‹ Les insectesChapitre 64 sur 119 · APIS. — RUCHES RUSSES · texte numérisé non relu

APIS. — RUCHES RUSSES

eurs moments perdus, aux moindres prix de revient des ruches et des ustensiles de récolte du miel et de la cire, certains de perdre s'ils sont forcés de payer des soins mercenaires. Il faut bien remarquer que nos paysans du Gâtinais, qui n'ont pas abandonné les ruches fixes, sont cependant assez intelligents pour adopter les instruments aratoires perfectionnés, dont le prix élevé est compensé au delà par la diminution de la main-d'œuvre ou l'exécution d'un plus grand travail. C’est à cela que doivent tendre les partisans du mobilisme, ce qu'ils doiventse hâter de réaliser et de démontrer par une propagande active.

Il me parait utile de terminer cette étude succincte des ruches par quelques mots sur les ruches de la Russie, qui formaient, comme nouveauté apicole pour nous, la partie la plus intéressante de l'exposition d'apiculture à l'Exposition universelle de Paris en 1867 (1). L’apiculture, favorisée en Russie par la cherté du sucre et par le nombre considérable de cierges brûlés dans les églises, est une branche de l’agriculture des plus lucratives pour les petites bourses. Le foyer principal de l'éducation des Abeilles est la Petite Russie et le nord de la Russie méridionale ; on y compte de 400 000 à 500 000 ruches par chaque gouvernement. Dans ces contrées, les champs arables et les prairies sout constamment entrecoupés par de petites forêts contenant les essences suivantes : Tilleul, Érable, Chène, Frêne, Orme, Cerisier mahaleb, Poirier et Pommier sauvages, Buuleau, Aune, Peuplier, Sorbier, Viorne, Aubépine. Dans les champs, de même que dans les bois, les plantes herbacées sont très-variées et successivement en fleur pendant toute la durée de la belle saison. Les Abeilles recherchent beaucoup le Tilleul, la Vipérine, les Borraginées, le Sarrasin cultivé pour la nourriture de l’homme et qu'on sème à leur intention à différentes époques.

Les plus grandes ruches russes étaient les ruches du système mobiliste Prokopovitch, de plus d’un mètre de haut sous le toit, en forme de prisme rectangle de 50 centim. environ de large. On les construit en bois ou en paille, avec des parois très-épaisses, celles de paille de 4 centim., ceiles de bois à peu près de mème. Cette grande épaisseur de parois est générale pour toutes les ruches de Russie, soit fixes, soit à rayons mobiles, et cette précaution est motivée par le climat rigoureux de ce pays. Ces ruches peuvent très-bien convenir au midi de l'Europe et à l'Algérie, par la raison opposée, car elles préservent à la fois les Abeilles contre le refroidissement et l’insolation. Elles semblent au dehors offrir quatre étages, mais les trois supérieurs seulement ont sur une face des portes d’Abeilles ; celui du bas est un nourrisseur où l’on peut mettre du miel dans les hivers doux. Trois volets s'ouvrent sur les trois divisions du

(1) Maurice Girard, Les Insectes utiles et les Insectes nuisibles à l'Exposihion de 14867; extrait du volume La production animale et végétale à l'Exposition de 4867, publié par la Société d’acclimatation.

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haut, ayant chacune des rangées de cadres verticaux mobiles et communiquant entre elles. Chaque année on enlève un des étages de gâteaux et on le remplace par des cadres vides, de sorte que la récolte complète du miel dure trois ans, et qu'on n'est jamais obligé de tuer les insectes. Alors on renverse la ruche de la base au sommet et l'on recommence une rotation triennale. Ces ruches énormes élaient, à l'Exposition de 1867, remplies de miel depuis le haut jusqu’en bas. Dans notre pays à cultures morcelées, les Abeilles ne trouveraient pas assez de nourriture pour développer des colonies approvisionnant d'aussi vastes demeures. Ces ruches sont appropriées à une flore mellifère très-développée sur les lisières des grandes forêts ; la Russie et la Pologne fournissent au commerce des quantités considérables de miel.

On a imaginé d'empêcher la rentrée des faux-bourdons dans les ruches quand la fécondation de la reine est opérée, afin d'éviter une consommation inutile de miel. On place aux entrées des grilles de fil de métal assez larges pour laisser entrer et sortir les ouvrières, mais refusant le passage aux bourdons trop gros. Seulement ceux-ci s’amassent à l’entrée et gênent les ouvrières. On peut alors, comme l’a indiqué le frère Albéric, placer à la porte une bourdonnière ou boîte retenant prisonniers, par un jeu de soupapes, les faux-bourdons seuls, qui tentent de regagner la ruche, et on les met à mort à la fin de la journée.

Ainsi que nous l'avons annoncé, les principes généraux que nous venons de formuler au sujet des ruches nous permettent d'indiquer les meilleures méthodes pour Ja formalion des essaims artificiels, et le parti le plus avantageux à en tirer afin d'améliorer le rucher sous le rapport d'une exploitation réglée et fructueuse. Comme nous savons, l'essaimage artificiel doit servir à empêcher l’essaimage naturel, qui est souvent une cause d'affaiblissement pour les ruches.

La première méthode, due à M. Vignole, quoique spécialement destinée aux ruches fixes, peut aussi s'employer pour les autres. Il ne faut pas attendre, pour l'appliquer, le couvain de mâles, succédant au premier couvain d'ouvrières, ni le couvain de mères. I fautopérer avant que la ponte d'ouvrières touche à sa fin; de cette manière on restreint beaucoup, si même on ue supprime; as, la production des mâles, êtres parasites et inutiles, et à leur place on fait naitre des ouvrières utiles ; en outre, l'époque désignée se trouve être celle de la grande floraison, la plus propice pour augmenter rapidement les populations des ruches.

Afin de simplifier l'explication de cette méthode, nous supposerons que le rucher n’est composé que de déux très-fortes colonies, que nous désignerons par A et B. Nous retirerons de A un essaim artificiel comme il suit, par le procédé habituel à une ruche ordinaire d'une seule pièce (sans calotte ni hausse). Après avoir enfumé cette ruche, on la retourne et on la place, par exemple, dans un tabouret renversé. Sur celte ruche on en met une vide de même diamètre. Afin que les Abeilles ne puissent s’échapper, on entoure la jointure d'un linge, puis,

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en tapotant avec deux baguettes et de bas en haut la ruche renversée, on oblige la plupart des insectes à passer dans la ruche vide supérieure. Si l'on veut s'assurer de la présence de la mère parmi les Abeilles transvasées, on doit poser pendant un moment la ruche supérieure détachée de l’autre sur une étoffe noire, et, au bout de quelques minutes, on verra des œufs de mère en petits points blancs sur le linge : c’est le signe que l'opération d’essaimage artificiel a réussi. L'ancienne ruche n’a plus dès lors que peu d’Abeilles ; mais, grâce au couvain de tout âge dont elle est munie, remplacera au bout de quelque temps la mère perdue.

L’essaim artificiel, que nous nommerons E,, sera mis à la place de la ruche mère A d’où il provient, et à son tour la ruche A prendra la place de la forte colonie B, qui devra être transportée un peu plus loin dans le rucher. Primitivement on avait :

on a maintenant

On doit remarquer que l’essaimE, sera très-populeux, parce que, étant mis à la place de sa souche, il reçoit toutes les Abeilles de celle-ci qui reviennent des champs, et, à son tour, la souche mère A se trouve repeuplée par les Abeilles de la colonie B, qui étaient absentes lors du déplacement de celle-ci; en outre, cette souche A, qui n'a plus de mère, mais du couvain de tout âge pour en créer une nouvelle, s'occupe activement de la construction d'alvéoles maternels artificiels.

Treize jours après cette première opération, on retire de la souche A un second essaim artificiel que nous désignerons par Fo, et cet essaim est mis à la place de la ruche A, cette dernière prenant la place de la ruche B.

Après la première opération, le rucher se composait de :

A LED actuellement on a :

HABonte Sen

Huit jours aprèsavoir pris lesecond essaim E9, la souche A,, de laquelle on a retiré successivement deux essaims, n’a plus de couvain et se trouve dès lors bonne à récolter entièrement. On en chasse le reste des Abeilles, qui sont utilisées, par exemple, à fortifier une colonie faible. Si l’on désire augmentersonrucher, on conserve la ruche B. Dans le cas contraire, on la récolte.

Enfin, l’année suivante, on recommence les mêmes opérations sur les essaims Ey et Es, devenus des souches.

Une autre bonne méthode d’essaimage artificiel s'applique aux ruches à rayons mobiles, quand on possède un certain nombre de colonies. On

prend à une forte colonie deux rayons chargés d’Abeilles et contenant du couvain de tout âge, après les avoir examinés avec soin pour rendre la mère à la colonie, si elle se trouvait sur un des rayons. On place ces deux rayons au milieu d'une ruche vide d’Abeilles, contenant six cadres garnis de rayons, puis on met cette ruche à la place de celle qui a fourni les deux rayons, et ’on met cette dernière où l'on voudra dans le rucher.

Sept jours après on ouvre la ruche où est l’essaim. Il possédera des alvéoles maternels qu’il faut compter et qui seront plus ou moins nombreux, suivant la force de la colonie, accrue par les Abeilles de retour de l’ancienne ruche. Supposons, par exemple, qu'il y en ait huit; parmi ces huit, il pourra s'en trouver qui se touchent presque, et qu'il ne serait pas possible d'enlever séparément ; on les comptera pour un. Nous en laisserons deux dans la colonie et nous en utiliserons six à former six essaims artificiels.

Cn prend successivement à six fortes colonies, de chacune desquelles on veut retirer un essaim, deux rayons de couvain de tout àge chargé d'Abeilles, en ayant soin de ne pas enlever de mères, et l’on place ces rayons deux à deux dans six ruches sans Abeilles, contenant chacune environ six cadres garnis de rayons. On les ferme et l’on transporte ces essaims à la place des six colonies qui ont fourni les rayons, ces dernières recevant une autre posilion dans le rucher ; ces changements de situation ont pour but de fortifier les essaims par les Abeilles de retour des anciennes ruches.

Deux jours après cette opération (neuvième jour à partir de celui où l’on a formé le premier essaim), on ouvre la ruche du premier essaim qui possède les alvéoles maternels, et, à l’aide d'un couteau à lame mince et bien affilée, on coupe des morceaux de rayons de forme triangulaire, de façon qu'au milieu de chaque triangle se trouve un alvéole, en faisant les triangles un peu grands, de crainte de toucher aux alvéoles, et en laissant ensemble deux alvéoles sur un même triangle, s’il y en a deux inséparables. On met les greffes à alvéoles dans une boîte, qu'on a soin de manier délicatement, afin de ne pas les froisser ni leur donner des secousses nuisibles aux larves. On ouvre ensuite chacun des six essaims, et, vers le haut d’un des deux cadres de couvain et au milieu de celui-ci, on pratique des trous triangulaires et l'on insère dans chacun d'eux un triangle à alvéole de mère. En replaçant le rayon porteur de la greffe maternelle, on a soin d’écarter celui qui est à côté, afin que l’alvéole de mère, qui naturellement fait saillie, ne touche pas le rayon voisin. Il ne restera plus qu’à voir postérieurement si les mères nées dans les essaims ont pondu.

Les substances recueillies au dehors par les Abeilles qui butinent sur les végétaux sont au nombre de trois, le nectar, le pollen et la propolis.

Dans presque toutes les fleurs, et surtout dans celles dont la fécondation exige absolument le concours des insectes, on trouve des organes qui sécrètent un liquide sucré, le nectar.

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