‹ Les insectesChapitre 73 sur 119 · APIS. — MALADIES · texte numérisé non relu

APIS. — MALADIES

paraît probable que cela se rattache à la nécessité d’une alimentation excessive pour que le petit peloton d’Abeilles puisse maintenir une température de 20 degrés centigrades environ dans la masse, ce que pourra réaliser bien plus facilement, et sans une consommation exagérée de miel, une forte population.

Une cause bien plus puissante de dyssenterie, c'est le renouvellement imparfait de l'air, surtout par les temps humides. En été, lors de la forte miellée, qui amène beaucoup de vapeur d’eau dans la ruche en raison de la température de celle-ci, les Abeilles chassent cet air humide au moyen d'un groupe de ventileuses qui battent des ailes auprès de la porte d'entrée ; il n’en est plus de même en hiver où les Abeilles, resserrées dans le haut de leur habitation, ne peuvent renouveler l'air comme en été, et demeurent enveloppées d’air saturé d'humidité et chargé d'acide carbonique. Les apiculteurs intelligents apportent le remède naturel en soulevant les ruches sur de petites cales et en tenant les portes ouvertes sur toute leur grandeur, au lieu de les calfeutrer hermétiquement, comme on le fait trop souvent, le froid étant beaucoup moins à craindre à l’intérieur de la ruche que l'air humide et corrompu, confiné; il faut éviter avec soin, quand la dyssenterie hivernale se présente, que les cadavres des insectes amoncelés n’obstruent l'entrée. Le calfeutrage irréfléchi des ruches est la principale cause de la grande mortalité de l'hiver, et il est bon de ne pas se contenter de la porte d'entrée, en pratiquant pour l'hiver, sur les parois latérales, de petites cavités qui permettent une ventilation continuelle par l'appel d'air résultant de la différence de température entre le dedans et le dehors.

En 1869, dans un des États de l'Amérique du Nord, l’année fut trèssèche, puis tout à coup abondamment pluvieuse à l'automne, et les Abeilles récoltèrent par la pluie beaucoup de miel. Le froid était survenu avant que ces insectes eussent eu le temps d’évaporer l'eau de surplus et d’operculer le miel. Pendant l'hiver ils furent décimés par une telle dyssenterie, que les trois quarts des ruches périrent au printemps.

Un troisième élément intervient encore dans la question de la dyssenterie, qui est en définitive la même que celle d’un hivernage prolongé, c’est la qualité ou valeur nutritive du miel, composé principalement, comme on l’a vu, de glucose cristallisable et de mellose incristallisable ; or le premier sucre est bien plus aisément absorbable par l’intestin moyen de l’Abeille que le second. Si donc on a des ruches de montagne, dont le miel a beaucoup de glucose, les Abeilles auront en hiver une meilleure alimentation que celles des plaines avec du miel où domine le mellose, qui existe presque seul dans certains miels de bruyère ; par suite de cette très-inégale digestion, les Abeilles nourries principalement au sucre incristallisable sont plus exposées à la dyssenterie.

Cette importance de la facile assimilation digestive nous explique tous lés avantages du nourrissement des Abeilles à la fin de l'hiver avec du

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sirop de saccharose de première qualité, préférable pour eiles au meilleur miel, parce que le sucre de canne est le plus aisément absorbable des sucres ; ce nourrissement, qui exalte beaucoup la fécondité de la mère et l’activité des ouvrières, entre de plus en plus dans les pratiques apicoles rationnelles et prévient la dyssenterie provoquée par l'hivernage. Le désaccord qui existe entre les apiculteurs sur la quantité de miel qu'il est nécessaire de laisser aux Abeilles comme provision d'hiver provient, en grande partie, de ce qu'ils ne tiennent aucun compte de la valeur nutritive des différents miels.

On peut dire en résumé que lorsqu'une ruche renferme une forte population approvisionnée de bon miel, ou à défaut alimentée de sirop de sucre, et que l’air, par un agencement convenable des ouvertures se renouvelle de lui-même pendant l'hiver, celte colonie peut traverser la mauvaise saison sans craindre ni la dyssenterie ni la moisissure des rayons, ne perdre que peu d’Abeilies et acquérir de très-bonne heure au printemps, si elle possède une mère jeune et bien pondeuse, une grande quantité d'ouvrières, point capital en apiculture.

Une autre maladie beaucoup plus redoutable elsans remède curatif encore bien certain, est la pourriture du couvain, désignée par les apiculteurs sous le nom de loque. Par sa grande contagion, par l'aspect des larves mortes, par ses causes de production, elle offre de grandes analogies avec la flacherie des Vers à soie, toujours liée à une mauvaise assimilation nutritive, à la présence du ferment en chapelet dans le tube digestif.

Comme les indications des auteurs sur cette affection sont très-confuses et contradictoires parfois, nous ne pouvons donner de longs détails. Il semble difficile d'admettre comme distinctes une loque bénigne et lente, n’atteignant que les larves de certaines cellules et les desséchant, et une autre maligne et rapide, essentiellement contagieuse; iln’y a là qu'une affaire de degré. On peut dire que la loque est éminemment contagieuse; on voit des ruches qui sont tout de suite atteintes de la pourriture du couvain, dès qu’on à placé un essaim dans une bâtisse de cire qui à contenu du couvain loqueux; on a vu des miels provenant de ruches loqueuses récoltés en Amérique, communiquer la loque à des Abeilles d'Europe auxquelles ce miel avait été donné comme nourriture. Les larves et nymphes atteintes de loque deviennent molles et de couleur café au lait, leur peau se déchirant au moindre effort; bientôt leurs corps sanieux et décomposés ne forment plus avec la cire qu’une masse brunâtre ressemblant à de la pulpe d’abricot pourri.

Comme indice extérieur de la loque, on doit citer l'extrême irritabilité des Abeilles et leur tendance à piquer ; elles sont désespérées de la perte du couvain, et la mère entraine souvent la population hors de la “uche, qui ne tarde pas à être pillée par les autres Abeilles du rucher. En outre, une odeur cadavéreuse s’exhale de la ruche où l’on voit pénétrer, allirées par les émanations putrides, diverses espèces de Mouches

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