‹ Les insectesChapitre 105 sur 119 · SPHEX · texte numérisé non relu

SPHEX

devient pionnier et chasseur pour sa postérité. C'est par peuplades de dix à trente individus environ qu’on les voit creuser le sol arénacé, horizontal, sans abri, mais exposé au midi. Il est rapidement attaqué avec les râteaux des pattes antérieures, canis instar, suivant l'expression de Linnæus.

A chaque terrier correspondent ordinairement trois cellules, rarement deux, plus rarement encore quatre. Or la dissection montre que chaque femelle peut pondre une trentaine d'œufs, ce qui porte à dix le nombre de terriers nécessaires. D'autre part les travaux s’effectuant en septembre seulement, le Sphex n’a que deux ou trois jours à consacrer à chaque terrier et à ses provisions, une douzaine de Grillons par terrier, et il faut décompter les jours de vent, de pluie et de temps froid et sombre, qui suspendent tout travail. De là une activité continuelle, des demeures rapidement creusées et peu solides et par suite annuelles, tandis que les Cerceris ont des terriers séculaires, très-résistants aux outils, transmis de génération en génération et rendus chaque année plus profonds. Aussi les larves de Sphex, qui ne seront protégées que par une mince couche de sable, sauront, grâce à des glandes sérifiques très-développées, se revêtir d’une triple et quadruple enveloppe

imperméable.

h, proie du S. flavipennis consiste en Grillons, apportés un à un, tenus par une antenne entre les mandibules ou entre les pattes, partie au vol, partie à la marche, le Sphex tirant alors le Grillon par une antenne entre ses mandibules et à califourchon sur lui. Le Grillon est, après mille obstacles surmontés, amené à destination, et se trouve placé de manière que ses antennes arrivent précisément à l’orifice du terrier. Le Sphex abandonne alors sa proie, descend précipitamment au fond du souterrain, probablement par une précaution instinctive de surveillance contre un ennemi qui pourrait être entré dans Île trou. Puis le Sphex reparait, montrant sa tête au dehors et jetant une sorte de cri, saisit les antennes du Grillon et l’entraîne au fond du terrier. Cette manœuvre est instinctive, car on la fait recommencer invariablement au Sphex autant de fois que l’on veut, si on lui retire son Grillon quand il est en visite au fond du trou, la proie à l'entrée.

Le nombre ordinaire des Grillons donnés en pâture à chaque larve est de quatre. Chacun est anesthésié par le venin, et l'on peut s'assurer, en remplaçant le Grillon engourdi que transporte le Sphex par un Grillon vivant, que la victime, renversée sur le dos, est piquée une première fois au cou, puis une seconde fois dans l'articulation qui sépare le prothorax du mésothorax, c'est-à-dire en des points où sont des ganelions nerveux thoraciques, au nombre de trois chez les Grillons. La vie latente des victimes persiste pendant plusieurs semaines.

Des ennemis divers ne laisseront pas toujours à la larve du Sphex la jouissance de la proie mise en réserve par la sollicitude maternelle. De même que pour les Cerceris et leurs Charansons, des Musciens du

groupe des Tachinaires poursuivent avec acharnement les Sphex arrivant avec le gibier entre les pattes, et se glissent inaperçus sous le ventre du ravisseur, pour déposer leurs œufs sur la victime, avant qu'elle soit introduite dans le terrier. Des Chrysidiens pondent dans les cellules, ou peut-être à l’intérieur du corps des larves ; des Chalcidiens se glissent partout, grâce à l’exiguité de leur taille.

L’œuf du Sphex est blanc, allongé, cylindrique, un peu courbé en are, et de 8 à 4 millim. de longueur, déposé en travers, sur la poitrine du Grillon, entre les paires de pattes 1 et 2. Il en sort, au bout de trois ou quatre jours, par déchirement du chorion, un vermisseau transparent comme du cristal, atténué en avant, légèrement renflé en arrière, orné de chaque côté d'un étroit filet blanc formé par les deux principaux troncs trachéens.

La larve, à toute sa grosseur, mesure de 25 à 30 millim. de long sur k à6de large. La couleur du corps est d’un blanc jaunâtre, avec d'innombrables ponctuations d’un blanc crétacé : ce sont de fins granules d’acide urique qui remplissent le tissu adipeux. Ils sont solubles dans l’acide azotique, puis une goutte d'ammoniaque sur la solution azotique évaporée donne la teinte de carmin de la murexide. De même les larves carnassières des Cerceris, des Bembex, des Tachytes, des Ammophiles, des Scoliens, ont leur tissu adipeux parsemé de ces fines granulations d'acide urique, aussi bien que les larves mellivores d’Anthophores et d'Anthidies, que les pupes des Tachines, les nymphes de Sifaris humeralis (Cantharidiens, Coléoptères), les chrysalides de divers Lépidoptères, etc. Au contraire il n’y a pas d'acide urique dans les larves carnassières de l’Hydrophilus piceus (Coléoptères), et dans les chenilles herbivores d’Aftacus Piri et de Pygæra bucephala (Lépidoptères hétérocères).

Il se passe ici quelque chose d’analogue à ce qui a lieu chez les Vertébrés, alors que, les reins étant enlevés ou leurs vaisseaux ligaturés, on voit l’urée s’accumuler dans le sang. La larve du Sphex a de l'acide urique dans sa graisse, parce qu'elle ne fait pas d’excréments solides, tandis que celle de l'Hydrophile, où la défécation est continue, se débarrasse à mesure de l'acide urique. De même dans les nymphes chrysalides et pupes sans excréments, l'acide urique s’accumule dans le tissu adipeux.

Après que la larve du S. flavipennis a dévoré son quatrième Grillon, elle s’entoure d’un cocon roux, à trois enveloppes superposées, ayant à l'extérieur une bourre grossière, mêlée de grains sableux et de débris de Grillons. Un vernis violacé à l’intérieur rend ce cocon imperméable à l’eau. La larve du Sphex y demeure en torpeur pendant dix mois, de la fin de septembre aux premiers jours de juillet de l’année suivante. Elle devient alors nymphe, d’abord blanche, puis se colorant peu à peu, pour devenir noire et rouge, sans l'intervention de la lumière. Ainsi que L. Dufour l'avait constaté pour les nymphes d'Odynères, M. Fabre

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