I. — NÉMOPTÉRES
Les insectes de ce groupe se reconnaissent tout de suite à la dissemblance de leursailes, les antérieures ayant la forme habituelle, tandis que les postérieures sonttrès-longues, plusou moins linéaires, parfois dilatées à l'extrémité et ressemblant assez à des balanciers. Les plus anciens auteurs qui mentionnent ces élégants insectes, Petiver et Ruysch, les confondirent, soit avec des Libellules, soit avec des papillons, comme l’indiquent Les noms de Libellula Smyrnea et de Papilio turcicus versicolor. Les pièces buccales sont plus ou moins allongées en rostre, mais sans avoir les formes de parties du rostre des Panorpiens. Latreille, fondateur du genre Nemoptera, le plaçait dans la famille des Panorpides d'après cet aspect extérieur, et Rambur les en rapproche, tout en avouant qu'ils s’en éloignent beaucoup et seraient mieux rangés près des Fourmilions, et surtout des Hémérobes et Chrysopes. C'est cette dernière place qui a été adoptée par Klug, Burmeister, M. Westwood, en raison de la structure des pièces séparées de la bouche, et surtout d'après l’arrangement général des nervures des ailes antérieures. Les Némoptères tiennent au repos leurs ailes dressées. Le peu que l'on connaît de leurs larves justifie tout à fait leur classification actuelle. La larve offre de grandes mandibules fines et arquées, dentées en dedans, rappelant celles des larves de Fourmilions ; sa tête est subtriangulaire et portée sur un cou très-allongé et filiforme, dû à un rétrécissement considérable de la partie antérieure du prothorax, cilié ou finement dentelé sur les côtés (Ann. Soc, entom. Fr., 1855, Bull., pl. Lxxmm). Elle a été indiquée par Schaum comme vivant en Égypte, dans la poussière des tombeaux, et comme étant la larve d’un Némoptère de petite taille figuré dans l'Atlas de l'ouvrage sur l'expédition d'Égypte (N. sinuata, Oliv., ou costata, Klug). M. Westwood (Introd: to the modern Classif. of Ins., t. I) soupçonne seulement qu'elle appartient aux Némoptères. Cette larve fut décrite et très-gros-
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sièrement figurée par Polydore Roux (Ann. sc. natur., 1833, p. 76) sous le nom de Necrophilus arenarius, qu’il regarde comme un aptère hexapode des plus extraordinaires. On a trouvé, dit-il, ce petit animal si singulièrement conformé courant sur les sables qui encombrent l'intérieur des tombeaux creusés dans le roc, aux environs des pyramides de Gizeh.
D'après le peu de renseignements qu'on possède sur les Némoptères adultes, ce sont des insectes crépusculaires, d'un vol faible, de régime inconnu. [ls paraissent jusqu'à présent spéciaux à l'ancien continent, des régions tempérées chaudes surtout, une espèce d'Australie et quelques espèces subtropicales, du nord du Bengale, d'Arabie, de Java, au nombre total d'une vingtaine d'espèces. Il y a encore beaucoup à apprendre sur leur compte. On consultera, au nombre des travaux de généralité : H. Klug, Versuch einer systematischen Feststellung der Insectenfamilie Paxonrarx, etc., (Abhandl. d. Konigl. Akad. d. Wissenschaft. zu Berlin, 1836-1838, p. 81 à 108. — J. O. Westwood, À Monograph on the Genus Nematoptera) Proceed. of the Zool. Soc. of London, part. IX, 18/41, p. 9).
Les Némoptères ne comportent qu'un seul genre, avec quelques sousgenres.
NEMOPTERA, Latr., ou NEMATOPTERA, Burm, — Antennes fines, sétiformes, courtes ; pas d’ocelles. Bouche plus ou moins prolongée en rostre conoïde ; palpes labiaux plus longs que les maxillaires, ceux-ci plus courts que les màchoires, qui sont droites, ciliées, obtuses à l'extrémité. Mésothorax beaucoup plus grand que le métathorax. Ailes postérieures très-étroites et beaucoup plus longues que les antérieures, plus ou moins dilatées à l'extrémité, de façon variable, plus rarement linéaires jusqu’au bout, ayant une nervure longitudinale au milieu, des deux côtés de laquelle partent des nervures transversales obliques, comme des barbes de plume. Jambes peu épineuses ; premier et dernier article des tarses assez longs, les autres très-courts, les ongles grands.
Nous établirons avec M. Westwood plusieurs subdivisions parmi les espèces de Némoptères.
Dans un premier groupe les ailes antérieures sont très-largement ovales, avec une série double ou triple de cellules dans l’aire anale. La plus intéressante pour nous des espèces est le N. lusitanica, Leach?. Rambur, du Portugal, de toute l'Espagne, et aussi, parait-il, de l'extrême midi de la France, aux environs de Perpignan. Le corps est long de 3 centim.; les ailes supérieures ont une envergure de 5 à 6 centim., et l'aile inférieure 45 à 55 millim. de long. Les antennes, ainsi qu'une bande sur la bouche, sont noires. Le thorax est jaune, avec trois bandes noires; les pattes jaunes. Les ailes antérieures sont très-largement ovales, d'un jaune pâle, avec trois fascies très-sinueuses, noirâtres, de nombreuses taches noirâtres sur les cellules costales, le disque ct la base,
NEMOPTERA. AS5
l'aire anale large, avec une double série de points et une seule de stries noires. Les ailes postérieures fort étroites et un peu tordues, comme une longue et double queue, sont d’un jaune très-pile, se dilatant peu à peu au bout en forme d'avirons, avec deux larges taches noires dans la partie dilatée. Cet insecte, très-probablement semi-nocturne, reste le jour caché dans les broussailles et les hautes herbes, et, si on le fait partir, offre un vol incertain, faible et saccadé; gèné par la vive lumière, il se laisse aisément prendre au filet ou à la main. On a quelques indications incomplètes sur son anatomie interne (L. Dufour, Ann. sc. natur., Zoor., 4° série, 1855, t. IV, p. 153 et 263; et 1857, t. VIII, p. 6; — A. Laboulbène, Ann. Soc. entom. Fr., 8° série, 1826, t. IV, Bull., pl. xevu). I ne parait pas y avoir de glandes salivaires. Le tube digestif est droit, présentant un œsophage capillaire qui se dilate en un long jabot oblong; un peu avant la contracture qui le sépare de l’estomac se trouve une panse latérale oblongue. Il n’y a pas de gésier; l'estomac est cylindrique, lisse à l'extérieur. A son bourrelet terminal s'insèrent quatre en dessus, quatre en dessous, huit gros canaux de Malpighi, dont l’autre bout est flottant. Les ovaires de la femelle consistent chacun en un sac central oblong, portant à sa périphérie une dizaine de graines ovigères courtes et pluriloculaires, réunies par un filet grêle à un ligament suspenseur commun inséré au thorax. L. Dufour n'a vu ni l’oviducte, ni la poche copulatrice, ni la vulve et ses accessoires, ni l'appareil génital mâle. Les œufs sont aplatis en dessous ou tronqués suivant leur plus grand diamètre, et couverts sur leur surface d’un réseau d’aréoles arrondies. Les trachées sont toutes tubuleuses, et l'appareil nerveux doit être très-grèle et très-délié, car il a échappé aux recherches. L. Dufour arrive à cette conclusion que cet insecte, par ses appareils digestif, respiratoire et génital, se place près des Osmyles et des Chrysopes, et non auprès des Panorpes, conclusion à laquelle d'autres considérations nous ont déjà conduit. Une espèce trèsvoisine de la précédente, de plus grande taille, est le N. Coa, Linn., du sud-est de l'Europe, des îles de l'Archipel, notamment de l'île de Cos, de Syrie; les ailes antérieures larges et très-arrondies à l'extrémité, d'un beau jaune, variées de brun, ornées de points nombreux et de trois fascies brunes très-sinueuses, une tache oblongue brune un peu derrière le milieu de la côte, et le sommet en entier brun, et dans ce sommet une petite macule subcostale allongée et une autre grande ovale, l'aire anale avec une seule série de points et une autre de stries. La seconde section des espèces a les ailes antérieures hyalines, plus étroites (partie du s.-genre Halter de Rambur), une série unique de cellules obiongues dans l'aire anale. Dans un premier groupe d'espèces de cette section les ailes postérieures sont subitement une ou deux fois dilatées après le milieu. Citons dans ce groupe N. extensa, Oliv., de Bagdad, de l'Asie Mineure, ou probablement halterata, Fabr. (pl. Lxvr, fig. 1; | a, tête vuede face; 1 b, vueen dessous). L'insecte est jaune, de 45 millim.
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d'envergure, taché de brun au front, et sur le thorax, par trois lignes brunes du prothorax, avec une bande noirâtresur les côtés de l'abdomen. Les ailes antérieures sont oblongues, arrondies au bout, un peu sinueuses postérieurement avant le sommet, transparentes, avec l’espace costal fortement roussâtre, les aréoles du disque presque toutes quadrilatères; les ailes postérieures peu allongées pour un Némoptère, d'un blanc jaunätre obscurci, largement dilatées à leur sommet, avant lequel il y a une autre plus forte dilatation, les parties dilatées noires, séparées par une tache de la couleur du fond. Au même groupe appartient le N. barbara, Klug, de l'Afrique septentrionale, se rencontrant dans toute l'Algérie, surtout dans le cercle de la Calle, ayant un vol assez rapide et saccadé,; à rechercher dans les lieux sablonneux, surtout ceux où croit le Chamærops humilis, tombant si l’on frappe les feuilles de ce Palmier nain. Une autre section du second groupe offre les ailes postérieures sans dilatations, mais ornées de bandes, ainsi chez le N. costata, Klug, espèce d'Égypte, à ailes postérieures ciliées filiformes, à rostre très-raccourci (s.-genre Brachystoma, Ramb.). Enfin une dernière section a les ailes postérieures également non dilatées et sans bandes, presque comme de longs fils. Tels sont le N. capillaris, Klug, d'Arabie; le N. alba, Oliv., petite espèce dont l’envergure n'est que de 44 à 16 millimètres, à corps blanc immaculé, les yeux seuls noirs, les ailes antérieures hyalines, avec des nervures blanchâtres, les postérieures longues et en soie, d'un blanc un peu obscurei. Olivier l'indique de Bagdad, en mai, entrant le soir dans les maisons, attirée par les lumières.
Nous ne ferons que mentionner un dernier sous-genre, Himantopterus, Wesmaël, établi sur une espèce de Java, le N. fuscinervis, Wesm., qui fut pris pour un Lépidoptère.
I, — MANTISPES,
La petite famille des Mantispes a pour caractère saillant et essentiel d’avoir les pattes antérieures ravisseuses, à la façon des Mantiens Cela avait suffi aux anciens auteurs pour les réunir à cette tribu d'Orthoptères. Plus tard Latreille et d’autres entomologistes avant lui en formèrent un même groupe avec les Raphidies, en raison de l'aspect général des ailes, et surtout de la forme cylindrique d'un prothorax allongé. Rambur fit remarquer avec justesse que cette apparence chez les Raphidies est due à l’'enroulement des bords, ce qui n’a pas lieu pour les Maniispes; en outre les femelles des Mantispes n’ont pas le long oviscapte de ponte de celles des Raphidies. La réticulation des ailes et surtout les mandibules de succion des larves, et la filature d’un cocon pour la nymphose, les rapprochent à meilleur titre des genres Hemerobius et Chrysopa. Aussi lesplaçons-nous à la fin des Hémérobiens, en mettant les Raphidies en tête de la tribu suivante, afin de conserver le mieux possible les affinités naturelles. Les Mantispes se
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rencontrent dans les régions tropicales ou suffisamment chaudes des deux continents, en Australie et en Tasmanie, et comptent aujourd'hui une soixantaine d'espèces. La configuration des pattes antérieures indique suffisamment que ce sont d'utiles carnassiers de proie vivante, chassant au vol et à l'affût sur les branches des arbres et dans les broussailles. On consultera pour leur étude spéciale : Erichson, Beiträge zu einer Monographie von Mantispa (Germar’s Zeitschrift fur die Entom., t. 1, p. 147 à 173, pl. 11, 1839), travail dans lequel l'auteur compare les Mantispes à divers insectes des ordres des Orthoptères et des Névroptères, principalement aux genres Mantis, Termes et Osmiylus, sous le rapport des pièces buccales, et décrit vingt-quatre espèces avec de trop courtes diagnoses latines. — Westwood, On the Genus Mantispa Trans. of the Entomol. Soc. of London, n. ser., 1, 1852. M. Westwood, après d'intéressantes considérations générales, ajoute plusieurs espèces à celles d'Erichson.
MANTISPA, Illiger. — Antennes courtes, grosses, moniliformes ; pas d’ocelles. Tète excavée entre les yeux, qui sont très-gros; bouche saillante, avec le dernier article des palpes, surtout des labiaux, beaucoup plus long que les autres; maxilles dépourvues de lobe interne denté, lèvre inférieure entière. Prothorax cylindrique, non séparé en dessous par un prosternum libre, beaucoup plus long que les deux autres segments du thorax pris ensemble, élargi antérieurement en forme de trompe pour l'insertion de la tête et des hanches antérieures. Ailes étroites, presque semblables aux deux paires, à pterostigma très-accusés, ayant les trois premières nervures plus épaisses que les autres, la subcostale venant toucher la costale vers le milieu du bord antérieur, puis s’écartant pour former le pterostigma, les cellules de l’aile en trois séries d’aréoles longitudinales, dont la médiane plus large. Pattes antérieures très-éloignées des autres, à jambe renflée, munie d’une rangée d’épines, et constituant un organe de préhension avec le tarse qui lui est opposé; les quatre pattes postérieures grêles et cylindriques ; ongles des tarses presque cylindriques, non dilatés, dentelés à l’extrémité, ayant entre eux une pelote large.
Le genre Mantispa, qui renferme presque toutes Les espèces du groupe général des Mantispes, ne contient que deux espèces européennes. Celle qui nous intéresse le plus, car c’est la seule qu’on trouve en France, est le M. styriaca, Poda, plus connu sous le nom de M. pagana, Fabr., pl. cxiv, fig. [; le Raphidia Mantispa de Scopoli et Linnæus, de l'Europe méridionale, se rencontrant dans le midi de la France, surtout dans le sud-est, assez fréquente près de Lyon, sur les Chênes, d'Espagne, des montagnes et rare aux environs de Vienne (Autriche), etc. On dit que cette Mantispe villageoise est une des rarissimes captures faites quelquefois dans les bois des environs de Paris; je ne l'ai jamais rencontrée, et elle n’est pas indiquée par Geoffroy, qui décrit la Mante et la Raphidie. Le corps est long de 42 à 15 millim. ordinairement, et
L8S NÉVROPTÈRES.
parfois beaucoup plus, car la taille est très-variable ; il est jaune varié de taches roussâätres ou brunâtres et parfois d'un brun violet; les ailes hyalines et incolores, parfois un peu jaunâtres à la base, avec le pterosigma très-brun; les nervures costale, sous-costale et médiane entièrement d'un jaune enfumé, les autres nervures longitudinales seulement à la naissance, noires pour le reste, ainsi que {toutes les nervures transversales.
On a très-longtemps ignoré les premiers états de cet insecte, dont Latreille croyait à tort la larve très-analogue à celle des Raphidies. Les métamorphosesrécemment découvertes en Autriche par M.F.Brauer offrent des faits si étranges (Verhandl. zool.-botan. Gesellschaft in Wien, Vienne, 1869, p. 831, pl. xu), qu'on ne s'étonne plus du temps très-long pendant lequel elles sont restées complétement ignorées, ni de la rareté de l’espèce.Il y a un parasitisme etdes hypermétamorphoses analogues à celles des genres Meloe et Sitaris (Coléopt., Cantharidiens), passant les phases de leur développement dans les nids des Hyménoptères mellifiques solitaires. Il existe un certain nombre d’Araignées vagabondes, du groupe général des Lycoses vagabondes, ne faisant pas ou très-peu de toiles pour piéges, mais sachant confectionner des cocons d’une soie très-fine, blanche, jaunâtre, bleuâtre, verdatre, etc., dans lesquels seront déposés les œufs que les mères protégent avec la plus vive sollicitude. Parfois les Lycoses portent ce cocon à œufs sur leur dos, etensuite les petites Araignées rassemblées en tas et voyageant avec la mère; d'autres gardent le précieux nid de leur progéniture au fond du trou où elles se retirent. La célèbre Tarentule, de l'Italie méridionale, appartient à cette section. Les Clubiones ont des mœurs un peu différentes : elles attachent aux tiges des végétaux, surtout entre les épis de diverses Graminées, des tentes nuptiales, tantôt d'une belle soie blanche qui brille au soleil, tantôt revêtues de grains de sable, et le cocon à œufs est ensuite déposé dans cet abri où se tenait le couple formé de sujets de même force. Ces cocons à œufs sont Le réservoir de nourriture des jeunes Mantispes. M. Fr. Brauer recueillait les Mantispes villageoises en juillet sur les collines, soit en secouantle matin les buissons, soit en les capturant au milieu de la journée et dans le temps le plus chaud, sur les fleurs des Ombellifères ou sur des arbres isolés, ces insectes guettant leur proie sur les feuilles et s'envolant rapidement quand ils se sentent poursuivis. Les femelles furent renferméesdansdes vases de verre garnis de terre au fond et munis d’écorces d'arbres sur lesquelles elles couraient.On les nourrissait avec des mouches. Elles pondaient aisément en juillet de très-nombreux et très-petits œufs roses, d’où sortirent en août des larves allongées, très-agiles, à longuesantennes, à pattes grèles et longues, courant çà et là sur les parois du vase, qu'il faut avoir soin de fermer au moyen d'un papier collé en dessus. On les laisse dans ce vase sans nourriture pendant tout l'hiver, car elles ne mangent pas comme les premières larves de Sitaris. M. Brauer avaitseulement le soin d'hu-
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mecler un peu par intervalles l’intérieur du vase, en y versant quelques gouttes d’eau par une ouverture du papier, qu'il recollait aussitôt. Au mois d'avril de l’année suivante, il plaçait dans le vase des cocons à œufs d'Araignées, dont la recherche est assez difficile, particulièrement ceux des espèces de Lycoses ou de Dolomèdes qui se tiennent alors couchées sur leurs cocons arrondis, au fond des trous de refuge dans la terre. Bientôt les petites premières larves se cramponnent sur les cocons, semblent les examiner et les grattent, puis enfoncent dans la soie du cocon les pinces acérées de succion, formées de la mandibule et de la maxille soudées, ce qui contribue à faire placer les Mantispes dans la tribu des Hémérobiens. Elles y font des trous et se glissent en entier dans l’amas des œufs, de sorte qu’au bout de peu de jours tous les cocons sont remplis par les larves de Mantispes, et l’on peut alors impunément laisser le vase découvert. Par une de ces remarquables harmonies naturelles qui assurent l'existence des espèces parasites, on peut laisser les Lycoses mères avec leurs cocons au milieu despremièreslarves de Mantispes. Ces Araignées, ordinairement si hostiles aux insectes, ne font aucune attention aux petites larves des Mantispes qui s'apprêtent à porterle carnage au milieu de leur progénitureaffectionnée, et l'on a rencontré des Lycoses continuant à garder les cocons où se développaient les larves et les nymphes qui dévoraient leurs enfants, et à veiller sur eux.
La petite larve reste plusieurs semaines sans manger, visible à travers la paroi extérieure du cocon, attendant l'éclosion des œufs. Elle grossit ensuite peu à peu, et ses anneaux se renflent, surtout ceux du milieu, au sein d’une sorte de bouillie gluante formée par les cadavres des jeunes Araignées. Si plusieurs larves sont entrées dans un cocon à œufs d’Araignée, une seule se développe. Probablement que les petites larves se combattent et se tuent, fait analogue à celui que M. Mayet à observé lorsque plusieurs Triongulins du Sitaris Colletis, Mayet, s'introduisent dans une cellule à miel de Colletes, et qu'un seul finalement subsiste et se transforme. La larve, parvenue à toute sa croissance, subit une mue très-importante qui donne la seconde larve, qui est blanchâtre. Elle n'a plus que des pattes rudimentaires, dont les tronçons semblent impropres à la locomotion, car elle se déplace avec ses segments gonflés, comme une larve apode d’Abeïille. La tête est: d'une surprenante petitesse, transversalement ovale, portant six ocelles de chaque côté, couchée sous le bourrelet que forme le gros prothorax. Les branches de la pince buccale de succion, qui étaient très-rapprochées chez la première larve, sont maintenant bien séparées par un bourrelet qui existe à leur origine, et cela les porte parallèlement en avant, comme des pointes droites et fines. Au-dessus et latéralement sont de fortes antennes de trois articles, qui diminuent successivement de diamètre, le dernier se terminant en pointe. Au-dessous des müchoires suçantes, et servant au tact, sont des palpes labiaux de trois articles, les deux premiers gros, le dernier se terminant en pointe,
190 NÉVROPTÈRES.
Les trois anneaux thoraciques et les neuf abdominaux sont renflés en bourrelets, ceux-ci grossissant jusqu'au huitième, puis diminuent beaucoup, de sorte que le dernier est réduit à une pointe contenant la filière anale pour le cocon. Les pattes sont courtes, grosses et coniques, très-écartées et rejetées latéralement, composées de trois articles peu distincts. Le corps est couvert çà et là de poils courts. Cette larve, comme celle de la précédente période, reste enroulée dans le cocon à œufs, au milieu des cadavres des petites Araignées, et finit par atteindre de 7 à 10 millim. de longueur. Elle se file un cocon jaune ou verdâtre, sphéroïde où ovale, à l'intérieur du sac à œufs de la Lycose, et l'on ne remarque plus au dehors de celui-ci aucune trace de l'hôte parasite. La larve, fortement enroulée sur elle-même, demeure dans ce cocon une quinzaine de jours avant de changer de peau. Dans cette période, et avant que la tête de la larve soit tombée, têle au reste si petite qu’elle peut aisément passer inaperçue, on voit apparaître la tête de la nymphe, montrant par transparence les gros yeux bruns de chaque côté, et, au prothorax, les pattes ravisseuses pliées et visibles de côté, s'étendant jusqu'au métathorax. Il y a là des analogies: avec les changements de la larve du Süitaris, sauf que la tête de la seconde larve ne tombe pas et emboite celle de la pseudonymphe. La nymphe de la Mantispe, toujours à tête très-pelite, est d'abord blanche, puis jaunâtre. Formée au milieu de juin, elle passe environ un mois dans son cocon, devient agile, fait que nous ont déjà offert plusieurs senres d'Hémérobiides; perce son cocon, qu'elle abandonne dans le sac à œufs, et perce en outre celui-ci pour sortir au dehors, et au bout de quelque temps, après avoir rampé çà et là, éprouve encore un changement de peau avant de devenir Mantispe adulte.
Il reste encore une importante lacune à combler dans ces observations si curieuses, mais faites sur des insectes captifs. Il faudra s'assurer où la femelle de la Mantispe villageoise pond dans la nature, dans quelles conditions de proximité des cocons à œufs des Araignées, et comment les premières et agiles petites larves rencontreut ceux-ci pour y pénétrer. Comme chez les Cantharidiens, le nombre considérable des œufs et la rareté des adultes nous font voir que la grande majorité des premières larves est vouée d'avance à la destruction, faute de rencontrer en temps utile la nourriture appropriée. Nous engageons beaucoup. les jeunes amateurs à rechercher les cocons à œufs des Araignées dans l'espérance d'obtenir des Mantispes villageoises, précieuses pour leur collection. C’est sur un cocon de ce genre, recueilli pour récolter des Hyménoptères parasites, qu'un entomologiste, ami de M. Fr. Brauer, vit sortir pour la première fois la nymphe agile de la Mantispe avant sa pénultième transformation.
La seconde espèce européenne de Mantispa, le M. perla, Pallas, à peu près de même laille que M. pagana, Fabr., est une espèce à corps également jaune varié de brun roux, mais à formes plus épaisses; les
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antennes plus longues et noirâtres; les ailes transparentes, mais jaunâtres, surtout à la base ; l’espace sous-costal jaune, le pterostigma beaucoup plus allongé, d'un roux obscur; de la Russie méridionale, de la Grèce, présentant en Espagne une variété icterica, Pictet (Synopsis des Névroptères d'Espagne, 1865, p. d8), trouvée en juillet à San-Idefonso, à tête et thorax d'un jaune verdâtre, avec diverses macules noires. Parmi les espèces exotiques citons les deux espèces le plus anciennement connues des États-Unis, le M. brunnea, Say, à ailes antérieures brunes, les postérieures à demi-hyalines, et le M. interrupta, Say. Une très-belle et grande espèce du Brésil et de Surinam, le M. semi-hyalina, Aud, - Serv., ou chalybea, Erichs., ayant le corps d'un bleu sombre et les deux tiers antérieurs des ailes d’un beau bleu d'acier, le reste hyalin; le M. iridipennis, G.-Mén., de Colombie, entièrement jaune, ainsi que les nervures, et le pterostigma des ailes transparent, offrant des reflets irisés très-vifs et très-brillants, etc.
M. Westwood a détaché du genre Mantispa trois espèces du Brésil et du Para pour en former le genre Trichoscelia {jambes hérissées), ayant pour caractères principaux d'offrir le prothorax séparé en dessous par un prosternum libre, les ailes de grandeur plus inégale, les jambes postérieures dilatées et velues, et diverses modifications dans les nervures des ailes. Une des espèces de ce genre au moins, l'ancien M. notha, Erichs., du Brésil, a des ocelles qui font défaut chez les vrais Mantispa, et Schneider avait créé pour elle le genre Antsoptera.
On ne connaît encore avec certitude que les métamorphoses de M. pagana, Fabr.; il est bien probable que d'autres espèces en ont d'analogues. Cependant je ne pense pas qu'on ait le droit de généraliser ces faits si curieux jusqu à étude plus approfondie. M. Westwood rapporte, d'après les observations de MM. Fortnum et Wilson sur des espèces australiennes de Mantispa, que les femelles pondent leurs œufs exactement comme celles des Chrysopes, c’est-à-dire que chaque œuf est à l’extrémité d’un long et très-délicat pédoncule. IL est très-probable, bien que M. Westwood ne le dise pas, que ces œufs sont sur des végétaux, et il ne mentionne aucune relation de parasitisme carnivore de ces espèces avec des Araignées. Les larves des Trichoscelia du Brésil vivent, paraît-il, en parasites dans les nids des Vespides à miel (du genre Myrapeta), ce qui doit rapprocher leurs métamorphoses de celles de la Mantispe villageoise.
TRIBU DES RAPHIDIENS,
Les Raphidiens forment un groupe peu homogène, où nous aurons à distinguer comme principaux : types les Raphidides, les Corydalides et les Sialides, Les caractères généraux sont les suivants : Antennes filiformes
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ou pectinées, Pièces buccales libres, à mandibules fortes, parfois {rèslongues (Corydalis). Quatre ailes semblables, transparentes, ayant beaucoup de nervures transversales, les postérieures parfois très-larges. Tarses à cinq articles, dont le troisième ou le quatrième est parfois cordiforme ou bilobé. Larves à pièces buccales libres et mordantes (non plus de succion, comme chez les Hémérobiens), vivant sous l'écorce des arbres ou dans l'eau.