‹ Les insectesChapitre 54 sur 119 · APIS. — MEURTRE DES BOURDONS; AILES · texte numérisé non relu

APIS. — MEURTRE DES BOURDONS; AILES

mâles, les faux-bourdons ne sont pas inquiétés ; cependant ils ne paraissent guère dépasser le mois de septembre par mort naturelle.

L’expulsion et la tuerie des faux-bourdons dépendent beauconp de l'abondance des provisions de la colonie. Ils sont chassés en mai ou en juin, si les ouvrières ne trouvent pas de pâture suffisante, et la guerre est acharnée si le miel mangue entièrement. Il arrive parfois qu'ils sont proscrits, puis réadmis: c'est l'abondance qui a succède à la pénurie. On trouve souvent des faux-bourdons, en petit nombre, jusqu’à l’arrièresaison, dans des ruches bien peuplées et bien nourries, et même quelques-uns au printemps, ayant passé l'hiver; les ouvrières semblent se comporter alors comme le riche bien repu, qui tolère à sa table un insignifiant parasite. Sous le climat de Paris, c'est en général dans le courant de juillet que disparaissent les faux-bourdons.

Les ailes des Abeilles ont, selon de Gélieu , un double mouvement. Celui des grandes ailes, de haut en bas, soutient l’insecte en l'air et le fait avancer. Le second mouvement, celui des petites aïles, qui battent l'air qui est derrière, Le fait avancer encore plus efficacement et peut aussi le faire reculer, suivant que l'effort pour frapper l’air se fait en avant ou en arrière. Il arrive souvent que les ouvrières ou les fauxbourdons ont les deux paires d'ailes accrochées et réunies, la partie extérieure des peliles ailes étant comme collée à la partie intérieure des grandes. On n'entend plus alors de bourdonnement alaire marqué, parce que les petites ailes, retenues, n’ont plus le mouvement de frissonnement qui fait beaucoup plus de bruit que l’ample mouvement des grandes ailes battant l'air de haut en bas. Il faut bien remarquer que les nervures de l'aile ne sont pas dans le même plan, mais offrent une sorte de disposition spirale à la racine de l’aile, la nervure antérieure occupant une position plus élevée que celle qui est plus en arrière, comme les feuillets d’un livre. De là l'aile se présente comme tordue sur elle-même, offrant un certain degré de convexité sur la surface supérieure et une concavité correspondante à la surface inférieure, le bord libre fournissant les courbes en 8 qui agissent avec tant d'efficacité sur l'air pour obtenir le maximum de soutien avec le minimum de giissement (1).

J'ai cherché à me rendre compte de l'importance de la seconde paire d'ailes des Abeilles, en voyant ce qui résulte de son ablation, sans arra-

(1) A consulter, pour le vol des Abeilles et des autres insectes : J. Bell Pettigrew, On the mechanical Appliances by which Flight is attained in the animal Kingdom (Trans. of the Linn. Soc. of London, 1870, t. XXVI, p. 197 et suiv). — Of the Physiology of wings being an Analysis of the movements by which Flight is produced in the Insect, Bat and Bird (Trans. Roy. Soc. of Edinburgh, t. XXNI, p. 321 à 448, pl. XI à XVI). — La locomotion chez les animaux, p. 195 et 237, Paris, 4874 (Biblioth. scient. internat., Germer Baillière; traduction française comprenant les deux mémoires précédents).

chement, avec de fins ciseaux. Cette petite expérience est moins aisée qu'on ne croiraitau premier abord; car si l’on tient les Abeilles serrées au thorax avec une pince, pendant que l'on coupe les ailes postérieures, il est difficile de ne pas les blesser et les empêcher par là de voler. Il faut prendre plusieurs insectes à la fois et les immobiliser pour quelques instants au moyen du flacon à cyanure ; on fait alors l’ablation des ailes inférieures sans toucher les corps. J'ai vu, après le réveil, les Abeilles intactes voler aussi bien qu'avant l’anesthésie, les autres faire tous leurs efforts pour s'envoler et ne parvenir qu’à voleter à quelques centimètres. Les quatre ailes sont donc nécessaires pour le vol, et les ailes inférieures semblent à peu près aussi importantes pour cette fonction que les balanciers des Diptères, dont l’ablation aux ciseaux empêche le vol. Sous le rapport de la puissante locomotion aérienne, comme aussi du bourdonnement, il y a de fortes analogies entre les Hyménoptères et Les Diptères.

Le vol par les deux paires d'ailes paraît pouvoir porter ordinairement les Abeilles jusqu’à 3 kilomètres de leur habitation, bien que souvent les distances parcourues soient moindres. Il faut transporter l'apier ou réunion des ruches dans le voisinage des fleurs mellifères, afin d'épargner aux insectes de trop longs vols qui les fatiguent et ne donnent pas assez de profit, trop de temps étant perdu en allées et retours. C’est ainsi qu'au Gâtinais on porte en automne les ruches dans les bois, afin que les insectes fassent à la bruyère les provisions nécessaires pour l'hiver, après qu’on leur a enlevé une partie de leur miel. Certains apiculteurs mettent les ruches sur un bateau, qui les transporte de place en place près des cantons à fleurs.

Si l'on ne met des ruches qu’à? kilomètres de l’ancienne place, quelques Abeilles y reviennent, ce qu'elles ne font pas pour une distance double. Deux apiers, éloignés l'un de l’autre de 4 à 2 kilomètres seulement, fournissent quelquefois des récolles très-différentes, suivant les fleurs qui se trouvent le plus à portée de l’un ou de l’autre, ce qui montre que celles placées au delà de 2 à 3 kilomètres ne servent pas à la pâture des Abeilles. On assure toutefois que, lors d'une pénurie locale, les Abeilles peuvent aller butiner jusqu’à 5 et même 7 kilomètres; mais on comprend que cette récolte trop lointaine est peu profitable.

Les apiculteurs sont loin d'être d'accord entre eux sur l'étendue du parcours des Abeilles: les uns donnent comme moyenne 2 kilomètres de rayon autour du rucher; d’autres disent avec raison que si les Abeilles ne trouvent pas de pâturages près du rucher, elles peuvent s'éloigner beaucoup plus. Ainsi, un apiculleur des Pyrénées-Orientales a vu, une année, à cause de l'extrême sécheresse du printemps, ses Abeilles obligées d'aller jusqu'à 7 kilomètres pour chercher l’eau qui leur était nécessaire. M. G. de Layens a observé une fois, en juillet, dans un haut pâturage des Alpes du Dauphiné, à environ 2000 mètres

Page 1