‹ Les insectesChapitre 48 sur 119 · APIS, ORGANES SEXUELS · texte numérisé non relu

APIS, ORGANES SEXUELS

ouvrières à couleurs mixtes entre les races mellifica et ligustica. On trouva dans ces faux-bourdons nés d'ouvrières fertiles les mêmes spermatozoïdes filamentaires mobiles que chez les autres.

L’Abeille mère présente deux ovaires Hatéraux, conoïdes, aux mêmes places que les testicules du mâle, composés chacun de près de deux cents tubes aveugles, ou follicules, chacun présentant une certaine quantité d'œufs d’un blanc jaunâtre, allongés, de diverses grosseurs et rangés comme les perles d'un collier. Lors de la grande ponte, chaque follicule offre plus d’une douzaine d'œufs, dont un ou plusieurs mûrs à la partie inférieure, de sorte que le nombre total d'œufs ou de germes des deux ovaires est alors au moins de quatre mille. En hiver, le nombre des germes est réduit de moitié, et on ne trouve presque jamais d'œufs mûrs dans les ovaires. Les germes sont plus tardifs à se développer chez les mères que les spermatozoïdes filamentaires chez les faux-bourdons. On ne ies voit pas dans les nymphes maternelles prêtes à éclore, où les tubes ovariens sont pleins de globules pellucides, semblables aux globules qui précèdent l'apparition des filaments séminaux dans les testicules des faux-bourdons. Les premiers germes des œufs prennent naissance au bout supérieur et effilé des tubes, puis le vitellus apparaît, et, plus tard, le chorion.

Toutes les gaines sont entrelacées de fins vaisseaux aériens, et les deux cordons suspenseurs communs s’attachent des deux côtés du vaisseau dorsal vers la partie antérieure de l'abdomen. Les follicules réunis des ovaires forment deux calices, d'où prennent naissance deux oviductes simples, à parois plus épaisses et plus fortes que celles des ovaires, et qui se confondent dans un seul conduit, le vagin, à parois très-nettement musculeuses. Il offre de chaque côté, postérieurement, deux poches ovoïdes, que Leuckart croit destinées à recevoir les deux cornes latérales ou pneumophyses du mâle. Les parois des oviductes et du vagin comprennent les extrémités des trachéoles et des filets nerveux, et, dans quelques parties, des cellules agglomérées qui répandent un liquide gluant, durcissant promptement au contact de l'air, et qui sert à fixer chaque œuf au fond de l’alvéole; Leuckart a trouvé cette glu aux œufs mûrs encore dans l’oviducte.

Latéralement unie au col du vagin se trouve la spermathèque ou poche copulatrice d'Audouin. Visible à l’œil nu chez l’Abeille mère, elle a la forme d'une setite vessie arrondie de la grosseur d’un grain de millet, munie d’un petit tube ou conduit séminal, qui s’insère au vagin. îlle peut contenir, d'après Leuckart, vingt-cinq millions de spermatozoïdes, et ce nombre énorme explique comment une seule copulation assure la fécondité complète de la mère pour toute sa vie, ordinairement de trois ans, parfois de cinq. Swammerdam avait pris cette poche pour une glande sébifique sécrétant la matière glutineuse qui colle l'œuf au fond de l'alvéole. La spermathèque de la mère vierge ne renferme qu’un liquide transparent. Elle est au contraire remplie de fila-

ments séminaux mobiles si la mère a été fécondée. La surface de la spermathèque offre un tissu réticulé de vaisseaux aériens et de fibres musculaires, exerçant une compression qui oblige le sperme contenu à jaillir dans le vagin par le conduit de décharge, conduit dont la surface présente aussi une série de fibres musculaires annulaires, principalement à son bout supérieur, où son diamètre en est augmenté. Près de son point d'attache avec la spermathèque sont insérées deux glandes appendiculées, filamenteuses et bifurquées, entourant la capsule sphéroïde de la spermathèque, et qui probablement concourent à la conservation de la vitalité, même pendant plusieurs années, des spermatozoïdes renfermés dans la capsule et sécrètent un liquide qui les nourrit. Le sperme ne sort de la spermathèque, qui l’a reçu lors du coït, que lorsque la femelle veut féconder les œufs au passage, et cette éjaculation a lieu par l’action des muscles du conduit séminal, et probablement aussi par les mouvements propres de spermatozoïdes.

Contre la base de l’aiguillon, qui est situé au-dessus du vagin, s'adapte en outre au vagin un long appendice en forme de chausse, à col effilé, sécrétant un fluide odorant et onctueux. D’après ce que nous avons dit précédemment, c’est à tort que de Siebold, qui a découvert cette glande, la croyait destinée à produire l’enduit agglutinatif des œufs; Leuckart suppose que c'est au contraire un organe annexe de l'aiguillon de l’Abeille femelle, sécrétant un fluide destiné à lubrifier les perçoirs barbelés de l’aiguillon, quand il est mis en mouvement. En effet, si on est piqué au visage par une Abeille, on sent toujours une odeur particuliére, pareille à celle de cette sécrétion, ce qui porte à croire que l'acte de la piqûre s'accompagne d’une plus forte effusion de ce fluide,

L’aiguillon semble servir dans la ponte de l'œuf, en lui donnant sa direction quand il glisse sur sa surface courbe et concave. Il y a même des auteurs qui ont prétendu, sans pouvoir fournir de preuve suffisante, que l'œuf passe par l’aiguillon, jouant alors le rôle d'un véritable oviscapte, Cet aiguillon est droit chez l’ouvrière, qui d'ordinaire ne pond pas.

Les ouvrières sont toujours dans le genre Apis des femelles avortées. Chez elles l’aiguillon, qui n’a plus à diriger l'œuf, reste droit et devient exclusivement une arme. Swammerdam et Réaumur n'avaient pas vu les ovaires, qui restent toujours très-petits. Leur section transversale est à peine plus large que celle des oviductes bilatéraux, et chacun n'a d'ordinaire que de deux à douze gaines, sans œufs ni germes. Le vagin, souvent imperforé, est privé des poches latérales et incapable de recevoir l'organe mâle, même chez l'ouvrière pondeuse, A peine visible à l'œil nu, la spermathèque est rudimentaire et ne pouvant contenir le spermatophore. Sa cavité est presque entièrement oblitérée et les vestiges des appendices glandulaires sont insérés dans son bout légèrement bulbeux, tels qu'ils Le sont dans le bulbe musculaire de la spermathèque chez la mère, Chez les ouvrières fertiles, les ovaires sont plus grands et

Page 1