APIS. — DÉTAILS DE MOEURS
extérieure les ouvrières qui seraient obligées de faire des constructions nouvelles pour le couvain et pour le miel. On a remarqué que lorsque, au moment d’une forte récolte, on met deux essaims d'égale force dans deux ruches dont l'une est remplie de rayons vides et l’autre sans rayons, la première récoltera pendant le même temps environ quatre à cinq fois plus de miel que la seconde.
Pendant la nuit, les Abeilles, dont les veux composés sont organisés pour la vision diurne, reviennent toutes à la ruche et ne peuvent plus ‘s'envoler au dehors. C’est pour cela que les éfouffeurs, voulant tuer à l'acide sulfureux toutes les Abeilles pour s'emparer de la totalité du miel, choisissent le soir pour mettre la ruche dans la fosse au fond de laquelle brûle la mèche soufrée. Mais les Abeilles ne sont pas endormies durant la nuit. C’est alors qu’elles remontent au haut de la ruche la récolte de la journée, qui a été déposée provisoirement dans les cellules du bas; elles continuent aussi, comme dans la journée, la construction des gâteaux.
A certains moments, les Abeilles boivent de l’eau, et ce fait a été vu par Aristote. C’est surtout pour délayer la pätée du couvain. Elles ont aussi besoin d’eau pour liquéfier le vieux miel cristallisé dans les cellules. Elles se servent souvent en hiver, pour cet usage, de la vapeur d’eau condensée dans la ruche. Au printemps, elles prennent l'eau au dehors, sur les feuilles, dans les ruisseaux, etc. Quand il fait sec, peu d’Abeilles vont chercher de l'eau, parce que probablement, ce moment coincidant avec une grande miellée des fleurs, elles trouvent dans le nectar très-aqueux l’eau qui leur est nécessaire ; en temps humide, où manque le nectar, les Abeilles vont chercher de l’eau au dehors.
L’irascibilité des Abeïlles est des plus variables, Il y a des personnes qui paraissent les manier à peu près impunément, d’autres au contraire ne pouvant s'aventurer auprès d'elles sans être piquées; c’est sans doute une question d'odeur. Il faut toujours s'approcher des ruches et y toucher avec calme, sans cris ni mouvements brusques. C'est une erreur de croire que les Abeilles reconnaissent les personnes de la maison, même celles qui les visitent habituellement; ce préjugé est à peu près de même ordre que la coutume naïve de faire participer les Abeilles aux joies et aux douleurs de la famille, en mettant des tentures appropriées devant les ruches, dans la croyance que les insectes abandonnent la demeure de ceux qui oublient de les associer aux événements domestiques.
D'une manière générale on peut dire que les Abeilles entrent en fureur quand on cherche à les visiter dans leur demeure, sans les avoir préalablement maîtrisées; Join de la ruche, elles sont inoffensives comme tous les Hyménoptères nidifiants. Ainsi qu'on mette à quelque distance de l’apier des gâteaux remplis de miel, et qui bientôt sont couverts de butineuses, on pourra cependant les manier sans danger, à moins que la main ne froisse imprudemment quelque insecte, qui alors
652 IIYMÉNOPTÈRES.
se défend. Si l’on ouvre une ruche bien remplie de miel, surtout après qu'on l’a maintenue fermée quelque temps, afin que les insectes aient pu se gorger, on n'a que peu à craindre des piqûres. IL semble que l'Abeille bien gonflée de sucs ait peine à recourber son abdomen pour faire saillir l'aiguillon. Au contraire, une ruche pauvre en miel est dangereuse à visiter ; il faut surtout faire attention aux barbes, c'est-àdire aux commencements d’essaims qui descendent en grappe du plancher; les abeilles ‘en sont très-irritables, et cependant n'ont point de couvain à défendre. Il est fort difficile de poser des règles générales en apiculture ; nous ignorons encore bien des modifications de l'instinct des Abeilles.
Pour les manipulations apicoles, quand il faut accumuler les Abeilles dans une portion de la ruche, ou les transvaser d’une ruche dans une autre, on emploie la fumée produite en général dans des enfumoirs portatifs. On se la procure avec de vieux chiffons, ou du bois pourri ou du pourget (bouse de vache desséchée). Les Abeilles se mettent toutes à battre des ailes par mouvements précipités, afin de chasser la fumée, et cette occupation, due à la crainte, les empêche de faire usage de l’aiguillon. 11 est prudent de se servir du camail et du masque dans les manipulations.
Les mouvements d'ailes accélérés sont d'un usage normal dans les ruches très-peuplées, afin de renouveler l'air en opérant une véritable ventilation, par une précaution hygiénique instinctive. La disposition des Abeilles dans la ruche est un phénomène instinctif analogue. En hiver, elles se resserrent en pelotes, seul moyen de combattre par leur chaleur propre l’abaissement de température ; ce n’est qu’au milieu du peleton d'Abeilles qu'il est exact de dire qu'un perpétuel printemps règne dans la ruche. Dans les places libres la température peut s’abaisser à zéro et au-dessous. Si un froid subit se produit autour des ruches, on entend un hourdonnement qui indique que les insectes s'agitent pour produire l'excès de température nécessaire. Jusqu'à 10° environ les Abeilles restent en grappe dans la ruche. Elles commencent à se disjoindre de 15° à 20° ; de 25° à 30°, elles quittent peu à peu le haut de la ruche où monte l'air chaud, pour descendre au bas, sur les côtés où dans les espaces libres que laissent les planches de partition dans les ruches à cadres mobiles. Au-dessus de 30° de l'air extérieur, elles commencent à sorüir, et de 35° à 40° elles restent inactives hors des ruches, où leur présence, augmentant encore la température, pourrait amener le décollement des gâteaux.
La thaleur du lieu où il place les ruches doit préoccuper l’apiculteur intelligent. 1] faut les orienter au levant, ou au midi, si le pays est froid; choisir une place sèche et maintenir les ruches sous unléger abri au moins à {40 centimètres au-dessus du sol, toujours humide le matin par la rosée de la nuit. On peut, sans ces précautions, s'exposer à de graves mécomptes dans le produit. C’est ainsi que, dans le canton de