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BEMBEX

Fabr., très-commun sur les Eryngium de nos dunes méditerranéennes et y creusant le sable, également d'Allemagne, d'Italie, d'Espagne, de Portugal, d'Algérie, à Bone, Constantine et dans le cercle de la Calle, où l'espèce est assez abondante en juin sur l’Echinops spinosus, de Tranquebar (Indes, Catal. Brit. Mus.); B. repandus, Latr., sur les dunes avec le précédent, s’en éloignant jusqu'à Béziers, très-commun, ayant deux apparitions, mars et juin, en Algérie, près de! Bone et dans le cercle de la Calle.

Le genre Bembex compte une soixantaine d'espèces, celles d'Europe presque exclusivement méridionales, les autres d'Algérie, d'Égypte, du Cap, de la Guinée, de Port-Natal, d'Australie, de Tasmanie, des Indes, de Sumatra, du Brésil, de Colombie, du Pérou, du Chili, du Mexique, de la Floride, de la Pensylvanie. Nous représentons une espèce du Pérou et du Chili, le B. peruvianus, G.-Mén., sujet màle (pl. LxxIv, fig. 6). Ce mâle n’a pas en dessous les crêtes coniques des segments 2 et 6 de l'abdomen, qu'on observe dans nos espèces européennes. C’est à propos de cette espèce que Guérin-Méneville donne comme caractère général des mâles des Bembex la denticulation du dessous des pattes intermédiaires.

Les mœurs du B. rostratus ont été bien étudiées par Latreille et Lepeletier Saint-Fargeau, ce dernier à Fontainebleau et au Vésinet, près de Paris. Les terriers sont creusés dans un sable mouvant à la surface, mais plus solide au fond, comme sont souvent les sentiers des bois à sol sablonneux, les dunes, où l’on trouve aussi ce Bembex. J'ai pris les deux sexes sur les dunes, entre Saint-Aubin et Courseulles (Calvados), en août, autour de leurs larges trous trièdres et non arrondis, placés en général au levant, sur de légères éminences de sable. Ordinairement les nids sont très-rapprochés, et ressemblent en petit aux terriers des lapins; on en voit souvent une quinzaine sur 3 à 4 mètres carrés. Les femelles sout occupées ou à creuser la terre, ou à rapporter des vivres, indifférentes au travail de leurs voisines. La population bourdonne et tourbillonne autour de l'observateur, qui doit rester immobile pour ne rien troubler et bien voir. Chaque femelle qui quitte son nid en bouche l'entrée avec le sable mouvant qui en garnit les bords, et, à son retour, sait la retrouver et la déboucher avec facilité. Cest une précaution de la femelle pour garantir son nid des parasites et des carnassiers. Si l'on dérange le sable en son absence, quand elle revient, elle pose momentanément sa proie, parcourt les environs, interroge le sol à petits coups répétés du bout de ses antennes, finit toujours par retrouver l’orifice du trou, qu'elle rouvre; puis, allant reprendre sa proie, elle la porte dans son nid. Comme la proie est d'ordinaire assez grosse, elle ne peut l'introduire en même temps que son corps; ce sont les deux jambes postérieures et leurs tarses qui la saisissent, au moyen de fortes épines dont ils sont munis, et l'entrainent dans le trou. Quand elle y est placée, elle va en chercher une autre.

Les mâles sont très-ardents. Ils sont posés de distance en distance sur le sable, ou volent sans s'écarter de l'espace occupé par les nids, ou planent, immobiles en l'air, au-dessus d’un trou, attendant la sortie d'une femelle, qui leur a échappé en y entrant. Quand elle sort, ils se précipitent sur elle, parfois trois ou quatre ensemble, et se roulent avec elle sur le sable; de sorte qu'il peut arriver qu'aucun d'eux ne la saisisse et qu'elle s'envole momentanément. Les mâles se jettent aussi quelquefois sur des femelles chargées de butin, et par conséquent déjà fécondées, qui finissent par s’en débarrasser. Si le mâle s'est fixé sur la femelle, le couple s'envole hors de la portée des yeux de l'observateur. La femelle, au bout d'un quart d'heure à peu près, revient à son trou, et continue à le creuser, pour l'approvisionner ensuite. Chaque trou ne contiendra qu'un œuf et la provision nécessaire pour amener une seule larve à son développement complet.

Ce sont des Diptères à l'état parfait qui rempliront le fond du nid du Bembex, et choisis dans les grosses espèces des Tabaniens, des Syrphiens, des Musciens : ainsi les genres Strationys, Eristalis, etc. La femelle pique les Mouches qu’elle saisit sur les fleurs, après les avoir assujetties entre les pattes de devant. Tous les Diptères qu'on peut enlever aux Bembex revenant à leurs terriers sont anesthésiés par le venin, encore vivants, pouvant remuer leurs paites, mais incapables de marcher, ni, à plus forte raison, de voler. On peut les conserver dans cette Iéthargie qui n’est pas la mort, en les gardant pendant une dizaine de jours dans une boîte. Ils pourront donc être dévorés, vivants, mais inaptes à se défendre, par la larve du Bembex. La provision que fait la mère pour chaque larve est de dix à douze victimes. Elle fait une nouvelle fouille pour chaque œuf qu'elle a à pondre, et, comme elle en pond au moins dix, la postérité de chaque femelle coûte la vie à cent ou cent vingt Diptères adultes. Le fond du nid où sont les Diptères est à 4 ou 6 centimètres de profondeur perpendiculaire au sol. La provision faite, la mère remplit le trou de sable, qu'elle y pousse et qu'elle entasse avec effort. Ce nid est quelquefois débouché par un Chrysidien, le Parnopes carnea, Rossi, dont la larve vit aux dépers de celle du B. rostratus.

M. H. Lucas a observé en 1867 les terriers de B. rostratus dans une sablière entre Saint-Malo et Saint-Servan (Ille-et-Vilaine). Il a remarqué que ces insectes ne rentraient pas immédiatement dans leurs trous avec les Diplères qui leur servent de proie, mais les déposent momentanément, paraissant obligés de chercher et de reconnaitre l'entrée des nids. Les Diptères appartiennent à des tribus variées. M. Lucas a pu déterminer les espèces suivantes : £ristalis tenax, Volucella zonaria, Strationys Chamæleon, Syrphus balteatus, Helophilus pendulus, Bombylius medius, ete. Ce sont des espèces de faille grande ou moyenne, appropriée à celle des Bembex.

BEMBEX. — SPHÉGILNS. 961

M. Fabre (1) à étudié, près d'Avignon, un Bembex méridional, qui est, je crois, le B. tarsatus. Ses terriers sont analogues à ceux du B. rostrlaus; mais, par un fait très-curieux, fort rare chez les nidifiants solilaires et analogue à ce qui se passe chez les Hyménoptères sociaux, où une seule mère commence le nid (Bourdons, Guêpes), la femelle Bembex connaît ses larves et les nourrit successivement de Diptères appropriés à leur taille.

D'abord l’œuf est pondu à côté d’un seul petit Diptère, généralement le Sphœærophoria scripta, Macquart (Syrphiens). Les larves, devenues grosses, sont nourries de gros Diptères très-variés. M. Fabre s'en est assuré en les enlevant à la mère, les marquant par l’arrachage d’une patte ou d’une aile, les rendant à la femelle, et retrouvant ensuite la proie ainsi marquée entre les mandibules d'une forte larve dans le terrier. Ce sont d'ordinaire des Diptères des genres Bombylius, Eristalis, Helophilus et Syrphus. Ces Diptères, renouvelés au jour le jour, sont morts et ne sont pas piqués par le Bembex, autre différence qu'il présente avec le B. rostratus. Il s'abat sur quelque objet avec le Diptère qu'il a saisi, et lui tord et retord la tête à l’aide de ses mandibules.

A la suite des Bembex se place un genre américain, Monedula, Latr., comprenant une vingtaine d'espèces de l'Amérique méridionale, des Antilles et des États-Unis du Sud. Ce genre a la plupart des caractères des Bembex, mais s'en distingue par des palpes plus longs, les maxillaires compotés de six articles, les labiaux de quatre, et par les ailes supérieures, dont la troisième cellule cubitale est distante de la cellule radiale, et non presque connivente avec elle.

Nous citerons à consulter, en terminant les Crabroniens: Fr. Chevrier, Description de quelques Hyménoptères du Lassin du Leman (Mittheilungen der Schweiz. entomol. Gesellsch. octobre 1870, t. HI, p. 264). Il décrit trois espèces nouvelles : le Pemphredon podagricus, Chevr., voisin du lugubris, le Cemonus strigatus, Chevr., le Psen distinctus, Chevr.

Citons encore : C. Th. de Siebold, Observationes quædam entomoloyicæ de Oxybelo uniglume atque Millogramma conica (Erlangen, 1541). Le mémoire traite des terriers creusés par l'Oxybèle, des Diptères capturés pour les larves, qui sont des Musciens et plus rarement des Dolichopodiens, puis d'une Miltogramme (Diptères, Musciens, Entomobies) qui pond sur les Diptères apportés.

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