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APIS. — ESSAIMAGE NATUREL

Millas (Pyrénées-Orientales), le miel est de seconde qualité, malgré l'excellence de la flore prédominante ; mais les paysans ne s’y préoccupent pas assez des graves inconvénients de l'exposition des ruches au soleil, bien que l'expérience leur ait démontré que mieux vaut trop d'ombre que trop de soleil, surtout dans les pays méridionaux (A. Siau).

Quand les ruches sont très-grandes et qu’on a soin de les agrandir en temps utile, lors de la saison de forte récolte, les Abeilles tentent rarement de quitter leur demeure. C'est ce qui arrive surtout dans les ruches naturelles, où la place est surabondante: ainsi dans les arbres creux, ou dans ces crevasses de la terre de certaines régions de l’'Amérique, dans lesquelles les chercheurs de miel trouvent partois des gàteaux amoncelés sur plusieurs mètres d'épaisseur. On connait encore fort mal les mœurs de ces grands nids dans lesquels il ÿ a probablement coexistence de plusieurs femelles fécondes.

En général, dans nos ruches limitées à unc seule reine, à l’époque de la grande abondance, se produit une tendance naturelle à l’essaimage, c’est-à-dire à la sortie au dehors d’une partie de la population. La reine de la ruche, d'ordinaire de l’année précédente, s'en va avec l’essaim, ce qui est plus exact que de dire qu’elle le conduit, car la reine est précédée par le plus grand nombre des ouvrières et par quelques fauxbourdons qui s’amassent à l'entrée de la ruche, et ne se montre en général au dehors qu'avec le dernier tiers de la population émigrante. Une fois que des cellules maternelles avec des larves nourries à la gelée royale existent dans la ruche, l’essaimage devient en quelque sorte forcé, et l'agrandissement de la ruche ne l'empêche plus.

Les Abeilles qui constituent l’essaim primaire sont donc le groupe qui se sépare de la famille, et l'abandonne pour aller s'établir ailleurs et former une autre famille. Elles s'élèvent en tourbillon autour de la ruche, et il est probable que, dans leurs cercles entrelacés, elles s’assurent de la présence de la mère ; quelquefois l’essaim est vagabond et, sans doute guidé par des éclaireurs qui ont reconnu à l'avance un lieu propice, va se perdre dans un arbre creux, une toiture de maison aban- . donnée, une crevasse de rocher, pour y établir une ruche naturelle. Ces ruches sont du reste très-peu fréquentes, du moins en France, en Angleterre (Fr. Smith) et aussi en Suède (Zetterstedt). Presque toujours l’essaim s'écarte peu de la souche d’où il sort et va se suspendre en grappe à une branche d'arbre. Les insectes s’attachent les uns aux autres par les crochets des pattes antérieures emboîités dans ceux des pattes postérieures de la rangée supérieure, la première rangée s’accrochant à la branche et à ses feuilles par les pattes de devant. Ce mode de suspension prévient toute déchirure de la membrane délicate des ai!es.

Il s’agit de recueillir l’essaim en ruche. La loi autorise le propriétaire à rechercher son essaim partout où il s’est posé, sans qu'un autre ait le droit de se l'approprier, mais sous réserve de toute indemnité de dommage. On devrait renoncer à la pratique inutile de faire du bruit avec

des chaudrons ou des cloches pour forcer l'essaim à descendre. Un homme, muni du masque et du camail, présente une ruche renversée, et souvent enduite de miel, au-dessous de la grappe pendante de l’essaim, et tâche d'engager le plus possible, dans sa cavité, l'extrémité de cette grappe ; ensuite il secoue assez fortement la branche, de façon à en détacher les Abeilles ; puis redresse la ruche dans son sens naturel et la pose à terre au centre des tas d’insectestombés pendant l'opération.

Si la mère est dans la ruche ou si elle y entre au bout de peu de temps, les Abeilles envolées ne tardent pas à rejoindre avec empressement leurs compagnes par les ouvertures qu'on a eu soin de laisser entre le bord de Ja ruche et le sol; tout se calme bientôt, et l’on peut porter la ruche à l’apier, de préférence le soir, lors du calme desinsectes. Au contraire, si la mère n’est pas entrée dans la ruche, les insectes se dispersent bientôt, vont reformer autour d’elle une nouvelle grappe, et la capture de l’essaim est à recommencer.

Sila mère, ce qui arrive parfois, n’est pas sortie de la souche avec l’essaim, celui-ci, après avoir décrit au vol quelques courbes autour de la souche, y rentre, sans tenter pour le moment un établissement nouveau.

Les Abeilles de l’essaim naturel, placées dans leur nouvelle ruche, construisent avec une grande rapidité les premiers édifices de cire. Il est probable qu'elles ont emporté avec elles de la cire toute préparée, en plaques sous leur abdomen ; en effet, plusieurs jours avant le départ de l’essaim, les Abeilles restaient en grappe dans la souche sans construire, et c’est sans doute alors qu'elles font cette provision de cire dont l'élaboration exige une forte chaleur.

L’essaimage naturel dépend beaucoup de la capacité de la ruche. De même qu’il est très-probable que les colonies sauvages n'’essaiment pas lorsqu'elles sont logées dans des creux très-vastes. les très-grandes ruches n’essaiment pas ou rarement, les Abeilles remplaçant la reine trop vieille. M. de Layens cite une ruche n'ayant essaimé que treis ou quatre fois en trente-cinq ans. Près de Sèvres existe dans une maison, depuis sept ans, une colonie d’Abeilles placée entre deux planchers, avec un espace libre indéterminé. Quand on veut du miel, on adopte une calotte à un trou percé dans le plancher supérieur. Au contraire les petites ruches de douze à quinze litres de capacité, comme celles de Suisse, essaiment nécessairement beaucoup.

La ruche dont est sorti l’essaim primaire contient des larves maternelles au berceau dans leurs cellules. Si la population a été très-affaiblie par le départ d’une partie des insectes, ou si le temps est froid et pluvieux, de sorte que le miel commence à manquer dans la campagne, il n'y à plus tendance à un nouvel essaimage, Les Abeilles laissent sortir librement la jeune mère qui atteint la première son entier développement. Elle détruit aussitôt, sans opposition, les rivales nées peu après, ou va les percer de l’aiguillon dans leurs cellules, que les ouvrières dé-

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