‹ Les insectes (volume 2)Chapitre 34 sur 53 · I.AMinniDES. — I.AMPRORHIZA, CRATOMORPHL'S · texte numérisé non relu

I.AMinniDES. — I.AMPRORHIZA, CRATOMORPHL'S

Ii.%!MPRORIIIX.%, Motsch. — Mâle clytré et ailé, à appareil luntiiiieux trèsvariable selon les espèces; femelle égale en laillc au mâle, aptère, mais à clylres en écailles rudimentaires ; tête entièrement rétraclilc.

L'espèce type est le L. splendidula, Linn., de toute l'Europe, mais surtout fréquent^dans sa partie méridionale, et du Caucase, dont les mœurs sont analogues à celles des Lampyris, et dont les femelles et les larves sont aussi appelées Vers luisants. Le mille offre deux paires d'organes phosphorescents sous-ventraux, aux sixième et septième anneaux. Il en est de môme chez la femelle, avec duplicité de l'organe phosphorescent du sixième anneau, et en outre il y a de petites sphérules phosphorescentes sous les anneaux précédents de l'abdomen. Les adultes de cette espèce paraissent plus tard que ceux du L. noctiluca, seulement à la fin de l'été. Il y a sept espèces du genre, répandues dans le midi de l'Europe et dans le Népaul.

l*IIO!^Pll/X:i«r<S, de Cast. — M;\le à élytres rudimentaires très-courtes et à ailes rudimentaires ; femelle plus grande, aptère, sans élytres ; tête entièrement rélraclile.

Le type et espèce unique est le /*. hemipterus, Geoffroy, de France et d'Allemagne, mais rare. Ses mœurs diffèrent de celles des Lampyris et Lamprorhiza . Par suite de l'impossibilité de voler, le mâle, qui est d'un noir brunâtre, reste en repos la nuit, et se met dans le jour en quête de la femelle. On le rencontre dans les bois, sur les herbes et les plantes basses, ou cheminant lentement sur le sol. Il est légèrement phosphorescent par les trois derniers anneaux de l'abdomen, qui sont jaunes en dessous. On ne sait rien sous ce rapport pour la femelle, qui est excessivement rare et à peine connue. C'est le Ver luisant à demi-fourreaux de Geoffroy.

CRATOiVlORPHliS, Molsch. —Ailes et clytres complètes dans les deux sexes. Tête entièrement recouverte par le corselet ; yeux très-gros, surtout chez les mâles.

Les insectes de ce genre, au nombre de quatorze espèces, sont tous de l'Amérique du Sud, pays qui offre le plus grand nombre de genres et d'espèces de Lampyrides phosphorescents (Brésil, Guyane, Colombie, Buenos-Ayres). Ils sont de taille très-grande ou au moins moyenne, et l'appareil phosphorescent occupe dans les deux sexes les deux avantderniers anneaux de l'abdomen. — Ex. : C. spîendidus, Drury, femelle, du Brésil. — PI. xxxv, flg. 7 ; la, corselet et tête vus en avant ; 7 b, tarse antérieur ; 7 c, lèvre inférieure et palpes labiaux ; 7 d, palpe maxillaire.

528 COLÉOPTÈRES. — LAMPYRIEPsS.

AMl'THETi:!!»^ Mig., OU Amydetes, Hoffmannsegg. — Tète imparfaitement recouverte par le corselet; antennes insolites, composées d'au moins quarante articles, flabellées en éventail à partir du troisième, avec rameaux longs, étroits et finement villeux.

Ces insectes américains, de taille moyenne, avec ailes et élytres dans les deux sexes, sont d'un noir brunâtre ou d'un jaune enfumé; ils sont rares dans les colleclions. — Ex. : antennes d'imj/rfeifs (pi. xxxv, fig. 8). six espèces : Mexique, Brésil, Pérou et Montevideo.

liUCIOIiA, Cast. ~ Tète imparfaitement recouverte par le corselet. Ailes et élytres dans les deux sexes. Antennes de onze articles, grêles, filiformes, graduellement atténuées.

Les Lucioles sont presque toutes de l'ancien continent et phosphorescentes dans les deux sexes, aux trois derniers segments des mâles, aux deux derniers des femelles. Leur taille est moyenne, et leurs espèces sont, ou d'un noir brunâtre, ou d'un fauve ferrugineux assombri. Ces insectes sont nocturnes, comme les Lampyres, et, véritables étincelles vivantes, ils voltigent le soir autour des buissons, et présentent un charmant spectacle. L'Europe méridionale en compte plusieurs espèces, dont la plus commune est le L. italica, Linn., de France (midi oriental), d'Allemagne, d'Illyrie et de Dalmatie, de toute l'Italie et du Caucase. On ne la trouve en France que dans l'extrême Midi, seulement à partir de Grasse. On la rencontre aussi fréquemment au repos et brillant dans l'herbe, surtout quand il s'agit des femelles. C'est un Coléoptère brun, subparallèle, à corselet jaune, ainsi que les pattes, de Ik millimètres environ. Les deux derniers anneaux de l'abdomen, photogônes, tranchent sur le reste par un jaune-soufre pâle, même sur les sujets secs.

Une espèce du même genre, très-voisine, le L. lusitanica, Charp., observée à Nice et à Menton par M. Peragallo, a présenté des détails de mœurs très-intéressanis à connaître, surtout parce que les touristes fréquentent ces localités privilégiées. Cette espèce, très-commune certaines années, paraît pendant les mois de mai et de juin. Les mâles seuls volent et sortent principalement le soir, entre huit et neuf heures, des fissures des murailles et aussi des bois où ils reposaient pendant le jour sur les feuilles. Ils affectionnent les fossés, les creux, les recoins de jardins, les allées sombres, les fourrés d'Oliviers, les vergers plantés de Citronniers et de broussailles ; c'est là qu'il faut les chercher et non dans les lieux découverts et sans végétation. Ils volent entre un demimètre et un mètre de hauteur, revpnant sans cesse en sens inverse, s'élevant souvent et s'abaissant à intervalles égaux, à l'instar des Bergeronnettes et Lavandières, en même temps que la lumière augmente ou diminue par saccades. A mesure qu'ils deviennent plus nombreux,

LAMPYRIDES. — LUCIOl.A. 529

une agitation fébrile semble s'emparer d'eux, ils se croisent en tous sens, de manière à former une illumination féerique, un réseau phosphorescent, une rosée d'étincelles. Souvent des papillons nocturnes, attirés par la clarté, viennent les heurter dans leur vol désordonné. Les mâles rentrent dans leurs retraites vers onze heures du soir, et les Citronniers qu'on secoue laissent alors tomber une véritable pluie de feu. On sait qu'il y a trés-peu d'animaux complètement nocturnes, c'est-à-dire du milieu de la nuit ; peut-être, vers le matin, les Lucioles reprennent-elles leur vol.

Entre neuf et dix heures du soir, elles tendent à se rapprocher du sol, s'y posent môme, et courent à travers les herbes avec une grande vivacité : c'est en effet pour elles le moment de l'accuuplement. Les femelles commencent à sortir des interstices d'un sol humide et inégal ; c'est là qu'elles vivent à la façon des femelles de Cébrions et qu'elles pondent leurs œufs. Elles répandent une lueur douce provenant d'un appareil photogène moins développé que celui des mâles ; ceux-ci s'accouplent avec ardeur, même avec des femelles non encore complètement sorties de leurs retraites ; d'autres circulent autour et parfois se livrent des combats. Les femelles de cette espèce ne volent jamais, bien qu'elles soient pourvues d'ailes ; elles sont plus petites que les mâles, ont les élytres molles et déhiscentes, les yeux petits au lieu des gros yeux des mâles, les antennes faibles, l'abdomen à anneaux gonflés. Il en sort un oviducte rétractile qui, lors de la ponte, atteint eu longueur la moitié du corps de l'insecte, ce qui indique que les œufs doivent être déposés dans des matières peu résistantes. Ces œufs sont d'abord blanchâtres, puis prennent à l'air une petite teinte rosée. Une fois accouplées, les Lucioles restent immobiles, leur lueur s'afi'aiblit, l'intermittence de l'éclat cesse, et il faut un œil exercé pour les apercevoir, et beaucoup de précaution pour ne pas écraser, en saisissant le couple, la femelle toujours fort molle.

M. Peragallo a constaté un fait assez important relativement au régime si peu connu des Lampyrides à l'état adulte. Des Lucioles placées dans une boîte attaquèrent avec assez d'avidité des morceaux de gousses de fève, dont l'intérieur est doux et spongieux, en s'attachant surtout au rebord des tranches. 11 a vu en outre, et cela assez fréquemment, de véritables accouplements entre des Téléphores mâles et des Lucioles mâles, toujours le Téléphore couvrant la Luciole. Ces perversions de l'appétit sexuel se montrent entre certains mâles de Coléoptères, soit d'espèces différentes, comme ici, soit de même espèce, comme chez les Hannetons, et toutes les classes d'animaux offrent des faits de ce genre. Cela montre combien le Créateur s'est préoccupé d'assurer la reproduction des espèces, en mettant parfois de l'exagération dans l'instinct de l'accouplement, afin qu'aucune femelle n'ait chance de demeurer improductive par le fait des mâles. J'ai reçu de Marseille le L. lusitanica.

Le genre Luciola compte soixante espèces d'Europe et des régions

GIRARD. ^i

530 COLÉOPTÈRES. — LAMPYRIENS.

chaudes de l'ancien continent, de Madagascar, d'Australie, de Polynésie. Il y en a une espèce aux États-Unis.

DRILU!^, Oliv. — Antennes écartées à leur base, insérées au devant du bord interne des yeux. Mâle ailé et élylré, à antennes de onze articles, pectinées ou dentées. Femelle larviforme, bien plus grosse que le mâle, à ailes et élytrcs complètement nulles, à courtes antennes moniliformes.

Les Driles présentent de l'intérêt à plusieurs points de vue. Leurs larves vivent dans les coquilles de plusieurs Mollusques terrestres, dont elles dévorent l'habitant. 11 en provient, d'une part, des femelles énormément plus volumineuses que les mâles, sans rapport avec eux pour la coloration, consistant en taches noires sur un fond d'un jaune plus ou moins foncé. Elles abandonnent les Colimaçons et se cachent en terre sous les pierres et les feuilles, rampant quelquefois sur le sol ; les mâles au contraire volent sur les plantes et les buissons.

L'espèce la plus intéressante, parce qu'elle est la plus commune, est le D. ftavcscens, Rossi, de toute l'Europe tempérée et méridionale et d'Algérie. C'est le Panache jaune de Geotfroy. Le mâle est noir et velu, à élytres d'un jaune sale, ordinairement de 4 millimètres, pouvant atteindre 6 à 7 millimètres de long. Il est représenté (un sujet petit) pi. XXXV, fig, 5 ; 5 a, lè\re inférieure, mâchoires, palpes labiaux et maxillaires; 5 b, tarse antérieur; 5 c , labre ; 5 (/, mandibule. La femelle, dont la longueur est de 12 à 15 millimètres, est d'un brun jaunâtre, avec la base de ses douze segments (outre la tète) marquée de deux taches noires (pi. xxxv, fîg. à; h a, tarse antérieur; li b, antenne, sujet un peu défiguré par l'alcool, et pi. xii, flg. 10, plus exact).

Réaumur paraît avoir eu connaissance des deux sexes, de leur dissemblance de formes et de leur disproportion qu'il compare à un taureau aussi petit qu'un lièvre s'accouplant à la plus grande vache. Eu 182Zi, un naturaliste polonais, établi à Genève, Mielzincky, trouva dans les coquilles de V Hélix nemoralis (la Livrée, à cause des bandes de la coquille) des larves qui dévoraient l'animal, et qu'il fit connaître. Elles sont d'un jaune blanchâtre et non sans ressemblance de forme avec celles des Lampyres. Leur tète cornée est dégagée du prothorax et porte deux ocelles. Elles sont aplaties, munies de deux robustes mandibules simples, arquées, fortement croisées au repos, de deux petites -antennes rétractiies. Elles ont des bouquets de longs poils latéraux sur les segments, qui s'atténuent peu à peu ; les pattes sont assez longues et grêles. Sous le segment anal, autour de l'anus, est une ventouse qui sert à la larve à se cramponner, à la façon d'une Sangsue, sur la coquille du Mollusque qu'elle attaque, et qui la rencontre, on ne sait encore de quelle manière. La larve se glisse entre la coquille et l'animal, qu'elle dévore peu à peu, en ayant soin de fermer l'ouverure de la coquille avec la peau qu'elle rejette aux mues, et cela surtout à l'époque de la

LAMPYRIDES. — DRILUS, MALACOGASTER. 531

nymphose. Si les larves doivent donner des femelles, les nymphes sont pareilles à elles et à l'adulte ; c'est ce qui arriva pour toutes les larves recueillies par Mielzincky, et, ne pouvant y reconnaître les femelles du petit Drile jaune aux élégants panaches, il en fît un genre nouveau sous le nom de Cochleoctonus vorax. En France, G. Desmarest fut plus heureux. Ayant recueilli dans le parc de l'École vétérinaire d'Alfort un grand nombre de Colimaçons remplis de ces larves, il obtint à la fois des mâles et des femelles, et observa l'accouplement, découvrant ainsi la sexualité des espèces. Plus tard, une espèce voisine, découverte à Oran par M. Lucas, le D. mauritanicus, Luc, manifesta à cet observateur quelques détails encore plus curieux. La larve s'attaque à un Cyclbstome {Cydostoma Valzianum), mollusque qui ferme l'entrée de sa coquille avec un opercule calcaire. Le vorace ennemi s'est cramponné par sa ventouse à la coquille; mais ici la porte est close et trop dure pour ses robustes mandibules. Mais son instinct sait que le jeûne ou le besoin de i;espirer doit forcer le Mollusque à détacher son opercule ; aussi sa patience égalant son appétit, il reste en sentinelle parfois pendant plusieurs jours. Le malheureux Limaçon semble pressentir que la mort l'attend à l'entrée de sa maison, car il retarde sa sortie tant qu'il peut. Enfin l'opercule est rejeté ; la larve du Drile, aux aguets, mord aussitôt le muscle qui fait adhérer la petite porte au corps du Mollusque, de manière à empêcher à l'avenir cette porte de se clore, puis se glisse sans inquiétude à l'inférieur de la coquille, dévorant à loisir, et maîtresse de la place, l'inoffensif animal.

Nous représentons encore (pi. xxxv, fig. 6) le mû.le du D. fulvicollisi Audouin, du midi de la France et de Dalmatie. Les douze espèces du genre Drilus sont surtout du bassin méditerranéen. Il y en a une de Cafrerie.

iltA£,.%COG.4i^TEli, Bassi. — Tête verticale, insérée dans le tfiorax jusqu'aux yeux ; antennes en scie intérieure, de onze articles. Élytres atténuées vers l'extrémité, un peu déhiscentes, ne recouvrant pas le bout de l'abdomen. Femelles aptères, larviformes.

Ce genre est très-voisin des Drilus et a pour type une espèce de Sicile, le M. Passerinii, Bassi. Une lacune importante dans son histoire a été comblée par M. Lucas {Ann. Soc. entom. de France, 5" série, 1871, I, 19). Une espèce nouvelle, le M. Bassii, Lucas, des environs d'Oran, à côté d'un mâle de 10 millimètres environ, à élytres noires, à corselet, tarses et bout de l'abdomen ferrugineux, offre une femelle de longueur presque triple, sans trace d'ailes ni d'élytres, à corps mou, de douze segments outre la tâte, munie d'antennes courbes, moniliformes (en grains de chapelet), de sept articles, avec des pattes thoraciques robustes, à cuisses larges et comprimées. Cette femelle larviforme complète l'étude du genre, dont on ne connaissait que des mAles. Sa cou-

532 COLÉOPTÈRES.— LAMPYRIENS,

leur est partout d'un jaune ferrugineux, fortement maculé de noir. Les segments sont simples, imbriqués, à bords postérieurs anguleux. Elle fut trouvée en larve, ainsi que les larves des mâles, analogues de forme, mais bien plus petites, par M. Letourneux, près d'Oran et de Tlemcen. Ces larves dévorent les Mollusques de plusieurs espèces du genre i/e/?cc propres à l'Algérie. La femelle a les mêmes appétits, et a été nourrie à Paris avec des Hélix hortensis. Très-lente en ses mouvements, elle traîne avec peine son vaste abdomen , et pond des œufs ovalesoblongs, lisses, d'un jaune teslacé, d'un quart de millimètre environ de longueur, adhérant fortement aux corps à l'aide d'un enduit agglutinant. Les affinités sont donc complètes entre les genres Drilus et Malacoyaster. Ce dernier genre a encore (rois autres espèces, de Syrie, d'Andalousie et des Canaries. Chez les Malo.coyaster, comme chez les Drilus, les élylres sont plus larges que le corselet. Les Malacogaster mâles ont le segment anal supplémentaire plus grand et plus long que les Drilus.

W. - TÉLÉPHORIDES.

Les Téléphorides ont la tête plus ou moins saillante, rélrécie en arrière, non enfoncée dans le thorax, avec un labre indistinct; des mâchoires à deux lobes ; des antennes insérées sur les côtés du front, plus ou moins écartées à leur base, de onze articles, . ordinairement grêles, filiformes ou même sétacées. L'abdomen offre inférieurement sept segments libres bien distincts ; les tarses ont tous cinq articles- Le corps est allongé, à téguments mous et flexibles, les élylres subrectangles, à côtés subparallèles, tantôt recouvrant tout l'abdomen, tantôt abrégées en arrière et laissant même parfois à découvert le bout replié des ailes. Ces Coléoptères fréquentent les fleurs et les feuillages, mais ce n'est pas pour s'en nourrir, car, doués d'instincts très-caraassiers, ils attaquent beaucoup d'insectes, et même ceux de leur espèce. Les couleurs des Téléphorides sont ordinairement ternes et peu variées ; cependant quelques espèces sont métalliques, ce qui n'arrive pas chez les Lampyrides.

GENRES PRINCIPAUX

TViiOCERlliii, Daim. — Antennes de la longueur du corps. Corselet transversal, subcarré; écusson triangulaire.

Ces insectes exotiques sont d'un fauve enfumé, avec antennes, tarses et une tache sur ch^aque élytre d'un noir brunâtre. — Ex. : T. antennatus, G.-Mén., de l'île Bourou, de la Nouvelle-Guinée (pi. xxxv, fig. 12, tête; 12 a, id., vue avec les antennes; 12 6, tarse antérieur). Trois autres espèces des Philippines, de Java et Sumatra, du Bengale, et une des Antilles.

TÉLÉPHORIDES. — TELEPHORUS. 533

TEIiKPHORUfBi, Schâffer. — Tête terminée par un museau plus ou moins saillant; antennes filiformes. Élytres un peu plus larges que le corselet, allongées, déprimées, parallèles.

Ce genre renferme un nombre considérable d'espèces, plus de trois cents, de tous pays, sauf des régions centrales de l'Afrique, qui n'en possède qu'au nord et à la pointe australe ; il y en a peu en Australie, en Tasmanie et dans la Polynésie. Les espèces européennes ont été étudiées, dans une importante monographie, par M. l'abbé deMarseul {Abeille, I, I86/1). L'étude des espèces est encore difficile, peu avancée; les classiticateurs les ont divisées en sections, d'après la structure des crochels des tarses. Linnaens nommait ces insectes Cantharis ; mais ce nom, quoique plus ancien que Telephorus, ne peut plus être adopté. Les Téléphores abondent au printemps sur tous les végétaux ; on les voit s'envoler des arbres, et tomber si l'on secoue leurs branches. Ils aiment les lieux ombragés et sont très-carnassiers, attaquant surtout les Diptères. En rapport avec leur régime et leur voracité, correspond un canal intestinal entièrement droit et sans inflexion, avec un large œsophage, un estomac allongé, un intestin grêle filiforme, un cœcum peu distinct et quatre canaux de Malpighi. On a vu des femelles affamées terrasser leur mâle plus petit qu'elles, lui ronger le ventre et le cou ; aussi, dans l'accouplement, qui a lieu sur les plantes, le mille grimpe sur le dos de la femelle, parallèle et de même sens, en ayant soin de choisir un moment favorable, et d'user de précaution pour ne pas être dévoré. Les larves s'enfoncent dans le sable et la terre humide, souvent entre les racines, ce qui avait fait croire à tort à Olivier qu'elles s'en nourrissaient ; mais parfois on les voit, sortant de leur retraite, se jeter avec avidité sur les lombrics, les larves, les insectes cà leur portée. Llles sont en général noires, parfois avec des taches rouges ou blanchâtres. Leur corps est allongé, subparallèle, assez épais. Elles ressemblent aux larves du genre Lampyris; n'ont, comme elles, qu'un seul stemmate de chaque côté, pas de labre, et l'épistome soudé au front. Leurs mandibules sont longues, en forme de tenailles, dentées au milieu. Elles ontdesantennes de trois articles;, des palpes maxillaires de trois articles, et labiaux de deux. Les segments, moins durs que chez les Lampyres, sont au plus coriaces, la tête seule cornée, les anneaux du thorax pareils à ceux de l'abdomen, le dernier de ceux-ci avec un prolongement anal cupuliforme, les pâlies thoraciques développées. On trouve trèscommunément aux environs de Paris le T. fuscus, Linn., de toute l'Europe, de l/i millimètres, pubescent, d'un noir grisâtre, à corselet fauve, taché de noir, à tête rousse, ainsi que la base des antennes, des pattes, et l'extrémité de l'abdomen, sa larve étant d'un noir de velours ; le T. livicliis, Linn., ayant beaucoup de variétés, de 8 millimètres^, de toute l'Europe et du Caucase, à élytres d'un gris jaunâtre, à corps noir avec la tête rouge, dont la larve est olivacée ; le T. rufus, Linn., de Suède,

53 'i COLÉOPTÈRKS. - LAMPYRIENS.

de France, d'Allemagne, du Caucase, à élytres rousses, ayant plusieurs variétés ; le T. rusticus, Fallen, resseniblant au T. fascus, plus petit, à cuisses rousses; le T. fulvus, Scopoli, ou T. melanuriis, Oliv., de 7 millimètres, coloré en dessus comme le T. lividus, mais à élytres terminées par une tache noire, très-commun sur les Peupliers, les Blés, les Ombellifères, paraissant jusqu'en juillet aux environs de Paris, le plus tardif de nos Téléphores ; le T. paUidiis, Goeze, petite espèce de 5 millimètres, noir, allongé, à élytres d'un jaune pâle enfumé, commun sur les Ombellifères, etc. 11 est fâcheux qu'on détruise souvent les utiles Téléphores en s'en servant comme amorces pour la pèche, notamment le T. fuscus, que les pêcheurs à la ligne nomment le Moine.

Les larves des Telephorus fuscus et lividus ont été bien étudiées par M. E. Blanchard {Magas. de zool. de Guérin-Méneville, 1836). Les larves des Téléphores hivernent, et on les a parfois trouvées en très-grand nombre à la surface de la neige, dans les pays du nord de l'Europe ou dans ses régions montagneuses. Il me paraît probable, comme le dit M. E. Blanchard, qu'à la suite d'une neige prolongée, elles sortent de terre, poussées par la nécessité de respirer. Supposer, avec de Geer, qu'elles ont été apportées de loin par une tempête n'est pas résoudre la question, car il faut toujours expliquer la sortie de terre. Le nom de Téléphore provient de ce prétendu transport lointain.

«îSil,lS, Latr.— Tête enfoncée dans le corselet jusqu'aux yeux. Corselet des mâles denté ou écliancré aux angles postérieurs et ayant souvent sous ces derniers un appendice corné.

Les Silis sont assez rares en Europe. On doit citer le S. nitidula, Fahr., à femelle d'autre couleur que le mfile, ayant les ailes atrophiées et les élytres plus courtes que l'abdomen. Elle grimpe, dit-on, à la fin de mai sur les Myrtilles, et les mâles, bien plus nombreux, s'abattent sur cet arbrisseau pour s'accoupler. Le >S. ruficollis, Fabr., du midi de la France, de même couleur dans les deux sexes, qui ne diffèrent que par la forme du corselet et les antennes plus courtes chez la femelle et indistinctement dentées. Le S. tricolor, G.-Mén., de l'intérieur du Brésil (pi. xxxv, fig. 10). Les Silis ont l'aspect des Téléphores, mais s'en distinguent facilement par la tête enfoncée dans le prothorax, étroite et très-courte en avant, et par la structure du corselet chez les mâles, échancré ou denté sur les côtés, vers les angles postérieurs. Ce genre compte une vingtaine d'espèces d'Europe, d'Amérique, de Sibérie, du Bengale.

Itl.'tl.THllvr^, Latr. — Tète large, rhomboïdale, fortement rétrécis en arrière. Élytres déhiscentes à l'extrémité, atteignant à peine le bout de l'abdomen.

Ce genre (et plus encore le genre Mallliodes, Kiesenvvetter) est formé de Téléphores dégradés par la faible taille, la brièveté des élylres que

MALACHIIDES. DJJ

dépassent les ailes, et l'extrême mollesse des téguments. Ce sont de petits insectes de forme allongée, qu'on trouve sur les feuilles des végétaux, et notamment dans les bois, sur divers arbustes. Le choix de certaines plantes par des insectes carnassiers, comme les Téléphorides, doil indiquer une nourriture d'insectes phytophages propres à ces végétaux. Nous représentons le M. biguttatus, Linn., ou biguttulus Payk. (pi. xxxv, fig.ll), des environs de Paris et de toute l'Europe, avec deux tache.'; jaunes au bout des élytres. Les Malihines, peu nombreux en Europe, de forme allongée^ sont au nombre de cinquante espèces, de pays variés, manquant en Australie et dans l'Afrique propre, sauf une espèce d'Abyssinie. Le genre Malthodes, qui compte le double d'espèces, a un aspect et des mœurs analogues aux Malthinus, et ses espèces sont bien plus nombreuses en Europe. Elles sont surtout de ce continent, dans les régions centrales, en Suède, sur les montagnes, dans le bassin méditerranéen, et quelques-unes sont de l'Amérique septentrionale.

m. - MALACHIIDES.

La tète est toujours plus ou moins à découvert, et le labre distinct, l'épistome étant séparé du front par une suture, ce qui n'a pas lieu chez les autres Malacodermes. Les antennes ont onze articles, rarement dix, et varient de forme ; elles sont fréquemment dentées à l'intérieur, écartées à leur base, presque toujours insérées sur les côtés en avant des yeux. L'abdomen a six segments apparents en dessous et libres ; les tarses sont de cinq articles, mais parfois de quatre aux antérieurs chez les mâles. Le corps a des téguments le plus souvent mous et flexibles.

Ces Coléoptères, qui abondent surtout dans les régions tempérées, sont en général de petite taille, de couleurs variées et élégantes. Leurs larves sont carnassières, mais ne vivent pas de Mollusques et ne se cachent pas en terre ; elles séjournent sous les écorces, dans le détritus des arbres vermoulus, les vieux chaumes des toitures, faisant la guerre aux larves et aux petits insectes qui habitent les mOmes lieux. Ou est moins fixé sur le régime des adultes. Certains auteurs les regardent comme carnassiers ; mais il est bien plus probable qu'ils se nourrissent des parties les plus tendres des fleurs sur lesquelles on les trouve presque exclusivement. M. E. Perris a vu les Malachius œneus, Linn., espèce de toute l'Europe et du Caucase, qui abonde en mai dans les Landes, dévorer les étamines des épis de Seigle, et le Malachius pulicarius, Fabr., d'Europe et d'Algérie, se repaître d'anthères de Graminées tenues entre ses pattes antérieures.

Ce groupe n'est pas aussi homogène que les précédents et présente deux types bien distincts.

Le premier , qui a pour expression vulgaire le genre Malachius, présente de très-singuliers caractères. Le long des flancs de ses es-

536 COLÉOPTtRES. — LAMPYRIENS.

pèces sont doux paires de caroncules, pouvant rentrer sous les téguments ou sortir à la volonté de l'animal : ainsi quand il va prendre son vol, ou qu'on l'effraye en cherchant à le saisir. On dirait des crûtes de chairs saillantes, et le vulgaire les nomme cocardes, en appelant Cocardiers les Coléoptères pourvus de ces singuliers appendices. Les caroncules exsertiles existant au prothorax et à l'abdomen ont une apparence charnue ou membraneuse, sont plus ou moins déchiquetées sur leurs bords, d'un volume ordinairement considérable, eu égard à celui de l'insecte, et de couleur rouge ou orangée ; celles du prothorax sont situées près du bord antérieur de cette partie du corps, immédiatement en avant et en dehors des trochantins de la première paire de pattes, dans une cavité triangulaire qui paraît comme une large incision ; les autres sortent sur les côtés de l'abdomen, derrière les hanches postérieures, près de la base de l'abdomen. L'usage de ces singuliers organes n'est pas encore bien connu. Selon M. Curtis, l'expansion de ces caroncules servirait à modifier les conditions statiques de ces insectes pendant le vol, car ils déplacent alors un plus grand volume d'air sous le même poids, ce qui diminue leur densité moyenne apparente ; on observe en effet que ces caroncules font saillie au moment où l'insecte va prendre son essor. Kirby et Spence pensent qu'elles sont destinées à effrayer les ennemis par leur étrange et subite apparition. M. Westwood et Lacordaire supposent qu'elles font partie d'un appareil glandulaire qui émet, disent-ils, dans le même but, une odeur désagréable. M. Labûulbène {Nute sur les caroncules thoraciques du Malachius bipustulatus, Ann. Soc, entom. Fr., 1858, p. 5'22) a fait de dernières et intéressantes observations sur ces singuliers organes. La forme des caroncules céphaliques ou abdominales diffère ; la caroncule antérieure est trilobée, l'autre bilobée. Elles ont à leur base un sillon bien marqué pendant leur reirait, s'effaçant pendant la distension extrême. Le procédé de sortie de ces prolongements est le même que celui des Hélix et Limaces pour les tentacules oculaires ; les insectes refoulent au dehors une sorte d'extrémité de doigt de gant qui serait rentrée en dedans. La constitution anatomique de la caroncule est la suivante : 1° une enveloppe externe complexe formée d'un épiderme, puis d'un pigment à fines granulations rouges, enfin d'une double série de fibres musculaires, les unes transversales ou annulaires, servant probablement à produire la sortie des caroncules, tandis que leur rétraction serait produite par la contraction des fibres longitudinales antagonistes ; 2" comme contenu interne, un liquide subhyalin, avec das granulations et des amas adipeux.

Quant à l'usage des caroncules, M. Laboulbène y voit des moyens défensifs, et suppose qu'il s'en échappe une odeur appréciable pour les insectes ennemis, bien qu'on n'ait pu saisir d'odeur sur un grand nombre de Malachius bipustulatus contenus dans un tube de verre, et qui, effrayés, faisaient fortement saillir leurs cocardes. Il regarde ces organes

MALACHIIDES. — MALACHICS. 537

comme analogues aux vésicules odorantes des grands Slaphylins , ainsi de VOcyjms olens, Linn., et des bourses abdominales en csecum des Blaps (Coléopt. Ténébrioniens).

Les Coléoptères du groupe des Malachies se montrent surtout au printemps. Ils ont des téguments flexibles et peu velus. Leurs différences sexuelles sont variées, portent sur les tarses, l'abdomen, les antennes, les élytres, qui, chez certains mâles, sont comme chidbnnées ou appendiculées à leur extrémité. Il y a un certain nombre de genres dont les femelles sont aptères et ont les élytres élargies et déhiscentes. Il est incontestable que les insectes de ce groupe ont beaucoup d'analogie avec les Téléphores, à côté desquels les place M. E. Blanchard,

GENRE PRINCIPAL

!ll.%l..%ClllIJ!^, Fabr. — Dernier article des palpes acuminé. Corselet arrondi sur les côtés, Élytres allongées, parallèles, souvent chiffonnées ou impressionnées à l'extrémité chez les mâles. Femelles parfois aptères; caroncules exsertiles.

Le genre Malachius a, par exception, les antennes insérées à la partie antérieure du front. Les larves, qui ressemblent à celles des Téléphores, sont d'nn rose pelle, avec les appendices céphaliques roux, de fortes mandibules dentées, des palpes maxillaires de trois articles, labiaux de deux, des antennes de quatre ; l'abdomen, de neuf segments, est terminé par un segment de deux pointes coniques et offrant en dessous un mamelon pseudopode, charnu, rétractile, au centre duquel est l'anus ; la tête et tout le corps sont couverts en dessus et en dessous de poils courts et rouss.lfres ; les pattes sont longues et velues, terminées par un grand ongle. L'aspect et la structure de ces larves indiquent qu'elles sont carnassières, et l'expérience l'a vérifié : ainsi M. E. Perris a trouvé la larve du M. œneus, Linn., dans les toitures de chaume des bergeries des Landes, où elle vit de diverses larves, et celles de VAttalus (genre très-voisin) lateralis, Erichs., sous les écorces des jeunes Pins morts, où elle vit des larves du Tomicus ou Bostrychus hidens, Fabr., et peut-être au besoin de leurs excréments. Les nymphes des Malachius se forment dans une niche que fait la larve au milieu des détritus, plutôt que dans une véritable coque, sont rosées, hérissées de quelques poils, avec deux longues papilles divergentes, qui terminent l'abdomen et retiennent la dépouille de la larve. Nous figurons (pi. xxxvi, fig. 1 ; 1 a, antenne ; 1 h, mâchoire et palpe ; 1 c, lèvre inférieure et palpes) une variété AuM.ruficollis^Oliw, qu'on trouve surtout dans le midi de la France ; l'espèce est de France et d'Allemagne. Les espèces les plus communes sont le M. bipustulatus, Linn. , de G à 7 millim., vert, avec l'extrémité des élytres d'un jaune rougeâtre, et deux petites taches rouges aux angles antérieurs du corselet, à élytres des mâles simples à l'extrémité, très-abondant en mai et juin, près de Paris, dans les ce-

'538 COLÉOPTÈRES. — LAMPYRIENS.

réaies, sur les haies, etc. Le M. œnrus, Linn., de même taille, d'un vert métallique, à élytres rouges, avec une large bande suturale verte, les côtés du corselet rouges, les trois premiers articles des antennes élargis en une dent jaune pâle chez les mâles. Le M. marginellus, Oliv., d'un vert brillant, de 5 millimètres, à côtés du corselet et extrémité des élytres d'un jaune rougeâtre, les mrdes ayant les antennes dentées dans leur milieu, et les élytres plissées et épineuses à l'extrémité. Le M. pulicarius, Fabr., de très-petite taille, etc. Il y a plus de cent espèces de Malachies, celles d'Europe principalement du pourtour méditerranéen, les autres à Madère, en Californie, dans l'Afrique australe, en Perse, à Ceylan, au Japon, en Sibérie.

Le second type des Malachiides, représenté surtout par les genres Dasi/tes et Melyris, offre les élytres non abrégées et pareilles dans les deux sexes. 11 se compose d'insectes en général plus grands, plus oblongs et surtout plus hérissés de poils que les Malachies ; ils n'ont pas de caroncules exsertiles, et, par suite, pas d'incision aux angles antérieurs du corselet. Ce dernier caractère, la villosité, et souvent le plus de consistance des téguments, qui deviennent assez durs dans le genre Melyris, les rapprochent des Clériens. C'est par eux que M. E. Wanchard commence l'étude de cette tribu.

GENRES PRINCIPAUX

ASTYCUSS, de Cast. — Antennes an peu dentées en scie. Corselet convexe et arrondi sur les côtés. Élytres assez convexes, d'abord parallèles, puis arrondies obliquement à l'extrémité.

Ces insectes, principalement des régions chaudes de l'Amérique du Sud, et une espèce de Patagonie (vingt espèces environ), sont d'une li vrée très-élégante. — Ex. : ^4. trifasciatus, G.-Mén., du Chili (pi. xxxvi, fig. 2; 2 a, antenne grossie; 2 6, tarse postérieur; 2c, crochets des tarses à élytres rouges, avec trois bandes transvcrses, et suture d'un noir verdAtre).

KVUIA, Fabr. — Crochets des tarses bifides. Les autres caractères comme le genre Melyris, dont il n'est pas distinct,' selon MM. Gemminger et de Harold.

Exemple : Z. oblunga, Fabr., de tout le pourtour de la Méditerranée (pi. XXXVI, fig. 3 ; 3 a, antenne du mâle ; 3 6, antenne de la femelle ; 3 c, tête vue de face; 3 d, crochets des tarses très-grossis : tous les deux sont bifides ; mais, dans la figure, l'un est vu dessus, ce qui cache la dent du dessous). Cet insecte existe dans la France méridionale, et se trouve, disent les auteurs, à l'intérieur des maisons.

MALACHTIDES. — MELYRIS, PELECOPHORUS, DASYTES. 539

HIELTRl!^, Fabr. — Antennes à articles dentés en scie à partir du quatrième. Téguments cornés et sculptés, beaucoup plus résistants que chez les autres Malachiides.

Quelques espèces de ce genre sont de l'Europe australe ; la plupart sont exotiques, d'Egypte, d'Arabie, d'Abyssinie, des Indes orientales, de Cafrerie et du Cap. — Ex. : M. viridis, Fabr., du cap de Bonne -Espérace (pi. xxxvi, fig. h, antenne) ; et M. abdominalis, Fabr., du Sénégal (pi. xxxvi, fig. 5, antenne).

Les Melyris sont d'assez grande taille pour la tribu actuelle ; les pattes sont en général fauves ; le corselet et les élytres sont verts, bleus ou noirs; des points tuberculeux existent entre les côtes des élytres, et le corps est peu poilu. Vingt espèces environ.

PEliECOPHORi'S, Latr. — Antennes un peu dentelées; dernier article des palpes sécuriforme. Corselet transversal ; élytres allongées, subparallèles. Crochets des tarses simples, avec lamelles en dessous.

Ce genre est surtout des îles Maurice et Bourbon. — Ex. : P. nùjrolineatus, G-.Mén., de Maurice (pi. xxsvi, fig. 6; 60, mâchoire et palpes; 6 6, tète vue en dessous; 6 c, tarse antérieur; 6 d, tarse postérieur).

Le nom de cet insecte vient de ce que ses élytres ont la suture et deux lignes longitudinales d'un noir vif ; elles sont fauves, ainsi que le corselet, et ces organes couverts d'un duvet soyeux doré. Outre deux espèces de ces îles, il en est une troisième des Indes orientales.

DASl'TEiS, Paykull. — Corps plus ou moins velu. Élytres peu convexes.

Ce genre abonde en espèces répandues surtout en Europe dans les régions du pourtour de la Méditerranée. On les trouve sur les fleurs, quand ils sont à l'état adulte. Leur coloration est uniforme, souvent d'un riche éclat métallique. On connaît quelques larves du genre Dasytes, qui sont très-voisines de celles du genre Malachius. Seulement leur corps, au lieu d'avoir les bords parallèles, s'élargit peu à peu en arrière, et les poils dont il est revêtu sont plus longs et plus abondants. Les mandibules sont simples, et il y a cinq stemmates de chaque côté, dont trois sur la môme ligne et les deux autres en dessous, ce qui rapproche ces larves de celles des Clériens. Elles sont blanchâtres, avec des taches obscures et non rosées, comme celles des Malachies. Le corps se termine par deux petites pointes aiguës. Elles vivent sous les écorces ou dans les arbres vermoulus. On trouve la larve du B. serricornis, Parreys, dans le Poirier, d'après M. Waterhouse. Les nymphes sont pareilles à celles des Malachius. Il faut citer, comme commun partout, le D. cœruleus, de Geer, de 5 millimètres, d'un bleu d'acier, parfois verdâtre, à appendices noirs, à élytres subaplalies et très-ponc-

5hO COLÉOPTÈRES. — CLÉRIENS.

tuées. Il y a plus de cent espèces du genre Dasytes. Oulr.^ l'Europe, on les trouve au\ Canaries, en Sibérie, en Abyssinie, en Syrie, en Perse, en Californie, au Nouveau-Mexique^ au Chili et à Adélaïde (Australie).

Tribu des CliERlE^S.

Le petit groupe auquel nous restreindrons le nom de Clériens, au nombre de près de sept cents espèces, se trouve être assez homogène, à la condition d'en retrancher les insectes groupés autour des genres Melyris et Dasrjtes, et d'autre part les types Lymexylon, Ptinus, Anobium, à larves lignivores, série d'insectes qui forment la tribu des Clériens pour M. E. Blanchard, avec les vrais Clériens, à larves carnassières. Les caractères généraux deviennent très-peu nombreux avec toutes ces réunions hétérogènes. Latreille avait du reste donné le premier exemple du groupement actuel ; plus tard il réunit les Clériens aux Malacodermes : les affinités, assez grandes pour les larves, sont médiocres pour les adultes.

Caractères : Mâchoires bilobées, avec palpes de quatre articles ; languette membraneuse ou coriace, à paraglo.sses nuls ou cachés, avec palpes de trois articles. Antennes presque toujours de onze articles, ordinairement dentées ou en massue, insérées sur les côtés du front au devant des yeux. Corselet assez long et plus étroit à sa base que les élytres. Corps à téguments assez solides, le plus ordinairement allongé ou oblong, et fréquemment plus ou moins subcylindrique ; hanches antérieures très-rapprochées, les postérieures transverses, sans lames supérieures distinctes. Tarses pentaraèrcs ou subpentamères, munis de lamelles inférieures plus ou moins développées et ayant l'avant-dernier article apparent bilobé ou échancré. Abdomen ayant cinq ou six segments apparents et libres.

Le caractère du corselet donne aux Clériens un aspect spécial, et les tarses, qui n'ont souvent que quatre articles visibles en dessus, constituent un second point important. C. Duméril les range dans son sousordre des Coléoptères tétramérés. Ce sont de jolis insectes, peu abondants en espèces en Europe, répandus surtout en Amérique ; quelques espèces des genres Coryneles et Necrobia sont devenues cosmopolites par le fait de leur régime. Les Clériens ont en général des téguments de médiocre consistance, toujours villeux, des couleurs vives, fréquemment disposées par bandes transversales. On les rencontre pour la plupart sur les fleurs, et plus souvent encore sur le vieux bois, les écorces, au moment de l'éclosion ou de la ponte. Leur régime à l'état d'adulte est mal connu; il en est de phytophages et d'autres carnassiers, en raison de la force de leurs mandibules, entre lesquelles, dit M. E. Blanchard, on les voit souvent.tenir les insectes dont ils viennent de s'emparer. L'accouplement

GYLIDKUS. 5Ui

desClériens se fait à la façon habituelle des Coléoptères et de beaucoup d'insectes, le mâle se cramponnant sur le dos de la femelle .Les femelles de la plupart des espèces, trop grosses pour entrer dans les trous creusés par les larves lignivores, introduisent seulement leur abdomen, qui s'allonge en oviscapte dans le trou de l'écorce, et pondent ainsi à l'intérieur de la galerie.

Les larves des Clériens ont toutes des mœurs carnassières. Celles de la plupart des espèces habitent sous les écorces, dans les galeries des insectes xylophages dont les larves deviennent leur proie ; d'autres se rencontrent dans les nids des Hyménoptères mellifiques; enfin certaines, comme leurs insectes parfaits, rongent les cadavres, les pelleteries, les substances animales desséchées. Toutes les larves connues des Clériens sont identiques par les organes, et ne diffèrent que par la taille et Tintensilé de la coloration. Toutes sont charnues et velues, rosées, d'un gris rougeâtre ou rouge, plus ou moins déprimées, un peu élargies en arrière. Les mandibules sont fortes, les mâchoires et le menton soudés, les antennes de quatre articles, les palpes maxillaires de trois, les palpes labiaux de deux. Il y a cinq ocelles de chaque côté sur deux rangs obliques de trois et de deux. Les segments thoraciques sont cuirassés en dessus, et portent des pattes cylindriques et assez grêles de quatre articles ; les anneaux abdominaux ont des bourrelets latéraux et des boursouflures rétractiles, et le dernier est corné, au moins en partie, et terminé par deux crochets servant à retenir la peau de la larve lors de la nymphose ; au-dessous est l'anus, au centre d'un mamelon pseudopode servant à la progression. Ces larves se changent en nymphes dans une cellule au milieu de la vermoulure, et la tapissent d'une sorte de vernis comme le mucus des Limaçons, qui paraît suinter de leur corps ; elles le recueillent en raclant leur abdomen avec les mandibules, puis badigeonnent avec les pièces buccales ainsi imprégnées les parois internes de la cellule. Les nymphes sont parsemées de nombreux poils fins, et le dernier segment est terminé par deux papilles divergentes, coniques, peu allongées. On devra consulter pour ce groupe V Essai monographique sur les Clérites, par M. M. Spinola (en français, Gênes, 18/i/j).

GENRES PRINCIPAUX

CiYIilDRtJS, Latr. — Tète grande et convexe. Corselet en cône régulier renversé. Élytres un peu plus courtes que l'abdomen ; antennes à articles déprimés allant en s'élargissant.

Ces insectes, allongés, subcylindriques, à couleurs variées, mais uniformes par organes, sont d'Afrique et de la Polynésie, de Madagascar, des lies Sondaïques. Quatorze espèces. — Ex. : C. Buqueti, G.-Mén., du Sénégal (pi- xxxvi, fig. 7; 7 a, tête avec une antenne; 7 6, tarse postérieur: 7 c, ses crochets vus en dessous).

562 COLÉOPTÈRES. — CLÊRIENS.

DIMOPS OU Denops, Steven. — Caractères très-analogues aux Cylidrus.

Une seule espèce constitue ce genre, répandue sur tout le pourtour méditerranéen et s'avançant beaucoup dans l'intérieur : c'est \eD. albofasciata, Charp., ou personata, Aragona, d'un rouge sanguin, avec les élytres traversées par une bande blanche. Sa larve se trouve dans la Vigne morte, où elle dévore les larves de Xylopertha sinuala.

TiLlitliS, Oliv. — Antennes terminées par une massue en scie ou pectinée, le onzième et dernier article acuminé. Élytres arrondies à l'extrémité.

Les Tillus sont répandus dans toutes les parties du monde et se trouvent sur les vieux bois, leurs larves faisant la guerre à celles des insectes xylophages. — Ex. : T. rubricollis, G.-Mén., du Sénégal (pi. xxxvi, fig. 8 ; 8 a, antenne grossie) ; T. unifasciatiis, Fabr., de l'Europe centrale et méridionale, jusqu'aux environs de Paris (pi. xxxvi, fig. 9, antenne grossie; 9a, mâchoire avec palpe à dernier article ovoïde; 9 b, lèvre inférieure avec palpe à dernier article en très-grand triangle : ces caractères des palpes sont génériques). Une vingtaine d'espèces d'Europe, des deux Amériques, de l'Afrique chaude, des Indes, de l'Australie, des Philippines, de l'île Woodlark.

PRIOC'ERA, Kirby. — Dernier article des palpes labiaux très-grand, en forme de fer de hache; dernier article des palpes maxillaires allongé, déprimé, obtus au bout.

Insectes des régions chaudes de l'Amérique, surtout méridionale, de grande taille, à téguments solides, brillants, ornés de couleurs vives et variées, à pattes hérissées de longs poils. — Ex. : P. variegata, Kirby, du Brésil (pi. xxxvi^ fig. 10, palpe labial ; 10 a, palpe maxillaire; 10 6, tarse antérieur vu en dessous avec ses lamelles). Une vingtaine d'espèces.

AXIMA, Kirby. — Derniers articles des palpes maxillaire et labial en triangle

subéquilatéral.

Il y a deux espèces brésiliennes, à forme cylindrique. — Ex. : ^. ««rtlis, kirby (pi. xxxvi, fig. 11, palpe maxillaire; 11 b, palpe labial ; 11 a, tarse antérieur. Habite le Brésil intérieur.

OPIIiO, Latr.,ou QpiLUS, Schonh. — Corps allongé, déprimé, pubesceat.

Ce genre est jusqu'ici exclusif à l'ancien continent, surtout des régions chaudes de Madagascar, de l'Australie, de la Tasmanie. Il a pour couleurs habituelles le brun noirâtre et le fauve jaunâtre ; ses larves carnassières se nourrissent des larves lignivores. M. E. Pcrris a vu la larve d'un jaune clair et testacé de l'O. mollis, Linn., espèce de toute

THANASIMUS, CLERUS. 5i|3

l'Europe et de l'Algérie, détruire dans les sarments de Vigne morte les larves de Xylopertha sinuata, dans les jeunes pousses mortes des Pins les larves de VAnobium molle, et sous l'écorce des mêmes arbres les larves des Tomicus bidens et Laricis. Enfin, M. Perris a pris cette lar\e dans les maisons, courant sur les planchers et entrant dans les trous des Vrillettes pour dévorer leurs larves. On trouve aussi dans les bois des maisons TO. domesticus, Sturm., de France el d'Allemagne, dont la larve fait aussi la guerre à celle des Anobium.

TnAjlASHMl'S, Lalr. — Ne diffère des Clerus que par une massue antennaire terminale à peine accusée.

f>e3 mœurs des Thanasinim sont analogues k celles des Tillus ; ils se trouvent comme eux sur les bois morts. Doués d'instincts très-carnassiers, ils font sous leurs divers états une guerre acharnée aux larves des insectes xylophages, notamment à celles des Scolytiens, et ont droit, à ce titre, à toute notre reconnaissance. La larve du T. mutîllariiis, Fabr., d'une partie de l'Europe méridionale, d'un beau rouge, bien plus vif que chez le T. formicariiis, se trouve dans le Chêne et l'Orme, et vit de larves de Tomicides et de Longicornes. Le T. formkavius, Linn., de toute l'Europe et du Caucase, est, d'après M. Ratzeburg, un insecte très-utile : adulte, il recherche les insectes lignivores sur l'écorce et dans ses anfractuosités, et sa larve, de couleur rose, dévore leurs larves sous les écorces. M. E. Perris l'a rencontrée dans les galeries du Tomicus stenographus, du Melanophila tarda, de VjEstytwmus œdilis, etc., où se forme sa nymphe d'un rose tendre. Le T. quadrimaculatus, Fabr., a sa larve d'un gris livide, teint ou marbré de rougeàtre, mangeant sous les écorces de Pins les larves de Scolytiens et les chenilles de Tinéites. Les espèces types de ce genre doivent leur nom à ce que leur aspect rappelle un peu les grandes Mutilles femelles aptères (Hymen.), comme Mutilla maura. Le T. formicarius, de 7 millimètres, a la tète noire, avec le corselet rouge, ainsi que la base des élytres, le reste des élytres noir, avec deux bandes sinueuses d'un blanc grisâtre ; il est commun sur les tas de bois de chêne. Le T. mutillarius, un peu plus grand, plus large et plus velu, vit sur les Pins ; il est noir, avec la base des élytres d'un rouge orangé, le reste des élytres analogue au précédent. Nous représentons les détails du T. formicarius {p\. xxxvi, fig. 16, lèvre inférieure et palpes; 1/ia, mâchoire et palpe; ik 6, antenne; lUc, tarse antérieur de profil).

rLERUS, Geoffr., ou Trichodes, Herbst. — Antennes terminées par une massue trièdre, déprimée et tronquée au bout. Corps allongé. (MM. Gemminger et de Harold séparent ces deux genres très-voisins.)

(:c sont de beaux insectes à corps villeux, à élytres ornées le- plus. souvent d'éclatantes fascies transvcrscs rouges ou jaunes sur un fond noir,

bkU COLÉOPTÈRES. — ÇLÉRIENS.

OU vice versa. Leurs larves, du moins pour les espèces dont les mœurs sont le mieux connues, vivent dans les nids de divers Hyménoptères mellifiques. Nous citerons le C. bombycinus, Chevr., du Mexique (pi. xxxvi, fig. 13); le C. alvearius, Fabr., de toute l'Iiurope et du Caucase, dont la larve, connue de Réaumur, vit dans les nids en terre dure, criblée de loges, des Abeilles maçonnes (pi. xxxvj, fig. 17, tête vue en dessous ; 17 a, antenne ; 17 6, tarse postérieur; 17 c, tarse antérieur); le C. apiarïus, Linn., également répandu, dont la larve, nommée Ve7- rouge par les apiculteurs, se trouve dans les ruches de l'Abeilie domestique. M. K. Perris a rencontré la larve rouge du C. alvearius sous l'écorce du Pin maritime, dans le» galeries du Tomicus Laricis. 11 y u là une sorte de contradiction avec les mœurs habituelles ou supposées; mais l'étude de ces larves a besoin d'être reprise. D'après M. Haraet, le Clairon des ruches, contrairement à l'opinion commune, ne serait pas un ennemi des Abeilles. La larve ne touche pas aux produits des ruches saines, ni aux larves vivantes. Elle y glisse son cocon entre les parois et les gâteaux, et dans les rayons gâtés par l'humidité, ainsi qu'au milieu des cadavres d'Abeilles amoncelés et en putréfaction. Elle vit de miel altéré, et non de miel sain, et de diverses matières animales en décomposition, en particulier de débris d'Abeilles et de larves, peut-être de leurs excréments. Cette manière de voir concorde avec l'observation de M. E. Perris. Le C. alvearius, de 12 à 15 millimètres, est d'un bleu assez brillant, à reflet verdâtre, avec les clylres rugueuses et ponctuées, d'uu beau rouge, avec trois bandes d'un noir bleu, et une tache carrée de même couleur entourant l'écusson : c'est le Clairon a bandes rouges de Geoffroy. Le C. apiarius, généralement un peu plus petit, manque de la tache carrée autour de l'écusson, et ressemble au précédent. A l'état adulte, ces beaux insectes se prennent sur les fleurs, surtout celles des Oignons et des Ombellifères. Les Clerus et Trichodes renferment plus de cent trente espèces d'Europe, surtout méditerranéenne, de Syrie, d'Egypte, de Barbarie, d'Arabie, de Perse, de Sibérie, des deux Amériques, des Indes, de Java, du Sénégal, de Cafrerie et d'Australie. U faut encore indiquer le C favarius, lUig., du sud-est de l'Europe, avec beaucoup de va:riélés, et le C. Olivieri, Chevr.;, rapporté de Perse par Olivier (pi. xxxvi, fig. 16). Dans les Clerus, il arrive souvent que les mâles ont les cuisses postérieures épaisses et le dernier anneau ventral très-développé.

TARSOSTEaxs, Spin. — Élytres très-allongées, parallèles, arrondies etl arrière. Tarses subpentamères à premier article petit. Corps linéaire, grêle.

Le type de ce genre est le T. univittatus, Rossi (pL xxxvi, fig 15, tarse antérieur), petit insecte d'un noir brunâtre assez brillant, avec une bande blanche ou jaunâtre sur les élytres, découvert d'abord en Italie, existant dans toute l'Europe, l'Algérie et le Caucase, et probablement

PELONIUM, CORYNETES, NEGROBIA. 545

cosmopolite, car on le cite aussi des États-Unis et du Cap, se trouvant dans les appartements. Sa larve se rencontre dans les bois de Chône, où elle poursuit les larves du Lyctus canaliculatus . 11 y a une autre espt^'ce probablement polynésienne, et une troisième de l'île Art.

PELOIVlIIM^ Spin. — Antennes terminées par une massue lamelliforme. Tarses subpentamères par atrophie d'un article.

Ces insectes sont des diverses régions de l'Amérique méridionale, jusqu'au détroit de Magellan. — Ex. : P. viridipcnne, Kirby, du Brésil intérieur (pi. XXXVI, fig. 20; 20 rt, lète vue en dessous; 20 6, antenne; 20 c, tarse antérieur). Environ cinquante espèces ; une de la Nouvelle- Zélande.

€ORY:i'f:TElS, Herbst. — Antennes courtes, terminées par une petite massue non lamelliforme, de trois articles. Palpes à dernier article en triangle. Tarses subpentamères.

Le type de ce genre est le C. cœrulcus, de Geer, de Suède, d'Angleterre, de France, d'Allemagne, de ti 1/2 millimètres, d'un bleu verdàtre très-brillant. Les mœurs des larves de ce genre et du suivant ne sont pas encore suffisamment connues. On trouve le C. cœruleus dans les matières animales, sur les fleurs, sur les vieux troncs d'arbres, et aussi très-communément dans les vieux bois des maisons. Il est probable, dit Jacquelin du Val, que la larve vit aux dépens des larves xylophages; elle se trouve dans les mêmes matières que l'adulte.

IVECROBIA, Latr. — Genre très-voisin ou même section du précédent. — Massue antennaire plus grande et déprimée. I*alpes terminés par un article allongé et tronqué au bout.

Les Necrobia recherchent, pour la plupart, les substances animales desséchées et en décomposition, les cadavres, etc. 11 reste à bien établie si leurs larves sont réellement saprophages, et si elles ne dévorent pas plutôt les larves d'autres insectes saprophages. Nous représentons le N. violacea, Linn., de toute l'Europe, d'Asie, d'Amérique (pi. xxxvi, fig. 18; 18a, palpe maxillaire; 18 6, antenne), et des détails du N. ruficollis, Fabr., d'Europe, d'Algérie (pi. xxxvi, fig. 19, mâchoire, avec palpe; 19 a, antenne). Il est d'un noir violacé, avec le corselet et la base des élytres noirâtres. Cette espèce est devenue cosmopolite, ainsi que le A'', rufipes, de Geer. Le N. violacea est en entier d'un riche bleu brillant; c'est le Clairon bleu de Geoffroy, de 5 millimètres environ au maximum, avec sujets bien plus petits, qu'on prend sur les fleurs et souvent dans les maisons, et dont la larve, dit Geoffroy, mange les charognes. On l'a rencontrée aussi dans les peaux sèches et dans des Champignons. Le N. rufipes est de taille analogue, bleu, avec les pattes,

5Zj6 COLÉOPTÈRES. — ■ CLÉRIENS.

la base des antennes et les pièces buccales d'un rouge leslacé. Le .V. ruficollis présente un intérêt touchant, en ce que cette espèce a sauvé la vie au célèbre entomologiste Latreille. Il dit lui-même, dans son Histoire naturelle des Insectes : « A l'époque de ces jours affreux que firent eclore en France et l'ambition de quelques hommes et le fanatisme révolutionnaire, l'insecte que je viens de décrire se trouvait à Bordeaux sur les murs de la prison où j'étais détenu. Renfermé dans un bouchon de liège cacheté et envoyé à M. Bory de Saint-Vincent, cet insecte devint l'occasion de ma délivrance. » Aussi Latreille, en créant le genre Necrobia dans sa reconnaissance, lui donnait la signification de vie du mort, et non pas vivant sur les cadavres, bien que cette interprétation lui convienne aussi. .\ous croyons que le curieux récit publié par M. Brullé {Hist. nat. des Ins., t. VI), d'après les documents transmis par Bory de Saint-Vincent, est de nature à tempérer l'aridité de tant de détails descriptifs, et justifiera cette digression.

« Latreille n'était connu, avant 1792, que par des communications d'insectes nouveaux faites aux entomologistes de l'époque, et par des mentions de Fabricius et d'Olivier. Prêtre à Brives, il fut arrêté avec les curés du Limousin qui n'avaient pas prêté serment, et, quoique ne desservant pas de paroisse, il ne dut pas être compris dans la catégorie. Les malheureux ecclésiastiques, avec ceux qu'on recruta en chemin, furent conduits à Bordeaux sur des charrettes^, pour être embarqués et déportés à la Guyane. Us arrivèrent vers le mois de juin, et furent déposés à la prison du grand séminaire, en attendant qu'un navire fût préparé pour les transporter. En ce temps, quoique fort jeune (c'est Bory de Saint-Vincent qui parle), je m'occupais déjà beaucoup de sciences naturelles, et je recueillais surtout des insectes. Le 9 thermidor, qui arriva, fit suspendre la déportation des prêtres; cependant les prisons ne se vidèrent que lentement, et les condamnés à la déportation ne devaient pas moins être expédiés ; mais leur départ fut retardé jusqu'au printemps, et Latreille demeura ainsi détenu à la prison du grand séminaire. Latreille occupait la même chambre qu'un vieil évoque malade^, dont un chirurgien venait chaque matin panser les plaies. Pendant une de ses visites, un insecte sort de quelque fente du plancher. Latreille le saisit, l'examine, le pique avec une épingle sur un bouchon, et paraît tout content de sa trouvaille. « — C'est donc rare? » dit l'élève chirurgien. — Oui, répond l'ecclésiastique. — En ce cas, » vous devriez me le donner. — Pourquoi? ~ C'est que je connais une )) personne qui a une belle collection et à laquelle il ferait plaisir.— » Eh bien ! portez-lui cet insecte, diteè-lui comment vous l'avez eu, et » priez-le de m'en dire le nom. » Le jeune homme accourut chez moi, me remit le Coléoptère, et, malgré toutes mes recherches;, je ne pus le déterminer. Le lendemain, quand l'élève revint savoir ma réponse, je lui dis que je croyais le Coléoptère non 'décrit. Ayant ouï cette décision, Latreille vit que j'étais un adepte, et, comme on ne donnait pas aux

PTINIENS.— LYMËXYLONIDES. 547

détenus de plumes ni de papier, il dit à notre intermédiaire : « Je vois » bien que M. Bory doit connaître mon nom. Vous lui direz que je suis » l'abbé Latreille , qui va aller mourir à la Guyane avant d'avoir publié » son Examen des genres de Fabricius. » Quand ceci me fut rapporté, j'obtins, après de nombreuses démarches, que Latreille sortirait de prison, sous caution de mon oncle de Dargelas et de mon père, comme convalescent, et qu'on le représenterait quand l'autorité le réclamerait. Latreille appareillait déjà, lorsque nos démarches parvinrent à obtenir sa sortie providentielle, car le bâtiment sur lequel il était embarqué sombra en vue du rivage, et les marins seuls purent se sauver. C'est ainsi que le Necrobia ruficollis fut le sauveur de Latreille, car, peu de temps après sa sortie de prison, on obtint sa radiation de la liste des déportés. »

Tribu des ptimiems.

Si nous poursuivions la chimère des groupes naturels égaux, nous devrions subdiviser les Ptiniens en trois tribus correspondantes aux trois types : Lymexylon, Ptinus, Anobium. Une grande uniformité de régime réunit les insectes de ces groupes ; ils vivent de substances desséchées, soit animales, soit le plus souvent végétales, et, peu nuisibles à l'état adulte, causent souvent de grands dégâts sous la forme de larves. Leurs couleurs sont ternes, peu variées, se rattachant au brun noirâtre, au fauve enfumé, au jaune testacé ; parfois des poils ou des écailles recouvrent les téguments ou y tracent quelques dessins peu diversifiés.

Les caractères généraux communs à ces trois types sont en petit nombre : Mâchoires à deux lobes ciliés. Palpes maxillaires de quatre articles, labiaux de trois ; languette coriace ou membraneuse, à paraglosses nuls ou cachés. Antennes variables, insérées sur le front en dedans des yeux. Tarses tous de cinq articles développés.

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