‹ Les insectesChapitre 75 sur 119 · APIS. — ENNEMIS · texte numérisé non relu

APIS. — ENNEMIS

sortir de celui-ci des petites chenilles, comme des vers. En outre, les papillons s’infroduisent à l’intérieur des ruches, et, grâce à l'enveloppe écailleuse de leur corps, de même qu'à leur démarche vive, rapide et sautillante, parviennent à échapper à l’aiguillon meurtrier et à déposer leurs œufs sur les rayons avec une grande rapidité. Leur vitalité a une telle persistance que, si l’on coupe en deux une femelle vivante, l'oviscapte continue à émettre des œufs en grand nombre longtemps après l'opération. Aussitôt écloses, les chenilles, très-agiles et se tordant comme de petits serpents, s'enfoncent dans les cellules dont elles dévorent la cire. Elles creusent de longs tuyaux irréguliers formés de soie et de grains de cire et aussi de leurs excréments granulés. On s'aperçoit de leur existence aux déjections noires, pareilles à des grains de poudre, qu'on trouve sur le tablier, mêlées à de nombreuses parcelles de cire, et aussi à l'odeur exhalée par ces chenilles. Elles ne touchent pas au miel, mais creusent et minent les rayons si profondément, qu'ils finissent par perdre toute solidité dans leur structure, se détachent de la paroi supérieure et s'affaissent sur eux-mêmes, pêle-mêle avec le miel, le pollen, le couvain et les Abeilles, ce qui amène une destruction totale. Il y a au moins deux générations dans l’année. Les chenilles deviennent chrysalides dans la ruche, entourées de cocons d’une soie blanche, comme gommée, épais et résistants, agglomérés les uns contre les autres. Les adultes sortent pour s’accoupler et les femelles rentrent bientôt pour la ponte. Ils ne sont actifs qu'au début de la nuit et volent peu, quoique leurs ailes soient bien conslituées, mais ils courent et sautillent avec une grande rapidité, surlout la petite espèce (alvearia). Elle est au reste beaucoup moins nuisible que l'autre, car elle ne promène pas ses galeries partout, mais reste confinée dans quelques portions de gâteaux. En hiver, les chenilles des deux espèces et de tout âge restent engourdies jusqu'à ce que la chaleur du début du printemps leur permetle de reprendre leur activité malfaisante.

Les grands ravages de ces Lépidoptères ont lieu dans les ruches faibles, à reine décrépite, pondant peu; dans les ruches populeuses, les ouvrières tuent les chenilles à mesure qu’elles apparaissent, et si l'on jette un très-fort essaim dans une bâtisse dont les rayons sont envahis par les Galleries, on voit souvent les Abeilles actives et vigoureuses ne pas tarder à les expulser. Le meilleur remède est donc de couper les rayons envabis et de fortifier la population par une réunion. Quand le mal est trop grand, il faut, à la fumée, transvaser les insectes qui restent dans une autre ruche, de manière à constiluer une forte colonie. On peut aussi faire, le soir, la chasse aux papillons et les écraser, et disposer des lumières au milieu d’assiettes pleines d’eau recouverte d'huile, de sorte que les papillons qui se brûlent les ailes et tombent sont aspbyxiés par l'huile qui bouche leurs stigmates ; mais ces moyens sont peu efficaces, ainsi que le concours utile des Chauves-Souris.

On peut encore citer comme nuisant aux Abeilles, les Guôpes et les

Frelons, l’Asile frelon (Diptère carnassier), le Philanthe apivore, Hyménoptère fouisseur dont la femelle emporte, pour nourrir ses larves au nid, l'ouvrière anesthésiée par son venin, retournée ventre contre ventre, et jamais le faux bourdon, le papillon tête-de-mort (Acherontia atropos), énorme Sphingien qui entre dans les ruches pour se gorger de miel.Il ne paraît un peu dangereux que dans le Midi, et il est bon de rétrécir l'entrée des ruches dans les automnes où il est abondant ; c'estce que font au reste les Abeilles, au dire de Huber; elles construisent à l'entrée des contre-forts en propolis, quand elles l’ont vu etentendu son cri.

Ajoutons encore aux ennemis, mais sans importance, les grands Libelluliens, plusieurs espèces de Fourmis et les grosses Araignées, surtout les Epeires. Quelquefois, en hiver, des limaces et des colimaçons entrent dans les ruches ; les Abeilles, quand elles redeviennent actives, au printemps, les enduisent de propolis, comme elles le font pour les cadavres des sphinx à tête de mort et des mulots.

Parmi les vertébrés, les lézards, la salamandre terrestre, les crapauds, les couleuvres happent les Abeilles à la sortie des ruches, quand cellescisont trop basses ; plusieurs oiseaux leur font la chasse au printemps pour nourrir leurs couvées. Les plus grands mangeurs d'Abeilles appartiennent aux régions chaudes et sont les Guëpiers, dont la conformation rappelle le Martin-pècheur. Il n'en vient qu’une espèce en Europe, le Guêpier commun (Merops apiaster), très-abondant dans les îles de l’Archipel, par exemple à Candie, où Belon l’a vu prendre au vol avec des hameçons amorcés d’une cigale.

I se rencontre en Chine, dans les montagnes du Cachemire ; en Perse, en Afrique, et vient nicher régulièrement dans le midi de l'Europe, en Turquie, en Grèce, en Italie, en Espagne et dans le midi de la France, où les paysans le nomment abeillerole. Il se montre par bandes et même niche dans l'Europe centrale ; ainsi Buffon l’a rencontré en Bourgogne et on l’a vu aussi dans l'Allemagne du Nord, en Danemark, en Suède et même en Finlande. Les Guêpiers sont peu craintifs et ne sont même pas mis en fuite par les coups de feu ; les apiculteurs les pourchassent sans ménagement. On voit ces oiseaux se tenir sur les arbres fruitiers en fleurs, et par suite très-fréquentés par les Abeilles et les mères-Guêpes d'hibernation, et s'élancer souvent du haut d'une branche pour saisir cette petite proie ailée. Ils régurgitent les ailes et les autres parties cornées.

Dans les environs de Paris et au nord de la France les Abeilles qui sortent aux premiers soleilsdu printemps sont parfois saisies par d’autres oiseaux apivores, principalement les Mésanges grande et petite charbonnière, la mésange bleue et la mésange à longue queue (genre Orite). La grande charbonnière, Parus major, sait, en hiver, s'emparer des Abeilles retirées dans leur ruche (1). « Elle s'approche de l’ouverture,

(1) Brehm, La vie des animaux, Oiseaux, t.1, p.779. Paris, J.-B. Baillière et fils.

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