ACRIDIENS. — ANATOMIE, STRIDULATION
renflement oblong d'où part le canal déférent très-grêle, ayant environ deux fois la longueur du testicule, et également couvert par la tunique orangéé. Il se rend aux vésicules séminales, et forme, avec son congée nère, une sorte d’anneau dans lequel passe le tube digestif. Les vésicules séminales, d’après L. Dufour, peut-être des glandes annexes, sont formées de chaque côté par une douzaine de minces filets tubuleux, et au milieu sont deux corps orangés constituant probablement deux glandes annexes à replis serrés et contigus, terminés par un renflement ovoïde. Les deux canaux déférents se réunissent après ces organes en un court canal éjaculateur du sperme. Chez l'Acridium lineola, il y a une cinquantaine de capsules spermatiques, une trentaine chez le Stenobothrus biguttulus, où, par contre, il n’y a que six ou sept vésicules séminales. Les deux testicules des Tettix paraissent séparés, même en dessus , sous leur tunique jaune, et occupent toute la longueur de l'abdomen lors de la turgescence séminale ; leurs capsules spermatiques, bien plus courtes proportionnellement que dans le type ordinaire des Criquets, sont oblongues, conoïdes ou turbinées, et sessiles sur le côté d’un axe tubuleux, Le reste de l'appareil mâle est analogue à ce qui a été dit.
Chez les femelles, les ovaires de l'OE. fasciata sont, comme les testicules, réunis en une seule masse ellipsoïdale, sans trace de division. Sous le tissu adipeux et l’amas de trachées, on reconnait deux ovaires, formés chacun d'un calice oblong, vésiculeux, terminé en avant par un long boyau aveugle, filiforme, très-flexueux, garni au bord interne d’une double rangée de 14 capsules ovigères (6 à 7 chez le S. biguttulus), longues, multiloculaires, qu'un ligament suspenseur commun rattache au thorax; en arrière, les deux calices atténués se réunissent en un court oviducte; un long vaisseau flexueux, renflé au bout aveugle, inséré d'autre part à l'origine de l'oviducte, constitue, suivant L. Dufour, une glande sécrétant l'enduit des œufs. Chez le Tettix subulatus même analogie entre les appareils des deux sexes. Les deux ovaires, chacun d’une vingtaine de gaines ovigèrés en deux rangées unilatérales internes, sont bien distincts, et à l'oviducte se rend une glande annexe compliquée, de couleur violacée due à un liquide de cette nuance, ce qui fait supposer à L. Dufour que les œufs de ce Tettixæ doivent avoir, après la porite, une couleur violette.
La plupart des Acridiens mâles ont une stridulation, mais par un mécanisme tout différent de celui des Locustiens et des Grylliens. Si ces derniers jouent en quelque sorte du tambour de basque, les premiers sont des violonistes. Quand un Criquet veut chanter, il se pose sur ses quatre pattes antérieures, replie les jambes postérieures contre les cuisses, où elles sont logées dans des rainures pratiquées exprès, puis il frotte avec rapidité les cuisses postérieures contre les élytres appliquées au corps (chez les Pneumora, contre les dentelures d’un énorme abdomen vésiculeux). Les grands musiciens exécutent ce mouvement d'une maä-
nière presque continue et avec vivacité ; ceux qui sont peu chanteurs se contentent de passer deux ou trois fois leurs cuisses contre leurs élytres. Parmi ces derniers, il n'est pas rare d'en voir qui mettent en mouvement leurs cuisses l'une après l'autre, ou qui les meuvent ensemble sans produire de bruit. Il est permis de supposer qu'il y a alors des sons destinés à leurs seuls auditeurs naturels, mais insensibles pour l'oreille humaine, qui peut percevoir des sons de toute hauteur, mais à condition qu'ils aient une intensité suffisante. Les Stenobothrus figurent parmi les Criquets les plus bruyants. Si l’on détache une de leurs élytres, on voit que, sur le flanc, le champ discoïdal surtoutest plus ou moins translucide et formé d’une membrane sèche et élastique. Une forte nervure longitudinale, que M. Goureau (Essai sur la stridul. des Ins., dans Ann. Soc. entom. Fr., 1837, VI, p. 51) appelle la chanterelle, est accompagnée en dessus et en dessous de deux nervures beaucoup plus fines. Chacun des deux espaces transparents est divisé en aréoles parallélogrammiques par des nervules perpendiculaires à la chanterelle ; toutes ces nervures sont saillantes au-dessus de la membrane de l'élytre, et l’on ne peut pas faire glisser sur elles la pointe d'une épingle sans les accrocher et mettre les nervures, puis la membrane, en vibration. Cette région à aréoles transparentes est comparée par M. Goureau à un violon. La cuisse postérieure de l’insecte a une sculpture externe compliquée. Les faces, en dedans et en dehors, offrent chacune un compartiment où semble dessinée une fronde de fougère encadrée entre des rebords saillants. Le long de la face interne règne un sillon où se loge la jambe à la volonté de l'insecte. Contre cette rainure et le compartiment à fronde de fougère est une petite côte saillante s'étendant tout le long de la cuisse, et striée en dentelure comme une lime : c'est l’archet du violon. Quand l'insecte passe ses cuisses contre les élytres en les appuyant, l’archet frotte sur la chanterelle, et y excite des vibrations sonores qui se propagent dans toute l'élytre, et produisent des sons d'autant plus vifs et plus intenses que le mouvement est plus rapide et la pression plus considérable. Le rang interne des épines de la jambe ne paraît pas concourir à la stridulation, et le Criquet à jambes postérieures coupées continue striduler. Chez les Grillons et les Sauterelles, les deux tambours contribuent à la production du son, l’archet placé sur l’un, résonnant aussi bien que la chanterelle située sur l’autre ; dans les Criquets, l'archet de la cuisse est muet, et le violon seul de l'élytre rend des sons.
Les Acridiens qui ont les élytres opaques, avec des aréoles petites, à nervures très-peu saillantes et dont l’archet est peu ou point denticulé, ne rendent que des sons faibles et rares, surtout quand le mâle aborde la femelle. Il est probable que les sculptures foliacées et imbriquées en petit gradin tiennent plus ou moins lieu d'archet, et excitent des vibrations en passant sur la chanterelle : ainsi chez les OEdipoda fasciata et cærulans,le Caloptenus italicus, ete. Les femelles de toutes les espèces