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Fig. 21.
Trachée du Grillon domestique, prise près d’un stigmate thoracique.
A, tronc principal, à structure réticulée, duquel part une branche à fil spiral ordipaire. — B, partie du tronc à structure réticulée, très-grossie. — C, petit fragment de cette même partie, grossissement plus fort.
Comme tous les insectes des maisons, le Grillon domestique parait se reproduire toute l’année, et l'on trouve ensemble des sujets à tous les stades de morphose. Le Grillon domestique stridule par intervalles pendant la nuit, et son cri-cri a été regardé tantôt comme un heureux pronostic, et, en d’autres pays, comme un présage funeste, Il parait aimer beaucoup la chaleur, et se réfugie dans les fentes des murs de cuisines et des fours de boulanger, et derrière les plaques de cœur des cheminées. On assure que la chaleur soutenue qu'il éprouve le rend très-altéré, qu'il se noie souvent dans les vases contenant de l’eau ou du lait, et que, dit-on, il fait des trous aux vêtements humides mis à sécher devant le feu. On prétend qu'il aime à se loger dans les maisons neuves, dont le mortier encore tendre rend plus aisé le creusement de gites. Il volerait quelquefois la nuit, se jetant dans les lumières et les yeux des gens. On dit qu'il sort parfois sur le devant de la maison par les chaudes soirées d'été, pour rentrer dès que la fraicheur de la nuit
commence. [1 chasse la nuit dans les maisons, mangeant les miettes de pain et les débris d'aliments, dévorant, assure-t-on, les Blattes des cuisines (Periplaneta orientalis). Le Gryllus campestris, introduit dans la maison, lui ferait au contraire la guerre. On ne connaît aucun pays où il vive en liberté, Il habite toute l'Europe, excepté la Laponie.
Le G.capensis, Fabr., est le plus grand des Grillons d'Europe, atteignant 20 à 30 millimètres, noir, glabre, avec les appendices et le bord du corselet roux, les élytres souvent plus longues que l'abdomen, noires ou d'un fauve testacé, avec une large tache jaune à la base ; Pampleur des ailes, qui, dans les deux sexes, dépasse au repos l’abdomen de 10 à 12 millimètres, distingue tout de suite cette espèce du G. campestris. Elle remonte beaucoup moins au nord, habite-toute l'Europe méridionale jusqu'en Hongrie, la Corse, la Sardaigne, la Sicile en mai, l’île de Madère en décembre et janvier. On trouve cet insecte dans toute l'Afrique jusqu'au Cap de Bonne-Espérance, et aussi, dit-on, aux Indes orientales et à l’île de France. En Algérie, on le rencontre dans les lieux frais et humides, errant ou caché sous les mottes de terre ou sous les tas d'herbes, ne se creusant pas de terriers comme le Grillon champêtre. D'après M. Lucas, les enfants le prennent et le retiennent captif, pour écouter sa stridulation aiguë. C'est, je crois, de cette espèce, et non du G. campestris, selon Brullé, que parle le vieux Moufett, en disant qu'il sert d'objet de commerce dans certaines contrées du nord de l'Afrique, où on l'élève en cage, en le vendant, afin d'entendre son chant qui invite au sommeil.
D'autres Grillons ont les élytres de la longueur de l'abdomen ou plus courtes, à nervures ramifiées, les ailes non caudiformes, toujours plus courtes que les élytres, parfois subabortives ou même nulles. La plus importante de leurs espèces est le G. campestris, Linn., de 18 à 20 millimètres dans les deux sexes, les cerques de 6 millimètres environ, l’oviscapte de 10 à 12 millimètres. L'insecte est noirâtre, avec la tête brillante, bombée, sans taches, à antennes noires, de la longueur du corps, à yeux d'un jaune clair. Le corselet est court et transverse ; les élytres, recouvrant l'abdomen dans les deux sexes, sont d'un gris brun, avec une tache jaunâtre mal limitée à la base, moins marquée que chez le G. capensis ; les ailes sont très-courtes et transparentes. Les jambes antérieures sont munies de {ympans interne et externe ; les cuisses postérieures sont ferrugineuses en dessous, les jambes postérieures très-épineuses; l'abdomen villeux en dessous, les cerques courts ; l'oviscapte bien plus long que l'abdomen, grêle, droit, sublancéolé au sommet. On trouve cet insecte communément dans toute l’'Europe méridionale et moyenne, et en Asie Mineure (Burmeister) ; dans l’Europe un peu froide, il faut le chercher sur les terrains secs, bien insolés, et surtout aux expositions du midi et du levant. Il manque dans le Nord, à partir de la Scanie. D'après Rambur, dans les régions basses et chaudes de l’Andalousie, il est remplacé par le G. capensis, mais
reparaît sur les montagnes près de Grenade. On le trouve en mai, en Algérie, dans les lieux assez frais et herbus.
L'anatomie interne du G. campestris (1) ressemble à celle de la Courtilière, ce qui est en rapport naturel avec l’analogie de régime. L’æsophage reçoit à son entrée la salive provenant d'une glande en grappe de sachets ovalaires avec un long réservoir salivaire. Le jabot est ordinairement régulièrement dilaté suivant l'axe, et parfois muni, chez quelques individus, de cette panse latérale qu'il offre toujours chez la Courtilière. Un ligament suspenseur, fixé dans la tête, soutient ce jabot lorsqu'il se gonfle par les aliments. Un col assez long sépare le jabot du gésier, offrant à l’intérieur une valvule à six séries longitudinales d'écailles calleuses, correspondantes à celles du gésier. Ce proventricule et le ventricule sont très-analogues à ceux de la Courtilière, avec les deux poches ventriculaires moins développées. La région postérieure du ventricule offre sa membrane interne ou muqueuse parsemée de grosses papilles saillantes et isolées, conico-cylindroïdes, disposées sans ordre, manquant autour de l'insertion du canal déverseur des vaisseaux de Malpighi. Ces papilles sont fixées à l’organe par un bout ombiliqué, l’autre bout étant libre et aveugle. Ce sont les cryptes glanduleux de Marcel de Serres, d'usage inconnu, contenant une humeur tantôt verdâtre, tantôt brune. Les vaisseaux de Malpighi sont pareils à ceux de la Courtilière, avec un canal commun pétiolé. En arrière de l'insertion de celui-ci, est une contracture annulaire marquant l'origine de l'intestin, et munie à l'intérieur d'une valvule due à la connivence de six colonnes charnues longitudinales partant de l'intestin même. Celui-ci, moins long que le ventricule, est d’abord grêle, filiforme, puis se renfle en un rectum que parcourent des rubans musculaires longitudinaux.
Chacun des testicules du G. campestris est un sachet blanchâtre, tantôt déprimé, ovalaire ou subtriangulaire, tantôt piriforme ou en pyramide trièdre, lors de la turgescence séminale, avec un mince filet suspenseur fixé au thorax; il contient au moins deux cents capsules spermatiques, allongées, grêles. fusiformes. Le canal déférent offre un épididyme enroulé ; il n’y a de vésicules séminales ou de glandes annexes que d'un seul ordre, et l'on ne trouve pas la paire de vésicules filiformes et roulées en spirale de la Courtilière. Les ovaires, gonflés au moment de l’accouplement, forment chacun un faisceau sphéroïdal d'un jaune d’ocre vif, composé d'environ deux cents gaines ovigères, ayant chacune de cinq à dix loges. Elles se partagent en sept ou huit fascicules, dont chacun a son calice propre, ressemblant à une vessie oblongue sur laquelle les gaines ovigères s'implantent, comme les piquants sur la peau du Hérisson. Les divers calices confluent en arrière
(4) L. Dufour, Recherches anat. et physiol. sur les Orthoptères, etc. (Mémorres des savants étrangers, Paris, 1841, t, VIE, p. 327, pl. 2 et 3).
Ah ORTHOPTÈRES,.
pour former un col d'aspect multilobé. L'oviducte est entouré de glandes annexes encore mal étudiées, comme on peut le dire au reste pour les glandes annexes des appareils mâles et femelles de tous les insectes. C'est là un desideratum intéressant à résoudre.
L'appareil stridulant du G. campestris peut servir de type pour les Grylliens, avec quelques modifications de détail (1). En examinant avec attention l’élytre du mâle, on voit que le champ discoïdal est formé d'une membrane sèche, mince, translucide, qui produit un son trèsdistinct quand on la froisse. On y voit deux plans comprenant entre eux un angle droit, à arête renforcée par quatre nervures droites, longitudinales et parallèles ; l'un des plans couvre le dos de l’insecte, l’autre le flanc. La région qui recouvre le dos est divisée en un grand nombre d’aréoles par d'autres nervures courbes, régulièrement contournées, formant deux systèmes principaux.
Le premier est composé de quatre nervures ou cordes qui s'appuient sur une nervure remarquable, l’archet, branche basilaire de la nervure interno-médiane (Fischer) anguleuse de l'aile; le second est formé de trois nervures prenant leur origine à la brosse, faisceau de poils courts et roides situé au bord interne, au-dessous de l’origine de l'archet. Entre les deux systèmes de nervures est un espace subtrigone, la chanterelle, plus translucide que le reste, circonscrit par une nervure; le bout de l’élytre est réticulé. Pour bien voir l’archet, il faut regarder l’élytre en dessous avec une forte loupe : c'est une nervure partant du bord interne vers la base de l'élytre, s'étendant transversalement un peu en remontant, et se terminant par un retour qui s'élève vers l’origine de l'élytre. Cette grosse nervure, plus épaisse à son milieu qu'à ses extrémités, est saillante en dessous, et denticulée d’une manière trèssubtile et très-serrée par des stries transverses, simulant une lime ou des dents de peigne. Si l’on examine des Grillons captifs, on voit trèsbien la manière dont le màle chante. L'insecte commence par se poser les pattes étendues, la poitrine contre terre et l'abdomen un peu relevé ; dans cette attitude, il soulève ses élytres et les frotte rapidement l’une contre l’autre. Le son produit est d'autant plus vif et plus fort, que le mouvement est plus rapide et la pression plus considérable. Si l'on se représente les deux élytres croisées et frottant l’une sur l’autre, on voit que l'archet de la supérieure passe sur la chanterelle de l’inférieure, et que ses stries, frottant sur les bords de celle-ci, y excitent des vibrations qui se répètent sur toute l’élytre par la loi acoustique de la communication des mouvements vibratoires. Par réaction, l’archet vibre lui-même et met en vibration l’élytre à laquelle il est attaché, en sorte que la stridulation résulte de la vibration simultanée des deux élytres. Les nervures transversales divisent la surface en un grand nombre
(1) Goureau, Essai sur la stridulation des Insectes (Ann. Soc. entomol. de France, 1°° sér., 1837, t. NI, p. 31).
d'aréoles de formes variées, ayant chacune un son partiel, et la résultante de ces sons forme la stridulation. On peut donc comparer l’appareil musical du G. campestris à un tambour de basque qui serait divisé en un grand nombre de compartiments par des cordes incrustées dans la peau, et qui serait en outre traversé par une grosse corde à nœuds sur laquelle on passerait une lame élastique. Lorsque l'insecte croise ses élytres rapidement l’une contre l’autre, et qu'il fait passer l’archet dans toute sa longueur sur la chanterelle, il produit la stridulation vive et bruyante qu'on entend ordinairement, et qui est son chant d'appel; mais lorsqu'il frotte seulement la brosse contre le bord interne de la chanterelle de l’élytre inférieure, le chant devient doux et tendre, expression de contentement du mâle, joyeux d’avoir trouvé une femelle disposée à s’accoupler. On peut produire artificiellement le chant sur un insecte vivant ou sur un insecte mort dont les articulations ont conservé leur souplesse ; il faut pour cela soulever les élytres et les frotter l’une contre l’autre à l’aide d’une épingle. On fait encore résonner l’archet en passant la pointe d'une épingle sur les stries dont il est rayé. Les sons ne sont pas aussiéclatants qu'à l’état de vie et de liberté, mais suffisent pour démontrer le mécanisme de la stridulation. On n'aperçoit aucune différence dans la structure des élytres du Grillon champêtre, parfaitement symétriques et qui peuvent rendre des sons, quel que soit l’ordre de leur croisement ; mais ordinairement, comme chez tous les Grylliens, l’élytre droite est placée au-dessus de la gauche.
Le Grillon champêtre se plait dans les terrains sablonneux et chauds, exposés au soleil. A la fin de l'été, près de Paris, plus tôt dans les régions méridionales, les adultes se creusent ordinairement des terriers, bien que dépourvus d'appareils fouisseurs spéciaux. Un emplacement étant choisi, le Grillon enlève ou coupe les tiges des végétaux qui le génent, et dispose ainsi une aire un peu inclinée à l'horizon. Puis il enlève la terre avec ses mandibules au point le plus bas et la transporte, en marchant à reculons et sans se retourner, jusqu’à l'extrémité de son petit domaine. Là il dépose son fardeau et le jette en arrière par un brusque mouvement des pattes postérieures. Il repart aussitôt, enlève un nouveau fragment de terre, l'emporte de la même manière et le jette toujours le plus loin possible. Il continue ainsi, s'aidant des pattes antérieures, sans s'interrompre ni se retourner, jusqu'à ce qu'il ait achevé son travail. Le terrier présente à son ouverture un espace assez large, souvent divisé en deux ou trois avenues par les touffes de gazon les plus voisines. La galerie souterraine, d'abord peu inclinée, s'enfonce brusquement, à 3 ou 4 centimètres de l'entrée, en décrivant une ligne plus ou moins sinueuse, de facon à garantir l'animal de la pluie. La profondeur totale est en raison de l'âge du Grillon (les larves et les nymphes se faisant aussi des terriers) et de la nature du sol elle varie de 13 à 22 centim.environ. La largeur lui permet d'ymarcher, mais non de s’y retourner. Quandil est effrayc, ils'y précipite la tête en avant ; mais,
GIRARD, il, — 10
le plus souvent, c'est à reculons qu'il y entre, afin de pouvoir observer de l'intérieur ce qui se passe au dehors. Aussi, quand il est entré en avant,ilne tarde pas à s’en aller pour se retourner et rentrer en arrière. Les petits paysans s'amusent quelquefois à faire sortir l’insecte de son trou, en y introduisant un fil ou cheveu auquel ils attachent une Fourmi. Le Grillon suit ordinairement la Fourmi que l’on attire à soi devant lui; ou bien on enfonce une paille qu'il cherche aussitôt à couper avec ses mandibules, et si fortement, qu'on peutle tirer au dehors ; parfois, épouvanté, il se sauve, abandonnant sa retraite.
Les Grillons en liberté sont très-timides et craintifs, de sorte qu'il est difficile de les surprendre. Au moindre bruit, ils cessent leur chant et rentrent dans leur trou ; pour cela, il suffit des évolutions d'une Mouche ou d’une Araignée. Aussi Yersin ne croit pas qu'ils guettent leur proie à l'entrée du terrier, et les regarde comme vivant surtout de végétaux, de fruits, de jeunes tiges herbacées, qu'ils palpent avant de les manger. Ils aiment à boire de l’eau, mangent le sucre et la farine délayée dans l’eau. D’après Yersin, ils ne dévorent que les insectes morts ou écrasés, après les avoir longtemps palpés. Cependant j'ai constaté que le Grillon champêtre, en captivité il est vrai, attaque et mange des chenilles vivantes. Il peut supporter de longs jeûnes, ce qui est le cas des insectes chassant à l'affût et non à la course ; son régime est certainement omnivore,
Le mâle adulte ne chante pas pendant les premières heures de la matinée, Il les passe au soleil, occupé à sa toilette. A cet effet, il promène ses pattes antérieures sur sa tête d’arrière en avant, saisit ses antennes à l’aide des crochets des tarses et les amène dans sa bouche; tandis qu'elles y passent de la base au sommet, les mandibules les frappent à chaque articulation, comme pour en chasser les corps étrangers. Nonseulement les antennes, mais toutes les pattes, même les postérieures, viennent chacune à leur tour se présenter aux organes masticateurs, qui répètent pour elles, avec le même soin, ce qu'ils ont fait pour les premières. Les efforts du Grillon et la bizarre position qu'il est obligé de prendre, lorsqu'il replie sa tête sous le corps pour atteindre les merabres postérieurs, les contorsions de ceux-ci pour arriver dans la bouche, offrent le spectacle le plus curieux, et dénotent une souplesse qu'on serait loin de supposer chez cet insecte massif. La femelle, comme le mâle, consacre chaque jour un temps assez long à ces soins de propreté, paraissant accompagnés chez l’insecte d'une certaine jouissance. Les Grillons nettoient aussi leurs cerques velus en les passantentre les épines qui garnissent l'extrémité des jambes postérieures.
Le mâle produit la stridulation aiguë et monotone qui constitue son chant d'appel, pendant la plus grande partie du jour et de la nuit. Il fait, pour rechercher les femelles, de petites promenades aux environs de son habitation, mais s'en éloigne très-peu. Lorsqu'une femelle, répondant au chant d'appel, s'approche du mâle, celui-ci marche aussi-
tôt vers elle, les antennes en avant; le chant, au lieu des notes criardes de l’appel qui résonnent au loin, émet les noles tendres et douces du chant d'amour, entremêlées d’un son vif et bref qui revient régulièrement à des intervalles très-rapprochés. Quand les deux insectes se rencontrent, ils se frappent mutuellement de quelques coups d'antennes ; puis le mâle, sans cesser de chanter, se retourne et cherche à s'insinuer sous la femelle, qui lui facilite ce mouvement en se soulevant sur ses pattes. Il marche ainsi à reculons en relevant le bout de son abdomen, qui glisse le long du ventre de la femelle, jusqu’à ce qu'il en rencontre l'extrémité. Les pièces anales du mâle s'écartent alors, et du milieu d'elles surgit un corps de forme ovoïde, qui s'élève de bas en haut, et n’est bientôt plus retenu que par un pédicule grêle, trop faible pour lui conserver sa position verticale. A l'instant où, entrainé par son poids, ce corps se renverse en arrière comme pour tomber, le mâle, d'un mouvement rapide, et en un temps inappréciable, le crochet médian de l’armure génitale pénétrant dans la vulve, implante par le pédicule le spermatophore au-dessous de la base de l’oviscapte de la femelle, où il demeure suspendu. Avant de se séparer, les deux sexes restent encore quelques instants dans la même position directe et parallèle, le mâle sous la femelle, agitant vivement son abdomen, dont il frotte le ventre de celle-ci. Si le mâle n’est pas parvenu à fixer le spermatophore à la vulve de la femelle, ce qui arrive par exemple quand on le chasse, celui-ci, bien que le spermatophore ne tienne plus à son abdomen que par un mince pédicule, le fait rentrer à l'intérieur de son corps, et cela même à plusieurs reprises. Ce fait se lie à l'importance de la conservation de la liqueur séminale pour la vie du mâle. Cependant les mâles privés de femelle finissent par se débarrasser du spermatophore.Les cerques du mâle semblent, pendant la copulation, avoir joué le rôle d'organes tactiles pour diriger les mouvements de la partie postérieure de son corps, L'ardeur génitale des mâles de Grillons est excessive et l'emporte sur leur timidité habituelle. Si l'on renferme un mâle avec une femelle dans une boîte, aussitôt il exécute sa stridulation et cherche à charmer la femelle, sans se soucier ni des corps étrangers, ni du mouvement. Si un mâle rencontre un couple près de s'unir, il s'élance contre l’autre mâle avec tous les signes d’une violente colère, en poussant un cri trèsprécipité et très-intense, qu'on ne peut confondre avecson cri ordinaire. Un combat s'engage, les mâles cherchant à se mordre avec leurs mandibules ; le nouveau venu fuit presque toujours, parfois grièvement blessé. Le singulier spermatophore des mâles de Grillons a été d’abord éludié par Yersin (utricule séminale) (1), puis par Lespés (2). Il est formé d’une
(1) Yersin, Diverses notes sur le G. campestris (Bull. Soc. vaudoise des se, natur., 1852, t. I, p. 428; 1853; €. IV, p. 54 et 311, et n° 43).
(2) Lespés, Mémoire sur les spermatophores des Grillons (Ann. se, natu Zoo, 4e sér., t. IT, cahier n° 6, pl. 10),
vésicule d’un brun jaunâtre plus ou moins foncé, et a près de 4 millimètres dans sa longueur totale, offrant à une extrémité une papille blanche, à l’autre une longue lamelle mince de forme subquadrilatère, dont le milieu est un tube communiquant à la vésicule, et qui porte sur les côtés deux cartilages en dents d’hameçon, qui doivent fixer l'appareil dans le vagin de la femelle, L'intérieur de la vésicule est rempli de sperme blanc, ainsi que le tube central de la lamelle, et cette lamelle, si l’on retire le spermatophore de la vulve de la femelle, porte ordinairement un peu de sperme épanché. Celui-ci présente de très-petits z0ospermes, filiformes, ayant environ 0%®,04 de longueur et 0"",012 de largeur. La capsule formatrice du spermatophore dépend de l'armure génitale mâle, en arrière des crochets copulateurs, et se compose essentiellement d’une lame blanche, pliée en deux dans sa longueur, contournée en circuit irrégulier. Elle est renfermée dans une mince vésicule, largement ouverte en avant, au-dessous de l’armure génitale, et le canal déférent débouche près de l'ouverture ; à chaque accouplement, un nouveau spermatophore est sécrété par la lame formatrice. Nous retrouverons chez les Locustiens des spermatophores renfermés dans la vésicule copulatrice des femelles (Siebold).
L'abdomen remarquablement distendu de la femelle du Grillon indique la première ponte, qui a lieu huit ou dix jours après que l’insecte est arrivé à l’état adulte. Malgré la grosseur de son corps, la femelle se livre à une agitation continuelle, courant d’un endroit à l’autre, s'arrétant tout à coup pour creuser une cavité peu profonde qu'elle comble aussitôt en y rejetant ce qu'elle en a extrait. C’est là qu'elle effectue un premier dépôt d'œufs. A cet effet, elle replie son oviscapte, et l’enfonce en entier et sans difficulté dans cette terre fraîchement remuée. L’abdomen éprouve alors de violentes dilatations et contractions, dirigées d'avant en arrière ; elles ont pour effet de chasser l'œuf au dehors. Le léger gonflement de la partie encore visible de l'oviscapte permet de saisir l'instant de son passage. On peut ainsi s'assurer que la femelle en pond plusieurs dans le même trou, en les plaçant tantôt bout à bout, tantôt les uns à côté des autres. Pendant tout le jour elle ne cesse, pour pondre, de creuser des trous qu’elle recomble aussitôt. Elle s'arrête ensuite une à deux semaines, puis recommence ses pontes, et ne finit qu'à la mort, celle-ci survenant, pour notre pays, de la fin de mai à la fin de juillet, selon les latitudes et altitudes.
Une seule femelle confie ainsi à la terre plusieurs centaines d'œufs. Un jour ou deux après la ponte, ils sont presque cylindriques, longs de om ,5 et larges de 0m®,5, d’un jaune clair et translucides. Ils restent en terre environ un mois avant d’éclore. Les petites larves issues de l'œuf ont 3 millimètres environ, sont testacées, et si délicates, qu’on s’étonne qu’elles aient la force desortir de terre. Elles apparaissent au milieu de Grillons adultes en pleine vigueur, et beaucoup de femelles continuent à pondre, entourées de leurs descendants qui ont déjà plusieurs fois
changé de peau. Le Grillon naissant se colore rapidement, et au bout de quelques heures est devenu noir, avec les bords du pronotum, tout le mesonotum et les bords du dernier segment dorsal de l'abdomen d'un jaune-citron, la base des cerques jaunâtres, ceux-ci étant bruns à leur sommet. Le corps est relativement plus étroit, les ‘antennes et les cerques plus longs que chez l'adulte. Les segments sont bordés de poils et les extrémités de l'abdomen encore identiques extérieurement dans les deux sexes. Les mues se succèdent rapidement, à peu près de semaine en semaine, jusqu’à ce que l'insecte ait acquis le degré de développement sous lequel il doit passer l'hiver. On peut reconnaitre les deux ou trois premières mues à des caractères certains, et de même celle qui précède l’âge adulte; mais il n’y a rien de net pour les mues intermédiaires, simples phénomènes d’accroissement, analogues à ce qui se passe chez les Crustacés. La taille, qui varie beaucoup, suivant l'alimentation, ne donne aucune indication certaine. La mue a toujours lieu par une fente longitudinale sur le milieu du dos, et la peau abandonnée porte constamment des débris de trachées fixés aux stigmates du thorax. On ne peut se fier à ces dépouilles pour évaluer le nombre de mues des Grillons qu'on élève en captivité, car l'insecte mange parfois la peau dont il vient de sortir. Après chaque changement de peau, l'insecte est testacé, surallongé, et, dans les premiers âges au moins, assez transparent pour qu'on puisse voir pendant plusieurs heures les mouvements du vaisseau dorsal et l'agitation qu'ils communiquent au sang. Les larves de Grillons sont omnivores comme les adultes, mangeant indifféremment de l'herbe fraiche, des insectes, de la farine, du pain, etc., et aimant à boire.
On les rencontre parfois en grandes troupes le soir, au crépuscule, traversant les chemins en sautant, soit qu'elles obéissent à un instinet nocturne, soit qu'elles fuient leurs terriers inondés par l’averse, car c’est surtout après l'orage qu'on observe ces migrations (Goureau, op. cit.). Les larves du Grillon champêtre se distinguent aisément de toutes celles des espèces du même genre par leur couleur noirâtre et le rouge dont est lavée la face inférieure des cuisses.
Dès leurs premiers âges, les Grillons s'assurent un refuge, soit en se rassemblant dans de vieux terriers abandonnés, soit en creusant chacun sa retraite. Très-souvent, à l'approche de l'hiver, ils se réunissent trois ou quatre dans une galerie ménagée sous une pierre, sans provisions pour l'hiver, saison qu'ils passent dans l’engourdissement. Yersin évalue de neuf à douze le nombre de mues qui précèdent l’âge d’hiver. A partir du troisième âge apparaissent de petits lobes sur les bords latéraux du mésothorax et du métathorax, avec quelques nervures peu distinctes. Ces premiers vestiges des élytres et des ailes sont d'abord disposés de haut en bas sur le prolongement des flancs. Puis ils se détachent, ne restent plus sur le prolongement des bords du mesonotum et
du metanotum, se repliant de bas en baut en forme d'écailles, couvertes
de la même pubescence que le reste du corps. Les élytres rudimentaires, arrondies à leur sommet, dépassent d'un millimètre et demi le bord du pronotum, et se prolongent d’une quantité égale sous cet organe, qui les recouvre ainsi en les cachant à demi. Leurs bords supérieurs sont distants sur le dos de 2 millimètres au moins. Les ailes, fixées un peu plus bas et en arrière, sont triangulaires et longues de 8 millimètres, leur bord supérieur recouvrant un peu les élytres. L'insecte est alors long d'environ 20 millimètres. C'est au cinquième âge qu'on peut distinguer extérieurement les sexes, en voyant que la dernière lame ventrale devient trilobée chez les femelles ; celles-ci, au sixième âge, montrent les premiers rudiments de l’oviscapte, sous forme de quatre petits mamelons coniques distincts les uns des autres, devenant aux autres âges quatre pièces contiguës. A l’âge d'hiver, qu’on peut nommer approximativement le dixième, l’oviscapte dépasse nettement l’extrémité de l'abdomen, et sa longueur totale atteint environ 2 millimètres.
C'est après l'hivernage, du mois d'avril au mois de juin, selon les climats, qu'a lieu l’avant-dernière mue, celle de nymphe.Quand l’insecte se prépare à cette mue, sa couleur devient d’un noir plus terne, ses écailles thoraciques se soulèvent un peu au lieu de rester appliquées sur le dos; les aliments solides lui répugnent, et il est très-avide d’eau. Tout, jusqu'à la manière dontil porte les antennes, indique un malaise général. Le matin, il vient s’exposer aux rayons du soleil, et fixe sur le sol les crochets qui terminent ses tarses; puis il se contracte et se dilate violemment jusqu'à ce que le test du dos se fende suivant la ligne médiane.
L'ouverture commencée s'agrandit peu à peu ; puis on voit se dégaser successivement de leurs gaines le thorax, les premiers segments de l'abdomen, les pattes antérieures et médianes, la tête et les pattes postérieures. La taille s’est agrandie, ainsi que les fourreaux des élvtres et des ailes, ces derniers recouvrant par leur bord supérieur la partie externe des élytres. Les nervures indiquent l’inversion des parties, eu égard à leur place chez l'adulte; le futur organe stridulant des élvtres, au lieu d'être sur le dos, est rejeté au bord extérieur, caché en partie par les ailes, tandis que la partie de l’élytre qui couvrira plus tard le flanc est placée le long de la ligne médiane ; les ailes n'ont encore aucun plissement en éventail, mais forment une lamelle plane parcourue par des nervures divergentes de l'angle antérieur au côté opposé. L'oviscapte de la femelle s’est allongée, atteignant l'extrémité des cerques. La nymphe, d’abord testacée, devient en quelques heures d’un noir brun luisant, qui se conserve à peu près jusqu'au moment de la dernière métamorphose. Celle-ci à lieu au bout d’une quinzaine de jours, quoiqu’on trouve des nymphes en retard bien plus longtemps au milieu de nombreux adultes. Les élytres, se retournant, se placent au-dessus des ailes, d’abord blanches ou jaunâtres et froissées, puis se colorant peu à peu.
Le G. capensis éprouve des transformations analogues; seulement les ailes rudimentaires des dernières larves et de la nymphe sont, relativement aux élytres, beaucoup plus longues que chez le Grillon champêtre.
Nous ajouterons la citation rapide de quelques Gryllus du même groupe. Tels sont le G. burdigalensis, Latr., long de 10 millimètres environ, ayant en outre chez la femelle un oviscapte de 6 millimètres, près de moilié moins grand que le G. domesticus, auquel il ressemble un peu. Il est en dessous d’un gris testacé, en dessus brun, un peu villeux, sauf la tête brillante el noire ; le corselet transverse, maculé de jaune ; les élytres d’un gris obscur, à peine de la longueur de l'abdomen dans les deux sexes; les ailes nulles; les appendices de l'abdomen, cerques et oviscapte, d'un gris jaunâtre; les pattes jaunâtres. Il habite l’Europe australe, ainsi le midi occidental de la France (Bordeaux, Saint-Sever, etc.), remontant jusqu'à Tours, en juin (Rambur), l'Espagne, près de Carthagène, la Sicile, près de Syracuse, en mai, etc.
Le G. melas, Charp., long de 12 millimètres, est d'un noir terne, avec la tête d'un noir luisant ; les élytres enfumées, recouvrant presque tout l'abdomen chez le mâle, à peu près la moitié chez la femelle; les ailes dans les deux sexes beaucoup plus courtes que les élytres, subabortives, pâles ; les pattes brunes, les antennes noires, l’oviscapte noirâtre et aussi long que le corps, à valves renflées et bifides au bout. Cette espèce existe en Hongrie, en Turquie, dans le midi de la France, près de Montpellier, en Andalousie, en Algérie, près d'Oran (H. Lucas), peutêtre en Dalmatie et dans les Pyrénées. Le G. pipiens, L. Dufour, long de 12 millimètres ", de 14 à 16 Q, a le corps glabre et luisant, d’un testacé pâle, les pattes testacées et luisantes. Le mâle offre des antennes plus longues que le corps, des cerques sétacés et velus, longs de 6 millimètres ; les élytres de la longueur de l'abdomen, transparentes, un peu obscures, plissées, fort ridées et comme chiffonnées dans presque toute leur étendue ; les ailes nulles. La femelle n’a que des élytres rudimentaires, atteignant à peine le troisième segment abdomioal. Cette espèce n’est pas rare sur les collines de l’Aragon et de la basse Catalogne. L. Dufour, et c'est là le caractère curieux de ce Gryllien, dit que cest surtout au crépuscule et à l'aurore qu'il fait entendre son chant. Ce n'est pas un cri de roulement, comme celui du G.campestris, ni un cri de froissement, comme celui de la Cigale ou des Criquets, mais ur sifflement bien clair et bien net, imitant tellement bien celui du Bouvreuil ou de la Grive, que, dans le lointain, les plus fins chasseurs y sont trompés.
Une dernière section des Gryllus proprement dits comprend des espèces à élytres et ailes nulles ou à peu près. Ainsi le G. squamiger. Fisch., Fr., à male inconnu, la femelle longue de 6 millimètres avec oviscapte de 5 millimètres, complétement aptère, couverte d'écailles,
d'un jaune pâle, trouvée en Istrie, près de Raguse,; le G. apterus, Herrich Schæffer, dont les deux sexes ont 12 à 16 millimètres, avec des cerques de 8 millimètres et un oviscapte de 10 à 14 millimètres, aptère, d'un testacé vif, subglabre, ressemblant aux larves du G. domesticus. Les larves et les nymphes ne diffèrent de l'adulte que par la taille, loviscapte plus court, plus élargi, plus mou, les téguments du corps moins solides. Istrie, Dalmatie, Italie, Andalousie ? A rechercher en France.
Peut-être doit-on rappeler à la précédente espèce le G. longicauda, Rambur, d'Andalousie, trouvé aussi en Algérie en juin, sous les pierres, près de Constantine (H. Lucas). Il n'en diffère que par un oviscapte beaucoup plus long que les cerques, et presque de la longueur du corps.
Enfin, la même section renferme le G. bivittatus, Fisch., Fr., probablement d'Algérie, long de 16 millimètres (@), avec cerques de 10 millimètres et oviscapte de 12, les yeux jaunes, deux larges bandes brunes sur la tête, et le mesonotum portant sur les côtés de petites élytres squamiformes, arrondies, à nervures longitudinales, ayant environ un millimètre. Toutes les rares espèces aptères ou subaptères de cette section méritent de fixer l’attention des amateurs.
Le second groupe des espèces du genre Gryllus, formant le sousgenre Nemobius (genre d'Audinet-Serville). Le premier article des tarses postérieurs n’est pas sillonné en dessus ou à peine (G. Heydeni), ni épineux ; les jambes antérieures peuvent manquer de tympan; les élytres des deux sexes sont très-raccourcies, à nervures divergentes et droites chez les mâles, parallèles et droites chez les femelles; les ailes nulles, les épines des jambes postérieures filiformes. Le type est le G. sylvestris, Fabr., de 8 millimètres G' et 9 millimètres Q; les cerques de 4 millimètres, l’oviscapte de 6. Il est brun, poilu, à tête noire avec les orbites jaunes, ainsi qu'un dessin pentagone sur le front ; le corselet jaunâtre, les côtés des élytres et de l'abdomen noirs; le dernier article des palpes maxillaires presque double en longueur du précédent et tronqué au bout ; les élytres très-courtes, plus longues que le corselet, et ridées et chiffonnées chez le mâle, à peu près de la longueur du corselet chez la femelle ; l’oviscapte brun et droit, dépassant beaucoup plus les cerques, qui sont d’un gris testacé et poilus, à valves comprimées, terminées en pointe, sans renflement sensible. On le trouve dans tous les bois de l’Europe moyenne, parfois si abondant en larves ou en nymphes, que leurs sauts sur les feuilles sèches imitent le bruit de la pluie. On le rencontre près de Paris, dans toute l'Allemagne, en Belgique, en Angleterre, en Hongrie, dans la Russie méridionale. Il ne se creuse pas de terriers, mais vit au jour, souvent en troupe, sous les pierres, sous les feuilles tombées et dans le gazon des lisières des bois, fuyant par des sauts très-rapides. Les larves et les nymphes sont communes en mai et juin, et les adultes depuñs juillet jusqu'à l'hiver, certains individus hivernant et se montrant sous les pierres en février. Le mâle stridule,
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les pattes étendues, caché sous les feuilles, sur un autre rhythme que le G. campestris, et son chant d'amour, quand il est près de la femelle, est un bruit faible et uniforme, privé de ce son vif et bref que le G. campestris fait entendre en pareille circonstance. La stridulation est très-forte et plus susceptible d'être notée qu'elle ne l'est en général chez les Dectiques et les Locustes. Bien que l'animal soit petit, on l'entend à une assez longue distance, non-seulement le soir, mais dans les heures de l'après-midi ; les mâles même, enfermés dans une boîte et cachés sous les feuilles sèches, se mettent à striduler. Le son ne paraît pas pouvoir se produire si le croisement habituel des élytres est interverti, c'est-à-dire si l’élytre droite était recouverte par la gauche. En effet, l’élytre gauche est molle, blanchâtre, transparente, et l'élytre droite, qui la recouvre normalement, est dure et brune, avec ses nervures bien plus fortes. L'élytre offre l’archet, mais sans la brosse à son origine, ni cette partie triangulaire et transparente, qui est la chanterelle des G. campestris et domesticus; c’est le bord interne même de l'élytre qui en tient lieu. On trouve dans le succin une espèce homologue ou même identique avec G. sylvestris.
Le G. lineolatus, Brullé, est une espèce voisine, mais distincte du G. sylvestris par la couleur pâle des pattes, par les bandes longitudinales jaunes, au nombre de quatre, qu’on voit sur la tête, et qui sont beaucoup plus larges que les lignes obliques du G. sylvestris. Les cuisses postérieures ont des lignes brunes à peine visibles. et l'oviscapte des femelles est plus court que les cerques. Les élytres sont plus longues dans les femelles de cette espèce que dans celles du sylvestris; elles couvrent environ les deux tiers de l'abdomen, et le cachent presque en entier chez le mâle. Du midi de la France, Pyrénées, Landes, etc.
Enfin, une très-rare espèce du sous-genre Nemobius, que nous nous engageons à rechercher, probablement le plus petit Gryllus, est le G. Heydeni, Fisch., Fr., à mâle inconnu, et dont la femelle a été trouvée en Suisse par M. de Heyden, sur les pentes boisées du bord d'un lac, au commencement d'août. Elle est longue de 5 millimètres, avec des cerques très-velus de 3 millimètres, et un oviscapte plus court, de 2 millimètres, distinctement lancéolé. La couleur est d'un brun châtain; le corselet subcarré, avec une bande pâle obsolète de chaque côté ; les élytres larges, arrondies et tronquées en arrière, à nervures droites, plus courtes que le tiers de l'abdomen. Ne serait-ce pas une nymphe ?
PLATYBLEMMUS, Aud.-Serv.— Tête singulière, plus large que la partie postérieure du corselet ; vertex allongé, prolongé en cône obtus chez les femelles, orné chez les mâles de la plupart des espèces d’une lame membraneuse flexible pendante en avant comme une ombelle ; front plan et très-déprimé ; antennes longues, sétacées, multiarticulées, pubescentes, très-distantes afin de recevoir avant leur insertion la membrane flottante ; yeux arrondis ; ocelles très-peu apparents, Corselet subcarré. Élytres du mâle courtes, nervulées, ne recou-
vrant qu'une partie de l’abdomen; celles de la femelle avortées, squamiformes, plus courtes même que le mesonotum; ailes nulles dans les deux sexes. Pattes antérieures et intermédiaires asez courtes, épaisses, comprimées, à jambes biépineuses ; pattes postérieures courtes et robustes, à jambes comprimées avec carènes épineuses ; tarses de trois articles, le second court. à peine visible, les postérieurs à premier article épineux. Abdomen assez court: à cerques presque de sa longueur ; oviscapte de la femelle presque droit, de
la longueur de l'abdomen, élargi avant le sommet, o 2 a
Les Platyblemmes sont de petits Grylliens très-curieux par le voile membraneux qui pend au devant de la tête des mâles. On ne sait presque rien de leurs mœurs. L'espèce la plus anciennement connue est le P. umbraculatus, du nord de l'Afrique, long de 12 à 14 millimètres, noir luisant, ainsi que les antennes et les pattes, la tête et les palpes d’un rouge ferrugineux brillants, les élytres de 2 millimètres environ, noires, lisérées de blanc à l'extrémité. On ne connaissait que le mâle, à voile céphalique, mince et flexible, quand M. H. Lucas découvrit en Algérie la femelle, d'un brun roussâtre, à tête terminée en pointe arrondie. Cette espèce se rencontre en juin etjuillet sur les collines près de Constantine ; très-agile, elle échappe assez facilement à la main qui veuts’'en emparer. Elle ne se creuse pas de terriers et se plaît sous les pierres et dans les fentes du sol qui, à cette chaude époque de l’année, est profondément fissuré. Nous citerons aussi le P. lusitanicus, Aud.-Serv., long dans les deux sexes de 14 à 18 millimètres, avec l’oviscapte ayant près de 12 millimètres, d’un noir brunâtre, plus fort que le précédent, avec quatre lignes jaunàâtres longitudinales sur le vertex, les élytres environ 4 millimètres, arrondies au bout, blanches, à base noirâtre. Cette espèce est du Portugal et de l'Espagne. L. Dufour l’a prise en Espagne, près de Valence, dans les champs sablonneux, cohabitant volontiers avec le Gryllus campestris, se tenant sous les pierres et les tas d'herbes sèches. Le mâle est très-curieux par le long voile membrapeux qu'il dirige en divers sens au devant de sa tête. Les Platyblemmes, au nombre de cinq ou six espèces, sont de l'Europe australe, d'Afrique et du Bengale. Nous engageons les amateurs à les rechercher dans les localités les plus chaudes et les plus sèches de la Provence ; ils auront peut-être la bonne fortune d'augmenter la faune française de ces insectes si intéressants.
F'EIGONERDAUVE, Aud.-Serv. — Corps petit. Tète courte, renflée entre les antennes, celles-ci un peu distantes, longues, sétacées, multiarticulées. Palpes maxillaires longs, avec le dernier article comprimé, en cône très-élargi, tronqué au bout, figurant un triangle (d’où le nom du genre). Corselet subcarré, tronqué ; écusson apparent. Élytres recouvrant le plus souvent l'abdomen, à nervures droites longitudinales, subtranslucides ou opaques; ailes ou nulles, ou dépassant les élytres, parfois en queue. Pattes robustes; les quatre jambes
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antérieures terminées par deux épines, les deux antérieures munies de tympans ; cuisses postérieures renflées à la base ; jambes grêles, ayant sur les carènes des épines fines, mobiles, longues et filiformes, et quatre épines au bout; tarses de trois articles, le second très-court, presque globuleux, les tarses postérieurs à premier article biépineux. Abdomen court; cerques poilus ; oviscapte comprimé, en forme de glaive, recourbé en dessus, acuminé au sommet.
Le type européen de ce genre est une jolie petite espèce d’un noir bronzé et submétallique, ayant dans les deux sexes 4 millimètres, avec un oviscapte de 2 millimètres, recourbé à l'instar de celui des Locustes. C'est le T, cicindeloides, Rambur, dont les élytres sont dures et coriaces, un peu retombantes, à la façon des Coléoptères. On dirait un peu une Cicindèle, à ses gros yeux et à ses élytres bronzées, surtout chez le mâle ; les ailes font défaut. On ne sait pas si le mâle stridule. L'espèce a été découverte en Sardaigne par Géné, sur les herbes et surtout les Jones, dans les lieux humides. Rambur l’a retrouvée en Espagne, dans les champs et lieux herbus, près de Malaga; on la rencontre aussi, selon lui, en Corse et dans le midi de la France. On la cite également des îles loniennes et des environs d'Alger, mais rare (H. Lucas). Elle doit exister dans toute l'Europe australe, et ses mœurs fourniront un attrayant sujet d'étude.
Il y a trois autres espèces, deux de l'ile a France, une de Java, toutes trois ailées, à élytres un peu transparentes.
BRACHYTRYPES, Aud.-Serv.; Erichson. — Tête très-grosse, énorme chez les mâles, à front bombé ; antennes longues, sétacées, multiarticulées, insérées dans une cavité; yeux saillants, globuleux ; ocelles en ligne transversale sur le front. Mandibules très-fortes; palpes très-grands, surtout les maxillaires. Corselet transversal, non rebordé. Élytres dépassant l'extrémité de l’abdomen, à nombreuses nervures longitudinales obliques, saillantes et à nervures transversales distinctes; ailes dépassant les élytres en forme de lanières. Pattes robustes, les quatre antérieures velues ; jambes terminées par quatre épines larges et minces, avec tympan recouvert d’une membrane blanche aux jambes antérieures ;, cuisses postérieures très-renflées et jambes postérieures garnies d'épines serrées et symétriques ; tous les tarses de trois articles, le premier des tarses postérieurs épineux et poilu. Abdomen à plaque subgénitale du mâle très-développée, à peu près aussi grande que les deux ou trois dernières plaques ventrales réunies, celles-ci aussi grandes que les plaques qui les précèdent ; plaque subgénitale des femelles très-étroite, plus petite que la dernière plaque ventrale ; dessous de l'abdomen des femelles à plaques diminuant graduellement de longueur ; cerques longs, sétacés, velus, flexibles ; oviscapte très-court, droit, atteignant à peine l'extrémité des élytres, à valves aiguës, peu ou pas renflées au bout.
Le type et l'espèce européenne de ce genre si remarquable, le plus
grand Gryllien propre d'Europe, est le B. megacephalus, Lefebvre, d’environ 40 millimètres dans les deux sexes, avec oviscapte de 2 millimètres. Le corps est jaunâtre ; la tête du mâle est énorme, démesurée, renflée, fortement comprimée d'avant en arrière, dépassant beaucoup la largeur de l'abdomen, et comme enchässée dans le prothorax; le corselet étroit, sillonné au milieu, rétréci en arrière, à bord antérieur et postérieur relevés et bruns, ayant au milieu une bande longitudinale brune ; les’ pattes et les antennes de la couleur du corps, les épines des pattes noires au bout. Il a été trouvé en Sicile par A. Lefebvre, au mois d'avril, à la partie la plus méridionale du Val di Noto, dans des buttes de sable près de la mer, entre Terra-Nova et le Bevajo, sur la direction de Vittoria. Il habite au sommet de ces monticules, à toutes les expositions, et dans des places dénuées d’arbustes, creusant le sol jusqu’à un mètre, en faisant parfois des amas de terre pareils à ceux des Taupes. Vers quatre heures du soir, le mâle se met à chanter au bord de son trou ; mais sa stridulation, au lieu d'être interrompue comme celle du Gryllus campestris, produit, pendant près d’une demi-minute, un roulement soutenu et continu, si intense et si sonore, qu'on peut l'entendre à près d'un mille. Loin d'être craintif comme ses analogues, il attend souvent pour se cacher le moment même où l'on va le saisir, et fuit en creusant le sol avec promptitude à mesure qu'on le poursuit. Sa voracité est extrême, et la force de ses mandibules non moins étonnante. A. Lefebvre a vu que, si l'on enferme ensemble plusieurs mâles, au bout de peu d'instants ils se dévorent, s’amputant les cuisses les uns aux autres d’un seul coup de leurs mandibules. On ne capture l'insecte que dans l'après-midi, jamais loin de sa demeure, presque toujours au bord de son trou, et le plus ordinairement tout au fond et non sans assez de difficultés. Puissent ces détails de mœurs aider les amateurs à retrouver ce remarquable Gryllien, dans le midi de l'Espagne ou du Portugal et en Algérie, en explorant des localités analogues à celles où ses gites ontété rencontrés en Sicile.
Une seconde espèce, d’un brun enfumé et de ‘même taille, de Java.
SCHIZODACTYLUS, Brullé. — Tête forte, de la largeur du corselet; antennes sétacées, multiarticulées, glabres, beaucoup plus longues que le corps; yeux grands, oblongs, saillants ; ocelles indistincts. Corselet étroit, transversal, rebordé ; sternum large, rendant écartée l'insertion des pattes. Élytres et ailes très-grandes, beaucoup plus longues que l'abdomen, chargées de nombreuses nervures, embrassant à angle droit les côtés du ventre, la partie dépassant l'abdomen roulée en spirale dans le repos, pour les élytres et les ailes à la fois, et appliquée sur les appendices anaux. Pattes très-robustes, à cuisses glabres et mutiques, canaliculées en dessous pour recevoir la jambe ; à jambes épaisses, fortement épineuses ; à tarses de quatre articles, les articles deux et trois émettant chacun latéralement de chaque côté un appendice étroit, aplati,
lancéolé, élargi et arrondi au bout (d'où le nom du genre), le premier article des tarses postérieurs aplati, dilaté de chaque côté en une large membrane triangulaire, le quatrième article de tous les tarses cylindrique, terminé par deux forts crochets, arqués et mobiles.
Le type et unique espèce de ce genre, à caractères sexuels mal précisés, est un insecte très-anciennement connu, le S. monstrosus, Drury, long de plus de 40 millimètres, des Indes orientales, du Bengale, à corps jaunâtre, tacheté de brunâtre, ainsi que les appendices. Ce Grillon monstrueux des vieux auteursest le seul Gryllien qui ait quatre articles à tousles tarses, ce qui forme un passage manifeste aux Locustiens. Les très-singulières dilatations des articles des tarses, qui les font ressembler aux doigts bordés de certains oiseaux aquatiques, comme les Grèbes, les Foulques, et la manière extraordinaire dont les élytres et les ailes se contournent dans le repos en plusieurs tours de spirale trèsserrés, sont deux caractères uniques qu'on ne retrouve nulle part, nonseulement dans les Orthoptères, mais chez aucun insecte. L'espèce creuse sur les bords du Gange un trou d'un mètre environ de profondeur, et y reste caché le jour, ne volant que la nuit.