APIS, —— NECTAR
Ces organes ou nectaires sont placés le plus souvent au fond des fleurs, parfois dans des pétales ou des sépales prolongés en cornet, ou bien forment un verticille spécial de feuilles transformées. Le nectar est surtout abondant par un temps doux, quelque peu humide ; un temps froid et sec, avec bise ou vent du nord, est contraire à la sécrétion. Après les pluies qui ont détrempé le sol, les fleurs ne donnent plus de nectar, sauf des fleurs inclinées, comme la bourrache, la guimauve, etc. Dans les années humides les Abeilles ramassent plus de nectar sur les hauteurs que dans les années sèches. On est certain qu'elles rencontrent beaucoup de nectar lorsque le mouvement de sortie de la ruche et d'entrée est aussi actif à cinq ou six heures du soir qu'à midi. Une forte odeur de miel autour du rucher, un bruissement intérieur vigoureux, qu'on entend surtout le soir dans les-essaims de l’année, sont encore des indices certains d'une ample récolte de nectar. Un moyen simple et curieux de constater l'abondance du nectar recueilli, c'est de placer une planche inclinée devant l'entrée de la ruche, du plateau au sol, en supposant une ruche élevée au moins à 80 centimètres, pour éviter l'humidité. Plus les Abeilles qui rentrent tomberont alourdies loin de l'entrée, et resteront longtemps comme essoufflées avant de reprendre le vol pour gagner l'ouverture de la ruche, plus la récolte sera forte.
Le nectar desfleurs parait à peu près identique à lui-même, quelle que soit l’espèce végétale dont il provient. C’est un liquide limpide, incolore, un peu plus dense que l’eau, tout à fait neutre aux réactifs, sans précipitalion par l'oxalate d'ammoniaque, l'azotate d'argent, le sous-acétate . de plomb, les eaux de baryte et de chaux. D'après les nombreuses analyses de Braconnot, il renferme beaucoup d'eau, environ 77 pour 100, et parties à peu près égales de sucre incristallisable et de saccharose ou sucre de canne cristallisable. C'est ce dernier qui donne des cristaux quand on abandonne le nectar à l’évaporation à l'air libre, ce qu'on voit notamment très-bien sur le nectar abondant qu'on peut faire couler des fleurs de fuchsia. Ce fait a parfois été invoqué à tort comme une démonstration d'identité du nectar et du miel, quand ce dernier granule par solidification de la glycose qu'il renferme. Braconnot n'a trouvé dans le nectar ni gomme, ni mannite, ni glycose libre.
On doit rattacher au nectar des sécrétions sucrées végétales que lèchent volontiers les Abeilles, et que les apiculteurs nomment miellée ou miellat, et diverses mannes qui sont également des exsudations végétales. Au printemps, les tiges des Vesces d'hiver, les feuilles de Chêne vert, de Tremble, de Saule, d'Épicéa, etc., laissent couler la miellée ; les Mélèzes et les Frênes produisent des mannes, ces dernières, a-t-on prétendu, sous la succion des larves de Cigales ; des £chinops (Composées) d'Orient, par la piqûre de certains insectes. Des séves sucrées sortent aussi des Erables des Etats-Unis et des Palmiers à sucre des îles Malaises. Enfin les Abeilles recherchent également, comme les Fourmis, les sécrétions sucrées de beaucoup d’Aphidiens.
Une autre substance emmagasinée dans les alvéoles des gâteaux est le pollen, ou granules fécondants mâles, contenus dans les sacs polliniques des anthères, plus ou moins visqueux par une matière cireuse qui les enduit, tout à fait secs dans les Urticées, Graminées et Cypéracées, plantes sur lesquelles ne butinent pas les Abeilles. Les grains de pollen, de forme très-variée, sont le plus souvent jaunes, mais parfois blancs, rouges, bronzés, noirs, ete. Les grains et leur matière agglutinante sont recueillis en pelotes sur la corbeille des jambes postérieures, et l'Abeille qui les porte froite ses pattes l’une contre l’autre et contre les parois des alvéoles où elle les dépose.
La récolte et le dépôt du pollen s’observent très-bien au premier printemps, quand les Abeilles, à demi engourdies par le froid, ont des mouvements lents. Les alvéoles à pollen sont toujours d’ouvrières et non de faux-bourdons et les plus rapprochés du couvain, à qui le pollen est indispensable. L'Abeille récolte le pollen des mêmes fleurs, car les boulettes rapportées sont toujours de la même couleur ; on assure qu'il en est de même pour le nectar : de sorte qu'il ne serait pas exact de dire, avec les poëtes, que les Abeilles butinent de fleur en fleur, car, au moins pendant quelques heures, elles restent fidèles à l'espèce de fleur qu'elles ont choisie le matin. Elles amassent beaucoup plus de pollen au printemps qu'en été, et cet approvisionnement n’est pas subordonné à celui du miel dégorgé dans le scellules, et auquel doit être mêlé le pollen pour former la pâtée des larves. Qu'on donne en été, alors qu'il y a trèspeu de nectar, une abondante nourriture à une ruche au moyen de miel étranger, afin de forcer la production du couvain, aussitôt les insectes savent retrouver et rapporter du pollen. Il est très-visible dans les gâteaux, car les cellules à pollen ne sont pas operculées, sauf quand il y a dépôt de miel au-dessus d’an fond de pollen.
La composition chimique des grains de pollen offre d'abord une cire extérieure agglutinante, analogue en nature à celle de diverses cires végétales. A l’intérieur des grains sont une matière grasse hydrocarbonée, une huile grasse hydrocarbonée, visibles en gouttelettes au microscope ; de l’amidon, bleuissant par l'eau iodée; un protoplasma visqueux, quaternaire, azoté. Le mélange d'amidon et de matière azotée est, comme on sait, la partie essentielle de l'alimentation animale, et elle est indispensable pour la croissance des larves. C'est ce que prouve l'existence, à la fin de l’hiver et au commencement du printemps, d'un emmagasinement dans les cellules de substances pulvérulentes, que les apiculteurs nomment Pollen-surrogat. Ce sont des farines de Légumineuses (Haricots, Pois, Lentilles) ou de Graminées (Seigle, Froment) que les Abeilles sorties aux premiers beaux jours ont su trouver au dehors, alors que les fleurs ne sont pas encore épanouies, par exemple dans les rebuts et balayures de meunerie. Il est bon de leur présenter, au sortir des froids de l'hiver, des farines sèches à quelque distance du rucher. Ce surrogat, contenant un mélange de substances amylacée et azotée,