‹ Les insectesChapitre 11 sur 119 · TRIBU DES LOCUSTIENS · texte numérisé non relu

TRIBU DES LOCUSTIENS

La tribu des Locustiens(Locustaires, Latr., Aud.-Serv.; Locustina, Burn. Locustides, Leach; Gryllidæ, Stephens) est, parmi les Orthoptères propres, celle qui se rapproche le plus des Grylliens. Les ocelles sont nuls chez la plupart, les antennes sétacées d'ordinaire plus longues que le corps, et tous les tarses homonomes de quatre articles. Les femelles sont munies d'un oviscapte plus ou moins saillant.

Le corps des Locustiens est subcylindrique, subcomprimé, parfois vaste, glabre, brillant, mais non métallique, le plus souvent vert de diverses nuances. La tête est grande, verticale, rarement déclive (Conocephalus, Saga, elc.); le sommet du vertex est parfois élevé et avancé en cône. Les antennes sont insérées à diverses places, ou entre les yeux, ou inférieurement et en avant de ceux-ci, rarement épaisses, le plus souvent filiformes, quelquefois plus courtes que le corps (Pycnogaster, Callimenus), le plus souvent sétacées, ténues, de la longueur du corps ou plus longues, à premier article grand, subcylindrique ou comprimé, le second petit, très-globuleux, les autres courts, cylindriques, peu distincts, capillaires ; entre les antennes, le vertex offre souvent une proéminence comprimée. La surface de la tête est lisse, sans carènes, ni tubercules, ni aiguillons, etc., souvent amplifiée la partie inférieure par le développement des pièces buccales. Après le labre suborbicu-

laire viennent des mandibules fortes, cornées, dentées au bord interne de manières diverses ; les mâchoires, avec le galea de la longueur du mando, celui-ci muni de trois dents; les palpes maxillaires de cinq articles, le dernier le plus souvent très-long, muni au sommet, à l'état frais, d’une vésicule tactile convexe, et, sur le sec, tronqué à angle droit ou oblique ; la lèvre, allongée, offre un menton corné, entier, rétréci au sommet, puis une languette pétiolée, cordiforme, profondément divisée, évidemment composée de deux mächoires, car on aperçoit en dedans, de chaque côté de la fissure, un style court, comparable à un mando, intérieurement très-finement sétuleux ou pileux, tandis que la partie externe, épaisse, bulbeuse au sommet, répond au galea ; les palpes labiaux, de trois articles, ont le troisième très-grêle, très-long, subenflé, tronqué obliquement au sommet.

La forme et la structure du thorax, surtout du pronotum et des pièces sternales, sont très-importantes pour la diagnose des genres de. la tribu des Locustiens. Le pronotum est tantôt aplani en dessus, avec côtes latérales subaiguës et lobes sensiblement défléchis, tantôt selliforme et relevé postérieurement (rarement en avant), s'étendant audessus de la base des élytres, à côtes latérales plus ou moins obsolètes (Orphania, Ephippigera), tantôt scutiforme (Saga). Le prosternum est tantôt mutique, tantôt muni d'épines allongées ; la poitrine (mésosternum et métasternum) est armée d’épines ou de lobes subtriangulaires, ou mutiques transversalement, et bordée et excisée en arrière.

La structure des élytres s’accommode à la forme comprimée du corps. Tandis que, chez les Grylliens, la majeure partie des élytres, c'est-àdire les champs discoïdal et anal, lors de la position de repos (dans laquelle l'élytre gauche est d'habitude recouverte par la droite), se place sur le dos du corps, et que le champ marginal seul est défléchi, dans les Locustiens la majeure partie des élytres, et aussi des ailes, lorsque ces organes sont parfaitement étalés, prend une position défléchie ; les champs marginal et discoïdal s'appliquent sur des côtés du corps, et seul le champ anal, en triangle plus ou moins allongé, recouvre le dos, lors de la position de repos des élytres, dans laquelle, chez les Locustiens, l’élytre droite est, le plus souvent, recouverte par la gauche. Dans la plupart des genres, les élytres sont subcoriaces, rarement pellucides (Gryllacris), élargies à la base, subétroites au sommet, et, lorsqu'elles sont bien développées, tantôt plus longues, tantôt plus courtes que l’abdomen.

Ordinairement la disposition des nervures des élytres est peu compliquée. La nervure médiastine est courte ou nulle, et la nervure humérale assez éloignée du bord antérieur de l’élytre; la nervure externomédiane, très-rapprochée de l'humérale et parallèle, est, ou simple en entier, ou fourchue au sommet et envoyant quelques rameaux ; la nervure intermédiaire, placée entre la précédente et la nervure anale, se dirige vers le bord postérieur de l’élytre, en envoyant un seul

ou plusieurs rameaux. Le tronc, souvent indistinct, de la nervure anale s’élève d’un limbe corné un peu gonflé, et porte dans ses ramifications, chez les mâles, l'organe stridulant.

L'appareil de stridulation des Locustiens a été décrit par de Geer, Brullé, M. Goureau (Essai sur la stridul. des Ins., dans Ann. Soc. entom. Fr.1837, VI, 31), Newport, etc. Son étude est aisée sur la grande Sauterelle verte (Locusta viridissima, Linn.), qui nous servira de type. Il est situé sur le champ anal, qui est la portion de l'élytre à plat, et par suite sur laquelle la friction est le plus facile. Sur l'élytre gauche on voit une aréole subcarrée, subopaque, d'un testacé ferrugineux différant du vert de l’élytre, entourée de rides et de plis sur une bande, à peu près de même consistance, bordée par une nervule cornée : c'est le miroir ou tympan ou tambour des auteurs. Au-dessus, c’est-à-dire plus près de la base de l’élytre, on voit une nervure transverse entière, forte et proéminente au bord supérieur de l’élytre, tandis qu'au bord postérieur elle paraît fendue longitudinalement, et cet espace, qui est comme un long hiatus lancéolé, semble rempli, si on l'observe avec le secours d’une forte lentille, par des baguettes transverses et rapprochées, système formant une sorte de lime ou d’archet. Le champ anal de l’élytre droite est pareillement constitué, avec l'anneau quadrangulaire corné plus élevé au bord supérieur de l'élytre qu'à l'inférieur et formant ce que Goureau nomme la chanterelle; mais ie miroir qu'il renferme est ici une membrane mince, fort tendue, très-hyaline et irisée ; au-dessus de ce miroir, vers la base de l’élytre, se trouve également la nervure transverse épaissie, avec sa lime ou archet. Lors de la friction des élytres, ce n’est pas sur le miroir même de l’élytre droite que se fait le frottement de l’archet de l’élytre gauche, mais sur son bord corné ou chanterelle, et sur les nervules ou rides avoisinantes, la vibration se communiquant à la membrane, ce qui doit singulièrement renforcer le son. M. Goureau rapporte qu'il n’est pas parvenu à produire le son en passant l’archet de l’élytre droite sur l'élytre gauche, les élytres ayant été croisées en ordre inverse de l’ordre naturel, c’està-dire la droite au-dessus de la gauche. Il est bien certain que le chant est dû à la seule friction des élytres, et nuilement à de l'air sortant des stigmates thoraciques qui mettrait en vibration la membrane des élytres, ainsi que l'ont supposé certains auteurs. Les élytres des femelles (et aussi des màles dans le genre Meconema, qui est muet) manquent presque toujours de l'organe stridulant, etont le champ anal non dilaté, simplement réticulé de nervules.

Les ailes, quand elles sont bien développées en même temps que Îles élytres, son plus ou moins amples, le plus souvent plus courtes que les élytres, rarement plus longues (Phaneroptera), membraneuses, hyalines, incolores, parfois colorées avec croissants, taches ou ocelles (Pterochroza), parfois colorées au bord antérieur ou vers leur sommet, ou même coriaces à cette extrémité (Phaneroptera), Les champs alaires

ont une disposition de nervures analogue à celle qu'on remarque sur les élytres ; mais le champ anal est beaucoup plus ample que les deux autres, offre de nombreuses nervures radiées, et, dans l’aile repliée, se décompose en beaucoup de plis longitudinaux, comme dans les autres Orthoptères propres.

Un grand nombre de genres de Locustiens ont les organes du vol parfaitement développés ; cependant certaines espèces des genres Decticus et Xiphidium] ont, dans presque tous les individus, les élytres raccourcies et les ailes réduites à des rudiments exigus, inutiles pour le vol; on trouve à peu près un sur cent sujets où ces organes ont leur complet degré de perfectionnement, ce qui a souvent amené de fausses espèces. Cependant les élytres abrégées dont nous parlons ont les nervures de chaque champ distinctes, et l'appareil stridulant des mâles parfaitement développé; leur chant n’est pas plus faible que celui des espèces à ailes complètes. Il est un certain nombre de genres (Ephippigera, Barbitistes, etc.) où les élytres des mâles et surtout des femelles sont représentées par des écailles courtes, planes ou relevées, tantôt se recouvrant l’une l’autre à la suture, et alors l'élytre droite au-dessous de la gauche, tantôt éloignées entre elles. Le plus souvent elles diffèrent dans la même espèce suivant les sexes, munies chez les mâles de l'appareil stridulant, et aussi plus amples, plus retroussées, plus longues, tandis que, chez les femelles, elles sont plus courtes et planes. Nous prendrons comme exemple, pour le mécanisme de la stridulation chez les espèces à élytres abrégées, le genre ÆEphippigera où les élytres des mâles et des femelles portent l'organe musical. Si l’on examine l'espèce commune typique, l'E. Vitium, il n’y a pas d'ailes, et les élytres, très-courtes, en écailles bombées, sont cachées en entier sous le pronotum et semblent réduites aux seuls appareils sonores. L'organe du mâle est formé sur l’élytre droite d’un tambour, constitué par une membrane fine, blanche, transparente, ovale et plane, bordée d'une nervure dont le bord interne sert de chanterelle. Sous l’élytre gauche est l’archet, formé d’une forte nervure transversale, striée comme une lime; le contour de l’élytre, couvert de rugosités, est écailleux et sonore. Chez la femelle, le tambour, placé sur l'élytre droite, offre une calotte bombée, transparente, sèche et élastique. Il est traversé, dans le sens de la largeur, par une nervure saillante, striée en lime ; d’autres petites nervures s'étendent sur sa surface, en haut et en bas. L’élytre gauche, ou la supérieure, est un peu moins bombée que l'inférieure ; elle est réticulée par un assez grand nombre de pelites nervures, et d’une consistance qui diffère peu de l’autre ; son bord interne fait l’office de chanterelle. Le bord extérieur des élytres est replié en bas, d’une matière moins membraneuse que les instruments et couvert de rugosités. La femelle, comparée au mâle, présente donc cette différence que l’archet est placé sur l'élytre droite et qu'il tient au tambour, tandis que chez le mâle il est situé sous l'élytre gauche, Lors

du frottement des élytres, l’archet passe sur la chanterelle, et excite des vibrations qui se transmettent aux deux tambours. Comme les élytres sont cachées sous le corselet, l’insecte, pour les faire agir, doit commencer par soulever le pronotum, afin de rendre leur jeu plus libre, ce qu'il fait en baissant la tête et en courbant un peu son abdomen. Les organes du mâle sont un peu plus développés que ceux de la femelle, et produisent des sons un peu plus forts.

Sous les élytres abortives, tantôt il existe des vestiges d'ailes exigus, ainsi chez les espèces subaptères des Dectiques, tantôt ils manquent complétement. Enfin, dans les espèces du genre Saga, le mäle de quelques espèces a des élytres avortées, et la femelle en est souvent tout à fait dépourvue ; les deux sexes sont complétement aptères dans le genre Rhaphidophora.

Les pattes sont tantôt grèles, les postérieures bien plus longues, tantôt courtes, assez épaisses, les postérieures peu allongées. Les hanches sont plus ou moins écartées entre elles, à cause de la largeur des pièces sternales ; les trochantins des quatre patt esantérieures sont distincts. Les quatre cuisses antérieures sont, Le plus souvent cylindriques, avec côtes de chaque côté en dessous, ou mutiques, ou à trèscourtes épines (Barbitistes), ou à épines très-fortes (Saga), avec un lobe de chaque côté contre l'articulation de la jambe, tantôt mutique (Decticus), tantôt épineux (Ephippigera. Locusta, Xiphidium). Les quatre Jambes antérieures sont tantot cylindriques, tantôt quadrai côtes postérieures toujours épineuses ; 1 où munie d'un petit nombre d'épines Les deux jambes de devant, dans les d sus, et munies d’un double tympan ; celui-ci est tantôt un trou elliptique de chaque côté de la base de la jambe, couvert d’une pellicule hyaline, ou un trou recouvert par une proéminence à bord COrné, avec une fente linéaire profonde à l'angle antérieur. Les cuisses postérieures sont tantôt courtes, de la longueur de l'abdomen, un peu renflées à la base, à peine saltatoires, ainsi dans le genre Callimenus, tantôt allongées, ayant la longueur du corps et même plus, très-grêles, renflées à la base, avec deux carènes inférieures mutiques ou épineuses. Les jambes postérieures sont plus longues que les cuisses, le plus Souvent quadrangulaires, à carènes variablement épineuses. Les tarses ont tous quatre articles, munis en dessous de pelotes, le troisième cordiforme et bilobé, le quatrième portant deux ongles ; dans quelques genres qui se rapprochent des Grylliens, les jambes et les tarses sont très-comprimés et côtelés en dessous (Rhaphidophora).

L'abdomen est tantot très-allongé, subcylindrique ou subcomprimé en dessus, subrétréci en arrière, tantôt court, large, tronqué postérieurement. Les segments ventraux sont étroits, imitant des lames transverses subquadrangles. La plaque supra-anale varie de forme, plus

grande chez le mâle que chez la femelle ; Le premier a aussi les GIRARD, H,—11

igulaires, à eur face antérieure ou mutique, externes, ou internes et externes.

eux sexes, sont épaissies en des-

cerques plus développés, épais, dentés, mucronés, subulés, etc.; dans les femelles, ils sont subulés et simples. La plaque subgénitale des mâles est tantôt étroite, tantôt plus large, plane, ou dressée, ou naviculaire, etc.; elle est munie au sommet de styles non articulés, mobiles, et qui manquent rarement. La femelle offre le plus souvent cette plaque courte, et appliquée étroitement à la base de l’oviscapte ; celuici varie de longueur, de forme et de direction, tantôt plus court que l'abdomen, tantôt plus long que lui, et même que tout le corps, à quatre valves, le plus souvent renflé à la base, puis, pour le reste, plus ou moins comprimé, aigu ou obtus au sommet, glabre ou granuleux, lisse sur le bord ou dentelé.

Les travaux de L. Dufour (op. cit., p. 347) nous apprennent que les organes internes de la vie végétative ont chez les Locustiens beaucoup d’analogie avec ceux des Grylliens. Ils ont été étudiés dans les genres Ephippigera, Locusta, Decticus, Phaneroptera et Conocephalus. Le canal digestif est entouré, à son origine, d’une paire de glandes salivaires situées dans le thorax, offrant de chaque côté deux faisceaux inégaux de sachets blancs, ovalaires, sessiles, en grappe rameuse, avec un: réservoir contractile allongé, où la salive se met en réserve. La longueur totale du tube digestif des Locustiens ne dépasse guère une fois et demie celle du corps, etil peut, tout au plus, faire une seule circonvolution. Au sortir de la tête, l'œsophage se dilate insensiblement en un long jabot musculo-membraneux assez régulier ; puis vient un petit proventricule ou gésier, globuleux, offrant en dedans six arêtes longitudinales, formées d’un empilage d'écailles triangulaires, séparées par autant de sillons à fond tuberculeux. Les deux bourses ventriculaires sont grandes, arrondies, plissées à l'intérieur. Le ventricule ou estomac est droit, et plus court que l'intestin chez le Locusta viridissima, Linn., tandis que, chez les autres genres, il est long, replié sur lui-mème, intestiniforme ; il se termine en arrière par un léger bourrelet où s'insèrent les vaisseaux de Malpighi. L’intestin est, dans l'Ephippigère, le Phanéroptère, le Conocéphale, du double moins long que l'estomac et droit, tandis qu'il est au contraire long et replié chez la Sauterelle ; le rectum, qui le termine, a les six bandelettes musculaires habituelles. Les vaisseaux malpighiens ne forment point, comme chez les Grylliens, une houppe lâche, avec un canal unique implanté sur un seul point du tube alimentaire ; tout aussi nombreux et aussi grèles, et de couleur variée selon les aliments, ils s'insèrent aux divers points d'un contour circulaire. Toutefois, chez les Ephippigères, comme par un passage au pétiole unique des Grylliens, ils se partagent en cinq faisceaux, chacun ayant pour base un sinus sessile, adapté au bout du ventricule, et où débouchent tous les tubes du faisceau. Ces longs vaisseaux de Malpighi sont entremêlés et enchevêtrés entre eux, et avec les organes digestifs, et avec ceux de la génération.

L'appareil génital mâle chez les Ephippigera, Locusta, Decticus, est formé par les testicules reposant sur la paroi ventrale, de figure oblongue, réniforme, déprimée, ayant, lors de la turgescence, 6 à 8 millimètres de longueur dans les grandes espèces, contenant un nombre considérable de capsules spermatogènes allongées, revètus extérieurement d’un réseau de trachées et de filets nerveux répandus sur une mince membrane dont le pigment varie en couleur, jaune-soufre chez le Decticus (Platycleis) griseus, orangé chez le Decticus verrucivorus, d’un vert jaunâtre chez le Locusta viridissima, ete. Le conduit déférent de chaque testicule s'enroule en ligne spirale imitant un épididyme, puis devient simplement flexueux et s'abouche à son symétrique pour former un canal déférent commun. Des réservoirs séminaux et des glandes annexes compliquées se joignent à cet appareil fondamental, et leur étude a besoin d’être reprise en raison surtout de la sécrétion bien reconnue de spermatophores chez les Locustiens. Les organes génitaux sont si gonflés lors du rut, que l'abdomen des mâles ressemble alors par son volume à celui des femelles avancées dans la gestation. Le Conocephalus mandibularis offre quelques différences. Les testicules ne sont pas appliqués sur la paroi ventrale ; chacun d’eux est bilobé et de forme variable, selon la turgescence, enveloppé d'une tunique jaunâtre, et avec un conduit déférent, filiforme, à peine. flexueux, sans épididyme ; il y a aussi des vésicules séminales ou des glandes annexes de deux ordres.

L'appareil mâle offre encore un dernier organe accessoire. Au-dessous et en arrière du massif des vésicules séminales on trouve, de chaque côté du canal éjaculateur, une glande ovale, lenticulaire, à col trèscourt abouché au canal, entourée d’une tunique externe contractile, le plus souvent d’un jaune vif, ayant un millimètre de diamètre chez le mâle de l'Ephippigère et 4 millim. chez celui de Locusta viridissima. On ytrouve un liquide huileux où nagent dispersés des corps discoïdaux. L. Dufour regarde ces glandes comme une prostate. Leur dépendance avec le canal éjaculateur et leur existence bornée au màle ne permettent pas de les confondre avec l'organe de sécrétion excrémentitielle propre aux deux sexes de la Courtilière.

Dans les femelles fécondées des Ephippigères, les ovaires sont constitués chacun par un corps gros et court, tantôt conoïde et turbiné, tantôt déprimé, subflabelliforme, composé de trente à quarante gaines ovigères, maintenues en faisceau sous une très-fine membrane. Ces gaines sont un peu moins nombreuses dans la Sauterelle et le Phanéroptère ; elles sont multiloculaires, n'ayant ordinairement qu'un œuf fécondé à la fois, et convergent toutes vers un ligamenat suspenseur qui va se fixer dans le métathorax. A la base de l'ovaire est le calice, sur lequel l'insertion des gaines ovigères se fait par fascicules de trois ou quatre, de sorte que le calice semble multidigité. De chaque calice part un col tubuleux un peu flexueux, et l’oviducte est dû à la

réunion des deux cols. A l'origine supérieure de l'oviducte s’insère, au moyen d'un conduit, un réceptacle séminal, ample, blanchâtre, subglobuleux ou piriforme. En arrière du conduit excréteur précédent et à l'entrée même de l'oviscapte, chez certains Locusta et Decticus, s'adapte un vaisseau tubuleux aveugle, enroulé plusieurs fois sur luimême, presque aussi long que tout l'abdomen. Le Meconema varium, le Xiphidium fuscum, etc., manquent de ce tube, dont la sécrétion, selon Siebold, sert à enduire les œufs d’une matière glutineuse.

On a encore fort peu d'observations sur l’accouplement des Locustiens. M. Fischer, de Fribourg, a observé deux fois le coït chez des Ephippigères des Vignes renfermées dans une boîte, et la femelle, de même que chez les Grillons, était montée sur le mâle. Après cette copulation, il a remarqué à l’orifice génital de la femelle, à la base de l'oviscapte, une masse lactée de la grosseur d’un pois, subpellucide, semblable à de l’albumine coagulée, et à la base de laquelle on pouvait observer de chaque côté une bulle très-transparente, avec un nucléus jaune ou orangé. La dissection fit voir que ce n’était pas un corps violemment expulsé des organes génitaux de la femelle ; au bout de quelques jours, cette matière tombe en partie et se dessèche.. On doit donc penser que cette matière est sortie du mâle pendant le coït, et que, de même que chez les Grylliens, elle se fixe à la femelle comme l’enveloppe du véritable sperme, qui entre peu à peu à l’intérieur de l’oviducte, tandis que l'enveloppe se sèche et se détache. C’est ici qu'il convient de mentionner les curieux spermatozoïdes dont Siebold a étudié la formation dans les tubes des testicules. Les spermatozoïdes des Locustiens et des Grylliens diffèrent par leur forme de ceux des autres insectes, et en particulier de ceux des Orthoptères les plus voisins, les Acridiens. Ils consistent en un etête trièdre et un long appendice filifofme ; déjà, dans les cellules dans lesquelles les spermatozoïdes sont renfermés à l’intérieur des tubes spermatiques, ces spermatozoïdes se disposent en séries, et passent dans cette position même dansle canal déférent, où ils offrent les premiers mouvements. Dans la capsule séminale des femelles fécondées, Siebold a trouvé de deux à sept spermatophores de 1 à 2 mildimètres de diamètre ; de leur cavité sortent par compression des spermalozoïdes nageant dans une humeur laiteuse. Ces spermatozoïdes sont associés d'une manière très-élégante dans le canal déférent des mâles, et conservent vraisemblablement cette disposition dans la capsule séminale de la femelle, où ils sont introduits lors du coït, et se coagulent en bulle formée par la matière séminale affluente. On voit sous le microscope comme des plumes de héron, dont les scapes consisteraient dans les têtes trièdres étroitement jointes des spermatozoïdes, tandis que les pinnules seraient les corps et appendices filiformes exécutant des mouvements vibratoires, et produisant le curieux spectacle de plumes entières se mouvant comme des serpents. Lesspermatozoïdes, pour exercer leur vertu fécondante lors de la ponte des œufs, doivent nécessairement

sortir des spermatophores, ce qui paraît s'effectuer parleur dissolution et leur compression. Siebcld n'a pas observé la même forme de spermatozoïdes, ni les spermatophores, chez les Meconema et les Xiphidium.

Les Locustiens présentent, à un degré plus marqué et d’une manière plus générale que les Grylliens, les tympans aux jambes antérieures dont il a déjà été question. Tantôt c'est un trou ovale à la face intérieure et antérieure des jambes de devant, recouvert par une membrane, tantôt c'est une fente longitudinale, cachant Le tympan sous un limbe corné. Chez la plupart des Locustiens s’adjoint un autre appareil cité par L. Dufour, et dont il a constaté la connexion avec les tympans des jambes, dans lequel J. Müller et M. Goureau (Stridul. des Insectes, dans Ann. Soc. entom. Fr., 1837, t. VI, p. 59) soupçonnèrent un organe auditif, ce qui a été mis hors de doute par Siebold. Il est en effet tout à fait rationnel que des insectes pourvus d'appareils bruyants inusités en général dans leur ordre aient aussi une oreille spéciale, indépendamment des organes généraux de l’ouïe. Si, par exemple, dans la grande Sauterelle verte, on dissèque l'angle postérieur latéral du pronotum, on y voit deux orifices, l'un un peu en avant, qui est le stigmate fermé par des lèvres cornées, l’autre plus grand, situé entre le pronotum et le mésonotum, iongitudinal, non fermé par un péritrème. Il faut souvent, pour bien xoir cette ouverture des Locustiens, soulever les bords latéraux du prothorax. Cette ouverture donne accès dans une sorte de vessie infundibuliforme, que M. Goureau compare à un bonnet phrygien, et qui se tourne vers son homologue du côté médian de la poitrine ; il en part un tube également hyalin et lisse, qui entre sous un angle dans la patte antérieure, s'atténue en parcourant le genou étroit, puis se dilate et s'amplifie en une vésicule longitudinale, dont les bords latéraux sont étroitement collés aux tympans des jambes, avec un prolongement étroit dans celles-ci. On peut détacher de l'animal cette sorte de bonnet pellucide et son tube. Cette cavité prothoracique existe dans les deux sexes, chez les nymphes et chez les larves. Ce n’est pas un stigmate, car elle ne communique pas avec le système trachéen. Si l'on plonge une Sauterelle dans l’eau, la tête la première, jusqu'à l'asphyxie, cette grande cavité reste immobile, tandis que des bulles d'air paraissent aux orifices des quatre stigmates thoraciques. Le nerf qui répond au nerf acoustique ne part pas du cerveau, comme on le supposerait au premier abord, par ces fausses analogies entre les Vertébrés et les Invertébrés, qui ont si souvent retardé les progrès dans la science. C’est un des rameaux des deux nerfs qui partent du premier ganglion sous-œæsophagien thoracique, et qui envoient leurs filets aux muscles des pattes antérieures, etc. Ce nerf acoustique se renfle en un ganglion plat, très-près en dessus de lexcavation naviculaire de la poche auditive, et son extrémité inférieure, comme un ruban, entre dans cette excavation même et s’y termine, Ce ganglion contient des corps bacillaires dispo-

sés en série, et des bulles agencées de même, qui y adhèrent; leurs fonctions restent dans le doute.

Un certain nombre de Locustiens vivent dans les champs et les prés (Decticus, Platycleis, Xiphidium); les autres se cachent dans les arbustes et les broussailles, surtout aux lisières des bois, dans les Vignes, les plantations de Pins, de Chênes, etc. (Odontura, Phaneroptera, Ephippigera, Thammnotrizon); quelques-uns montent aux arbres (Meconema, Odontura, Locusta viridissima, cantans, etc.). Il est des Locustiens qui sont à la fois des plaines et des montagnes ; le Xiphidium dorsale paraît préférer les terrains salés ; les Callimenus se trouvent principalement dans les régions arides; le Rhaphiodophora cavicola, aptère et voisin des Grylliens, surtout par la structure de ses pattes, se trouve dans les cavités souterraines.

La nourriture la plus ordinaire des Locustiens paraît végétale ; ils mangent les tiges des plantes, les feuilles, les fleurs. Cependant Audinet-Serville est dans l'erreur en disant que cette ‘grande tribu se nourrit exclusivement de végétaux. Ces insectes peuvent être carnassiers, au moins par moments, et nous en citerons de nombreux exemples. On ne les observe pas d'ordinaire volant en grandes troupes comme les Acridiens, mais par individus isolés, même pour les espèces communes, et ils sont rarement nuisibles aux plantes. Ils dévorent des mouches, des chenilles et divers insectes, et les individus morts ou moribonds de leur propre espèce, surtout quand ils sont enfermés ensemble. Ils peuvent supporter de longs jeûnes, une semaine et plus. Leur salive brune et âcre est encore un autre caractère de carnassier, partagé, il est vrai, par certains Acridiens, qui sont les plus phytophages, sinon exclusivement, des Orthoptères.

Ils se servent peu de leurs ailes pour voler ; ils les emploient plutôt comme un parachute, lorsqu'ils se jettent des arbres sur le sol. La plupart sautent avec adresse ; ils portent souvent à leur bouche, pour les nettoyer, leurs tarses et leurs antennes. Les mâles, et même ceux qui ont des élytres rudimentaires, font entendre continuellement leur stridulation en été et en automne. Le Locusta viridissima, même enfermé dans une boîte, ne cesse pas son chant pendant toute la nuit. Le rhythme en est varié suivant les espèces, mais beaucoup plus difficile à noter musicalement que chez les Acridiens; quelques espèces, ainsi le Decticus verrucivorus, en outre de leur chant presque continuel, paraissent émettre aussi des sons plus aigus.

Il est curieux de remarquer qu’on sait encore fort peu de chose sur l’accouplement des Locustiens, bien que certaines espèces se rencontrent fréquemment. Ræsel rapporte seulement que la femelle de la grande Sauterelle verte, attirée par la stridulation du mâle, se rend près de lui, et lui annonce sa présence par des battements multipliés d'antennes ; le mâle cesse alors son chant, et porte en avant ses longues antennes, comme pour s'assurer des dispositions bienveillantes

de la femelle. M. Lucas a vu l’accouplement de l'Ephippigera costaticollis, Lucas, espèce commune en Algérie en mai, juin, juillet, dans les lieux frais, ombragés et herbus. Souvent, dit-il, on aperçoit la femelle, le long des tiges des grandes herbes, entraîner avec elle son mâle accouplé ; souvent celui-ci mord les antennes de sa compagne, et . l'oblige à s'arrêter en la tiraillant à droite et à gauche, peut-être pour la faire céder à ses désirs.

Comme nous l’avons dit, M. Fischer (de Fribourg) a observé le mâle de l'Ephippigère des Vignes se glissant sous le corps de la femelle, qui grimpe sur son dos, et pratiquant le coït, en peu de temps, avec plusieurs femelles ; quelques femelles paraissent aussi recevoir le mâle plusieurs fois.

Les œufs sont pondus à l'aide de l'oviscapte. La plupart des espèces les confient à la terre, ainsi les femelles de Locusta wiridissima, de Decticus verrucivorus, etc. Elles choisissent une terre légère et facile à percer, et enfoncent l'oviscapte dans le sol, en élevant un peu le bout de leur abdomen ; après quelques mouvements, les valves parviennent assez avant, s'écartent, et laissent tomber les œufs un à un. Il en est dont le dépôt d'œufs s'opère sur les plantes dans diverses parties. La femelle du Meconema varium pond sur les galles développées sur les Chênes par la piqüre des Cynipsiens (Hyménoptères). Pour surmonter les difficultés de ces opérations, certains genres se servent des aspérités des valves de l’oviscapte (Decticus albifrons, verrucivorus), ou de leurs bords, soit crénelés, soit denticulés (Odontura, Phaneroptera, Callimenus, Cyrtaspis, etc.); en outre, viennent en aide la dureté et la force de l'oviscapte, sa direction droite ou courbe ou en faucille, ete. I se meut par intervalles en avant et en arrière, à l'instar d'une scie ou d'une lime.

Les larves sortent des œufs pondus, soit à la fin de l’automne, soit au printemps de l’année suivante. A la loupe, on distingue déjà les sexes avant la seconde mue, les larves femelles montrant les premiers vestiges de l’oviscapte ne dépassant pas encore l'abdomen. Après la seconde mue (non comprise la sortie de l'œuf) paraît la nymphe, et après la troisième l'adulte. Ce nombre de mues a du reste besoin de vérification, par analogie avec ce qu’on a vu pour les Grillons ; il est probablement plus considérable pour certaines espèces.

L'abondance des espèces de Locustiens qui existent en Europe est moindre que pour les Acridiens. Les Locustiens sont cependant plus répandus en Europe, en Asie et en Amérique, où prédominent les forêls, que dans la sèche et aride Afrique, où au contraire le nombre d'Acridiens est plus considérable. ;

Dans la diagnose des genres doivent figurer d’abord les parties de la tête, surtout la forme du vertex et sa déclivité ; l'insertion des antennes entre les yeux ou au-dessous d'eux ; les parties de la bouche, la forme générale du corselet, la structure des pièces sternales ; la forme

générale des élytres et des ailes et leur nervation ; la conformation des pattes, surtout la disposition des épines et la forme des tympans des jambes antérieures; les carènes inférieures épineuses ou mutiques des cuisses; la présence ou l'absence des styles à la plaque sous-génitale du mâle, l'extrémité mutique ou denticulée de l'oviscapte. Au contraire, la couleur, le dessin, la forme particulière du pronotum, l'étendue des élytres et des ailes, la configuration des appendices de l'abdomen, cerques, styles, plaques suranale et sous-génitale du mâle et de la femelle, et oviscapte de la femelle, ne peuvent s’employer que pour distinguer les espèces.

GENRES PRINCIPAUX

PROCHILUS, Brullé. — Corps grêle, allongé, d’aspect de Phasmien. Labre ovale, très-grand, avancé; antennes longues, sétacées, multiarticulées, velues. Corselet étroit, subrectangle ; élytres étroites, allongées, dépassant les ailes. Pattes grêles, les postérieures très-longues, à cuisses à peine renflées. Abdomen allongé, étroit, terminé par deux courts filets coniques.

Ce singulier genre de passage paraît n'être encore connu que par le mâle d’une seule espèce, Le P. australis, Brullé, rapporté par Péron, en 1803, de l'île aux Kanguroos (Australie), long de 30 millimètres environ, à corps roussätre varié de brun, les élytres mélangées de brun et de blanc sale, ayant chacune un miroir stridulant transparent, les ailes hyalines avec bandes étroites brunes aux nervures. Les cuisses antérieures sont un peu plus épaisses à l'extrémité qu'à la base, et un peu arquées, comme dans les Phasmiens, et les jambes antérieures dilatées et excavées à leur base ; les jambes postérieures sont longues, avec quelques fines épines.

RHAPHIDOPHORA, Aud.-Serv. — Vertex à tubercule oblong entre les yeux ; antennes très-longues, insérées au sommet du front. Corselet subcylindrique, convexe ; élytres et ailes nulles. Pattes fort longues ; cuisses postérieures trèslongues, grosses et renflées dans leur première moitié; tarses comprimés à articles entiers, le premier plus long que les suivants. Abdomen cylindrique, subcomprimé ; cerques anaux subatténués au sommet ; plaque subgénitale du mâle munie de styles ; oviscapte de la femelle de longueur variable, un peu recourbé en faucille.

L'espèce la plus intéressante de ce genre,'qui touche tout à fait aux Grylliens par le genre Phalangopsis, est le R. cavicola, Kollar, d'un brun varié d'olivâtre et !de jaune, avec les antennes, le front, les

RHAPHIDOPHORA. 169

cerques et l'oviscapte testacés ; les quatre pattes antérieures annelées de brun; les jambes antérieures dépourvues de tympans, les jambes postérieures ayant en arrière une série de très-fines épines, et au sommet quatre épines ; le premier article des tarses postérieurs est épineux en dessus ; la plaque supra-anale excisée dans les deux sexes ; l'oviscapte de la femelle court, un peu recourbé, rétréci subitement vers le sommet. Ce curieux insecte, long de 44 à 16 millimètres œ et 10 millimètres @, avec un oviscapte de 3 à 4 millimètres, vit dans les cavernes, surtout celles à stalactites, ainsi celles d’Adelsberg au nombre de trois en Carniole, et une grotte près de Trieste, en lIllyrie. M. Schiôdte, dans son Spécimen de la faune souterraine, prenait cet Orthoptère toujours aptère pour une larve. Ce n'est pas dans les parties les plus profondes des grottes qu'il le trouvait, mais à l’intérieur près de l'entrée. Il le rencontra aussi en Sicile, dans une grotte artificielle près de Syracuse, nommée l'Oreille de Denys, et dans plusieurs grottes voisines. M. Schreibers l'a observé dans une grotte près de Bade, non loin de Vienne (Autriche). Il est probable qu'il se nourrit d'insectes hypogés, ce que la dissection de cette très-rare espèce pourra apprendre. C'est une recherche très-intéressante pour nos touristes des cavernes du midi de la France, où l’espèce existe peut-être.

D'après Agassiz, M. Thompson a trouvé fréquemment en Amérique, dans la célèbre grotte du Mammouth (Kentucky), un Orthoptère qu'il dit semblable à un Phalangopsis. Ne serait-ce pas une espèce du genre Rhaphidophora ?

Les autres espèces du genre ne sont certainement pas toutes souterraines. En effet, le À. palpata, Sulzer, de 18 à 20 millimètres, avec l'oviscapte de la femelle de 14 à 16 millimètres, recourbé, à valves supérieures mucronées, est un insecte d'un vert vif, ce qui indique le séjour à la lumière. Il est de Sicile, de Dalmatie et de la France méridionale. Une grande espèce de Java, de 30 millimètres, le R. picea, Aud.-Serv., est d’un brun de poix, remarquable par ses cuisses postérieures fort longues, fort grosses dans leur première moitié, et les jambes postérieures armées de six longues épines mobiles (calcars), les deux supérieures très-grandes, ce qui dénote un insecte fortement sauteur.

Un très-curieux genre de Locustiens aptères, qu'on peut rapprocher à certains égards du précédent, est constitué par les Anostostoma, Gray, à tête énorme, inclinée en bas, avec des antennes très-longues, de deux ou trois fois la longueur du corps, et des cuisses postérieures très-renflées. Ce que ces Orthoptères anormaux ont de plus étrange, ce sont leurs gigantesques mandibules arquées, dentelées à l'extrémité, et leur labre très-grand, conique à la base, arrondi à l'extrémité. On en connaît trois espèces d'assez grande taille, une d'Australie, l’autre de Surinam, la troisième trouvée par Coquerel (Ann. Soc. entomol. de France, 1848, 2° série, t. VI, p. 282) dans la forêt de Mormoukou, qui recouvre en par-

lie l'ile de Nossi-Bé, sur la côte nord-ouest de Madagascar. Ce singulier Orthoptère vivait au pied de grands arbres, dans de grosses branches de bois pourri, et paraissait s'être creusé des galeries dans le bois décomposé, au moyen de ses énormes mandibules, habitude tout à fait étrangère aux insectes de son ordre.

Les autres genres de Locustiens ont les articles des tarses déprimés de 1 à 5, à plante élargie, le troisième article cordiforme.

Les genres suivants ont le plus souvent les antennes écartées, insérées sous les yeux, au milieu du front.

CALLIMENUS, Steven, où BRADYPORUS, Charp. — Corps grand. Tête subglobuleuse; vertex large, arrondi, portant un tubercule obtus, dilaté ; front très-large, face perpendiculaire; yeux éloignés; antennes multiarticulées, assez fortes, plus courtes que le corps. Pronotum aplani en dessus, avec quatre carènes latérales aiguës ; prosternum bi-épineux; poitrine (mesonotum et metanotum) bibolée. Élytres abortives dans les deux sexes, squamiformes, plus courtes que le pronotum, et le plus souvent entièrement cachées sous lui; ailes nulles, Pattes courtes ; jambes intérieures à tympan recouvert avec une fente linéaire à l'angle antérieur; cuisses postérieures à peine renflées à la base ; tarses étroits, allongés, à pénultième article à peine lobé. Abdomen volumineux et ramassé, à lames ventrales petites et courtes ; cerques courts, épais; plaque subgénitale du mâle sans styles ; oviscapte ensiforme, court ou long, dentelé au sommet.

Les Callimènes sont de gros et lourds insectes, qui semblent représenter chez les Locustiens les Pneumores des Acridiens, vivent dans les régions arides de l’Europe orientale et méridionale, et sautent à peine. Le type est le C. dasypus, Illiger, dont le corps ramassé et subaptère rappelle à l'œil un Tatou. Cet Orthoptère à gros ventre, dont la longueur atteint de 50 à 55 millimètres, existe en Hongrie, en Grèce, en Turquie, en Asie Mineure. Il est jaune avec des lignes et des taches brunes, et un oviscapte de 12 millimètres, brun au bout. A. Lefebvre, qui l’a capturé en juin aux environs de Smyrne, dit que, lorsqu'on le saisit, il laisse échapper des bords postérieurs du corselet une liqueur épaisse, d'un jaune gomme-gutte, abondante, d'odeur fétide et légèrement âcre. Il se tient ordinairement caché dans la journée, et on ne le rencontre alors qu'errant sur le sol, et n’exécutant que de très-petits sauts; mais le soir il grimpe sur les arbustes les plus bas et fait entendre une stridulation analogue à celle d'une crécelle et inter-

. EUGASTER, 471

rompue ; si on le pose à terre, il s'empresse de remonter dans les branchages et de s’y blottir. M. Fischer (de Fribourg) met fortement en doute la stridulalion d'un Loeustien à élytres aussi rudimentaires. Brullé dit avoir rencontré en grand nombre le C. dasypus dans les plaines de la Morée, au mois de juin, sur les Chardons et les plantes basses.

Dans la péninsule hispanique, les Callimènes ou Bradypores de l'Europe orientale semblent remplacés par le genre Pycnogaster, Graëls, à élytres squamiformes dans les deux sexes, en partie cachées sous le corselet, à fortes nervures, à petits rudiments d'ailes dans les deux sexes, à cerques très-courts, à plaque subgénitale du mâle sans styles, à oviscapte de la femelle ensiforme, droit ou recourbé, parfois très-long. Citons le P. inermis, Rambur, d'Espagne, en larve au mois de mai, adulte en juillet et août, le mâle stridulant fortement, et le P. cucullatus, Charp., d'Espagne, de Portugal, d'Afrique boréale. Un autre genre voisin, Onconotus, Fischer de Waldheim, est de la Russie méridionale. Le corps est moins gros, le vertex également tuberculé, les élytres squamiformes dans les deux sexes, visibles seulement sur les côtés, plus étroites chez la femelle, les ailes nulles ; lés antennes sont insérées entre les yeux, sétacées, aussi longues ou plus longues que le corps, et le mâle a des styles.

EUGASTER, Aud.-Serv., H. Lucas. — Tête forte, ovalaire, convexe entre les antennes et portant un petit tubercule spiniforme ; antennes filiformes, n’atteignant pas le milieu de l'abdomen, assez distantes à la base; palpes maxillaires et labiaux à dernier article renflé et arrondi. Pronotum allongé et partagé par un fort sillon transversal, convexe en avant et épineux sur les côtés, dilaté, relevé en arrière et épineux sur les côtés ; prosternum en large lamelle avec tubercule spiniforme de chaque côté. Élytres du mâle courtes, bombées, entièrement cachées sous le pronotum prolongé, presque nulles chez la femelle ; ailes nulles dans les deux sexes. Pattes robustes, courtes, à cuisses mutiques, à jambes épineuses en dessous, à articles des tarses élargis et cordiformes, Abdomen grand, ovalaire, renflé, entièrement lisse ; oviscapte très-court, représenté par quatre pointes lancéolées, en dessous d’eux, étroites et aiguës ; en dessus d’eux, larges, comprimées et recourbées au bout.

L'espèce la plus intéressante de ce genre est un grand Locustien, l'E. Guyoni, Aud.-Serv., existant au sud de l'Algérie, à l’est comme à l’ouest, mais rare. On le rencontre à Boghar, à el Aghouat, à Lalla- Maghrnia, près de Ténès, et aux frontières du Maroc, etc., dans leslieux arides et sablonneux. Sa démarche est lourde, ses mouvements comme indécis, et les antennes sans cesse en agitation, Il échappe facilement, au moyen de petits bonds, à la main qui cherche à le saisir.

M. H. Lucas suppose que les élytres coriaces du mâle, arrondies eten recouvrement l’une sur l’autre, doivent produire une stridulation forte et aiguë, Chez la femelle, ces organes ne se manifestent que par une

lamelle molle, arrondie, située de chaque côté du mesonotum. La plaque sous-génitale du mâle est large et échancrée au milieu postérieurement ; celle de la femelle est très-petite et étroite. Ce grand insecte, d’un noir brunâtre assez brillant (long. 40 à 48 millim., larg. 44 à 17; Q long. 50 à 60, larg. 17 à 22), offre, à l’état vivant et dans les deux sexes, toute la partie postérieure du pronotum, qui se prolonge bien plus chez le mâle que chez la femelle, d'un beau rouge de corail formant une large bande qui s'étend jusque sur les côtés rabattus, singulier et riche ornement sur un fond sombre, et qui lui a fait donner par nos soldats le surnom de Grand-cordon de la Légion d'honneur. En outre, les segments abdominaux sont ornés, dans les deux sexes, de taches rouges, arrondies, disposées sur deux rangs et transversalement. Dans une variété remarquable du sud-est de l'Algérie, l'abdomen est sans taches, d'un noir brillant et bronzé (1). Une larve femelle, longue de 40 millimètres et large de 3, était de même couleur, noire sur la tête, brune sur le thorax et l'abdomen, le tubercule frontal peu accusé et bifide, le prothorax à sillons moins accusés et à tubercules épineux latéraux petits, le cordon d'un jaune rouge et non d'un rouge foncé, les taches abdominales blanches et non rouges, l'oviscapte non encore apparent.

Parmi les autres espèces du genre, nous signalerons l'E. Servillei, Reiche et Fairmaire, de l’Abyssinie, et l'E. Maureli, Lucas, du Sénégal et du Soudan.

Dans un genre très-voisin, également subaptère, Hetrodes, Aud.-Serv., l’abdomen offre en dessus des rangées longitudinales de tubercules épineux, le bord antérieur du prothorax a une rangée transversale d'épines, et les jambes postérieures ont en dessus deux séries d'épines; toutes ces mêmes parties étant mutiques chez les Eugaster. Le type est l’H, pupa, Fabr., ou aptera, Linn., du Cap et de diverses autres parties de l'Afrique.

EPHIPPIGERA, Aud.-Serv. — Tête en ovale un peu arrondi, avec deux tubercules sur le vertex ; yeux globuleux, saillants ; antennes assez écartées à la base, mais moins que les yeux, entourées d’un bourrelet, à premier et second article gros, multiarticulées, fines, sétacées, plus longues que le corps. Prosternum (en général) et poitrine mutiques ; pronotum grand, rugueux, formant à peu près le quart ou le tiers de la longueur totale du corps, se relevant brusquement en arrière, et infléchi en avant en forme de selle. Élytres squamiformes, semblables dans les deux sexes, courtes, très-souvent voûütées, en recouvrement l’une sur l’autre, avec une forte réticulation rugueuse, ayant dans les deux sexes l’appareil stridulant, avec un champ anal étendu, distinct du reste

(4) H. Lucas, Note sur le genre Eugaster (Ann. Soc. entom. Fr., 1861, t 1, Ae série, p. 213, et même recueil, séance du 25 mars 14868).

EPHIPPIGERA. 173

par ses nervures fortes et l’amincissement de sa membrane ; ailes très-oblitérées. Pattes en général longues, grêles, surtout les postérieures, munies de fines épines, les jambes antérieures à tympan recouvert ; les tarses à articles subcomprimés, avec pelotes en dessous. Abdomen gros, lisse, convexe en dessus, les cerques du mâle variant de forme suivant les espèces, sa plaque subgénitale munie de styles ; l’oviscapte de la femelle ensiforme, droit ou un peu courbé, sans dentelures sensibles à l'extrémité, et finissant en pointe.

Les Éphippigères ont d'assez nombreuses espèces de l’Europe méridionale et du nord de l'Afrique. Les pièces buccales sont remarquables par les palpes maxillaires beaucoup plus longs que les labiaux, l'article terminal des deux en cône renversé, tronqué au bout. Ces Locustiens sont absolument privés d’ocelles, et même de taches ocelliformes. Par une exception unique chez les Locustiens, la femelle stridule aussi, mais moins que le mâle, et surtout, parait-il, quand elle est inquiétée. La forme voûtée du corselet, et sa nature cornée et élastique, renforcent la stridulation. Chez les larves, le pronotum n'est pas encore relevé en arrière, où il paraît subégal à sa région antérieure ; les nymphes ont les élytres non encore voûtées, mais planes, semi-lunaires, très-finement réticulées, rugueuses, les cuisses souvent non encore épineuses.

M. Fischer (de Fribourg) partage les Éphippigères d'Europe en deux sections. Les premières ont Les carènes latérales du pronotum arrondies, subobsolètes, descendant vers l'angle antérieur latéral. A ce groupe appartient le type du genre, l’Ephippigera Vitium, Aud.-Serv., l’ancien Locusta ephippiger de Fabricius et Latreille, ayant en longueur 18 à 24 millimètres dans les deux sexes, avec oviscapte de 18 millimètres. Cet insecte est vert à l'état vivant, flavescent ou roussâtre sur les sujets secs, soufré en dessous, rarement tout entier violâtre ; le tubercule supérieur du vertex court et sillonné au milieu ; le pronotum réticulé, rugueux en arrière, fortement retroussé, surtout chez les mâles ; la plaque suranale du mâle subquadrangulaire, sillonnée, acutangle au sommet de chaque côté, l’oviscapte de la femelle droit ou subrecourbé à partir du milieu, testacé, à extrémité brune. L'Éphippigère des Vignes se trouve dans une grande partie de l’Europe, aux mois d'août et de septembre, sur les collines arides, les arbustes, dans les vignes, les bois de pins, etc. Le mâle laisse facilement reconnaitre sa présence par sa siridulation aiguë, mais se cache si bien, qu'on le surprend difficilement. L'espèce existe en France, surtout dans tout le Midi, et remonte aux environs de Paris, principalement dans les vignobles en automne, dans le Valais, le pays de Bade, en Bavière, en Autriche, près de Vienne, dans les champs stériles et sablonneux, en Bohême, en Transylvanie, où se rencontre la variété violâtre. Jusqu’à présent l'espèce ne parait pas avoir été observée en Espagne, en Italie, en Belgique, en Angleterre, en Suède et en Russie. Une seconde espèce, ressemblant beaucoup à la précédente, mais plus grande, est l’£. perforata,

Rossi, d'Italie, particulièrement de Toscane, ainsi nommé à cause de la perforation auditive du thorax, qui se voit du reste chez toutes les Éphippigères. D'autres espèces ont les carènes latérales du pronotum plus distinctes, subaiguës, descendant aussi vers l'angle antérieur latéral. Dans ce groupe nous trouvons à citer l’£. rugosicollis, Aud.-Serv., de 18 à 20 millimètres, de l'Europe australe, trouvé en France à Perpi gnan (Rambur), en Sardaigne (Géné), et l’£. monticola, Rambur, se rencontrant en France, dans le Dauphiné, à la Grande-Chartreuse. M. H. Lucas (Exploration de l'Algérie) a fait connaître plusieurs Éphippigères nouvelles de notre colonie algérienne, ainsi l’Æ. costaticollis, Lucas, commun en mai, juin et juillet, dans les lieux ombragés et herbus : placés dans une même boîte, le mâle et la femelle de cette espèce se dévorent, ce qui peut faire supposer des instincts carnivores chez les Éphippigères. En outre, signalons de la même provenance l'E. laticollis, Lucas, sur les tiges des grandes herbes, en juillet, près du lac Houbeira, dans le cercle de la Calle.

On peut placer près du genre Ephippigera le genre Orphania, Fischer de Fribourg, ayant les antennes à peu près de la longueur du corps et entourées d’un bourrelet à la base, les élytres minces, squamiformes et subvoûtées, plus longues chez le mâle et débordant le corselet, quoique celui-ci soit allongé, subincombantes, ayant un champ anal large et à demi-transparent ; celles de la feraelle plus courtes, plus larges, mieux appliquées au corps, peu visibles au delà du corselet, quoique celui-ci soit plus court; les ailes nulles, les pattes fortes, avec toutes les jambes quadricarénées et sillonnées, les antérieures ayant de chaque côté un {tympan ouvert. L’abdomen est grand, surtout chez la femelle, avec plaque suranale distincte dans les deux sexes; les cerques du mâle forts et recourbés, ceux de la femelle plus petits ; la plaque subgénitale du male étroite, droite et sans styles, et l'oviscapte de la femelle denticulé au sommet. Ce genre, que les auteurs placent, ou dans les Ephippigera, ou dans les Odontura où Barbitistes, est représenté dans l'Europe méridionale par une seule espèce, l'O. denticauda, Charp., ayant pour longueur du corps jusqu'aux cerques 27 millimètres 9, 50 à 35 ®, avec oviscapte de 18 millimètres. Cet insecte rare, dont les mâles sont beaucoup plus nombreux que les femelles, est vert, varié çà et là de jaune, la femelle parfois maculée de roux, avec les cerques du mâle pubescents, convergents et mucronés au sommet. On le trouve en Hongrie, aux environs de Vienne, en Suisse dans les Alpes, en France dans les Pyrénées.

Les genres qui suivent ont en général les antennes insérées au sommet du front, par suite rapprochées à la base.

ODONTURA, Rambur, ou BARBITISTES, Charp. — Corps très-variable. Yeux petits ; antennes très-fines, insérées entre les yeux, souvent beaucoup plus longues

: ODONTURA. 175

que le corps. Pronotum cylindrique ou subeylindrique, tronqué en avant, plus ou - moins prolongé en arrière. Élytres abrégées, squamiformes dans les deux + sexes, subincombantes et subvoûtées chez le mâle, munies d'appareils stridulants, ne dépassant pas beaucoup la base de l'abdomen: celles de lx femelle - plus courtes, planes, à peine incombantes au bord interne, ou nulles, du moins - ne débordant pas le corselet ; rudiments d'ailes exigus dans les deux sexes, Pattes le plus souvent grèles, souvent pubescentes: les quatre cuisses anté- “rieures carénées, cylindriques, canaliculées em dessous, mutiques, les quatre jambes antérieures quadricostées, camaliculées sur chaque face, avec toutes leurs côtes épineuses, les deux antérieures ayant un tympan ouvert. Abdomen subearéné en dessus : eerques où courts où atténués au sommet, courbés, décussés ; plaque subgénitale de forme très-variée, toujours dépourvue de styles : - emiscapte subdressé ou subfalqué, rétréci au miliew ow dilaté, toujours denticulé em dessus et en dessous au sommet.

Les Odontures vivent em Europe dans les bois, sur les arbustes, les plantations de Chènes, le Noisetier, la Ronce, etc. Le mâle stridule trèsdoucement. Ce sont des insectes très-élégants et très-vifs, qui, lorsqu'ils marchent, élvent leurs pattes grèles sur le plan de position, comme s ils gravissaient des rochers. Ils se cachent dans les buissons, ayant le plus souvent leur couleur toute verte comme moyen de defense. L'espèce la plus facile à rencontrer pour nous est l'O. punetatissima, Bose, où auitumnalis, Charp., Hagenbach, de petite taille, de 8 à {2 millimètres chez le mâle, 12 à LA chez la femelle, avec oviscapte de 6 millimètres, d'un vert vil à l'état vivant, souvent sublerrugineux après la mort; la tête ayant ume protubéramce pointue emitre les antennes ; le corselet tache de ferrugineux em avant et em arrière, et parfois muni de lignes latérales jaunes : les élytres du mâle em recouvrement, avec une mervure noire arquée : celles de la femelle plus courtes, en écailles, vertes au côté externe, jaumètres à l'intérieur : les quatre jambes antérieures, les tarses et les cerques roux, ceux-ci courbés au sommet : la plaque subgénitale du mâle attémuée et relevée au sommet ; l'oviscapte de la femeile foliacé, recourhé, arqué en dessous, avec le sommet très-fimnement crénelé. Cette espèce est de l'Exrope médiane et boréale, surtout sur les Romces et autres broussailles, et aussi sur Les arbres, par exemple les Hètres, se chauilant en automne sur les feuilles, lorsque le soleil luit après la pluie. On la rencontre dans les Pyrénées, près de Paris et à Fontainebleau, mais assez rare : en Suisse, en Allemagne, en Belgique (Wesmaël), dans les bois du Brabant, principalement sur les feuilles des Ronces et des Hètres : en Angleterre, en Danemark, peut-être en Suède et en Hongrie. Une seconde espèce plus grande, de 16 à 20 millimètres 9", de 14 à 16 Q, avec oviscapte de 9 millimètres, est l'O serrioaude, Fabr., vert, taché de noir, avec des lignes jaunes sur la tèle et le corselet, les élytres à bordure externe jaune, plus longues que le corselet chez le male, r-

rugineuses, plus courtes chez la femelle, planes, vertes ; l'abdomen parsemé d'atomes noirs, surtout chez le mäle, sa plaque subgénitale ample, convexe, carénée et excisée au sommet ; l’oviscapte de la femelle subrecourbé et denticulé au sommet. Cette espèce, qui est rare partout, est disséminée dans plusieurs régions de l'Europe médiane et moyenne, en Piémont, en Suisse, en Silésie, en Saxe, en Autriche, en Bavière, en Belgique, dans la Russie méridionale. On la trouve dans les bois feuillus, surtout ceux de Chênes, se tenant sur les buissons bas en août et septembre. Elle ne paraît pas encore signalée en Suède, en Angleterre, en France. Nous engageons les amateurs de notre pays à la rechercher, car elle y existe très-probablement. Une espèce méridionale à citer est l'O. spinulicauda, Rambur, d'Andalousie, dans les champs, sur les Chardons et les plantes diverses, en Sardaigne, en Algérie, en mai etjuin, près d'Alger et de Constantine, à démarche lente, se plaisant dans les champs, principalement le long des tiges des Chardons et d’autres végétaux. Ajoutons l'O. pyrenæa, Rambur, des Pyrénées, de Sardaigne, de Sicile, en avril et mai, et diverses autres espèces, du midi de l’Europe et de la Russie australe.

SAGA, Charp. — Corps très-long, étroit, comprimé. Tête conique; vertex pro longé en court tubercule trigone ; antennes sétacées, assez épaisses, rapprochées à la base, insérées au sommet du front, entre les yeux. Pronotum seutiforme, subeylindrique en dessus, tronqué ; sternum entièrement épineux. Élytres ou développées, ou bien avortées et squamiformes, subincombantes chez les mâles et munies d'organes de stridulation, non incombantes chez les femelles, latérales, lancéolées ou même nulles ; ailes développées et dépassant un peu les élytres au repos, ou nulles, Pattes robustes, les postérieures très-longues, toutes les cuisses et jambes ayant en dessous une double série d’épines, les jambes antérieures ayant un tympan recouvert. Abdomen subcylindrique, allongé; cerques du mâle longs, gros; plaque subgénitale du mâle munie de styles ; oviscapte ensiforme, long, denticulé en dessous.

Les Saga (Sorcière) ont un aspect grêle qui rappelle certains Phasmiens ; Ce sont les géants des Locustiens d'Europe. Les espèces exotiques ont les élytres et les ailes assez bien développées; les élytres toutefois assez petites et laméolées chez les femelles; les élytres souvent avortées et en écailles dans les espèces d'Europe, et les ailes nulles ; les élytres manquant parfois aussi chez les femelles. Ces insectes se tiennent sur les Légumineuses, et, d’après Fischer de Waldheim, sont carnassiers et saisissent les insectes, surtout les Orthoptères, avec leurs pattes de devant, à la façon des Mantes. On les trouve en Afrique, en Asie et dans l'Europe méridionale, où ils ne paraissent pas dépasser Vienne au nord. Le type est le S. serrata, Fabr., long chez le mâle de 54 millimètres et 70 chez la femelle, avec un oviscapte de 30 millimètres. Le corps est d’un vert pâle, jaunâtre à

MECONEMA. 477

l'état sec, rosé en dessous, avec une ligne blanchâtre sur les côtés de la tête et du corselet, et des lignes pâles longitudinales sur l’abdomen; les élytres du mäàle sont courtes, et nulles chez la femelle; les ailes nulles dans les deux sexes. La femelle a les cerques courts, et sa plaque subgénitale trigone, sillonnée à la base, l'oviscapte un peu courbé, de la longueur de l'abdomen, denticulé au sommet et sur les côtés. Cette espèce existe au sud de la Russie, en Sibérie, en Hongrie, dans la France méridionale, mais rare (Brullé); on la trouve très-rarement en été près de Vienne en Autriche, sur les collines sèches et gazonnées. Ajoutons le S. vittata, Fisch. de Waldh., de la Russie méridionale, espèce très-voisine de la précédente; le S. synophrys, Charp., de Turquie, et dont la femelle atteint 80 millimètres ; le S. elegans, E. Blanch., à élytres allongées et pointues, à ailes assez larges, ayant le bord antérieur participant à la couleur et à l'opacité des élytres, du Cap de Bonne-Espérance, etc.

Les genres de Locustiens qui vont suivre, sauf les derniers, ont les élytres et les ailes bien développées dans les deux sexes.

MECONEMA, Aud.-Serv. — Corps petit, étroit ; vertex à deux tubercules, un supérieur proéminent, un inférieur exigu ; antennes sétacées, multiarticulées, deux ou trois fois plus longues que le corps, assez rapprochées à la base, les deux premiers articles les plus gros, les autres petits. Yeux globuleux, saillants. Corselet court, cylindrique, lisse, trés-finement rebordé, Prosternum mutique, mesosternum et metasternum subincisés au milieu. Élytres assez larges ct dépassant l'abdomen dans les deux sexes, opaques, réticulées, à disposition simple des nervures, sans appareil stridulant chez le mâle ; ailes dans les deux sexes de la longueur des élytres, subhyalines, assez amples. Pattes médiocres, très-finement pubescentes, toutes les cuisses mutiques, les postérieures assez renflées à la base, les quatre jambes antérieures mutiques en avant, ayant de chaque côté en arrière de longues épines ténues, les antérieures avec un tympan ouvert, les postérieures munies de très-fines épines; le troisième article des tarses largement cordiforme, Abdomen médiocre, à cerques du mâle trèslongs et recourbés, à oviscapte ensiforme, non dentelé.

Ce genre n'est représenté que par une espèce, le M. varium, Fabr., qui est un de nos plus jolis Locustiens indigènes. Le corps est long dans les deux sexes de 8 à 12 millimètres, avec l’oviscapte de la femelle de 8 millimètres et plus. L’insecte est d’un vert pâle et jaunâtre, avec une bande dorsale jaune, Les antennes à articles pubescents, avec des taches noires noueuses intercalées, les pattes avec des poils très-courts, la plaque subgénitale du mâle tronquée, celle de la femelle subtrigone, et l’oviscapte de celle-ci un peu plus court que le corps, testacé, subcourbé et aigu au sommet. Le mâle ne stridule pas. Ces insectes

se placent souvent sur les feuilles d'une manière singulière, les quatre pattes antérieures en avant, les postérieures étendues en arrière. L'espèce se trouve, mais assez rare, aux environs de Paris; en août, septembre et octobre, dans les jardins et sur les lisières des bois, sur les arbres et les arbustes, surtout les Tilleuls et les Chênes, et aussi les Genévriers, d’où l’insecte tombe si on les secoue. Dansla première quinzaine de novembre, on trouve des femelles à demi engourdies posées dans les fentes des troncs d’arbres, près de terre, et à cette époque quelques sujets entrent dans les hangars, lesorangeries, etc., et se chauffent au soleil sur les murailles. M. de Heyden a élevé beaucoup de larves de cette espèce avec les galles du Chêne produites par le Cynips terminalis. C’est en mai que les petites larves sortent des œufs, et elles atteignent 2 millimètres avant de muer. Il n’est nullement improbable que cette espèce soit en partie carnassière, d’après la nourriture précédemment indiquée, car les galles de Chêne contiennent des larves de Cynips. L’insecte se rencontre en Toscane, en Suisse, en Allemagne, en France, en Belgique, en Hollande, sur les Ormes (de Geer), en Angleterre près de Londres, en Danemark, en Suède (Scanie et Gothie occidentale).

PHANEROPTERA, Aud.-Serv.— Tête étroite, ovalaire, avec un petit tubercule sillonné sur le vertex ; antennes très-rapprochées à leur base, plus longues que le corps, sétacées, pubescentes, multiarticulées, de finessé capillaire à partir du

troisième article ; yeux petits, globuleux, saillants. Corselet ;avec impression en forme de lyre, souvent étroit, tronqué en avant, avec prolongement arrondi en arrière ; prosternum mutique, mesosternum et metasternum subconcaves, à bords latéraux relevés. Élytres allongées, étroites, linéaires, s'étendant bien au delà de l’extrémité de l’abdomen, avec organe stridulant du mâle tantôt opaque, tantôt transparent ; ailes amples, hyalines, coriacées et colorées vers le bord antérieur du sommet, le plus souvent beaucoup plus longues que les élytres. Pattes grêles, longues, subtilement pubescentes ; toutes les cuisses le plus souvent mutiques, les postérieures dépassant beaucoup l'abdomen, peu épaissies à la base ; jambes canaliculées et quadricarénées, avec très-peu d’épines, les antérieures ayant un tympan soit ouvert, soit fermé ; tarses subcomprimés, subcarénés en dessus, à troisième article largement lobé, à pelotes à peine distinctes. Abdomen subétroit, subcaréné; cerques pubescents dans les deux sexes, plus ou moins recourbés, plus longs dans les mâles; plaque subgénitale du mâle bifurquée au bout, ses deux branches dépassant l’abdomen, de forme variée chez la femelle ; oviscapte court, très-comprimé, à valves aplaties, foliacées, falciforme, denticulé ou crénelé au sommet,

Les Phanéroptères sont d'élégants Locustiens d’uñe taille svelte, à tête petite, à corps étroit, effilé, les ailes dépassant le plus souvent les élytres et parfois assez pour représenter au repos une sorte de queue. Les espèces de ce genre sont en partie des régions tempérées chaudes, en partie des régions tropicales des deux hémisphères. L'espèce type

PHANEROPTERA, PTEROCHROZA. 179

est le P. falcata, Scopoli, long dans les deux sexes de 14 à 16 miilimitres, avec une envergure des élytres de 18 à 21 millimètres, et l'oviscapte de la femelle de 5 millimètres. C'est un Orthoptère d’un joli vert de gramen, taché de noir sur le corps et les pattes, avec une trèspetite pointe sur la tête entre les antennes. Les ailes, qui dépassent les élytres du tiers, sont vertes au sommet du bord antérieur. Les jambes de devant ont un tympan ouvert; la plaque suranale du mâle est ample etsubcarrée, ses cerques sinueusement recourbés vers le sommet, un peu acuminés, sa plaque subgénitale dépassant à peine le ventre, bifide au bout et droite ; elle est subtrigone chez la femelle et loviscapte de celle-ci en forme de faux, dressé à partir de sa base, très- . finement crénelé. L'espèce de l’Europe méridionale et médiane, se trouve dans les prés, les buissons, les vignes. Son vol est très-vif, et La stridulation du mâle très-douce. On la trouve en Égypte, en Toscane, en Carniole, en Suisse, en Hongrie, dans le midi de la Russie, de l’Allemagne, de la France ; elle existe près de Paris, mais assez rare, ou plutôt par places, caractère des espèces méridionales, dont on trouve un certain nombre dans des régions convenables des environs si variés de notre capitale. Ainsi on la rencontre d'habitude à la fin de l'été à Sénart, à Lardy, à Saint-Michel, dans le bois de Valence (Seine-et- Marne). Audinet-Serville dit l'avoir prise une année en abondance dans un bois sec de petits Chênes et de Bruyères, exposé au midi, près de Vaujours. Les Phanéroptères s’envolaient avec rapidité, mais leur vol était de peu de durée, et elles s’abattaient de préférence sur les arbres ; il n'en vit plus au même lieu les autres années. Citons en outre le P. liltifolia, Fabr., espèce plus petite et plus grêle que P. falcata, de Sardaigne, du midi de la France (près de Marseille), de Suisse (Tessin), de Dalmatie, de Naples, de Sicile (près de Syracuse), en juin, d'Algérie, dans les lieux frais, ombragés, herbus, de Russie méridionale, d'Arménie ; et le P. macropoda, Burm., dont les ailes sont moindres que les élytres chez les femelles, un peu plus longues chez les mâles, de Sicile, de Dalmatie, de Grèce, d'Égypte.

PTERCGCHROZA, Aud.-Serv. — Tête étroite, à sommet du vertex trigone, sillonné en dessus ; antennes plus longues que le corps, épaisses, pubescentes, multiarticulées, insérées au milieu du front; palpes sécuriformes, Pronotum court et anguleux de chaque côté, et sternum biépineux à chaque segment. Élytres larges, très-amples, ovalaires, d’aspect de feuille, plus longues que le corps, terminées en pointe, avec une forte nervure longitudinale occupant presque le milieu ; organe stridulant de l’élytre gauche grand, ridé, opaque, celui de l’élytre droite portant un miroir arrondi, assez grand, transparent et rebordé; ailes très-amples, de la longueur des élytres, ordinairement colorées. Pattes longues à petites épines, les tarses déprimés, à large plante, le pénultième article cordiforme. Abdomen assez épais, à appendices gros et trèscourts ; oviscapte long, droit à sa base, recourbé en dessus en lame de sabre

vers l'extrémité, à valves étroites, linéaires, pointues au bout, très-finement

denticulées vers l'extrémité.

Les Ptérochrozes sont des Locustiens exotiques des régions chaudes américaines et surtout de la Guyane et du Brésil, ayant le corps d'un jaune verdâtre, les élytres et les ailes richement colorées de violacé, de pourpré, de jaune, etc., le plus souvent avec des croissants et des ocelles qui rappellent ces papillons dits Paons de jour, Paons de nuit. Ces teintes de feuilles sèches et la forme des organes alaires sont probablement pour ces insectes des moyens défensifs de protection, par assimilation de couleur avec les végétaux. Stoll à figuré un certain nombre de ces beaux Locustiens papilionacés, encore assez mal connus. Audinet-Serville y établit deux divisions. Les Ptérochrozes vrais ont les ailes colorées plus longues que larges, les cuisses peu dentées en dessous. Les uns ont les élytres et les ailes entières : ainsi le type du genre, de la Guyane et du Brésil, le P. ocellata, Linn., figuré par Stoll, indiqué dans Fabricius, de 40 millimètres de long, à corps brunâtre ainsi que de très-longues antennes; à corselet fauve, les élytres d’un rouge assombri de feuille sèche, d'où le nom de siccifolia que de Geer donne à cette espèce; les ailes réticulées de petites lignes brunes, ayant l'extrémité rougeâtre ornée d’un œil noirâtre, avec deux petits croissants blancs superposés au bord externe ; les pattes fauves, l'abdomen fauve annelé de brun; un long oviscapte chez la femelle, finement denticulé vers le bout. Les autres offrent les élytres et les ailes échancrées au bord antérieur, ce qui simule encore mieux les feuilles : ainsi le P. erosa, Stoll, de la Guyane hollandaise, brun, à élytres antérieurement et postérieurement bisinuées, comme déchirées, les ailes blanches; le P. aridifolia, Stoll, brun, varié de pâle, les élytres tachetées, etc. Un autre groupe, les Cycloptères, renferme des espèces à élytres opaques, larges, terminées en pointe, ovalaires, comme dans la première division des Ptérochrozes, les ailes incolores et transparentes et subcirculaires, les cuisses bien dentelées en dessous. Tel est le P. aurantiifolia, Stoll, en entier d’un vert jaunâtre, sauf les ailes, de la Guyane hollandaise et du Brésil.

On peut rapprocher des Ptérochrozes, en raison de leur imitation mimique des végétaux, deux autres genres exotiques ayant les antennes longues et distantes à la base, un tympan elliptique de chaque côté à ia base des jambes antérieures ; le prosternum mutique, la poitrine rétrécie, les élytres larges et ovales, les ailes bien développées et transparentes. Dans le genre, Phyllophora, Thunb., auquel on doit réunir comme synonyme le genre Hyperomala, Aud.-Serv., le pronotum est très-grand et se prolonge en arrière, recouvrant le reste du thorax et une portion variable de l’abdomen, bordé d’une carène dentelée ; les élytres manquent de miroir chez les mâles, ce qui s'explique par leur position gênée sous le pronotum ; les appendices abdominaux sont

CONOCEPHALUS. 181

longs, les pattes peu épineuses. Le P. speciosa, Thunb., est un grand Locustien d’un vert tendre, passant souvent au jaune après la mort; le pronotum s’allonge jusqu'au delà du milieu de l'abdomen, en forme de cône pointu, s’élargissant au centre, ce qui simule la base du cône, puis se rétrécissant en avant et se rabattant sur les côtés du corps; la tête et Le corselet sont rugueux, les élytres verdâtres et sans tache, les ailes dépassant un peu les élytres au repos, diaphanes, un peu vertes en avant; l'abdomen et les pattes verdâtres, sans taches ; de la Nouvelle- Guinée et de l'Australie. Une espèce plus petite est le P. virescens, Boisduval, verdàtre, à pronotum très-grand, recouvrant en entier l'abdomen, aigu postérieurement, avec une ligne longitudinale lui donnant l'apparence de deux élytres soudées à la suture; ses côtés, après la carène dentée, rabattus et embrassant ceux de l'abdomen, comme les élytres des Pimélies (Coléopt., Ténébrion);! les élytres et les ailes sont membraneuses, d'égale longueur, cachées au repos sous le pronotum ; du havre Carteret, Nouvelle-frlande (Mélanésie), sur le canal de Saint-George, en face de l’ile de la Nouvelle-Bretagne.

Le genre Phylloptera, Aud.-Serv., a le pronotum arrondi en arrière et normal, dégageant les organes alaires ; aussi les élytres du mâle ont un organe stridulant subopaque. Les espèces sont surtout de l’Amérique chaude et aussi de lIndo-Chine et des îles Sondaïques. Citons: le P. laurifolia, Linn., de la Martinique; P. ovalifolia, Stoll, de la Guyane et du Brésil; P. myrtifolia, Fabr., de Java ; P. prasina, Stoll, vert en entier; P. citrifolia, Linn., vert et unicolore, de grande taille, de Surinam et du Brésil, etc. Ajoutons enfin deux genres mimiques, les Pseudophyllus, Aud.-Serv., genre des Indes orientales et des îles de la Sonde, ainsi le P. nerifolius, Stoll, de Java ; et Platyphyllum, Aud.-Serv., genre américain, du Mexique et de l'Amérique méridionale, tel le P. viridifolium, Aud.-Serv., du Brésil, etc. Tous ces Locustiens à formes de feuilles ont besoin d'une révision.

€CONOCEPHALES, Thunb. — Corps subétroit, allongé. Tète grande, un peu pyramidale, avec front s’avançant entre les antennes en un cône épais, relevé, obtus au bout; antennes sétacées, multiarticulées, capillaires, plus longues que le corps, les deux premiers articles cylindriques, et le premier dépassant les autres en longueur; yeux arrondis, assez saillants, Corselet court, un peu aplati sur son disque, à carènes latérales peu prononcées. Élytres et ailes parfaitement développées ; les élytres submembraneuses, étroites, allongées, avec le champ ana] de l’élytre gauche du mâle opaque et un miroir hyalin sur l’élytre droite; les ailes un peu plus courtes que les élytres, étroites, hyalines, Les quatre pattes antérieures peu allongées, à cuisses et jambes un peu épineuses ; les jambes de devant non épineuses en avant et à tympan couvert; les hanches de devant avec une épine aiguë; les pattes postérieures grandes, à cuisses denticulées en dessous ; les tarses à articles subcomprimés, avec pelotes en

dessous, Abdomen médiocrement allongé, les cerques du mâle épais et sa

plaque subgénitale munie de styles ; l’oviscapte ensiforme, droit, étroit, souvent plus long que l'abdomen, à valves terminées en pointe,

Le type de ce genre est le C. mandibularis, Charp., ou tuberculatus, Rossi, beaucoup plus grêle que le Locusta viridissima, et de taille moitié moindre, ayant dans les deux sexes 22 à 26 millimètres, 85 à 40 millimètres d'envergure des élytres, 18 millimètres et plus à l'oviscapte (pl. rxm, fig. 7). L'insecte est d’un vert vif, avec les mandibules orangées, le labre, les bouts des palpes et le sommet des tarses rosés. Les cuisses postérieures sont un peu denticulées en dessous, les autres presque mutiques; les élytres, linéaires, subparallèles, vertes et peu opaques, atteignentà peu près l'extrémité de l’oviscapte, et les ailes, transparentes, ont la même longueur. L’oviscapte a les valves étroites, parallèles, trèspointues au bout.

Cette espèce est surtout de l’Europe méridionale, du Portugal, du S. E. de la France, ainsi près de Grenoble, commune en Toscane dans les prairies sylvatiques, arides et insolées, et dans les jardins de l’Istrie, de la Hongrie, de la Suisse (Tessin), de la Russie méridionale, en Algérie en juillet, dans les marais d’Ain-Drean, près du cercle de la Calle, dans les lieux humides, ombragés, herbus. Elle existe près de Paris, mais très-rare, car M. EL. Brisout de Barneville en a trouvé une nymphe, et doit être recherchée dans bien des points de la France.

XIPHEDEUM, Aud.-Serv. — Corps petit, étroit, très-lisse. Tête subtrigone, engagée dans le prothorax, avec un tubercule distinct entre les antennes; antennes sétacées, multiarticulées, plus longues que le corps ; yeux assez gros, globuleux, saillants. Prothorax court, à disque plan, légèrement caréné latéralement. Élytres étroites, submembraneuses, assez transparentes, atténuées vers le sommet, tantôt plus longues, tantôt plus courtes que l’abdomen, avec organe stridulant transparent au centre ; ailes plus longues ou plus courtes que les élytres, subétroites, parfois réduites. Les quatre pattes antérieures assez courtes, les deux hanches de devant armées d’une courte épine, les quatre cuisses antérieures cylindriques, assez épaisses, canaliculées en dessous, mutiques ; les jambes cylindriques, mutiques en avant, ayant en arrière de fortes épines, le tympan des jambes de devant recouvert ; les pattes postérieures allongées, avec les cuisses assez dilatées à la base, puis grêles, ayant un lobe à dents aiguës au sommet, les jambes grêles, quadricostées, épineuses ; les tarses subcomprimés, avec pelotes gonflées en dessous, le troisième article largement cordiforme, Abdomen parfois subcaréné en dessus ; les cerques du mâle droits, parfois dentés intérieurement ; la plaque subgénitale du mâle munie de styles ; l’oviscapte de la femelle ensiforme, droit ou recourbé, parfois finement denticulé.

Le genre Xiphidium ne comprend que peu d'espèces; elles vivent dans les prés humides, et se trouvent en Europe, en Asie, en Afrique

XIPHIDIUM, 183

eten Amérique. La principale espèce est le X, fuscum, Fabr., long, chez le mâle, de 10 à 12 millimètres, de 14 à 16 chez la femelle, avec oviscapte de 12 millimètres et plus. La tête, le corps, les pattes, sont d'un vert d'herbe luisant; les antennes brunes, ainsi qu’une bande dorsale bordée de blanc; les élytres d’un testacé grisätre, dépassant beaucoup l'abdomen ; les ailes incolores, transparentes, dépassant les élytres dans le repos ; les cuisses postérieures assez longues, épineuses en dessous. Les cerques présentent à leur bord interne, un peu au delà du milieu, une épine longue, mince, un peu erochue (pl. zx, fig. 7), entièrement glabre (1) ; cette épine commence à se montrer dans les deux mues qui précèdent l’état parfait, mais elle est alors beaucoup plus courte, et située presque à l'extrémité. La nymphe porte au-dessous des cerques uhe lame translucide, à bords arrondis, qui ne se retrouve pas chez l'adulte ; l'oviscapte est testacé, droit, finement denticulé près du bout chez les individus de Suisse, plus court, n'ayant que 9 millimètres, e‘ presque mutique chez ceux de Provence. Le X. fuscum est de l'Europe médiane et boréale, dans les prés humides, sur les Roseaux, sur les feuilles des Saules, le long des rives des fleuves, dans les fossés pleins d’eau où croissent les Polygonum, les Alisma, les Jones. Il vole rarement, stridule très-doucement et ne saute pas loin. Le mâle stridulani monte ou descend le long des Roseaux, en agitant continuellement ses longues antennes d’un mouvement oscillatoire lent et régulier, l'une s'élevant quand l'autre s’abaisse. On trouve les petites larves au mois de juin, les nymphes en juillet et août, les adultes en août et septembre. L'espèce vit en Russie, en Italie, dans le sud de la Suède, peut-être en Angleterre, sur les rives du Danube, du Rhin, du Mein, etc. On la trouve aux environs de Paris, à la fin de l'été, dans les prairies humides. Une seconde espèce, plus petite que la précédente, et le plus petit Locustien d'Europe, est le X. dorsale, Latr., ayant ure longueur de 10 millimètres chez le mâle, 14 chez la femelle, avec l’oviscapte de 8 millimètres. Il est vert, avec une bande dorsale fauve, les élytres et les ailes plus courtes dans les deux sexes que l'abdomen, les cuisses postérieures peu allongées, mutiques en dessous, les cerques du mâle ayant en dedans une dent médiane, l’oviscapte de la femelle testacé, subrecourbé, un peu plus court que l'abdomen, très-finement denticulé en dessus et en dessous. Cette espèce est dispersée dans divers pays de l'Europe, dans les prés humides et marécageux. Latreille dit l'avoir trouvée près de Paris, sur les rives de l'étang de Saint-Gratien, voisin de Montmorency, mais peut-être Latreille l’a-t-il confondue avec le À. fuscum, car Audinet-Serville ne mentionne'pas cette seconde espèce. M. L. Brisout de Barneville a capturé le X. dorsale dans les vallées de la Juine et de l'Essonne, du département de l'Eure, et dans celui de “Maine-et-Loire. Elle existe très-locale en Belgique, dans les dunes,

(1) Yersin, Bull. Soc, vaud. des se, natur., séance du 18 avril 1855.

dans la plaine de Monplaisir, près de Bruxelles (Wesmaël), et dans plusieurs autres endroits tout à fait aquatiques, ne paraissant pas quitter les Jones qui croissent au milieu de l’eau, en août et septembre. Au commencement d'août, les nymphes sont communes, mais peu d’exemplaires sont encore adultes. L'espèce a encore été signalée près de Lunebourg, à Salzhausen, près de Giessen, dans un terrain salé, en Silésie, près de Berlin, en Danemark, commune au bord de la mer sur les Roseaux et les Carex les plus élevés, en Suède près de Holm, en Angleterre, assez fréquente près de New-Forest et de Londres (Stephens), en Russie ?. Dans la faune de la Russie méridionale, Fischer de Waldheim cite le X. thoracicum, F. W., peut-être le même que X. concolor, Burm., d'Égypte. Enfin, il y a quelques espèces exotiques.

LOCUSTA, Fab. — Corps grand. Tête perpendiculaire, à vertex subcomprimé entre les antennes en un tubercule court et obtus; antennes sétacées, capillaires, plus longues que le corps; yeux globuleux, saillants; palpes maxillaires beaucoup plus longs que les labiaux. Pronotum cylindrique, prolongé postérieurement, avec des carènes latérales ; prosternum muni de deux longues épines, droites et rapprochées, metasternum profondément excisé. Élytres et ailes bien développées et dépassant l’abdomen; les élytres allongées, membrano-coriaces, subopaques, arrondies au bout, avec tambour hyalin sur le champ anal de l’élytre droite ; les ailes assez amples, pellucides, un peu plus courtes que les élytres. Jambes épineuses, cuisses postérieures peu renflées à la base et ayant en dessous deux carènes épineuses. Abdomen cylindrique, caréné en dessus, à appendices poilus, sauf l’oviscapte ; plaque suranale des mâles ample, bordée et excisée, prolongée en pointe de chaque côté : réduite chez les femelles et avec un appendice médian subcochléariforme ; cerques robustes, longs, avec une dent interne chez le mäle, simples, mutiques, subulés chez la femelle; plaque subgénitale côtelée dans les deux sexes, excisée au sommet, munie de styles chez les mâles ; oviscapte long, droit, ensiforme, à valves terminées en pointe,

Les espèces de ce genre se trouvent en Europe et dans l'Afrique boréale, en Australie, aux Indes, aux îles Sondaïques, dans l'Amérique méridionale. Elles vivent sur les arbres et dans les champs, et ont une stridulation très-aiguë et continue. Le type est cet insecte commun, nommé à tort Cigale par les paysans des environs de Paris et figuré sous ce nom dans les anciennes éditions illustrées des Fables de La Fontaine faites du vivant de l’auteur. C’est le L. viridissima, Linn., la Sauterelle à coutelas de Geoffroy, d'un vert un peu pâle, long dans les deux sexes de 27 à 32 millimètres, avec envergure des élytres de plus de 50 millimètres, et l’oviscapte de près de 27. Le corps est lisse et glabre ; les antennes très-longues, vertes à la base, jaunâtres ensuite ; le des: sus de la tête et du pronotum ferrugineux ; les élytres, dans les deux sexes, d’une longueur presque double de celle de l'abdomen, sont

Page 1