ACRIDIENS. -— STRIDULATION, TYMPANS
semblent munies d’archets lisses et de violons moins bien organisés que ceux des mâles. M. Goureau les regarde comme muettes pour nous, mais non pour leurs mâles, car on les voit souvent frotter leurs cuisses sur leurs élytres, comme pour chanter. Il y a des espèces qui n'ont que des rudiments d'ailes et d'élytres (certains Stenobothrus, les Pezotettix des montagnes), avec un archel sans dentelures, et on les regarde dès lors comme muettes. On peut exciter la stridulation chez un Criquet mort, si les articulations sont restées souples ; mais le bruit perçu est beaucoup plus faible que celui que fait entendre l'insecte dans son état de vie et de liberté. Cette différence entre les sons artificiels et naturels se présente pour tous les insectes stridulants, et provient sans doute de ce que nous ne savons pas disposer convenablement leurs instruments, et nous en servir comme ils le font eux-mêmes. Chez les espèces à cri faible, on n'entend rien quand on fait frotter la cuisse contre l’élytre, et cependant, dans les doigts qui font mouvoir celle-ci, on a la sensation d’un frottement sensible résultant de surfaces hérissées d’aspérités : ce frottement doit produire un son, mais trop peu intense pour notre oreille.
Les Tettix n’offrent ni archet à la surface interne de leurs cuisses, ni chanterelle sur leurs élytres. M. Goureau dit, malgré l’assertion de quelques auteurs, ‘n'avoir jamais entendu ces insectes striduler, et n'avoir réussi àexciter aucun son sensible en frottant leurs cuisses contre les élytres ou contre les bords du corselet. En outre, ces insectes manquent de la cavité auditive abdominale dont nous allons parler, et qui est certainement liée à l'existence de la stridulation. Il faut bien remarquer, en outre, que les Criquets, aussi bien que les Sauterelles, font entendre en volant un frémissement assez fort, mais sans rapport avec la striduiation. ,
On connaît depuis longtemps chez les Acridiens la cavité sous-alaire du premier segment abdominal. Latreille, d'après Linnæus, croyait que cet organe concourait à la stridulation, et M. Burmeister avait partagé cette opinion; mais J. Müller (1826), puis M. Goureau (1837, op.cit., p. 59), et enfin de Siebold, y reconnurent un appareil d’audition, commun aux mâles et aux femelles. Si lon ferme ces trous avec du suif, si l'on perce ou déchire les tympans, l’insecte ne meurt pas. On peut enlever l'appareil sans lésion, en coupant le contour écailleux auquel il est fixé. Il existe un peu chez les larves, beaucoup plus développé chez les nymphes, tout à fait complet chez les adultes ; d’où l’on peut conclure que sa fonction n’est parfaite qu'à cette dernière époque de la vie de linsecte. Quelques prolongements cornés adhèrent au bord intérieur de la membrane argentée du tympan; ils reçoivent entre eux le labyrinthe membraneux, c’est-à-dire une vésicule très-mince, pleine d’une liqueur transparente. Un nerf sorti du ganglion métathoracique forme ganglion dans ce tympan, et se diffuse près du labyrinthe en nombreux bâtonnets claviformes situés vis-à-vis des globules ganglionnaires. On
doit être frappé de l'analogie de cette oreille avec l'organe découvert par M. Landois dans l'abdomen des Grylliens indigènes, et qu'il regarde comme non fonctionnel.
Les premiers préludes de l’accouplement sont la stridulation des mâles, qui est plus variée que dans les autres tribus d'Orthoptères bruyants. Chez le Stenobothrus biguttulus, si commun dans toute l’Europe , elle est d'abord croissante en intensité, puis décroissante, et remarquable par son timbre métallique. On peut saisir, dans beaucoup d'espèces, des rhythmes assez nets pour qu'ils aient été notés en musique (1), aussi bien sur des espèces d'Europe que sur celles d'Amérique. On à mis en musique également les bruits de certains Grylliens et Locustiens, où les différences de rhythme sont bien moins grandes que chez les Acridiens violonistes. Les Criquets musiciens, surtout les Stenobothrus, toujours diurnes, montent sur les tiges des Graminées, sur les feuilles des bas buissons, et font constamment retentir l'air d’une chanson aigre et monotone, composée de couplets sans nombre, de huit à dix secondes de durée, séparés par une pause de deux ou trois secondes. Lorsqu'ils ont ainsi chanté pendant un certain temps, s'ils ne voient venir aucune femelle, ils s'envolent, et vont se poser sur une autre tige, où ils recommencent leur stridulation. S'ils sont avertis de l'approche ou du voisinage d'une femelle, ils redoublent d’ardeur tant qu'elle est au loin ; mais, lorsqu'elle est voisine, ils changent la note en baissant le ton, adoucissent leurs accents d'appel, et ne font plus entendre qu'une stridulation douce et tendre, le chant d'amour. D’autres Acridiens, à son moins éclatant, se tiennent presque toujours sur la terre, où ils marchent avec facilité et courent avec une assez grande vitesse. Ils y restent silencieux jusqu'au moment où ils aperçoivent une femelle; alors ils courent à sa rencontre et s'arrêtent à petite distance. Là ils font entendre une stridulation faible, formée de quelques cris, et qu'il faut écouter avec attention si l’on veut les percevoir. Si la femelle reste immobile, ils s’élancent sur elle; si elle continue à marcher, le mâle s'éloigne, pour revenir ensuite ou se mettre en quête d’une autre.
La copulation des Acridiens a été décrite avec soin par Zinnani pour le Caloptenus italicus, et observée aussi sur d’attres espèces par M. Fischer, de Fribourg. Le mâle saute sur la femelle, vaincue par le chant d'amour, l’attire étroitement embrassée avec ses quatre pattes antérieures; fait jaillir peu à peu son pénis, ouvre l'abdomen de la femelle entre les valvules à l’aide d’une de ses pattes postérieures, l'amène à lui, saisit ces parties avec les deux cerques (qui sont en hameçons chez le C, italicus), et au même moment introduit son pénis dans la vulve.
(4) Yersin, Mémoire sur quelques faits relatifs à la stridulation des Ortho+ ptères, ete. (extrait du Bull. de la Soc. vaudoise dessce. natur.).—$S. Scudder, Notes on the stridulation of some New-England Orthoptera (Proceedings of the Boston Soc, of natur. Hist., vol. XI, April 1868).