ACRIDIENS. ——- MIGRATIONS
sinistres. Comme garantie d'authenticité, nous ne prendrons d'exemples que dans les époques les plus récentes. Si les Hannetons ont fait rebrousser chemin à une diligence (vol. 1, p. 442), les Criquets ont entravé la marche d’une armée. Après la défaite de Pultawa et en retraite dans la Bessarabie, les troupes de Charles XIT furent contraintes de s’arrêter dans un défilé. Les hommes et les chevaux étaient aveuglés par une grêle vivante, sortie d’un nuage épais interceptant le soleil. L'approche des Criquets fut annoncée par un sifflement. Le voyageur anglais Barrow rapporte que, dans l'Afrique australe, en 1797, ces insectes couvrirent le sol sur une étendue de deux milles carrés, et que, poussés vers la mer par un vent violent, ils formèrent près de la côte un banc de plus d’un mètre de hauteur, sur une longueur de 50 milles; puis, lorsque le vent vint à changer, l'odeur de putréfaction se fit sentir à 150 milles de distance. Les invasions de Criquets sont de vraies calamités nationales. Il s'ensuit aussitôt la dévastation complète de toutes les moissons et plantations de la contrée, et quand il n’y a plus ni herbes, ni feuilles, ces insectes rongent l'écorce des arbres et dévorent les toits de chaume des habitations. En 1835 (Ann. Soc. entom. Fr:, V, 1836, bull., séance du 1°" juin), la Chine fut désolée par les Acridiens. Les champs mis à nu, les récoltes renfermées dans les granges furent consommées en grande partie. Les habitants, terrifiés, fuyaient de toutes parts sur les montagnes. Dans les pays inondés, où la voracité de ces insectes ne trouvait pas à s’assouvir au détriment des récoltes sur pied, ils entraient dans les maisons et mangeaient les habits, les bonnets, etc. Les nuages d’Acridiens cachaïent le soleil et la lune, et leurs ravages, commencés en avril, continuèrent sans interruption jusqu'aux gelées et aux neiges. En 1845, le général Levaillant vit à Philippeville (Algérie) un nuage ailé, de 3 à 4 myriamètres de longueur, former sur le sol, en s'abattant, une couche de plusieurs centimètres de hauteur. A la fin de 1864, au Sénégal, les plantations de cotonniers furent détruites, et l’on vit un nuage vivant qui passa du matin au soir. Sa vitesse lui donnait quinze lieues de longueur, et ce n’était qu'une avant-garde, car, au coucher du soleil, la portion terminale paraissait sous l'aspect d’un nuage encore plus épais.
Zinnani, qui vivait à Venise, assure que les Acridiens d'Afrique ne peuvent pas traverser la Méditerranée, et l’on ne trouve pas, en effet, la grande Sauterelle d'Afrique (Acridium peregrinum) en Italie ; mais les récits des navigateurs nous prouvent que les vents poussent souvent les nuées d’Acridiens en pleine mer, fort loin des côtes. M. Kirby rapporte qu'en 1811, un navire retenu par le calme à 200 milles des îles Canaries, fut tout à coup, après qu’un léger sent de nord-est, c'est-à-dire venant du nord de‘l’Afrique, eut commencé à souffler, enveloppé par un nuage d'Acridiens, qui, s’abattant sur le navire, couvrirent le pont et les hunes. M. Fischer, de Fribourg, cite le fait suivant : Au mois de septembre, dans l’Atlantique, par 18° latit. N., au milieu de la tempête,
de grandes troupes d'Acridiens ont été observées, pendant deux jours, à 450 milles du continent ; dans l'après-midi du second jour, le ciel fut obscurci par leurs bataillons et comme rempli de nuées, et toutes les parties du navire furent couvertes de Criquets. Pendant deux jours une masse considérable de ces insectes morts nagea sur l'Océan.
L'Europe occidentale, la France en particulier, ont beaucoup moins à souffrir du fléau des Acridiens, que lorient et le midi de l’Europe. Cependant les récits confus de Moufett nous montrent que la France n'a pas toujours été épargnée par ces calamités. En 181 après J. C., en Ilyrie, Gaule et Italie, pendant la guerre et encore après son apaisement, comme un châtiment supplémentaire aux nations coupables, des Sauterelles, en nombre indéfini et plus grandes que les autres, dévastèrent toute la végétation. La France, dit Moufett, fut misérablement dépeupiée, dans les années de l'ère chrétienne 455, 874, 1337, 1353, 4374. Portés par les vents dans la mer, et rejetés par le flux sur les rivages, les cadavres des Acridiens infectaient l'air, et achevaient par la peste les populations de ces sombres époques, déjà épuisées par la famine. En effet, les épidémies pestilentielles dues aux exhalaisons putrides viennent parfois joindre leurs désastres à ceux qui résultent de la privation de toute nourriture végétale pour l’homme et les animaux domestiques. Dans des temps plus rapprochés, les Criquets dévastateurs sont signalés dans diverses parties de l’Europe, en 1552 en Silésie, en 1556 à Milan, en 1618 à Marseille, en 1693 de la Thrace sur une partie de l'Allemagne, en 1713 en Silésie, en 1747 et 1748 de la Turquie dans la Valachie, la Moldavie, la Transylvanie, la Hongrie, et, de là, en 1749, en Autriche et en Bavière, et en 1750 dans la Marche de Brandebourg. Ces grandes invasions atteignirent partieilement la France, et en 1748 une nuée d’Acridiens arriva jusqu’en Angleterre. On les retrouve en 1780 en Transylvanie : en septembre et octobre, chaque jour, les Acridiens s’élevaient des champs à neuf heures du matin, et commençaient leurs excursions, et le soir revenaient à leurs refuges nocturnes accoutumés ; ils volaient plus bas par les tempêtes de vent, et plus haut par un ciel serein, et se tenaient surtout plus près de terre quand le vent était contraire au retour dans leurs retraites. L'entomologiste Duponchel rapporte (Ann. Soc. entom. Fr., 1834, bull., p. x1) qu'en août 1834, des Acridiens couvrirent pendant plusieurs jours les murs des maisons des quartiers les plus habités du centre de Paris.
La Provence est principalement la région française où ces insectes sont le plus fréquemment redoutables, et Solier a enregistré quelques détails précisàä cet égard (Ann. Soc, entom. Fr., 1833, IL, p. 486). En 1643, Marseilie dépensa 20 000 francs et Arles 28 000 en primes payées pour la destruction des Acridiens, à raison de 25 centimes par kilogramme d'insectes et de 50 centimes par kilogramme d'œufs: dans cette année furent recueillis 122 000 kilogrammes d'Orthoptères et 12 200 kilogrammes
d'œufs. Le mal se fit sentir plusieurs fois dans notre siècle. En 1805, une chasse dans la petite commune de Château-Gombert produisit 2000 kilogrammes d'œufs. Le Caloptenus italicus est l'espèce qui, cette année, causa le plus de dommages dans les cantons de Saint-Martin, Saint- Servan, Château-Gombert, le plan des Caques et des Olives du territoire de Marseille. C’est la même espèce qui, un peu-plus tard, en 1809 et dans les années suivantes, envahit en grandes troupes, obscurcissant le soleil, les provinces méridionales du royaume de Naples, surtout la terre d'Otrante et la terre de Bari. En 1820 et 1822, les Criquets ravagèrent les territoires d’Arles et des Saintes-Maries ; en 1824, ils reparurent plus nombreux dans les mêmes localités : la dépense fut de 5542 francs pour 65 861 kilogrammes aux Saintes-Maries, aux prix indiqués, et 6600 kilogr. à Arles. On en remplit, dans ces deux localités, 1863 sacs à blé. L'année 1895 fut encore plus désastreuse, car il fut payé pour les mêmes communes 6200 francs, ce qui comporte 82 600 kilogr. d'insectes. En 1832, soixante et une personnes recueillirent aux Saintes- Maries 1979 kilogr. d'œufs, et 3808 en 1833, y compris, il est vrai, le poids de la terre des coques ovigères, ce qui amène une forte réduction dans ces nombres.
Il ya un certain intérétpour notre pays à rechercher dans quelle proportion le fléau des Acridiens atteint notre colonie de l'Algérie. Au dire des Arabes, le pays est ravagé à fond en moyenne tous les vingt-cinq ans, sans compter les dégâts partiels intermédiaires par l'Acridium peregrinum, espèce devant laquelle on néglige, comme insignifiants, les dommages dus aux Pachytylus migratorius et Caloptenus italicus, que l'Afrique boréale possède comme l’Europe. Dans notre siècle, une première grande iuvasion eut lieu en Algérie en 1816, et la famine et la peste en furent la conséquence. En 18/45, l'Algérie tout entière fut de nouveau la proie des Acridiens, et le mal se prolongea pendant quatre ans; cette calamité eut peu de retentissement au milieu des faits de guerre de cette époque où s’achevait la conquête, et surtout parce que les cultures des Européens étant encore peu développées en nombre et en superficie, les plaintes furent minimes. Autre chose se passa en 1866 : la pacification était depuis longtemps complète, et Les efforts des colons avaient voulu répondre par une démonstration palpable aux détracteurs de la culture algérienne. La terre était revêtue de la plus splendide parure quand les essaims faméliques, sortis du Sahara, vinrent de nouveau envahir toute la colonie. Les désastres méritèrent Le nom de calamité publique qui leur est donné dans le rapport au comité central de souscription, présidé par le maréchal Canrobert (Moniteur du 6 juillet 1866). L’invasion commença au mois d'avril ; les Criquets, sortis des gorges et des vallées du sud, s’abattirent d'abord sur la Mitidja etle Sahel d'Alger ; la lumière du soleil était interceptée par leurs nuées. Les colzas, les blés, les orges, les avoines, furent dévorés, et les insectes dévastateurs pénétrèrent même dans les maisons, déchiquetant les habits et le linge. A la fin de
juin, les larves sorties des œufs, mourant de faim, en raison de la déprédation précédente, comblaient les sources, les canaux, les ruisseaux. Les provinces d'Oran et de Constantine reçurent presque en même temps la funeste visite. Le sol était jonché de Criquets à Tlemcen, où de mémoire d'homme ils n'avaient paru. Ils attaquèrent à Sidi-Bel-Abbès, à Sidi-Brahim, à Mostaganem, les tabacs, les vignes, les figuiers, Les oliviers même, malgré leur amer feuillage ; à Relizane et à l'Habra, les cotonniers. Les mandibules de ces Orthoptères entament même les feuilles épaisses de l’aloës, et les tiges foliiformes et épineuses des cactus. La route de 80 kilomètres, de Mascara à Mostaganem, était couverte de cadavres d’Acridiens sur tout son parcours. On les rencontra dans la province de Constantine, du Sahara à la mer, et de Bougie à la Calle, dévastant les environs de Batna, Sétif, Constantine, Guelma, Bone, Philippeville. De même qu’à l'invasion de 1845, les essaims de destruction continuèrent leur œuvre les années suivantes, et le territoire arabe fut en proie à une hideuse famine, amenant de nombreuses morts. Le mal était augmenté par un mauvais système de propriété et de culture, et le fatalisme musulman. La lamentable lettre de l’évêque d'Alger, si dignement évangélique, produisit en France une véritable stupeur, au récit de malheurs qu'on croyait exclusifs au moyen âge, En 1873, on a signalé une apparition partielle des Criqueis près de Magenta, dans la province d'Oran, et dans la vallée de Sidi-Ali-Ben-Youl; deux cents hectares étaient couverts d'insectes en un seul jour. En avril 1874, les Sauterelles ont fait leur apparition dans le midi de la subdivision de Mascara, suivant la direction du sud-est au nord-est, et les dispositions ordinaires ont dû être prises par l'autorité militaire pour combattre le fléau. En mai, les ravages continuèrent et s'étendirent, et des journaux rapportent qu'un train du chemin de fer d'Oran fut retardé par les Criquets amoncelés sur la voie.
On comprend du reste, après de pareils récits, que la préoccupation publique à toujours été en quête des moyens d'empêcher ou au moins de diminuer de tels désastres. La superstition et la peur ont imaginé, dans l'antiquité, une foule de recettes puériles ou ridicules, dont Moufett a rassemblé les énoncés bizarres. On recommandait les arrosages des moissons avec des décoctions de plantes amères, de brûler du soufre, du styrax, du bois de cerf, de la bouse de vache, de la corne, en choisissant la gauche. On espérait chasser les Sauterelles en attachant des chauves-souris au haut des arbres, etc. Si nous passons aux moyens efficaces, nous trouvons dans Moufett, d'après Pline, Valeriola et Peucer, qu'il y a plusieurs méthodes pour détruire les œufs. Au début du printemps on dérive des torrents sur les lieux où sont les œufs, afin d'inonder la surface du sol. Si la localité ne permet pas ce moyen, on fait fouler la terre par les pieds d’une multitude d'hommes ; si cela ne suffit pas, il faut employer la claie, le râteau, le rouleau, afin de broyer les glèbes d'œufs plus facilement et de mieux aplanir le sol. Il est utile de se
servir d’un grand nombre de chars de guerre, car le passage répété de leurs roues écrase aisément les œufs. On doit recommander l'usage de la charrue, qui retourne les terres fouillées par les femelles, et coupe les glèbes d'œufs. Pline rapporte qu'il était passé en loi, dans le pays de Cyrène, de combattre les Criquets de trois manières : enfouir les œufs, détruire les larves, tuer les adultes, et que, si quelqu'un manquait à ce devoir, il était pumi. Les habitants de Magnésie et d Éphèse marchaient contre les Sauterelles en ordre militaire. Dans l'ile de Lemnos, chaque citoyen était tenu d'apporter chaque jour, au magistrat, une certaine mesure de Sauterelles. En Algérie, en 1866, on reconnut que le meilleur procédé de destruction était de s’attaquer aux glèbes d'œufs, en retournant à la charrue ou à la berse les terres meubles où s'opèrent les pontes, de sorte que la plupart des œufs mis à l’air périssent par la seule chaleur du soleil. On peut se servir pour leur destruction de jeunes pores, qui en sont très-friands, et enfin, ces œufs mis à l'air, compter sur le secours des animaux acridophages (voy. page A1).
On a cherché aussi à empêcher les ravages des Acridiens adultes. Moufett parle de l'usage où l’on est, à l'apparition des nuages de désastre, d'épouvanter les insectes par le bruit des cloches, des trompettes, des cymbales et les détonations du canon, afin de détourner leurs cohortes. On tente également de les empêcher de descendre par les clameurs d’une grande multitude humaine, et, en 1866, les Arabes algériens y joignaient de grands feux et d'épaisses fumées. L'armée, par corvées de plusieurs milliers d'hommes, avait réuni ses efforts à ceux des indigènes et des colons pour enfouir les cadavres amoncelés. On ramassait, avec de grands filets traînants, les insectes vivants, surtout le matin où ils sont encore engourdis, et le soir où ils commencent à dormir ; on les mettait en sacs, et on les enfouissait, ou on les jetait dans la chaux vive. Le feu est aussi un puissant auxiliaire. En 1866, dans la commune d’Hussein- Dey, pour garantir les beaux jardins de cette localité, on dirigeait, à l’aide de soldats, les bandes de jeunes Criquets encore aptères vers des massifs préparés de chaumes et de broussailles auxquels ont mettait le feu quand ils étaient remplis d'insectes. En 1873, dans la province d'Oran, avec le secours d’escadrons de cavalerie et de détachements d'infanterie, des quantités énormes de Criquets furent écrasées sous les pieds des chevaux et des fantassins, brûlées sur les broussailles, au moyen d’arrosages de pétrole, enfin, ramassées par sacs et jetées au feu. En 1866, à l’Alma, où convergaient de nombreuses et grandes bandes de larves, qui longeaient la rivière, on avait découpé le terrain en fossés, plus larges au fond qu'à l'entrée, et des hommes, munis de balais, y amenaient des bandes d'insectes, qu’on ensevelissait sous les déblais. Dans l’île de Chypre, on force les Criquets, au moyen de grandes toiles tendues en couloir, à se jeter dans des fosses où ils s’engouffrent. Il faut toujours avoir soin de ramasser, de mettre en tas, et de brûler ou d’enterrer les cadavres des Criquets, de peur d'infection. En Provence,
où nous avons cité les ravages de certaines espèces, pour remédier au mal, on commence la chasse des insectes en mai, et elle a lieu surtout en mai et juin. La plupart des femmes et des enfants des Saintes-Maries, d'Arles, de Saint-Jérôme, ete., y sont occupés da»s les années de désastre. On se sert d'un drap de toile grossière dont quatre personnes tiennent chacune un bout. Les deux qui marchent en avant font raser le sol par le bord du drap, et les deux qui suivent tiennent élevé le bord postérieur, de manière que le plan de la toile fasse avec l'horizon un angle d'environ 45°. Les insectes, forcés de s'élever pour fuir, sont ainsi recueillis par la toile qui s’avance au-dessus d'eux, et on les jette dans des sacs quand on en à ramassé une certaine quantité. On peut se faire une idée du nombre prodigieux des Criquets, quand on saura qu'un paysan en à pris en un seul jour jusqu à 50 kilogrammes, en ne se servant pour cela que d'un filet de toile analogue à celui des entomologistes. On peut évaluer à 1600 coques à œufs celles contenues dans un kilogramme, chaque tube offrant de 50 à 60 œufs, ce qui fait environ 80 000 œufs au kilogramme. Un enfant exercé peut en recueillir 6 à 7 kilogrammes par jour, et se les procure en piochant près des rocs et dans les parties où la terre a le moins d'épaisseur. On récolte les œufs en août, septembre et surtout octobre.
Le terrible fléau des Sauterelles explique les nombreuses fables qui ont régné à leur égard, avec l’amplification de la peur. Pline rapporte (lib. X, cap. 20) que certaines Sauterelles des Indes n’ont pas moins de quatre coudées de long, et que leurs grandes pattes armées de dents servent dans le pays à scier le bois. On à voulu utiliser les Acridiens. On les recommandait pour la nourriture des poules, des oies, des canards et sarcelles, et même des pores et des moutons, d’après Plutarque (livre d’/sis et Osiris). Columelle indique les Sauterelles, privées de leurs pattes et de leurs ailes, comme aliment à donner aux poussins des paons. À l’époque où tous les êtres de la création étaient regardés comme devant servir à quelque usage pour l'homme, on doit comprendre que les Acridiens ont figuré dans l’ancienne pharmacopée. On les recommandait confits contre la rétention d'urine, surtout pour les femmes. Dioscoride conseille aux calculeux de manger d'un pain fait avec de la chair de Sauterelles ; selon Pline, leurs cuisses, broyées avec du sang de bouc, guérissent de la lèpre. Elles servent aussi, d’après Dioscoride et Pline, séchées, puis délayées dans le vin, contre les piqûres des Scorpions, des Abeilles, des Guêpes, des Frelons, et les morsures des Sangsues. On jetait dans les yeux chassieux du vin blanc auquel était incorporé un mélange de poudres, obtenues après dessiccation, de Sauterelles et de racines du Fenouil et de la Primevère du printemps. Trop salées, disait-on, elles excitent la soif et font uriner du sang, tandis que, peu salées, elles sont aphrodisiaques, qualité assez probable, d'après ce que nous savons par analogie pour les Palémons et surtout les Crangons (Crevettes grise et rouge, Crustacés décapodes
macroures), et qui explique le goût des Orientaux pour ces insectes.
On comprend en effet que l’homme, à la vue des effroyables désastres dont il était victime et pressé par la famine, ait cherché, par une sorte de légitime vengeance, à tirer un aliment de ces hordes dévastatrices.
Les Sauterelles sont rangées par Moïse au nombre des animaux dont la chair était permise aux Hébreux. Saint Mathieu (Evang., chap. ni) rapporte que saint Jean-Baptiste au désert soutenait son existence au moyen de Sauterelles mêlées au miel sauvage des boïs, et saint Jean l’évangéliste est également indiqué comme s'étant nourri d'Acridiens dans l’île de Pathmos. Un grand nombre d'auteurs anciens font mention des peuples acridophages : en Asie, les Parthes, les Arabes, les Perses; en Afrique, les Ethiopiens, les Libyens, les Maures, etc. Ces peuples creusaient de vastes fosses aux lieux où passaient les nuées de Sauterelles, et les y faisaient tomber par la fumée de grands feux; puis ils les desséchaient par le soleil ou la fumée, ou bien les salaient, et ces insectes, mis en tas, servaient pour l'aliment de l’année, comme les poissons secs. Diodore de Sicile, Agatharsis et Strabon, disent que ceux qui n'ont que cette nourriture ne parviennent que rarement à leur quarantième année, et périssent dans de vives souffrances, une multitude de vers sortant de leur corps. Ce récits doivent tenir à l’aversion que les Grecs avaient pour les Sauterelles, qu’ils regardaient comme le plus vil aliment ; ce n’est qu'après les conquêtes d'Alexandre en Asie que leurs historiens font mention de cette nourriture. La plupart des Européens qui ont goûté aux Sauterelles paraissent de l'avis des Grecs: cependant les Acridiens sont un objet de commerce usuel sur les marchés de l'Orient, soit rôtis sur les charbons et saupoudrés de sel, soit bouillis, ou cuits au beurre, ou conservés dans la saumure, après qu'on a Ôté les ailes et les pattes. En revanche, les Arabes d'Orient s'étonnent de notre goût pour les Articulés à carapace (Crabes, Écrevisses, Crevettes, etc.), et refusent d'en manger. M. H. Lucas (Ann. Soc. entom. France. 1845, t. ILE, Bull., p. 32, 39, 115) rapporte d'intéressants détails sur l’Acridium peregrinum, la seule espèce qui soit comestible en Algérie. C’est surtout par les Bédouins ou habitants des plaines, et par les Kabyles ou habitants des montagnes, que cette espèce est employée comme aliment; les Maures la mangent bien moins fréquemment. On la nomme : el Djerad (la Sauterelle), ou Djerad el arbi (la Sauterelle arabe). Les Arabes lui coupent la tête en prononçant les mots suivants : Bism Allah (au nom de Dieu), Allah akbar (Dieu le plus grand), enlèvent les ailes et les grandes pattes, puis salent Le corps, et s’en nourrissent après qu'il a séjourné quelque temps dans le sel. D’après Latreille (Dictionn. Déterville, 1817, art. Criquer), dans Les parties méridionales de la France, il y a des enfants qui rongent avec plaisir les cuisses charnues des gros'Acridiens. D'après Sparrmann, les Hottentots de l'Afrique australe font une grande consommation d’Acridiens, et voient arriver avec plaisir l'époque de leur apparition, cet aliment les engraissant. Les
Criquets et aussi les Locustes entrent dans la nourriture des Australiens de divers rameaux, entomophages par nécessité. |
L'établissement des genres des Acridiens est très-difficile, et, si l’on se sert des principes indiqués pour les Locustiens, on arrive à un si grand nombre de genres, qu'on doit ne mettre la plupart qu'au rang des sousgenres. Les meilleurs caractères se tirent du prothorax : le prosterñum peut être dilaté en avant et embrassant la bouche, ou transverse, cornu ou tuberculé où mutique ; le pronotum a plus d'importance par son angle postérieur plus ou moins prolongé, sa surface lisse ou rugueuse, ses carènes latérales développées ou oblitérées, ses lobes latéraux, les incisions de la carène médiane plus ou moins profondes. La carène médiane, dans les diverses espèces d'un même genre, peut se présenter ou peu distincte (Pachytylus migratorius), ou plus développée (P. cinerascens), où élevée en crête foliacée (P. armatus) ; les carènes latérales peuvent aussi prendre une direction variable chez diverses espèces d'un genre (Stenobothrus), et cette direction, ailleurs si constante, peut changer dans les divers sujets d’une même espèce, en raison de l’évolution variable des élytres et des ailes, et par suite du volume des muscles renfermés dans le thorax. Le vertex doit aussi être pris en considération, suivant qu'il est pyramidal (Tryæalis) ou seulement subacuminé (Paracinema), où un peu obtus (Stenobothrus), ou fortement obtus (0Edipoda, Cuculligera) ; ses cavités latérales sont développées ou oblitérées’ On emploiera encore, dans les diagnoses des genres, la forme allongée ou courte des cuisses postérieures, leur base plus ou moins épaisse ou seulement dilatée; les champs et aires des élytres, qui peuvent être pareilles ou différentes dans les deux sexes. La couleur et le dessin ne doivent jamais servir seuls à établir des espèces, comme le montrent les variétés reconnues dans les 0Edipoda fasciata et variabilis, Tryxalis variabilis, etc., pas plus que le développement des élytres et des ailes, qui atteint tous les degrés de variation chez les Stenobothrus et Pezotetiiæ. on doit aussi tenir compte de la pubescence du corps et des pattes, des carènes des cuisses, des pelotes des tarses, de la carène supérieure de l'abdomen, de la plaque subgénitale et des cerques des mâles, des valvules de ponte des femelles, etc. Il n'y à pas au contraire d'importance à attacher à l'extrémité filiforme, ou épaissie, ou même en massue des antennes ; c’est tout au plus si ce caractère, qui peut varier avec le sexe, peut servir à fonder des espèces ; les antennes peuvent être en massue, ou non en massue, dans des espèces d’ailleurs très-voisines, ainsi chez les Stenobothrus rufus et biguttulus où variabilis. :
Les sexes se distinguent par l'extrémité de l'abdomen, c’est-à-dire la plaque subgénitale du mâle plus ou moins naviculaire, tantôt obtuse, tantôt allongée, et par les quatre crochets de l’oviscapte de la ferñelle. La femelle est le plus souvent plus grande que le mâle. On mesure la longueur du corps dans la tribu des Acridiens depuis le sommet
du vertex jusqu'à l'extrémité de l’abdomen, c'est-à-dire le bout de la plaque subgénitale du mâle ou des valvules de la femelle.
Les Acridiens sont les plus nombreux des Orthoptères en espèces, et certaines partagent avec les Diptères (Moustiques, Cousins, etc.) le funeste privilége d'une incroyable multitude d'individus. Le nombre des espèces d’Acridiens d'Europe décrites par M. Fischer, de Fribourg, s'élève à 80, et M. C. Thomas en compte 227 pour le continent de l’Amérique du Nord, bien plus étendu, il est vrai. D'après Yersin, les Acridiens musiciens habitent de préférence les contrées tempérées et froides de l'Europe et les montagnes, et les espèces à stridulation insensible préfèrent les contrées plus chaudes du midi.
L’Europe possède, comme on voit, une grande variété d’Acridiens, ainsi que les portions arides de l'Afrique. Les auteurs américains ont commencé à nous faire connaitre les espèces du nouveau monde ; mais nous n'ayons encore que peu de notions sur la faune des Acridiens d'Australie. Nous devons citer, au compte des travaux les plus récents sur ces insectes, l'ouvrage de M. Cyrus Thomas sur les Acrididæ of North America{Washington, Government printing Office, 1873, in-4°), et les Orthoptera des Illustrations of North American Entomoloyy, par Townend Glover (in-4°, Washington, 1872).
De toutes les tribus d’Orthoptères, les Acridiens sont probablement celle où il reste encore le plus à découvrir.
Les auteurs s'accordent, depuis Audinet-Serville, à subdiviser les Acridiens en deux sections très-inégales, quant au nombre de genres. La première, qu'on peut appeler les Acridides, ou Spongiphores. (Aud.- Sery.), offre Le bord antérieur du prosternum tronqué, laissant la bouche à découvert, le pronotum non prolongé sur l'abdomen, et une pelote plus ou moins distincte entre les crochets des tarses, M. C. Thomas propose d'y établir trois subdivisions : les Conophores ou Conocéphales, à tête prolongée en cône ou pyramide (genres types: Proscopia, Tryxalis, Trigonopteryæ) ; les Orthocères, à antennes droites, comprenant les Acridites vrais, les uns à prosternum mutique (0ŒEdipoda, Chrysochraon, etc.), les autres à prosternum muni d'une pointe (Acridium, Caloptenus, Pezotettix, etc.) ; enfin les Xiphocères, à antennes ensiformes (X’phocera ou Pamphagus, Phymatea). Ce dernier groupe a, comme le premier, la tête prolongée, et Audinet-Serville le joint à ses Conophores, autres que ceux de M. C. Thomas. En outre les antennes ne donnent pas de bons caractères, comme nous l'avons dit, La seconde division, les Tetticides (genre Tettix, et quelques annexes), n'offre point de pelote entre les crochets des tarses ; le bord antérieur du prosternum mutique est avancé en forme de mentonnière recouvrant la bouche en partie ; les élytres sont d'ordinaire rudimentaires et rejetées sur les côtés en forme d'écailles ovales, et le pronotum se prolonge fortement en arrière au-dessus de l'abdomen,
PREMIÈRE DIVISION. — ACRIDIDES.
GENRES PRINCIPAUX
PROSCOPIA, Klug. — Corps très-allongé et très-étroit, Tête longue, le plus souvent élevée en pyramide oblique au corps, avec prolongement rostriforme quadrangle, à la base duquel sont des yeux latéraux saillants, oblongs ou sphériques, trois ocelles peu apparents ; antennes plus courtes que la tête, filiformes, de huit articles environ. Prothorax très-long, cylindrique ; mésothorax et métathorax très-courts ; ni élytres ni ailes dans les deux sexes. Pattes longues et grèles, surtout les postérieures, la première paire très-éloignée, les seconde et troisième très-rapprochées ; cuisses postérieures peu renflées, jambes postérieures à fines épines en dessus; tarses avec une grande pelote membraneuse entre les crochets. Abdomen très-long et cylindrique, de huit segments décroissant de longueur, le dernier très-court, suivi chez les femelles de quatre valves cornées, fortes, recourbées au bout, dépassant l'anus.
Ce genre, dont le nomssignifie « voyant d'en haut », a été établi par Klug (Proscopia, novum genus Insectorum Orthopterorum, in Horæ physice berolinenses, Bonn, 1820, in-fol., p. 15 à 26, 2 pl.) pour d'assez nombreuses espèces spéciales à l'Amérique méridionale seule, surtout aux Guyanes, au Brésil, à la Bolivie, au Chili, etc., et qui semblent remplacer les Tryxalis de l’ancien continent. Ces insectes, dans les deux sexes, sont toujours aptères, et l’on ignore leurs métamorphoses, trèsminimes probablement, et leurs mœurs; leurs couleurs sont ternes et sombres, variant du jaune testacé au brunâtre, devenant plus foncées après dessiccation. On est frappé au premier abord d'une ressemblance , d’aspect des Proscopies et des Phasmiens, mais avec des notables différences, qui ne permettent aucune confusion. En effet, les Proscopies ont les tarses de trois articles, les cuisses postérieures longues, renflées, propres au saut, et la longueur de leur thorax est due au développement du premier segment, qui est d'ordinaire plus court que chacun des suivants chez les Phasmiens. Les Proscopies ont, à l'inverse, le mésothorax et le métathorax très-courts, de sorte que les pattes de ces segments sont très-rapprochées entre elles et très-éloignées des antérieures. L’abdomen se termine chez les mâles des Proscopies par une plaque inférieure semblable à celle de la plupart des Phasmiens, et offre, dans ce sexe, deux segments de plus à la face ventrale, le nombre des segments étant le même dorsalement dans les deux sexes; l’abdomen de la femelle se termine par les quatre pièces apparentesqui forment la tarière rudimentaire de tous les Acridiens. M. Klug indique quinzeespèces du genre Proscopia, la plupart de Bahia et du Para. Nous citerons P. scobra, Klug,de 135 à 142 millimètres, d’un testacé obscur, à
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tête de près de 27 millim., le rostre de 4 millim., à thorax rugueux et à abdomen lisse, de la Guyane et du Brésil ; le P. granulata, Klug, espèce commune au Brésil, à thorax très-granuleux, l'abdomen létant un peu, d'un brun jaunûtre, longue de plus de 85 millim.; le P. gigantea, Klug, de 156 millim., du Para (Brésil), etc.
Les genres d’Acridides qui suivent ont les antennes multi articulées, plus longues que la tête.
TRYXALIS, Charp., ou TRUXALIS, Fabr. — Corps allongé, grêle. Tête allongée en cône ascendant ; vertex concave en dessus et à trois côtes; trois ocelles plus ou moins distincts ; antennes insérées sur les côtés, en avant des yeux, comprimées, subtriquètres, larges à la base, allant en s’atténuant vers le sommet, de 15 à 25 articles. Prosternum sans épine ni tubereule, Élytres plus longues en général que l'abdomen dans les deux sexes, étroites, lancéolées, aiguës au sommet, opaques, à nombreuses nervures transverses; ailes un peu plus courtes que les élytres, hyalines ou colorées, amples, arrondies postérieurement, souvent pointues au bout. Pattes grèles, à jambes épineuses, les postérieures fort longues; tarses à premier article long, le second court, le troisième avec crochets et pelotes variables. Abdomen comprimé, étroit, allongé ; plaque suranale du mâle dépassant longuement l'abdomen, triangulaire, acuminée, subdressée ; cerques courts; valvules de l’oviscapte de la femelle triangulaires, courtes, acuminées.
Les Truxales, si curieux par leurs antennes trièdres et aplaties à la fois, sont des Acridiens des régions méridionales de l'Europe, et aussi de l'Asie et de l'Afrique, et comme exceptionnels en Amérique. Leur tympan abdominal semble presque ové, à cause du bord postérieur corné qui est fortement voûté. Les femelles paraissent être beaucoup plus communes que les mäles. Les larves et les nymphes des femelles, et aussi des mâles, au moins pour quelques espèces, ont la plaque suranale lancéoléeet très-prolongée en pointe, se réduisant beaucoup chez l'adulte. 11 paraît qu'il faut ne tenir qu’un faible compte de la couleur des ailes, celles-ci, dans la même espèce, pouvant être bleu rosé ou violacées.
Le type du genre Tryæalis est le T. nasuta, Linn., verdâtre, la tête avec deux lignes roses sur les côtés et plusieurs lignes vertes; les antennes larges, jaunâtres ou verdâtres ; le corselet tricaréné, avec une ligne rose de chaque côté. Il y a des sujets verts en entier, sans lignes rosées. Les élytres sont vertes, ou testacées ou grises unicolores, surtout chez le mâle, ou bien offrant une bande longitudinale brune située sur le champ discoïdal, sont limbées de blanc interrompu en avant, avec une bande postérieure d’un rose jaunàtre, et une étroite ligne jaune en dessus, près du bord antérieur de l’élytre ; les ailes sont d'un rose hyalin à la base ou d’un jaune verdâtre. La plaque subgénitale du mâle
est conique aiguë, Le mâle, presque deux fois plus petit que la femelle, atteint 40 millim., et la femelle environ 60 à 65. On trouve cette espèce au cap de Bonne-Espérance et dans toute l'Europe méridionale, ne paraissant pas dépasser 4° lat, N., dans le midi de la France, en Dalmatie, en Italie, en Hongrie, en Grèce, en Turquie, dans le nord de l'Afrique; elle est très-commune dans toute l'Algérie, au printemps et dans une grande partie de l'été. Ajoutons une espèce un peu plus grande et plus méridionale encore, le T. unguiculata, Rambur, ou variabilis, Klug, ou Pharaonis, Klug, de Morée, de Sicile, d'Égypte (Savigny), d'Algérie, du Caucase, en Géorgie (août), d'Andalousie (Malaga, automne), Une espèce plus petite, T, miniata, Klug, Charp., de 20 à 45 millim., d'Égypte, aussi commune en Algérie que le T. nasuta, et des mêmes époques, a le corps vert ou testacé, Les élytres lancéolées, un peu transparentes au bout, vertes avec une bande longitudinale brune, les ailes transparentes, incolores en partie, le disque interne d'un rouge vermillon réticulé de brun. Les Truxales existent à peine en Amérique. On indique une espèce du Mexique tempéré, le T. Sumichrasti, Sauss., et le T. brevipennis, C. Thom., de la Floride, à élytres courtes, lancéolées, qui ne s'étendent pas au delà de l'insertion des pattes postérieures, à ailes petites : cette espèce sera probablement le type d'un nouveau genre.
Sous le nom de Pyrgomorpha, Aud.-Serv., on a détaché des vrais Tryxalis des espèces de taille plus petite, également à prosternum transverse et inerme, à antennes de dix-huit à vingt articles, moins élargies que chez les Tryxalis, les trois carènes du pronotum bien moins marquées, et se distinguant surtout par les cuisses postérieures pas plus longues que l'abdomen, dilatées à la base, costulées en barbules de plume, s'atténuant peu à peu vers le sommet. Les quatre pattes antérieures sont courtes, l'abdomen comprimé, avec le tympan à peu près libre.
Les élytres, bien développées dans les deux sexes et de largeur variable, sont de la longueur de l'abdomen ou plus courtes ; Les ailes sont un peu plus courtes que les élytres. Les espèces sont de l'Europe méridionale, de l'Afrique boréale, des îles de la Sonde, et quelques-unes d'Amérique. Le P. rosea, Charp., long de 14 à 16 millimètres ÿ, de 20 à 24 Q®, est vert, ou olivacé, ou gris dans les deux sexes, parfois même d’un noir grisàtre, le prothorax largement bordé de blanc, les élytres vertes, parfois à dos roussâtre, ou grises avec les nervures noires, les ailes verdâtres en avant ou grisâtres à base rosée, avec le champ anal d'un rose transparent sur une étendue variable, les cuisses postérieures variées de blanc; de la France méridionale, ainsi près de Nice, de Marseille ; d'Andalousie, de Portugal, de la Grèce, de l'île de Corcyre. On la trouve en Algérie, en mai dans les lieux arides, surtout près de Constantine, avec un vol rapide, bien différent de celui des grands Tryxalis vrais. Dans les États-Unis se rencontre une espèce très-anciennement connue, le P. brevicornis, Linn, ou ensicornis, de Geer,
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citée aussi par Thunberg et Palisot Beauvois, mais dont la localisation est encore très-incertaine, et le P. punctipennis, C. Thom., du Tennessee.
Un genre voisin, Opomala, Erichs., ou Opsomalx, Aud.-Serv., est représenté par de nombreuses espèces d'Europe (Sicile et Sardaigne) et d'Afrique boréale, d'Asie, d'Amérique septentrionale et méridionale, d'Australie. Les mâles sont plus petits et plus grêles que les femelles. Les mœurs sont inconnues. Les Opomales ont les antennes insérées dans une profonde cavité d'un cône frontal épais, souvent ensiformes ou prismatiques, parfois à articles peu aplatis, presque sétacées, Le corps est étroit et comprimé, le prosternum muni d'une petite épine obtuse, les élytres étroites, lancéolées, de la longueur de l'abdomen, rarement plus courtes, les ailes aussi longues ou à peu près que les élytres. Citons O. tryxalicera, Fisch. de Fr., de Sicile ; ©. cylindrica, Marschall, de Sicile ; ©. sicula, Aud.-Serv. (qu'on devrait plutôt appeler sardoa), de Sardaigne (Géné) et aussi d'Algérie (H. Lucas), au printemps et en été, dans les lieux humides, ombragés, herbus, Ce genre comprend huit espèces des États-Unis et du Nouveau-Mexique, trois de l'Amérique britannique, deux du Mexique, une du Nicaragua, ete., etc.
Des auteurs américains, MM. Walker, C. Thomas, séparent, dans le type des Truxales, les Tryxalini, à élytres étroites, et les Trigonopterygini, à élytres très-larges, ces derniers non représentés dans le continent de l'Amérique septentrionale, Le type est le genre Trigonopteryæ. établi par de Charpentier (1) sur une espèce, probablement de Ceylan, le T. punctata, Charp., œ', très-remarquable par ses élytres larges et triangulaires, du milieu à l'extrémité, un peu falquées au sommet, grises, tachées de brun, ses ailes jaunâtres ponctuées de noir, ses longues antennes triquètres de Truxale, égalant presque la moitié du corps en longueur; la taille et la grosseur sont celles d’une forte : femelle de notre (Edipode à ailes bleues si commun,
On peut réunir sous le nom d’Acridites les genres nombreux et importants dont les principaux vont être indiqués. Les antennes sont filiformes, à articles indistincts, parfois subdéprimées ou terminées en massue. Tantôt (type OEdipoda, les Mutiques d'Audinet-Serville) le prosternum est inerme, tantôt il est épineux (type : Acridium, les Mucronés, Aud.-Serv.).
Les genres suivants ont le prosternum mutique ou à peu près.
CHRYSOCHRAON, Fisch. Fr. — Yeux très-courts et très-éloignés entre eux ; antennes subdéprimées, presque filiformes ; vertex large, à carènes médianes
(4) Toussaint de Charpentier, Orthoptera descripta et depicta. Leipzig, Voss, 4842 à 1845, pl. v, et texte allemand,
peu élevées et sans fovéoles,; pronotum avec trois carènes distinctes, tronqué en avant et en arrière; prosternum ayant un tubercule très-obtus, métasternum avec deux petites impressions creuses, Élytres parfois bien développées ainsi que les ailes, égales ou plus longues que l'abdomen, le plus souvent élytres raccourcies dans les deux sexes ou au moins chez les femelles, et ailes abortives, en lanières ; tympan abdominal en partie caché par un bord postériéur subvoûté.
La couleur du corps de ces Criquets est en général, dans le vivant, douée de la teinte dorée la plus suave, mais qui disparaît après la mort. On trouve les Chrysochraons dans l'Europe moyenne, au milieu des prés, jusque dans l'Allemagne du Nord. Les mâles stridulent doucement ; les femelles pondent des amas d'œufs entourés d’une glu albumineuse, poreuse après dessiccation. On rencontre encore ces insectes dans l'Amérique septentrionale, du Canada aux États-Unis du Sud et dans le district des montagnes Rocheuses. Le C. dispar, Heyer, d'un joli vert à reflet doré, de 14 à 18 millim., & et27 millim., et plus Q®, offre les élytres des mâles presque de la longueur de l'abdomen, plus larges vers le milieu, avec une aire scapulaire dilatée et des nervures irrégulières roses, celles de la femelle plus courtes que la moitié de l'abdomen, à nervures roses. Les ailes sont abortives dans les deux sexes et linéaires, de 2 millim. Les pattes sont grèles, à jambes jaunes chez le mâle, d'un joli pourpre chez la femelle; l'abdomen caréné en dessus, poilu en dessous, à incisions roses ; la plaque suranale du mâle bicostée, et sa plaque subgénitale allongée en cône subacuminé et poilue ; les valvules de la femelle courtes, blanchâtres, avec dents latérales à la base et au sommet. On ne paraît pas avoir trouvé d'exemplaires mâles à ailes bien développées, ni de femelles à élytres et ailes complètes. Cette espèce est des diverses régions de l'Europe moyenne, de juillet en septembre, Suisse, Allemagne, Russie méridionale, environs de Paris, à Sénart, à Saint-Germain.
Le C. brachypterus, Ocskay, a les élytres et les ailes le plus souvent abrégées et abortives, les élytres dépassant à peine la moitié de l'abdomen chez le mâle, latérales chezla femelle, très-éloignéesentre elles, presque quatre fois plus courtes que l’abdomen, veinées de rose. Ils sont cependant adultes, car on les trouve accouplés. Le mâle à une stridulation qui rappelle celle des Locustes par son acuité, mais qui est douce et peu intense, en raison de la brièveté des élytres; il tire plusieurs fois ses cuisses en haut et en bas, et le son, qui dure moins d’une demi-seconde, peut se représenter comme timbre par rréi. Il y a de très-rares exemplaires (var. platypterus, Ocsk.), environ 4 pour 100, qui ont les élytres et les ailes complètes et plus longues que l'abdomen. L'espèce est de l'Europe tempérée (Suisse, Italie, Hongrie, Allemagne), commune dans les Alpes et dans le Jura, à rechercher ailleurs en France, et vit dans les prairies montagneuses, Une femelle, renfermée dans une boite, déposa entre des brins de gazon une glèbe d'œufs testacée, poreuse
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qui renfermait six œufs, et qui fut d’abord une masse spumeuse, molle, puis durcissant.
OXYCORYPHUS, Fisch. Fr. — Tête subpyramidale, à vertex proéminent, acuminé, à bords aigus, à occiput élevé, à fovéoles latérales visibles et trigones ; antennes déprimées, subtriquètres, dépassant un peu la tête ; yeux ovales et obliques ; trois ocelles. Pronotum tronqué en avant, angulé, à angle aigu où obtus en arrière, les carènes latérales continues, obsolètes postérieurement; prosternum mutique, un peu gonflé au milieu; pectus plus large, bi-imprimé en arrière. Élytres des deux sexes parfaites, étroites ; ailes un peu amples. Pattes grêles, les quatre cuisses antérieures subcomprimées, les postérieures très-comprimées, dilatées à la base; tarses grêles, à arolie petite. Abdomen caréné en dessus.
Ce genre ne comprend en Europe qu'une espèce, l'O compressicornis, Latr., long d'environ 13 millim. G',et18 millim. @, à antennes ayant à peu près vingt articles courts, déprimés, subtriquètres, le corps de couleur verte ou rousse ou d'un roux brunâtre, une partie des élytres, du dos et des pattes testacée. Europe méridionale et Afrique boréale ; France, près de Bordeaux, Andalousie, Égypte. Le genre est beaucoup plus représenté dans le continent de l'Amérique septentrionale ; il y en a une espèce dans le district des montagnes Rocheuses et huit au Mexique.
A côté de ce genre, M. Fischer, de Fribourg, en a établi un autre, sous le nom de Paracinema, à tête subconique de profil, le vertex un peu prolongé en avant des yeux, les fovéoles latérales nulles, les antennes médiocres, subcylindriques, acuminées au sommet, d'environ trente articles, le prosternum un peu tuberculé, les élytres et les ailes bien développées, plus longues que l'abdomen. Il ya une seule espèce, le P. bisignatum, Charp., dont la femelle atteint de 33 à 43 millimètres, le mâle n'en ayant que 22 à 27; d'un joli vert, poilu par places, les antennes testacées, vertes à la base; le pronotum orné en dessus de deux bandes fauves ; les élytres subpellucides, à base subopaque, avec deux stries fauves et le dos d'un jaune verdâtre; les ailes assez amples et subhyalines, à nervures brunes et rousses ; les jambes postérieures et le premier article des tarses d’un rouge de sang ; les épines des tarses blanches à pointe noire, les cerques subulés dans les deux sexes. Cette belle espèce se trouve en automne dans l’Europe méridionale, dans les lieux herbus et humides, en Andalousie, en Portugal, en Sardaigne ; dans la France méridionale, et remontant près de Paris jusqu’à Coulommiers ; en Istrie, près de Naples, etc. D'après de Charpentier la zone d'habitation est très-étendue, et le P. bisignatum existe aussi à Saint- Philippe de Benguela, au Cap et dans le Mozambique. M. Lucas l’a trouvé en Algérie, et il est aussi du Sénégal.
STENOBOTHRUS, Fisch. Fr. — Corps médiocre, allongé, souvent poilu ou villeux par places. Tête subconique, à face plus ou moins déclive, à vertex un peu proéminent, avec une fovéole étroite distincte de chaque côté ; yeux subglobuleux, subarrondis ou subanguleux ; trois ocelles distincts; antennes insérées dans une cavité profonde, d'environ vingt articles subcomprimés ou subcylindriques, dépassant souvent beaucoup le pronotum, parfois épaissies vers le sommet ou même en massue lancéolée. Pronotum presque toujours subaplani en dessus, à trois carènes, la médiane droite et entière, les latérales variant selon les espèces ; prosternum mutique, pectus étroit. Élytres et ailes quelquefois raccourcies dans la plupart dés sujets de certaines espèces, le plus souvent bien développées dans les deux sexes; les ailes un peu plus courtes que les élytres, tantôt plus étroites, subacuminées, tantôt plus amples et arrondies extérieurement, presque toujours hyalines. Pattes le plus souvent grêles, allongées, fréquemment poilues, les cuisses postérieures plus longues que l’abdomen, médiocrement dilatées et épaissies à la base, réticulées extérieurement en barbes de plume, à carènes internes de stridulation fortement développées ; le premier article des tarses égal aux deux derniers réunis, avec l’arolie entre les ongles de forme et de grandeur diverses, Abdomen caréné en dessus, cylindrique postérieurement chez le mâle ; plaque suranale des deux sexes plus ou moins développée ; plaque subgénitale du mâle conique, plus aiguë chez les uns, plus obtuse chez les autres ; valvules de ponte de la femelle courtes ou allongées.
Les Stenobothrus, ainsi appelés à cause des fovéoles latérales du vertex étroites, forment un genre d'espèces très-difficiles à distinguer, ‘en raison de leur nombre considérable et de la variabilité de beaucoup d’entre elles, Elles appartenaient aux Acridium, aux OŒEdipoda, aux Podisma, etc., des auteurs. Les mäles ont une forte stridulation, de notation musicale possible, de rhythme souvent spécifique. Les deux cuisses postérieures frottent contre les élytres ou ensemble, ou alternativement. Les élytres des mâles ont des aires dilatées et une disposition des nervures des champs marginal et discoïdal autre que chez les femelles, et ces aires dilatées accroissent la puissance de la stridulation. Dans certaines espèces, ainsi chez le S. variabilis, la stridulation à un timbre submétallique, et en même temps est d'abord d'intensité douce, puis croissante, et enfin décroissante. Les mâles du S. melanoplerus, et vraisemblablement du S. miniatus, font entendre en volant une sorte de stridulation par le battement de leurs ailes. La célérité des mouvements des cuisses est souvent étonnante. Parfois les mâles gesticulent devant les femelles d’une façon bizarre et ridicule. Il y a des espèces, ainsi le S. pratorum, où les élytres et les ailes de la plupart des sujets sont raccourcies, et ne sont bien développées que chez un petit nombre ; ce qui avait amené la création de fausses espèces. Les nymphes de toutes les espèces se distinguent des adultes subaptères par le caractère habituel ; elles ont Les fourreaux des élytres intérieurs, ceux des ailes
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non recouverts et extérieurs, tandis que chez les adultes à organes du vol avortés, les ailes sont toujours couvertes par les élytres. La nervulation des élytres, qui est surtout nette chez les mâles, varie dans chaque espèce, et sert beaucoup pour la distinction spécifique. Souvent au tiers apical se voit une ligne oblique blanche, formée de nervules irrégulièrement réticulées, ainsi dans les S. lineatus, viridulus, variabilis, ete.; au contraire on observe à peine les fascies transverses des élytres si fréquentes chez les OŒEdipoda. Les ailes sont rarement colorées et manquent alors des bandes habituelles des OŒEdipoda. Une espèce un peu anormale, le S. sibiricus, a le pronotum gibbeux et les jambes antérieures portant chez le mâle une bulle cornée, de fonction inconnue.
Les Stenobothrus ont un très-grand nombre d'espèces, répandues dans toute l’Europe, en Afrique, en Asie, en Amérique. Dans ce dernier pays le continent septentrional en compte 27 espèces, en y comprenant une espèce du sous-genre Gomphocerus, distribuées dans toutes ses régions fauniques, sauf sur les rives du Pacifique, c'est-à-dire existant dans l'Amérique britannique, les Etats-Unis orientaux, les montagnes Rocheuses, le Mexique, le territoire des Indiens de l'Ouest et l'Amérique. centrale. Nous indiquerons seulement quelques espèces principales de l’Europe.
Section re du genre Stenobothrus : Antennes subfiliformes; s.-g. Rhammatoceri, Fieber (corne en fil).
Dans un premier groupe les carènes latérales du pronotum sont droites ou subdroites.
À ce groupe appartient le S. elegans, Charp., vert en entier ou roussâtre en dessus où d'un gris jaunàtre varié de brun, de rosé, de jaune d'ocre ; les élytres du mâle plus longues que l'abdomen, celles de la femelle de sa longueur, avec une bande jaune antérieure et une bande noire adjacente en dedans; les ailes hyalines et de la longueur des élytres; la plaque subgénitale du mâle brièvement conique ; le mâle long de 12 millimètres, la femelle de 16 à 18 millimètres. Cette espèce, toujours locale et dispersée, variant de couleut et de taille, des prés humides et marécageux, ce qui la rend souvent la proie des Filaires, se trouve en Europe, de l’Andalousie et du midi de la France jusqu’en Suède ; en Angleterre ; en Russie près de Moscou et d'Orenbourg ; existant en Belgique, fort commune à Ostende sur les talus des fortifications, près des huitrières, et à Nieuport, sur les berges sèches du chenal, à la fin de juillet. Le chant du mâle, qu'on entend dans le mois de juin, dure d'une demi-seconde à une seconde ; ordinairement la note est répétée plusieurs fois de suite, jusqu'à cinq fois, à des intervalles d'environ une seconde, avant que l'insecte prenne un repos plus long, d’un temps indéterminé, et le timbre de cette note peut être comparé à un son en rrrééé. La stridulation est très-analogue dans une espèce toute voisine, souvent confondue avec le S. elegans, et qui est Le S. declivus, L. Bris. de Barn., au milieu du vertex caréné, à pronotum plus court et plus large, et à
carènes moins aiguës, aux nervules des ailes moins marquées, et surtout à la plaque subgénitale du mâle en cône bien plus aigu, plus prolongée et plus atténuée. On trouve le S. declivus dans diverses régions de l'Europe méridionale et moyenne, très-répandu dans la France méridionale, offrant dans l'Ardèche la variété ayant dans les deux sexes le le corps d’un rose pourpré, près de Paris, au bois de Boulogne, à Saint- Germain, à Montlhéry, à Bouray (commun).
Un autre groupe de Stenobothrus a les carènes latérales du pronotum subfléchies, un peu rapprochées entre elles avant le milieu, cependant à peine anguleuses, divergeant plus distinctement en arrière.
Citons, de ce type, le S. dorsatus, Zettersdt, de 14 millim. long. g,18 à 20 Q, vert ou jaunâtre ou d'un roux brun ; à élytres et ailes bien développées ; les premières dilatées vers le milieu chez le mâle, puis subitement rétrécies et plus longues que l'abdomen, oblongues, lancéolées et subégales à l’abdomen chez la femelle, ayant parfois un trait blanc et un trait noir adjacent, ou des macules fauves ; les ailes hyalines dans les deux sexes, un peu plus courtes que les élytres. Commun de juillet à septembre en divers points de l'Europe moyenne et boréale ; trouvé en Provence et dans le département de Maine-et-Loire, des prairies humides des plaines et des lieux herbus des forêts. Le mâle en stridulation tire ses deux cuisses rapidement ensemble, de haut en bas, d’un mouvement de plus en plus étendu, et quatre fois, de manière à produire quatre notes courtes, suivies immédiatement d’une cinquième, qui est tout autre, plus aiguë, plus durable, résultant de quelques vibrations des deux pattes, qui ne vont plus ensemble, mais d’une manière irrégulièrement alternative. Tandis que les premières notes ont un timbre en rrrééé, la cinquième sonne tzin. Ce chant dure un peu plus d’une seconde, et l’insecte le répète environ vingt-cinq fois, à des intervalles d'à peu près une seconde. C’est là le chant d'appel ou normal du mâle isolé. Quand il rencontre sa femelle, ou même une femelle d’une espèce voisine, il s'arrête brusquement, dirige ses antennes vers elle, et s’en approche le plus près possible; le chant, répété plus de cent fois de suite, devient si doux, que l'oreille humaine le perçoit à peine. Si la femelle s'éloigne, le mâle produit la cinquième note seule, plus forte et plus soutenue que dans le chant normal. Il témoigne en outre une agitation extrême, cherchant autour de lui, à droite et à gauche, jusqu'à ce qu'il rencontre une nouvelle femelle ou d’autres mâles; dans ce dernier cas, ceux-ci semblent prendre part à son inquiétude, répondant à son chant par la même note, et même plusieurs l’accompagnant dans sa poursuite. La femelle isolée exécute quelquefois avec ses pattes postérieures les mouvements du chant normal du mâle, mais sans qu'on puisse entendre aucun son.
Le Stenobothrus le plus commun et le plus répandu dans l'Europe moyenne et boréale est le S. pratorum, Fieber. Sa taille est celle du précédent. 11 abonde, de la fin de juin à la fin d'octobre, dans les prés
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des environs de Paris, du nord de la France, de la Belgique, s'étendant Jusqu'en Suède et en Laponie, et à la zone subalpine des montagnes. Les petits paysans nomment ses innombrables sujets Sautériaux ou Sautriaux. C'est aussi l'espèce dont on rencontre le plus tôt, au moins dans le Nord, des exemplaires adultes. La coloration varie beaucoup : des exemplaires sont presque grisatres et d’autres entièrement verts, enfin un certain nombre en partie bruns ou rosacés. Le système alaire, trèschangeant, y constitue trois variétés : le S. parallelus, Zetterst., à élytres du mâle plus longues que l'abdomen, celles de la femelle plus courtes, les ailes très-courtes dans les deux sexes, n'ayant que le tiers des élytres, caractère qui, joint aux carènes latérales du pronotum courbées, le distingue bien du S. dorsatus ; le S. montanus, Charp., à système alaire plus développé, les élytres du mâle dépassant l'abdomen, et celles de la femelle plus longues que la moitié, les ailes dans les deux sexes à peine plus courtes que la moitié des élytres, avec tous les passages à la variété qui précède; leS. explicatus, Fisch. Fr., très-rare, à ailes et élytres parfaitement développées. Le chant type de ce Criquet si commun, celui qu'il fait entendre lorsqu'il a passé un certain temps au soleil, est formé de sept ou huit notes résultant d’un nombre égal de mouvements assez étendus et simultanés des deux pattes postérieures. Cette stridulation, d'intensité croissante, a un timbre en rrrééé ou grréeé. Le plus souvent le Stenobothrus répète sa musique en prenant chaque fois un repos d'environ trois secondes. Fréquemment deux mâles voisins se répondent, le chant de l’un correspondant au silence de l’autre, et cela a lieu aussi pour le chant anormal. Yersin a surpris les mouvements de la nymphe d’un mâle cherchant à produire le chant normal, sans succès, vu l'imperfection de ses élytres. Le chant est rapide et précipité dans les chaudes journées de l'été, et dure alors à peine une seconde, tandis qu'en septembre il est rare qu'il s’accomplisse en moins de deux secondes ; aux diverses heures de la journée ou en passant insensiblement du soleil à l'ombre, le mâle ralentit peu à peu la mesure de sa stridulation ; ses mouvements sont plus allongés et se multiplient tellement, que le chant dure quatre ou cinq secondes, avec douze à quatorze notes au lieu de sept ou huit. On ne le reconnait qu’à son timbre toujours exactement conservé. C'est surtout dans les soirées tièdes qui suivent les brûlantes journées d'août que l'insecte est intéressant à suivre dans les gazons, où il stridule encore sur un mode si lent et si paresseux, qu'il semble vouloir jouir de la douce influence de la saison jusqu'aux dernières heures du crépuscule. Il n’est pas rare de l'entendre encore, ces jours-là, après dix heures du soir : c’est le seul Acridien d'Europe qui stridule aussi souvent à l’ombre, ou aussi tard après le coucher du soleil; presque tous les autres cessent leur chant dès que cet astre est près de l'horizon. Il n’est pas moins curieux d'observer la stridulation du S. pratorum, dans les premières heures de la matinée, surtout après une nuit un peu fraîche. Il fait alors entendre assez long- GIRARD, 11, — 45
temps un chant anormal, très-différent du chant ordinaire, formé d’une seule note fortement trillée, soutenue au moins une seconde et du même timbre que le chant ordinaire ; en même temps l'insecte cherche le soleil pour se réchauffer, une patte postérieure toujours plus basse que l’autre ; les deux pattes, au lieu d'agir ensemble, comme lors du chant normal, frottent Les élytres par des mouvements rapides, alternatifs, peu étendus. Le Criquet, bien réchauffé, reprend le chant ordinaire. Le chant anormal, rare en été, devient d'autant plus fréquent que la saison s'avance davantage.
Le S. lineatus, Panzer, est vert ou violacé, la femelle atteignant 20 à 24 millim., tandis que le mâle n’en a que 42 à 14. La tête est renflée, surtout chez la femelle; les carènes du pronotum rosées, sinuées avant le milieu, divergeant postérieurement et coupant une ligne noire; les élytres du mâle fuligineuses, plus longues que l'abdomen, avec une macule oblique blanche, celles de la femelle un peu plus courtes que l’abdomen, avec une bande blanche et une bande brune; les ailes presque ‘de la longueur des élytres, fuligineuses extérieurement; les jambes postérieures sanguines, à genoux noirs; l'abdomen rouge en dessus chez le mâle, avec des points noirs géminés, d’un jaune verdâtre en dessous, annelé de blanc chez la femelle. Le màle de cette espèce exécute un certain nombre de notes bien distinctes, en passant ses cuisses postérieures sur ses élytres par un mouvement étendu et plusou moins alternatif. L'une des notes est toujours plus forte et d’un timbre un peu différent de l'autre ; elles rappellent, comme timbre, la succession des syllabes èn?n, in ?n, in tn. Les deux notes ensemble durent environ une seconde, et l'insecte les répète jusqu’à vingt fois chacune, sans prendre aucun repos. La stridulation se modifie de la manière la plus remarquable si le mâle est en présence d’une femelle. Il se sert alors de ses deux pattes, qui marchent exactement ensemble, dans un mouvement très-court et assez rapide pour produire, quatre ou cinq fois par seconde, une note bien nette, faible d'intensité, dont le timbre rappelle la note normale en ?n. Ce chant est soutenu d'une manière continue pendant près d’une minute, la femelle, à qui il est destiné, restant à terre cachée dans l'herbe. Si l’on dérange le mâle, ou si la femelle s'éloigne, il reprend bientôt le même rhythme, mais alors avec une seule patte postérieure, l’autre demeurant immobile, pendant que la première rend quatre ou cinq notes ; puis la seconde patte succède à la première sans la moindre interruption dans le chant, comme si les deux paltes agissaient ensemble, et ces alternatives se reproduisent plusieurs fois de suite. L'insecte fait encore entendre quelques sons, soit en marchant, soit en mangeant des feuilles. Dans ce dernier cas, il se cramponne à une tige de Graminée par ses seules pattes intermédiaires, approche une feuille à sa portée entre ses mandibules avec les pattes de devant, et en même temps exécute avec les cuisses de derrière une sorte de bruit de satisfaction, sur une note courte et
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faible, qu’il faut être très-près pour entendre. Le S. lineatus habite plusieurs régions de l'Europe, dans les champs arides des plaines et des montagnes, d'août à octobre, s’élevant en Suisse presque jusqu’à la région alpine, se trouvant en Andalousie, en France près de Paris (Bris. de Rarn.), en Angleterre, etc., manquant en Suède et en Laponie. En Allemagne,outre le type se trouve une variété S. nigro-maculatus, Herr. Schæff., à élytres et ailes raccourcies, imparfaitement développées.
Une espèce plus petite, de 12 millimètres g”, et 16 millimètres 9, le S. stigmaticus, Rambur, diffère de la précédente par une taille beaucoup plus petite et par une autre nervation des élytres, et du S. biguttatus par les antennes non épaissies au sommet. On le trouve sur les montagnes de l’'Andalousie (Rambur), en Suisse, en Allemagne, près de Carlsruhe en octobre, en France près de Paris, commun à Fontainebleau aux mares de Belle-Croix (Bris. de Barn.), en Belgique, en juillet, août et au commencement de septembre, sur les collines sèches, dans les Bruyères et les Genêts, volant peu. Il y a des exemplaires verts et d’autres d’un gris jaunâtre. Les dessins noirs et blancs des joues, et les ailes presque aussi longues que les élytres, différencient l'espèce d'avec leS. parallelus, les unes et les autres étant du reste courtes, n’atteignant pas le bout de l'abdomen.
Le dernier groupe des Stenobothrus propres offre les carènes latérales du pronotum rapprochées avant le milieu, distinctement fléchies en angle ou anguleuses en croix, divergeant plus ou moins en arrière.
Nous citerons le S. vagans, Fieber, espèce subalpine dont on trouve quelques exemplaires en Belgique, sur les collines arides des environs de Spa ; commun dans le Valais ; de Bohême, de Silésie, des lieux pierreux, aux bords des champs, sur les collines herbues, buissonneuses, mais sèches, etc. Il est souvent confondu dans les collections avec des variétés du S. variabilis, mais s’en distingue par les pattes et l'abdomen non poilus et les carènes du pronotum non en croix, différant du mâle du S. biguttulus par la côte des ailes peu dilatée, du S. bicolor par la taille moindre et les ailes moins larges, du S. rufipes, qui est de même taille, par les élytres du mâle moins noirâtres, et le dessous de l'abdomen d'un jaune verdätre luisant. C'est ordinairement placé sur les pierres qui bordent les chemins que le mâle frotte ses élytres avec ses deux cuisses postérieures d’un mouvement court et régulier, de mauière à en tirer environ quatre notes par seconde, notes bien accentuées; égales entre elles, d’un timbre en ééé ou rrrééé, analogue à celui du S. pratorum, et cela dans un temps très-varié, de deux à quinze secondes.
Le S. viridulus, Linn., est une espèce répandue dans le milieu et le nord de l'Europe, dans les champs des plaines, et dans les montagnes subalpines ; commun dans les Alpes suisses au commencement d'août, dans le Jura; existant en Allemagne, en Belgique en août dans les Bruyères de l’Ardenne, mais rare en Angleterre, en Suède, en Russie,
en Laponie. Le mâle stridule par un mouvement vibratoire court, rapide et continu des deux pattes à la fois, et le son qui en résulte, trèsfaible d’abord, croît promptement en intensité et conserve ensuite une force à peu près constante, et cela pendant une quinzaine de secondes, sur un timbre brillant et métallique, comme vorrriü. Le chant du S. rufipes est très-analogue, mais moins intense et durant à peu près moitié moins. La taille du S$, viridulus est de 12 à 14 millimètres ©, 16 à 18 @; la coloration est toujours verte chez la femelle, d'un gris brun chez le mâle ou souvent verte comme dans l’autre sexe; les élytres sont subdilatées, surtout chez le mâle, sans taches brunes isolées, fuligineuses au sommet chez le mâle, le dos roussâtre ou vert dans les deux sexes, les ailes fuligineuses au bord antérieur et au sommet, les cuisses postérieures avec une bande noire interne, le dessous de l’abdomen des deux sexes vert jaunâtre et nullement rouge. Les carènes du prothorax non courbées à angle distinguent cette espèce des variétés vertes des S. biguttulus et bicolor, mais ces carènes courbées la séparent du S. elegans, qui en outre a le thorax plus allongé et la côte des ailes du mâle dilatée.
On fait en général une espèce distincte du S. rufipes, Zetterst., de taille analogue au précédent ; le brun ou le rougeâtre remplacent en grande partie le vert de l'espèce précédente, le noir même domine chez le mâle. Il faut y remarquer les palpes blanchâtres. L'espèce varie peu pour la coloration. Le mâle se distingue des exemplaires foncés du S. bigutlulus par ses élytres dont la côte n’est pas dilatée. Les carènes du prothorax coupent une bande noire ; les élytres, plus longues que l’abdomen ou subégales, testacées au dos ou vertes chez la femelle, ont des taches brunes isolées, et les ailes sont rembrunies, les cuisses postérieures roussâtres fascinées de noir, les jambes postérieures sanguines chez le mâle, foncées en-dessus avec des incisures blanches sur les bords chez les femelles, rouges postérieurement avec des points noirs géminés chez les mâles; la poitrine d’un jaune vert dans les deux sexes et l'abdomen sanguin en dessous, Peut-être n’avons-nous affaire qu'à une race propre aux plaines du S. viridulus, qui est essentiellement des montagnes. On trouve cette espèce dans toute l’Europe, de la Sicile à la Suède, l'Angleterre comprise. Elle existe près de Paris (Bris. de Barn.), mais est surtout commune en Provence. Elle est adulte dès le mois de mai et se montre encore en septembre, commune en Belgique dès la fin de juillet dans les Bruyères et les Genêts des collines exposées au soleil. La femelle vole lourdement, et s'enfonce souvent sous les herbes, si l’on place le filet sur la plante où elle est posée. On rencontre des femelles à dessous de l’abdomen d’un jaunâtre pâle, comme chez le S. viridulus, mais dont les élytres ressemblent pour les taches au rufipes. M. de Sélys-Longchamps suppose que c’est le jeune âge de l'adulte de cette dernière espèce, dont Le dessous de l'abdomen rougirait posté rieurement.
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Les remarques curieuses à faire sur la stridulation nous portent à citer deux espèces des montagnes. L'une, de Suisse, d'Allemagne, de France (Latreille), de Moscovie, de Suède, est le S, apricarius, Linn., habitant les pâturages moyens et élevés des Alpes, où il stridule en recherchant le soleil. Dans cet acte, il agite à la fois les deux pattes postérieures par un mouvement court, et assez rapide pour donner environ 90 notes en quatorze ou quinze secondes, durée ordinaire de son chant. Outre la note principale dont le timbre est en tin, une oreille attentive en découvre une autre, d’une très-faible intensité, qui semble lier les autres entre elles en produisant un son en #, ce qui fait que l’ensemble de cette stridulation paraît formé par une suite de 2tin, îtin, itin, itin. Les premiers sons de cette série sont assez faibles; ils augmentent graduellement de force jusqu’au dernier. Les deux sons distincts de ce chant paraissent provenir, l’un du mouvement ascendant, l’autre du mouvement inverse des pattes postérieures, qui glisseraient dans les deux cas en appuyant sur les élytres avec des pressions différentes. Le S. melanopterus, de Borck, existe aussi sur les montagnes en Portugal, dans l'Italie supérieure, dans les Alpes suisses, où il paraît plus commun que l'espèce précédente, en Allemagne près de Vienne, de Fribourg en Brisgau, commun dans les champs et les prés, en Russie (Moscou, Orenbourg), en Suède. Les ailes sont fuligineuses chez le mâle, transparentes chez la femelle, les jambes postérieures rouges. Le battement des ailes de ce Stenobôthrus, quand il vole, est aussi bruyant que le chant de beaucoup d’autres espèces; l'insecte au reste ne s'élève qu’à 2 ou 3 mètres de hauteur par ce mode de locomotion. En redescendant à terre, il se met aussitôt à chanter. Il commence par une note forte, d’un timbre en ssssin, qu'il tire de ses élytres, en faisant vibrer ses deux pattes postérieures à la fois dans un mouvement court, rapide et soutenu pendant près d’une seconde. A ce son en succède immédiatement un autre, résultant d’un seul mouvement étendu des pattes, qui agissent avec plus ou moins d'accord, n’appuyant sur les élytres que pendant le mouvement ascendant; elles produisent ainsi un son fort et aigre, d'un timbre en trrrraa, qui dure moins d’une demiseconde et qui est plus grave que l’autre. Sans prendre aucun repos, l’animal répète, mais en la soutenant un peu moins longtemps, la note en ssssin, puis celle en trrrraa, et ainsi de suite, jusqu'à vingt-deux fois chacune, en accélérant de plus en plusla mesure, qui est deux fois plus rapide à la fin qu'au commencement. Le matin, ou les jours pluvieux, pendant une éclaircie, certains individus, en marchant sur la terre, se contentent de faire entendre de temps à autre une note unique, toujours celle en ssssin.
L'espèce la plus difficile de ce genre d'une étude si laborieuse, auquel nous avons cru en conséquence devoir donner des développements insolites, est le S. variabilis, Fieber. Je crois impossible pour le mo ment de décider si l’on a affaire À des race ou à plusieurs espèces. Cet
Acridien est vert ou gris ou d'un roux brun; les carènes latérales du pronotum sont angulées avant le milieu, croisées, coupant une bande noire ; les élytres et les ailes plus longues que l'abdomen ou égales chez la femelle ; les aires scapulaire et externo-médiane des élytres du mâle plus ou moins dilalées, avec une macule oblique blanche entourée de brun et souvent des taches brunes dispersées ; les ailes subhyalines, subfuligineuses vers le sommet; les quatre pattes antérieures poilues, les cuisses postérieures d'un jaune vert en dessus et en dessous, avec une bande interne noire ; les jambes rousses chez le mâle ou d’un roux testacé; la poitrine et le ventre d’un vert jaune ; l'abdomen noir à la base en dessus, rouge postérieurement chez le mâle, dont la plaque subgénitale est courte, obtusément conique. La longueur du mâle est de 12 à 16 millimètres et plus, celle de la femelle 16 à 48 et plus. Une première race probablement est constituée par le S. biguttulus, Linn., qui existe en Algérie (Lucas) et dans toute l'Europe, dispersé depuis la Sicile et l’Andalousie jusqu’à l'Angleterre, la Russie, la Suède, la Laponie, Commun dans les prairies des plaines et des montagnes. En Belgique, il abonde dans les prés secs et dans les dunes (Ostende), à la fin d'août et au commencement de septembre. Le mâle se reconnaît aisément à la côte des ailes supérieures très-dilatée, et aux carènes dorsales anguleuses; mais la femelle est très-difficile à distinguer de l'espèce ou race suivante. Il y a beaucoup de variations de taille et de couleur, celles-ci suffisamment désignées par leuÿs épithètes : lutescens, purpurascens, virescens, prasina, les deux dernières répondant au Gryllus mollis, Charp., espèce distincte du S, biguttulus, d'après M. L. Brisout de Barneville. L'autre espèce ou race est le S. bicolor, Charp., correspondant, pour Fieber et Fischer de Fribourg, aux variétés nigrina el murina du variabilis. Elle existe dans les lieux analogues, très-commune en divers points de la Belgique, dans les prés et les jardins, de la fin de juillet jusqu’en octobre. On trouve à peu près les mêmes variétés de coloration que chez le S. biguttulus, quoique les variétés foncées ou noirâtres soient plus fréquentes chez le bicolor et les vertes plus rares ; la taille plus forte, la côte des élytres des mâles peu dilatée séparent le bicolor du biguttulus. Quant aux femelles, on peut dire que la taille plus grande est en général le seul signe séparateur. La stridulation des males se fait remarquer par son timbre métallique, ceux dont les aires antérieures des élytres sont moins dilatées stridulant plus doucement. Yersin a observé de légères différences dans les rhythmes du chant des diverses variétés, chez le S. biguttulus, espèce très-commune en Suisse au mois de septembre. Le mâle isolé fait entendre deux ou trois notes, la première plus courte que les autres, gagnant en éclat et en durée jusqu’à la dernière, qui est soutenue pendant plus de deux secondes; ces notes, toutes du même ton, qu'on peut représenter par vrrritii, sont séparées par des silences qui varient d’un quart à une seconde, et dues à un mouvement vibratoire court et rapide des deux pattes postérieures
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à la fois. Si le mâle chante près d’une femelle, il fait vibrer ses pattes de la même manière que pour le chant ordinaire, mais d’abord sans bruit sensible pour nous, puis sur une note beaucoup plus douce que celle du chant normal et un peu moins longue. Parfois la femelle répond au mâle par un mouvement vibratoire des pattes sur les élytres identique avec celui du mâle, mais sans son perceptible pour l'oreille humaine.
Le S. mollis, Charp., est une race ou espèce commune dans les prés sablonneux qui bordent le lac de Genève, et aussi en Provence. Son chant normal, dû à un mouvement vibratoire simultané des deux pattes, est d’un timbre un peu plus argentin que celui du S. pratorum, auquel il ressemble assez ; il est formé de vingt à trente notes d'intensité croissante, les premières durant moins d'une demi-seconde et plus aiguës que les dernières, qui sont en outre beaucoup plus lentes, au point que les huit ou dix dernières notes du chant durent chacune près d'une seconde. Si le mâle rencontre une femelle, il modifie son chant en lui donnant un caractère inusité de douceur ; les premitres notes surtout, d'une très-faible intensité, acquièrent un timbre en ? qui les fait paraître beaucoup plus aiguës que toutes les autres, et le mouvement des pattes qui les produit est si court qu'il semble n'être qu’un simple frémissement. Les femelles de ce Stenobothrus, que la stridulation porte à regarder comme une espèce distincte, se livrent, ainsi que celles de quelques autres espèces, à une singulière manœuvre. Pendant l'aprèsmidi on les voit quelquefois étaler vivement leursélytres, déployer leurs ailes et en frapper l'air de plusieurs mouvements brusques et saccadés, comme si elles voulaient prendre leur vol, ou comme si elles cherchaient à se débarrasser d’un corps étranger. En même temps l’une de leurs pattes postérieures s’élève verticalement, la jambe repliée contre la cuisse, de manière que le tarse se trouve placé sur la base des élytres, et ces battements sont accompagnés d’un bruit sensible. Au contraire du précédent, le S. bicolor, Charp., a une stridulation des plus courtes, un peu moins métallique et moins intense que celle du S. biguttulus, dont elle diffère peu par le timbre. Elle se compose d'une note unique, durant à peine une demi-seconde ou un tiers de seconde, et ne se répétant qu'après un repos au moins double ou triple et quelquefois beaucoup plus long ; ordinairement on compte seulement une note de deux en deux secondes. Les mâles semblent éprouver un plaisir tout particulier à striduler les uns après les autres, posés sur la terre dans les lieux incultes.
La seconde grande division du genre Stenobothrus est composée des Gomphoceri, Fieber, à antennes épaissies au sommet ou en massue.
Parmi les Gomphocères d'Europe, nous citerons le S, ou G. biguttatus - Charp., une des petites espèces du genre, de 40 à 15 millimètres dans les deux sexes, de couleur verte, testacée, rousse ou brune, variée de blanc ; les antennes du mâle terminées en massue étroite, celles de la
femelle un peu épaissies vers le sommet; les carènes latérales du pronotum subanguleuses, avec une tache latérale blanche; les élytres et les ailes plus longues que l'abdomen, les premières subdilatées chez les mäles, avec les aires scapulaire et discoïdale assez grandes (pl. LxIu, fig. 19, élytre gauche du mäle) ; des bandes brune et blanche et une tache oblique blanche (les deux gouttes); les ailes hyalines, fuligineuses au sommet ; les cuisses postérieures avec bandes blanches et noires; l'abdomen rouge au sommet chez le mâle, brun en dessus et plus pâle en dessous ou d’un roux verdâtre dans les deux sexes. Le chant du mile de cette espèce présente une certaine analogie avec celui du S. mollis; il est formé de neuf à douze notes, longues d'une seconde à peu près, les dernières un peu plus lentes et plus fortes que les premières. Cette stridulation, quoique faible en raison de la petite taille de l’insecte, est bien distincte et d'un timbre en vrrrééé. Pour la produire, le mâle élève ses deux pattes postérieures à la fois, par un mouvement lent et peu étendu, pendant lequel ces pattes appuient sur les élytres en vibrant d’une manière presque imperceptible ; arrivées au haut de leur course, elles retombent brusquement en s'éloignant des élytres, ce qui détermine un court silence entre chaque note. Le S. ou G. biguttatus ressemble assez au S. stigmaticus par la taille et la coloration, mais s'en sépare par les antennes du mâle en massue, simplement épaissies au bout chez la femelle, et par les carènes latérales du thorax anguleuses. L'espèce est de l'Europe médiane et boréale, très-commune en France, à la fin de juillet et en août, dans les lieux sablonneux arides, dans les prés montagneux à maigres gazons, les coteaux secs, les Bruyères, les Genêts, très-commune aussi en Belgique aux mêmes lieux, jusqu’à la fin d'août dans certains endroits. L’espèce y'est locale, mais abondante là où elle existe, offrant trois variétés de coloration, l’une grise plus ou moins foncée, passant parfois au brun, l’autre verte en grande partie, passant plus ou moins à la variété grise, enfin la troisième ayant le dessus et les cuisses postérieures rosacés, passant parfois au noirâtre. Dans beaucoup d'individus des diverses variétés il y a, comme chez des variétés du $S. bicolor, une raie dorsale claire partant de la tête, passant sur le thorax, puis se continuant sur le bord interne des élytres, ce qui se voit surtout que les organes du vol sont fermés. Le S. ou G. biguttatus existe aussi en Suisse, en Allemagne, en Angleterre, en Russie, dans toute la Suède où il est commun, en Laponie et en Botnie, dans les Alpes Scandinaves. On n'a pas encore observé l’espèce dans la péninsule Hispanique, en Italie, et en Grèce. Une espèce plus grande dans les deux sexes de quelques millimètres, est le S. ou G. rufus, Linn., d'un brun roussâtre, à dos pâle, plus rarement jaunâtre, à dos cendré. Les antennes sont longues et roussûtres, avec la massue comprimée noire, terminée par une pointe blanche aiguë, les élytres du mâle plus longues que l'abdomen, le plus souvent sans taches, les élytres de la femelle souvent plus courtes que
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l'abdomen et maculées, des ailes un peu plus courtes que les élytres, subhyalines ou ferrugineuses. La massue des antennes sépare tout de suite cette espèce des variétés brunes des S. biguttulus et bicolor, desquelles la taille la rapproche beaucoup. Le mâle ne fait d'ordinaire entendre qu'une seule note de trois ou quatre secondes, peu intense, d’un timbre argentin, trillée d’une façon plus fine que chez tout autre Acridien, ce qui répond à un mouvement très-court et très-rapide des cuisses tour à tour en haut et en bas; tantôt il meut ses cuisses ensemble vers le bas et tire un son croissant décroissant, presque comme chez le S. biguttulus. L'espèce est des mêmes pays que la précédente, des broussailles, des coupes de bois, des prés secs à la fin de juillet, en août et septembre; elle se pose souvent sur les arbustes. M. Fischer, de Fribourg, a observé un jour un mâle qui, les pattes antérieures étendues sur le sol et se tenant près de la femelle, faisait des gestes trèsrisibles, balançait son corps çà et là, dressait ses antennes, et semblait à la fois éventer et réjouir sa femelle.
Il y a quelques espèces intéressantes des montagnes : ainsi le S. ou G. brevipennis, Bris. de Barn., à élytres plus courtes que l'abdomen, surtout chez les femelles, les ailes avortées dans les deux sexes, de la France méridionale, au pic du Midi, à Bagnères de Bigorre, dans les Pyrénées (Laboulbène); le S. ou G. sibiricus, Linn., bien plus grand et plus robuste que le S. rufus, d'un roux testacé, à pronotum plus ou moins renflé en gibbosité au milieu, à organes du vol bien développés, des champs gazonnés arides des montagnes, commun dans les Alpes suisses et italiennes, par 1500 mètres d'altitude, en août, dans les monts de la Forêt-Noire, en Angleterre, dans les monts Ourals, en Sibérie. Quandle mâle stridule, il frotte ses élytres avec ses deux pattes à la fois, par un mouvement très-court et rapide, de manière à répéter jusqu'à deux cents fois, et cela parfois pendant près d’une minute, une note brève, bien accentuée, d’un timbre en tré, tré, tré, tré. Ces notes, égales entre elles, se succèdent si rapides, qu'il s'en produit de cinq à sept par seconde. Elles sont néanmoins bien distinctes, car chacune n'est produite que pendant un des mouvements des pattes, ascendant ou descendant, l’autre coïncidant avec le court silence qui sépare les notes. Il arrive quelquefois que les dernières notes d'une de ces longues séries baissent tout à coup, et prennent un timbre en ri, ri, rê...; il semble que l’insecte, fatigué, n’a plus la force d'appuyer sur ses élytres pour en tirer le son ordinaire.
Le sous-genre Sfenobothrus compte dans le continent américain septentrional 26 espèces actuellement décrites, appartenant à toutes les régions, sauf aux rives du Pacifique, et le sous-genre Gomphocerus, une espèce des États-Unis.
A côté du genre Stenobothrus se place le genre Stetheophyma, Fisch. Fr., à tête grande et grosse, à antennes médiocres et simples, à fovéoles latérales du vertex distinctes ou oblitérées, selon les exemplaires d'une
même espèce; les carènes latérales du pronotum un peu obtuses, le pronotum avec trois sillons transverses ondulés, un tubercule court et obtus au devant du prosternum ; les élytres et les ailes bien développées dans les deux sexes, parfois raccourcies chez les femelles. Ce genre n'a en Europe que deux espèces : l’une est le S. grossum, Linn., le Criquet ensanglanté de Geoffroy, dont la femelle atteint de 30 à 35 millimètres, le mâle restant à peu près moitié plus petit; la tête et le corps d'un vert d'herbe, devenant olivâtre par la dessiccation ; le bord antérieur des élytres largement jaune, avec les nervures ferrugineuses ; les ailes à nervures noires, un peu verdâtres postérieurement ; les cuisses postérieures d'un rouge de sang en dessous, les jambes postérieures d'un jaune verdâtre luisant avec épines noires, lescerques du mâle ferrugineux et sa plaque subgénitale conique, les valvules de ponte de la femelle allongées. Cette espèce, à part le Pachytylus migratorius, qui n'est qu'accidentel, est, pour le nord de la France et la Belgique, le plus gros Acridien indigène. Il est commun dans les prés humides en août et au commencement deseptembre, parfois dès la fin de juillet. Sa taille et son thorax granulé en dessous le font aisément reconnaître et il varie peu. Jadis on le prenait parfois en très-grande quantité tout contre Paris, dans les prairies de Gentilly, localité presque détruite aujourd'hui pour l’entomologie. La stridulation, déjà constatée par de Geer, est un son tantôt très-bref, tantôt plus prolongé, sifflant, qui se produit pendant que les cuisses postérieures sont tirées en bas. En sautant, l’insecte s’enlève de terre à près de 60 centimètres, et en même temps vole dans un espace médiocre. Outre la France et la Belgique, l'espèce est de Suisse, de toute l'Allemagne, de Russie, peut-être d’Angleterre, de Suède, de Laponie ; n'a pas été observée en Italie, en Espagne, en Grèce. La seconde espèce, le S. variegatum, Sulzer, est des lieux élevés de ï Europe australe et médiane, arrivant en France jusqu'à Saintes. Il habite les Alpes, s'y rencontrant à une élévation moindre que le Gomphocerus sibiricus, et se distinguant, parmi les nombreuses espèces alpines bruyantes, par l'éclat de sa stridulation. Elle est normalement composée de cinq notes, deux graves et courtes, une longue plus aiguë, puis deux autres semblables aux premières. Le timbre de la note grave est plus aigre, et diffère sensiblement de celui de l’autre, qui est particulièrement brillant. On peut essayer de Les reprédurent ensemble moins d’une seconde, et sont produites chacune par un mouvement très-étendu des pattes postérieures agissant ensemble, et n'appuyant sur les élytres, pour produire le son, que lorsqu'elles descendent. La note aiguë résulte d’un mouvement vibratoire trèscourt des deux pattes, et se soutient environ deux secondes. Parfois l'insecte, en marchant dans l'herbe, ou le matin quand il commence à chanter, ne fait entendre que la note grave une ou plusieurs fois de suite. En général, après le chant normal, répété parfois sans repos trois
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ou quatre fois consécutives, il s'élève d’un vol bruyant, et va recommencer à quelques pas de là, comme le Sfenobothrus melanopterus. Le genre Stetheophyma ecomple trois espèces en Amérique, du Canada et des États-Unis du Nord.
M. Fischer, de Fribourg, a établi un genre peu éloigné des Pezotettix pour une espèce d'Europe, ef rare en beaucoup de points, l'ancien Gryllus parapleurus, Hagenbach, OŒEdipoda pour Audinet-Serville. L'insecte est à la limite des OŒEdipodes et des Criquets par son prosternum muni d'un tubercule obtus, non dégagé en corne ou épine. Le vertex est subobtus et déclive, à fovéoles presque nulles, le pronotum un peu arrondi, à faible carène médiane, les carènes latérales nulles, et muni de trois sillons transverses. Les élytres et les ailes sont parfaitement développées dans les deux sexes ; les pattes grèles, les cuisses postérieures allongées, peu dilatées à la base, l'abdomen allongé, caréné en dessus, à tympan presque entièrement libre. Le Parapleurus typus, Fisch. Fr., de 18 millimètres environ Ç et 26 millimètres Q, est d'un vert jaunâtre. Derrière chaque œil est une ligne longitudinale noire et luisante, se prolongeant de chaque côté sur le pronotum, et, en outre, sur le premier tiers des élytres. Cet insecte n’a encore été observé que dans les prés humides de l’Europe moyenne et orientale, jusqu’au Caucase, Il est fréquent en août dans les prairies de la Charente (H. Delamain). Son vol est peu soutenu. Pour observer la stridulation du mâle, il faut choisir un jour de soleil, et se placer au milieu d'un pré où l'espèce soit abondante. On voit, après quelque attente, les mâles s'élever lentement le long de la tige d'une herbe. Dès qu'il s'en trouve deux ou trois réunis, ils commencent à effectuer des mouvements avec les pattes, les uns étendus, les autres irès-courts et rapides, véritables battements des deux pattes postérieures à la fois, qui semblent bien plutôt frapper les élytres que les frotter, tant le mouvement est saccadé. Un bruit à peine perceptible, d'une demi-seconde, accompagne ce dernier genre de mouvement.
Un autre genre voisin des Stenobothrus est le genre Epacromia, Fisch. Fr., qui s'en sépare par les fovéoles de la tête distinctes et triangulaires, le pronotum un peu resserré en avant, sa carène médiane seule distincte, et, à la place des carènes latéralesabsentes, les angles huméraux gonflés, obtus, ondulés; les élytres et les ailes sont bien développées et analogues dans les deux sexes. Ce genre est d'Asie, d'Afrique septentrionale, de l'Europe australe et médiane dans les champs sablonneux, Paris et Carlsruhe, c'est-à-dire environ 49° lat. N., paraissant être sa limite extrême. Le type est l’Æ. thalassina, Fabr., de 20 à 32 millim. chez la femelle, le mâle environ moitié plus petit, vert ou testacé ou d'un brun gris, les élytres d’un vert pâle avec des bandes transverses et des maclues quadrangles brunes et subdiluées, les ailes très-amples, hyalines, enfumées au sommet, verdâtres à la base. Cet Acridien aime à courir sur le sol, où il cherche sa nourriture, et, lorsqu'il est effrayé, il s'envole à assez grande distance, en produisant, par le battement de
ses diles, un bruit assez fort. Ordinairement les mâles se réunissent plusieurs ensemble, côte à côte, puis changent de place, passent les uns au-dessus des autres, s'éloignent, se rapprochent vivement, comme s'ils jouaient. Tant que dure cette agitation, ils exécutent, sans produire un son sensible, des mouvements très-étendus avec l’une ou le plus souvent avec les deux pattes postérieures à la fois. L'un d'eux vient-il à s'éloigner, il fait vibrer par un mouvement rapide et court une seule de ses pattes postérieures, demanière à donner naissance, pendant moins d’une demi-seconde, à un bruit sourd et d’une très-faible intensité. Il avance de quelques pas en marchant, puis fait vibrer l’autre patte reprend sa marche et continue les mouvements stridulaloires, en employant alternativement la patte gauche et la droite. Il répète ce manége jusqu'à ce qu'il rencontre quelque individu de son espèce, mâle ou femelle, auprès duquelil reprend lesmouvementsétendusetmuets. Cette espècese trouve en Algérie (Lucas), dans tout le midi de l’Europe, en Suisse, dans la France méridionale, ainsi à Bordeaux (Latreille), dans la Charente, et remonte près de Paris jusqu'à la forêt de Fontainebleau, à Belle-Croix. Ce genre, à stridulation très-faible, nous conduit au suivant, de caractère analogue.
æœDiPopDa, Latr. — Corps médiocre, glabre ou poilu. Tête souvent rugueuse, à vertex étroit entre les yeux, à côte frontale continuée presque jusqu’au clypéus, à fovéoles latérales du vertex très-courtes, trigones, ou subarrondies, ou obsolètes ; ocelles distincts; yeux subarrondis ou oblongs, souvent très-globuleux et rapprochés ; antennes filiformes, à articles cylindriques, l’apical atténué, dépassant le pronotum chez le mâle, subégales à lui chez la femelle, Pronotum souvent terreux ou ruguleux, parfois rétréci en avant, la carène médiane tantôt à peine apparente, tantôt subcrêtée et incisée, les carènes latérales peu développées, le bord postérieur subtronqué ou anguleux; prosternum mutique, un peu gonflé en avant; pectus large. Élytres et ailes bien développées dans les deux sexes, les premières le plus souvent trifasciées, les secondes à disque coloré d'ordinaire et souvent fasciées. Pattes grêles, parfois poilues. Abdomen caréné en dessus, la plaque subgénitale du mâle conique et obtuse,
Les OŒdipodes, au sens actuel, figurent parmi les plus jolis Orthoptères d'Europe, en raison des couleurs vives et suaves de leurs ailes, peu constantes du reste au point de vue spécifique, la bande obscure qui entoure leur disque existant toujours dans certaines espèces, et, chez d’autres, ne subsistant que sur quelques exemplaires (0E. cærulans). Hs vivent dans les champs arides, sablonneux, de la plaine et des zones chaude, tempérée et froide des montagnes; il est encore douteux qu'on les trouve dans les montagnes dans les régions tropicales les plus chaudes ; toutefois le genre existe dans le Honduras et au Mexique, même dans les terres chaudes (0E. Sumichrasti, Sauss.)
L'espèce la plus répandue en Europe est l'OE. fasciata, Siebold, dont la femelle atteint parfois 30 millimètres, tandis que le mâle n’en a que
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16 à 48. Le corps est d’un gris testacé ou brunâtre, subglabre, comme terreux sur la tête et sur le pronotum, çà et là ruguleux. Les élytres et les ailes sont plus longues que l'abdomen dans les deux sexes ; les élytres, un peu translucides à l'extrémité, ont deux fascies transverses et une troisième oblique ; les ailes sont de couleur variable, portant toujours une bande noire complète en dehors du disque, envoyant en dedans un rameau noir vers la base, leur extrémité hyaline enfumée à l'extrémité ; les pattes antérieures sont subpoilues et grises, maculées de brun, les cuisses postérieures dilatées à la base, à trois bandes brunes indécises, noires en dedans avec un anneau blanc avant le genou, les jambes postérieures bleuâtres ou jaunâtres, avec un ou deux anneaux blancs. L’abdomen est brun ou gris, à incisions brunes, les cerques simples, les valvules de la femelle parfois subitement atténuées au sommet. Dans son ensemble cette espèce habite la Turquie, l'Italie. l’Andalousie, la Dalmatie, l'Helvétie, la France, la Russie et la Belgique ; manque en Suède et en Laponie et est douteuse en Angleterre. Elle a de très-importantes variétés de couleur des ailes. L'une, la plus répandue quand on s'avance vers le nord, est l’OE. cærulescens, Linn., où les ailes sont bleues surtout à la base. Ce Criquet à ailes bleues et noires, de Geoffroy, vit en troupes parfois très-nombreuses dans les lieux montueux arides, surtout tournés au midi, dans les broussailles, les endroits pierreux et incultes, les fossés des vignobles, le haut des falaises, les dunes, etc. La nature des localités qu'il affectionne ne permet pas de le considérer commeréellement nuisible. Cet Œdipode, tantôt marchant, tantôt sautant, exécute, les jours du soleil, avec ses pattes postérieures, deux sortes de mouvements, les uns étendus, les autres très-courts et rapides, véritables vibrations dans lesquelles les deux pattes se meuvent et toujours ensemble. IL n’est pas certain que le premier mouvement soit accompagné d'aucun son; l’autre produit un son assez distinct d’un timbre intermédiaire entre rrrii et rrru, durant environ une demiseconde. Une autre variété offre les ailes inférieures d’un rouge vermillon, c’est l’OE, germanica, Latr., ou miniata, Pallas, le Criquet à ailes rouges de Geoffroy. Nous remarquerons que chez la variété précédente le bleu des ailes ne vire pas au rouge sous l'influence des vapeurs acides, à la façon d’un papier bleu de tournesol. Une troisième variété, l'O. gratiosa, Aud.-Serv., ou salina, Siebold, offre les ailes d’un carmin rosacé] à la base, la bande noire un peu plus éloignée du sommet. La variété à ailes bleues est très-commune près de Paris; on la rencontre même, à la fin de l'été, dans les rues de Paris excentriques, entourées de grands jardins et de terrains vagues. Elle existe seule plus au nord, ainsi à Compiègne, au nord de la Bretagne près de Saint-Malo, de Dinan, où elle abonde sur les falaises arides ; en Belgique, commune à la fin d'août et en septembre dans les Bruyères et sur les dunes, trèsagile, s'envolant légèrement. La variété rouge se rencontre aussi près de Paris, mais plus localisée, sux les éçoteaux les plus secs et les plus
insolés, plus rare que l’autre à Sénart, aussi fréquente à Lardy ; près de Fribourg en Brisgau, de Ralisbonne, etc. On rencontre également les deux variétés dans certaines localités de l'Autriche, et c'est au contraire la rouge qui estla plus fréquente. La variété rose paraît localisée dans l'Europe méridionale, dans le sud de litalie et de la Russie, en Sicile, en Turquie. La variété à ailes rouges a été souvent confondue par les auteurs avec le Pachytylus stridulus, qui manque ou du moins est fort rare près de Paris; cette erreur, fort excusable, existe dans l’estimable ouvrage de M. E. Blanchard (Hist. nat. des Insectes, Duméril, IT, 42). En Algérie, se trouve l'OE. mauritanica Lucas, à ailes rouges, assez rare, sur les collines, espèce voisine du germanica. En Suède, la variété bleue est remplacée par l'OE. cyanoptera, Charp., qui est aussi de Poméranie : c’est une petite espèce de 12 à 15 millimètres dans les deux sexes, le seul OŒEdipode suédois à ailes bleues; celles-ci sont à la base d’un bleu très-suave, plus claires au sommet, avec une bande médiane brunâtre, droite, un peu large et diluée, parfois oblitérée chez la femelle. Zetterstedt dit que cette espèce septentrionale se trouve çà et Là dans les lieux calcaires, vers la fin de juillet, et que sa couleur simule tellement celle de la pierre calcaire dans les fentes de laquelle elle se cache souvent, qu'un observateur peu attentif la trouve difficilement, A l'approche du passant, l'insecte fuit d’un vol rapide, mais court, sans bruit, et l’on n'entend pas de stridulation d'amour chez les mâles au repos.
L’'OE. cœrulans, Linn., le Criquet à ailes bleues de Geoffroy, de la taille d'OE. fasciata, offre la base des ailes d’un bleu suave et azuré, la bande noire manquant souvent, existant parfois peu intense au delà du milieu. Cette espèce, des lieux secs et sablonneux, existe dans beaucoup de régions de l'Europe méridionale et en Algérie (Lucas); elle remonte jusqu'aux environs de Paris, mais y est assez rare. En Andalousie, se trouve la variété azurescens, Rambur, offrant la bande des ailes arquée brune ou noire. Une espèce de l’Europe orientale et méridionale, qu'on voit en France près de Montpellier, est l'O. variabilis, Pallas, à fascies des élytres obsolètes, les ailes, subhyalines au sommet, ayant une bande brune raccourcie et diluée, offrant une teinte rosée au disque et au delà, chez la variété rhodoptila, Charp., cette même portion de l'aile ou blanchâtre à nervures rougeûtres, ou diaphane, ou enfin bleuâtre dans la variété subcæruleipennis, Charp.
L'Europe présente sept espèces du genre OEdipoda ; Mie autres espèces ont été découvertes en Algérie par M. H. Lucas. Ce genre est -très-fortement représenté dans toutes les régions, sans exception du continent américain septentrional, et M. C. Thomas en décrit 42 espèces. Il y en a plusieurs qui sont fort destructives. Ainsi l'O: atroæ, S: Scudder, à antennes de la longueur du thorax, la tête et le pronotum d'un brun jaunâtre pâle, les élytres un peu plus longues que l'abdomen, les premières d’un brun fauve, les ailes translucides, Cette
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espèce va presque au nord de l’Amérique, et, d’après M. Scudder, atteint dans ses migrations jusqu'à la Californie. Un autre OŒdipode, très-commun dans tous les États-Unis, sauf la Calilornie, est l'OE. carolina, Aud.- Serv., d'un brun jaunâtre, très-remarquable par ses ailes amples, presque aussi longues que les élytres, d’un noir opaque, avec une bordure translucide d’un jaune-soufre occupant le bord postérieur et l'extrémité de l'aile, et offrant quelques petites taches irrégulières obscures. De Geer rapporte que ce bel Acridien se trouve en abondance dans les chemins et les plaines des environs de Philadelphie, et qu’en sautant, il se sert toujours en même temps de ses ailes pour voler.
On doit comprendre dans les OŒEdipodes le sous-genre Sfauronotus (croix au dos), voisin aussi des Stenobothrus. Il offre le vertex très-obtus, subeconcave, à fovéoles latérales courtes, quadrangles, presque contiguës entre elles, la côte frontale s'évanouissant au-dessous de l'ocelle médian, les carènes latérales du pronotum développées en arrière et continuées en avant par un dessin qui imite une croix (X).
Les Stauronotus sont d'Égypte, d'Algérie, d'Europe méridionale et orientale jusqu’à Berlin. Nous citerons le S. cruciatus, Charp., parfois fort nuisible, que nous rencontrons en Algérie, et dont on a observé en Syrie des migrations funesles,et leS, crucigerus, Rambur, de l'Espagne méridionale, se trouvant aussi à l’est et à l’ouest de l'Algérie, près de la Calle, de Bône, d'Alger, d'Oran, en avril et en mai. Il y a une espèce de Stauronotus dans le district des montagnes Rocheuses (Amérique du Nord.)
PACHYTYELUS, Fieber, — Tête subglobhléute, à vertex large, la carinule mé- ‘ diane très-obsolète, à bord latéral aigu, les fovéoles nulles, les carènes latérales arquées et distinctes ; le vertex continue en avant directement en une côte frontale large, aplanie; yeux subarrondis, peu globuleux ; antennes filiformes, comprimées, insérées dans une cavité profonde avant les yeux, à premier article très-épais, les autres assez distincts; pronotum subresserré en avant, prolongé en arrière, à carène médiane plus ou moins crêtée, les carènes latérales nulles, mais les épaules obtuses, proéminentes, souvent impressionnées. Prosternum plan, mutique, comme biparti (ransversalement; pectus robuste et large. Élytres et ailes d'ordinaire bien développées et plus longues que l’abdomen dans les deux sexes, rarement subraccourcies chez les femelles, mais restant néanmoins propres au vol, les élytres des mâles pas plus dilatées que celles des femelles, les ailes amples, souvent colorées ou ornées de bandes. Hanches antérieures ayant une dent trigoné très-courte; euisses postérieures médiocrement dilatées à la base et plus ou moins épaissies, jambes postérieures épineuses en arrière; tarses avec de grandes pelotes et une petite arolie, Abdomen subcaréné ét subcomprimé en dessus,
Les espèces de ce genre proviennent d'Europe, d'Asie et d'Afrique ; certaines entreprennent des migrations et causent de très-grands dom-
mages par leur voracité. Celle-ci est liée à des pièces buccales qu'il est bon de décrire pour cette raison : le labre est grand, émarginé au sommet, les mandibules très-robustes, avec plusieurs dents obtuses et rugueuses en dedans, le mando des maxilles à trois dents, deux subégales entre elles, la troisième courte, le galea large, subtronqué au sommet ; les palpes maxillaires à trois derniers articles subégaux, la lèvre à lobes (galea) très-larges et courts, les palpes à dernier article un peu plus long que le pénultième et subtronqué. Nous devons aussi remarquer que chez les Pachytyles les tympans abdominaux sont recouverts par un bord corné postérieur voûté, et que de la partie antérieure s'étend un lobe corné plan, arrondi, plus ou moins long, au-dessous de la voûte. Chez le P. stridulus, le tympan ressemble plus à celui des OEdipoda.
L'espèce la plus nuisible, celle des grandes migrations de l’Europe, est le P. migratorius, Linn. (pl. Lxmm, fig. 10, lèvre inférieure avec palpes labiaux ; 40 a, mâchoire avec palpe). La couleur varie du vert livide au gris ochracé ; Le corps et les pattes sont légèrement poilus, les élytres et les ailes beaucoup plus longues que l'abdomen, les premières jaunètres à la base, parsemées partout de taches brunes en fascies, les ailes amples, d’un vert jaunâtre au disque interne, souvent fuligineuses au sommet. Il existe au moins deux races, sinon deux espèces. L'une, la plus grande, k vrai migratorius de Linnæus, atteignant de 50 à 54 millimètres ®, à pattes postérieures d'un jaunâtre pâle et bleuâtres au bout ; l’autre, de taille moindre, 85 millimètres 7, à 48 Q, ayant les jambes postérieures d'un rouge sanguin plus ou moins pâle, la carène médiane du pronotum prolongée en avant, plus élevée, à angle droit en arrière, les éperons des jambes postérieures bruns, tandis qu'ils seraient noirs chez le migratorius (Fischer de Fribourg). C'est le P. cinerascens, Fabr., ou danicus, Linn. La première race, qu'on suppose originaire des steppes de la Tartarie, se trouve en Syrie, en Égypte, à l'ile Maurice, paraît plus volontiers demeurer dans les régions orientales de l’Europe et s'étendre moins loin que l’autre, gagner plus rarement le Nord, ainsi la Suède et l'Ingrie (gouvernement de Saint-Pétersbourg).
M. Fischer, de Fribourg, dit qu'on la trouve rarement en Prusse en sujets isolés, qu'elle apparaît l'hiver en grandes troupes dans le Valais, se rencontre dans le Banat, etc. D’après Ræsel et Goldfuss, cette espèce stridule, bien que les aréoles des élytres ne soient pas dilatées chez le mâle. Yersin a parfaitement constaté le même fait et d’autres détails intéressants. C’est le matin, lorsque le soleil commence à se faire sentir, que l'insecte a le meilleur appétit. Il coupe les tiges des Graminées vertes et tendres au-dessous de l’épi, puis, se posant sur les pattes de la seconde et de la troisième paire, il tient devant lui, avec ses pattes antérieures, la tige ou la feuille qu'il vient de couper, et dont il mord le bout de façon à enlever à chaque coup de mandibule un fragment assez volumineux qu’il triture un instant avant de l’avaler. L'animal boit aussi les gouttes de rosée ou de pluie qu’il trouve à sa portée. Lors-
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quil est repu, il se place au soleil, le flanc tourné vers ses rayons. La température s'élevant, tous les insectes s’animent et s’agitent, paraissant se chercher ou se fuir. Quand le mâle rencontre une femelle, il s'élance brusquement sur son dos et s'attache à elle avec ses quatre pattes antérieures, et la femelle marche avec ce fardeau pendant plusieurs heures. C'est alors seulement qu’on entend striduler le mâle du P. migratorius, d'un son faible et peu intense. Il frotte l’élytre avec une seule patte à La fois, fait rare chez les Acridiens et constaté aussi chez l’Epacromia thalassina. Le rhythme du chant diffère selon que l’insecte est au soleil ou à l'ombre. Au soleil, le mouvement de la patte qui joue le rôle d'archet est rapide et peu étendu, et la stridulation rappelle celle du Stenobothrus biquttulus, seulement plus grave, moins intense, d’un timbre moins argentin. A l’ombre, au contraire, la patte frotte l'élytre d’un mouvement moins rapide et plus étendu, et le chant se rapproche alors beaucoup de celui du S. parallelus. L’insecte change tour à tour de patte dans sa stridulation. La femelle est dans une agitation continuelle au moment de la ponte ; elle creuse une cavité avec ses valvules crochues et y enfonce son abdomen complétement jusqu'à l’origine des ailes. Les œufs sont réunis dans un tube cylindroïde au nombre de 55 à 58. Les œufs sont allongés, de 5 à 6 millimètres, arrondis aux deux bouts, d’un jaune opaque, à coque très-fragile, entourés d’une écume couleur de chair rejetée par la mère, et qui devient dure en se desséchant. Les deux races sont des hôtes constants de l'Italie et de la Suisse; elles sont communes en Andalousie (Rambur), préférant les régions boisées, volant très-vite, ne paraissant pas chercher les lieux cultivés ni se propager assez pour causer grand dommage. Il en est de même en Algérie (Lucas), où l’on trouve toujours l'espèce en hiver, au printemps et en été dans les lieux herbus et ombragés, et qui n’y est que peu nuisible. Elle existe aussi à Madère. Les sujets isolés se prennent, mais rarement, en septembre près de Paris, ainsi à Fontainebleau (Walckenaer, C. Duméril), à Sceaux, dans une prairie (L. Brisout de Barneville), dans divers points de l'Allemagne. La race cinerascens a été capturée en Irlande, près de Dublin, en Danemark (Linnæus). D'après M. H. Delamain, on la prend tous les ans assez abondante entre Jarnac et Cognac (Charente), en août. D'après M. de Sélys-Longchamps, les deux races existent locales en Belgique, celle à jambes rouges dans les Bruyères de la Campine, celle à jambes bleuâtres ou d'un jaune pâle en Hesbaye. Il pense qu'elles peuvent s'y reproduire pendant plusieurs années de suite, bien qu’elles nes’yrencontrent pas tous les ans. C’est un fait analogue à celui qu'offrent ces Lépidoptères africains d’ur vol puissant, égarés parfois dans le nord de l'Europe, tels que les Derlephila Nerii et Celerio. Il serait très-intéressant de voir s’il y a accouplement entre les deux races ou espèces bien voisines.
Le P, stridulus, Linn., d'un brun ferrugineux, ayant de 20 à 27 millimètres chez le mâle, 27 à 35 chez la femelle, ressemble beaucoup, par ses ailes inférieures d’un beau rouge, à l'OŒdipoda var. germanica.
On l'en distingue tout de suite en ce que les élytres n'ont pas de fascies, que les ailes ne sont qu'incomplétement bordées de noir, seulement vers le bout, et que celui-ci ne se termine pas par une pointe hyaline; en outre, chez la femelle, les organes du vol, raccourcis, n'atteignent pas l'extrémité de l'abdomen.
Le nom de cette espèce vient, non pas d’une véritable stridulation du mâle, mais du bruit très-fort qu'il produit en volant par saccades et assez haut, d’une façon mécanique et non volontaire, par le frottement des nervures très-épaisses du bord antérieur des ailes contre le bord postérieur des élytres. On trouve cette espèce dans beaucoup de régions de l’Europe, de l'Italie septentrionale à la Suède, où elle se rencontre, surtout où l’on fait le charbon de bois. On la voit en juillet, août et septembre, dans les lieux un peu élevés, sablonneux et arides, et sur les prairies moyennes des Alpes et des Pyrénées. Elle habite le S. E. de la France, la région subalpine de la France, toute l'Allemagne et la Russie. Elle peut se capturer près de Paris, d'après M. L. Brisout de Barneville, mais très-rarement, car je ne l’y ai jamais vue. Elle se prend très-accidentellement en Belgique, ainsi dans les Bruyères de Lanaken près de Maestricht. Elle est douteuse en Angleterre, paraît manquer en Laponie, aussi bien que dans l'Italie inférieure, et en Andalousie. Le P. stridulus est parfois fort nuisible aux récoites dans l’Europe méridionale. Solier le cite, sous ce rapport, parmi les Orthoptères dangereux de la Provence, ainsi que l’espèce suivante, le P. nigro-fasciatus Latr., ou flavus, Fabr., à peu près de la taille du précédent, d'un vert jaunâtre, à ailes jaunâtres au disque interne, avec une bande arquée submédiane brune, Cette dernière espèce existe en Algérie (Lucas), en Andalousie, dans toute l'Italie, la Provence, la Suisse (Valais), la Podolie australe,
Nous terminons le groupe des Acridites à prosternum mutique où submutique par un genre aberrant, de place à peu près arbitraire parmi les Acridiens.
PNEUMORA, Thunberg, — Tête très-aplatie en avant; antennes courtes, filiformes, de seize à vingt articles ; trois gros ocelles en triangle chez les mâles, Pronotum très-grand, scutelliforme, à carène dorsale mince et tranchante, prolongée en arrière sur les élytres; prosternum mutique. Élytres et ailes longues et de même grandeur dans les mâles, couvrant en entier l’abdomen ; celles des femelles ne s’avançant qu'au milieu de celui-ci, ou rudimentaires et cachées alors sous le bord postérieur du pronotum. Pattes antérieures et intermédiaires subégales, les postérieures plus courtes que l’abdomen, à cuisses à peine renflées, les jambes grêles et épineuses. Abdomen des mâles ayant les six premiers segments paraissant vides à l’intérieur, très-gonflés et vésiculeux, à séparation peu prononcée, les derniers brusquement rétrécis, très-courts;
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non renflés ; abdomen des femelles normal, à segments remplis et continus, à appendices peu visibles.
Le nom de genre de ces Acridiens spéciaux à l'Afrique australe, dont nous donnons la diagnose, signifie vent, et vient de l’énorme abdomen des mâles, renflé et vésiculeux, ressemblant tout à fait d'aspect à la gousse verte du Baguenaudier (Colutea arborescens) ; cela doit être en rapport avec des particularités d’accouplement, ou aider au transport aérien des mâles auprès des femelles, forcément sédentaires en raison de l'imperfection de leur système alaire, Il y a encore d’autres particularités fort importantes, et tout à fait spéciales à ce genre, qui est une sorte de point singulier chez les Acridiens: seul, parmi les Orthoptères sauteurs, il offre les pattes postérieures plus courtes que le corps, ce qui, joint à des cuisses à peine renflées, laisse supposer que le saut est nul ou au moins très-faible. Burmeister, très-frappé de ce caractère, fait des Pneumores un groupe séparé parmi les genres des Acridiens:; le second segment abdominal des mâles offre latéralement, à l'endroit où s'applique le milieu des cuisses postérieures, une sorte d'élévation étroite ou carène arquée, très-finement denticulée, et que Burmeister regarde comme destinée à produire une stridulation par le frottement de la cuisse sur ces dentelures. La grosse outre abdominale gonflée de gaz doit servir à un renforcement, comme une caisse de guitare. Les Pneumores, où les mâles sont bien plus nombreux que les femelles, se trouvent principalement au Cap, sur diverses plantes, en septembre et octobre (printemps austral).
Audinet-Serville établit deux divisions dans les Pneumores. La première est formée d'insectes à carène dorsale du prothorax égale, peu élevée et continue dans toute sa longueur, à yeux oblongs, peu saillants; les élytres et les ailes des femelles sont courtes, mais bien conformées, le sillon transverse du prothorax peu prononcé. A ce groupe appartient le P. immaculata, Thunb. (pl. Lxur, fig. 8, mâle). Ce mâle, iong de 56 à 40 millimètres, est entièrement d'un vert tendre un peu jaunâtre. La carène dorsale du prothorax est tantôt pâle ou jaunâtre, plus rarement rougeâtre. Une bande transversale brunâtre, luisante, existe sur les flancs du mésothorax ; les élytres sont translucides, d'une teinte verdâtre uniforme, ainsi que leurs nervures; les ailes transparentes, incolores, un peu lavées de verdâtre, Une tache ronde ocellée, brune et luisante, cerclée de roussâtre, parfois oblitérée ou affaiblie, se remarque sur les côtés des 2°, 4° et 6° segments dorsaux. La femelle est également d’un vert uniforme. Le mâle est commun et figure ordinairement, avec l'espèce suivante de la seconde division, dans tous les envois d'insectes du cap de Bonne-Espérance. Une grande et belle espèce de cette division, atteignant 80 millimètres, également du Cap, est le P. scutellaris, Latr., à prothorax épineux, entouré d'une bande argentée, à corps glabre, d'un vert jaunâtre ferrugineux par places.
Les Pneumores de la seconde division ont la carène dorsale antérieure du prothorax élevée en crête mince, comprimée, bilobée; les yeux globuleux et saillants; les élytres et les ailes des femelles rudimentaires et ne s'apercevant que si l'on soulèvele bord postérieur du prothorax, celuici étant distinctement séparé en deux par un sillon transversal profond Le type de cette division est le P. variolosa, Linn.. Oliv., syn., maculata Thunb., de même taille que l'espèce précédente, au corps d'un vert tendre, parsemé dans toutes ses régions de taches d’un blanc d'ivoire ou argenté. Les élytres sont d’un vert clair, translucides, avec une multitude de taches blanches carrées dont le centre est obscur, les ailes transparentes, incolores, à nervures vertes. La femelle a l'abdomen un peu caréné en dessus, avec une suite de taches blanches interrompues; les plaques dorsales ont de chaque côté une tache longue et oblique, entourée de quelques points. Du Cap. Le mâle est commun.
Un second groupe d'Acridites est formé de genres ayant le prosternum épineux.
PEZOTETTIX, Burm., ou PopisMA, Latr. — Corps médiocre, rétréci en ar rière chez la femelle, Tête grande, vertex sans fovéoles latérales; antennes à articles cylindriques assez distincts, dépassant le pronotum , ou subégales Q; yeux subovales. Pronotum subeylindrique ou aplani, à carène médiane coupée par trois sillons transverses, les carènes latérales oblitérées, représentées plus ou moins en arrière par les angles huméraux gonflés ; prosternum avec une courte corne médiane obtuse. Élytres et ailes le plus souvent raccourcies et impropres au vol, ou tout à fait nulles ou très-rarement développées. Pattes poilues, les quatre antérieures courtes, les cuisses postérieures peu dilatées à la base, les jambes épineuses. Abdomen subconvexe en dessus chez le mâle et un peu gonflé au sommet, à plaque subgénitale subdressée, caréné au-dessus et rétréci en arrière chez la femelle; tympan abdominal libre, manquant dans quelques espèces,
Les Pezotettix (Grillon pédestre) sont des Acridiens des régions froides, montagneuses et boréales de l’Europe et de l'Amérique du Nord, et aussi de l'Asie. Dans un très-petit nombre d'individus de certaines espèces les organes du vol sont bien développés, les élytres pouvant même dépasser l'abdomen, les ailes subégales aux élytres, assez amples et arrondies. Les élytres, abortives, ont une forme assez constante suivant les espèces, tantôt lancéolées et se touchant à la suture (P. frigida), tantôt ovales (P. alpina), tantôt falciformes (P. pedestris) etc. Elles paraissent assez écartées à la suture, couvrant la moitié, le quart, le cinquième de l'abdomen. Les ailes, rudimentaires, sont tantôt un peu plus courtes que les élytres, et cependant assez plissées, tantôt tout à
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fait avortées, exiguës, en forme de lanières. Chez les nymphes, comme à l'ordinaire, les fourreaux des élytres sont insérés un peu en avant de ceux des ailes et subrecouverts par ceux-ci, et en outre, fait curieux, subégaux en grandeur, tandis qu'ensuite, chez l’adulte, les aïles sont, le plus souvent, beaucoup plus petites que les élytres, abortives et recouvertes par les élytres.
Les mâles et les femelles des Pezotettix sautent habilement. On les voit dans les herbes gesticuler comme des Singes, se suspendant par une patte, et portant à la bouche avec aisance, au moyen de leurs tarses, les cimes des gramens qu'ils veulent manger. On n'a pas observé de stridulation, qui ne pourrait du reste se produire que chez les rares sujets à élytres bien développées. Dans le coït, le mâle se glisse sous la femelle, embrassant la poitrine de celle-ci avec ses pattes antérieures, tandis que les pattes postérieures s'étendent parfois en ligne droite, et sont agitées de vibrations. La femelle paraît pendant longtemps ne pas s’'émouvoir des caresses du mäle, et c'est souvent en vain que celui-ci a plusieurs érections libidineuses, pendant lesquelles on voit toujours saillir hors de ses parties génitales une vésicule transparente, contenant le sperme, et cela jusqu'à ce que la femelle ouvre ses valvules et souffre l’intromission du pénis. Elle continue à sauter accouplée, ce qui semble du reste gêner fort peu l'office du mâle placé sous elle. Les œufs sont pondus en terre par la femelle et entourés d'une masse albumineuse.
L'espèce principale est le P. pedestris, Linn., atteignant 30 millim. chez la femelle, environ moitié chez le mâle, d’un brun olivâtre ou d'un incarnat livide en dessus, avec une bande noire de chaque côté derrière les yeux, deux bandes noires sur les côtés du pronotum; les élytres, d'un gris testacé ou ferrugineuses, ne dépassant pas le premier segment de l'abdomen, facile à distinguer du metanotum par son tympan tendu en forme de faux ovale, à sommet subacuminé et tourné vers la carène de l'abdomen. Les ailes sont nulles ou presque nulles; les cuisses antérieures sont jaunes, très-épaissies chez Le mâle, les postérieures sanguines en dessous; les jambes postérieures bleuàtresou brunâtres, jaunes en dessous ; l'abdomen très-souvent d'un noir violet en dessus, rarement ochracé ®, à incisions jaunes, jaunâtre en dessous, ainsi que le pectus. Cette espèce habite par places depuis la Sardaigne et la Dalmatie jusqu'à la Laponie inclusivement, et de l'Angleterre, où elle est rare, jusqu'à la Russie méridionale, les steppes des Kirghiz et la “ibérie ; elle descend quelquefois en plaine. On la trouve dans les Alpes suisses jusqu'à 2400 mètres environ, limite extrême des Orthoptères, trèsfréquente de juillet à septembre le long des routes, dans les lieux boisés et incultes des montagnes du Jura, sur divers points arides et montueux de la France et de l'Allemagne, en Ingrie, dans le Finmark et ie Nordland subalpins, çà et là dans la Suède moyenne, en Finlande, dans les Alpes de la Laponie jusqu’à 1000 mètres. Il y a de très-rares
sujets à élytres et à ailes bien développées, dépassant plus ou moins l'abdomen (Styrie près d'Ischl, Finlande). Le P. frigida, Boheman, a les élytres d’un brun ferrugineux, lancéolées, couvrant la moitié de l'abdomen chez le mâle et moins chez la femelle ; les ailes plus courtes que les élytres, plissées, subpellucides. L'espèce est des Alpes, en août, et des régions boréales de l'Europe, en Norvége, dans les lieux stériles et arides, avec le Pachytylus stridulus, en Laponie jusqu’à 1000 mètres d'altitude. Le P. alpina, Kollar, a les élytres raccourcies dans les deux sexes, atteignant à peine le troisième segment abdominal, subelliptiques et coriacées, très-distantes à la suture, à nervures assez fortes, le bord sutural d’un vert jaunâtre, le reste d’un rouge-cerise ferrugineux; les ailes nulles dans les deux sexes ou représentées par des lanières. Dans les rares exemplaires des deux sexes à organes du vol complets, les élytres ou bien dépassent l'abdomen, ou bien en égalent au moins les deux tiers chez les mâles et plus de la moitié chez les femelles. L’espèce se prend, en août et septembre, dans les Alpes, le Jura, dans les collines de la Forêt-Noire, et, plus rarement, dans les vallées : ainsi près de Fribourg en Brisgau, en Russie méridionale, près d'Orenbourg, ete.
Dans l'Italie transalpine et en Sicile, le genre Pezotettix paraît remplacé, au moins en grande partie, par le genre Platyphyma, Fisch. Fr., à tubercule du prosternum aplani, en forme de coin. Le genre Pezotettix est représenté par 16 espèces dans le continent américain septentrional, existe au Mexique, et ne manque que chez les Indiens de l'Ouest et dans le centre - Amérique. Nous citerons le P. glacialis, S. Scudder, aptère, sans élytres ni ailes, des montagnes Blanches, du New-Hampshire ; le P. manca, Smith, à élytres très-petites, ovales, ne se croisant pas sur le premier segment de l’abdomen, sans ailes, des montagnes Tachetées, du Maine ; le P. borealis, S. Scudder, à élytres plus longues que les aïles pellucides, ne s'étendant pas tout à fait jusqu'au bout de l'abdomen, du Minnesota. Les États-Unis ont aussi le genre Platyphyma.
CALOPTENUS, Burm., où CALLIPTAMUS, Aud.-Serv. — Tête à occiput souvent gonflé; vertex étroit entre les yeux, subfovéolé au milieu; côte frontale plane ou subconvexe, carènes latérales subdistinctes; yeux ovales et proéminents : ocelles apparents ; antennes à articles cylindriques; palpes courts. Pronotum
. subcylindrique, à trois carènes et à trois sillons transverses; prosternum à tubercule court, droit, obtus et libre. Élytres et ailes recouvrant l’abdomen, les premières avec les champs pareils dans les deux sexes, les ailes presque de la longueur des élytres, souvent colorées. Pattes variables, à jambes postérieures en partie poilues et épineuses., Abdomen caréné en dessus, à bord postérieur du tympan subvoûté, les cerques anaux longs chez les mâles, et, dans certaines espèces, courbés, dilatés, comprimés au sommet.
Les Caloptènes habitent l'Europe méridionale et moyenne, l'Asie,