CLYTHRA
orbiculaire du mâle, très-dégagée du corselet, ressemble à celle des Crabro (Hyménoptères fouisseurs), d'où le nom du genre. La femelle a la tête toute différente, mais, à part cela, conserve assez bien les caractères du mâle pour le reste, surtout pour la longueur des pattes antérieures.
Dans le sous-genre Clijthra proprement dit, les espèces sont très-lisses et très-cylindriques, les antennes courtes, très-dentées, les pattes pareilles dans les deux sexes. L'espèce type est le C. quadriputiclata, L'mn., s'étendantde la Sibérie et de la Laponie jusqu'au sud de l'Europe, de 6 à 10 millimètres, à corselet d'un noir bleu, avec les élytres d'un beau jaune, ayant chacune deux taches noires, qui, par variation, peuvent se conjoindre ou manquer. Sur les Chênes, Noisetiers, Aubépines. Bouleaux. C'est la Mélolonthe quadrille à corselet noir de Geoffroy. Une espèce très-voisine, autrefois confondue avec celle-là, est le C. Lœviuscula, Schaeffer, d'Europe et d'Asie Mineure, plus commune que l'autre au centre de l'Europe.
Au sous-genre Gynandrophthalma, Lacordaire, à antennes grêles, à sexes le plus souvent pareils, parfois dissemblables à la façon connue, se rapportent le C. cyanea, Fabr., de la plus grande partie de l'Europe, du Caucase et de la Sibérie, de 4 à 6 millimètres, d'un noir bleu, avec avec pattes fortes, peu allongées, d'un jaune fauve, ainsi que le corselet et la base des antennes, les élytres d'un bleu brillant, ou verdàtres, ou violacées; la Mélolonthe Muette de Geoffroy, assez commun sur diverses plantes, dans le gazon et sous les pierres et les écorces aux environs de l'arrière- saison; — le C. aurita, Linn., du Caucase, de toute l'Europe, sauf les parties les plus boréales, de même taille que le précédent, d'un noir bleu, pubescent, avec les tarses, les jambes, les côtés du corselet largement bordés d'un jaune fauve, pareil dans les deux sexes, avec la femelle plus grande, parfois double du mâle; sur le Noisetier, le Tremble, le Bouleau, le Saule marsault ; — le C. concolor, de 3 millimètres, d'un bleu d'acier ou verdatre brillant, très-ponctué, sur les orges, les blés ; — leC. a/fînis, Panzer, onmusciformis, Goeze, d'Algérie, de toute l'Europe, jusqu'en Finlande même.
Enfin, dans le sous-genre Coptocephala, Lacordaire, les sexes sont très-dissemblables, les mâles à tête grande, large, aplatie, à longues pattes antérieures; les antennes sont peu dentées, le corps cylindrique, un peu déprimé. Toutes les espèces ont une coloration analogue, d'un jaune plus ou moins fauve, avec la tête et des taches sur les élytres d'un noir bronzé ou bleuâtre. Elles appartiennent à la faune méditerranéenne. Une d'elles remonte jusqu'il Paris, le C. scopolina, Linn., ou rubra, Oliv., noir bleu ou verdatre, avec le corselet dun rouge fauve, les élytres fauves, chacune avec deux bandes ou taches d'un noir bleu; J^a Mélolonthe quadrille à corselet rouge, comme l'appelle Geoffroy, a beaucoup de variétés, dont certaines ont fait des espèces, comme quadrimaculata , Linn., se trouvant depuis le Caucase et l'Asie Mineure jusqu'en Suède
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et Sibérie, et/Zora/«>, Oliv., avec un point humerai et une seule bande bleue sur chaque élytre, des mêmes localités.
C'est probablement à une variété qu'il faut encore rapporter le C. lœviuscula, Ratz, de 10 à 12 millimètres, à corselet d'un noir bleu, à élytres rouges avec quatre points noirs, des plus communs dans les oseraies près de Paris.
Le grand intérêt du genre Cbjthra est physiologique. 11 réside dans l'instinct qui préside à ses métamorphoses. Latreille fit connaître le premier que les larves des Clythra vivent dans des fourreaux qu'elles traînent avec elles, mais dont il ignorait l'origine. L. Dufour, M. Chevrolat, M. Gêné (1), et enfin MM. Rosenhauer et H. Lucas, ajoutèrent de nombreux et nouveaux détails. On a observé les métamorphoses des C. quadripunctata, quadrisignata, lœviuscula, vicina, palmata, pubicollis, Rosenh., humeralis , longimana et quadrimaculata , parmi les espèces européennes. Toutes les larves ont le corps allongé et cylindroïde, recourbé postérieurement en arc de cercle, avec un prolongement anal au dernier segment. Le corps s'élargit graduellement a partir du point où il se recourbe sur lui-même. Ily a treize segments, y compris la tête, écailleuse et d'un brun foncé ; les autres segments sont d'un jaune plus ou moins rougeâtre , et ont , çà et là , quelques poils redressés. Les pattes sont bien développées, et varient comme chez les adultes, c'est-à-dire que les antérieures sont allongées ou non ; le sexe apparaît donc, par ce caractère, dès la larve. Toutes ces larves vivent dans des fourreaux portatifs à une seule ouverture, qui les entourent complètement. Ils sont formés par les excréments, convertis par la dessiccation en une matière noire et friable ; ils ne sont ni en terre , ni en débris de bois agglutinés. Us varient plus dans leurs formes que les larves, et peuvent fournir des caractères spécifiques. Ils sont cylindroïdes, mais avec des sculptures extérieures variées. Ces fourreaux abritent aussi la nymphe. Ily a quelques variations pour leur mode de clôture et le moyen de sortie de l'adulte. Il est très-probable que, de même que M. Gêné s'en est assuré pour les Cryptocéphales, les excréments sont recueillis et façonnés par les mandibules de la larve ; ceci explique pourquoi la partie postérieure du corps de la larve est recourbée en arc dans le fourreau; c'est non- seulement afin de maintenir ce corps dans le fourreau sans lien d'adhérence, mais encore afin que les matériaux fournis par l'anus soient immédiatement en rapport avec les mandibules qui les utilisent. La tête est toujours disposée de manière à fermer exactement l'entrée du fourreau, et la larve ne peut faire sortir de ce dernier qu'environ la moitié antérieure de son corps, cette entrée étant trop étroite pour donner passage à la partie recourbée. De là vient que, bien que ces larves n'adhèrent nuUe-
(1) Gêné, Mém. pour servir à l'hist. valu/, des Cryplocéyhales et des Clylhres [Ann, des sr. nat., V série, 1830, p. XX, t. 143).
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ment à leur coque , un éprouve une résistance assez Ibrte lorsqu'on veut les en extraire, et qu'elles peuvent les traîner à leur suite, sans les perdre en route. M. Rosenhauer pense que ces larves, à mesure qu'elles grossissent, doivent de temps en temps abandonner les coques pour en construire de nouvelles, car on ne voit sur les plus grandes de ces coques rien qui indique un allongement graduel du même fourreau, comme cela a lieu pour les fourreaux de certaines chenilles de Teignes. A chaque mue, comme au moment de la nymphose, les larves ferment la partie ouverte du fourreau, au moyen d'un opercule qui n'est pas sans analogie avec l'épiphragme au moyen duquel beaucoup de Gastéropodes terrestres closent leur coquille pour la protéger contre le froid de l'hiver. Cela a lieu aussi chez les Chlamys. Les larves de C. quadripunctata, recueillies par Rosenhauer en décembre et par Schaller en avril, avaient le fourreau operculé, comme celles de C. palmata observées par L. Dufour, en février, sur les montagnes de Girone, en Catalogne. L'opercule placé, la larve se retourne, de sorte que la partie postérieure de son corps se trouve là où était la tète, et vice versa. Ceci s'explique par la plus grande largeur du fourreau dans son fond, largeur suffisante pour livrer à l'insecte parfait un passage qui eût été bien plus difficile par la partie operculée plus étroite. En éclosant, l'adulte détache le fond du fourreau avec ses mandibules, ou peut-être le fait sauter par pression. Il parait probable que la vie des larves des espèces européennes est d'une année.
Dans les Clythra proprement dits, les œufs ,sont déposés sans ordre. Chez le C. quadrimaculata (Coptocephala), ils sont fixés aux plantes par un long pédoncule. Le C. longimana (Labidostomis) pond une vingtaine d'œufs en masse, légèrement unis avec une humeur glutineuse, qui les attache aussi aux branches ou aux épines des plantes. Leur forme est cylindrique, un peu allongée ; ils sont enduits d'une matière jaunâtre, mince et lisse. M. Gêné a vu que, d'une manière générale au reste, pour tous les Clythra, cet enduit est de la matière excrémentitielle déposée par la femelle sur l'œuf à sa sortie. La mère saisit l'œuf cylindrique entre ses pattes postérieures, et le recouvre d'une couche uniforme de ses excréments qu'elle applique par petites portions ; ce travail dure environ une demi-heure. La larve, rompant une des extrémités de l'œuf pour sortir, rompt aussi l'enveloppe et s'en entoure comme d'un fourreau protecteur. C'est au bout d'une douzaine de jours que les petites larves de C. longimana étaient sorties et marchaient vivement en tirant chacune après elle son petit étui.
Les fourreaux, avons-nous dit, sont spécifiques. Le fourreau de C quadripunctata {Clythra propre) est, dans le jeune âge, recouvert de lamelles imbriquées qui lui donnent l'aspect d'une petite pomme de Pin ; puis ces lamelles sont remplacées par des côtes saillantes, en chevron, formant de petites dents à l'orifice; le bout fermé est arrondi avec deux faibles tubercules transverses. Chez le C. palmata {Lachnœa)
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le fourreau est. rugueux, obloiig, d'aspect terreux, sans Côtes saillantes, à ouverture oblique, avec deux mamelons au fond, le tout ressemblant, dit L. Dufour, à une crotte de brebis un peu allongée. Le fourreau de C. longimana (Labidostomis) est de forme un peu plus ovoïde que les précédents, et il est recouvert de prolongements piliformes qui lui donnent un aspect velu. Un fourreau indéterminé, décrit par Fuessly, est ovoïde, à ouverture tronquée, à fond avec deux gros mamelons accolés.
La manière de vivre des larves varie selon les espèces et probablement le» groupes d'espèces. La larve de C. quadripunctata, Fabr., a toujours été trouvée dans les fourmilières de Formica rufa. Selon M. Clievrolat, qui croit les larves de Chrysoméliens porte-fouireau lignivores, elle vivrait des amas de bois recueillis par cette grande Fourmi qui amoncelle des tas de petits rameaux au pied des arbres de nos forêts. M. Hosenliauer regarde au contraire les larves de Clythra propres, qui vivent dans les fourmilières, cumme ayant une nourriture animale, composée d'insectes et même de chair de Mammifères. A ce propos, Erichson fait observer que beaucoup d'insectes phytophages ne montrent aucune répugnance pour les substances animales, et il cité à ce sujet les observations de M. Ratzeburg sur la larve d'un autre Chrysomélien phytophage, le Lina Tremulœ. Les larvcîs de Clythra ne dévorent pas les Fourmis mortes, ce qui rend probable que, pendant leur vie, ces dernières leur procurent quelque nourriture au moyen des débris qu'elles apportent.
La larve de C. longimana {Labidostomis) a été trouvée sous les pierres, dans le voisinage des fourmilières, mais non dans leur intérieur, et aussi sur les feuilles ; celle de C. palmata [Lachnœa), sous de grosses pierres. Celles des Coptocephala paraissent vivre exclusivement de végétaux. Enfin, des larves d'espèces exotiques ont été trouvées sur le sol et sur les feuilles.
Lors de ses explorations en Algérie, M. H. Lucas a eu l'occasion de compléter par d'intéressantes observations les faits déjà connus sur les métamorphoses des Clyihru d'Europe (i). Il rencontra en avril, près de Médéah, au milieu des matériaux de fourmilières du Mijrmica testaceopilosa, Lucas, des fourreaux longs de 10 à 12 millimètres sur 4 à 5 de large, bruns, avec une bande longitudinale noire inférieure, et, sur les côtés, des saillies régulières, en minces losanges serrés (pi. lvhi, iîg. 2 a). Ils contenaient des larves d'un noir roussàtre, recourbées postérieurement et munies au douzième segment d'un prolongement anal en
(1) H. Lucas : Observations sur les métamorplioses du Tilubœa (Clythra) octosigtiata, Fabr. {ânn. Soc. enlomol. de France, I8bl, séance du 9 oct. 1850). — Nouvelles Observations sur les fourreaux de Titubœa (Clythra) octosignata, Fabr., et de Lachnœa vicina, Lacord. (op. cit.^ séance du 24 sept. 1851). — Observations sur les métamorphoses de Lachnœa vicina (Hevue et Magas. de zool., sept. 1851).