaît dans la mousse. Il l'a figurée et décrite [Introd. tothe modem classif. of Insects, 1839, l, 233); elle a aussi été figurée par M. E. Blanchard (Règne anim. de Cuv., Insectes, pi. 15, fig. 7, la, 18/i5).
Dans un genre voisin, Agrypnus, Esch., nous devons mentionner 1'^. carhonarius, Oliv., ou atomarius, Fabr., Élatérien abondamment répandu en Europe et en Algérie. Sa larve a été étudiée et représentée par M. Lucas {Ann. Soc. entomol. de France, 1852). Elle est longue de 28 millimètres environ, à tête et prothorax d'un brun marron brillant, le reste du corps d'un testacé luisant, ainsi que les pattes courtes et robustes. La région postérieure de la larve est fort remarquable. Le dernier segment, allongé et très-étroit, est terminé par une plaque cornée, relevée, en forme de fer à cheval, avec la partie postérieure profondément échancrée; elle est armée de longs poils et de robustes épines; l'anus s'ouvre au bout d'un pseudopode allongé, muni de deux forts crochets.
Cette conformation est en rapport avec le mode d'existence de cette larve, qui vit dans le bois mort des Pins presque réduit en poussière, et se plaît dans les sillons creusés par d'autres larves, notamment celles du Buprestis Mariana. Elle remonte très-rapidement ces sillons. Pour cela, elle s'accroche d'abord avec ses pattes et ses mandibules; puis, courbant son corps en arc de cercle, elle cherche un point d'appui, soit avec la plaque épineuse du dernier segment, soit avec les crochets du tube anal. Elle lâche alors la place où tenaient ses organes antérieurs et les projette plus loin en avant, puis s'appuie de nouveau sur la région postérieure, etc., et cela avec promptitude. Les adultes se rassemblent au nombre de douze à quinze, pressés les uns contre les
508 COLÉOPTÈRES — l-LVfÉRIENS.
autres sur l'aubier, et se laissent tomber les uns après les autres, si l'on cherche à saisir l'un d'eux.
TETR/tliOBUii, Serv. et Lepell. — Antennes dont les articles émettent, à partir du quatrième, de très-longs et larges rameaux chez les mâles, et sont simplement dentés chez les femelles.
Ce beau genre se compose de grandes espèces de l'Afrique australe et de la Nouvelle-Hollande, pouvant atteindre près d'un décimètre de long, jamais métalliques, noirs ou d'un brun rougeâtre, avec une fine pubescence cendrée ou fauve. — Ex. : T. flabellicornis, Linn., de toute la côte occidentale d'Afrique, aussi de la Cafrerie et du cap de Bonne- Espérance. — PI. xxxiii, flg. 12, fête et antennes du mâle.
LOBODKRlJj^, G.-Mén. — Tête petite, à front arrondi et caréné en avant. Corselet transversal, arrondi sur les côtés, à angles postérieurs arrondis, non saillants.
Ce genre est fondé sur une seule espèce, un rare insecte de la province de Saint-Paul, au Brésil, le L. appendiculatus, Perty (pi. xxxni, fig. 10, tête et corselet vus en dessous et grossis). Il est d'un brun rougeâtre, à élytres striées et couvert d'une pubescence jaunâtre. La figure est d'une femelle.
ATHOUS, Eschsch. — Antennes point ou très-incomplétement reçues dans des sillons prôsternaux (ce caractère se retrouve dans les genres suivants). Corselet à angles postérieurs courts et robustes. Corps allongé, plus large et plus convexe chez les femelles.
Ces insectes sont riches en espèces, plus de cent. Elles sont pour la plupart de livrée uniforme, finement pubescentes, quelques-unes avec bandes flexueuses sur les élytres. On trouve sur les montagnes l'A. rufus, de Geer, long de 25 à 30 millimètres, sur 6 à 8 de large, un des plus grands Élatérides d'Europe, rare, d'un rouge ferrugineux assez luisant, crépusculaire, dormant le jour sur les troncs ; et partout l'A. niger, Linn., ou hirtus, Herbst, d'un noir brillant, à pubescence grise, peut-être le Taupin en deuil, n° 13, de Geoffroy; et surtout, très-communément, A. hœmorrhoidalis, Fabr., de 10 à 12 millimètres, allongé, assez convexe, d'un brun foncé, ou d'autres fois d'un rouge brunâtre, couvert d'une pubescence grisâtre, et il. iJîftofMS, Fabr., à peu près de môme taille, variant beaucoup, subparallèle, peu convexe, brun, à corselet bordé de roussâlre, à élytres roussâtres, avec une bande suturale et une bande externe d'un brun noirâtre. On rencontre encore aux environs de Paris l'A. longicoUis, Oliv., à corselet fauve, à élytres testacées, vivant sur les Graminées. Les Athous se prennent sur les plantes. Les emelles diffèrent assez fortement des mâles, sont plus grandes, plus
ÉLATÉRIDliS. — PACHYDERES, ELATER. 509
larges et plus bombées, à téguments plus luisants et ordinairement d'une teinte plus claire. Les espèces de ce genre sont de diverses régions de l'Europe, de l'Amérique russe, de toute l'Amérique septentrionale, de Sibérie, du Japon, deCeylan.
PACHYDEREi^, Latr. — Corselet de forme exagérée, plus large que les élytres, à angles postérieurs très-grands, divergents et carénés.
Nous représentons le mâle d'une rare espèce des îles de la Sonde, à corselet rouge, écarlate sauf aux angles postérieurs, à antennes et pattes noires, à élytres noires, parfois rouges. C'est le P. nificollis, G.- Mén. (pi. XXXIII, fîg. 5; 5 a, tâte vue en dessous ; 5 b, palpe maxillaire ; 5c, tarse antérieur; 5d, antenne). — Quatre espèces indo-sondaïques.
EliATER, Linn. — Genre très-difficile à spécifier, ayant les élytres en entier ou en partie d'un beau rouge sanguin ou jaunâtres; écusson ovalaire.
Les noms spécifiques désignent eu général cette particularité : ainsi, dans ceux répandus par toute l'Europe, E. sanguineus, Linn., sanguinolentus, Schrank, crocatus, Stepli., prœustus, Fabr., lytropterus, Germ., cinnaberinus, Eschsch., etc. L'E sanguineus, de 12 à 17 millimètres de long, est un bel insecte noir brillant, à poils noirs, avec les élytres d'un beau rouge de cinnabre clair. C'est le Taupin à étuis rouges, n° 2, de Geoffroy, répandu dans toute l'Europe, le nord de l'Afrique, et jusque dans les régions occidentales de l'Asie, vivant -a' l'intérieur des Saules. V E . sanguinolentus a une tache noire fusiforme sur la suture de ses élytres rouges ; il est un peu plus petit, se rencontre aussi dans les Saules, et n'est peut-être qu'une variété du précédent. h'E. cinnaberinus a une pubescence d'un fauve doré, vivant dans le Hêtre. Enfin VE. prœustus, surtout du nord de la France et de l'Allemague, a les élytres rouges avec le bout noir.
Les Élatères se trouvent surtout dans les vieux troncs et sous les écorces des arbres morts, parfois sous les pierres. Ils sont en général d'une taille un peu au-dessous de la moyenne, noirs ou parés de couleurs vives variant entre le rouge et le jaune, sans reflet métallique, d'aspect souvent mat ou médiocrement luisants, toujours pubescents. Les régions froides et tempérées des deux continents sont surtout leur patrie; on en cite aussi du Japon, d'Australie, de Patagonie, des Indes orientales, de la Nouvelle-Calédonie et de Taïti. Nous ferons cette remarque que les E. sanguineus et crucatus, et probablement d'autres, restent endormis pendant le jour, ne s'éveillant et ne s'agitant que le soir.
510 COLÉOPTÈRES. — I L^TÉRIliNS.
CIUDIORHIMUiS, Eschscholtz. — Corselet plus long que large, à angles postérieurs robustes, carénés, divergents. Antennes grêles. Elytres allongées, graduellement et fortement rétrécies en arrière. Labre grand, sillonné, paraissant bilobé.
Les insectes de ce genre sont sveltes^ finement pubescents, rà élytres striées, noirs avec les bords du corselet rouges ou fauves, et des bandes longitudinales d'un jaune fauve sur les élytres. Us abondent dans les régions chaudes de l'Amérique du Sud, et y caractérisent la faune des Élatérides, surfout au Brésil ; ils vivent sur les plantes basses. — Ex. : C. plagiatus, Germar, du Brésil (pi. xxxiii, fig, IZi; l/i a, antenne). Les taches ou bandes jaunes ou rouges peuvent prendre la couleur noire du fond, et vice versa.
PYROPHORUS, Illig. — Tète carrée et excavée. Yeux très-gros. Corselet en général transversal et convexe, à angles postérieurs robustes et carénés, présentant le plus souvent à leur base une vésicule phosphorescente (qui manque dans quelques espèces). Tarses filiformes, comprimés.
L'intérêt considérable qui s'attache à ces insectes est expliqué par leur nom vulgaire de Taupins lumineux. La sécrétion phosphorescente est plus intense que celle des Lampyres et son siège est différent. Quoiqu'il n'y ait pas eu sur ces insectes d'expérience directe, comme sur les Lampyres européens, nul doute qu'elle ne soit due à la combustion lente d'une matière carburée. Chez les grandes espèces, la lueur est aussi intense que celle d'une petite chandelle, et permet de lire à distance. Les Pyrophores sont exclusivement propres à l'Amérique, et l'on en compte quatre-vingts espèces répandues depuis les parties méridionales des États-Unis, existant dans les Antilles, abondantes surtout dans les régions chaudes de l'Amérique du Sud, et s'étendant jusqu'à la confédération Argentine et le Chili. Sauf un petit nombre d'espèces, comme les P. forniosus, Germ., du Brésil, cAncticollis, Germ., du môme pays, les insectes de ce genre sont peu brillants, leur teinte variant du brun noir au rougeâtre testacé. Leur taille est grande ou moyenne. Les vésicules phosphorescentes du corselet manquent chez quelques espèces, qui se rattachent au genre par le reste des caractères. Quelques espèces, sinon toutes, outre ces vésicules, principal organe lumineux, possèdent encore un troisième foyer lucifère sur la face inférieure du corps, à l'union du mésothorax avec le métathorax. D'après M. Candèze, les Pyrophores à très-gros yeux sont les mâles d'espèces où les femelles ont la tête normale. Les Pyrophores des Antilles sont, en général, reconnaissables à leur taille plus svelle que les espèces du continent. Ils ne volent guère que la nuit, et, paraît-il, très-rapidement. Lejour, ils se tiennent cachés sous les feuilles et au pied des arbres.
Comme chez les Lampyres, l'éclat phosphorescent est un appel à la
ÉLATÉRIDES. — PYROPHORUS. 511
recherche des sexes, car les Indiens, au milieu des i'orèls qu'ils font étinceler sous leurs flammes animées, les attirent en balançant en l'air un charbon incandescent attaché au bout d'un bâton. Ils s'en servent pour s'éclairer dans leurs marches nocturnes, en les attachant sur leurs orteils. On rapporte que, lors de la conquête espagnole, une troupe nouvellement débarquée et en hostilité avec les aventuriers déjà établis dans le pays, crut voir dans les Pyrophores brillants à travers le feuillage les mèches d'arquebuses d'une nombreuse cohorte prête à faire feu, et n'osa engager le combat. Dans les Mémoires de l'ancienne Académie des sciences, 1766, nous trouvons une notice détaillée sur un de ces insectes, qui causa une vive frayeur dans le faubourg Saint-Antoine, en parcourant pendant la nuit un atelier, et projetant une lueur qu'on attribuait à quelque revenant : il sortait d'un morceau de bois des Iles, car les larves de ces insectes vivent dans le bois.
Les Pyrophores, et surtout ceux de l'espèce commune, P. noctilucus, Linn., de la Guyane, du Brésil, de la Guadeloupe, sont nommés Cucujos dans l'Amérique espagnole, et sont employés pour la parure comme des bijoux vivants, bien autrement éclatants que les gemmes du plus grand prix. Les femmes indigènes en forment des colliers de feu et des pendants d'oreilles. Les dames les introduisent le soir dans des petits sacs de tulle léger qu'on dispose avec goût sur les jupes. 11 en est d'autres à qui on passe, sans les blesser, une aiguille entre la tête et le corselet, et on la pique ensuite dans les cheveux pour maintenir la mantille, en les entourant de plumes d'oiseaux-mouches et de diamants, ce qui produit une éblouissante coiffure. On transporte pour cet usage les Cucujos, contenus dans de petites cages, dans des régions plus septentrionales que celles où ils vivent librement. Ils servent de jouets aux dames créoles de la Havane. Souvent, par un charmant caprice, elles les placent dans les plis de leur blanche robe de mousseline qui semble alors réfléchir les rayons argentés de la lune, ou bien elles les fixent dans leurs beaux cheveux noirs. Cette coiffure originale a un éclat magique, qui s'harmonise parfaitement avec le genre de beauté de ces pâles et brunes Espagnoles. Une séance de quelques heures passée de la sorte fatigue ces pauvres insectes, ce qu'atteste la diminution ou la disparition passagère de leur lueur. On les secoue, on les irrite pour la ramener. C'est le fait général chez les animaux phosphorescents, que la sécrétion de matière combustible est liée aux mêmes causes que celles qui produisent la contraction musculaire. Au retour de la soirée où ils ont fait valoir ses charmes, la maîtresse prend grand soin de ses Cucujos, car ils sont extrêmement délicats. Elle les jette d'abord dans un vase d'eau pour les rafraîchir, précaution indispensable si Ion veut les garder vivants en captivité, car ces bains d'eau fraîche remplacent pour eux les rosées du soir et du matin. Puis elle les place dans une petite cage de fils de métal où ils passent la nuit à jouer et à sucer des morceaux de canne à sucre, brillant alors constamment pendant tout
512 COLÉOPTÈRES. — ÉLATÉRIENS.
le temps qu'ils s'agitent, de sorte que la cage, comme une veilleuse vivante, répand une douce clarté dans la chambre. Des Pyrophores au fin pelage cendré, P. strabus, Germar, furent rapportés vivants du Mexique, et remis au Muséum par la commission scientifique envoyée dans ce pays lors de l'expédition française. M. E. Blanchard réussit à en conserver des sujets vivants pendant plusieurs mois. Leur lumière était verdâtre, comme celle des lanternes de certaines voitures publiques, et, outre les deux taches ovalaires du corselet, apparaissait aussi entre les anneaux de l'abdomen.
PHOTOPHORlIN, Candèze. — Caractères analogues à ceux des Pyrophorus. Mésosternum autrement conformé. Tarses à articles 2, 3, 4, courts, dilatés en cupule au-dessous.
Ce genre représente les Pyrophores dans la Polynésie. F-a phosphorescence dépend des mômes organes. Il compte trois espèces des Nouvelles-Hébrides, des îles Viti, de l'île Lifu.
CORYMBITES, Latr. — Antennes dentées à partir du troisième article, ou même flabellées chez les mâles. Elytres variables. Pas de carène frontale, ce qui les sépare des Athous.
Ce genre est très-nombreux en espèces, plus de cent soixante, de tous les pays, principalement des régions tempérées et froides de l'hémisphère boréal, des deux continents, avec très-peu d'espèces intertropicales. On trouve ces insectes sur les fleurs, sur les feuilles des plantes basses, et de préférence sur les Graminées; aussi certaines espèces sont très-nuisibles. Ils sont presque tous de taille moyenne, à téguments pubescents ou glabres, généralement brillants, ornés de couleurs variées, quelquefois tachetés, offrant souvent le reflet métallique, comme l'indiquent certains noms spécifiques : ainsi C. œneus, Linn., C. cupreus, Fabr., C. virens, Schrank, etc. Il y a des espèces où les antennes sont simplement en scie dans les deux sexes. On trouve communément partout, surtout dans les endroits humides, le C. tessellatus, Linn., de 13 à 15 millimètres, d'un bronzé brunâtre, à peine cuivreux, avec poils bruns mêlés de poils gris en taches arrondies; le C. latus, Fabr., de 11 à 15 millimètres, épais, élargi, d'un bronzé verdâtre ou brunâtre, avec pubescence grise, très-commun dans les blés et très-nuisible, de l'Europe centrale, du Caucase, de la Sibérie. Une belle et rare espèce de ce groupe, ù rechercher à Fontainebleau, est le C. cruciaius, Linn. , de 12 millimètres, noir, avec deux bandes rougeâtres au corselet, les élytres jaunes et noires crucialement. Dans un autre groupe les antennes sont longuement pectinées chez les mâles et fortement dentées chez les femelles. On trouve près de Paris le C. pectinicornis, Linn., d'un vert bronzé cuivreux, à pubescence grisâtre, de 12 à 15 millim.,
ÉLATÉRIi.ES. — AGRIOTES. 513
à antennes noires, le Taupin brun cuivreux de Geofl'roy ; le C. castaneus, Linn., de 10 cà 12 millimètres, à longs poils d'un jaune doré, à élytres d'un beau jaune^, un peu noires au bout, le Taupin à corselet velouté de Geofl'roy. Citons enfin le C. purpureus, Poda^ ou hœmatodes, Fabr,, de 11 à 13 millimètres, noir, avec corselet brun et les élytres d'un beau rouge de sang, couvert de poils rouges donnant des reflets (pi. xxxin, fig. 13, antenne du mCile), de France et d'Allemagne méridionale, d'Italie, s'étendant en Orient jusqu'à l'Himalaya.
AGRIOTES, Eschscli. — Front coupé carrément, rétréci par les cavités antennaires. Corselet convexe, à carènes latérales fléchies, à angles postérieurs peu prononcés. Élytres allongées et rétrécies en arrière.
Ce genre, de l'hémisphère boréal des deux continents, compte en Europe de nombreuses espèces, peu distinctes, brunes ou obscures, variant du noir au brun rougeâtre, ou testacé, qu'on trouve sur les plantes et sous les pierres. Les larves de certaines d'entre elles sont très-nuisibles à diverses cultures, au point d'exiger parfois une alternance de plantes qu'elles ne mangent pas. Quelques espèces d'Agriotes, toutes d'un aspect gris jaunâtre ou brunâtre, ont des larves qui dévorent, surtout aux racines, les légumes de jardins, salades, etc., les fourragesracines, et principalement les céréales. M. E. Perris dit avoir souvent trouvé des larves d'Agriotes en fouillant à la racine de très-jeunes pieds de MaïS;, qui se flétrissaient peu de jours après leur apparition (1), et qu'on nourrit très-bien en les enfermant dans un bocal avec des grains de maïs qu'elles perforent. J'ai vu, au village de Chevry-Cossigny (Seine-et-Marne), une prairie qu'on tentait de convertir en jardin maraîcher, et où la récolle de légumes fut presque perdue la première année, parce que le terrain était infecté de larves d'Agriotes. Il est important de se tenir en garde, par des fouillés préalables, contre les mécomptes de ce genre. D'après Bjerkander, les larves de VAyriotes lineatus ou segetis se nourrissent de racines de Blé, d'Avoine, d'Orge, etc.; d'après lui, elles vivent cinq ans avant de parvenir à la forme adulte : aussi leurs dégâts sont considérables, au point d'obliger parfois à faire de nouvelles semailles. Elles dévorent aussi l'intérieur des Laitues, les racines des Choux, des Iris, des Lobelia, etc., la partie centrale des navets, l'intérieur des carottes et des pommes de terre. On a proposé de placer des laitues ou des tranches de pommes de terre comme pièges destinés à attirer ces funestes larves. M. E. Blanchard a figuré et décrit cette larve {Ann. de l'agric. française, 4"= série, 18/i7, I, 218), et a fait connaître ses ravages en Italie, en Angleterre, en Suède, mais sans indiquer les moyens de la détruire. Il fait remarquer avec raison que
(1) E. Perris, Sur ks mœurs, carnassières et phytophages, des larves des Élatérides {Ann. Soc. entomoL de France^ 185/1, p. 151).
514 COLÉOPTÈRES. — ÉLATÉRIENS.
ces moyens doivent ressortir, ce qui est général pour les insectes nuisibles, de l'élude approfondie et complète de l'espèce, et résulteront de la connaissance exacte de l'époque de la ponte de l'adulte et de la partie du végétal où les œufs sont déposés. La larve de 1'^. lineaius chemine assez rapidement par une sorte de glissement, la partie postérieure de son corps se recourbant en S sur un côté. Les Taupes détruisent des quantités considérables de ces larves, et les Faisans, qui en sont avides, contribuent aussi à nous en débarrasser. Parmi les espèces très-communes et dévastatrices, nous citerons : VA. lineatus, Linn., ou segetis, Bjerkander, ou striatus, Fabr., ayant de 8 à. 10 millimètres, à élj'lres paraissant rayées, oblong, d'un brun plus ou moins clair, à pubescence grise ; VA. sputator, Linn., plus petit, brun, à pubescence grise, à élytres rougeâtres ou jaunâtres, avec des variétés noires : ces deux espèces très-abondantes dans toute l'Europe, le nord de l'Afrique, l'Asie Mineure, la Sibérie. L'A. ustulatus, Schaller, ou gilvellus, Lacord., oblong, plus grand, plus parallèle et moins bombé que le sputator, noirâtre, à élytres testacées en totalité ou en partie, dont l'adulte fréquente les fleurs des Ombellifères ; VA. galUcus, Lacord., assez commun dans les bois près de Paris, de 6 à 8 millimètres, étroit et allongé, parallèle, noir ou brun ou testacé : les larves de ces deux espèces nuisent aux Graminées, et sont citées par M. Dagonet comme ayant ravagé des champs de Froment (Ann. Soc. d'agric. de la Marne, lSài).h'A. ohscurus, Linn., ou variabilis, Fabr., noirâtre, presque mat, à forte pubescence grise, très-commun dans toute l'Europe et en Sibérie, se trouvant sur le sol, et, surtout pendant le jour, caché sous les pierres. Enfin, dans la plus grande partie de l'Europe, surtout au nord et en Sibérie, est une espèce dont l'adulte vit surtout au printemps sur les taillis de Chênes et sur les Pins, et dont la larve est très-nuisible, d'après M. G. Caroff : c'est VA. aterrimus, Linn., de 12 à 13 milhmètres, allongé, d'un noir foncé peu brillant, à pubescence obscure, à pattes d'un rougeûtre obscur.
Le genre Agriotes a deux espèces isolées dans l'hémisphère austral, aux îles d'Arou et à la Nouvelle-Hollande (E. Blanchard); il est remplacé dans les régions chaudes de l'Amérique méridionale par le genre Cosmesus, Eschsch., et dans celles de l'Asie par le genre Agonischius, Candôze.
C!Ïlt'PTOIIYl».\lî!s», Eschsch. — Front- granJ, rebordé eu avant; antennes filiformes. Écusson grand. Pattes grêles, à tarses filiformes, à ongles simples. Oorps ordinairement assez luisant, plus ou moins pubescent.
Ce genre est constitué par les plus petits Élatérides connus, ses géants n'atteignant qu'environ 6 millimètres et les plus petites espèces dépassant à peine le millimètre. Leur système de coloration est uniforme : presque tous sont d'un bronze obscur ou d'un brun plus ou moins noir.
ÈEATÉRIDLIS. — ALAUS, CAMPYLUS. 515
Quelques espèces ont dos taches ou des points jaunes. Ils sautent avec une grande vivacité, et à une hauteur très-grande relalivement à leurs dimensions exiguës. Ils sont presque tous propres aux régions septentrionales des deux continents, et ne descendent guère en plaine au delà do oO degrés lat. N., sauf dans les montagnes; il en est dans les pays les plus boréaux et près des neiges perpétuelles. Il n'y a que trois espèces faisant exception, des pays chauds, Java, Bornéo et Madagascar. Ils vivent au bord des eaux ; on les trouve pendant le jour sous les pierres, sous les mousses, sous les troncs d'arbres, ou enfouis dans le sable. Ce n'est que le soir qu'on les prend sur les plantes ou au vol. Nous signalerons deux espèces: C. pulcheUus, Linn., de /i à 5 millimètres, noir, à élytres tachetées de jaune, vivant au bord des rivières, sous les pierres et dans les racines de certaines plantes, spécialement du Chiendent [Triticum repens), aux dépens desquelles la larve se nourrit peutêtre; outre l'Europe, il existe dans quelques parties des États-Unis, peut-être par importation d'Europe. Le C. riparius, Fabr., de 5 à 7 millimètres, se trouvant, outre l'Europe et l'Asie, dans les terres polaires de l'Amérique septentrionale, large et bombé, d'un noir un peu bronzé, parfois bleuâtre. Il est de toutes les monlagnes d'Europe ; la larve a été décrite (R. Perris, Mém. Soc. des sciences de Liège, X, 236). Elle fut trouvée en abondance, avec la nymphe, sous les pierres, au bord du lac de Gaube, près de Cauterets (Hautes-Pyrénées).
AB, aB^S, Escliscli.
Nous citons seulement ce genre, à raison d'une magnifique espèce, récemment découverte, le plus grand Élatéride d'Europe, atteignant 36 millimètres de longueur et près de 12 en largeur, 1'^. Parreijssi, Steven, de Grèce, de Crimée, de Perse, d'Asie Mineure orientale, sous les écorces de Pins, rare. Il est noir, avec des écailles d'un gris brillant, et deux ocelles noirs sur le corselet du mâle.
liËPTt'ROlUEiBi , Herbst, ou CampYlus, Fischer. — Mandibules saillantes; prosternuni dépourvu de nieutonnière en avant. Antennes dentées ou pectinées chez les mules, du troisième au dixième article, dentées chez les femelles. Corselet petit; forme étroite par suite d'élytres allongées, parallèles, déprimées; téguments mous. Tarses pubescents en dessous.
Ce genre constitue un passage des Élatérides aux Cébrionides et aussi aux Malacodermes. Il n'a que peu d'espèces, surtout des régions septentrionales d'Europe et d'Amérique, et des parties montagneuses. Ce sont des insectes assez rares, vivant sur les feuilles et les fleurs de l'Aubépine, dit-on, pour les espèces d'Europe. Le type est le L. linearis Linn., d'Europe, de Sibérie, noir, à corselet rouge et élytres testacées ou noires avec bordure testacée, de 10 à 12 millimètres. Sa larve
516 COLÉOPTÈRES. — ÉLATÊRIENS
connue (Chapuis et Candèze, Mém, Soc. des sciences de Liège, VIII). Nous figurons le L. rubens, Piller et Mitterp., ou denticolHs, Fabr. (pi. xxxni, fig. 15, mâle), noir, avec corselet et élytres d'un rouge jaunâtre, ou bleuâtre ou brun, ces dernières parfois entièrement d'un noir opaque chez la femelle, le dessous du corps, les antennes et les pattes noires, de 12 à l/j millimùtres. Cette espèce habite les régions montagneuses du centre et du sud de l'Allemagne, le nord de ritalie, la Turquie et la Syrie; elle est rare en France. Le mâle est plus répandu que la femelle dans les collections.
m. — CÉBRIOiNIDES.
Les Cébrionides forment le passage entre les tribus des Élatériens et les Malacodermes. Us sont pentamères; ont le corselet librement articulé en dessous sans mentonnière, les mandibules saillantes en tenailles, ce qui les rapproche du genre Rhipi<;era; les téguments flexibles, les élytres assez molles, avec six ou sept segments eu dessous à l'abdomen (rapport avec les Téléphores). Leurs pattes sont plus ou moins robustes et fouisseuses; les jambes comprimées, dilatées vers l'extrémité, plus ou moins élargies, à éperons terminaux bien développés (différence notable avec les Élatérides), Le coi'ps est épais et oblong. Pas de saut.
I»HVSOI»ACï'VI.l'S, Fisch. — Corselet rétréci en avant, à angles postérieurs dirigés en arrière. Élytres allongées, assez convexes, rétrécies en arrière.
Les insectes de ce genre, dont les trois espèces appartiennent au Brésil, sont rares, et doivent vivre dans les détritus des arbres décomposés.— Ex. : P. Henningi, Fisch., du Brésil (pi. xxxiv, fig. 1; la, patte antérieure; 16, antenne), d'un noir brillant, avec le corselet ferrugineux.
CEBRIO, Oliv. — Ciiez les màles, longues antennes de onze articles; élytres presque aussi longues que l'abdomen, graduellement atténuées en arrière; des ailes ; tarses longs. Chez les femelles, antennes très-courtes, un peu en massue ; élytres notablement plus courtes que l'abdomen et déhiscentes ; pas d'ailes ; pattes Irès-robusles, tarses courts.
Les Cébrions sont des insectes de taille moyenne et assez grande^ comprenant plus de soixante-dix espèces, dont les couleurs sont le noir brunâtre et le jaune ferrugineux, soit seuls, soit combinés, mais sans former de dessins. Presque toutes les espèces sont du pourtour méditerranéen, quelques-unes d'Amérique septentrionale, du Cap, de Cafrerie, et une de Port-Jackson (Australie). Les Cébrions sont rares dans les collections, surtout les femelles, eu raison de leurs mœurs. — Ex.:
CRBRIONIDES. — ANELASTES, CALLIRHIPIS. 517
C. fuscus, Fabr., mâle, du cap de Bonne-Espérance (pi. xxxiv, fig. 2), et C. gigns, Fabr. (pi. xxxiv, flg. 3, antenne de la femelle). Cette dernière espèce est la mieux connue, se trouve dans le midi de la France et sur tout le littoral méditerranéen. Lalreille avait créé avec la femelle un genre faux, le genre Hammonia. M. Guérin-Méneville, le premier, reconnut les deux sexes et leur accouplement. La métamorphose a lieu en terre, que la femelle ne quitte pas. Elle se contente de faire sortir par un trou l'extrémité allongée de son abdomen. Les mâles volent autour de ces trous et s'accouplent sans voir les femelles, de même que, chez les Lépidoptères, les mâles des Psychés, dont les femelles restent enfermées dans le fourreau de la chenille; Les mâles volent le soir, surtout en automne, et après les pluies continues paraissent eu abondance dans certaines localités ; il faut, en effet, que la terre soit humectée pour que les mâles puissent sortir et les femelles venir contre la surface. La larve du C. gigas est encore plus allongée que celle des Élatériens, parfaitement cylindrique et parallèle, aveugle, couverte d'écussons résistants, à pattes courtes, surtout la première paire, épineuses, rapprochées de la ligne médiane. Elle vit dans des terrains secs, paraissant se nourrir de racines, et exige, dit-on, plusieurs années, peut-être trois, pour être au terme de sa croissance. Alors elle se pratique en terre une loge où se fera la nymphose.
Les genres suivants sont des genres de passage, ballottés par les auteurs d'une famille à l'autre ou constituant de petites familles.
AXEliASTKS, Kirby. — (Les auteurs les plus modernes placent ce genre dans les Eucnémides.) Antennes courtes, filiformes. Corps oblong, peu convexe, Aspect des Agrioles.
Ces insectes, de taille au plus moyenne, sont d'un jaune ferrugineux ou d'un brun noirâtre, à élytres striées. — Ex. : A. Druryi, Kirby, des Étals-Unis (pi. xxxiv, fig. h, antenne grossie). U y a une autre espèce du Brésil et une d'Algérie,
€.%TXlRHllPI^, Latr. — Antennes de onze articles, flabellées en rameaux grêles à partir du troisième.
Les Callirhipis, rares dans les collections, et exotiques des deux continents, sont de taille supérieure à la moyenne, en général noirs ou bruns.— Ex. : C. Goryi, G.-Mén., du Brésil (pi. xxxiv, fig. 5), et C. Dejeani, Latr., d'Amboine et de Java (pi. xxxiv, fig. 6« cl 6 b, fnr.-e antérieur de profil et de face ; 6 c, mâchoire et palpe).
518 COLÉOPTiiliES. — ÉLATÉRIENS.
BSUlPlDOCER.% OU Rhipicera, Latr. — Antennes de plus de onze articles trèsserrés, flabellées en éventail chez les mâles, pectinées chez les femelles. Mandibules robustes, saillantes, arquées au bout. Corselet convexe, rétréci en avant, bisinué à la base. Corps épais, subcylindrique.
Kx. : IL cyanea, Caslelnau, à corselet bleu, du Brésil intérieur (pi. XXXIV, fig. 7, mâle). Une antenne de femelle de cette espèce est représentée grossie (pi. xxxiv, fig. 8). Les Rhipicéres sont du Brésil et de l'Australie, et se trou\ ont sur les feuilles dans les bois et sur les plantes basses.
P'B'EliOD.lCTYIi.%, Latr. — Antennes très-allongées et très-grêles, filifornies, simples ou légèrement dentées chez les femelles, avec de grêles rameaux chez les mâles. Pattes longues. Corps ovale, peu convexe.
Les Ptilodactyles sont des insectes américains, surtout des régions chaudes, de taille assez petite, d'un brun noirâtre ou d'un fauve jaunâtre, vivant sur les feuilles, à la surface desquelles ils marchent lentement, se laissant tomber au moindre danger, en simulant la mort par la flexion des antennes et des pattes ramenées le long du corps. Ils volent assez bien. — Ex. : P. elaterina, lllig., mâle, de l'Amérique du Nord (pi. xxxiv, fig. 9). Il y a une espèce de Java.
BELOOES, Latr. — Antennes longues et grêles. Corselet rétréci en avant, arrondi sur les côtés, Élylres larges, ovales ou elliptiques.
Les insectes de ce genre, de petite taille, au nombre d'environ quatrevingts espèces de tout pays, ont des téguments minces et flexibles dont la couleur varie du brun noirâtre au jaune tcstacé dans la même espèce. Les espèces d'Europe vivent sur les plantes qui croissent au bord des eaux, et dans les prairies humides, recherchent l'ombre et sont peu agiles. Nous représentons l'espèce la plus commune, existant dans toute l'Europe, se trouvant aux environs de Paris, VH. minutus, Linn., ou pallidus, Fabr. (pi. xxxiv, fig. 10; 10 a, antenne ; 10 b, tarse antérieur). La larve de cette espèce est aquatique et à régime végétal, ovale, graduellement atténuée en arrière, et ressemblant beaucoup à celle des Silpha. Les pattes sont courtes; une peau coriace déborde les segments de l'abdomen. Elle rampe lentement sur les pierres et les plantes submergées. Erichson pense que les stigmates sont remplacés par une rangée de sept lamelles membraneuses, disposées en arc de cercle sur le bord de l'anus et enveloppées d'une bulle d'air.
r.AMPYRlENS OU iMALACODERMKS. 519
SCIRTES^ Illig^, — Cuisses postérieures très-larges^ brièvement ovales et tri'scjpai-ses ; jambes postérieures terminées par deux éperons, l'interne très-long.
Le fait important qui caractérise ce genre, ce sont les cuisses postérieures propres au saut, à la façon des Altises et avec autant de force par repli de la cuisse contre le corps et contraction subite des muscles, d'où débandement du ressort. On trouve les Scirtes dans les mûmes lieux que les Helodes, sur les feuilles des plantes et des arbrisseaux. L'espèce la plus commune qu'on trouve près de Paris et dans toute l'Europe, est le S. hemisphœricus, Linn. (pi. xxxiv, fig. 11, patte postérieure). Les Scirtes sont surtout des régions chaudes des deux mondes, sauf l'Australie.
RUBRI.%, Germar.— Antennes assez longues^ grêles. Corselet transversal, Irèsrétréci en avant et arrondi sur les côtés. Élytres ovales, largement arrondies à l'extrémité. Corps convexe, en court ovale.
Ce genre est fondé sur une seule espèce, E. palustris, Germar, trèspetit insecte (pi. xxxiv, fig. 12; 12 o, antenne; 12 6, tarse postérieur), de France, d'Allemagne, d'Italie; à téguments assez solides; d'un noir brillant, souvent rougeâtre, avec élytres fortement sillonnées. Il est assez rare et vit sur les plantes aquatiques.
Les trois genres Helodes^ Scirtes, Euhria, d'habitat pareil, sont plus rapprochés des Malacodermes que des Élatériens , sans appartenir nettement à l'une ou Tautre de ces tribus. Cela montre seulement que ces divisions n'ont pas de limites exactes, et qu'il faut se contenter d'une très-vague approximation pour ne pas trop multiplier les coupes et faire rentrer les petits groupes satellites dans les tribus fondamentales. Les genres PtUodactyla, Helodes, Scirtes et Euhria sont compris, par les auteurs les plus récents, dans la petite famille des Dascillides.
Tribu des LAIIPYRIEWS ou ll^liACOa^ERllES.
Pour demeurer fidèle à la règle adoptée maintenant, et suivie notamment par M. E. Blanchard, et afin de ne pas multiplier les noms nouveaux, de désigner les groupes par un nom emprunté à un genre fondamental, nous appellerons Lampyriens les insectes de la tribu actuelle, du nom du genre le plus remarquable par la phosphorescence de ses espèces. Nous ferons toutefois remarquer que les insectes de cette tribu, au nombre actuel de plus de 2000 espèces, sont plus habituellement désignés par le terme de Malacodermes. Cette tribu des Malacodermes réunit des Coléoptères dont les téguments, ainsi que leur nom l'indique, sont en général minces et flexibles. Ils se lient par plusieurs caractères, notamment par la mollesse des téguments,
520 COLÉOPTÈRES. — LAMPYRIENS.
aux Cantharidiens, mais s'en séparent par le nombre des articles des tarses. La bouche de ces insectes offre des mandibules courtes, des palpes maxillaires de quatre articles et labiaux de trois; une languette membraneuse ou coriace, avec des paraglosscs invisibles ou nuls. Les antennes sont presque toujours de onze articles et de forme très-variable. Les élytres n'embrassent que faiblement l'abdomen ou le recouvrent en le débordant plus ou moins ; parfois elles se déforment et se rétrécissent ; alors les ailes ne se replient pas et se voient au dehors ou manquent, et parfois aussi les élytres chez les femelles. L'abdomen ofl're six ou sept segments ventraux libres. Les pattes sont en général assez longues; les hanches antérieures sont contiguës, lés postérieures transverses, sans lames supérieures distinctes. Les tarses ont cinq articles, sauf de rares exceptions, sans lamelles au-dessous, avec crochets tantôt simples, tantôt bidentés à leur extrémité.
Les Malacodermes n'ont pas de prolongement au prosternurn, ni en avant, ni en arrière, comme chez les Buprestiens et les Élatériens. Leur taille est médiocre ou petite, et leurs espèces se trouvent en tous pays, le plus souvent à l'état adulte sur les fleurs ou les feuilles. Sauf les femelles aptères de certains genres, ils sont en général agiles et volent bien. On est mal fixé sur le régime des adultes ; toutefois beaucoup sont carnassiers. Les larves sont carnivores, attaquant d'autres larves ou divers petits animaux sous les écorces ou dans, la terre.
Ce groupe de Coléoptères est d'une étude ardue; beaucoup d'espèces sont encore inédites, et il est mal limité ; certains de ses genres même ne présentent guère l'amincissement des téguments qui leur a fait donner par Latreille le nom de Malacodermes. Plus d'un quart de siècle auparavant, C. Duméril les avait nommés Apaly très ou Mollipennes, noms qui ont absolument la même signification ; malgré cette incontestable priorité, nous avons dû conserver le nom de Latreille, parce qu'il est beaucoup plus connu des entomologistes.
Nous diviserons les Malacodermes en trois groupes : les Lampyrides, les Téléphorides et les Malachiides, chaque groupe tirant son nom du genre le plus caractéristique.
L — LAMPYRIDES.
Les Lampyrides se subdivisent en trois types distincts, groupés autour de^ genres Lycus, Lampyris , Drilus. Le type moyen possède seul, chez beaucoup d'espèces, le phénomène de la phosphorescence. La tète des Lampyrides est enfoncée en entier ou en partie dans le corselet ; les antennes ont onze articles (du moins dans les genres d'Europe), de forme variable, très-souvent dentés ou même flabellés, et sont insérées généralement sur le front ou sur la base du rostre, presque toujours rapprochées ou subcontiguës. Le corselet est petit. L'abdomen offre en dessous sept segments libres, et parfois huit chez les femelles, et
LAMPYRIDES. — LYGUS, DICTYOPTERA, EROS. 521
même chez certains mâles, ayant rarement les segments 6 et 7 soudés et confondus. Les tarses ont toujours cinq articles. Le corps est oblong ou allongé, à téguments flexibles, parfois larviforme chez les femelles.
GENT.ES P^.I^CIPAUX.
I.YCUS, Fabr. — Antennes en dents de scie, rapprochées à leur base, insérées entre les yeux sur le front ou sur la base du rostre. Corselet petit, rétréci en avant, foliacé sur les côtés. Élylres très-minces, lâches, débordant souvent l'abdomen, élargies et sculptées chez les mâles dans certaines espèces. Tête prolongée en un rostre grêle.
Les Lyms et les genres du même type habitent surtout les régions chaudes. Ils se trouvent sur les fleurs, les broussailles, et se plaisent dans les bois. Quand on les saisit, ils simulent la mort en contractant leurs pattes et fléchissant leurs antennes. Il est probable, vu la faiblesse de leurs pièces buccales et leurs mandibules trés-grêles, que leur régime est végétal, ou qu'ils mangent à peine ta l'état adulte. Ce genre compte une soixantaine d'espèces des régions chaudes des deux mondes, surtout de l'ancien et d'Australie. — Ex. : L. trabeatus, G. -M., mâle, du Sénégal (pi. xxxv, fig. 1; la, tête vue de face.)
»ICTYOPTB3RA, Latr. — Antennes insérées à la base du rostre. Élytres graduellement élargies en arrière.
Ce genre ne comprend qu'une espèce, d'Europe, le D. sanguinea, Linn., ou villosa, de Geer, à élytres et côtés du corselet d'un beau rouge, le reste noir, long de .3 millim., se trouvant sur les fleurs dans tous les pays de l'Europe (pi. xxxv, fig. 2, tête vue de face). C'est le Ver luisant rouge de Geoffroy. Sa larve est allongée, très-déprimée, à pattes et à dessus du corps d'un noir mat, vivant sous les écorces des Chênes morts, où elle fait la guerre aux diverses larves qui s'y trouvent. Elle ressemble aux larves des Lampyres, dont nous parlerons plus loin, mais en diffère par sa tête non rétractile, ses mâchoires sans lobes, sa languette soudée au menton. Le genre est curieux par sa tête prolongée en bec. Le corselet est presque carré, les élytres unies. Il y a une vingtaine d'espèces. On en trouve ù Ceylan, en Chine, en Pensylvanie, en Colombie, au Brésil et aux îles Aléoutiennes.
GROS, Newmann. — Antennes filiformes ou légèrement dentées. Tète sans rostre, en partie recouverte par le corselet.
Dans ce genre sont aussi des espèces rouges, de taille moyenne, petite et très-petite, qu'on trouve sur les fleurs, surtout dans nos régions du Nord, de l'Est et dans les montagnes. 11 diffère du précédent par la
522 COLÉOPTÈRES. — LA.MPYRIENS.
tête dépourvue de museau, les antennes insérées entre les yeux, le corselet à fossettes et à côtes, el les élytres à côtes fines et saillantes. Les espèces sont noires, avec les élytres rouges. Citons : E. coccineus, Linn . ou Aurora, Herbst, d'Europe et d'Algérie, de 9 millimètres, à corselet rougerure ; E. afjin/s, Payk., de 6 à 8 millimètres, de Suède, de France, d'Allemagne, à. corselet et antennes noirs, et une petite espèce, E. mimitus, Fabr., de toute l'Europe, de 5 millimètres de longueur environ. Le genre Eros comprend quarante-cinq espèces d'Europe, des États- Unis et de l'Amérique russe, du Mexique, de la Guyane, du Brésil, do la Colombie et de l'ile Woodlark.
HOMAMSUS, Geoffr. — Tète dt'-gagée; antennes subfiliforme?, à articles Lien accusés. Corselet non foliacé, tranchant sur les bords. Élytres planes, parallèles, débordant faiblement un abdomen de six segments.
Ces insectes, de forme allongée, parallèle, très-déprimée, à élytres en plus ou moins grande partie d'un rouge sanguin, se trouvent sur les liges et les feuilles des herbes. — Ex. : H. sutiiralis, Fabr., de France, d'Allemagne, d'Italie (pi. xxxv, fig. 3, son antenne). C'est VOmalise de Geoffroy, trouvée à Fontainebleau. Le corselet, à angles postérieurs très-aigus et recourbés vers les élytres, rappelle celui des Élalériens. Les élytres sont d'un rouge safrané aux bouts et sur les bords, avec une large bande suturale noire. La taille est de 5 millimètres. Cette espèce est assez commune dans les haies et dans les bois. Deux autres espèces du midi de la France, de Dalmatie, d'Italie.
CL.%DOl>IBORï'f§i, Guér.-Méii. — Antennes très-longues, très-grêles, filiformes, velues, dont les articles émettent un rameau linéaire et velu beaucoup plus long qu'eux. Corps linéaire, très-allongé.
Ces insectes sont propres à la Nouvelle-Guinée. — Ex. : C. nifcollis, G.-Mén., ou crocicolUs, Boisd., d'Offack, terre des Papous (pi. xxxv, fig. 9, tète vue de face; 9a, antenne; 9 b, tarse antérieur, face et profil). Trois autres espèces des mômes régions.
Ii.%MPYRl§i, r.eoffr. — Antennes rapprochées à leur base, insérées entre les yeux, sur le front. Mâle ailé et élytré; femelle aptère et larviforme, sans élytres, à taille plus grande que le mâle ; tète très courte, fortement rétractile ^dans la cavité du corselet, qui la recouvre.
L'appareil de la phosphorescence, si important comme physiologie, ne peut être d'aucun secours pour la classification des genres, car il varie, même d'une espèce à l'autre, pour le nombre des segments qu'il occupe dans l'abdomen, à partir du dernier en dessous. Les Lampyres, dont les femelles et les larves sont connues sous le noiïi de Vers luisants, sont des insectes nocturnes demeurant entièrement cachés, pendant le
LAMPYP.IDES. — r.AMPYRIS. 52o
jour, sous les feuilles et dans les gazons. T.e soir, les femelles se tiennent dans les buissons ou parmi les plantes, souvent rampant sur le sol, notamment dans les lieux frais et humides, jetant un éclat plus ou moins vif, suivant les espèces. Les mâles volent à leur recherche, et émettent une lueur beaucoup plus faible, ou même presque nulle, qui échappe à une observation inattentive. Les larves ont]a propriété phosphorescente, mais à un degré moindre que les femelles. Ces larves sont carnassières et vivent surtout de mollusques terrestres. Il faut ramasser les Vers luisants dans la campagne, et les porter dans les jardins. Les adultes, au contraire, semblent phytophages, et peut-être, surtout les mâles, ne prennent-ils pas de nourriture, comme les Lycus.
L'espèce la plus connue et fréquente aux environs de Paris et dans tout le nord de la France, que Geoffroy nomme le Ver luisant à femelle sans ailes, est le L, noctiluca, Linn., de toute l'Europe et du Caucase.
Les insectes adultes paraissent d'habitude à partir du mois de juin, et quelquefois, dans les années très-chaudes, dès la seconde quinzaine de mai. I^e mâle est d'un jaune très-brunâtre, avec une tache aoire confuse sur le corselet, les élytres grisâtres, finement ponctuées, ayant trois côtes longitudinales. La femelle est d'un noir brunâtre, avec les anneaux bordés d'un peu de jaune. C'est elle qui est le Ver luisant commun, et qui offre un puissant appareil lumineux sous les trois derniers segments ventraux; le'mâle est un peu lumineuxauxdeux'derniers segments. Les larves sont très-déprimées, recouvertes en dessus et en dessous de plaques cornées qui deviennent très-solides par dessiccation. La tête (et ces détails s'appliquent en partie aux femelles) est très-petite, horizontale, complètement retirée dans le prothorax, et en outre comme invaginée dans un repli membraneux qui cache les organes buccaux. Les mandibules sont arquées et très-aiguës. Les trois segments thoraciqucs ne sont pas plus larges que ceux de l'abdomen, mais sont plus longs, surtout le prothorax, qui s'avance en bouclier arrondi antérieurement et recouvre la tête, comme chez les adultes. Il y a un ocelle de chaque côté de la tête et de courtes antennes de trois articles. L'abdomen s'atténue graduellement en arrière, et son dernier «egment est pourvu d'un appendice anal peu saillant. Il peut en sortir, à la volonté de la larve, une houppe de filets blancs qui sert à l'animal à nettoyer ses pattes et ses stigmates pour se débarrasser des mucosités des mollusques dont elle fait sa nourriture. Les pattes sont très-robustes. Les larves hivernent et achèvent leur développement au retour de la belle saison. Lors de la mue nymphale, la peau se fend, non pa?, comme d'habitude, eu dessus et au milieu du thorax, mais en deux fissures de chaque côte (de Geer). La nymphose ne dure qu'une semaine environ. Les nymphes des mâles sont immobiles et offrent emmailloltés les organes de l'adulte ; elles ont deux points phosphorescents. Les nymphes des femelles aptères restent larviformes, agiles, phosphorescentes comme les larves et les femelles : ce qui veut dire qu'il n'y a plus de distinc-
52/i COLÉOPTÈRES. — LAMPYRIENS.
tion nette des (rois états ; seulement la femelle est apte à reproduire et offre l'appareil phosphorescent à son maximum. Les œufs sont aussi phosphorescents.
C'est principalement sur le L. nociiluca, Linn., que quelques expériences ont été faites au sujet de cette phosphorescence, de sa cause, de son organe. Nous parlerons à ce propos de tout ce qui concerne la phosphorescence des Lampyrides en général. On peut dire, sans exception certaine, que chez tous les insectes phosphorescents connus [Lampyridc?, Élalérides, peut-être Fulgores (Hémipt), peut-être quelques Diptères], les organes de phosphorescence sont localisés d'une manière variable, et dépendent du tronc et non des appendices. L'organisation anatomique des organes lumineux du t. noctiluca, bien étudiée par M. Kolliker, est analogue chez les autres Lampyrides. La paire d'organes qui est sous le huitième anneau ou segment terminal est beaucoup moins développée que celles qui occupent la face inférieure des sepiième et sixième segments. La lumière émane d'un tissu pulpeux et jaunâtre qui se trouve appliqué contre une portion transparente du squelette tégumentaire. Des tilets nerveux se distribuent dans l'intérieur de ces amas d'utricules; des trachées s'y ramifient en très-grand nombre et y forment des anses, tubes à air très-certainement destinés à fournir le comburant de la phosphorescence. Au microscope, on reconnaît deux sortes de cellules, arrondies ou polyédriques par compression : les unes, à nucléus et contenant des granules pâles, ce sont les cellules photogènes, paraissant contenir une matière albumineuse ; les autres, à granules blancs, qui semblent être des concrétions d'urate d'ammoniaque.
On a constaté chez tous les Lampyrides que toute excitation nerveuse, mécanique, chimique, calorifique, provoque l'émission de lumière. En outre, cette émission varie beaucoup à diverses époques, selon la volonté de l'animal. La lueur disparaît, ou à peu près, quand l'insecte est effrayé par le bruit ou par un choc brusque, et la lueur diminue graduellement à partir du point le plus éloigné de l'extrémité du corps. La phosphorescence semble s'interrompre dans l'intervalle des éclats, bien qu'en réalité une observation attentive montre toujours qu'une faible lueur persiste dans la partie de l'abdomen qui correspond aux organes de phosphorescence. Quand l'insecte brille fortement, il y a aussi des intermittences dans ce phénomène ; mais les décharges lumineuses se succèdent alors avec une très-grande rapidité, et l'on peut compter de quatre-vingts à cent de ces éclairs en une minute. Ces faits concordent complètement avec ceux observés par M. de Quatrefages pour les Noctiluques, qui produisent sur nos côtes, par certaines soirées chaudes de l'été, la phosphorescence 4e la mer. Elle s'opère par étincelles, liées à la contraction de leur tissu, provoquées par l'agitation et par tous- les excitants habituels de la contraction musculaire. Il en est de même chez les Annélides et les Molluscoïdes phosphorescents, si abon-
LAMPYRIDES. — LAMPYRIS : PHOSPHORESCENCE. 5'25
dants dans les mers des régions chaudes , tellement que les navires tracent dans la mer un long sillon de feu, soulevant contre leur bordage comme une myriade de boulets incandescents. La phosphorescence des animaux vivants est due, très-probablement toujours, à une combustion lente de matières sécrétées, sous l'action de l'oxygène de l'air. Or, comme on sait d'autre part, par les expériences de plusieurs physiologistes, que la contraction musculaire est toujours accompagnée d'une combustion, on doit penser que cette combustion est la cause triple et générale de la force mécanique des muscles, de la chaleur libre des animaux, et aussi de la phosphorescence dans les cas spéciaux où elle existe.
Chez les Lampyres, la combustion lente est démontrée dans la phosphorescence par les expériences deMacaire sur la femelle du L. noctiluca, et de M. Matteucci sur les deux sexes du Luciola italica. Celles de ce dernier physicien sont les plus nombreuses (1). Il est bien constaté que les segments phosphorescents séparés de l'animal conservent quelque temps leur propriété ; que dans les gaz inertes la matière phosphorescente cesse de luire après une certaine durée qui s'explique par la conservation de l'air dans les ramifications trachéennes de l'organe ; que dans le gaz oxygène la vivacité de la phosphorescence, soit pour l'animal entiei', soit pour les segments isolés, est notamment plus considérable que dans l'air atmosphérique et dure presque trois fois plus de temps; que la portion d'oxygène absorbée par les segments lumineux (autre que celui de la respiration) est remplacée par un égal volume d'acide carbonique ; que les excitations mécaniques avivent la phosphorescence de ces animaux, surtout quand elles portent sur les organes photogènes ; que la chaleur, graduellement augmentée jusqu'à 30 degrés environ, accroît la phosphorescence au point de la rendre continue et sans intermittence, mais qu'une trop forte température, UO degrés et au-dessus, l'éteint et tue l'animal ; qu'un abaissement au contraire au-dessous de la glace fondante la fait disparaître : tous résultats qui s'expliquent par les influences calorifiques sur les contractions des tissus vivants ; que lorsque les segments ont perdu leur faculté lumineuse, ou par un trop fort échauffement, ou par un temps suffisant après la mort de l'insecte, la matière ne brûle plus dans l'oxygène.
M. Matteucci n'a pu constater aucun dégagement de chaleur sensible lors de la phosphorescence de ces animaux ; mais, comme il est bien prouvé qu'il y a combustion, cette expérience négative doit tenir à l'imperfection des thermomètres, et je suis persuadé qu'on observerait de la chaleur en se servant de soudures bismuth-antimoine, ou d'alliages encore plus sensibles, comparativement portées sur l'organe phosphorescent, et sur une région autre non lumineuse, par exemple sur les
(1) Macaire, Ann. j)hijs. ei chim., 1"^ série, 1821, t. XVII, p. 251. — Matteucci, Leçons sîir les phénotn. chim. des corps vivants, l''^ édit., 1847, p. 1C3. — Milne Edwards, Leçons de phys. et d'anat. comp., 1863, t. YIII, p. 93 et suiv.
526 COLÉOPTÈHES. — F,AMPYnil-NS.
faces dorsale et ventrale de l'abdomen, la petite pile diflerentielle étaiii reliée à un galvanomètre très-sensible.
Macaire a reconnu que la phosphorescence du Vor luisant ordinaire dure deux ou trois jours après la mort, mais peu intense et à la condition de chauffer l'animal ; que dans le vide la lueur diminue peu à peu, puis cesse entièrement, pour reprendre avec éclat si l'on rend l'air; que la lueur continue quelque temps dans le chlore, mais, au lieu d'être jaune verdâtre, devient rosée et môme rouge, puis s'éteint. De mémo, le chlore change en rouge la lueur de la flamme d'une bougie. La lueur des insectes s'éteint dans les gaz hydrogène, acide carbonique, acide sulfureux, hydrogène carboné et bioxyde d'azote. 11 a étudié en outre (les expériences précédentes ayant porté sur les insectes vivants et entiers) la matière lumineuse séparée du corps, a vu qu'elle est d'un blanc jaunâtre légèrement translucide. Chauffée dans l'air, elle augmente peu à peu d'éclat, jusqu'à environ ZjO degrés, puis diminue et devient rougeûlre, et enfin cesse vers 50 degrés, étant alors blanche et opaque, comme de l'albumine coagulée. Macaire la regarde comme de nature albumineuse, car elle est coagulée par les matières qui précipitent l'albumine. L'alcool, l'éther, les sels de cuivre, la solution de bichlorure de mercure, font cesser sur-le-champ la phosphorescence, en rendant la matière blanche et opaque. Dans le vide, elle s'éteint et se ranime si l'air rentre ; de même elle reluit si l'on introduit de l'oxygène dans un gaz inerte où elle a cessé de briller. Le chlore, le bioxyde d'azote, l'acide sulfureux, détruisent sans retour sa faculté phosphorescente.
La matière phosphorescente ne contient pas de phosphore, ainsi que M. Matteucci s'en est assuré par les réactifs ; très-probablement elle doit sa propriété à une sorte d'huile ou d'essence, c'est-à-dire à un hydrocarbure (le carbone est prouvé par l'acide carbonique formé ; il reste à constater l'eau). Cette sécrétion retirée des organes des insectes demeure quelque temps phosphorescente à l'air, laissant des traces lumineuses sur les doigts ou d'autres objets, aussi bien pour les organes des Lampyrides que pour ceux des Èlatérides ou Taupins lumineux de l'Amérique ; le même fait se produit pour le mucus phosphorescent qui s'écoule des Sj////s(Annélides), pour les traînées lumineuses que laisse suinter le corps des Pholudcs (MoU. acéph. lamellibr., dails de Héaumur), etc. 11 faut bien remarquer que pour prouver la combustion de la matière phosphorescente, il faut opérer toujours sur les organes isolés, et non sur les animaux entiers, car alors on pourrait attribuer la combustion à la respiration générale.
Le genre Lampijris, tel qu'il est restreint par les entomologistes modernes, comprend une cinquantaine d'espèces d'Europe, de Sibérie, de Perse, du Caucase, des Indes orientales, de Ceylan, de l'Afrique australe, d'Abyssinie et d'Océanie.