CALANDRA : CONSERVATION DES GRAINS
à une chaleur de 80", si elle ne dure que peu de temps, les grains refroidis sont secs et coulants, sans aucune altération.
Pour la grande industrie, soit afin d'assainir les grains attaqués, ou afin de dessécher les farines destinées à l'exportation, on peut combiner les doux systèmes, c'est-à-dire la double enveloppe et le serpentin à vapeur au milieu de la substance à chauffer; on peut alors, selon la saison, assainir en deux ou trois minutes un hectolitre de blé. L'épreuve a été faite en ce genre en 1862, et des échantillons présentés à l'empereur Napoléon III, les uns de blés chauffés devenus parfaitement sains, les autres des mêmes blés horriblement avariés dans les flacons, soit par les papillons, soit par les Calandres.
il est utile, quand les greniers sont atteints par la Calandre, de réduire au plus vite le blé en farine, puis de passer à la chaux les murs et les poutres; de faire un balayage minutieux, de couvrir les murs d'un enduit lisse, de boucher toutes les fentes, et de laisser quelque temps la salle sans recevoir de nouveau blé, afin que lesCharansons qui resteraient encore cachés aient le temps de mourir de faim. La propreté constante des greniers est le meilleur préservatif.
La nature nous a donné quelques auxiliaires contre cette fatale engeance. Le meilleur est un petit Chalcidien (Hyménoptères) du genre Pteromalus, d'un vert bleuâtre foncé, à antennes noires, à pattes blanchâtres, ù yeux rougeâtres. Il est parfois si nombreux, que les tas de blé et les' sacs qu'il recouvre paraissent verts ; le fermier peut alors se réjouir, certain de voir disparaître son ennemi pour quelque temps. On doit encore ciler un petit Coléoptère brun, allongé et plat, qui abonde dans les granges et greniers : le Sylvanus sexdentatus ou frunientnrius, Fabr. (voy. p. 375), importé, dit-on, de Surinam ; il donne, ainsi que sa larve, la chasse aux larves de Calandres. Il faut lui adjoindre dans ce service le Trof/osita mauritanien, Linn. (voy. p. 373), regardé ù tort dans le Midi, sous le nom de Cadello, comme nuisible.
La Calandre des grains atlaque le blé en paille dans les granges et dans les meules, mais moins que lorsqu'il est baltu et en tas. Ses ravages sont encore assez sensibles dans le midi de la France, à pratiques agricoles routinières, mais diminuent de plus en plus dans le Nord. Ils sont devenus presque insignifiants aux environs de Paris. Cela tient à une raison d'économie générale, qui fera peu à peu disparaître la Calandre. Autrefois les fermiers conservaient longtemps les grains ou les blés en paille, les accaparaient même dans les années d'abondance, afin de revendre à fort bénéfice lors des disettes. Aussi il n'était pas rare, dans le commencement du siècle, de voir des blés conservés cinq à six ans en greniers, et parfois les ravages des Calandres ruiner leurs détenteurs. Aujourd'hui l'intérêt du fermier n'est pas de conserver longtemps ce capital improductif et sujet à avarie : en cas de pénurie, les blés étrangers, entrant en franchise et circulant rapidement par mer et par voies ferrées, détruisent tous les calculs fondés sur les grandes ré-
702 COLÉOPTËKES. — CLIICLLIONIENS.
serves. Aussi maintenant le blé est vite vendu et soumis à la mouture; on exécute un battage rapide, à mesure des demandes. Autrefois, au contraire, le battage était si lent, qu'il prenait une partie de l'année, et obligeait à amasser en tas des grains que l'on ne pouvait, sans cela, ré[jondre d'avoir disponibles à jour fixe. On ne garde donc plus aujourd'hui les blés en greniers ou en meules que le moins de temps possible ; l'eflet disparaît avec sa cause, le long emmagasinage.
Une seconde espèce de Calandre, originaire des Indes orientales, et répandue maintenant partout, est le C. Oryzœ, Linn. (pi. lu, tig. 1), espèce voisine de la précédente, un peu plus petite, de 2 1/2 à 3 millimètres, avec les élytres à stries et d'un aspect différent du C. cjranaria, plus épaisse, brune, avec quatre taches rougeâtres mal limitées sur les élytres, qui sont au contraire unicolores dans l'espèce du froment. Cette Calandre est très-commune dans le riz avarié, et attaque aussi le mais. Le chauffage, de peu d'inconvénient pour le riz, est le meilleur moyen de détruire cet insecte. M. Boisduval {bisectol. agric, 3<= année, 1869, p. 99) a vu le C. Onjzœ sortir en abondance des fruits du Nelumbium speciûsum envoyés de Chine en bocaux. Or, toutes les Calandres dont on connaît les larves vivent exclusivement de graines de Monocotylédones. Cet instinct de l'insecte, selon M. Boisduval, est peut-être une raison qui doit militer en faveur de l'ancienne opinion de A. Richard, qui plaçait les Nymphéacées dans les Monocotylédones, d'après la structure de l'embryon.
Le genre Culandra proprement dit comprend une vingtaine d'espèces exotiques des deux mondes, sauf l'Australie. Il est fort difficile de connaître l'origine première du C. granaria, qui doit se lier à celle du froment.
Nous figurons une espèce de Calandre exotique, de deux couleurs, le C. taitensis, G.-Mén., de Taïti (pi. ui, fig. U; lia, tête de profil; Ul>, antenne). Elle est très-voisine des C. exarata, de Bourbon, et subfasciata, de Java, espèce de Schœnherr. Ce dernier auteur range le C. taitensis, G.-Mén., dans les espèces douteuses, mais seulement parce qu'il ne l'a pas vue.
On a détaché du genre Calandra des anciens auteurs le genre Rhynchophorus , Herbst, pour des espèces des régions chaudes des deux continents, au nombre actuel de vingt, constituées par des Charansons de grande taille. Le type est la Calandre des Palmiers, ou R. Palmarum, Linn., noir, terne et comme velouté en dessus, brillant en dessous, à écussou très-allongé, avec les cuisses et les jambes toutes couvertes en dessous de cils noirs. Le mâle a le rostre portant une crête en dessus et antérieurement, et muni de soies noires serrées ; chez la femelle il est glabre et atténué aa bout. Ce grand insecte, ù élytres sillonnées, est commun aux Antilies, à la Guyane, au nord du Brésil, etc. Sa larve, grosse et dodue, d'un blanc sale, vit dans les troncs de Palmiers qu'elle détériore cousid rablement. Au moment de lu nymphose, elle
THIGONOTARSUS. — MliC APUUCTLS. 703
se façonne une coque ovale, formée de filaments de bois détachés par elle dans ce but. Les stipes perforées sont celles du Palmier sagou [Sa- (JUS Raphia, Lam.), arbre précieux par ses amas internes de fécule ou sagou, au milieu desquels s'engraisse la larve ; par ses fruits, son vin dû à la sève ; dont les feuilles servent de couverture aux cases des nègres et des indigènes, dont les folioles acérées leur fournissent pour la pêche des sagaies redoutables. Lherminier a observé à la Guadeloupe que la femelle ne pond ses œufs dans les Palmiers que lorsque la cime, ou choux palmiste, a été coupée, et il rapporte que dans cette île on trouve la larve dans le centre médullaire de VAreca oleracea. Au Venezuela, dit M. A Rojas, on prend cette espèce sur plusieurs genres de Palmiers, et aussi, à l'ardeur du soleil, suçant le lait du Carica Papaya, ou Papayer, quand on vient de couper les branches d'où suinte un suc propre à vertus énergiques. On trouve aussi l'insecte dans les terres chaudes, sur le tronc du Cocotier {Cocos nucifera, Linn.). La Calandre des Palmiers, très-commune dans les collections, a été figurée sous les trois étals par M. E. Blanchard {Hist, des Ins., 18li5, pi. 15, et Métam. des Ins., 1868, p. 5/i7). La larve de cette espèce doit se ranger parmi les insectes comestibles. Sous le nom àfi ver palmiste, elle fait les délices de certains colons, imitateurs des convives de Lucullus pour d'autres larves, et avalant la matière liquide interne comme une crème délicate ; les dames surtout en sont très-friandes. Les indigènes de la Guyane recherchent beaucoup ces larves, qu'ils nomment gusanos, et les mangent rôties et enfilées sur des brochettes.
TRMiiOXOTAKSDS, G.-Méii. — Rostre assez long et droit, épaissi et subquadrangle à sa base. Antennes à funicule de six articles. Corselet allongé, rétréci en avant ; écusson grand et triangniaire ; élytres légèrement rétrécies et arrondies en arrière, laissant à découvert le pygidium. Pattes longues et robustes, avec tarses à trois premiers articles obcouiques ou subtriangulaires, et le quatrième très-grand, ainsi que ses crochets.
Ce genre, qui ne comprend qu'une espèce, est fondé sur un gigantesque Charanson de l'Australie, décrit pour la première fois par M. Boisduval dans sa faune de l'Océanlej et vuisin des grandes Calandres trupicales. C'est le T. rugosus, Boisd., ou caluudroides, G.-Mén. (pi. lu, fig. 9; 9 a, tête de profil), d'un noir presque mat et criblé d'un réseau de gros points enfoncés sur le corselet et les élytres, celles-ci en outre assez fortement sillonnées. Le corps est oblongo-ovale et glabre.
MECiAPROCTl'S, Scliœn., ou Oxypygus, Lacord. — Rostre allongé, grêle, cylindrique; antennes grêles à funicule de six articles. Corselet en cône allongé ; élytres planes laissant à découvert un long pygidium en triangle acutangle.
Ces iiisectes, au nombre de cinq espèces, sont du continent indochinois et des grandes îles voisines. — Ex. : M. acutus, Fabr., ou elonga-
70^ COLÉOPTÈRES. — CURC;UL10l^lE^S.
tus, Dej., ou ocellatits, G.-Mén., de l'île de Java (pi. lu, fig. 5 ; 5 a, corps de profil ; 5 b, antenne), esp(>ce devant son nom à un ocelle à l'extrémilé de chaque élytre.
CERC'IU0€ER|.'§>, Schœnh. — Rostre assez long, robuste, foitement arqué; antetiHes courtes, robustes, à funicule de six articles, avec massue transversalement linéaire ou triangulaire, trois fois au moins et jusqu'à six fois plus large que longue, à bord tranchant, recouverte d'une masse spongieuse (cette massue est bien plus fêduite chez les femelles). Corselet allongé, rétréci et brièvement tubuleuxen avant; élytres déprimées, rétrécies en arrière, laissant à découvert un pygidium déclive. Tarses longs. Corps oblong, subelliplique, le plus souvent revêtu d'un enduit ou d'une efflorescence veloutée.
La forme exceptionnelle de la massue antennaire fait immédiatement reconnaître ce dérivé du type des Calandres ; il est propre à l'indo- Chine et aux îles Malaises. — Ex. : C. securifer^ Gaede, ou nigro-lateralis, (Î.-Mén. (pi. LU, fig. 6; 6a, corps de profil; 6 6, antenne), de Java, jaune, avec large bordure noire.
Les genres par lesquels nous terminerons l'immense tribu des Curculioniens constituent un passage manifeste aux Scolytiens par leur petite taille, leur aspect, et surtout par la forme et les mœurs de leurs larves.
tOSSO.lil'S, Clairv. — Rostre fortement épaissi et dilaté vers l'extrémité, qui porte des antennes courtes, à funicule de sept articles, avec massue indistinctement articulée ou subsolide. Élytres allongées, linéaires, tronquées à la base, arrondies ensemble au sommet; écusson bien distinct. *
Les Cossunus sont le fype d'une famille de Charansons de forme linéaire, cylindroïde, déprimée, en rapport avec une vie sous les écorces ou dans les vieux ti'oncs d'arbres, à la façon des Xylophages. Les yeux ont une tendance à se rapetisser ei même à disparaître; les téguments sont en général glabres ou couverts de poils fins et redressés. Certains insectes de ce type sont épigés et arénicoles, s'enfonçant dans les sables au bord de la mer ; la plupart vivent dans les bois, et les larves pratiquent des galeries dont la forme varie suivant les espèces, et où elles se changent en nymphes. Deux larves d'un genre très-voisin habitent dans le Pin maritime et les bois de charpente qui en proviennent ; ime autre, aussi d'un genre rapproché, creu.se des galeries longitudinales dans l'aubier des Sapins. La livrée du genre Cossonus est noire ou ferrugineuse, rarement mélangée de ces deux couleurs; les élytres ont des stries droites et ponctuées. Le genre Cussonus, sauf l'Australie, paraît cosmopolite. On trouve surtout ses espèces dans les régions chaudes des deux continents, et aussi aux îles Sondaïques, à Madagascar, à la
C08S01NLS, RAYMONDIA, DRYOPHTHORUS. 705
Nouvelle-Calédonie, à Tonga-Tabou, aux îles de France et Bourbon, à Ceylan, à l'île Saint-Vincent, aux Antilles. Il y en a trois espèces en Europe, parmi lesquelles nous citerons le C. linearis, Fabr., de 6 à 7 millimèlres, d'un brun noir brillant, avec le corselet très-ponctué, et les çlytres parfois rougeâtres, à stries de forts points. Cette espèce se trouve dans les souches de Peupliers en décomposition ou sous leurs écorces. Nous représentons le C. ephippiger, G.-Mén., de Java (pi. ui, fig. 7 ; 7 a, antenne; 7 6, jambe et tarse antérieurs). Cette espè£e semble porter une selle d'un noir bleu adaptée à un insecte rougeûtre, et couvrant toute la région antérieure des élytres, celles-ci striées de points, avec intervalles lisses.
RA YMOiVDI A , Aubé. — Tête petite et globuleuse; rostre assez allongé et cylindrique; antennes à funicule de sept articles. Yeux nuls ; écusson nul. Élytres oblongo ovales, pas plus larges que le corselet. Pattes courtes. Corps oblong, atténué en avant, légèrement pubescent.
Ce genre dégradé constitue un nouvel exemple de Curculioniens aveugles, souterrains, dont les larves vivent probablement de racines ou de provisions végétales des fourmilières. Il est Irès-probable que le nerf optique manque, ainsi que M. Lespés l'a constaté pour diverses espèces aveugles, cavernicoles et autres {Ann. sciences nat., 5"^ sér., Zool., 4868, IX, 63). La première espèce découverte dans le Var, sous une pierre profondément enfoncée, est le R. fossor, Aubé, atteignant à peine 2 millim. de long, d'un jaune testacé clair, couvert de gros points. On a trouvé depuis quelques autres espèces : ainsi le R. Delaroitzei, Ch. Brisout de Barneville, dans les Pyrénées-Orientales, en compagnie de petites Fourmis, et le R. Marqueti, Grenier, près de Toulouse, sous des couches d'argile. Ce sont là des raretés de collectionneurs d'un grand intérêt physiologique par adaptation de la structure aux mœurs. Il y a des espèces de la France méridionale, du nord de l'Italie, de Corse et de Sardaigne.
DRYOPATHORtlS, Schœnh. — Corps allongé, peu convexe. Rostre assez long, subcylindrique, peu arqué, à scrobe courte et profonde ; antennes courtes, à funicule de quatre articles, avec massue grande, subsolide. Yeux petits. Corselet oblong, rétréci antérieurement ; élylres allongées, oblongues, un peu plus larges que le corselet à la base, obtusément angulées aux épaules. Tarses grêles, de cinq articles, par développsment insolite du quatrième article.
Le type de ce genre et la seule espèce d'Europe est le D. lymexylorif Fabr., de Suède, de France, d'Allemagne, du Caucase (pi. m, fig. 8 ; 8 a, tête de profil et antenne ; 8 b, jambe et tarse antérieurs ; 8 c et 8(/, un tarse figuré dans diverses positions pour bien montrer la pentamérie).
Cet insecte, de petite taille, 3 à U millimètres, assez commun, d'un brun rougeâtre terne, rugueux, avec fines côtes tranchantes sur les élytres, vit sous les écorces et dans les détritus de vieux troncs d'arbres, notamment dans le Pin maritime, le Chêne, le Coudrier, le Peuplier
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du Canada, recherchant ' le bois sec ou qui a subi un commencement de décomposition. Ses larves, longues de 5 à 6 millimètres, le criblent de galeries. De môme que les autres larves du type Cossonus, elles ressemblent aux larves des Scolytiens. Comme celles-ci, elles ont le corps recourbé en arc, revêtu de courts poils redressés et de petites spinules visibles aux instruments grossissants, et leur servant à cheminer dans les galeries; les palpes des deux sortes sont biarticulés, les antennes très-courtes. Ces larves sont aveugles et sans pattes, celles-ci étant remplacées par des mamelons et deux bourrelets de chaque côté. L'espèce n'a qu'une génération par an ; les pontes se font en mai et en juin. Les adultes, éclos en automne, demeurent la plupart dans le bois jusqu'au printemps, la plupart sous les écorces. Ils s'attaquent exclusivement aux troncs et souches des vieux arbres, même dépouillés d'écorce, ce que ne font pas les Scolytiens. Ils pénètrent dans les profondeurs de l'aubier, y creusent des galeries sinueuses, en partie verticales, en partie obliques, en partie transversales, y pondent des œufs, et les larves rongent le bois transversalement. Les insectes reproduisent sur place pendant plusieurs années, et le bois est alors percé de trous comme un crible, se brise sous le moindre effort, et finit par n'être plus qu'un composé de fibres et de vermoulures (E. Perris).
Le genre Dryophthorus a sept autres espèces disséminées aux États- Unis, à Madagascar, aux îles Sandwich, à Ceylan, à la Nouvelle-Calédonie, à l'île Lifu et à la Nouvelle-Zélande.
Ces affinités étroites des derniers Charansons avec les Scolytiens sont une des preuves multiples de la complexité des rapports naturels, de l'impossibilité des classifications exactes que nous ne cessons de proclamer ; nous devons nous contenter d'approximations. Le Créateur n'a pas mesuré ses lois grandioses, et dont les harmonies ne nous sont qu'en partie visibles, à notre faible intelligence !
Tribu des CÉaAlIBYCIE^S ou LOWGICORMEIS.
Les Coléoptères qui forment actuellement la tribu des Cérambyciens, d'après le nom du genre Cerambyx, un des mieux caractérisés, avaient reçu de C. Duméril la dénomination de Xylophages ou Lignivores {Tableaux d'anat. comp. de G. Cuvier, 1799 ; Zool. anatyt., 1805). En 1817, Latreille changea avec raison ce nom en celui de Longicornes , mieux approprié au caractère le plus important de ce groupe ;, taudis qu'un mot désignant le régime ligneux permettait de les confondre avec les Scolytiens ou Cylindriformes de C. Duméril, qui vivent d'une façon analogue. Latreille eut au contraire le tort de conserver ce nom vague de Xylophages pour ces derniers insectes, et pour d'autres séparés d'eux et des Cérambyciens par les affinités zoologiques.
Les mœurs des Cérambyciens sont peu variées, et cela tient à l'uniformité- de leur régime. On les trouve en général sur les végétau-x, princi-
GÉRAMBYCIENS. 707
paiement ligneux, dont l'intérieur a nourri leurs larves ; c'est surtout ce qui a lieu pour les grandes espèces. Les petites espèces sont moins sédentaires, volent sur les fleurs dans les champs, les prés et les clairières des bois, cherchant de préférence les fleurs en ombelles, en corymbes, en épis. Beaucoup de Cérambyciens sont peu agiles et ne se servent pas de leurs ailes par les temps froids et sombres ; mais il en est autrement à l'ardeur du soleil. Ils volent alors assez vivement, même les grosses espèces, échappent ainsi à la main qui cherche à les saisir, ou se laissent tomber entre les branches en étalant leurs ailes enlr'ouverles comme un parachute. La plupart, quand on les prend, font entendre un bruit qui ressemble à une plainte, par le frottement du bord inférieur du corselet contre le mésolhorax, les surfaces respectives étant garnies de rides très-fines, visibles à une très-forte loupe. Les Prionides et quelques Cérambycides sont privés de l'appareil stridulant; dans ce second groupe la stridulation manque chez quelques genres à système alaire rudimentaire ou aberrant {Vesperus, Necydalis, Molorchiis). Les femelles ont un oviducte plus ou moins prolongé, souvent saillant, et l'introduisent pour pondre entre les fentes des tiges, ou le glissent sous les écorces. Les unes s'adressent aux Chênes affaiblis et crevassés, les autres aux jeunes Peupliers et Saules à bois encore très-tendre. D'autres pondent dans les racines ou les souches stériles, et les larves hâteront leur mise en terreau. Par des préférences instinctives, inexpliquées pour nous, souvent certaines souches sont épargnées au milieu d'autres atteintes, ou bien un arbre n'est perforé par les larves que sur une moitié, les femelles ayant respecté l'autre. D'après le genre de vie des larves, les chantiers sont un excellent lieu de chasse des Cérambyciens.
Les espèces lucifuges, ou celles que l'absence d'ailes ou leur état rudimentaire condamne à vivre sur le sol (genres Dorcadion, etc.), ont en général des couleurs foncées ou ternes. Les Phytœcies sont verdâtres, fait remarquer M. Mulsant, comme les plantes sur lesquelles on les trouve. Les Jîdiles et les Rhagies sont gris et nébuleux comme l'écorce des Pins dont ils sont les hôtes fidèles. Au contraire, les Cérambyciens diurnes comptent parmi les plus beaux Coléoptères par l'élégance de leur forme svelte et allongée, et souvent la richesse et Téclat de leur coloration. Ils étincellent de teintes métalliques ou sont d'un jaune vif, ou d'un rouge carmin. Des poils luisants simulent des galons qui se détachent sur un fond sombre, ou bien semblent revêtir l'insecte d'un manteau de velours vert ou de satin couleur de feu. Lacordaire dit que les Longicornes sont revêtus de poils à la façon des AntribeSj et que celte vesliture est des plus constantes, au point qu'il n'y a qu'un seul genre {Heterolepis) qui offre de vraies écailles ; les écailles au contraire étaient très-fréquentes chez les Curculioniens. Il faut notamment re- Inarquer les poils longs et fins dont sont fréquemment hérissés les antennes, les pattes ou même le corps entier. M. Schiœdle les regarde comme
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des poils volants (pili volatiles) destinés à alléger le corps dans le vol par le grand volume d'air déplacé, avec une très-faible augmentation de poids : il y aurait quelque chose d'analogue à l'émission de fils très-légers, moins denses que l'air môme, qui paraissent servir au transport aérien de très-petites Araignées, et expliquent le prétendu vol de ces Articulés. Parfois des odeurs suaves ou pénétrantes s'échappent du corps des brillants Longicornes (genres Aromia, Callichroma , Trachyderes, etc.). Selon M. Schiœdte, l'odeur est due à un liquide sécrété par une paire de grosses glandes aplaties et bilobées, situées dans la région métasternale et s'ouvrant au dehors par deux pores étroits placés dans un pli des angles postérieurs du métasternum.
Les larves des Cérambyciens appartiennent au type dégradé de la plupart des larves lignivores, et ressemblent à celles des Buprestiens, tandis que les adultes sont tout à fait différents. Elles ont l'aspect de gros vers allongés, blanchâtres ou jaunâtres. Le corps offre souvent un contour subquadrilatère ou la forme d'un prisme à six pans; il est élargi et déprimé antérieurement, avec un prothorax dépassant en grandeur les autres segments, ce qui est aussi un caractère des larves de Buprestiens. Les anneaux sont souvent revêtus en dessus de sortes d'écussons garnis de rugosités. La tête est cornée, plus étroite que le prothorax, parfois sinueusement découpée antérieurement, armée de mandibules fortes, cornées, souvent dentées, capables d'entamer les bois les plus durs. La bouche présente en outre un labre transversal, semicirculaire ou cordiforme.des mâchoires à un seul lobe avec palpes filiformes de trois articles, une languette avec palpes labiaux de deux articles. La tête des larves de Buprestiens, plus enfoncée dans le prothorax que celle des larves de Longicornes, est plus dégradée pour les appendices, puisque les palpes maxillaires n'ont que deux articles, et que les palpes labiaux sont rudimentaires. Les antennes sont courtes, de quatre articles, le dernier sétigère, coniques, décroissants, rétractiles les uns dans les autres comme les tubes d'une lunette. Il y a parfois de chaque côté de la tête de un à quatre ocelles, peu distincts, ou bien les larves sont aveugles. Le corps comprend douze segments outre la tête ; il est parfois apode, et les anneaux sont alors chargés de tubercules en général rétractiles, facilitant la progression dans les galeries. Il est des larves qui ont des pattes écailleuses très-courtes , paire par paire aux trois anneaux du thorax, et en outre divers mamelons. Il y a neuf paires de stigmates, la première sur le pli, entre le prothorax et le mésothorax, les autres sur les segments de quatre à onze.
Toutes ces larves vivent dans l'intérieur des tiges ou des branches des arbres, arbrisseaux, et môme des herbes et céréales pour quelquesunes. Comme les Cérambyciens sont souvent d'une grande taille, leurs larves peuvent être fort nuisibles et entraîner la perte des arbres dans lesquelles elles creusent d'énormes galeries. Certaines rongent l'écorce en rampant sur l'aubier, d'autres entament le bois, d'autres la moelle.
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11 en est qui perforent les racines. Toujours les galeries sont à couvert et obscures ; le contact de l'air fait d'habitude périr les larves molles de tous les insectes qui vivent dans l'intérieur des végétaux ou de leurs fruits. Les galeries peuvent s'approcher beaucoup de l'extérieur, en ne laissant qu'une mince couche intacte : il y a des larves qui rongent tout l'intérieur d'une branche en ne respectant qu'une légère écorce ; elles tiennent leurs anneaux rétrécis à mesure que la branche diminue de diamètre. Les débris ligneux sont façonnés en canal sur les parois des galeries. Celles-ci sont sans ordre, comme chez les Curculioniens lignivores, etleur largeur augmente à mesure que la larve qui les creuse grossit. Selon M. Mulsant, les larves dont les galeries viennent à se rencontrer se dévorent.
La vie à l'état de larve varie selon les espèces, dure un, deux ou trois ans. Parfois un retard d'une année se produit. Si 1 on enlève de sa galerie une larve près de se changer en nymphe, et qu'on l'entoure de morceaux humides du bois dont elle se nourrit, elle maigrit quelque temps, puis se remet à manger, mais reste larve une année entière, jusqu'à ce qu'elle ait retrouvé l'époque habituelle de la nymphose de son espèce. Il y a là un fait inexpliqué qui n'est pas sans analogie avec celui que nous ofl'rent les chrysalides de certains Bombyciens (Lépidoptères), prolongeant leur vie latente de toute une année, une fois que, par circonstance inconnue, est passé le moment ordinaire de l'éclosion. Les larves de Longicornes s'élèvent facilement en captivité, en mettant les débris végétaux dont elles se nourrissent dans un pot contenant de la terre et recouvert d'une toile métallique ; il faut avoir soin d'humecter de temps en temps, si l'on veut qu'elles ne se dessèchent pas, surtout quand elles passent à l'état de nymphes.
Nous avons pour auxiliaires naturels contre ces larves, dont certaines détériorent fortement des bois utiles, des animaux divers : les Pies et les Grimpereaux les saisissent sous les écorces avec leur langue dure et effilée ; les Fourmis ligniperdes les dévorent dans leurs galeries, et les Ichneumoniens à longue tarière vont pondre dans leur corps,au milieu des couches ligneuses, des œufs d'où naîtront des larves carnassières.
Lorsque les larves des Cérambyciens sont prêtes à se transformer en nymphes, la plupart creusent au bout de leur galerie une celluleovoïde, et s'y entourent de vermoulure de bois agglutinée et pressée, ou de fibres ligneuses entrelacées. Celles qui demeurent dans les tiges bouchent avec des tampons ligneux les deux extrémités du tuyau où elles vivent, afin de soustraire les nymphes aux attaques venant du dehors. Certaines espèces, dont les larves étaient sous les écorces, s'enfoncent pour la nymphose dans le bois, afin d'y trouver un abri plus profond et plus certain ; d'autres, au contraire, dont la vie s'est passée dans la moelle du végétal, se rapprochent de l'extérieur, afin que l'adulte ait plus de facilité à sortir. Il s'opère dans la dernière période d'existence de la larve un travail d'organisation considérable, et qui mériterait
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d'être étudié en quelque sorte d'heure en heure, comme le fit Hérold pour les métamorphoses de la chenille du Chou, afin de voir surtout comment les antennes rudimentaires de la larve se transforment en ces appendices si variés chez l'adulte, et parfois beaucoup plus longs que le corps. Ces grandes antennes apparaissent formées chez les nymphes, couchées et recourbées sous la poitrine; la tête est infléchie, les élytres raccourcies et déhiscentes, les pattes soit repliées au dessous du corps, soit saillantes sur les côtés. Parfois l'abdomen de la nymphe se termine par des crochets destinés à lui permettre de se cramponner aux parois de la coque ou de la galerie, lorsque l'adulte sortira de l'enveloppe nymphale. Souvent certains segments sont munis de spinules. Les nymphes des Cérambyciens remuent vivement leurs segments abdominaux quand on les touche. Pour la plupart, l'éclosion a lieu au bout d'une à deux semaines ; il arrive quelquefois que les adultes n'ont pas la force de percer avec leurs mandibuLes le fond de la galerie afin de s'ouvrir un passage, et qu'on les trouve morts et desséchés dans les tiges.
Dans ses Etudes sur les insectes nuisibles aux Pins maritimes des Landes, M. E. Perris donne des indications pleines d'intérêt sur la tribu des Cérambyciens. Ce sont, dit-il, des insectes peu nuisibles aux forêts, c'est-à-dire aux arbres vivants, et ne pouvant, sous ce rapport, se comparer aux différents groupes de Scolytiens. En effet, ils ne pondent en général leurs œufs que sur les arbres morts ou sur les parties mortes des arbres vivants, sans amener dès lors la mort de ceux-ci. Ils sont au contraire dangereux pour le bois en grume déposé sur le sol forestier et pour les bois ouvrés appropriés à l'usage de l'homme. Les galeries souvent larges et profondes des larves rendent les bois, peu résistants et imprègnent d'humidité leurs couches internes.
M. E. Perris regarde le treizième segment des larves de Longicornes et de Buprestiens comme un mamelon anal, mais placé dans l'axe du corps et non dessous; ce qui fait rentrer ces larves dans le cas presque général de douze segments pour les larves de Coléoptères. Elles se distinguent immédiatement des larves de Buprestes par leur forme en prisme à six pans à arêtes obtuses, et par un état moins imparfait des organes céphaliques. Au contraire, l'aspect de pilon aplati signale tout de suite une larve de Bupreste. Les larves de Longicornes ont parfois des pattes coniques, arquées, écartées et très-courtes ; certaines en sont dépourvues, sans que rien explique cette différence, puisque le genre de vie et l'habitat restent les mêmes. Cela prouve que les pattes ont peu d'importaiice dans cette tribu, et leur brièveté; quand elles existent, justifie cette assertion. Il en est de même pour les ocelles, dont la plupart des larves manquent, tandis que quelques-unes en ont une ou plusieurs paires : les yeux semblent peu nécessaires à des larves destinées à vivre dans l'obscurité.
La forme des galeries des larves de Buprestiens et de Cérambyciens
GÉRAMBYCIENS. 711
les sépare encore. Celles des Buprestes, qui vivent sous l'écorce, sont très-sinueuses, et les détritus et excréments sont refoulés derrière les larves en couches concentriques. Quant aux larves de celte tribu qui habitent l'intérieur du bois, les galeries ont. une section très-surbaissée en rapport avec l'aplatissement du corps. Les larves de Longicornes, au contraire, rongent les couches inférieures de l'écorce sur de larges surfaces et très-irrégulièrement ; les galeries de celles qui pénètrent dans le bois sont à section elliptique, sensiblement plus renflée que pour les Buprestes.
M. E. Perris a reconnu dans la dernière métamorphosé de ces larves un état intermédiaire que Réaumur et L. Dufour avaient déjà constaté pour certaines larves de Muscides (Diptères). Le passage à la nymphe n'est pas brusque et immédiat. La tète de la larve s'incline et n'est plus rétractile; les organes buccaux se raccourcissent et deviennent immobiles, ainsi que les pattes ; les segments se dilatent, se dépriment ; leurs divisions et leurs appendices charnus s'effacent. Les stigmates s'obstruent et la trachée latérale se détache. Le dernier segment laisse apercevoir l'extrémité postérieure de la nymphe comme dans un fourreau. Le corps, dont l'aspect était luisant et un peu rougeâtre, devient d'un blanc mat uniforme. Au lieu des mouvements vifs de la larve, c'est déjà la lenteur de la nymphe faisant au plus une simple rotation. Puis la peau se fend au dos du thorax, et la nymphe apparaît après avoir rejeté, soit en peloton, soit tendue comme un fourreau, la dépouille de la larve, avec l'enveloppe cornée de la tète, les antennes et les pièces buccales. Sur cette dépouille persistent les deux trachées latérales qui unissaient les stigmates, sous l'apparence de deux lignes nacrées.
Les caractères généraux des Cérambyciens adultes sont les suivants : Antennes en général longues, le plus ordinairement de onze articles, rarement de douze, exceptionnellement d'un plus grand nombre. Tête de formes diverses, souvent engagée en partie dans le corselet, parfois saillante et portée sur une sorte de cou. Mandibules robustes; mâchoires inermes à deux lobes ciliés, parfois l'interne ou tous deux rudimentaires ; labre petit. Palpes variés, maxillaires de quatre articles, labiaux de trois; languette membraneuse, coriace ou cornée, à paraglosses existants ou nuls. — Yeux de grandeur variable, le plus souvent échancrés en dedans, et entourant la base des antennes. Corselet variable; écusson toujours visible; élytres le plus souvent grandes et allongées, et débordant la base du corselet, rarement réduites ou soudées, et alors absence d'ailes. — Abdomen de cinq segments, rarement de six chez les mâles, souvent échancré à l'extrémité chez les mâles, portant un oviducte chez les femelles. — Tarses de quatre articles (subpentamérie), dont le quatrième présente à la base un nodule rudiment de cinquième article, et dont le troisième est en général bilobé ou cordiforme ; les articles tarsaux garnis en dessous de brosses veloutées, à crochets ordinairement simples. Corps en général allongé, jamais très-plat ni globuleux.
712 COLÉOPTÈRES. — GÉRAMBYCIENS.
Les antennes, par leur longueur, toujours plus considérable chez les mâles que chez les femelles, constituent le principal caractère des Cérambyciens adultes ; cependant il y a des genres à antennes raccourcies;, qui offrent des passages insensibles avec certains Chrysoméliens des genres Orsodacna et Donacia, et des genres exotiques du type des Galéruques. Les larves rendent, il est vrai, la confusion impossible ; car, chez les Chrysoméliens, elles ont des pattes écailleuses bien développées au thorax, et vivent en général à découvert sur les feuilles qu'elles dévorent, et, si quelques-unes vivent en mineuses à l'intérieur des plantes, elles n'ont, outre la'téle, que onze segments apparents au lieu de douze.
Les antennes, organes si variés chez les insectes, n'échappent pas à la loi commune de la diversité chez les Longicornes. Elles sont ordinairement aussi longues que le corps, et peuvent le dépasser plusieurs fois (genres jEdilis, etc.); ou bien, au contraire, atteignent à peine la base du corselet (genres Spoiulylis, Rhagium, etc.]. Le plus souvent les articles sont simples, lisses, tantôt cylindriques, tantôt noueux, fusiformes, obconiques ; parfois ils sont uniformes de grosseur, parfois vont en s'amincissant vers le bout. Il peut arriver que ces articles soient duveteux ou munis de poils en franges ou en touffes; l'article basilaire est toujours le plus volumineux. Les antennes sont en général portées sur des tubercules saillants ; parfois, surtout chez les Prionides, elles offrent des fossettes ou sillons porifôres, analogues à ceux découverts par Erichson chez les Buprestiens et visibles seulement à de forts grossissements. Ils consistent, selon M. Schiœdte, en dépressions hémisphériques ayant au fond un poil très-court et translucide.
Les yeux, rarement entiers, sont, ou à fins granules, ou à gros granules, avec quelques passages, ce qui doit être en rapport avec une vision diurne ou crépusculaire.
Les pièces buccales des Longicornes ont été très-bien étudiées dans un travail sur l'organisation anatomique des Cérambyciens du Danemark, par M. Schiœdte. Ce travail a été traduit partiellement en anglais dans les Ann. and Magaz. of natur. Hist., sér. 3, 1865, XV, p. 182, et analysé en français par M. Thomson {Pliysis, I, p. 5). Le labre, soudé à l'épistome chez les Prionides, est libre dans les autres groupes ; les mandibules varient beaucoup. Les mâchoires ont le plus souvent deux lobes parfois très-réduils {Sjwndylis). Le plus important, l'externe, subsiste seul chez presque tous les Prionides, et devient très-grôle chez beaucoup de Cérambycides et même très-long dans quelques genres (CalUchroma). Les palpes maxillaires et labiaux ont le dernier article acicùlé chez les Lamiides, tandis que cette forme n'existe pas chez les autres groupes. La languette est importante ; elle est membraneuse et distincte dans l'immense majorité des Cérambycides, et pourvue de paraglosses consistant en deux lignes saillantes et velues, situées à la face interne et allant en divergeant de la base au bord antérieur (Lacordaire). Chez les Prionides et certains (Cérambycides, elle est cornée,
GÉRAMBYGIENS. , 713
sans paraglosses soudées aux pièces basilaires; les Lamiides la présentent très-développée, coriace, cordiforme et sans paraglosses.
Le pronotum du prothorax est séparé des flancs par des arêtes pu lignes saillantes chez tous les Prionides et chez quelques Cérambycides, et les autres genres n'ont rien de pareil ; l'écusson, très-grand dans les genres qui se rapportent au type Trachyderes, est en général médiocre et en triangle curviligne. Les ailes existent presque toujours, mais les élytres peuvent être raccourcies en arrière, laissant à découvert un nombre variable d'arceaux de l'abdomen, ou bien en écailles, ou amincies en lanières (subulées) : quelques Saperdes, dans les Lamiides, sont les seuls où cette réduction ait lieu. Elle est au contraire fréquente chez les Cérambycides à yeux finement granulés et chez certains PriO' nides.
Les cuisses et les jambes sont d'ordinaire inermes dans les Cérambyciens, offrant des épines dans certains types aberrants, comme le genre SponJylis et chez divers Prionides. Les crochets des tarses, sont simples, à l'exception de quelques genres du type Saperda. Les jambes se terminent par deux éperons qui d'habitude ont peu d'importance; ils ne sont bien développés que dans le groupe des Leptures, insectes floricoles et agiles, qui ont en même temps la tête mobile, allongée en avant, rétrécie en arrière, tandis qu'elle est robuste et subcarrée chez les Prionides normaux, où elle doit porter de fortes mandibules.
Lacordaire évalue le nombre actuel des Cérambyciens existant dans les collections à huit mille espèces en moyenne. On les rencontre dans toutes les régions du globe ; mais on peut dire d'une manière générale qu'ils sont plus abondants dans l'Indo-Chine, les îles Malaises et l'Amérique méridionale; car ces pays chauds et humides présentent une grande exubérance de végétaux ligneux, nourriture la plus habituelle des larves des Longicornes.
Linnœus n'établissait dans cette grande tribu que trois genres : Cerambyx, Necydalis, Leptura. Geoffroy créa les genres Stencore et Prione; Fabricius, les genres CaUidium , Spondylis, Lamia , Saperda, Molorchus, etc.
En France, Latreille, d'après les organes buccaux, les subdivisa en quatre groupes autour des genres Lamia, Cerambyx, Necydalis, Leptura- Audinet-Serville, en se ï^ervant des bases de Latreille {Aiin. Soc. entomde Fr., 1^« série, 1832, 1833, 183/1 et 1835), a beaucoup contribué à perfectionner l'étude de classification et de description des Longicornes, et l'on doit citer, parmi les travaux les plus récents, les Longicornes de M. Mulsant (Paris et Lyon, 1839, et 2« édition, 1862-1863), et les Cérambijcides de M. L. Fairmaire (1864-1865, t. IV, 2« partie, Gênera des Coléoptères d'Europe) : ces deux auteurs pour les espèces indigènes ou européennes. Un travail général sur la tribu, comprenant les genres de tous pays, est la classification des Cérambycides par M. J, Thomson [Systema Cerambycidarum, Liège, Dessain, 186/j). M. Thomson, adoptant en partie
la classification plus anciennement publiée d'un de ses compatriotes, M. Le Conte {Journ.de l'Acad. des sciences de Philadelphie, 1852 et 1862), divise les Cérambyciens en deux légions. La première, formée uniquement de la famille des Lamiides, présente les jambes antérieures sillonnées obliquement à l'intérieur vers le sommet ; la seconde a les jambes antérieures non sillonnées eu dedans, et comprend les grands groupes des Spondylides, Prionides, Cérambycides et Lepturides. Le travail de M. J. Thomson, malheureusement d'une rédaction très-compliquée, est excellent pour la fidélité des diagnoses, réduites aux caractères fondamentaux.
Lacordaire a couronné son œuvre entomologique par la publication des Longicornes {Gênera, 1869 et 1871, posth.). 11 reconnaît que les travaux modernes amènent les auteurs à grouper ces Coléoptères de classification si difficile autour des genres Priomis, Ceramhyx, Lamia et Leptura. Il se range à l'opinion de MM. Le Conte et Schiœdte, fondée surtout sur l'examen des formes exotiques de passage, et fait rentrer le type Leptura, comme sous-type, dans les dépendances du type Ceramhyx. 11 en résulte l'adoption de trois familles dans la tribu : les Prionides, les Cérambycides et les Lamiides : celles-ci, selon l'idée de M. Schiœdte, devant terminer la tribu comme se rapprochant le plus des Chrysoméliens (type Donacia), forme inférieure des Phytophages.
\. — PRIONIDES.
Dernier article des palpes des deux sortes non aciculé. Jambes antérieures sans sillon oblique interne. Languette cornée. Pronotum distinct des flancs du prothorax ; hanches antérieures fortement transversales.
GENRES PRINCIPAUX
Nous commencerons l'étude des genres principaux des Cérambyciens par un genre aberrant rejeté avec d'autres, par M. J. Thomson, dans les Subcérambycides, par Lacordaire dans les Prionides aberrants, c'est-àdire dans un groupe de résidu formé d'espèces presque exclusivement exotiques et qui n'ont qu'une partie des caractères des Cérambyciens.
P.\R.%MDR.%, Lair. — Corps déprimé, parallèle. Antennes courtes; mandibules des mâles grandes et horizontales ; mâchoires unilobées. Abdomen court. Jambes dilatées au sommet ; tarses à peine munis de brosses.
Les Parandra se distinguent des vrais Cérambyciens par leur languette cornée et en forme de segment de cercle très-court, le troisième article des tarses simplement échancré et non bilobé, et le quatrième
PRIONIDES, — PARANDRA, HYPOCEPHALUS. 715
et dernier ayant entre ses crochets un appendice sélifère. Leur aspect rappelle à la fois les genres Passandra et Lucanus; les anciens auteurs les plaçaient dans les genres Âttelabus, Scarites, Tenebrio. Ce genre est surtout composé d'espèces américaines, parmi lesquelles nous citerons le P. lineolata, Gory, de couleur marron, de la Guadeloupe (pi. xxi, fig. 7 ; 7 a, tète du mâle en dessus; 7 6, tarse antérieur subpentamère). 11 y a aussi des espèces asiatiques, et une d'entre elles devient même à demi européenne, se rencontrant dans le Caucase, le P. caspica, Ménétriès. Les Parandres sont presque pentamères, le nodule du quatrième article du tarse étant fortement développé, lis sont surtout d'Amérique, et quelques espèces sont de la côte d'Afrique, de l'Asie centrale, de la Polynésie. En général assez "grands, ils ont une livrée uniforme d'un fauve ferrugineux brillant, souvent avec le bout de la tète, les tarses et les antennes noirs ; ils sont ponctués en dessus d'une manière fixe le plus souvent et sans ordre.
HYPOt'EPHALli^i, G. Desm. — Antennes très-courtes, de onze articles, en partie nioniliformes. Deux lobes aux mâchoires. Corselet oviforme, formant presque la moitié du corps; écusson cordiforme, assez grand, aigu en arrière. Élytres soudées, très-convexes, acuminées et un peu recourbées en arrière. Pas d'ailes. Abdomen très-petit, acumlné en arrière. Pattes très-robustes, surtout les postérieures, à tarses pentamères, filiformes, sans brosses en dessous. Corps oblongo^ ovale, presque glabre.
Le grand et curieux insecte sur lequel est fondé ce genre avait frappé G. Desmarest, qui Ta décrit le premier {Magas. de zool., 1832, Insectes, pi. 2^), par sa ressemblance grossière de forme avec une Courtilière (Orthopt.), en raison de son vaste corselet ovale. Sa longueur est de 6 à 7 centimètres. Sa vie est probablement souterraine; on Ta observé marchant lentement à terre, et, dit-on, dans les carcasses desséchées d'animaux. Les classifîcaleurs l'ont promené à toutes les places. G. Desmarest le plaçait dans les Silphiens, à côté des iNécrophores. On en a fait un Cucujien, un Lamellicorne même, quoique ses antennes soient le plus loin possible de ce type. M. E. Blanchard {Hist. des Ins., 18Zi5, II, 135) en fait une tribu spéciale, les Hypocéphaliens, voisine des Cérambyciens. M. .1. Thomson et Lacordaire ne vt)ient en lui qu'un Cérambycien aberrant, offrant une exagération des caractères de cette tribu et non un assemblage de caractères hétérogènes. Les antennes sont au minimum celles des Longicornes par leurs articles cylindriques. Il est entièrement d'un brun foncé et sans éclat, avec quelques points enfoncés ïur la tète et le corselet, et les élytres légèrement rugueuses , avec trois côtes peu saillantes. On ne l'a encore trouvé que dans l'intérieur du Brésil, d'abord dans la province de Minas-Geraes, puis dans celle de Bahia. Les individus recueillis près de cette ville auraient, dit-on, un reflet d'un vert olivâtre. Peut-être y a-t-il là une espèce distincte ? VH.armatus,
716 COLÉOPTÈRES. — CÉRAMBYCIENS.
G. Desm., est très-rare dans les collections. M. E. Blanchard rapporte que le premier individu qui vint à Paris en 18i0 fut payé aux enchères publiques, pour la collection du Muséum, la somme de 305 francs, et que depuis, deux individus mutilés furent vendus chacun 80 francs.
On peut grouper un certain nombre de genres autour du type Prionus, et les caractériser comme il suit, de manière à n'avoir plus à répéter ces généralités : Yeux transverses, à peine échancrés, n'entourant pas la base des antennes. Mâchoires unilobées par atrophie du lobe externe. Corselet toujours rebordé latéralement, semblant composé de quatre pièces ; hanches antérieures très-transverses. Nodule des tarses toujours plus ou moins apparent, le troisième article parfois non bilobé, mais seulement échancré, le dernier plus ou moins allongé.
PRIONUS, Geoffr. — Antennes courtes, beaucoup moins longues que le corps dans les deux sexes, ayant douze articles ou plus, car leur nombre varie, ceuxci dentés et subimbriqués, surtout chez les mâles. Corselet armé de trois dents de chaque côté. Jambes antérieures graduellement et fortement dilatées. Corps ample et convexe. Pattes robustes.
Les femelles ont le corps et surtout les élylres plus larges que les mules, celles-ci n'atteignant pas l'extrémité de l'abdomen. Les Prionus sont des insectes crépusculaires qu'on reconnaît facilement aux épines qui bordent le corselet. On trouve en Suède, en France, en Allemagne et dans le sud de la Russie le P. coriarius, Linn., qui se rencontre aux environs de Paris. On le voit parfois à l'état parfait sur les troncs des arbres. Il est de grande taille, 25 à 35 millimètres, et ne sort que le soir des flancs caverneux des arbres, où il reste caché le jour. Les Chauves-Souris, les Engoulevents, les Rapaces nocturnes en font leur proie. On le reconnaît à ses trois larges épines de chaque côté du corselet, à ses antennes robustes chez les mâles et de douze articles imbriqués, tandis qu'elles n'ont que onze articles grêles chez les femelles ; à sa poitrine couverte de poils gris serrés. Sa livrée est sombre et en rapport avec les ténèbres; il est d'un brun de poix et rougeâtre en dessous, à élytres rugueusement ponctuées, chargées de trois lignes élevées, obsolètes. La larve vit surtout dans les troncs des Chênes, des Hêtres, et aussi dans les Cerisiers et dans divers autres arbres. Sa tête est d'un brun châtain, son prothorax de couleur safran, le reste blanchâtre ; de larges mamelons régnent du quatrième au dixième segment ; les deux derniers anneaux sont étroits, lisses, allongés, et le dernier terminé par un boulon faiblement rétractile. Pour la nymphose, elle se fait une coque dans le bois où elle a vécu. Elle a six patins très-courtes, comme toutes les larves de ce groupe, vivant toutes dans les troncs et les souches des
PRIONIDES. — CALOCOMUS, CEROCTENUS, ANACOLUS. 717
grands arbres, et y perçant des trous profonds. Le genre Prionus a de nombreuses espèces presque toutes propres à l'hémisphère boréal, surtout américain, analogues de couleur, de forme et de taille au P. coriarius, la seule espèce d'Europe.
€Al.OCOMi:§l, Aud.-Serv. — Antennes du mâle toujours plus courtes que le corps, ayant de onze à vingt-deux articles, la plupart pectines et comprimés. Tête munie d'un cou très'court; grand écusson très-angulaire. Corselet crénelé et épineux ; élytres allongées normalement. Pattes subégales, les jambes antérieures légèrement dentées chez les mâles^ inermes chez les femelles.
Ce genre est de l'Amérique du Sud. Le type est un grand et bel insecte du Tucuman et de la Patagonie, rapporté d'abord par Lacordaire, brun, avec bout des antennes rougeâtre et deux bandes jaunes sur chaque élytre, le C. Desmaresti, G.-Mén. (pi. xsi, fig. 8; 8 a, bouche vue en dessous; 8 6, tèle en dessus; 8c, id. grossie et les mandibules écartées). Depuis on a découvert six autres espèces de ce beau genre dans diverses parties de l'Amérique du Sud, espèces très-rares dans les collections ; de grande taille, sans couleurs métalliques, ayant tous les articles terminaux des antennes d'un beau rouge vif, avec un nombre total d'articles variant d'espèce à espèce.
CEROCTEXUS, Aud.-Serv. — Tète et pattes comme dans le genre précédent; antennes du mâle courtes, subpectinées. Corselet muni d'une petite épine après la moitié postérieure ; grand écusson en triangle allongé longitudinalement.
Le type de ce genre américain est un insecte de taille moyenne, à élytres élargies à la base et saillantes aux épaules, un peu acuminées à l'extrémité, du Brésil, le C gagalinus, Germar. La variété figurée pi. LUI, fig 1 (la, thorax vu en dessous) a le corselet globuleux, noir luisant, ponctué, les élytres noires, avec une large tache d'un rouge de corail de chaque côté de l'écusson ; la poitrine, l'abdomen, la moitié des cuisses intermédiaires et postérieures sont du même rouge. On avait fait des espèces avec d'autres variétés : ainsi l'une entièrement d'un noir luisant ; une autre, au contraire , à élytres rouges ondées de noir; etc. Les espèces de ce genre paraissent spéciales au Brésil. Elles sont de taille moyenne ou assez petites, d'un noir brillant sujet à devenir rougeâtre, assez souvent avec taches ou bandes rouges, et parfois avec un mélange mal arrêté des deux couleurs. Il est difficile de limiter les espèces, qui varient beaucoup.
AMACOLUS, Latr., Aud.-Serv. — Tête sans cou; antennes courtes, peclinéeâ Corselet transversal, non crénelé, avec une épine latérale; grand écusson. Élytres peu consistantes, très-courtes chez les mâles, dans le genre de celles des
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Nécydales, plus longues chez les femelles, mais n'atteignant pas l'extrémité de l'abdomen et débordées par les ailes Jambes antérieures inermes dans les deux sexes.
Ce genre, de l'Amérique du Sud chaude, a les yeux finement granulés, ce qui indique des insectes diurnes ; les mâles ont le corps allongé el étroit, celui des femelles est au contraire court et large. L'espèce type est VA. lugubris, Aud.-Serv., du Brésil. Elle offre beaucoup de variétés, différentes d'un sexe à l'autre, ce qui a amené la création de beaucoup de fausses espèces. D'après M. Thomson, l'individu femelle que nous figurons est une variété de ce sexe, à corselet et élylres rouges (var. Ç sanguineus, A.-Serv.) (pi. xxi, fig. 9; 9 a, tarse antérieur vu de profil; 9 b, id. de face; 9c, antenne). Cette espèce serait réellement unique, d'après M. Thompson.
PRIOXAPTERIS, Aud.-Serv. — Tête sans cou. Corselet très-transversal; grand écusson. Pattes postérieures allongées ; tarses grêles, allongés, cylindriques, à troisième article seulement très-échancré, mais non bilobé.
Ce genre est fondé sur un insecte de couleur brune très-foncée, rencontré à Cordova, dans l'Amérique intertropicale du Sud (Tucuman) (pi. XXI, fig. 10; 10 6, tête en dessus; 10 6, tarse antérieur). C'est une femelle à corps large, privée d'ailes, à élytres beaucoup plus courtes que l'abdomen, lisses, à deux fines côtes assez saillantes, de sorte que l'aspect rappelle les Méloés et les Staphyliniens larges et déprimés. C'est le /'. staphylinus, G.-Mén. Le mille, probablement ailé, est encore inconnu. La couleur est partout d'un noir mat. M. J. Thompson fait remarquer avec raison que ce genre se trouve sur la limite des Cérambyciens. Par la forme des tarses, le troisième article est, pour ainsi dire, afin de ne pas compromettre la solidité de l'organe, mis dans l'impossibilité d'être bilobé ; il n'est plus dès lors que profondément échancré. Une seconde espèce ou variété, du même pays, le P. flavipennis, G.-Mén., a les élytres d'un fauve vif à reflets soyeux.
ERCl.lTES, Aud.-Serv. — Antennes à premier article court et épais, plus longues que le corps chez le niàle, plus courtes chez la femelle, grêles, non dentées. Corselet dissemblable dans les deux sexes, lisse chez les mâles et divisé en deux, rugueux chez les femelles; élytres parallèles, non dilatées latéralement.
Le type de ce genre est l'^. faber, Linn., de Suède^ de France, d'Allemagne et d'Algérie, gand Coléoptèrp de 30 à 38 millimètres, d'un brun noir ou d'un brun rougeâtre, à corselet unidenté chez les femelles, à élytres pointillées irrégulièrement, coriacées, avec deux lignes longitudinales élevées. Les larves de ces insectes vivent dans les souches de Pin, et, par leur grosseur,^ produisent des trous qui détériorenl beaucoup les planches et charpentes. Elles sont communes dans
PRIONIDES. — ERGATES, ÏITANUS, vEGOSOMA. 719
les forêts de Pins des Landes, et servent de nourriture aux Blaireaux, qui en sont friands. Elles ont six pattes courtes, et, du quatrième au onzième anneau , sont garnies de larges mamelons marques chacun d'une impression en forme de triangle transversal. Le dernier segment est terminé par un mamelon faiblement rétractile. L'adulte se trouve surtout dans les endroits montagneux du midi de la France.
La larve de VErgates faber vit dans les arbres verts, notamment les Pins maritimes des Landes. La durée de la vie de l'insecte est de deux ans. De la mi-juillet à la mi-septembre, la femelle, avec son oviscapte corné, introduit ses œufs dans l'écorce des souches et des tiges mortes. La jeune larve s'enfonce dans l'aubier du bois et des racines, et y creuse de larges galeries. Elle acquiert une longueur de 60 à 65 millimètres, est munie de quatre ocelles de chaque côté, de pattes roussàtres, écartées et courtes, et offre six saillies dentiformes au bord antérieur de la tête. Elle se rapproche de l'écorce pour devenir nymphe dans une cellule ellipsoïdale. La nymphe est munie d'épines et d'aspérités qui lui permettent de se retourner dans sa loge. L'éclosion de l'adulte a lieu en juillet, août et début de septembre. Il y a quelques autres espèces du Nord de l'Afrique, d'Asie occidentale et des deux Amériques.
TITAHUS, Aud.-Serv. — Antennes courtes, ne dépassant pas la moitié de la longueur du corps. Corselet muni latéralement de trois épines de chaque côté; élytres amples, subdéprimées. Jambes des mâles ayant en dessous deux séries d'épines, inermes chez les femelles.
Le type du genre est une espèce unique et de taille énorme , de l'intérieur de la Guyane, assez rare, anciennement connue des collectionneurs ; de couleur brune, à corselet lisse sur le disque et rugueux sur les côtés, à élytres rugueuses, avec quatre lignes saillantes sur chacune : c'est le T. (jiganteus, Linn., qu'on trouve au pied des arbres.
Un genre voisin, des mômes localités, est curieux par le très-grand développement de ses mandibules horizontales, pluridentées en dedans, et a pour type le Macrodontia, Aud.-Serv., cervicornis, Linn., de la Guyane et du Brésil.
Il y a plusieurs autres espèces de ce genre, de très-grande taille comme le type. Il est le seul commun dans les collections, les autres Macrodontia étant au contraire très-rares. Ce genre est spécial aux régions les plus chaudes de l'Amérique du Sud.
iCfiOSOMA, Aud.-Serv. — Corps très-allongé, étroit, finement pubescent. Tête saillante ; antennes filiformes, couvertes de fines aspérités. Corselet transversal ; élytres déprimées, très-allongées, subparallèles, un peu plus larges que le corselet à leur base. Pattes longues, surtout les postérieures.
Le type de ce genre est une grande espèce de la majeure partie de l'Europe tempérée et méridionale, \'M. scabricorne, Scop., deZiO à 60 mil-
720 COLÉOPTÈRES. — CÉRAMBYCIENS.
limètres, d'un brun roussâlre mat, plus clair sur les élytres et les pattes. On le prend, surtout dans le Midi, sur les vieux Tilleuls, les Ormes, les Hêtres, les Peupliers, les vieux Noyers. Il est assez commun en Bourgogne, de la fin de juillet au commencement de septembre; se tient caché pendant le jour dans l'intérieur des troncs, à l'abri de la lumière, et sort le soir. On le prend aussi le matin par les temps humides et couverts, et plus rarement dans le jour, si le ciel est nébuleux et l'atmosphère orageuse. Les antennes sont un peu plus longues que le corps chez les mâles, et seulement un peu plus longues que la moitié chez les femelles. Il y a quelques autres espèces d'aspect analogue, plus petites pour la plupart, parfois plus sveltes, et répandues dans la Chine, l'Hindoustan, Ceylan, l'Indo-Chine et les archipels indiens.
[I. — CÉRAMBYCIDES.
Dernier article des palpes non aciculé. Jambes antérieures sans sillon oblique interne. Languette en général membraneuse. Pronotum trèsrarement distinct des flancs du prothorax; hanches antérieures trèsvariables. Ce groupe offre assez fréquemment la tête prolongée en un museau plus étroit, ce qui né se rencontre pas chez les Lamiides et très-rarement chez les Prionides. Les larves des Cérambycides, comme celles des Prionides, sont pourvues de pattes vesligiaires thoraciques, tandis que ces organes manquent dans les larves connues du grand type qui se rattache à l'ancien genre Lamia.
Nous commencerons l'étude des Cérambycides par un genre aberrant, à jambes comprinïées et dentées eu dehors, et non inermes, comme d'habitude ; à tête courte, non rétrécie en arrière.
SPOWDVMS, Fabr. — Têle courte; yeux à gros granules, à peine échancrés, non proéminents. Antennes courtes, plus longues que la tête, non entourées à la base par les yeux. Mâchoires très-petites, à deux lobes atrophiés. Palpes allongés. Corselet subglobuleux, non rebordé sur les côtés. Pattes assez courtes, subpentamères.
Ces insectes sont à la limite des Cérambyciens par la forme de leifrs tarses qui semblent pentamères, le troisième article ayant à sa base un nodule très-apparent; les jambes sont dilatées au sommet, surtout les postérieures, et dentées extérieurement. Le corps est convexe et subcy- Jindrique. L'unique espèce d'Europe, répandue dans tout le continent, est le S. buprestoides, Linn., dont l'auteur suédois faisait à tort un Curculioniendu genre Attelabus. Il est représenté pi. xxi, fig. 6, (6a, bouche en dessous ; 66, mandibule; 6 c, lèvre inférieure ; 6 d, tarse antérieur). Les antennes ont les premiers articles moniliformes, les derniers com-
CÉRAMIîYCLutS. — SPOMDYLIS, MEGADLUUS. 721
primés. Cet insecte, de 16 à 20 millimè(res,d'Lm noir assez brillant, chagriné et glabre en dessus, couvert en dessous d'une pubescence fine et serrée, a le corselet très-arrondi sur les côtés, et les élytres ornées de deux lignes longitudinales élevées ; en outre, elles ont des côtes obsolètes chez la femelle, qui est plus grosse que le mâle. Il est nocturne et demeure caché le jour dans les souches des Pins et Sapins, ou sur leurs stipes renversés. Il vole le soir avec bruit et rapidité, parfois en troupes assez nombreuses. Les mandibules mordent assez fortement. La larve, décrite par M. Ratzeburg dans ses Insectes nuisibles aux forêts, vit dans l'intérieur des Pins et Sapins, surtout dans les souches ; elle est pourvue de six pattes très-courtes, avec l'anneau prothoracique plus rétréci que chez les autres larves de Longicornes. L'espèce s'étend sur une zone considérable, de la Suède à la Méditerranée, d'après ce fait assez général pour les insectes des Conifères qui partagent l'extension de l'habitat de leurs arbres ; elle est des plaines dans le nord de l'Europe et des montagnes dans le sud. Dans les Landes, la femelle du S. buprestoides pond ses œufs en juillet dans l'écorce des souches des vieux Pins récemment abattus; la larve est aveugle et vit un an. Il y a deux autres espèces analogues de livrée et de sculpture, dans l'Amérique du Nord.
Les genres qui se rattachent au type Cerambyx ont les caractères généraux suivants : yeux échancrés, à granulation grosse ou fine. Mâchoires bilobées; palpes le plus souvent comprimés, à dernier article souvent triangulaire. Corselet non rebordé latéralement ; hanches antérieures arrondies. Jambes filiformes, sans sillons ; cuisses postérieures souvent allongées et renflées en massue (du moins dans les genres européens). Ces insectes ont une grande force musculaire et un vol assez soutenu par les temps chauds et au soleil ; dans les beaux jours de la fin du printemps et du début de l'été, on les voit dans les bois, le long des chemins ombragés, ou des Saules qui bordent les ruisseaux, leurs antennes, quand ils exécutent leurs courses aériennes, dirigées en avant, comme de longs tentacules. Un petit nombre sont crépusculaires et ont des teintes sombres ; les autres, en plus grand nombre, sont diurnes et munis de riches couleurs, ou ornés de dessins capricieux, d'arabesques élégantes. La plupart se tiennent sur les arbres ; certains aiment les haies et les arbustes des jardins, ou butinent sur les fleurs, surtout celles en ombelle, sur les Fenouils, les ombelles odorantes des Oignons cultivés dans les jardins champêtres, etc.
lMiIGADKRlj'|h$^ Lalr. — Antennes à premier article grêle, assez longues ctiez les mâles, courtes étiez les femelles. Corselet très-large, aplani, muni latéralement d'une pointe obtuse après son milieu. Elytres larges à la base. Pattes grêles.
Le type de ce genre, très-commun dans les collections, est leiW. stigmUi Fabr. (pi. un, fig. 2, femelle ; 2a, thorax vu en dessous), de la Guyane,
CIRÀKD. 46
722 r.OLÉOPTÈKES. — CÉIUMBYCIENS.
du Brésil et de plusieurs contrées de l'Amérique du Sud. il exhale, d'après Lacordaire, un odeur très-forte. Il doit son nom à une bande jaune transverse sur des élylres noires. Il y a une seconde espèce, plus petite, du Mexique et du Texas. Lacordaire rejette ce genre Megaderus très-loin des Trachtjderes, dont les auteurs l'ont habituellement rapproché, en raison de la grandeur de l'écusson. Il le place à la fin des Cérambycides, près du genre Tragocerus.
THACHYUERES;, Dalman. — Antennes à articles simples, peu épais, le troisième allongé, ayant presque deux fois la longueur du corps chez les mâles, plus courtes et plus robustes chez les femelles. Corselet tuberculeux en dessus, allant en s'élargissant de chaque côté et épineux au milieu de chaque côté 5 grand écusson triangulaire. Pattes robustes.
Ce genre contient des Coléoptères à couleurs vives et variées, à corselet raboteux, propres à l'Amérique méridionale. D'après d'Orbigny et Lacordaire, on les trouve sur les troncs d'arbres, où ils se tiennent fixés, les antennes ramenées sur le dos, ou bien encore autour des plaies des arbres. Quand on veut les saisir, ils s'envolent aussitôt ou se laissent tomber sur le sol.
Les genres et espèces groupés autour du genre Trachyderes ont été étudiés par Dupont {Munogr. des Trachy dérides, dans Mag.de zool., Ins., I806, pi. Ul-16/1 ; 1838, pi. 186 et 20Zi-22/i, et Suppl., 1840, pi. 28-38). Ce sont des Coléoptères du Mexique et de l'Amérique méridionale, de taille qui dépasse d'ordinaire la moyenne, le plus souvent glabres en dessus et sans ponctuation, avec des couleurs vives et variées, mais jamais métalliques. Nous représentons le 2'. variegatus, Perty (pi. lui, fig. 3, femelle), du Brésil, agréablement nuancé de jaune fauve et de noir sur la tête, les élytres, les pattes et les antennes. Le type du genre est une espèce très-commune, de la Guyane et du Brésil, T. succinctus, Linn., noir, avec une bande transversale jaune sur les élytres. Quelques entomologistes, ainsi le célèbre collectionneur Dupont, ont fait diverses espèces avec ses nombreuses variétés. — Détails : PL un, fig. h, bouche du T. succinctus; Ixa, mâchoire bilobée et son palpe; hb, lèvre inférieure et palpes ; kc, labre et mandibule ; k d, corselet de profil.
^PUiCiVOTIlECIJS, Dupont. — Antennes peu robustes, deux fois plus longues que le corps. Corselet convexe, arrondi au railieii; rétréci aux extrémités. Élytres à angle externe saillant, graduellement atténuées et tronquées d'une manière variable en arrière ; écusson assez grand, en triangle allongé. Pattes longues, surtout les postérieures. Corps allongé.
Ce genre est formé par quelquesLongicornes du Mexique^ assez grands^ d'un noir brillant avec une pubescence fauve couchée, formant des bandes longitudinales sur le corselet et les élytres. — Ex* :S* bivittatus^ Dupont (pi. Lvi, fig. 9).
CÉRAMBYCIDES. — LOPHONOCERUS, ROSALIA, CALLIGIIROMA. 723
liOPflOiliOCKRUSI^ Aud.-Serv. — Corps allongé, déprimé. Antennes des mâles très-longues et très-robustes, avec les cinq premiers articles barbus. Corselet quadriépineux de chaque côté ; grand écussou ; élytres arrondies au sommet. Cuisses cylindriques.
Nous ligurons le mâle de l'espèce type de ce genre américain , le L. barbicornis, Fabr.,(pl. lui, fig, 5), très-beau Longicoruc de la Guyane et du Brésil. Trois espèces de ces régions, avec mélange de fauve et de noir.
RO§t.%LIA, Aud.-Serv. — Tète avancée en avant, à front déclive, subconcave. Yeux petits ; antennes des mâles beaucoup plus longues que le corps, présentant plusieurs articles, en nombre variable, ornées à leur sommet de houppes de poils. Corselet fortement bituberculé, inerme sur les côtés. Pattes postérieures un peu allongées ; cuisses en massue.
L'espèce type de ce genre, de toute l'Europe et du Caucase, le R. alpina, Linn., de 20 à 28 millimètres de long, est un de nos plus élégants Longicornes, toujours recherché pour les collections. Le corps est un peu déprimé, les élytres flexibles ; rien de plus gracieux que les houppes noires des antennes. La couleur est d'un cendré bleuâtre pâle, avec une tache noire veloutée près du bord antérieur du corselet , et trois autres de même couleur sur les élytres, celle du milieu occupant toute leur largeur. Il est difficile de se procurer sur place cette belle espèce, dont la larve vit dans le Hêtre, sans visiter des localités froides et élevées : ainsi en France, les Alpes, les Pyrénées, les monts du Cantal, le mont Lozère, la Sainte-Baume, etc. On la trouve aussi plus aisément dans les chantiers des villes approvisionnées par les plus hautes régions.
DISTICnOCERA, Kirby. — Antennes courtes, ayant chez les mâles, à partir du quatrième, chaque article prolongé en deux rameaux simples ou seulement dentés chez les femelles. Corselet prolongé latéralement en arrière. Pattes et tarses postérieurs allongés.
Ce genre australien doit son nom à ses curieuses antennes (pL lvi, fig. 6, antenne du* mâle de i). maculicollis, Kirby). Six espèces; les mâles en général noirs en entier, les femelles en partie rouges ou jaunes.
CAIiLlClinOMA, Latr» — Corps allongé, peu convexe, un peu atténué en arrière. Antennes très-longues, grêles, non noduleuses à la base, ayant chez les mâles le dernier article très-allongé. Corselet transversal, muni latéralement d'un tubercule épineux. Cuisses comprimées, entières et mutiques dans les deux sexes.
La grande majorité des espèces de ce genre est propre aux parties chaudes du continent américain ; quelques-unes seulement sont origi-
724 COLÉOPTÈRES. — CÊRAMBYCIEiN'S.
nairee d'Afrique. Ce sont des insectes très-éléganls, à riches couleurs souvent métalliques. — Ex. : C. spcciosum, Gory ou Goryi, Lacord., du cap de Bonne-Espérance (pi. lui, fig. 6, femelle, avec tête, corselet,, élytreset dessous du corps d'un beau vert brillant et velouté, antennes, pattes et côtés de la poitrine d'un brun rouge).
AROMI.l, Aud.-Serv. — Genre très-voisin du précédent, détaché pour quelques espèces d'Europe, remarquable par l'odeur suave qu'elles exhalent. Antennes du mâle presque d'un tiers plus longues que le corps (rien de particulier pour le dernier article), aussi longues chez la femelle.
L'espèce type est le Capricorne à odeur de rose de Geoffroy, VA. moschata, de Suède, de France, d'Allemagne, de llussie, intéressante par une forte odeur d'essence de roses un peu musquée. La larve vit dans les troncs des Saules et des Osiers, et l'on trouve l'adulle sur ces arbres en juin et juillet. Le corps est d'un vert brillant, de 15 à 25 millimètres, cuivreux ou bleuâtre, le dessous et les appendices d'un bleu foncé ; les élytres très -finement ponctuées. Dans le Midi, les antennes et les pattes sont d'un bleu plus vif, et parfois on trouve des variétés à élytres foncées. Une espèce voisine, dont quelques auteurs ne font qu'une variété, est 1'^. Rosantm, Lucas, d'Espagne et d'Algérie, ayant le corselet orné de chaque côté d'une tache rouge pourprée de grandeur variable. Dans le midi de la Russie et dans le Caucase, se trouve VA . ambrosiaca, Stev.
COLOBIJf^, Aud.-Serv., ou CoLOBORHOMBUS, Thomson, le nom de Colobus étant employé pour un genre de Quadrumanes. — Antennes courtes, dentées. Corselet armé latéralement; élytres réduites, n'atteignant pas la moitié du corps. Pattes postérieures très-longues.
Ce genre, curieux par la brièveté des élytres, est de la faune indienne. Le type est le C. hemipterus, Fabr. (pi. lui, fig. 10, sa bouche ; 10 a, mâchoire bilobée et palpe ; 10 b, palpe maxillaire plus grossi), de l'île de Java en particulier, et remontant jusqu'au nord de la Chine. Mâle inconnu.
PURPI'HICEUHS, Aud.-Serv. — Antennes à troisième article plus long que le suivant, très-longues chez les mâles, courtes chez les femelles, non noduleuses rà la base. Corselet transversal, subglobuleux, avec tubercule latéral. Corps oblong, épais, presque parallèle, finement velu. Cuisses cylindriques.
Le nom de ce genre vient de ce que les espèces européennes les plus communes ont les élytres d'un rouge vermillon, et que cette couleur peut envahir le corselet : ainsi le P. Éœhleri, Linn., de France et d'Allemagne, de 15 à 20 millimètres, existant aux environs de Paris, et nommé
CÉRA.MBYG1DES. — PURPURICENUS, CERAMBYX. 725
par Geoffroy le Capricorne rouge. La variété sans tache noire sur la suture des élytres est la plus fréquente près de Paris. Sa larve vit dans les Saules et dans les vieux Pins. On trouve l'adulte en été sur les arbres et aussi fréquemment sur les fleurs, surtout celles des Oignons, Aulx, Poireaux, et de môme pour les autres espèces du genre. On rencontre, surtout dans le midi de la France, de l'Allemagne, de la Russie, en Espagne, en Algérie, en Grèce, dans le Caucase, le P. budensis-, Goëze (pi. LUI, fig. 8, bouche; 8 a, antenne). Nous représentons une espèce du Sénégal, le P. decorus, Oliv., à corselet rouge, avec trois taches noires (pi. LUI, fig. 7, femelle). Legenreest nombreux en espèces répandues sur tout le globe.
CERAHIBVX., Linn. — Antennes de onze articles plus longues que le corps chez les mâles, plus courtes chez les femelles ; à premiers articles courts et noduleux au sommet, 3, 4, 5 subégaux, les suivants plus longs. Corselet très-rugueux, armé d'une épine latérale. Pattes subégales ; cuisses comprimées.
Les Coléoptères de ce genre sont de grande et moyenne taille. On les nomme Capricornes, à cause de leurs énornes antennes, ce qui est analogue à l'étymologie du nom de ce genre, corne-bœuf. Malgré la couleur noirâtre qui revêt tous ces insectes, ils plaisent aux yeux par l'élégance de leurs formes. Les grandes espèces vivent sur les Chênes et disputent aux Lucanes, aux Cétoines, aux Frelons, les fluides qui découlent des plaies de ces arbres. Elles sont ordinairement faciles à capturer et volent surtout le soir. Dans le jour, s'il fait chaud, si le soleil darde ses feux, elles s'envolent aisément, et trompent la main qui cherche à les saisir, ou se laissent tomber de branche en branche en entr'ouvrant leurs ailes comme un parachute à demi déployé.
La plus grande espèce de France, qui se trouve dans toute l'Europe, dans le Caucase, en Analolie, est le grand Capricorne noir de Geoffroy. Elle passe dans plusieurs contrées pour la femelle des insectes appelés Cerfs- volants, et a regu, fort à tort, le nom de Biche. Le dessus du corps est d'un noir brunâtre ; les élytres passent insensiblement au marron vers leur extrémité, et sont munies d'une épine à leur sommet interne ou angle suturai, épine moins marquée chez les femelles ; l'écusson est sinueusement triangulaire. Le nom scientifique prête à la confusion : c'est le C. Cerdo, Linn., plus connu sous le nom de C. héros, Scop., Fabr., auct. (pi. lui, fig. 9, antenne de femelle). Sa longueur est de 30 à 50 millim. Sa larve vit dans les troncs et racines des vieux Chênes, dans lesquels elle creuse d'énormes galeries, de manière à causer des dégâts considérables dans certaines forêts. Elle atteint une longueur de 5 à6 centimètres sur plus d'un centimètre de largeur maximum, et l'on juge par là du dommage causé aux poutres et planchers. Elle est d'un blanc jaunâtre, avec des plaques rugueuses sur chaque anneau. Elle a des pattes thoraciques vestigiaires très-peu visibles, avec un
726 COLÉOPTÈRES. — CÉRAMBYGIENS.
petit ongle pointu. Il est probable que cette larve, avec celle du Lucanus Cervus, constituait le Cossus dont les Romains étaient si friands, et qu'on trouvait, au dire de Pline, dans les Chênes. Selon M. Mocquerys, cette larve vit aussi en Normandie dans les Pommiers. C'est au mois de juin, vers sept heures du soir, qu'il faut chercher l'adulte dans les forêts de Chênes. Autrefois on le prenait à Paris à la mare d'Auteuil. Si l'on pique ces robustes insectes à côté les uns des autres dans la boîte de chasse, on court le risque qu'en se débattant, ils ne brisent leurs grandes antennes, ou se les coupent de l'un à l'autre avec leurs mandibules. On les rapporte intacts en les mettant dans un sac de toile rempli de feuilles de Chêne. Une seconde espèce commune, de taille moitié moindre, le petit Capricorne noir de Geoffroy, se nomme C. Scopolii, Laïch., ou plus ordinairement C. Cerdo, Scop.,Fabr., auct. Elle est entièrement noire, avec un léger duvet blanchâtre ; les élytres sont sans épine à l'angle suturai du sommet. Cet insecte est commun dans les jardins et sur les haies, sur l'Aubépine, les Spirées et autres fleurs en corymbe et en ombelle. Il est d'Europe, du Caucase et d'Algérie (variétés). La larve ronge surtout le pied du Pommier et aussi du Groseillier rouge et de divers arbrisseaux ; on la trouve, d'après MM. Chapuis et Candèze, sous les écorces des Cerisiers et des Chênes morts, etc. Cette espèce est très-nuisible aux Pommiers dans la Normandie. M. Mocquerys suppose que le bouchon de fine sciure, agrégée par la salive de la larve, qui se trouve placé par elle avant le point où l'adulte percera son trou de sortie de forme ovale, est destiné à nourrir celui-ci avant cette sortie. Il dit en effet avoir observé que déjà en octobre et en novembre les adultes sont éclos dans la galerie qu'ils ne doivent quitter que cinq à six mois plus tard. Beaucoup de Coléoptères, ainsi les Hannetons, nous offrent des faits analogues d'éclosions prématurées.
HAMATICHERIJ;^, Aud.-Serv. — Antennes du mâle plus longues que le corps, à troisième article beaucoup plus long que le suivant, les articles 3 à 7 épineux extérieurement. Corselet ridé transversalement, armé sur le côté d'une épine. Pattes subégales.
Ce genre, démembré de l'ancien genre Cerambyx, est formé d'insectes de l'Amérique du Sud. — Ex. : 11. plicatus, Oliv., ou rufipennis, Gory, de la Guyane et du Brésil (pi. liv, fig. i ; 1 a, tête vue de face).
COSMlsoiil.%, Aud.-Serv. — Antennes plus longues que le corps, à troisième article plus long que le suivant, le sixième très-fréquemment muni d'une houppe de poils. Corselet allongé. Pattes postérieures plus longues que le corps.
Genre américain. — Ex. : C. speculiferum, Gory, de la Guyane (pi. uv, fig. 2 ; 2 a, tarse postérieur grossi). Espèce remarquable par une tache rectangle argentée comme un miroir sur chaque élytre.
CÉRAMBYCIDES. — COREMIA, OREGOSTOMA, CALLIDIUM. 727
rOREUIA, Aud.-Serv. — Antennes du mâle presque de la longueur du corps, grêles, à troisième article de longueur égale à. celle des deux suivants. Pattes intermédiaires allongées ; pattes postérieures très-longues, avec jambes munies au sommet de longues houppes de poils.
Genre de l'Amérique du Sud, comprenant deux espèces. — Ex. : C. hirtipes, Oliv., de ia Guyane, dont le nom rappelle le curieux caractère des pattes postérieures (pi. liv, fig. 3 ; 3 6, tarse postérieur).
ORE«o*i>TOM.%, Aud.-Serv. — Corps suballongé, subparallèle; antennes dont la longueur dépasse seulement (chez le mâle) celle de la moitié du corps, à troisième article du double plus long que le suivant, les autres comprimés, subdentés. Faites postérieures allongées.
Espèces de l'Amérique du Sud. — Ex. : 0. rubricorne, Aud.-Serv., du Brésil (pi. L!v, flg. 7 ; 7 a, tête vue de face ; 7 6, antenne).
CALl,lDlIJM, Fabr. — Antennes suballongées, inermes. Corselet non tuberculeux, presque inerme souvent sur les côtés; élytres planes ou subdéprimées. Cuisses renflées brusquement et fortement en massue. Corps subdéprimé.
Les Callidies sont diurnes, et beaucoup attirent les regards par leur beauté ; plusieurs brillent d'un éclat métallique ou étincellent d'un rouge à la fois ardent et satiné ; il en est que des bandes lactées transversales font paraître comme ceints d'une ou deux écharpes blanches. On les voit dans les bois, parfois immobiles, mais ordinairement courant sur les vieux arbres ou sur les troncs renversés, d'autant plus agiles que le soleil embrase l'air de plus vifs rayons. Souvent les amateurs d'insectes vont les chercher dans les chantiers, soit sortis des bois qui les recelaient, soit trompés par l'instinct et désirant pondre ; il est rare qu'ils fréquentent les fleurs.
Nous représentons une espèce bronzée et métallique, le C. hungaricum, Fabr., ou insuhricum, Germ., du sud de la France et de l'Allemagne et d'Italie (pi. i.iv, flg. h)- L'espèce la plus remarquable de ce genre est le C. sanguineum, Linn., de (oufe l'Europe, du Caucase, de l'Algérie, Coléoptère d'un beau rouge de feu, de 10 millimètres de long, avec antennes et pattes noires, complètement couvert d'une pubescence soyeuse et serrée : c'est laLepture veloutée couleur défende Geoffroy. Il est extrêmement commun dans l'Europe tempérée, rare dans le nord et l'extrême sud. Sa larve vit dans l'aubier du Chêne, et l'on voit très-souvent l'insecte parfait éclore au printemps dans les chantiers, les bûchers, les appartements parquetés. Il faut citer dans le môme genre le C. Alni, Linn., varié de noir et de brun fauve, avec deux bandes blanches sur chaque élytre, très-abondant dans les chantiers, dont la larve vit dans les Chênes, de sorte qu'au début du printemps les troncs des Chênes
728 COLÉOPTÈRES. — CÉRAMBYGIEiNS.
sont parfois couverts en abondance de ces Longicornes. Ajoutons' e C. violaceam, Linn., de toute l'Europe, de 12 millimèlres, à élytres ponctuées, bleues ou d'un bronze violet, dont la larve vit dans les Sapins; le C. unifasciatum, Fabr., d'Allemagne, d'Italie, remarquable par une seule bande transversale blanche sur les élytres, vivant dans les tiges de la Vigne. Le genre restreint n'a que quelques espèces d'Europe et d'Amérique du Nord.
Dans un sous-genre très-voisin P/i.i/?natorfes, Muls.,se trouve une espèce curieuse par ses continuelles variations d'individu à individu. C'est en quelque sorte une espèce non encore fixée, comme nous en trouvons dans tous les ordres des insectes, selon la théorie de Lamarck, d'E. Geofl'roy Saint-Hilaire, de M. Darwin. Le P. variabilis, Linn., d'Europe, du Caucase, dont la taille change de 10 à 15 millimètres, offre les élytres d'un noir violet, ou verdâtres, ou ardoisées, ou de ces couleurs, avec le corselet et partie des pattes et antennes d'un rouge terne {la Leplure noire à corselet roiigeâtre de Geoffroy), ou avec les élytres fauves en tout ou partie, enfin avec les élytres d'un jaune livide {la Lepture livide à corselet lisse de Geoffroy). Ce Coléoptère protéiforme est très-commun dans toute l'Europe, et se trouve, importé ou originel, dans l'Amérique du Nord; sa larve vit dans le Hêtre, surtout le Chêne, et diverses autres essences. On rencontre souvent l'adulte dans les maisons, comme le C. sanguineum. Le genre Phymatodes est assez nombreux en espèces et répandu partout.
llYE.OTRlIPE§i, Aud.-Serv., plus exactement Xylotrupes. — Antennes courtes, à peine aussi longues que la moitié du corps, même chez les mâles, subfiliformes. Corselet transverse, inerme latéralement, bituberculé sur le dos. Oviducte saillant chez les femelles.
L'espèce type de ce genre, X bajulus, Linn., d'Europe, d'Algérie, du Caucase, est un insecte très-commun, couvert d'une fine villosité blanchâtre. 11 est remarquable par la gracilité de ses pattes fragiles, qui restent souvent dans les doigts cherchant à le capturer. 11 varie beaucoup de couleur et de taille ; le plus souvent il a la tête, les pattes, les antennes, le corselet noirs, les élytres de couleur lie de vin ou fauve, ou testacées, avec trois mouchetures blanchâtres pouvant disparaître. Les mâles sont notablement plus étroits et plus petits que les femelles. Les larves vivent surtout dans les Pins et Sapins, et aussi dans d'autres arbres. Souvent elles rongent les bois et les meubles de nos maisons, d'où le nom du genre qui signifie perce^bois. L'adulte se rencontre un peu partout ; c'est la Lepture brune à corselet rhomboYdal de Geoffroy. L'espèce existe dans l'Amérique septentrionale, et accidentellement dans les localités les plus diverses par importation. Il y a une seconde espèce d'Australie.
Dans un genre très-voisin se trouve le Sijmpiezocera, Lucas, Laiirasi,
CÉRAMBYCIDES. — XYLOTRUPES, SYMPIEZOGlîRA, GLYTUS. 729
f^ucas, rencontré d'abord en Algérie, très-beau Longicorne d'environ 15 millimètres, ponctué, à tête et corselet noirs, les élytres testacées, avec deux larges bandes noires, une au milieu, lautre au bout.
Depuis, l'espèce fut reprise sur les Genévriers en Corse et àVernet-les- Bains (Pyrénées -Orientales). L'espèce est de la faune méditerranéenne et remonte jusqu'aux environs de Paris. En effet, un couple d'individus vivants de ce genre fut trouvé en 1855 par M. de Bonvouloir dans le bois d'Auteuil, et regardé comme provenant de quelque bois exotique de l'Exposition universelle. Un sujet mort fut rencontré bien plus tard en hiver dans la forêt de Fontainebleau, par M. le docteur Marmottan. En avril 1872, M. Grouvelle reprit l'espèce dans les mêmes bois, et recueillit un assez grand nombre de sujets morts récemment. Cette capture intéressante se fit en écorçant des troncs de Genévriers vieux et affaiblis. Le bois paraissait percé de trous bouchés par de la poussière ligneuse et invisibles sur l'écorce, orifices de galeries s'enfonçant à un centimètre, où restaient çà et là des sujets morts sans avoir pu sortir. Il est probable que l'éclosion se fait de très-bonne heure, dès le mois de mars, et en outre qu'une seconde éclosion a lieu en juillet, époque où M. Léveillé a trouvé un sujet vivant (1872). Nous devons à la complaisance de M. Grouvelle de pouvoir figurer un mâle encore inédit (pi. Lv, flg. 9). On voit quel intérêt s'attache, pour les amateurs parisiens, à cette rare espèce. Elle existe probablement à Lardy, localité analogue à Fontainebleau pour ses grès, son aridité et sa flore, et beaucoup d'insectes méridionaux se trouvent à la fois dans ces deux pays. Nous espérons qu'on publiera sa larve. Le genre a une seconde espèce au Japon (Lacordaire).
CEiYTUS, Laïcharting. — Tête inclinée, à front grand, vertical; antennes courtes. Corselet oblong, subglobuleux. Pattes grêles et allongées, surtout les postérieures, avec cuisses plus ou moins en massue. Corps allongé, convexe.
Les Clytus sont des Longicornes qui fréquentent les fleurs au milieu du jour, surtout celles en ombelle et en corymbe ; ils sont très-agiles par les temps chauds, soit au vol, soit à. la course appropriée à leurs pattes longues et minces. D'une manière grossière, ils ont de loin, dans leur mélange de jaune vif et noir, quelque chose qui rappelle les Polistes et surtout les (luôpes solitaires (Hyménoptères).
« Ils sont généralement remarquables, dit M. 31ulsant, par l'élégance de leur parure. Les uns, sur leurs élytres de velours jaune, portent des points ou des bandes d'ébène ; plusieurs, sur un fond obscur, montrent des espèces de signes hiéroglyphiques, des lignes courbes ou flexueuses, des chevrons ou des croissants d'argent ; les autres, sur leurs corps de jais, semblent chamarrés de galons d'or, comme nos hommes de cour. » Ils sont répandus dans toute l'Europe, mais surtout dans les parties médianes et australes.
Nous allons citer et décrire brièvement les espèces parisiennes les
730 COLÉOPTÈRES. — CÉRAMBYCIENS.
plus communes, dans l'intérêt des collectionneurs au début. — Le type du genre est le C Arietis, Linn., de 9 cà 15 millimùtres, dont la femelle est plus grande que le mâle, ayant deux bandes de duvet jaune au corselet, l'écusson jaune velouté, et quatre bandes jaunes sur les élytres, la seconde sinuée comme les cornes d'un bélier, les cuisses postérieures ferrugineuses. C'est la Lepture à trois bandes dorées de Geoffroy. Cette espèce est très-commune dans toute la France pendant l'été, et se trouve très-souvent dans les chantiers. L'adulie se prend aussi sur les ombelles, les haies, au bord des bois ; la larve vit dans les jeunes tiges et les branches de divers arbres, perfore surtout les bois d'Orme et de Hêtre, et aussi de Chêne, Pommier, Mûrier, Sycomore, Merisier à grappes, etc. — LeC. massiliensis, Linn., la Lepture à raies blanches de Geoffroy, de plus petite taille, se trouve sur les fleurs en ombelle ; il a une étroite bande de duvet blanc sur le corselet, et trois bandes blanches sur les élytres, la première arquée. — Le C. Verbasci, Linn., est rare aux environs de Paris, bien que connu de Geoffroy {la Lepture jaune à bandes noires); il est surtout du midi de la France et de l'Europe, et se prend sur les Carduacées et les Ombellifères. On le reconnaît à sa couleur jaune verdâtre, avec trois courtes bandes sur les élytres. — Le C.quadripunctatus, F ahr., de 10 à 12 millimètres, ou Lepture velours jaune de Geoffroy, offre, sur un duvet velouté jaune verdâtre, quatre points noirs, deux par élytre. Cette espèce, dont la femelle est bien plus forte que le mâle, fréquente rarement les fleurs, mais se voit sur les arbres et, dans les maisons , sur le bois à brtàler ; la larve vit dans divers arbres forestiers et de jardin, le Bouleau surlout, le Sycomore, le Noyer, etc.
Mentionnons enfin le Carcuaifis, Linn., de toute l'Europe et d'Algérie (pi. Lv, fig. 6), ressemblant beaucoup au C. Arietis, mais en général de taille plus grande et surtout plus robuste, noir, avec divers dessins d'un jaune vif, tels que double bordure au corselet, écusson jaune, et en outre trois points jaunes à la base et à la suture des élytres, bande sur les élytres, comme chez Arietis, mais la bande arquée moins oblique et parfois remplacée par des points, les appendices roux, les antennes bien plus fortes ; très-commun sur les Chênes récemment coupés, et se prenant fréquemment dans les villes, à cause des poutres de construction.
Lacordaire restreint le genre Chjlus à un nombre assez borné d'espèces d'Europe, d'Algérie, d'Asie Mineure, des États-Unis et du Mexique.
Dans un sous-genre très-voisin, Anaglyptus , Mulsant, à antennes des mâles presque aussi longues que le corps, à élytres bibosselées à la base, nous devons signaler 1'^. nnjsticus, Linn., de toute l'Europe et du Caucase, à élytres d'un rouge brun, ornées de trois raies courbes dues à des poils blanchâtres, opposition de couleurs qui le fit nommer par Geoffroy la Lepture arlequin. Ce Clyte se trouve surtout dans les parties septentrionales ou froides de la France ; on le capture en juin sur les fleurs d'Aubépine, de Spirée, etc. Sa larve perfore de nombreux trous les bois de Hêtre.
CÉRAMBYCIDES. — OBRIUM, GRAGILIA. 731
OBRIl'M, Latr., Aud.-Serv. — Antennes grêles, pubescentes, assez longues. Corselet étroit, cylindrique, unituberculé latéralement. Pattes subégales ; cuisses en massue.
Le type de ce genre est VO. cantharinum, Linn., de Suède, de France, d'Allemagne (pi. liv, fig. 6; 60, jambe el tarse postérieurs; 6 6, labre; 6c, lèvre inférieure et palpes; 6d, antenne; 6e, mâchoire et palpe; Gf, mandibule). C'est un Longicorne de petite taille pour la tribu et rare, tout d'un fauve ardent. Europe, Amérique du Nord, Afrique.
CiRACII.IA, Aud.-Serv. — Corps allongé, déprimé. Antennes filiformes, glabres, plus longues que le corps. Corselet subarrondi latéralement et inerme. Cuisses en massue très-renflée.
Ce genre contient des Longicornes faibles, de petite taille, des plus exigus de la tribu. Comme beaucoup de petites espèces, leur multiplication est considérable en raison de leurs chances de destruction. Le type du genre est un insecte nuisible, le G. pygmœa, Fabr., d'un brun plus ou moins rougeAtre, de Suède, de France, d'Allemagne, du Caucase (pi. LIV, fig. 10). La larve vit dans le bois mort du Châtaignier, du Saule, du Bouleau, etc. Elle ronge les bois des treillages, les vieux paniers d'osier quelle réduit en poussière, les cercles des tonneaux. Les adultes sont parfois très-abondants sur ces matières, et, dans les maisons ou magasins qui les renferment , on les a vus couvrant de leur multitude des portions de muraille. Dans certains greniers, elles viennent mourir sur les appuis des fenêtres, dans les toiles d'araignée. Une autre espèce aux États-Unis, peut-être la même par transport.
Les Longicornes auxquels le genre Leptura peut servir de type général nous offrent les caractères distinctifs suivants : Tête souvent oblongue ou trièdre, souvent brusquement rétrécie en cou. Yeux subarrondis ou échancrés, le plus souvent finement granulés. Palpes le plus souvent comprimés ; mâchoires bilobées. Corselet non rebordé latéralement. Hanches antérieures coniques; jambes antérieures filiformes, non sillonnées en dedans. C'est dans ce groupe que se trouve la plus grande quantité de Cérambyciens à forme étroite et allongée. L'immense majorité des espèces appartient au continent européen, à l'Asie et à l'Amérique boréales ; au contraire , le sud de l'Asie et de l'Amérique et le continent africain n'en comptent qu'un petit nombre d'espèces, ainsi que l'Australie. Les espèces d'Iiurope sont, dans les Longicornes, les plus fréquentes sur les fleurs. Les larves connues ont la tête à peu près libre, des pattes et un bourrelet transversal sous les segments du prothorax.
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CARTAIil.UM; Aud.-Serv. — Corps assez convexe. Antennes grêles, à peu près de la longueur du corps chez les mâles. Corselet obtusément armé sur les côtés. Cuisses en massue.
Ce genre est placé par beaucoup d'auteurs, dans le groupe précédent, à côté des genres Obrium et Gracilia. M. J. Thomson et M. L. Fairmaire l'en séparent à cause de ses yeux finement granulés, comme ceux des genres qui suivent, et des cavités cotyloïdes antérieures angulées en dehors. II est formé d'une espèce de petite taille, le C. ebulinum, Linn., à corselet roux, à élytres vertes (pi. liv, fig. 5), qu'on trouve sur les fleurs dans le midi de la France et de l'Allemagne, en Espagne, en Italie, en Algérie, dans le Caucase.
8TE]«OPTERliS, lUig. — Antennes moins longues que le corps dans les deux sexes. Corselet tuberculeux, inerme sur les côtés; élytres déprimées, plus ou moins rétrécies et déhiscentes en arrière, parfois un peu plus courtes que l'abdomen. Cuisses fortement en massue.
Les insectes de ce genre sont faciles à reconnaître à leur corps déprimé en dessus et velu, et surtout à leurs élytres atténuées et déhiscentes en arrière, de sorte qu'ils ont une certaine ressemblance avec les OEt/émera, de la tribu des Cantharidiens. On les trouve ordinairement en été sur les fleurs en ombelle ; et l'espèce commune près de Paris est le S. rufus, Linn., de France, d'Allemagne, de Grèce, du Caucase, la Lepture à étuis étranglés de Geoffroy; les élytres, les antennes, les cuisses postérieures sont fauves, le corselet noir. Nous figurons une espèce d'un genre assez voisin, Odontocera, Aud.-Serv., gracilis, Klug, du Brésil (pi. Liv, fig. 9), genre fondé sur des espèces des régions chaudes de l'Amérique du Sud.
]«E:CYDy%I.I!S, Linn. — Antennes robustes, bien moins longues que le corps. Élytres très-courtes, atteignant à peine la base de l'abdomen,- ailes bien développées, non repliées sous les élytres. Pattes postérieures plus longues que les autres ; cuisses en massue médiocre.
L'aspect de ces Coléoptères est très-étrange, surtout quand ils volent : on dirait de grands Ichneumons. Nous figurons l'espèce type, la grande Nécydale (N. major, Linn.), de Suède, de France, d'Allemagne (pi. liv, fig. 8), à tête et corselet noirs, élytres fauves, pattes rousses, ailes roussâtres, hyalines partout. Selon M. Chevrdlat et d'autres auteurs, il y aurait une seconde espèce très-voisine, de taille un peu plus grande, le A^. Ulmi, Chevr., propre à la France seulement, assez rare partout, présentant sur le corselet et les élytres un duvet doré, à ailes roussâtres comme l'autre, mais obscures ou noirâtres à l'extrémité. Sa larve se trouverait dans les arbres à bois dur : Orme, Chêne, Charme, etc., le môme arbre
CÉRAMBYGIDES. — NECYDALIS, MOLORCHUS, VESPERUS. 733
renfermant souvent une nombreuse nichée. On trouve l'adulte en été sur les troncs, surtout au point du jour. On le prenait aisément il y a une trentaine d'années sur les Ormes des boulevards extérieurs de Paris et du Champ de Mars ; il est presque introuvable aujourd'hui aux environs immédiats de PariS;, qui offrent si peu de vieux arbres. La larve de la première espèce vivrait au contraire dans les arbres à bois tendre, Saule, Tremble, Peuplier. La distinction des deux espèces avait été pressentie par Buettner, d"après le régime diflerent des larves. Peut-être n'y a-t-il réellement que deux races ?
Les Necijdalis ne comprennent que peu d'espèces, sveltes et de grande taille, d'Europe et d'Amérique du Nord, à couleurs mélangées de noir et de fauve.
MOLORCHlJl^, Fabr. ~ Antennes en général plus longues que le corps, grêles. Élytres assez déprimées, très-courtes, ressemblant à des écailles, fortement dépassées par les ailes. Cuisses fortement en massue.
Ces insectes à corps allongé, déprimé, un peu velu, sont analogues à ceux du genre précédent, mais de taille bien moindre. Ils affectionnent les régions froides, et plusieurs espèces sont des montagnes, leurs larves vivant dans les Sapins. L'espèce des plaines, de toute l'Europe, dont les larves se trouvent dans divers arbres, est le M. Umbellatarum, Linn., dont l'adulte se prend au vol en juillet sur les fleurs des Ombellifères et des Spirées. Il est de petite taille, à élytres sans taches, à antennes plus courtes que le corps, à cuisses peu renflées, à antennes de onze articles dans les deux sexes. On prend dans les montagnes une espèce plus grande , le M. minor, Linn. (par opposition à Necydalis major), de 8 à 10 millimètres, à antennes de douze articles chez les mules, bien plus longues que le corps, brun, à élytres avec une raie blanche à l'extrémité.
Les ilio/orc/uts, confondus longtemps avec les Necydalis, ont une livrée variant du brun au fauve livide, souvent avec un trait ou une tache blanchâtre sur les élytres. On en trouve en Europe, en Chine, en Australie, aux États-Unis.
VJESPERl'S, Latr. —Tête forte, renflée, rétrécie à la base. Yeux grands, à gros granules ; antennes grêles et longues. Corselet conique. Élytres longues, subparallèles, recouvrant l'abdomen chez les mâles ailés, courtes et déhiscentes chez les femelles à ailes nulles ou imparfaites.
Ces insectes, dont trois espèces de l'extrême midi de la France, sont crépusculaires, à teintes livides, brunâtres pour la tête et le corselet, jaunâtres pour les élytres ; dans les deux sexes les élytres sont trèsmolles et bien plus larges à la base que le corselet. Les femelles ,, dont les élytres écartées et le large abdomen rappellent l'aspect des Méloés, s'éloignent peu des bois ; les mâles volent le soir avec un bruit qui les
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décèle. Nous mentionnerons le V. strepens, Fabr., de la Provence , des environs de Grasse et de Draguignan, dont la larve vit dans le Pin ; l'adulte se trouve souvent dans les appartements, sortant des bois de construction, et le mâle entre le soir, attiré par les flambeaux. Une espèce très-voisine est le V. luridus, Rossi (pi. lv, fig. 2, mâle; 2 a, femelle; 2 6, tête vue de face; 2c, id., vue en dessus). Celte espèce est de diverses parties de la Provence , notamment des environs de Marseille et aussi de l'Algérie. La femelle est quelquefois enlacée dans les toiles des Araignées, et le mâle est attiré le soir par les lumières. Il paraît que la nymphose de cette espèce s'opère en terre, dans une coque sphérique formée de petits grains agglutinés. La vie souterraine a été exactement constatée pour la troisième espèce de France, le V. Xatarti, Muls., par M. Lichtenstein ; la larve, trapue et non arquée, mais pourvue de petites pattes, vit sous terre de racines, ce qui a lieu pour quelques autres Longicornes. Nous remercions M. H. Lucas de pouvoir figurer, grâce à lui, cette larve inédile (pi. lv, lig. 10). On indique encore une espèce d'Espagne, et quelques autres du Maroc, d'Asie Mineure. Les deux sexes sont d'un testacé livide pouvant passer au brunâtre; les élylres des mâles sont finement pointillées, celles des femelles rugueuses et à lignes saillantes.
UE^iUlociERt:*^, Aud.-Serv. — Antennes courtes, à articles noueux, le troisième plus long que le suivant. Corselet trapézoïdal, à angles postérieurs aigus. Pattes médiocres.
Ce genre, de l'Amérique du Nord, a pour type le ï). cyaneus, Fabr. (pi. LV, fig. 1 ; 1 a, tête vue de face ; 1 b, base d'une antenne). Deux autres espèces.
jiTEIlOCORtIS, GeofTr., ou Rhagium, Fabr. — Antennes moins longues ou à peine aussi longues que la moitié du corps, à troisième article pas plus long que le suivant. Tête quadrangle, rétrécie brusquement à la base. Corselet armé latéralement. Corps oblong, subdéprimé en dessus, assez épais. Pattes assez grandes, à cuisses renflées.
Les larves de ces Longicornes vivent dans les Pins et les Sapins, surtout les souches, ce qui met les espèces communes au nombre des insectes nuisibles aux forêts. Ainsi le S. bifasciatus, Fabr., de toute l'Europe (pi. LV, fig. 3 ; 3 a, tôle de face; 3 b, base de l'antenne), de 15 à 20 millimètres, noir, avec élytres rugeuses, rougeâtres au bout et parées chacune de deux taches ou deux bandes jaunes, avec beaucoup de variations : c'est le Stencore lisse à bandes jaunes de Geoffroy; — le S. inquisitor, Linn., de toute l'Europe et du Caucase, de môme taille, le Stencore noir velouté de jaune de Geoffroy, revêtu d'un duvet flavescent, disposé par mouchetures sur les élytres j celles-ci avec deux bandes transverses couleur de chair, séparées par une grosse tache noire. Les
CÉRAMBYGIDES. — UHA.GIUM, KHA\^^'USlUM, TOXOTUS. 735
Stencores volent avec bruit à la grande chaleur du jour, et quelques milles présentent d'énormes tètes; on les prend surtout dans les bois, sur les troncs et les feuilles, parfois sur les fleurs, ainsi d'Aubépine, de Ronce, etc. Les Stencores ou Rhagies (à l'exception d'une espèce des États-Unis et d'une autre du Cap) sont propres aux régions tempérées de l'Europe et de l'Asie. Leurs élytres sont ponctuées ou rugueuses et à fines côtes, leur taille au moins moyenne, leurs couleurs nuageuses, à bandes transverses fauves ou noires sur un fond variable.
RUAiUMtliilUllI, Latr. — Antennes à peu près de la moitié de la longueur du corps, à troisième article à peine plus long que le suivant. Corselet transverse, armé latéralement. Élytres subparallèles, arrondies à l'extrémité.
L'espèce type est le R. Saîicis, Fabr., ou 6/co/o>- (Schrank, d'Allemagne, du Tyrol, de presque toute la F'rance (pi. lv, fig. h; lia, tête de face ; k b, antenne). C'est un bel insecte de 15 à 20 millimètres de longueur, à tête courte, large, inclinée, sillonnée au milieu; à tête, corselet, corps et appendices d'un rouge pûle ou jaunâtre. Parfois les élytres sont aussi d'un rouge testacé, ce qui rend alors l'insecte concolore; mais plus habituellement, aux environs de Paris, les élytres sont d'un noir bleuâtre, ou d'un bleu violet (var. glaucopfcruin). Cet insecte se prend sur les Saules, les Peupliers, les Tilleuls, les Ormes, etc., et sa larve vit dans ces différents arbres. On doit le ranger dans les espèces nuisibles. Il y a une vingtaine d'années, ce Stencore rouge à étuis violets de Geoifroy était encore extrêmement commun sur les Ormes de la banlieue de Paris et des boulevards extérieurs : on ne pouvait secouer une branche en été, sans en faire tomber. Sa larve, avec celle du Cossus Ligniperda (Lépidoptères), commençait l'attaque de ces arbres, qui, affaiblis, étaient ensuite achevés par les Scolytes. Il y a deux autres espèces de Grèce et d'Asie Mineure.
'ÏOVOTIS, Aud.-Serv. — Antennes grêles, à troisième article plus long' que le suivant. Corselet le ptus souvent armé sur chaque côté d'un tubercule épineux DU obtus. Élytres obtusément saillantes aux épaules, puis s'atténuant peu à peu et fortement vers les extrémités. Pattes allongées.
Les espèces de ce genre et des genres contigus sont surtout du Nord et des montagnes. Le type est le T. meridianus, Linn. (pi. lv, fig. 5; 5 a, base de l'antenne), de toute l'Europe, des environs de Paris, ayant 15 à 20 millimètres de longueur, se trouvant dans les grandes forêts, et aussi sur les arbres fruitiers et les Aubépines en Heur. La tête, le corselet, les appendices, sont d'un roux plus ou moins brunâtre ; les élytres varient beaucoup, tantôt d'un noir ardoisé, tantôt fauves, ou rousses, ou blondes, et toujours avec un duvet court et soyeux. Une autre espèce des montagnes d'Europe, et plusieurs de l'Amérique du Nord et du centre de l'Asie.
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P.4CBVTA, Aud.-Serv. — Antennes du mâle presque aussi longues que le corps, moindres chez les femelles, à troisième article un peu plus long que le suivant. Élytres débordant fortement le corselet, ordinairement subtronquées à l'extrémité. Pattes allongées.
Les Longicornes de ce genre, de taille médiocre, sont reniarquables par une forme courte et trapue ; ils sont surtout des contrées boréales d'Europe, d'Asie et d'Amérique et des hautes montagnes. La seule espèce qu'on rencontre quelquefois aux environs de Paris est le /*. collaris, Linn.j du sous-genre Acmœops, Le Conte, à tête, antennes, poitrine et pattes noires, corselet ordinairement d'un rouge cerise, rarement noir, ventre d'un rouge jaune, élytres d'un noir bleuâtre.: c'est le Stencore noir à corselet rouge de Geoffroy. Nous représentons (pi. lv, fig. 6 a) l'antenne d'un Pachyta.
SYLlilTUS, Pascoe, ou Fterostenus, Mac Leay, ou Stenoderus, Aud.-Serv., genres identiques ou très-voisins. — Antennes plus courtes que le corps, à premier article bien plus long qu'aucun des autres. Corselet dilaté latéralement. Pattes médiocres. Corps étroit, linéaire.
Le type de ce genre est une espèce australienne de la Nouvelle-Galles du Sud, remarquable par une bande noire longitudinale et en rectangle très-allongé à la suture des élytres, et qui a été décrite bien des fois comme nouvelle, sous les noms de S. ou P. suturalis, Oliv., abbreviatus, Fabr., ceramboides, Kirby, dorsalis, Boisd. (pi. lv, fig. 7; 7 a, antenne). Ce genre est d'Australie et aussi du Chili.
LEPTURA, Linn. — Tète brusquement rétrécie postérieurement ; antennes simples, au moins aussi longues que la moitié du corps. Corselet à angles postérieurs non prolongés latéralement. Élytres atténuées vers l'extrémité, qui est échancrée ou tronquée. Pattes allongées, à cuisses non renflées.
Le genre Leptura est extrêmement nombreux en espèces. Il diffère des Stenocorus par un corselel înerme et campanuliforme, et des Toxotus par la tête constamment tronquée en arrière des yeux et portée sur un cou distinct. Les Leptures paraissent confinées dans les parties froides et tempérées de l'hémisphère boréal des deux continents, descendant, d'une part jusqu'à l'Algérie, la Perse méridionale et la Syrie, d'autre part, jusqu'à la Californie, l'Orégon et le Nouveau-Mexique. Leurs élytres sont en -général rétrccics de la base à l'extrémité, qui est tronquée ou échancrée. Dans la plupart des Leptures, l'extrémité de l'abdomen dépasse les élytres comme une queue pointue. Ce sont des Coléoptères, en partie des plaines, en partie des montagnes. Leurs larves hâtent la destruction des arbres déjà malades, et contribuent à réduire les souches en terreau. (( Dans la dernière époque de leur vie, dit M. Mulsant, quelques-
CÈRAMr.YGIDES. — I.I-PTURA, STfiANGALIA. 737
uns restent encore enchaînés, par un penchant instinctif, prùs des troncs qui les ont nourris on qui doivent loger leurs descendants; mais la plupart vont dans les prés voisins recueillir dans les godets des Myrrhis, des Buplèvres et des Héraclées les sucs que les nectaires de ces plantes semblent sécréter tout exprès pour ces heureux habitants des déserts. Les fleurs en ombelles, pour lesquelles ils ont une préférence marquée, contribuent par leur bl.mcheur lactée à faire ressortir la beauté de leurs corps. Chez les uns, il est revêtu de velours vert ; dans un grand nombre, il présente les teintes plus vives du minium ou les nuances les plus variées du jaune ; chez d'autres, il est paré de poils brillants auxquels la lumière permet de reproduire le poli de l'acier ou l'éclat plus riche de l'argent ou de l'or. » On peut capturer ces insectes au vol sur les fleurs qu'ils aireclionnent, ou les saisir le malin endormis sur les corolles, attendant la chaleur du soleil pour se remettre en mouvement.
Nous signalerons les espèces les plus communes, qu'on rencontre aux environs de Paris pour la plupart : ainsi le L. testacoa, Linn., de France, d'Allemagne, d'Algérie, noir, de 15 à 18 millimètres, à élytres jaunes chez les mâles et fauves chez les femelles, qui sont plus grandes (pi. Lv, lig. 8, femelle avec oviducte saillant), se rencontrant dans tous les lieux couverts de Pins ou de Sapins, dont sa larve attaque les parties mortes; — \e L.hastata, Fabr., noir, de 15 millimètres, avec élytres d'un rouge de sang, portant une tache triangulaire noire sur la suture de chacune, comme un fer de lance renversé, opposition de couleurs pareille à celle des bedeaux des églises (au village aujourd'hui), qui le fit appeler par Geofl'roy le Stencore bedeau; — le L. fulva, de Geer, ou tomentosa, Fabr., pubescent, noir, de 10 à 12 millimètres, avec élytres d'un jaune roussftlre à bouts noirs, de toule l'Europe, commun dans les régions tempérées ; le Stencore noir à étuis jaunes de Geofl'roy; — le L. lœvis, Fabr., du genre Grammoptera, Aud.-Serv., Muls., à tête plus courte, à élytres plus élargies que les Leptures propres, de 5 millimètres environ, petite espèce très-commune sur les Ombellifères, noire, à pubescence soyeuse, à élytres tronquées obliquement, d'un roussâlre li\ide, avec suture, bord externe et extrémité noirs : c'est le Lepture qu'on prend le plus souvent en fauchant aux environs de Paris.
STllAS€iAIil.%, Aud.-Serv. — Corselet à angles postérieurs prolongés latéralement en pointe étendue au devant des épaules des élytres. Les autres caractères des Leplura.
Dans ce genre, les élytres sont souvent échancrées et épineuses à l'extrémité, et ornées de bandes transversales noires. Nous avons à ciler le .S. atra, Fabr., entièrement d'un noir un peu terne; le Stencore tout noir de Geoffroy, surtout des parties froides ou septentrionales de la France; — \q S . maculata,Voù.ix, des régions froides ou tempérées de toute
GUlAKi». 47
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l'Europe, d'un jaune d'ocre, avec taches noires et deux bandes noires sur chaque élylre, dont la larve vit dans le Bouleau et dans divers arbres : c'est le Stencore jaune à bande noire de Geoffroy; — le S. melamira, Linn., de France, d'Allemagne, du Caucase, de 8 à 9 millimètres, d'un noir luisant, avec élytres d'un rouge terne chez les mâles, d'un rouge lisse foncé chez les femelles, à suture et bouts noirs, la larve rougeâtre, vivant dans le Chêne; — \eS.nigra, Linn., de même taille, de France, d'Allemagne et du Caucase, se prenant sur les lisières des bois, tout noir, avec la moitié postérieure de l'abdomen rouge, etc. Les Strangalia adultes aiment à butiner au soleil de mai et de juin sur les fleurs des prairies et des allées de nos bois, et se repaissent de pollen. Il arrive parfois, en se plongeant dans les fleurs d'Orchidées à pollens soudés et glulineux, que ces insectes emportent adhérentes aux pièces de la tète des houppes jaunes de ces pollens, que M. Ch. Robin nous apprend à bien distinguer des productions cryptogamiques(l). Ainsi M. J. Kûnckel a pris dans les bois de Verrières deux sujets de S. melanura, affectés de la sorte ; j'ai capturé au vol, dans la forêt d'Armainvilliers, en juin, le S. nigra et le S. atra, s'ébattant sur YOrchis maculata dans les allées humides, offrant à la tête de ces pollens, ce qui n'empêchait pas l'accouplement. On eût dit que ces sveltes Coléoptères noirs, en volant au soleil parmi les herbes, portaient en avant de la tête un l'anal étincelant.
TRAGO€ERl'<^, Aud.-Serv. — Antennes mates, presque aussi longues que le corps. Corselet convexe, un peu rétréci en avant. Élytres sinuées en dedans des épaules, subparallèles ou graduellement rétrécies en arrière, tronquées et plus ou moins échancrées au bout. Pattes assez fortes, à cuisses graduellement et faiblement en massue.
Ce genre australien, de place très-discutée, que M. Thomson met près des Callichroma, est formé de quelques espèces de taille moyeinie ou assez grande, d'un jaune mélangé de rougeâtre plus ou moins foncé, avec une pubescence jaune, la tête et le corselet obscurcis, et souvent des bandes obscures peu régulières sur les élytres, et des bandes jaunes ou rougeàtres. La pubescence abonde en dessous, les élytres sont lisses, avec quatre fines côtes longitudinales et entières. —Ex. : T. bidentatus, Donovan, ou australis , Aud.-Serv. , de la Nouvelle-Hollande (pi. lvi, fig. 8).
m. — LAMIIDES.
Tête en général perpendiculaire au corps en avant, son front formant m\ angle droit ou aigu avec le vertex ; dernier article des palpes fusi-
(1) Ch. Robin, Histoire nalurelie des végétaux parasites, etc. Paris, 1853, J. B. BailUère et fils, p. 622, G40, 084.-^ Maurice Girard, Ami. Soc. cnlom. de France, 186/i, p. 153 ; Bull., 1866, p. 37; Bull. 1869, p. 31.
LAMIIDES. — TMLSlSTElîNUS. 739
forme ou aciculé; jambes antérieures munies d'un sillon oblique interne.
Cette troisième famille des Longicornes est de l'étude la plus compliquée, car elle renferme à elle seule plus d'espèces que les deux familles qui la précèdent, et les auteurs y ont multiplié les genres, surtout depuis les travaux de MM. Pascoe et W. Bâtes sur les Longicornes de la Malaisie et de la vallée de l'Amazone, ces deux régions tropicales si riches en forêts et, par suite, en insectes lignivores. Les mâchoires ont deux lobes, mais l'extrême variation des pièces buccales les rend peu utiles pour la classification. Les antennes sont toujours insérées loin des mandibules dans une échancrure de l'œil, et n'offrent jamais de pores. Le pronotum, sauf dans le type Tmexisternus, manque d'arêtes latérales et se confond avec les flancs du prothorax. Le mésonotum est muni de l'appareil de stridulation déjà indiqué. Cette famille, enfin, offre les seuls Longicornes ayant des crochets tarsaux bifides, dentés ou appendiculés.
La plupart des genres de ce groupe ont une forme renflée ou trapue. Ces insectes constituent la première légion des Cérambyciens de MM. Le Conte et J. Thomson, groupée autour du vieux genre Lamia. A l'état adulte, beaucoup de leurs espèces se tiennent immobiles sur les écorccs, qu'elles imitent, comme moyen de protection naturelle^ par leurs couleurs et leurs rugosités. Les larves connues des Lamiides ont un degré de dégradation encore plus prononcé que celui offert par les deux premières familles des Longicornes ; on n'y trouve plus vestige de ces pattes thoraciques très- réduites, impropres à la locomotion, insérées près des bords latéraux des segments, pouvant parfois aider la larve à se cramponner dans les galeries ; en outre, la tête est- petite et plus ou moins invaginée dans le prothorax. Quelques-unes vivent et subissent leurs métamorphoses dans des herbes ; mais le plus souvent la vie évolutive se passe au sein des végétaux ligneux.
M. .L Thomson et Lacordaire sont à peu près d'accord au sujet des groupes secondaires de cette vaste famille. On peut les rapporter aux types suivants: 1° Tmcsislcrnm., pronotum muni d'arêtes latérales ; tête anormale, rappelant celle des Cérambycides ; les autres types sans arêtes latérales au corselet, à tête presque toujours normale, les uns à crochets des tarses simples se divisant en deux types. 2° Dorcadio7i, à corps presque toujours aptère, à métasternum toujours trèscourt. 3° Lamia^ à corps presque toujours ailé, à métasternum rarement court. Enfin, dans le dernier type, Ix" Plujtœcia, les crochets des tarses sont fendus, dentés ou appendiculés.
GENRES PRINCIPAUX
'ïiIlKSISTERU'US, Latr. — Tète plus étroite que le corselet, peu rcticcie on arrière; antennes grêles et sétacées, à peu près aussi longues que le corps chez Ifes mâles, moindres cliez les femelles. Corselet ayant de chaque côte un faible
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tubercule antérieur, vestige d'arête. Élytres assez allongées, atténuées en arrière, débordant un peu le prothorax. Pattes courtes, à cuisses renflées. Corps allongé, plus ou moins pubescent.
Ce genre comprend de nombreuses espè.ces localisées, ainsi que celles des genres annexes, dans l'archipel des Moluques (Céram, Amboine, Timor, etc.), dans la Mélanésie , surtout la Nouvelle-Guinée, dans la Polynésie occidentale, ainsi la Nouvelle-Calédonie. Ces insectes sont rares en collection et recherchés des amateurs. — Ex: T. trivittalus ou bizonulatus, G.-Mén., ou hicinctus, lîoisd. (pi. lvi, fig. 7, mâle), de la Nouvelle-Guinée.
Al'ROCII%X'*i, Illig. — Front plat ; antennes à premier article médiocre et plus court que le troisième. Yeux à gros granules. Corselet épineux latéralement; épaules des élylres très-épineuses. Pattes antérieures extrêmement longues ; cuisses étroites. Corps déprimé, allongé, large.
Le type et espèce unique de ce genre américain est un Longicornc de très-grande taille, dont les pattes de devant atteignent une longueur démesurée, surtout chez les mâles. C'est VA. longimanus, Linn., qui se trouve en médiocre abondance à la Guyane et dans toutes les régions chaudes de l'Amérique du Sud, se tenant sur le tronc des arbres, d'une marche lente et d'un vol lourd. Il atteint environ un décimètre de long. C'est un des insectes que les marchands vendent fréquemment auv amateurs, sous le nom de grand Arlequin de Cayenne, à cause de ses belles taches noires et rouges sur un fond gris verdàtre.
îlIACBOPOPIiOIlA, Thomson, au lieu de Macropus, Aud.-Serv., nom déjà employé.— Caractères du genre précédent; seulement pattes antérieures beaucoup moins longues (très-longues cependant), et corselet et épaules des élylres seulement obtusément épineux.
Geiu'c également améi'icain, ayant pour type le AL trocldearis, Linn., de la Guyane et de la vallée de l'Amazone (pi. i.vi, fig. 1). Une seconde espèce du Brésil et du Venezuela.
ASTYHOMl'S, Redt., ou ACA.NTH0C1NUS, Steph., ou iîlDiLis, Aud.-Serv. — Corps peu convexe. Antennes extrêmement longues, ayant environ la longueur du corps chez les femelles, et de trois à cinq fois cette longueur chez les mâles. Corselet tuberculeux en dessus, obtusément éiiineux latéralement. Oviducte tressaillant chez les femelles.
Les insectes de ce genre ont les antennes et les pattes annelées de noir et de cendré, le corps nébuleuY ou grisâtre, avec des séries de bandes plus obscures, teintes qui les rendent difficiles à distinguer des écorces des Conifères sur lesquels ils se tiennent. Ce sont les Longi-
LAMIIDES. — ASTYNOMUS. 7^1
cornes les plus extraordinaires par la longueur démesurée de leurs antennes ; il est certain que les mâles seraient gênés dans leur locomotion par ces appendices, aussi restent-ils sédentaires tout le jour sur les troncs. L'espèce principale est VA. œdilis, Linn., ou vwntanns, Muls. Elle est couverte d'un duvet gris cendré, avec quatre points jaunâtres sur le corselet, les élytres marquées de lignes onduleuses, avec deux bandes obliques brunâtres. On prend les adultes en automne et au printemps sur l'écorce des Pins, surtout morts ou renversés. L'espèce est de toute l'Europe, surtout du nord, où elle est très-commune et nuisible aux Pins, dont sa larve perfore l'intérieur. Nous recommandons aux jeunes amateurs parisiens la foret de Fontainebleau, dans les parties plantées en Pins, pour capturer ce curieux insecte. Il faut prendre les plus grandes précautions d'isolement pour éviter que ces Longicornes ne se coupent les antennes les uns aux autres, s'ils sont vivants, et pour ne pas briser soi-même leurs fragiles articles.
La larve de 1'^. œdilis est entièrement apode et aveugle , à tête roussàtre, à corps d'un blanc jaunâtre revêtu de poils très-fins un peu roussàtres. La nymphe est couverte de poils roussàtres et de groupes d'épines rousses. Il est curieux de voir comment sont chez elle disposées les antennes. Cette espèce offre vraiment l'exagération du type Longicorne^ puisque les antennes sont près de trois fois aussi longues que le corps dans les femelles, et jusqu'à cinq fois aussi longues chez le mâle. La nymphe du mâle offre ces antennes en peloton avec une admirable symétrie. Elles passent d'abord sous le corps, entre les pattes intermédiaires et postérieures ; puis, arrivées vis-à-vis du dernier segment, se contournent, décrivent trois quarts de circonférence, remontent sous le corps, passent au-dessus de la tête pour occuper toute la région dorsale, et se courbent pour se croiser près du dernier segment.
La femelle, au moyen de son oviscapte saillant et conique , pond ses œufs dans les souches et les tiges des Pins de trente ans et au delà récemment morts. Cette ponte a lieu en août et septembre, aussitôt après l'éclosion des adultes, et lorsque l'hiver arrive, les larves ont ordinairement atteint près de la moitié de leur grosseur. La durée de la vie de cette espèce est d'un an. Les larves rongent sur de larges surfaces les parties intérieures de l'écorce, en laissant derrière elles des détritus et des excréments. Un instinct parfait les guide dans leur travail. Elles creusent soit l'écorce, soit l'aubier, de telle sorte que l'insecte parfait n'ait pas une trop grande épaisseur ligneuse à perforer de ses mandibules pour sortir, et que cependant la larve conserve une protection suffisante. Elle subit la nymphose dans une cellule qu'elle s'est creusée et dans laquelle elle se retourne de façon que la nymphe ait la tête en haut.
Il y a quelques autres espèces d'Europe et d'Amérique du Nord.
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DOH€.%Dlo\\ Dalman. — Antennes plus courtes que le corps, surtout chez les femelles, à premier article très-gros, les autres allant en diminuant de grosseur. Corselet convexe, plus ou moins dilaté et tubercule latéralement. Élytres snbovales, parfois soudées, à épaules effacées ; pas d'ailes. Pattes robustes. Corps convexe.
Ces insectes aptères, do taille moyenne, courent sur le sol dans les lieux secs, leurs larves vivant sans doute dans les racines et les souches. Ils représentent, dans, le type des Cérambyciens , les Curculioniens privés d'ailes. Leur corps, le plus souvent couvert d'un duvet velouté, est généralement brun et paré de longues lignes blanches, comme un habit de deuil chamarré de galons d'argent. Parfois les femelles sont fort différentes des mâles et semblent former des espèces distinctes. Nou^ trouvons assez fréquemment dans les environs de Paris le D. fuliginator, Linn., de France et d'Allemagne , le Capricorne ovale cendré de Geoffroy, atteignant une taille de 15 millimètres, à corselet portant latéralement une pointe obtuse, noir, avec élytres revêtues d'un duvet cendré blanchâtre, ayant à la suture une ligne blanche, et ornées chacune de deux lignes blanches. On prend cette espèce en abondance dans la seconde quinzaine d'avril, du côté sud de Paris, sous les pierres dans les fortifications, le long des murs, ainsi à la porte de Gentilly et en bien des points des environs, mais toujours par places en grande quantité. Elle paraît rare en Bourgogne et manquer au nord de la France. La larve doit vivre dans les racines des Légumineuses basses, Trèfles, Luzernes, Sainfoins, etc., peut-être dans celles des gazons, et il importe de la rechercher, car elle paraît encore inconnue dans ces localités où abonde l'adulte. Les sujets varient beaucoup : tantôt les lignes blanches sont à peine visibles sur un fond gris blanchâtre ; tantôt ce fond passe au café au lait clair, puis foncé, au brun, puis au noir mat, car fond et lignes sont d'une fine pubescence couchée ; les lignes blanches vont jusqu'au bout des élytres, ou s'arrêtent en route avec tous les passages. Les sujets tigrés s'accouplent ou entre eux ou avec des sujets unicolores. Cela ne prouve rien, du reste, car on sait que des espèces bien distinctes peuvent donner des métis féconds, mais sans parvenir à fixer une forme spécifique intermédiaire, avec retour à l'une des espèces de départ après quelques générations, comme on l'a vu pour les métis des Bombyces de l'Allante et du Hicin ; pour les Léporides, métis du Lièvre et du Lapin, espèces si fortement distinctes. On a fait des espèces avec des variétés du D. fuliginator, comme mendax, Muls., moiiticola, méridionale, etc. Selon M. Chevrolat, le D. mendax serait des lieux élevés, et le D. fuliginator des lieux bas. Les accouplements entre espèces distinctes de Dorcadion ont été constatés : ainsi M. P. de la Brûlerie, dans les montagnes de l'Escurial, a vu de fréquents accouplements entre les D. hispanicum, Muls., et Gruëlhi, Chevr. : d'où résultent des hybrides souvent mal conformés.
LAMIIDiS. — PAR.MIiNA, MESOSA. Ih2>
Les Dorcadion offrent un nombre considérable d'ospL^'os, avec des doubles emplois nombreux probablement, répandues de la Mongolie aux plateaux du continent indien, et descendant de l'Europe tempérée au nord de l'Afrique. Les régions moyennes et méridionales de l'Espagne paraissent un habitat de prédilection pour des espèces variées de Dorcadion, qui y abondent en outre en individus. (Juaud on saisit les Dorcadion, ils font entendre un bruit assez fort, comme une plainte, par le frottement du corselet contre l'écusson.
S>.%ISNE}!^'A, Latr. — Caractères analogues au genre précédent. Corps oblong, très-convexe, velu ; épines latérales du corselet réduites à un tubercule peu saillant. Élytres soudées ; pas d'ailes.
Ces insectes, de faible taille, ressemblent à de petits Dorcadion poilus. Ils sont propres aux contrées méridionales de l'Europe, nocturnes, privés d'ailes, de couleurs ternes, bruns, avec des fascies moins ou plus foncées. On les trouve sous les pierres, sous lesécorces, dans l'intérieur des Euphorbes et des Lierres, cachés parmi les bois entassés, ou fixés immobiles contre les branches des arbres. Nous citerons une espèce du midi de la France et de l'Algérie, le P. Solieri, Mnh., ou pilosa, Sol., dont la larve vit dans les tiges de YEuphorbia Characias {Atm. Soc. cntom. Fr., 1835, p. 123, pi. in). D'après Lacordaire, c'est la seule larve encore décrite du type général Dorcadion. L'adulte, de 8 à 10 millimètres, est d'un brun assez foncé, avec poils gris soyeux, les antennes ciliées^ ics élytres ayant parfois une bande médiane noirâtre. On trouve en Bourgogne, mais rarement, le /*. fasciata, Villers, sur les arbres garnis de lierre, où probablement vit la larve,
MESOSA, Aud.-Serv. — Tète large et aplatie ; antennes du mâle beaucoup plus longues que le corps, aussi longues chez les femelles. Corselet non épineux latéralement; élytres convexes, larges, subparallèles, arrondies à l'angle externe. Pattes robustes, assez courtes.
Ce genre a pour type un très-beau Longicorne, de Suède, de France, d'Allemagne et d'Algérie, assez rare aux environs de Paris, toujours estimé des amateurs, le M. curculionoides, Linn., de i'2 millimètres. On l'appelle vulgairement Saperde ij eux de paon. Il faut le chercher, de mai en août, dans les bois, parcs et grands jardins, non sur les fleurs, qu'il ne fréquente pas, mais sur les arbres morts, parfois sur les murs. On le trouve souvent en cassant les branches mortes. La larve vit dans le Chône, le Peuplier, le Noyer, le Cerisier, le Tilleul, etc. L'adulte a le corps large, court et convexe, revêtu en dessus d'un duvet gris de plomb, parsemé de petites ondulations jaunes, orné sur le corselet de quatre, et, sur chaque élytre, de deux taches ocellées noires, entourées d'un iris jaune, la plus petite étant la plus rapprochée de la base : ces lieaux dessins rappellent certains Charansons richement colorés.
Ih't COLÉOPTËIU.S. — CKIlAiMBVCIliNS.
Les amatours peuvent trouver cette belle espèce dans les bois de Saint- (Jermaiu et de Fontainebleau, et dans les chantiers. Citons encore M. nubila, Oliv., de môme taille, de France, d'Allemagne, d'Alfi^érie, sans taches noires sur les élytres, avec une grande tache grisâtre et des fascies grises, jaunâtres et noirâtres. Les Mcsusa sont d'ICurope, de Chine, des Indes, de Ceylan.
■..%NI.%, Fabr.? auct. — Antennes plus courtes que le corps, même chez les mâles, à premier article renflé, puis les autres s'atténuant ; front lar^e. Corselet épineux latéralement ; élytres planes, à épaules très-saillantes et tuberculeuses, déhiscentes en arriére. Pattes courtes, robustes, égales ; tarses robustes.
Nous prenons comme type de ce genre, comme le font les auteurs les plus nombreux, le L. textor,lAnn., de toute l'Europe et du Caucase, de 17 à 25 millimètres, brun, ou d'un noir grisâtre, en raison d'un court duvet, avec des marbrures irrégulières jaunâtres, à corselet pointu etélytres très-chagrinées par des points en relief, surtout à leur base. Ce Capricorne noir chagriné de CeofTroy est nuisible par les trous énormes que ses larves creusent dans l'aubier et le cœur des Saules et des Osiers sur pied. D'après M. J. Thomson, qui prend cette espèce pour type de son gem'e Morimidus , le véritable genre Lamia de Fabricius est fondé sur un Longicorne du Sénégal, L. gigas, Fabr., à antennes des mâles ayant plus de deux fois la longueur du corps.
PHllY.\'ET.4^, de Cast. — Front concave entre les yeux, ceux-ci grands, à gros granules; antennes courtes, beaucoup moins longues que le corps. Corselet tuberculeux sur le dos, épineux latéralement. Corps large.
Ce genre , de la faune africaine et de Madagascar , est représenté fpl. Lvi, fig. 2 ; 2rt, tête de profil; 2 6, id. de face) par une belle et grande espèce du Sénégal, noire, avec deux larges bandes dorées sur les élytres, le P. aurocincta, Gory, ou IJaoocincta (Cat. Dejean).
B.%TOmR.%, de Cast. — Antennes du mâle plus longues que le corps, plus courtes chez la femelle, à articles granuleux ou épineux, le troisième plus long qu'aucun des autres. Yeux grands. Corselet et épaules des élytres épineux, t'attes antérieures des mâles allongées.
Ce genre, de la faune indienne, comprend des Coléoptères de grande taille, les plus grands des Lamiides< dont le type est le U. rubus, Linn., il corps atténué chez le mâle, cylindrique chez la femelle, atteignant une longueur de 50 milUmètres. Ce Coléoptère, d'un brun noirâtre, est extrêmement commun aux Indes orientales, et se trouve aussi, par importation, à 1 ile de France et dans l'Afrique orientale. On se le procure avec facilité pour les coUcclious, et, de, même, sa nymphe, rappelant tout à fait les formes de l'adulte, et sa grosse larve charnue, apode.
r.AMlIDES. — BATOCERA, ONCIDERES. 1U5
qui eût fait les délices des Homains s'ils avaient pu la connaître. Elle est longue de 70 millimètres, et a pour largeur au protliorax 20 millimètres, dimensions qui montrent les dégâts que ses galeries creusent dans les pièces de bois. A Ceylan, les immenses plantations' de Cocotiers, qui sont une des principales richesses de cette île, ont cette larve pour ennemi principal ; elle pénètre dans les stipes encore tendres des jeunes arbres, les perfore dans toutes les directions, et amène promptement leur mort.
Le genre Batocera est propre aux régions chaudes de l'ancien monde. On le rencontre en Australie, au Gabon et même au nord de la Chine, qui réunit des faunes de climats très-éloignés ; mais le centre de création des Batocères est éminemment indo-sondaïque, comprenant les deux péninsules indiques, la Malaisie, les Moluques, la Mélanésie et ses archipels, l'île Woodlark, etc. L'espèce de la plus grande taille, atteignant 8 centimètres, le B. Wallacei, Thoms., est de l'Ile d'Arou. La livrée des Batocères n'est pas ce qu'on pourrait attendre de ces régions où les ardents rayons du soleil développent si fréquemment les riches couleurs ; ce sont des fonds brunâtres, gris ou verdàlres, uniformes, ou avec des taches blanches ou fauves.
OMrinEREfiï, Aud.-Serv. — Yeux longitudinaux, séparés chacun du bord interne du front par une carène longitudinale. Antennes des mâles Irès-longues. Corselet presque inerme sur les bords ; épaules des élytres assez saillantes. Tarses robustes, à dernier article le plus long.
Nous citons ce genre, propre aux régions chaudes de l'Amérique du Sud , à cause des particularités de mœui^s intéressantes qu'il nous offre. On doit signaler les 0. saga, Daim., ou vomicosa, Germ., et 0. amputator, Fabr., du Brésil. Les larves vivent dans l'intérieur des branches d'arbres appartenant aux Mimosas, et s'y transforment en nymphes dans un cocon formé de parcelles de bois détachées. Les adultes, par ce môme instinct que nous avons vu chez divers Curculioniens des vergers, afin de donner plus de facilité au travail interne de leurs larves en arrêtant l'afflux de sève, entaillent les branches par une incision circulaire à leur base, de sorte que, lorsque le vent souffle avec force, on voit de tous côtés tomber des branches brisées. Dans un genre voisin, mais différent par les antennes, nous citerons le Periergates Rodriguezi, Lacord. (coll. Candèze), de 12 à 15 millimètres, très-commun au Guatemala, où il fait parfois des dommages sérieux dans les plantations de Cafiers, en coupant les jeunes branches de ces arbrisseaux.
Le genre Oncideres et ses annexes sont américains et comptent parmi les plus nombreux Lamiides de ces régions. Le genre Oncideres a des espèces abondantes dans les deux Amériques chaudes , surtout celle du Sud. Elles offrent, sur un fond de nuance variable, des gouttelettes ou des marbrures confluentes de couleur fauve ou blaiiche.
7/l6 COLtOPTÈUiS. — Ci-RAMBYCII-NS.
SAPKROA, Fabr. — Antennes au plus un peu plus longues que le corps, à troisième article plus long que le suivant. Corselet latéralement inernie. Élytres planes ou peu convexes, à épaules saillantes, atténuées en arrière ou parallèles. Corps allongé, pubescent.
Le corselet, sans épine ni tubercule latéral, dislinyuc toul de suite ce genre des Lamia. «Les Saperdes, dit M. MulsanI, offrent, les unes, comme une cuirasse, la peau chagrinée des Squales; d'autres étalent sur leur dos la richesse soyeuse du satin. Celles-là brillent des nuances les plus tendres du vert d'eau et du vert azuré ; celles-ci ont l'air d'être vêtues d'un habit chamarré de galons. Elles restent sur les arbres, à la ruine desquels plusieurs semblent attachées. » En effet, plusieurs espèces sont très-nuisibles. Ainsi la larve du 5. Carcharias, Linn., genre Anœrea, Muls., commet dans les Peupliers et dans les Trembles les mômes dégâts que le L. textor dans les Saules, et dévaste souvent les jeunes plantations. L'adulte, d'assez forte taille, 22 à 25 millimètres, a le dessus du corps recouvert d'un duvet cendré jaunâtre, les antennes cendrées, avec l'extrémité des articles noire, les élytres subdéprimées, très -larges aux épaules, chagrinées ou parsemées de gros points noirâtres élevés , d'où le nom de Lepture chagrinée de Geoffroy. Les femelles pondent, en juin et juillet, dans les gerçures des écorces des Peupliers et des Trembles qui ne sont pas âgés de plus de vingt ans, et aussi dans les semis des cinquième et sixième années. Les larves pénètrent jusqu'au cœur du bois et broient les fibres. Elles vivent deux ans, et atteignent 32 millimètres de long sur 8 de large ; sont d'un blanc jaunâtre, déprimées, épaisses, atténuées en arrière, munies de mamelons sur le dos et de poils sur les côtés, tout à fait apodes. Elles deviennent nymphes, lisses et sans épines terminales, dans une cellule tamponnée avec des fibres de bois aux deux bouts. On reconnaît les arbres attaqués aux débris ou petits copeaux encore liumides qui se trouvent à l'entrée du Irou d'entrée de la galerie. On peut confondre avec les dégâts des Sésies (Lépidoptères) ; mais le remède est le même. Il faut couper et emporter les tiges attaquées, et, pour les troncs, les enduire jusqu'à 2 mètres environ au-dessus du sol d'une couche de terre glaise pétrie avec de la bouse de vache, ce qui empêche les pontes.
Une seconde espèce, de plus petite taille, dont la larve exerce ses ravages dans les Trembles, les Peupliers, les Saules, est le S. populnea, Linn., de 10 à 12 millimètres, de foute l'Europe et d'Algérie, à corps cylindroïde, à élytres arrondies à l'extrémité et convexes. C'est la Lepture à corselet rond et taches jaunes de Geoffroy. Les antennes sont annelées ; le fond de la couleur est d'un gris noir, avec duvet cendré jaunâtre ; le corselet offre deux lignes de duvet jaune fauve, et les élytres ont quatre nu cinq gros points un .peu en zigzag, dus à un duvet roux.
LAMIIUES. — SAPEUDA, TETROPS. lUl
Cette Saperde du Peuplier paraît à la fni de mai et en juin, et opère sa ponte, non sur les tiges, mais sur les branches des jeunes Peupliers et Trembles, surtout quand ils croissent dans les terrains maigres et qu'ils ont peu de vigueur. Les larves creusent des galeries en pratiquant de place en place descliambres rondes où elles séjournent avec prédilection ; ces chambres ont pour paroi une mince couche d'aubier voisine de l'écorce. Cette couche grossit peu à peu, et, refoulée par la cavité de la larve , forme un renflement , de sorte que les branches, devenues noueuses, changent de direction, souffrent et souvent périssent. La larve emploie deux ans à prendre toute sa croissance, et devient nymphe au mois d'avril du second printemps. Un Ichneumonien et un Diptère (Entomobie, Tachinaire) sont les principaux ennemis qui nous servent d'auxiliaires contre cette nuisible espèce.
Le S. scalaris^ Linn., de toute l'Europe, de 15 millimètres, à élytres tronquées et déprimées, est noir, avec les antennes annelées de noir et de jaunâtre, le corselet et les élytres avec taches jaunes ou verdâtres, parfois confluentes, le fond noir paraissant entre les taches comme des échelons. On le trouve sur les Bouleaux, les Sycomores, les Cerisiers, surtout dans les parties froides et tempérées de la France. C'est aussi un insecte nuisible aux vieux Poiriers, et les larves, de couleur vineuse, avec deux taches jaunes au premier anneau, creusent leurs galeries dans les couches intérieures de l'écorce; pour la nymphose, elles se façonnent une loge dans l'aubier. Elles paraissent vivre trois ans, et les adultes éclosent en juillet. Selon M. Goureau, on doit écorcer dans les vergers tous les vieux Poiriers abattus, atîn de détruire les larves qui s'y réfugient. Citons encore deux Saperdes couvertes d'un duvet vert tendre, et ornées de points noirs, S. Treinulœ, Fabr., et S. punctata^ Linn.; celle-ci de 12 à 15 millimètres, avec six points noirs sur le corselet, six; taches sur chaque élytre et une rangée de points noirs sur chaque côté de l'abdomen. Elles vivent sur les Trembles et les Ormes.
Le genre Saperda réduit est médiocrement nombreux en espèces, confinées dans les régions froides et tempérées de l'hémisphère boréal des deux continents.
Dans un genre assez voisin, présentant les yeux divisés en deux, nous devons signaler le Tetrops, Steph., prœustus, Linn., de toute l'Europe (g. Polyopsia, Muls.), à bouts des pattes d'un jaune livide, ainsi que les élytres ; celles-ci noires à leur extrémité, de même que le reste du corps. Les crochets des tarses sont lobés à la base (passage aux Phytœcies). La larve vit dans le Chêne, le Charme, le Poirier, l'Orme, et l'on trouve l'adulte sur les mêmes arbres. C'est la Lepture noire à étuis jaunes de Geoffroy, de 4 à 5 millimètres de long.
Ces insectes, rangés par Lacordaire dans les Phyiœcies, sont les plus petits de ce groupe, ne dépassant pas 5 millimètres. Les Tetrops sont noirs, avec les élytres très-ponctuées, souvent testacées ou fauves,
7Ù8 COLÉOPTÈRES. — GÈUAMOYCIENS.
ainsi que la tête, le corselet et les pattes. Us sont d'Europe et de l'Amérique du Nord, jusqu'au Mexique.
AU'iPAiVTlllA, Aud.-Serv. — Antennes de douze articles et plus longues que le corps chez les mâles, presque aussi longues chez les femelles. Élytres rétrécies à l'extrémité, un peu convexes, déclives latéralement par degrés. Pattes allongées, surtout les postérieures, à crochets des tarses divergents.
Ces insectes ont une forme élégante par leur corps allongé et hérissé de poils fins, leurs longues antennes souvent divisées en anneaux alternativement clairs et foncés, leur corps orné d'un duvet velouté, parfois varié de bandes. Les larves vivent pour la plupart dans l'intérieur des tiges ou des bulbes de Carduacées et de Liliacées, et les adultes volent sur les fleurs. Nous citerons une espèce des Chardons, A. sufuraUs, Fabr., de 12 millimètres environ, hérissée de poils noirs, de teinte bronzée, obscure, finement ponctuée', avec une raie médiane d'un blanc jaunâtre sur la tête et le corselet, et une ligne de cette couleur à la suture de chaque élytre. Ces Coléoptères, peu répandus dans le Nord, comptent une quinzaine d'espèces, d'Europe, d'Afrique boréale et d'une grande partie de l'Asie. Leur couleur générale varie du bronzé plus ou moins obscur au bleu, souvent uniforme, parfois relevée par une bande suturale ou des mouchetures sur les élytres.
CAIjAMOBIUS, g. -Mén.— Antennes de douze articles, plus longues que le corps dans les deux sexes. Pattes peu robustes, très-courtes, surtout les postérieures. Corps très-allongé, svelte^ finement pubescent.
Ce genre est fondé sur une espèce unique, longtemps comprise dans les Agapanthia, très-nuisible dans le midi de la France, et qui doit à ce titre appeler toute notre attention. C'est le (7. gracilis, Creutzer, ou marginetlus, Fabr., qu'on rencontre dans le midi de l'Allemagne, en Espagne, en Italie, en Turquie, en Algérie et aussi en France, surtout dans sa région méridionale, remontant en certains endroits au centre et môme un peu dans le nord. L'adulte, de 6 à 10 millimètres, est noir, revêtu d'un duvet cendré jauuàtre, a une tête proéminente, un corselet subcylindrique, des élytres linéaires, avec une bande jaunâtre à la suture, des antennes unicolores, très-grêles et très-longues. Cet insecte, objet des études de M. Guérin-Méneville, vit aux dépens dé nos céréales les plus précieuses. Il éclôt lors de la floraison des froments ; la femelle perce un petit trou dans le chaume, près de l'épi, et y dépose un œuf. La larve ronge circulairement la tige creuse, en ne laissant intact que l'épiderme, de sorte que l'épi tombe bientôt au premier souffle du vent. 11 reste une tige ressemblant à un aiguillon, ce qui fait donner le nom à'Aiguillonnier h cette funeste larve. Celle-ci,
r.AMIIDES. — CALAMOr.lUS, PHYTOECIA. 749
l'épi tombé, descend dans le chaume, à 5 ou 6 centimètres du sol, passe l'hiver; devient nymphe au printemps suivant, et bientôt adulte. Ce petit Longicorne a quelquefois fait perdre le si.vièmc et même le quart de la récolte. Heureusement ici que les mœurs de l'espèce ont appris le remède au mal. En arrachant les chaumes, après l'enlèvement des gerbes, et en les brûlant, on garantit la récolte suivante, si elle est encore en céréales; ou bien on alterne la culture, et l'insecte meurt de faim. On peut encore couper le blé très-près de terre, et emporter ainsi les larves à la grange, où elles périssent par la dessiccation, ou sont écrasées lors du battage. C'est là un nouvel exemple à citer, entre tant d'autres, de l'intérêt olTert par l'étude théorique de ces chétifs animaux qui nous ruinent en détail. Combien sont insensés ceux, trop nombreux, qui croient faire preuve d'esprit en tournant en dérision ces minutieuses investigations des entomologistes. L'utihté de ces recherches patientes échappe à la foule frivole qui s'intitule le monde. Hélas ! ses arrêts, dictés par la suprême ignorance, ne sont que trop écoutés des puissants !
1»I1VTCECIA, Mulsant. — Antennes de onze articles, le troisième plus long que le suivant, robustes à la base, souvent atténuées à l'extrémité, plus longues que le corps ou égales chez les mâles, plus courtes chez les femelles. Corselet cylindrique ; élytres sans carènes latérales, en général un peu rétrécies d'avant en arrière, surtout chez les mâles. Crochets des tarses bifides.
C'est àM. Mulsant qu'on doit la connaissance du principal caractère de ce genre et de quelques autres, d'avoir les crochets des tarses divisés en deux au moins, munis à la base d'une large dent obtuse : c'est exceptionnel chez les Cérambyciens. A l'état de larve, les Phytœcies vivent dans les tiges d'arbres, d'arbrisseaux ou de plantes herbacées. Les adultes se trouvent sur les mêmes végétaux. Presque tous ont les élytres variant du gris verdàtre au noir ardoisé, parfois avec le corselet et les pattes rouges ou jaunes. Elles sont surfout des parties méridionales de l'Europe. On trouve près de Paris le P. cylindrica, Linn., ou cinerea, de Geer, espèce àla fois des régions froides et chaudes de l'Europe, d'Algérie, du Caucase, noire, avec un court duvet ardoisé, la Lepture ardoisée de Geoffroy. Nous représentons les détails d'une autre espèce du Nord, spéciale aux îles Britanniques, le P. Atkinsoni, Curtis (pi. lvi, lig. 5 a, labre ; 5 6, mâchoire et palpe ; 5 c, mandibule ; 5 d, lèvre inférieure et palpes; 5e antenne), et, fig. 5, tarse et crochets de P.virescens, Fabr,, espèce commune d'Europe et d'Algérie, qu'on trouve sur la Vipérine.
Dans un genre très-voisin (Oberea, Muls.), aussi à crochets des tarses bifides, à antennes en général un peu plus courtes que le corps, se rencontrent des espèces à élytres allongées , parallèles , glabres , parsemées de gros points noirs, et à corselet d'ordinaire jaune, avec deux points noirs. On doit citer VO. oculata, Linn., de toute l'Europe et du Cau-
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case, de 15 à 18 millimètres, à pattes, écusson et corselet d'un beau jaune, celui-ci avec deux gros points noirs, à antennes noires, à élytres cendrées, dont la larve vit dans l'Osier et le Saule ; et VO. lincaris, Linn., de 13 millimùtres de longueur, à corps cylindrique, très-étroit et trèsallongé, à tète et corselet noirs, à pattes jaunâtres, à élytres rousses sur le bord, obliquement échancrées à l'extrémité, couvertes de lignes longitudinales de gros points presque carrés. La larve de cette espèce, de Suède, de France, d'Allemagne, vit dans les rameaux des Noyers et surtout des Noisetiers. Elle est nuisible à ces derniers arbrisseaux, dans les jardins et dans les bois. La larve creuse au centre d'un rameau une galerie longitudinale partant d'un bourgeon de l'extrémité, et toute la partie atteinte meurt. Elle met deux ans à prendre tout son accroissement, en remontant sans cesse vers le tronc principal qui porte le rameau. Elle est rugueuse, atténuée vers l'extrémité, et n'a que des rudiments de pattes thoraciques, impropres à la marche. Elle hiverne en bouchant la partie libre de la galerie avec des fibres de bois , devient nymphe au mois de mai de la seconde année. L'adulte sort au milieu de juin en perçant la branche, voltige sur les Noisetiers, s'accouple aussitôt, et la femelle pond un œuf par bourgeon, à son extrémité.
Les Phytœcia comptent de nombreuses espèces, surtout d'Europe tempérée et méridionale. On en rencontre aussi dans l'Afrique boréale et l'Asie occidentale. Les Oberea ont longtemps été regardés comme confinés en Europe, en Asie et dans le nord de l'Afrique et de l'Amérique ; mais les découvertes récentes de M. Wallace ont montré que le centre de création le plus abondant réside dans les archipels indiens, c'est-àdire les îles Sondaïques et Moluques, qui comptent à elles seules plus d'Oberea que toutes les autres régions du globe réunies.
Les deux genres suivants, par lesquels nous terminerons la tribu des Cérambyciens, ont les ongles des tarses divisés ou appendiculés, de manière à simuler quatre ongles.
AST.%THES, Newmaii, ou Tetrâophthalmus, E. Blanch.— Corps large, court, massif, brillant, hérissé de poils fins peu abondants. Antennes pubescentes, à peu près de la longueur du corps. Élytres à épaules très-saillantes, courtes, parallèles, arrondies au bout. Pattes médiocres, à cuisses larges.
Ce genre est riche en espèces répandues du Japon aux îles de là Sonde, et du nord de la Chine à Siam. Il a pour caractère singulier de pajaitre posséder quatre yeux, chacun étant complètement séparé en deux disques à facettes d'aire inégale par la base de l'anteinie. Nous figurons une espèce de Java, r.4. dimidiatus, Gory, et probablement btpartitus (Catal. Dejean), de Java, à pattes et élytres d'un jaune pâle, avec mie large tache bleue à la base de celles-ci, tète, corselet et antennes d'un jaune vif (pi. lvi, flg. 3; '3 a, tète vue de profil; 3 6, id. de face).
CIII'.YSOAIKMENS. loi
On réserve actuellement le nom de Tetraopes, Daim., à un genre analogue comme caractère oculaire, et voisin à d'autres égards. Ses espèces paraissent vivre sur les Asclépiadées, et sont spéciales à l'Amérique du Nord, s'étendant de l'océan Atlantique à la Californie, et du Canada au sud du Mexique.
illRUiVIC.^ (diverses collections^ Tliomson). — Antennes un peu plus longues que le corps, poilues, à premier article un peu plus long- que le troisième, et celui-ci que le suivant. Yeux grands. Élytres épineuses à l'extrémité. Pattes grêles.
Ce genre est du Brésil. — Ex. : ^E. canescens, Klug., d'un blanc un peu verdàtre, avec quelques lignes brunâtres (pi. lvi, fig. /|). Quelques autres espèces du même pays.
Tribu des €llRY<$OllÉlilEm^ ou PIIYTOPILIGES,
Les tribus précédentes des Cérambyciens et des Scolytiens vivent presque exclusivement des parties ligneuses des végétaux, et très-rarement des parties tendres ; les Curculioniens se nourrissent d'une manière mixte, des semences, des tiges et des feuilles; les Chrysoméliens au contraire attaquent les organes verts des végétaux phanérogames, presque toujours les feuilles, dont ils enlèvent le parenchyme, parfois les tiges succulentes et les racines tendres. Les larves de ces Coléoptères causent souvent des dégâts considérables. Les adultes se trouvent comme elles sur les feuilles et volent en outre sur les fleurs ; ils sont souvent ornés de vives et brillantes couleurs et de reflets métalliques.
La tribu des Chrysoméliens se compose d'espèces de taille moyenne et petite, variant de 20 millimètres environ {Sagra, Megamerus) à 1 millimètre chez certaines espèces d'Altises, c'est-à-dire descendant aux Microcoléoptères, par une réduction analogue à celle des Psélaphiens, des Trichoptenjx, des Scydmœnus. Les téguments sont assez durs, à l'exception du type Galleruca, mais n'atteignent pas la rigidité presque pierreuse de certaines espèces des groupes des Hister, des Piméiies et des Charansons. Le corps est le plus souvent oblong, parfois circulaire, renflé le plus souvent. Il est allongé et déprimé en dessus chez certaines Donacia.
Les élytres emboîtent presque toujours tout l'abdomen, et ont dans certaines familles, ainsi que le corselet, un rebord ou une expansion latérale. Elles recouvrent des ailes, en mettant à part quelques cas d'avortement de celles-ci chez des Chrysomèles.
Les pattes offrent les particularités suivantes. Les postérieures deviennent propres au saut dans certains genres, et cette faculté n'est pas en rapport nécessaire avec la grosseur de leurs cuisses. Les tarses, tétramères, ou plus exactement subpentamères, se terminent au quatrième ou cinquième article par deux ongles ou crochets dont les modifications fournissent de bons caractères de classification.
752 C.OLÉOPTÈRLS. — CHRYSOMÊLIENS.
Les caractères des Chrysoméliens peuvent être résumés ainsi : Tête médiocre ou petite, le plus souvent engagée eu totalité ou eu partie dans le corselet. Antennes ayant /j, 8, 9, 10, 11 articles (dans les genres européens 11, rarement 10) filiformes ou grossissant un peu de la base à l'extrémité. Yeu\ latéraux, presque toujours finement granulés, c'est-àdire à vision diurne, souvent sinués en dedans. Mandibules robustes, courtes, échancrées ou fendues au sommet cliez la plupart ; mâchoires à deux lobes, languette variable. Palpes des deux sortes, de quatre et trois articles, peu développés. Corselet transversal, parfois trésconvexe en dessus, le plus souvent de la largeur des élytres à sa base. Élytres oblongues ou globuleuses, rarement soudées, très-rarement raccourcies. Écusson presque toujours visible. Abdomen de cinq segments eu dessous. Pattes de longueur médiocre ou petite, à tarses de quatre articles visibles, réellement subpeutamères, avec quatrième article du type complet rudimentaire, mais distinct, les trois premiers dilatés avec brosses en dessous, le troisième bilobé ou entier (rarement) et alors cordiforme.
La science possède quelques indications sur lauatomie interne de ces insectes. Le tube digestif, d'après la dissection de 16 espèces, est plus long, d'une manière générale, que celui des Coléoptères carnassiers, selon la loi habituelle des animaux herbivores. L'œsophage ne débouche pas dans un gésier, qui manque en raison sans doute de l'absence d'aliments très-durs, mais se rend à un estomac le plus souvent lisse, parfois couvert de papilles ciecales (Cr/ocer/s, Donacia), auquel succède un intestin cylindrique et grêle, renflé à son extrémité en une ampoule rectale. On n'a pas trouvé de glandes salivaires dans les espèces étudiées k l'état adulte. Des canaux de Malpighi s'abouchent à l'estomac, au nombre de quatre chez les i)onac/a, de six dans les autres, dont deux plus grêles; lisse replient, à l'autre bout sur le rectum, mais sans y pénétrer, et se terminent en cul-de-sac. D'après L. Dufour, la graisse abonde chez les lourds Cycliques de Latreille, et n'existe presque pas chez les Eupodes.
Une marque d'infériorité organique des Chrysoméliens est le peu de centralisation de leur système nerveux, en admettant toutefois qu'on puisse généraliser les observations faites sur deux espèces {Timarrim tenehricosa, GiColaspidema atrum). Les larvesont 13 paires de ganglions, y compris le cérébroïde, et les adultes 8, allant jusqu'au milieu de l'abdomen.
Examinons les affinités zoologiques des Chrysoméhensavec lesautres Tétramèresou Su])pentamères. Les Erotyliens s'en distinguent par leurs antennes en massue, leur odeur ammoniacale, leur régime fongicole. Les antennes, les impressions sous-abdomhiales, les tarses en éloignent les Coccinelliens, qui s'en rapprochent au contraire par leurs larves hexapodes, surtout pour les espèces ^)hytophages. Il y a certains rapports avec les Curcuhoniens à rostre très-court, mais les larves sont ici
CHRYSOMÉLIENS. 753
très-diflérentes. En outre, les pièces buccales, les antennes filiformes et le pygidium recouvert par les élytres ne permettent pas la réunion avec certains Anthribes ni avec les Bruches. Ce sont, comme nous l'avons déjà dit, avec les Cérambyciens adultes qu'il n'y a pas de séparation nette. Beaucoup de Donacides aplaties, à antennes allongées et filiformes, ressemblent à des Leptures. Cependant, d'une manière générale, les antennes des Chrysoméliens sont moins longues et plus épaissies à l'extrémité, le lobe externe des mâchoires est souvent biarticulé, et un certain nombre de leurs genres ont la faculté saltatoire refusée aux Cérambyciens.
Une distinction très-nette s'établit par les larves, que nous devons décrire. Les larves des Chrysoméliens sont plus ou moins charnues, épaisses et recouvertes d'une peau fine, parfois cornée sur le dessus des segments thoraciques. Leur forme est ovalaire, oblongue ou allongée ; quelques-unes sont cylindriques et recourbées postérieurement, à la façon des larves de Scarabéiens. Souvent la peau, au lieu d'être blanchâtre, est grisâtre ouvcrdâtre ou de couleur métallique, en rapport avec une vie à la lumière. La plupart, eu effet, vivent à découvert sur les feuilles dont elles se nourrissent ; certaines se recouvrent d'une façon variée de leurs excréments, et enfin il en est qui sont mineuses à l'intérieur des feuilles ou des rameaux, ou des racines. Elles ont toutes 13 segments, y compris la tète, qui est cornée et pourvue de deux courtes antennes, de stemmates, de pièces buccales développées. Le fait important qu'offrent toutes ces larves, c'est que les segments thoraciques sont pourvus de trois paires de pattes écailleuses, tantôt allongées, tantôt assez courtes, mais toujours propres à la locomotion, tandis que les larves des Cérambyciens, endophytes et lignivores , sont toujours apodes , ou n'ont que des pattes rudimentaires et non fonctionnelles. Les autres segments sont souvent couverts de tubercules ou de mamelons charnus, parfois d'épines. Il n'est pas rare que le dernier segment porte en dessous un pseudopode ou fausse patte anale. Plusieurs de ces larves sécrètent un fluide visqueux qui contribue aies fixer aux végétaux, et il en est qui laissent sortir de pores de la peau un liquide acre et fétide devant contribuer à leur défense, en rebutant les oiseaux et les insectes carnassiers.
Le régime de ces larves est celui des adultes, et au point de vue restreint, c'est-à-dire que le même végétal nourrit une espèce depuis sa sortie de l'œuf jusqu'à l'insecte parfait inclusivement. Les larves sont très-voraces et croissent rapidement ; elles ne paraissent pas pouvoir supporter de longs jeûnes, fait général et harmonique chez les animaux herbivores; aussi peut-on souvent détruire des espèces nuisibles en sacrifiant la première récolte des végétaux qu'elles infestent, ou en opérant une alternance de culture, si elles sont exclusives à une plante. Il parait que la plupart des larves de Chrysoméliens hivernent, et non les œufs.
15U COLÉOPTÈRES. — GHRYSOMÉLIENS.
La plupart des larves s'enveloppent pour la nymphose d'une coque papyracée, soit sur les feuilles, soit en terre, et alors la consolident par des grains réunis par de la viscosité. Les nymphes ont, comme à l'ordinaire, les organes repliés le long du corps, le tout entouré d'une mince membrane.
LatreilleetLacordaire ont essayé de classer les Chrysoméliens d'après la forme et la physiologie des mœurs des larves. Nous ne parlerons pas ici de cette question, réservant ces détails pour l'histoire des genres. Nous croyons que la classification des insectes adultes doit avant tout reposer sur les sujets mêmes qu'on étudie, et qu'en outre, sauf des cas exceptionnels de récurrence, la forme adulte présente plus de différences que l'état de larve, par suite de la division et du perfectionnement du travail organique.
Nous résumerons en peu de mots ce qu'il est nécessaire de connaître à propos de l'histoire de la classification des Chrysoméliens. Linneeus n'avait établi que les genres Hispa, Cassida et Chrysomela. Il avait placé un Donacia dans ses Leptura, erreur très-permise par l'absence de caractères nets entre les Cérambyciens et les Donacia, groupe de passage. Fabricius, lUiger et Latreille ajoutèrent un certain nombre de genres. La tribu est constituée, dans les Coléoptères tétramères, sous le nom de Phytophages ou d'Herbivores, par C. Duméril. Bien que les insectes dont il est question soient de tous les Coléoptères ceux dont le régime est le plus fixe, il était préférable de les désigner, comme le firent Latreille et Lamarck, sous le nom de Chrysomélines, car ce nom ne comporte aucune signification absolue. Dans ses publications successives, Latreille divise la tribu en deux groupes, les Eupodes (types : Sagraet genres annexes, Donacia, Crioceris, etc.) et les Cycliques (types : Hispa, Cassida, Clythra, Cryptocephalus, Bromius, Colaspidema, ChrysO' mêla, Altica, Galeruca). 11 en sépara toujours, comme groupe de même valeur, les Clavipalpes ou Erotylénes. Ce sont ces trois groupes dont Dejean forma en 1821 ses Chrysomélines, ne faisant plus que quatre familles dans les Tétramères : Curculionites, Xylophages, Longicornes et Chrysomélines. La réunion des Eupodes aux Cycliques est bonne, et se trouve conservée dans la tribu des Chrysoméliens de M. E. Blanchard, mais il faut en séparer la tribu des Érotyliens (Clavipalpes de Latreille), et démembrer les Xylophages, réunion artificielle dont le nom est faux en partie. M. E. Blanchard (18Zi5j établit cinq familles dans la tribu des Chrysoméliens, en tirant leurs noms des genres Crioceris, Hispa, Cassida, Chrysomela et Galeruca, la cinquième famille renfermant les AUfses et les Galéruques. Lacordaire (1845-1848) a subdivisé ses Phytophages en deux légions, la première comprenant les genres dont les antennes sont écartées à la base, et la seconde ceux où ces organes se rapprochent au point d'insertion. M. L. Fairmaire reproche à cette division d'offrir beaucoup d'exceptions, et 'de séparer les Chrysomèles des Galéruques, tandis qu'il y a bien plus d'affinités entre elles que des
DONACIA. 755
Galéruques aux genres Hispa et Cassida, la méthode de Lacordaire exigeant la réunion de ces trois types. Lacordaire avoue ne savoir où placer les Altises, dont la plupart toutefois se rattachent aux Galéruques. M. L. Fairmaire ne voit de séparation nette qu'en deux séries des plus inégales quant au nombre des genres, et dont l'aspect général fournit un caractère très-facile à saisir. L'une (et encore à une exception près, le genre Leptispa, Baly) comprend les Chrysoméliens, dont le corps est couvert d'épines ou offre de larges expansions membraneuses {Hispa, Cassida); l'autre réunit tous les autres genres, à corps sans épines ni expansions latérales. Ces divisions sont donc plus ou moins artificielles, et nous croyons devoir, à l'exemple de M. E. Blanchard, de M. E. Desmarest, ne pas les adopter, et exposer seulement l'histoire des genres principaux, en donnant quelques caractères généraux de familles. Au reste, nous ne saurions trop le répéter, toutes ces discussions, si intéressantes au point de vue de l'entomologie pure, sont sans importance dans un ouvrage où l'on cherche avant tout cà faire connaître les espèces des insectes utiles ou nuisibles, ou présentant quelque intérêt exceptionnel sous le rapport de l'anatomie, de la physiologie et des mœurs.
Nous n'avons encore en France qu'un petit nombre de travaux sur les Chrysoméliens. Outre des monographies de Suffrian (traduction), de Fondras, de M. AUard, de M. Joannis, qui seront indiquées cà leur place, nous devons citer l'ouvrage de Lacordaire, malheureusement inachevé, comprenant les Eupodes de Latreille et une partie seulement de ses Cycliques (types Clythra et Cnjptocephalus) : c'est la Monographie des Coléoptères subpentamères de la famille des Phytophages, traitant des espèces de tous pays {Mémoires de la Société royale des sciences de Liège, t. III, 1845, et t. V,1848). Les Chrysoméliens d'Europe, au point de vue des genres seulement, font l'objet du travail de M. L. Fairmaire, dans le dernier volume du Gênera des Coléoptères d'Europe de Jacquelin du Val.
Le premier groupe des Chrysoméliens, par lequel tous les auteurs commencent l'histoire de la tribu, a des larves aquatiques, et des nymphes immergées, renfermées dans des coques fixées aux tiges des végétaux (Donacw, Hœmonia).
GENRES PRINCIPAUX
DOWACIA, Fabr. — Corps allongé. Tête saillante, dégagée du corselet; antennes assez longues et filiformes, rapprochées à la base. Corselet beaucoup plus étroit que les élytres. Tarses médiocres, dilatés, villeux en dessous, à troisième article profondément bilobé, à quatrième plus court que les précédents réunis ; crochets simples.
C'est comme passage aux Cérambyciens que nous commençons par ce genre l'étude de détail des Chrysoméliens. Ces insectes, ressemblant par
756 COLÉOPTËRES.— CHRYSOMÊLlE^S.
l'aspect à des Longicornes, sont peu convexes et couverts, surtout en dessous, d'une fine pubescence satinée, destinée à empêcher l'action de l'eau dans laquelle ils seront souvent plongés, à dessein ou par accident. La plupart des espèces offrent de belles couleurs métalliques, mais trèsvariables, et pouvant, dans la même espèce, passer du noir bronzé au cuivreux et au doré le plus éclatant. Ce genre et le suivant sont les Phytophages des végétaux aquatiques. Ils vivent sur les plantes qui sortent plus ou moins de l'eau, et parfois sur celles qui croissent dans les prés et les bois humides. Les deux crochets très-aigus et très-arqués qui terminent leurs tarses sont destinés, comme des ancres, à les maintenir cramponnés aux feuilles avec force. Les Donacies volent peu, lourdement et dans une courte durée, seulement par la plus forte chaleur du jour. Elles restent d'habitude posées et immobiles, contractant leurs pattes et se laissant tomber quand on veut les saisir. Les sexes se distinguent trèsdifficilement, et l'accouplement observé ne donne pas une certitude absolue, car on cite d'assez nombreux exemples de copulation entre espèces voisines de Donacies. En général, les femelles sont plus grandes, plus robustes, à antennes plus courtes, à cuisses postérieures plus faiblement dentées ou inermes. On voit souvent ces jolis insectes réunis par groupes sur les tiges des Typha et des Sagittaires, et sur les larges feuilles des Nénufars.
Les larves sont allongées, subcylindriques, blanchâtres, et vivent trèsprobablement à l'intérieur des végétaux aquatiques. Elles sont mamelonnées en dessous, ayant les premiers segments cornés en dessus. Au moment de la nymphose, ces larves se renferment sous l'eau dans une coque qu'elles sécrètent, et qu'elles fixent aux racines ou aux tiges submergées des plantes aquatiques, de sorte que l'adulte sorti de la nymphe doit traverser, pour venir au jour, une certaine épaisseur d'eau.
Il importe aux amateurs de savoir que les Donacies doivent être piquées à l'épingle noire inoxydable ou à l'épingle ordinaire enduite de vernis de graveur. Sans cette précaution, l'épingle, s'empâte de sels cuivreux, verts et gras, fait fréquent pour les insectes dont les larves vivent dans les tiges, surtout celles des plantes aquatiques ainsi : les Nonagria (Lépidoptères), presque tous les Microlépidoptères, etc.
Nous devons indiquer brièvement quelques espèces de ce beau genre. Une des plus répandues de toute l'Europe, existant aux environs de Paris, est le D. crassipes, Fabr., de 10 millim., avec deux dents en épines aux cuisses postérieures, la base des articles des antennes et le dessous des. pattes rougeâtres, ordinairement d'un vert bronzé un peu obscur, avec un reflet violet ou bleu, à corselet tubercule et sillonné, à élytres striées de points. Il faut la rechercher en bateau, en enfonçant brusquement dans l'eau les feuilles de Nénufar sur lesquelles ont voit cette Donacie posée, de manière à saisir l'insecte nageant ; la larve vit en effet dans les deux Nénufars {Nymphœa alba et Nuphar luteum).
Les œufs, eUiptiques, sont appliqués à la face inférieure des feuille?
DONACIA. 757
nageantes de ces végétaux, entourant des ouvertures arrondies faites à ces feuilles probablement par les mandibules de la femelle. Les coques nymphales sont iixées aux racines des Nénufars, en forme de cylindre terminé par deux calottes sphériques, d'un tissu papyracé composé de deux couches et de couleur d'un brun marron clair. D'après Lacordaire, cet insecte est le Leptura aquatica spinosa de de Geer, à cause des épines des cuisses postérieures, et l'on a l'habitude d'y rapporter comme synonymie le Leptura aquatica de Linnœus et le Stencore doré de Geoffroy. Le D. bidens, Oliv., aussi avec deux dents aux cuisses postérieures, est plus petit, 7 millimètres, plus court, à corselet bien plus rugueux, au reste de môme coloration. On trouve ses coques nymphales attachées aux racines des Potamogelon.
Le D. Lemnœ, Fabr., a le dessus du corps en général d'une couleur de bronze avec léger reflet cuivreux, tantôt uniforme, tantôt avec une bande marginale plus métallique. Le corselet est muni de tubercules et les élytres impressionnées et à dix rangées de points. L'espèce est de toute l'Europe, sauf les parties les plus boréales, du Caucase, de la Sibérie, de la Perse et du nord de l'Afrique. Une espèce moins commune, de l'Europe et du contour méditerranéen, ressemblant beaucoup à la précédente, d'un beau vert doré à reflets soyeux, est le D. Sagittariœ, Fabr. (pi. Lvii, fig. 7, tête en dessus; 7 o, antenne; 7 6, tarse postérieur). On le prend à Paris, et cette espèce, comme la plupart des Donacies, n'a qu'une seule dent en épine aux cuisses postérieures. On observe encore, et aisément aux environs de Paris, le D. Mimjanthidis, Fabr., de toute l'fclurope, de 8 à 10 millimètres, allongé, d'un beau vert un peu doré, à élytres arrondies au bout, avec les antennes et les pattes rousses.
Une espèce très-rare est le D. fennica, Payk., découvert d'abord en Finlande et en Suède, puis dans le nord de l'Allemagne, de moindre taille, d'un rouge fauve plus ou moins foncé (pi. Lvn, fig. 6), à pattes bronzées. Bien plus communs sont les D. linearis^ Hope, allongé, d'un vert bronzé ou d'un rouge cuivreux; D. simplex, Fabr., bronzé, à reflets dorés, de 5 à 6 millimètres, à antennes et pattes brunes, ces deux espèces de toute l'Europe ; le D. Typhœ, Brahra, très-voisin du D. linearis, de toute l'Europe et d'Algérie.
Enfin, avec la môme extension géographique, mais plus rare, il faut citer le D. sericea, Linn., de 7 à 8 millimètres, qui varie du bleu clair au bleu noirâtre ou violet, et du vert doré au bronzé obscur, avec toutes les nuances intermédiaires imaginables, d'où le nom de protea donné à l'espèce par quelques auteurs. Toutes ces Donacies ont le corselet tubercule, et les élytres striées de points.
Les métamorphoses du genre Donacia, soupçonnées par Linnœus, qui avait découvert la nymphe du D. crassipes dans sa coque fixée aux racines des Nénufars, ont été étudiées par M. MulsantsurleD. linearis, puis, avec plus de développement, par M. E. Perris, pour le D. Sagittariœ (Ann. Soc. entom. France, i8kS. p. 33). La larve a été trouvée entre
758 COLÉOPTÈRES. — CHRYSOMÉLIENS.
les feuilles engainantes, au collet des racines du Ruban d'eau ou Sparyanium ramosum (Typhacées), ressemblant au premier aspect à une larve de Syrphe (Dipt.), en ovoïde allongé, atténuée en avant, à tète rousse, à depii contractile, longue de 1/i millimètres, d'un blanc mat, assez ferme, avec antennes de quatre articles, mandibules courtes, bidentées, palpes maxillaires de deux articles et labiaux d'un. Le thorax porte des pattes courtes, roussâtres, coniques, de trois articles, le dernier ongulé, visibles de profil. Elle a onze segments au corps, le dernier peu apparent, muni de deux disques stigmatiformes, fermés par une membrane, et où débouchent deux tubes trachéens, correspondants à l'intérieur avec un tronc bilatéral, formant arceau de réunion à l'extrémité de l'abdomen, et émettant des rameaux nombreux ; à ces disques correspondent deux crochets ferrugineux, devant servira cramponner la larve à la plante, lors de l'agitation des eaux. Lors de la nymphose, la larve colle aux racines une coque elliptique, non soyeuse, lisse, d'un brun rougeûtre, parcheminée, imperméable à l'eau, et s'y change en nymphe, molle et d'un beau blanc, refoulant la peau de larve k son extrémité anale. L'adulte sort de sa coque sous l'eau, en rongeant la calotte supérieure, et grimpe le long de la plante, tout entouré de bulles d'air retenues par ses poils hydrofuges. Il passe l'hiver dans sa coque, si la saison est trop avancée ; d'autres, sortis plus tôt, hivernent cachés sans doute sous les herbes du rivage.
H/EMOMI A, Megerle, Dej . — Caractères analogues au genre précédent, sauf pour les pattes, qui sont grêles, avec tarses allongés, presque nus en dessous, à troisième article entier, et le dernier plus long que les précédents réunis, très-grêle à la base et armé de deux forts crochets arqués et entiers.
La curieuse structure des tarses des Hœmonia n'a de pareil que ce que nous ont ofTert des Pentamères, les Elmis, les Macronychus, vivant attachés par leurs crochets aux bois flottants, et aussi certains Apions des Tamarix. Les Hœmonia sont des Chrysoméliens véritablement aquatiques, se trouvant sous l'eau, accrochés aux tiges submergées, comme celles des Potamogeton , et dont les larves iixent leurs cocons également sous l'eau, à la partie inférieure de ces plantes. Il y a des espèces des eaux douces, rivières ou mares et fossés, et d'autres des eaux de la mer, et qu'on rencontre parfois rejetées en grand nombre au milieu des plantes marines, sur les rivages de la Baltique et de la mer du .Nord. On comprend que ces mœurs rendent la recherche de ces Coléoptères pénible, aussi sont-ils rares dans les collections. Ils soiU très-lents dans leurs mouvements. ; leur corps, oblong, est revêtu d'une très-fine pubescence ou d'un enduit hydrofuge. Les couleurs ne sont pas métalliques, se ressemblent beaucoup dans les diverses espèces, et sont d'un jaune pille ou ocreux, avec deux fascies noirâtres sur le disque du corselet. Les élytres ont de fortes stries ponctuées de noirâtre, avec les intervalles alternativement relevés, et l'extrémité
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tronquée et épineuse. Les mules, du moins dans les espèces d'Europe, ont le premier segment abdominal plus ou moins largement et profondément excavé. Jusqu'à présent on ne connaît d'espèces de ce genre que des régions froides et tempérées des deux continents.
L'espèce la plus répandue géographiquement, des îles Britanniques, de Suède, de France, d'Allemagne et de Suisse, est l'H. Equiseti, Fabr., la plus grande des espèces d'Europe, de 5 à 6 millimètres pour les mâles, de 7 à 8 1/2 millimètres pour les femelles, à antennes et petit écusson noirs, à corselet bifascié de noir, jaunâtre, ainsi que les élytres et les pattes. Le H. Zosterœ, Fabr., de Suède et de France, est plus petit. Il se trouve sur les plantes marines (pi. lvii, fig. 8, tarse postérieur).
C'est à tort que les Hœmonia sont regardés comme rares ; il ne s'agit que de savoir les récolter. On ne trouve que difficilement les adultes, qui ne paraissent pas sortir de l'eau, et adhèrent si fortement aux feuilles et aux tiges submergées, que les secousses les plus énergiques données par le filet à pécher ne parviennent pas à leur faire lâcher prise ; en outre leur couleur se confond avec, celle des dépôts vaseux, de sorte qu'il faut souvent éplucher les plantes feuille à feuille, avant de découvrir un adulte cramponné. On doit s'attacher au contraire à la recherche des premiers états. Les fonds de sable et de gravier et les eaux courantes sont peu propices pour rencontrer des larves d' Hœmonia. Il faut opérer au contraire ses investigations dans les eaux calmes et à fond vaseux, et arracher à la main, et en plongeant le bras profondément, les touffes de plantes aquatiques avec le chevelu de leurs racines, surtout les Potamogeton, les Myriophyllum, les Equisetum. On voit alors, et parfois en abondance, agglomérées autour de ces racines, des coques d'un brun rougeâtre, très-semblables d'aspect à des pupes de Diptères, et qui sont les coques nymphales des /fœmonm. On élève très-facilement les larves et les coques avec les plantes immergées dans l'eau, cellesci môme commençant à se décomposer.
On connaît très-bien maintenant les métamorphoses de l'H. Equiseti. var. Mosellœ, Bellevoye (1). La larve, atténuée en avant, ressemble beaucoup à celle de Donacia Sagittariœ, mais est plus petite, de 8 à 10 millimètres, à tête petite, roussâtre, ayant des antennes de quatre articles et en arrière cinq points brunâtres en deux séries transversales, qui sont sans doute des ocelles. Le corps, convexe en dessus, n'a que onze segments couverts de petites soies spinuliformes. Le dernier, plus petit que les autres et aplati, est muni à sa partie supérieure de deux disques ferrugineux, représentant les péritrèmes de la neuvième paire de stigmates. De même que chez la larve de Donacia, ce sont là les prin-
(1) Leprleur, Bull. Soc. hist. natur. de Colmar, 10<= année, 1869. — Bellevoye, Observations sur les mœurs de plusieurs espèces de Coléoptères qui vivent sur les plantes aquatiques, etc. (XII^ Bul. de la Soc. d'hist. natur. du départ, de la Moselle, Metz, 1870).
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cipaux orifices respiratoires, en rapport de chaque côté avec un tronc trachéen considérable, ayant un arceau de réunion à l'extrémité de l'abdomen; ces disques sont clos extérieurement, sans qu'on sache encore d'une manière exacte si c'est une membrane qui laisse pénétrer les gaz par endosmose, ou si c'est un clapet s'ouvrant par intervalles, lin outre il y a huit petits stigmates, ronds et ferrugineux, aux places ordinaires. Les trois segments thoraciques portent chacun une paire de pattes très-courtes d'un roux clair, armées d'un ongle brun trèsrobuste et hérissées de soies plus fortes que celles du corps.
Des disques ferrugineux du onzième segment partent de haut en bas deux crochets assez forts, dont voici l'usage (M. Leprieur) : D'habitude la larve s'attache aux plantes par les ongles de ses courtes pattes, qui ne servent guère à la locomotion, celle-ci s'opérant par une sorte de reptation. Lors des crues de l'eau, les larves, pour ne pas être entraînées, se fixent aux tiges ou aux racines par les deux crochets postérieurs, leurs pattes ne touchant plus à l'appui, de sorte que les larves se tiennent droites et roides, à l'instar des chenilles de Phalénides.
Les larves, observées dans des bocaux, ne cherchent pas à gagner la surface de l'eau pour atteindre l'air libre ; elles sont d'une extrême lenteur dans leurs mouvements, mettant plusieurs heures pour se déplacer de quelques centimètres. Elles enfoncent la tête et une partie plus ou moins grande de leur corps dans la tige des Potamogeton, qu'elles creusent avec leurs mandibules pour se nourrir, soit de parenchyme, soit de sève. Au moment de la transformation, la larve s'accroche aux tiges ou aux racines des végétaux, et y colle solidement une coque ellipsoïdale, dont la longueur varie de 8 à 9 millimètres sur 2,5 à 3 de large (celles du Donacia Sagittariœ ont 12 millimètres.). La coque est due à un liquide sécrété, ayant la propriété de durcir sous l'eau, comme un ciment hydraulique. En traitant successivement ces coques par des solutions afTaibhes d'acide chlorhydrique et de potasse, pour dissoudre les sels minéraux et les matières organiques azotées, il reste finalement une sorte de trame d'une blancheur éclatante, très-mince, conservant la forme primitive de la coque, et dont les caractères sont ceux de la cellulose. Les coques portent un sillon correspondant à la partie de tige qui les porte et moulé sur elles. Perméable à l'air dissous qui doit servir à la respiration, leur tissu ne se laisse pas traverser par l'eau, et, lorsque celle-ci y pénètre par quelque fissure, elle tue la larve engourdie ou la nymphe. Les coques sont lisses, d'une consistance parcheminée, d'une couleur variant du jaune-paille au jaune brunâtre, et quelquefois même presque noire et- opaque, dans les fonds trèsvaseux contenant des sulfures métalliques. La transpai'ence, en raison inverse de la coloration, est en général assez grande pour qu'on puisse distinguer la nymphe ou l'adulte. Les nymphes sont molles, d'un blanc éclatant, placées la tête en haut et refoulant au bas la peau plissée de la larve.
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La durée totale de l'évolution des Hœmonia est de quatre à cinq mois entre la ponte des œufs et l'éclosion de l'adulte. Elle se renouvelle de mai à octobre, où l'on trouve cà la fois les trois états, ce qu'explique le peu de variation des températures de l'eau ; très-probablement un certain nombre de nymphes et d'adultes hivernent en léthargie. L'insecte demeure environ six semaines dans la coque, partie en larve, puis en nymphe, puis en adulte, attendant que ses téguments aient pris la consistance nécessaire. Alors il ronge circulairement la calotte supérieure de la coque, et va s'accrocher aux tiges des plantes sans sortir de l'eau, et ne paraissant pas d'ordinaire enveloppé d'air. Ces adultes ont une grande tendance à s'accrocher à tout et partout, et, quand on les conserve captifs dans des vases, il n'est pas rare d'en voir des groupes de huit ou dix cramponnés les uns aux autres. Ils marchent lentement sur les plantes, et restent immobiles des heures entières, agitant seulement un peu les antennes. Quand ils perdent leur appui, leur démarche est bien plus vive, et ils remontent et descendent aisément dans l'eau, non mouillés, en raison de leur pubescence soyeuse. Ils ont de l'air sous leurs élytres, mais dont on n'observe pas le renouvellement, à la façon, soit des Dytiques, soit des Hydrophiles. Il y a sous les élytres des ailes membraneuses diaphanes, très-développées et plus longues que les élytres; mais, tandis que les Donacia volent bien au soleil pendant le jour, on ne voit jamais voler les Hœmonia, et des sujets vivants ont vécu une quinzaine de jours en vases secs, et s'y sont accouplés sans paraître souffrir du manque d'humidité, mais sans écarter leurs élytres ni étendre leurs ailes. Il est possible que les Hœmonia soient nocturnes et volent le soir, pour se poser sur les feuilles à fleur d'eau ou sur les fleurs et les fruits des Potamogeton, qui se dressent verticalement hors de l'eau ; peut-être les ailes ne servent-elles que dans les cas exceptionnels où l'instinct de ces insectes les oblige à des migrations.
Lors de l'accouplement, le mâle, qui est toujours plus petit que la femelle, monte sur le dos de celle-ci, et la tient fortement enlacée avec ses quatre pattes antérieures, les postérieures restant étendues. La femelle se promène sur les tiges des Potamogeton, en transportant le mâle avec elle, ou bien elle y reste accrochée dans une longue immobilité, le mâle toujours sur son dos, les antennes du mSle et de la femelle s'agitant de temps à autre. Après qu'ils se sont ainsi livrés à leurs amours pendant dix k douze jours, le mâle se sépare de la femelle, et ils ne tardent pas à mourir tous les deux, le mâle presque toujours le premier. On n'a pas observé la ponte ni les œufs d'une manière certaine.
L'ignorance où l'on est des métamorphoses des genres exotiques qui suivent laisse subsister une certaine incertitude sur leur place sériale.
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MEGALOPUS, Fabr. — Mandibules à pointe entière ; dernier article de tous les palpes allongé et acuminé. Yeux grands, fortement échancrés. Antennes grossissant plus ou moins de la base à l'extrémité, insérées à la base des échancrures oculaires. Corselet cylindrique ou subglobuleux, sillonné. Corps allongé, élroit, pubescent ; crochets des tarses simples.
Les insectes de ce genre sont de l'Amérique équatoriale. Ainsi que pour les genres annexes, formés aux dépens du genre de Fabricius, les mœurs, observées à la Guyane et au Brésil parLacordaire, sont les suivantes : « Toutes les espèces vivent sur les plantes et les arbrisseaux peu élevés ; leur vol est lourd, et n'a lieu que pendant la plus forte chaleur du jour. Quand on les saisit, ils fléchissent un instant leurs antennes et répandent par les articulations des pattes une liqueur jaune, d'une odeur analogue à celle des CoccineUa. Us produisent comme les Lema un bruit aigu par le frottement de leur prothorax contre le pédoncirie du mésothorax. »
Ces insectes ne sautent pas, bien que leurs cuisses postérieures soient souvent très-fortes.
Lacordaire suppose que leurs larves, d'ailleurs inconnues, sont, d'après l'analogie des adultes avec les Clythra, renfermées dans des fourreaux portatifs, et ont les mômes habitudes.
MASTOSTETnus, Lacord. — Corps large et court, glabre en dessus, parallèle ou subparallèle. Antennes à troisième article grêle (comme aussi le genre précédent), les six derniers serrés et transversaux. Corselet trapézoïde ou quadrangulaire, non sillonné.
Ce genre, démembré de l'ancien genre Megalopus et offrant la plupart de ses caractères, est, comme lui, américain. Ex.: M. tibialîs,Fa.hT., de la Guyane, d'un ferrugineux vif, avec tibias et tarses postérieurs noirs, et de larges macules noires sur les élytres déprimés (pi. lvh, fig. 1; 1 fl, tête grossie avec les yeux échancrés, les mandibules, les palpes maxillaires; 1 b, antenne).
SAGR.%, Fabr. — Tète peu allongée; antennes robustes, filiformes ou grossissant un peu à leur extrémité. Corselet moitié plus étroit que la base des élytres. Cuisses postérieures très-grosses dans les deux sexes, toujours dentées en dessous chez les mâles. Corps oblong ou allongé, massif, glabre ; crochets des tarses simples.
Ces insectes, les plus grands parmi les Chrysoméliens, sont l'ornement des collections par leurs formes et leurs couleurs. Chez certains elles sont sans reflet; chez d'autres elles ont un éclat métallique éblouissant, avec la teinte d'un rouge pourpre, ou violette, ou bleue, ou verte ou cuivreuse. Leurs espèces sont propres aux régions les plus chaudes de
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l'ancien continent ; leurs métamorphoses sont inconnues. On suppose qu'elles vivent sur les feuilles, comme nos Criocères. Les énormes cuisses postérieures renflées en massue des Sagra ne sont pas propres au saut, et ne présentent pas, comme les Attises, de cavité interne destinée à loger la jambe dans la flexion, de sorte que l'extrémité terminale de cette cuisse ne peut jamais porter sur le plan de position et ne peut prendre appui que sur la jambe. Les cuisses des mâles dépassent beaucoup les élytres, et ont en général en dedans des poils serrés, en môme temps qu'elles sont dentées en dessous. Chez les femelles ces cuisses, tout aussi grosses, sont plus courtes, débordent à peine les élytres, et les dents des mâles sont remplacées par une simple crête denticulée. En outre, les mâles de presque toutes les espèces ont en dessous le premier segment abdominal couvert de poils, destinés sans doute, lors de l'accouplement, à faciliter leur adhérence sur le dos lisse et poli des femelles.
Un des Sagra les plus communs dans les collections est le S. splendida, Weber, des parties méridionales de la Chine, où il doit être trèscommun, car il figure toujours dans les boîtes d'insectes que les marchands de Canton vendent aux Européens. Cette riche espèce est d'un rouge pourpré clair, très-vif et très-brillant, avec des reflets violets éclatants ; parfois elle devient d'un violet pourpré ou bleuâtre.
Nous représentons des détails de cette espèce (pi. Lvn, fig. 3, bouche en dessous; 3a, mâchoire; 36, antenne). Au Sénégal, à Sierra-Leone se trouve le S. cyanea, Dalman, beaucoup plus petit que les autres espèces du genre (pi. Lvn, fig. 2), mâle, d'un bleu foncé ou d'un bleu violacé, avec les élytres striées de points. L'île de Java nous otfre de magnifiques espèces de Sagra ; ainsi le S. speciosa, Dcj., dont les couleurs ont, surtout en dessous, une magnificence incomparable, d'un vert doré, éclatant, à reflets pourprés vifs, passant au rouge de feu le plus beau sur la poitrine et les pattes ; le rare S. Buqueti, Lesson, d'un beau vert métallique très-brillant sur l'abdomen, mat sur les autres parties, avec les élytres ornées à la suture d'une bande dorée étincelante, bordée de pourpre. On comprend que ces teintes splendides doivent ranger les Sagra parmi les espèces à employer dans la parure, ainsi qu'on le fait du reste pour diverses Chrysomèles.
OR§>ODAC!V.%, Latr. — Tête large; palpes à dernier article ovalaire, parfois sécuriforme ; antennes de onze articles assez grêles. Cuisses ordinaires, les postérieures à peine plus grosses que les autres ; croctiets des tarses bifides. Corps allongé, peu convexe ou même déprimé, pubescent, couvert en dessus de points enfoncés.
Les insectes de ce genre se rencontrent en Europe et dans les parties septentrionales de l'Asie et de l'Amérique. Les couleurs sont trèsvariables, par grandes masses, souvent mal arrêtées et confuses, ce qui rend la spécification difficile.
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Le type, de toute l'Europe et de la Sibérie, est l'O. Cerasi, Fabr., de 5 à 7 millimètres, assez commun sur le Cerisier. Les couleurs présentent toutes les variations, par le mélange du jaune, du ferrugineux, du roux, du noir et du bleu noirâtre, et parfois une seule de ces couleurs dominant. Rien n'est plus dangereux pour les jeunes amateurs que ces espèces à coloration non fixée ; ils se font de fréquentes illusions en croyant à des découvertes. On reconnaît l'espèce unique à l'absence complète de pubescence en dessus, à son corselet couvert de points bien moins serrés que chez les autres espèces, et subitement et fortement rétréci après le milieu. Nous représentons l'O. humeralis, Latr., des iles Britanniques, de France et d'Allemagne, d'un bleu foncé et violacé presque noirâtre ; les élytres ont parfois à la base une tache rouge, et le corselet a quelquefois des traces de deux macules rouges. Cette espèce, toujours assez rare, se prend au mois de mai, aux environs de Paris, sur les fleurs de l'Aubépine. Elle est figurée pi. i.vii, flg. U (ha, tête; k b, antenne). Elle est longue de Zi à 5 millimètres, plus grêle et plus déprimée que l'espèce précédente.
Les genres de Chrysoméliens que nous allons étudier sont caractérisés par un détail de mœurs commun de leurs larves, à savoir, de se servir de leurs excréments comme d'un moyen plus ou moins complet de protection. On peut, à ce point de vue, réunir les types Clythra, Cryptocephalus, Cassida, Crioceris, Lema, formant une série où ce caractère va en se dégradant de plus en plus dans la perfection de cet appareil protecteur, s'opposant à la dessiccation de la larve.
l'n premier type, le plus perfectionné sous ce rapport, est constitué par des larves allongées, subcylindriques, blanchâtres, mamelonnées, recourbées sur elles-mêmes à leur extrémité postérieure, logées dans des fourreaux portatifs qui les entourent complètement dans toute la région postérieure aux pattes, fourreaux formés de leurs excréments, soit seuls, soit plus ou moins associés à des substances végétales, vivant tantôt sur les plantes , tantôt dans l'intérieur des fourmilières. Les nymphes subissent leurs métamorphoses dans les mêmes fourreaux et dans les mêmes lieux. Ce sont les genres Clythra et Cryptocephalus qui fournissent les principaux exemples de ce premier type. M. Chevrolat (Catal. Dejean) eut le premier l'idée de réunir ces deux genres et leurs genres annexes en une seule famille, les Tubifères, constituée par les Chrysoméliens à larves porte- fourreaux. De même, M. E. Blanchard (lâ/i5) réunit dans sa famille des Clylhrides les Clythra et Cryptocephalus, avec les annexes des auteurs précédents.
CLiYTHRA, Laicharting. — Corps épais, oblong, convexe des deux côtés, subcylindrique. Tête incomplètement enchâssée dans le prothorax, visible de dessus ; antennes écartées à la base, libres au repos, dentées à partir du quatrième ou
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cinquième article-, mandibules dentées à l'extrémité, souvent développées chez les mâles en forme de tenailles. Corselet aussi large que les élytres; pygidium plu sou moins découvert. Pattes ou subégales, ou très-développées chez les mâles à la paire antérieure, les postérieures jamais plus fortes ni plus longues que les autres ; crochets des tarses simples.
Les Clythra, outre des caractères sexuels dont nous allons parler, se séparent d'abord immédiatement des genres Chlamys et Lamprosome par l'absence de rainures prothoraciques destinées à loger les antennes ; leur tôte peu engagée, leur prosternum nul et le mésosternum étroit les distinguent des Crijptocephalus. Les Megalatosmis ont le prosternum saillant, et les Babia des crochets tarsaux appendiculés ou bifides, au lieu des crochets simples des Clythra. Les différences sexuelles sont très-importantes. Chez les deux cinquièmes des espèces, les différences de sexe ne consistent qu'en des tarses un peu plus faibles, surtout les antérieurs, et une fossette sur le dernier segment abdominal des femelles, existant aussi chez les mules de certaines espèces ; mais, chez les trois autres cinquièmes des espèces, les deux sexes sont plus ou moins dissemblables, avec une combinaison variée de différences. Parfois les mâles offrent seulement un grand allongement des pattes antérieures. Il peut s'y joindre l'agrandissement de la tète, et cette grosse tête est accompagnée de mandibules saillantes en tenailles, de mâchoires et d'une lèvre inférieure agrandies et repliées dans la cavité buccale, et d'yeux relativement plus petits, car ils ont conservé la même dimension que chez les femelles ; enfin le corselel est plus allongé que celui des femelles, et la grandeur de la tète et du corselet donne aux élytres une apparence plus courte.
Le genre Clythra appartient à l'ancien continent pour le plus grand nombre de ses espèces, et surtout à l'Afrique. Les espèces, assez abondantes en Europe, sont principalement de la région méditerranéenne, avec des espèces de l'Asie occidentale. Elles diminuent beaucoup à mesure qu'on remonte au nord de l'Europe. Il n'y en a que peu en Amérique, et la plupart de petite taille, et très-peu en Australie. Les insectes parfaits se rencontrent parfois accrochés aux tiges de diverses plantes, des Chardons notamment. Il s'en trouve aussi sur divers arbres, les Noisetiers, les PeupUers, les Bouleaux, les Aulnes et surtout les Chênes. Ils semblent préférer les arbres et les arbustes aux végétaux herbacés. Enfin il en est qu'on trouve sur le sol ou sous les pierres, d'autres sur les fleurs, d'autres sur les Graminées.
Les genres et les espèces sont très-difficiles à établir, car la taille varie beaucoup dans la même espèce ; le dessin peut passer d'une grande comphcation à zéro; enfin la forme peut diirérer beaucoup pour les mâles, et toutes les femelles se ressemblent. Le mieux est de n'accepter qu'à titre de soas-genres les nombreux genres établis par Lacordaire.
Dans le sous-genre Labidostomis , Lacordaire. nous trouvons ie
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C. tridentata, Liiin., à pattes antérieures du mâle médiocres, de sorte que la femelle en diffère peu. Cet insecte, long de 6 à 7 millimètres, est d'un bleu verdàtre foncé, ou d'un bleu noir, ou d'un vert bronzé, avec les élytres d'un jaune-paille, toujours dépourvues de points huméraux noirs. De toute l'Europe et la Sibérie, sur le Noisetier, le Bouleau, le Saule, le Chêne, etc. Le C. longimana, Linn., a les pattes antérieures très-longues chez le mâle, qui y joint la grosse tête et les mandibules saillantes. C'est une des plus petites espèces, variant de 2 à 3 millimètres, de la Sibérie et de toute l'Europe, sauf les parties les plus boréales. C'est la Mélolonthe lisette de Geoffroy (du nom de genre donné aux Clythra par cet ancien auteur). Il est d'un vert bronzé ou bleuâtre, avec une fine pubescence blanchâtre, le corselet très-ponctué, avec les élytres d'un jaune testacé, ayant un petit point humerai brun, qui manque souvent. On le trouve sur les céréales.
Les Lahidostomis sont, presque sans exception, d'un vert bronzé, tantôt foncé, tantôt clair, et passant souvent au bleu pur, avec les élytres blanchâtres, d'un jaune-paille ou d'un rouge ochracé ; leur dessin se réduit presque toujours à un point humerai, noir ou brunâtre, plus ou moins gros. Les espèces, très-difficiles à distinguer, sont de la faune méditerranéenne, de l'Europe et du nord de l'Asie. Le caractère essentiel du sous-genre est la forme du prothorax, transversal, à bords latéraux se redressant en arrière, avec des angles postérieurs saillants et relevés, surtout chez les mâles.
Le sous-genre Lachnœa, Lacordaire, a le corps massif, presque toujours villeux, sauf sur les élytres, les pattes allongées, les antérieures trèsvariables selon les espèces, chez les mâles. On y trouve le C. longipes^ Fabr., à corselet villeux, d'un noir bleu ou verdàtre, à élytres d'un testacé pâle, chacune avec trois points d'un noir bleuâtre, et d'un beau jaune de terre de Sienne très-clair dans une variété. Cette grande espèce, de 8 à 11 millimètres, est surtout de l'Europe méridionale, mais remonte assez haut, jusqu'en Angleterre et en Pologne. Sur les contours de la Méditerranée, se rencontre le C. palmata, Lacordaire, ou pubescens^ L. Dufour, d'un noir bleu, pubescent, à élytres jaunes, maculées de noir. Il vit sur le Chêne dans le Midi de la France et en Espagne. Les tarses antérieurs du mâle, très-longs, larges et déprimés, expliquent l'épithète de palmata. Citons encore le L. vicina, Dejean, d'Algérie et du sud de l'Espagne^ Les Lachnwa sont presque exclusifs à la faune méditerranéenne.
^n sous-genre Crabronitcs, Lacordi, se rapporte une espèce de la Cafrerie, le C. equestris, Dalman (pi. lvhi, fig. 8, femelle, et 8 a, antenne), où le mâle a la tète forte, les mandibules saillantes et les pattes antérieures très-longues. Le corps est allongé, subcylindrique, bleu avec un duvet blanchâtre, les élytres jaunes, avec deux larges bandes bleues, dilatées extérieurement et n'atteignant pas les bords, et une tache bleue carrée commune au sommet; Dans cette belle espèce la grosse tête sub-