‹ Les insectesChapitre 76 sur 119 · APIS. — ENNEMIS · texte numérisé non relu

APIS. — ENNEMIS

dit Lenz, et frappe contre les parois. Un tumulte s'élève dans l'intérieur de la ruche, et bientôt sortent quelques Abeilles pour chasser la perturbatrice, mais celle-ci saisit la première qui se montre, s'envole avec elle sur une branche, la prend entre ses pattes, lui ouvre le corps, mange la chair, abandonne les téguments et retourne chercher une nouvelle victime. Pendant ce temps le froid a fait rentrer les Abeilles ; la mésange frappe de nouveau contre la ruche et saisit encore la première qui se hasarde au dehors; et cela dure quelquefois jusqu'au soir.»

On peut joindre aussi aux mésanges, mais faiblement, les hirondelles. En hiver les pics affamés percent les ruches en paille, et mangent miel et Abeilles, transperçant ces dernières de leur langue dure et effilée. Quelques mammifères sont dangereux pour les ruches, principalement le mulot, quand il parvient à franchir l’entrée, et aussi la musareigne. Les hérissons soufflent à la porte des ruches, en font sortir les Abeilles irritées et les tuent pour les manger en se roulant sur elles. Enfin les blaireaux en France, les ours dans les pays du Nord, sont trèsfriands de miel, renversent et rongent l’intérieur des ruches, surtout en hiver où les Abeilles se défendent à peine.

Il y a une plante funeste à ces insectes et qu'il faut arracher avec soin aux alentours des ruches; c’est la Sétaire verticillée (Graminées, Panicées), vulgairement nommée Accroche-Abeilles, parce que celles-ci demeurent captives quand elles se posent dessus, déchirées et retenues par les barbillons crochus de ses panicules.

Les Abeilles ont quelques parasites épizoïques. Le plus connu et que les apiculteurs, avec Réaumur, nomment pou de l'Abeille, est un diptère pupipare, voisin des Hippobosques, des Mélophages et des Nyctéribies, privé d'ailes et regardé comme aveugle. Très-gros par rapport à l'Abeille, puisqu'il a la taille d’une puce ou d’une petitetête d'épingle, il se cramponne fortement aux poils. C’est presque toujours sur le corselet qu’il se pose, tantôt près du cou, tantôt de l’origine des ailes ou des pattes. Il est remarquable par son corps d'un brun rougeûtre, brillant et comme cuirassé, garni de toute part de poils courts, raides et comme aiguillonnés (1). Réaumur a reconnu qu'il vit surtout sur les Abeilles des vieilles ruches, ne paraissant pas leur faire beaucoup de mal, car elles ne cherchent pas à le détacher lorsqu'il se trouve sur quelque partie du corps où une patte peut l’atteindre.

Les Abeilles, comme presque tous les insectes qui butinent sur les fleurs (voir {. 1, p. 612), peuvent porter, accidentellement accrochés à leurs poils, d’autres animalcules hexapodes, incommodant parfois beaucoup les Abeilles; ce sont les Triongulins ou premières larves de Méloïdes ; toutefois jusqu'à présent on ne connaît pas d'espèces de ces

(1) H. Lucas, Ann. Soc. entom. de Fr., 1850; Bull., p. LXVII. — J. Egger, Beitrüge Zur bessern Kentniss der Braula cœca, Nitzsh, verhandl. zoo. botan. Ver, in Wien, 1853, t. II, p. 401-408.

Coléoptères éprouvant leurs premiers développements dans les ruches, mais bien dans les nids de divers Apiens solitaires. Enfin des Acariens se rencontrent aussi dans les ruches. Le plus connu, beaucoup plus petit que Braula cœca, appartient au genre Trichodactylus, L. Dufour (Ann. Sc. natur., 2° série, z0ol., XI, 276), constitué par des Acariens à corps ramassé, à contour presque circulaire, portant au bout des trois premières paires de pattes d'énormes griffes recourbées et offrant les pattes de la quatrième paire plus courte que les autres et terminées par une très-longue soie. Il est très-probable que l'espèce qui vit sur les Abeilles est le T. Osmiæ, L. Duf., ou Xylocopæ, Donnadieu, rencontré sur les Osmies et la Xylocope; d'après l'observation de M. Duchemin, en effet, cet Acarien existe sur les fleurs du Grand-Soleil (Helianthus an nuus) et sans doute aussi sur d’autres; quand les Mellifiques butinent sur les fleurs, il s'accroche probablement à leurs poils par ses ongles puissants (Apiculteur, 1865-1866, p. 145).

Il est à présumer, suivant les très-intéressantes découvertes de M. Mégnin, que cet Acarien, de même que l’ancien Gamasus Coleopteratorum se sert des Mellifiques comme véhicules devant le conduire à une station où il prendra sa forme sexuée encore inconnue; ainsi que le Gamase cité ce serait une nymphe adventive agame, suivant la complète analogie qu'il présente avec les Hypopes. On sait que la forme hypope n'est pas une métamorphose nécessaire des Acariens (1), mais une forme accidentelle, munie d’une enveloppe cuirassée, de ventouses abdominales et de crochets aux pattes, afin de pouvoir se tenir sur des animaux variés, surtout des insectes, servant, en cas de disette, à transporter l'Acarien, qui n'est pas alors un véritable parasite, dans les milieux favorables au développement des sexués, état parfait et reproducteur de l'espèce. La phase d’hypope peut manquer si la larve se trouve tout de suite placée dans les conditions biologiques favorables aux sexués.

En dehors de l'espèce Apis mellifica, Linn., et de la race méridionale ligustica, Spin., on rencontre d’autres espèces différentes du genre Apis, soit à couleurs uniformes, soit à bandes distinctes. La première à signaler est l'A. fasciata, Latr., rapportée par Savigny de l'expédition d'Egypte, se rencontrant aussi en Arabie et en Asie Mineure. Elle est d’un brun noirâtre, à nervures des ailes roussätres. L’écusson du thorax est rougeàtre, les deux premiers segments de l'abdomen et la base.du troisième rougeûtres, le reste de l'abdomen d’un gris cendré. En Égypte cette espèce est élevée en ruches et soignée par les habitants, comme le sont en France, en Allemagne et en Angleterre l’4. mellifica, en Italie l'A. ligustica, chantée par Virgile dans les Géorgiques, (Liv. IV.) L’A. fasciata a été introduite en Allemagne en 1864, par M. Vogel, commis à cet

(1) Mégnin, Mémoire sur les Hypopes (Journal d'anat, et de physiol.), de M. Ch. Robin, 1874, p. 225, pl. VW, VII, IX, X.

effet par la Société d'acclimatation de Berlin, en Angleterre, par M.Woodbury en 1868, en France, en 1873, par M. Drory.

A l'exposition d’horticulture de Bordeaux de cette année figuraient des ruches d'Abeilles égyptiennes pures, et d’autres provenant d'un croisement de cette espèce avec la ligurienne. L'Abeille égyptienne existe aussi en Italie etse trouve cultivée à Bologne, dans l'établissement de M. Tremontani, destiné à la production et à l'exportation des Abeillesmères.

L’A. fasciata a été domestiquée en Égypte depuis les temps les plus reculés. Les ruches étaient transportées sur des bateaux remontant le Nil, car la haute Egypte était plus tôt débarrassée de l’inondation, et le développement des plantes mellifères y était plus précoce. On ramenait les souches à leurs propriétaires de la basse Égypte au commencement de février, et ceux de la haute Égypte dont les souches étaient sur les mêmes bateaux restaient en face des pâturages voisins de la mer, s’en retournant seulement en avril avec des souches bien approvisionnées. Les mêmes transports ont encore lieu aujourd'hui sur le Nil. Les bate- Jiers s'arrêtent chaque jour dans les lieux où ils trouvent de la verdure et des fleurs ; Nicbuhr dit avoir rencontré sur le Nil, entre le Caire et Damiette, un convoi de quatre mille ruches.

Aujourd'hui les Arabes agriculteurs, ou fellahs, possèdent seuls des Abeilles et principalement dans la haute Égypte. Les ruches sont des cylindres en poterie, fabriqués avec le limon du Nil, ayant environ 0,40 de diamètre sur 1 mètre de longueur, fermés à chaque bout par un disque de même matière, l’un des bouts muni d'une entrée trèspetite, proportionnée à la taille de VA. fasciata. Les cylindres sont couchés horizontalement, comme des drains, à l'ombre des arbres. La plante favorite de cette Abeille est ie trèfle d'Égypte (Trifolium Alexandrinum).

L’A. fasciata est très-douce dans son pays d'origine et les manipulations apicoles s'opèrent sans masque. Dans la haute Égypte l’essaimage a lieu en février, en mars dans la basse Égypte. On ne connaît pas l’essaimage artificiel ni le calottage. En été les enfants gardent les ruches pour en chasser les Frelons. Pour obliger les Abeilles à faire leurs rayons perpendiculairement à l'axe des cylindres, on dispose, parallèlement à celui-ci et de sa longueur, un petit bâlon fourchu portant comme amorce des morceaux de vieux gâteaux. On retire les gâteaux avec le bâton et en les décollant de la paroi. Certains fellahs se servent aussi de rayons en partie mobiles, et rendent parallèles aux rayons insérésceux construits à neuf, afin de faciliter l'extraction des gâteaux demiel,

La vallée du Nil étant bien isolée l'A. fasciata y a gardé toute sa pureté. 11 est probable que c'est une de ses races qu'on rencontre en Syrie et en Palestine, où elle gite dans les troncs d'arbre et les fentes de rocher. C'est peut-être elle qui donnait son miel sauvage à Samson, aux prophètes au désert et à saint Jean-Baptiste.

La possibilité d’acclimater l'A. fasciata à Berlin résultait d'une comparaison des climats. La période de grande activité de cette Abeille en Égypte a lieu dans les mois de janvier, février et mars; or en Allemagne la grande miellée s'opère en mai, juin et juillet, dont la température est sensiblement la même que celle des mois d'hiver de l'Égypte. On à vu en Allemagne ces Abeilles en plein vol aux premières chaleurs du printemps, et sortant en masse de la ruche, comme des Fourmis, alors que nos Abeilles noires volaient encore peu. Elles sont très-vives et dépassent au vol les 4. mellifica et liqustica, butinant encore activement par les beaux jours de novembre, alors que cela arrive à peine à quelques sujets des nôtres. Les reines d'A. fasciata courent très-vite, tandis qu'une mère fertile allemande ou italienne marche lentement et pesamment. Dans les grandes Chaleurs de l'été l'A. fasciata reste inactive en Allemagne comme en Égypte. En effet toute espèce d'Abeille cesse de travailler et devient immobile, quand la température à l’intérieur de la ruche atteint 36° cent.; si alors elles s’agitaient, elles dégageraient de la chaleur, élèveraient encore la température, et les rayons de cire se ramolliraient et tomberaient sur le plancher.

L'A. fasciata a supporté en ruche les hivers allemands par le même procédé que les autres Abeilles, se mettant en pelotons, au centre desquels la température reste toujours + 9° ou + 10°. Plus le froid devient vif, plus elles consomment de nourriture et accélèrent leur respiration, ce qu'atteste un grondement intérieur. On l’a entendu pour les souches égyptiennes, comme pour les souches allemandes et italiennes. On trouva en janvier l’A. fasciata mère placée sur un rayon, et des centaines de cellules possédant des œufs et des larves. I faut pour un bon hivernage de l'A. fasciata des ruches assez étroites, afin que la chaleur puisse y êtreentretenue plus aisément parlesinsectes. D'après le fait général,les mères égyptiennes, accoupléesavec des faux-bourdonsnoirs ou des faux-bourdons jaunes, ne donnent que de purs faux-bourdons égypliens; les ouvrières seules sont hybrides ainsi que les nouvelles mères. Les cellules de l’A. fasciata sont d’un dixième plus étroites que celles de l'A. mellifica, de sorte que dix cellules avec leurs cloisons égalent en largeur neuf cellules de nos Abeilles. Cette différence spécifique n’empêche pas les croisements féconds avec À. mellifica etligustica, fait général pour des espèces {rès-voisines.

C'est après la connaissance de ces faits que M. Woodbury (1) se fit adresser dans le Devonshire,en Angleterre, une mère d’A. fasciata, avec quelques centaines d'ouvrières et quelques faux-bourdons. Il enleva la mère d’une ruche d'A. ligustica, et y substitua les petites égyptiennes

(1) Woodbury, l’Abeille égyptienne, sa culture en Égypte et son introduction en Allemagne et en Angleterre, journal /’Apiculteur, numéros de décembre 1869, p. 71; février 1870, p. 144 ; avril 1870, p. 219; mai 1870, p. 240,

avec leur petite reine, celle-ci protégée par un étui en fil de fer. Les italiennes massacrèrent immédiatement toutes les égyptiennes, mais le lendemain adoptèrent et caressèrent la mère fasciata, qu’on fit sortir de sa cage. M. Woodbury vit cette mère pondre, En retirant son couvain pour en former une petite ruche à part, il obtint des mères artificielles. Elles furent fécondées par des faux-bourdons liguriens, de petite taille, et devinrent les reines de nouvelles colonies pour l’année suivante ; elles produisirent desfaux-bourdons égyptiens. Plusieurs ruches égyptiennes purent être données à diverses personnes.

Finalement on fut obligé de cesser l'élevage et la multiplication des colonies égyptiennes, à cause du caractère violent et intraitable de l'A. fasciata, bien différente sous cerapport en Angleterre de ee qu'elle parait être dans son pays natal. A toutes les manipulations se produisaient des accidents. Les Abeilles furieuses pénétraient sous le masque et les vêtements de l'opérateur, et piquaient toutes les personnes du voisinage. Je ne crois pas qu'en Allemagne, ni ailleurs en Europe, cette espèce soit jamais autre chose qu’une curiosité apicole. En raison de sa faible taille elle produit moins que l’Abeille ordinaire. Elle existe encore en Angleterre chez divers apiculteurs. M. Drory la possédait à Bordeaux dans son rucher, et a reconnu également son caractère irritable, exigeant des précautions pour les opérations apicoles. IL recommande au contraire comme excellents ses métis avec À.mellifica.

L’A. Adansoni Latr., pl. LXIX, fig. 4, ressemble par ies caractères extérieurs à l'A. ligustica; seulement elle est d’un quart plus petite. Elle existe au Sénégal, et les indigènes l’élèvent dans des ruches en forme de cloche à tête renflée, qui ressemblent aux ruches du Berry. Les Sénégalais suspendent ces ruches aux branches des arbres, afin de soustraire ces Abeilles à l'atteinte des lézards, très-nombreux dans le pays. L’essaimage a lieu presque toute l’année. Pour la récolte, les indigènes vident laruche quand elle est pleine, étouffentles Abeilles, et, après avoir extrait les rayons, la rependent où elle était ; un essaimsauvagene tarde pas à venir s’y loger. Ils préparent grossièrement les produits. Le miel est utilisé en guise de sucre et la cire propre au blanc, exportée en Europe.

A Madagascar les Malgaches élèvent en ruches l'A. unicolor, Latr., noire, à abdomen brillant, sans bande d’une autre couleur. Cette Abeille a été depuis transportée à l'ile Bourbon, à l’île Maurice, enfin aux îles Canaries. Son miel est liquide et verdâtre, de médiocre qualité, dangereux même, à Madagascar, si l’insecte a butiné sur des Euphorbiacées. Le sud de l'Afrique présenta deux espèces d'Abeilles, l'A. caffra, Lep. St. F., noire avec la base du second segment de l'abdomen de couleur ferrugineuse, et l'A. scutellata, Lep. St. F., à abdomen brun, avec la base des segments revêtue de poils cendrés. La région équatoriale de l'Afrique, au Congo, a offert une espèce dite l’'Abeille des nègres (4. nigritarum, Lep. St. K.), à antennes noires, portées sur un tubercule

jaune ; l'abdomen est noir, à poils gris, avec le premier segment et la base du second jaunâtres, les ailes transparentes.

L'Inde etles îles Sondaïques ont plusieurs espèces du genre Apis. On trouve aux Indes l'A. indica, Fabr., noire, à pubescende cendrée, avec le premier et le second segments de l'abdomen d'un roux ferrugineux, deux fois plus petite que notre Abeille domestique, à très-petites cellules, avec des cellules de mâles grosses et allongées, plus fortes comparativemeunt que pour l'A. mellifica. Par contre, l'Inde a une espèce à peu près double en taille de la nôtre, l'A. dorsata, Fabr., ayant probablement pour synonymes A. nigripenuis, Latr. et bicolor, Klug., se trouvant aussi à Java. Elle a le corselet noir avec les poils roussâtres, les ailes rousses, surtout au milieu, avec reflet violet, l'écusson jaunûtre, les segments de l'abdomen jaunâtres, avec des taches latérales brunes et triangulaires. Il paraît qu'elle peut s'élever en ruches, mais on connait mal ses gâteaux et ses mœurs. L'histoire des Abeilles indiennes, souvent indiquées dans les voyageurs, est encore pleine de confusions, par l'ignorance entomologique des observateurs. Nous citerons aussi des mêmes contrées, l'A. socialis, Latr., noire, à ailes transparentes, avec les trois premiers segments de l'abdomen d’un ferrugineux pâle.

Lors du célèbre voyage aux terres australes, en 1803, alors que l’équipage, décimé par les maladies, faisait relâche à l'ile de Timor, Péron découvrit une Abeille qui lui fut dédiée, VA. Peroni, Latr., noire, à écusson jaunâtre, avec les deux premiers segments de l'abdomen et la base du troisième d’un roux jaunâtre, les ailes transparentes, mais d’une teinte un peu obscurcie, à nervures noires. Le miel de cette espèce est jaune et plus liquide que celui de l'A. mellifica ; son goût excellent le fait rechercher par les Malais, qui le nomment goülar fani, ce qui veut dire dans leur langue, sucre d'abeille. J1 y a encore une Abeille de Tasmanie (Verreaux), l'A. rufescens, à fond d’un brun foncé, avec les poils d'un blanc jaunàtre.

Comme on le voit par ces indications de patrie, le genre Apés est exclusivement propre à l’ancien continent. L’A. mellifica, probablement originaire de la Grèce et peut-être aussi de l'Asie Mineure, a été successivement introduite dans toute l'Europe. Les fables mythologiques nous apprennent que les industrieux insectes ont reçu les soins de l'homme dès la plus haute antiquité. Leurs mœurs ont été mieux connues qu'on ne le croit d'habitude, du moins par quelques personnes. Aristote, un moderne perdu dans les vieux temps, avait inauguré la méthode rationnelle de l'observation pure mille ans avant Bacon, et bien des passages de ses écrits ne sont devenus compréhensibles qu'avec les plus modernes découvertes. IT aimaità interroger les chasseurs, les pêcheurs, les apiculteurs sur tout ce qu'ils voyaient. De même qu'il annonça la pseudo-placentation de l'embryon de certains Squales (par la vésicule ombilicale) et l'hermaphrodisme bilatéral et normal des Serrans de la

Méditerranée, il indiqua des faits relatifs aux Abeilles, qui sont de trèsrécente observation. Dans son traité de la Génération des animaux (1) se trouvent divers passages dont le sens renferme les vérités suivantes : la reine est indispensable à la ruche, et sans elle il ne se produit pas d'ouvrières; les faux-bourdons peuvent naître dans une ruche sans reine, engendrés par les ouvrières (il crut à tort que c'était là le mode normal comme chez les Bombus, Vespa, Polistes), et cette génération se fait par des œufs ; il n'y a pas d'accouplement dans la ruche. Lors de la publication du mémoire de M. de Siebold sur la parthénogenèse, en 1856, de savants commentateurs d'Aristote firent remarquer qu'il avait pressenti la parthénogenèse de la reine, lorsqu'il dit en comparant les perches de mer {Serrans) et les Abeilles, que si ces poissons portent leurs organes mâle et femelle de chaque côté du corps, il y a chez l’Abeille une combinaison bien plus complète des organes sexuels. C’est dans le livre Hltraitant de la reproduction des insectes qu'on trouve cet admirable passage : « Cependant nous n'avons pas d'observations suffisantes là-dessus ; mais si ces observations doivent être faites, il faut leur accorder plus de confiance qu'à la théorie, et ne croire à celle-ci que si elle conduit au même résultat que l'expérience. »

En raison de l'importance capitale de cette espèce, nous croyons devoir ajouter quelques détails distinctifs à ceux déjà donnés. Le labre du genre Apis est transverse et non infléchi, les ailes supérieures sans aucun sligma, la seconde cellule cubitale la plus large inférieurement. Les mandibules de la reine d’Apis mellifica sont bidentées au sommet, la dent inférieure la pluslongue, et le troisième article de l'antenne plus long que le cinquième ; chez l’ouvrière les mandibules sont mutiques au sommet et tronquées en dedans, le second article de l'antenne transverse, le troisième plus court que le cinquième, ou, au moins, pas plus long. Chez les mâles, d'après une exception que le genre Apis partage avec quelques genres d’Apiens, l'antenne n’a que 12 articles (on a écrit 13 par erreur, p. 621), le troisième brièvement triangulaire, le quatrième {rèslégèrement courbé, à peine plus long que le cinquième.

On a signalé plusieurs fois des hermaphrodiles chez l'A. mellifica, et, ce qui est fort curieux, très-abondants dans certaines ruches, par suite de quelque conformation spéciale des ovaires de la reine. Il y a des hermaphrodites bilatéraux, d’autres à tête et corselet d’ouvrière, avec abdomen et organes génitaux de faux-bourdon, tantôt au contraire des faux-bourdons à aiguillon et glande à venin plus ou moins développés.

(1) Agtororehes, rep! loto Vevecsws, trad. allem. par H. Aubert et Fr. Wimmer, Leipzig, 1860. — Mèmes auteurs, Journal de Siehold et Külliker, 1858, t. IX, p. 507; De la parthénogenèse à propos des descriptions d'Aristote sur la reproduction des Abeilles ; lettre à M. de Siebold sur la concordance de ses observa-

tions avec ce que dit Aristote. —C. Th, von Sicbold, ohre Parthenogenesis Let Schmetterlingen und Bienen, Leipzig, 1856.

702 HYMÉNOPIÈRES.

M. E. Blanchard a traduit sur ce sujet un intéressant mémoire de M. Th. de Siebold (Zeitrchrift Siebold und Kolliker, 1864, XIV, p. 73).

Pendant longtemps les apiculteurs français n'ont pas connu d'autres races d'A. mellifica que ligustica. On s'occupe en ce moment de faire venir des races empruntées à l’Europe austro-orientale et à l'Asie occidentale. L'Apis ligustica est sensible au froid et emploie trop de temps à refaire ses ruches au printemps. Ainsi elle réussit mal dans les régions un peu élevées de la Suisse. On a préconisé les Abeilles dalmates, herzégoviniennes, smyrniennes, chypriotes et surtout carnioïiennes. En 1876, M. Hamet a fait venir une mère carniolienne à Paris el a réussi à la faire accepter par une ruche. L’Abeille carniolienne est réputée très-productive et la plus douce des races de mellifica. Tandis que la vraie coloration des bandes de ligustica bien pure est d'un bronze doré ou aurore, les mêmes bandes chez carniolica sont blanchâtres. Nous engageons à consulter pour ces nouvelles races, encore à peine connues chez nous, le journal l'Apiculteur, 1875, p. 214, 239, et 1876 en divers articles. D’après M. Hamet, l’Abeille carniolienne se reconnait surtout à son vol plus doux, plus moelleux, mais, dans son extérieur, offre tous les passages à l’Abeille ordinaire. .

L'Apis mellifica existe dans l'Afrique septentrionale. Elle est très-abondamment répandue dans toute notre colonie algérienne, où elle est élevée en domesticité par les indigènes, particulièrement par les Kabyles, qui sont surtout agriculteurs ; elle est d’un très-grand secours pour ces montagnards, qui font un commerce considérable de miel et surtout de cire. Il existe, en divers points de l’Algérie, une race de l'A. mellifica unicolore et beaucoup plus noire en entier que le type de France, à ouvrières de taille plus petite, les faux-bourdons aussi gros. Les yeux sont d’un brun très-noirâtre, les anneaux de l'abdomen n’ont de bordure jaunâtre qu'à peine sensible. Une ruche de cette race envoyée en 1874, de l'établissement de Staoueli, près d'Alger, à M. Hamet, a présenté quelques particularités de mœurs, semblant établir que cette race est en rapport avec un climat sec et chaud. Elle propolise beaucoup plus que notre Abeille ordinaire, ce qui indique un insecte peu habitué au froid, et elle sait trouver du miel par des temps secs où la nôtre n'en récolte plus. Ordinairement très-douce, elle devient très-irritable quand elle est stimulée, se jetant sur les personnes pour les piquer et entrant dans les maisons du voisinage. En 1875 elle a gardé très-tard ses faux-bourdons. Dans la collection Sichel, au Muséum, existent plusieurs individus de cette race provenant de diverses localités de l'Algérie.

Au nord de l'Europe nous trouvons les ruches de l’A, mellifica jusqu'en Finlande (W. Nylander). Cette espèce y est actuellement peu cultivée, mais l'était beaucoup plus à l’époque catholique; on ne récolte en Finlande que très-peu de cire comparativement à la production de la Russie, et elle est de bonne qualité.

Notre Abeille a été transportée en Amérique, aussi bien dans le nord que dans le sud de ce continent et y prospère, tendant de plus en plus à remplacer dans les régions chaudes les Mélipones et les Trigones indigènes, auxquelles elle est bien préférable. Les prairies florigères des États-Unis lui offrent une riche moisson, et les ruches sont trèspeuplées. Aujourd’hui de nombreuses colonies sauvages d'Abeilles habitent les immenses forêts. Dans l'Amérique du nord les Abeilles sont devenues commeles précurseurs de la civilisation, car, lorsque les Peaux- Rouges rencontrent un essaim d’Abeilles, ils disent : les Blancs approchent! On a observé ce fait curieux que, dans le nouveau monde, l'A. mellifica reprend bien plus facilement l’état sauvage qu'en Europe, et que beaucoup d'essaims vont se fixer dans les creux d'arbre et les rochers. De même les vaches au nouveau monde ont offert une grande tendance à retourner au type sauvage, et ne conservent de lait que pendant l’allaitement de leur veau. L’Abeille domestique a donné au Chili des ruches remplies de miel toute l’année, en rapport avec des fleurs sans cesse renouvelées, ne demandant aucun soin: aussi les miels de cette provenance font une concurrence considérable à celui d'Europe et abaissent les prix. Ils sont cause qu'en beaucoup de nos pays l’'éducation des Abeilles est rémunératrice, à la condition forcée que le propriétaire s’en occupe seul à ses moments perdus; le haut prix de la maind'œuvre lui enlève tout bénéfice, s'il est obligé d'y mettre des ouvriers.

L’A.mellifica introduite en Australie, en 1862 par M. Ed. Wilson, s'y est multipliée rapidement. Beaucoup d’essaims, favorisés par des hivers très-doux, se sont placés, à l'état sauvage, dans des arbres creux ou à l’aisselle des branches. Les chercheurs de miel, visitant ces ruches, aussi bien que les nids des Méliponites australiennes, y font de riches récoltes. L’abondance des fleurs des Eucalyptus, qui paraissent en tout temps, explique cette acclimatation rapide. On assure qu'avant cette introduction on était obligé de fournir à l'Australie chaque année une quantité considérable de graines de trèfle, parce que les Hyménoptères australiens ne butinaient pas sur cette Légumineuse, etces envois de graines allèrent {ous les ans en diminuant jusqu'à devenir nuls, après que l’abondance des Abeilles eût assuré la fécondation de ces fourrages artificiels.

Notre Abeille existe aussi maintenant dans la Nouvelle-Zélande, cette terre privilégiée pour les animaux et les végétaux européens. L’A. mellifica n'est que peu cultivée à la Nouvelle-Calédonie, à cause de la grande quantité où se rencontre une plante, le Niaouli (Melaleuca viridiflora, Labillardière), dont lafleur, d'odeur très-prononcée, rend le miel désagréable ; au contraire les missionnaires l’ont amenée avec succès à l'ile des Pins, où nese trouve pas cette plante, etle miel que les Abeilles y récoltent est excellent et d’un goût très-aromatique ettrès-doux. C'est du continent australien que provenaient les essaims qui ont acclimaté l'espèce à la Nouvelle-Calédonie et à l'ile des Pins.

Enfin l'A. mellifica a été introduite aux Antilles, notamment à la Havane, à Haïti, à la Jamaïque, à la Martinique, et aussi aux îles Sandwich. Elle existe également aux iles Canaries, à l'ile Bourbon, à Gorée, au Sénégal.

En présence du nombre considérable de traités spéciaux écrits sur les Abeilles, nous nous contenterons de signaler aux industriels et aux amateurs d’apiculture les plus importants et les plus nouveaux : Paix de Beauvoys, Guide de l'Apiculleur, 5° éd., Paris, 1856.— Radouan, Nouveau Manuel pour gouverner les Abeilles, Paris, 1859 (Collection des manuels Roret).— Bastian, les Abeilles, Paris, 1868.— Petit Manuel de l’Apiculteur alsacien, traduit par Colombain, Strasbourg, 1875.— Abbé Sagot, Petit Traité spécial de la culture des Abeilles, Paris, 1867.— Ch. Dadant, Petit Cours d'Apiculture pratique, Chaumont, 1874. — H. Hamet, Cours pratique d’Apiculture, professé au jardin du Luxembourg, Paris, 1874,4°éd.—Vignole, la Ruche, méthode nouvelle, essentiellement pratique, destinée aux habitants des campagnes, à Beaulieu près Nogent-sur-Seine (Aube), 1875. — Abbé Colin, le Guide du propriétaire d'Abeilles, Paris, 1875. — G. de Layens, Élevage des Abeilles par les procédés modernes, pratique et théorie, Paris, 1875.—C. de Ribeaucourt, Manuel d'Apiculture rationnelle, 2° éd., Neufchâtel et Paris, 1875.— Frère Albéric, les Abeilles el la ruche à porte-rayons, Paris, 1875.— D'Polmann, professeur d’apiculture à l'Académie de Poppelsdorf, l’Abeille mellifère et son élevage, avec 155 gravures sur bois et une planche représentant le Rucher du D' Polmann,à Bonn-sur-le-Rhin (en allem.), Biblioth. agricole, Berlin. La partie intéressante et originale de cet ouvrage est un long historique de la culture des Abeilles. — A. Mona, l'Abeille italienne, moyens de se la procurer, etc., avec une introduction par M. H. Hamet, Paris, 1876.

L'importance du sujet nous fait également un devoir de citer quelques journaux périodiques d’apiculture, choisis parmi les principaux. Ce sont, en France : l’Apiculteur, journal des cultivateurs d'A'beilles, Paris, dirigé par M. H.Hamet, 20 vol.— Le Rucher du Sud-Ouest, puis le Rucher, Bordeaux, 1873 à 1876, dirigé par M. E. Drory. —- Ces deux recueils sont en France les principaux organes, le premier des fixistes, le second des mobilistes. A l'étranger : Allemagne, Bienenzeitung (Journaldes Abeilles) , Andréas Smith, Eichstadt; Ilalie, l’Apicoltore, à Milan, journal de la Société centrale ; Angleterre, the British bee journal, and bee Keeper's adviser (Journal britannique des Abeilles, conseiller des Apiculteurs), Ch. Nash Abbott, à Hanwell, par Londres; États-Unis, American bee Journal, W.F. Blarke, à Chicago, Illinois.

Pour l’étude spéciale des organes et des fonctions de l’Abeille, nous citerons : Michel Girdwoyn; Anatomie et physiologie de l’Abeille (trad. par A. Pillain), avec 12 pl. lithog., 1 vol, in-4°, Paris, 1875, ouvrage offrant des figures satisfaisantes, mais un texte fort incomplet et presque nul pour la partie physiologique. Nous préférons comme exécution des planches une iconographieitalienne intitulée : Tabiettes apicoles, par Gaetano

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Barbeo, dessinées et coloriées par Clerici, ingénieur, via $° Damiano, 24 à Milan, 1872. Sur 30 planches en chromo-lithographie 15 ont paru, encore sans texte. Il y a une très-bonne figure du parasite Braula cœca.

Au point de vue de la biologie un ouvrage restera à jamais célèbre : F.-R.Huber, Nouvelles observations sur les Abeilles, adressées à M,Ch. Bonnet, 4 vol. in-8°, Genève, 1792, id. Paris, 1796, et 2° édition très-augmentée par P. Huber, 2 vol. in-8°, avec 14 planches, Paris 1814.

Nous ajouterons à l'histoire géographique du genre Apis l'indication d’un travail à consulter sur ce sujet, par M. A. Gerstäcker (Stettin entom. Zeitung, 1864, p. 297), et la citation des localités d'où les espèces de ce genre ont été rapportées par l'expédition de la Novara (Insectes, Vienne, 1868). Ce sont : pour A. melleficca, Gibraltar, Madère, Rio-Janeiro, Cap de Bonne-Espérance, Sydney, îles Auckland; pour À. fasciata, le Chili, par importation ; pour À. Peroni Shan-Haï, Ceylan, Sambelong ; À. indica, Ceylan.

Méliponites. — Ocelles disposées sur une ligne transversale presque, droite, nervures de la partie inférieure des ailes peu distinctes ou nulles, une radiale fort large, s’allongeant en pointe pour rejoindre la côte ou nervure extérieure de l'aile près du bout de celle-ci, trois cellules cubitales mal tracées, les nervures qui les séparent étant peu visibles, la seconde recevant la première nervure récurrente, la troisième n'atteignant pas le bout de l’aile, deux cellules discoïdales complètes; les cellules du limbe confondues avec la troisième discoïdale qui est incomplète ; jambes postérieures sans épines à l'extrémité ; point de dent à la base du premier article du tarse postérieur, celui-ci subtriangulaire, à base d'insertion étroite, crochets des tarses simples. — Femelles dépourvues d’aiguillon, ou plutôt à aiguillon rudimentaire.

Bien que le genre Apis n'existe pas en Amérique originairement, les populations primitives de ce continent connaissaient cependant le miel, un miel plus liquide que le nôtre, souvent plus doux, plus parfumé, plus coloré. Lors de la conquête, les Espagnols constatèrent au Mexique et en Colombie l'existence d'insectes plus petits que nos Abeilles, faisant le plus souvent leurs nids dans les creux d'arbres, où l’on va encore habituellement les chercher, offrant des femelles, des mâles et des ouvrières, celles-ci et les femelles n'ayant qu'un aiguillon nul ou impuissant par une extrême petitesse, et avec avortement de la glande à venin. Certaines espèces sont très-douces, en raison de cette absence d'armes, et acceptent volontiers les soins de l’homme, consentant à établir leurs gâteaux dans des bois creusés ou dans des pots de terre. Il est probable que, pour certaines espèces, les femelles fécondes se font à la volonte desouvrières, par une pâtée spéciale, car, lorsqu'on veut multiplier leurs

nids, on prend au hasard quelques gateaux, on les porte dans un creux d'arbres et une nouvelle colonie se forme. Si quelques espèces de Méli- GIRARD, 11, — 40

ponites, surtout celles de grande taille, sont fort douces, ce fait n'est pas général. Les petites espèces paraissent très-violentes et portées à la colère, se jetant au visage et aux cheveux de quiconque s'approche trop près du nid, entrant dans le cou et dans les oreilles, et, à défaut d'aiguillon, mordant avec leurs mandibules, en même temps qu’une salive âcre fait naître des ampoules.

Les Méliponites sont beaucoup plus nombreuses en espèces que Îles Apites, eton ne peut faire à cet égard que les calculs les plus approximatifs.Lepeletier Saint-Fargeau décrit trente-cinq espèces; on en compte cinquante à soixante cataloguées dans les musées et dont beaucoup ne sont qu'à peine décrites; ce nombre est très-inférieur à celui des espèces existantes, car M. Brunet évalue à plus de cent celles qui se trouvent au Brésil et dont la plupart sont imconnues des entomologistes. Il est souvent question de ces insectes et de leurs produits dans les récits des historiens et des voyageurs des régions chaudes de l'Amérique ; mais rien n'est plus confus que ces documents recueillis par des personnes étrangères à l’histoire naturelle. Les Méliponites sont désignés par une foule de noms de pays, quelques-uns espagnols, la plupart empruntés au langage des peuplades indigènes, et nous n’avons encore que très-peu des espèces désignées par ces noms vulgaires dont on possède la détermination scientifique. Presque toutes les espèces des Musées d'Europe ne sont représentées que par des ouvrières; à peine pour quelques-unes connait-on les mâles et les femelles vierges et surtout la femelle fécondée, à abdomen énorme.

Au Brésil le mot uruçu ou urussu sert de nom général aux plus grandes espèces de Mélipones; en Colombie ces insectes sont généralement appelés Abejas bobas, c'est-à-dire Abeilles innocentes, et on leur donne aussi le nom vulgaire d’Angelitos (petits anges).

Les Méliponites ont comme caractère général une langue souvent fort longue, ayant quelquefois la longueur du corps, et des jambes postérieures élargies et munies à l'angle interne d’une sorte de peigne de poils ; ce sont probablement ces jambes qui servent à détacher les lamelles de cire sécrétée, et non pas comme chez les Abeilles, le premier article du tarse; celui-ci est en effet triangulaire et à bord inerme, dépourvu de la pince du bord externe qui caractérise les Apites.

Bien que quelques auteurs ne fassent qu'un seul genre des Méliponites, il est plus naturel de les séparer en deux, les Mélipones et les Trigones, et cela se voit surtout quand on a sous les yeux un grand nombre d'espèces. Les Mélipones sont de larges insectes, ayant les ailes plus courtes que l'abdomen, celui-ci oblong, convexe en dessus, à peine caréné en dessous ; les mandibules ne sont jamais dentées. Elles ressemblent aux Apiens solitaires du genre Osmia, tandis que les Trigones ont un tout autre aspect. Celles-ci, de plus petite taille en général que les Mélipones, ont les ailes plus amples, de la longueur de l'abdomen, à stigma distinct, avec le bord inférieur arrondi ; l'abdomen est court, un

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peu triangulaire, comprimé en dessous en forme de carène ou tranchant aiguisé vers le centre; les mandibules sont ou édentées, ou serrulées ou denticulées.

La distribution géographique est en rapport avec cette division. Les Mélipones sont toutes de l’'Amérique,répandues dans ses régions chaudes, du Mexique au Paraguay. Les Trigones, outre un grand nombre d’espèces du nouveau monde, existent aux Indes, dans les îles de l’Archipel oriental, en Australie, en Tasmanie, et également dans certaines régions de l'Afrique (Abyssinie, Afrique australe).

Latreille assignait comme caractère distinctif que les Mélipones avaient les mandibules sans dents et les Trigones les mandibules dentées, et, voulant faire correspondre une différence de formes avec une différence de mœurs, il supposait, sans aucune preuve, que les premières ne peuvent entamer l'écorce des arbres, ce qui est permis aux secondes; la connaissance de nouvelles espèces a renversé cette distinction ; ainsi, sur 44 espèces de Trigones brésiliennes qui se trouvaient en 1862 à l'Exposition internationale de Londres, quatre seulement, rapporte Fr. Smith, avaient les mandibulées dentées; cependant leur aspect, tout à fait analogue à celui des autres, ne permettait pas de les séparer.

Il est très-possible que le caractère de distinction que donne Maximi-lien Spinola n’ait pas davantage une généralité suffisante ; d’après luiles Mélipones ouvrières ont la face interne des jambes postérieures uniformément plane et finement pubescente, sans que cette pubescence soit nulle part assez forte et assez serrée pour faire l'office d’une brosse, tandis que chez les Trigones la face interne de ces jambes a une élévation médiane et longitudinale, dont la surface saïllante et tapissée d’un duvet soyeux, court etserré, parfaitement semblable à celui de la brosse tarsienne de l’Abeille, tandis que les poils du reste de la face interne sont au contraire clair-semés, fins, allongés et flexibles.

Les Méliponites produisent de la cire,très-inférieure en général à celle des Apites par sa couleur brune et résistant au blanchiment. Elle est due à une sécrétion sur le corps de l’insecte, et l'organe de sa récolte parait être différent de celui des Apites. M. Spinola fait remarquer quele premier article du tarse postérieur est tout à fait impropre à cette extraction. étant de forme subtriangulaire, étroit à sa base d'insertion avec la jambe, inerme et sans pince à son bord postérieur, Ce serait au contraire la jambe postérieure qui détacherait les lamelles de cire; en effet son bord postérieur est échancré, l'angle postéro-supérieur aigu et souvent prolongé en arrière, et l'angle postéro-interne, près duquel est l’échancrure, {oujours armé d’une espèce de peigne, analogue à l'épine tibiale interne de beaucoup d’Apiens, et qui a de neuf à onze branches spiniformes courbes, terminées en pointes aiguës. En outre, chez l'ouvrière, cetie jambe offre une palette triangulaire, avec corbeille pour le pollen.

M. Spinola suppose que la cire est sécrétée par chaque segment ventral, du second au sixième, dans une poche située à la région antérieure

du segment et ayant pour ouverture un sillon parcourant son bord interne; il a retiré de cette région, sur des sujets secs il faut le dire, chez Melipona compressipes, Fabr., de la Guyane, une substance pulvérulente semblable à la cire brute des Abeilles. Il fait remarquer que les jambes postérieures des Méliponites sont proportionnellement plus longues que celles des Apites, et que leur largeur est proportionnelle à celle du ventre. Leur longueur, subordonnée d’ailleurs à celle des cuisses, est toujours telle, que, lorsqu'elles se replient en avant, elles peuvent aisément remonter à la base de l’abdomen, ce qui est en rapport avec la récolte de la cire par les jambes.

Une place toute différente a été assignée à la sécrétion de la cire, chez les Mélipones et les Trigones, par M. E. Drory, qui a eu l’occasion d'élever à Bordeaux, pendant la belle saison de 1873, un certain nombre d'espèces, envoyées des environs de Bahia (Brésil) par M. Brunet (1), de sorte que l’examen a porté sur des insectes vivants et a pu être vérifié à la Société d’apiculture de Bordeaux. La cire est sécrétée sur les cinq segments développés du dos, et les recouvre en entier d'une pellicule fine, blanche et transparente, comme la cire récente des Abeilles, ressemblant à la peau d'un serpent qui vient de muer. Les insectes se grattent le dos avec leurs pattes postérieures, y enlèvent les petites écaillettes de cire blanche et les mâchent entre leurs mandibules, les enduisant d'une salive jaunâtre ou brune, d’une odeur forte et désagréable, qui leur sert aussi d'arme offensive ou défensive ; de là la couleur foncée de la cire mise en œuvre dans le nid. Ce qu'il y a de plus curieux, c’est que les mâles (du moins ceux observés de Melipona marginata ou urussu mirim des Brésiliens) produisent aussi de la cire sur le dos, de la même façon que les ouvrières; il est donc très-probable qu'ils travaillent aux constructions à l’intérieur du uid, ce qui établit une profonde différence d'avec les mâles paresseux des Apites, et ne doit pas les exposer au même destin funeste (voir : Rucher du Sud-Ouest, t. 1, 1873, p. 60). Il est à désirer que ces observations importantes de M. E. Drory soient reprises sur un nombre considérable d’espèces, dans leurs pays d'origine.

Des différences importantes séparent les Méliponites des Apites sous le rapport des formes sexuelles. Les mâles sont de la taille des ouvrières et leur ressemblent, sauf un article de plus aux antennes. Ils manquent de corbeille aux jambes postérieures, ce qui dénote leur incapacité à récolter le pollen; il est probable qu'ils sont également peu aptes à recueillir le miel, vu la brièveté de leur trompe. Leurs yeux à facettes sont de la grandeur ordinaire etne convergent pas sur le vertex. Leurs orga-

(1) Les espèces élevées dans leurs nids à Bordeaux ont été: Melipona scutellaris, Latr.; marginata, Lep. Saint-Farg.; bilineata, Say; atratula, Wlig.; posticu Latr.; geniculala, Klug, et Sp. encerta, très-petite ; Trigona crassipes, Latr., cilipes, Lair., /laveola, Hlig.; angustula, Ilig.

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ues génitaux n’offrent pas les deux pinces molleset flexibles(pneumophyses) des faux-bourdons ; mais il y ades pinces dureset chitineuses, comme chez beaucoup d'insectes, et leur bout est orné de poils, bien visibles à la loupe. Les femelles vierges sont de la taille des ouvrières ou même plus petites, et, d’après l'observation de M. Spinola sur une femelle de M. anthidioides, L. St F. du Brésil, possèdent douze articles aux antennes et le peigne tibial, mais sont dépourvues de corbeille pollinigère. D'après M. Drory la femelle fécondée prend un abdomen énorme et trainant. En raison de l’absence d’aiguillon, on a cru longtemps que la bonne intelligence devait régner dans le nid entre les femelles fécondes ; M. Drory a reconnu au contraire qu'une seule femelle fécondée subsiste, chassant ou tuant ses rivales par ses morsures. On n’a pas encore d'observation certaine d'essaimage des Méliponites, bien qu'il paraisse (rèsprobable que les nouvelles colonies se forment de cette manière.

Les nids des Méliponites ont des situations variées. Le plus souvent ils sont placés dans les branches creuses ou le tronc de vieux arbres, les cavités de rochers, la tige fistuleuse de certains végétaux; il en est qui sont attachés au haut des arbres, librement et sans couveriure, d'autres au contraire sont perforés sous terre ou entre les racines des arbres. L'architecture interne offre de très-grandes différences d'avec celle des ruches des Apites. Les cellules hexagonales à couvain constituent des sâteaux étagés, horizontaux et non verticaux, et offrant par suite les alvéoles verticaux et sur un seul rang, en dessus, le tout presque toujours entouré de nombreux feuillets de cire entrescroisés, formant un labyrinthe protecteur; à côté de cette dégradation évidente de la forme des sâteaux d'Abeille se trouve un perfectionnement par division du travail. Les alvéoles ne servent qu’à l'élevage des larves et des nymphes; lemiel et le pollen sont emmaganisés à part, dans des amphores de cire de toute autre forme, ovoïdes, beaucoup plus amples que les alvéoles et groupées diversement autour du nid à couvain. Enfin, presque sans exception, l'entrée de l'habitation est fort petite et gardée par une ou plusieurs vigilantes sentinelles; un tunnel de cire long et plus ou moins flexueux, communique aux cellules à couvain, et, de celles-ci, il faut passer par le labyrinthe des feuillets pour arriver aux amphores à miel. De cette façon l'odeur suave du miel ne peut s’exhaler au dehors, ce qui, dans les régions chaudes où vivent les Méliponites, attirerait des nuées d'insectes pillards; en outre, si quelque insecte est parzenu à forcer l’entrée, il ne peut manquer d'être aperçu par les Méliponites, soit dans le boyau flexueux soit entre les feuillets, et chassé, ou mordu et empoisonné par la salive.

La longueur de la langue des Méliponites est très-variable, et atteint parfois ou dépasse même celle du corps entier; ses proportions sont aussi fort diverses relativement à celles des palpes labiaux. Dn trouve dans certaines espèces la langue près de deux fois aussi longue que le palpe labial, et dans d’autres à peu près égale en longueur, avec tous

les degrés intermédiaires. IL est très-probable que, si les Méliponites sont toutes des ramasseuses de miel, elles butinent, selon les espèces, dans des fleurs spéciales, et que les longueurs si variées de leurs langues sont analogues aux longueurs diverses des becs des Oiseaux-mouches, lesquels, dans les espèces dont les mœurs nous sont bien connues, sont toujours adaptées à la nécessité d'atteindre les nectaires de fleurs particulières, où ils recherchent leur nourriture habituelle. De même les espèces de Melipona et de Trigona qui ont la langue courte, fréquentent probablement les fleurs à corolle largement ouvertes et les autres, telles que Melipona anthidioides, munies d’une longue langue, retirent leur nourriture de fleurs tubuleuses.

La qualité des miels de Méliponites est également en rapport avec celles des nectars recueillis. Il en est dont le miel est parfumé, exquis et complétement inoffensif, d’autres où il est âcre et de mauvais goût, d’autres enfin où, avec un goût agréable, il possède des propriétés violemment purgatives ou même vénéneuses, causant ou une forte ivresse, ou des vertiges, ou même, pour une espèce du Paraguay appelée cabatu, des convulsions accompagnées des douleurs les plus violentes ; les habitanis des campagnes, avertis par l'expérience, font grande attention aux nids et aux insectes producteurs de miel, afin de ne pas commettre une erreur contre laquelle ils ne sont pas prémunis par une saveur spéciale.

Les Méliponites sont pour l’homme d'une utilité assez restreinte. Le miel de certaines espèces est recherché pour l'alimentation, ou pour composer des boissons avec l’eau ou pour la pharmacie. Le plus souvent on abat l'arbre ou l’on coupe la branche contenant le nid, on pratique un trou au-dessous de la portion où sont les amphores à miel, On agit de même pour les ruches en boîtes de bois, dans lesquelles on élève quelques espèces qui reçoivent volontiers les soins de l’homme, ainsi Melipona scutellaris. Dans la saison riche en fleurs, et où abonde le miel mis en réserve pour les saisons dépourvues de fleurs, on perfore avec une baguette taillée en pointe les amphores dont le contenu liquide s'écoule par le trou ménagé à la partie inférieure. On a soin de le boucher ensuite avec une cheville, et on calfeutre avec de l'argile toutes les fissures qui ont pu se produire au nid, sous peine de destruction rapide du miel par les insectes pillards. Ce procédé permet d'obtenir du miel très-pur, blanc et transparent; tandis que lorsqu'on enlève les réservoirs et qu'on les brise pour en exprimer le contenu, le miel est trouble et de couleur rougeñtre. La cire, brune, tantôt molle, tantôt dure, suivant les espèces, rebelle au blanchiment, sert dans diverses circonstances. On la recueille par la fonté, à la façon de celle des Abeilles. Au Brésil on a souvent essayé d’en faire des bougies; mais elles brûlent mal en raison de la grande quantité de résine mélangée à la cire. Les indigènes de la Guyane trempent de longues mèches de coton dans la cire fondue de Trigona amalthea, les laissent refroidir, et en font

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des bougies très-menues, avec lesquelles ils s'éclairent. D’Azara, dans ses voyages au Paraguay, cite une Méliponite, de plus petite taille que l'Abeille d'Europe, donnant une cire beaucoup plus foncée et plus molle, qui sert pour les églises de campagne et pour celles des missions d'Indiens, et une autre, de plus grande taille, donnant une cire plus blanche et qu'on mêle avec le suif. Il rapporte que les habitants de Santiago de l'Estero recueillent par an, sur les arbres du Chaco, quatorze mille livres de cette cire. Exceptionnellement on a cité des cires de Méliponites d'un beau blanc, ainsi celle dite des Aréquies, dont l’origine n'est pas parfaitement certaine, et une cire, plus blanche que celle de l’Abeille et supérieure en qualité, qui figurait en 1861 à l'Exposition nationale de Rio de Jareiro, et qui provenait d'une Méliponite nichant dans les creux des arbres de certaines régions voisines de l’Amazone. A Ja Havane on a cherché à tirer parti du nid de Trigona fulvipes, qui, outre un miel fort estimé, donne une cire noire dont on a proposé de faire de l'encre et du crayon lithographique.

Presque toujours on recueille dans les bois les nids des Méliponites ; il en est quelques espèces, ainsi Melipona scutellaris, qu'on apporte près des babitations, et qui nidifient dans des ruches de bois, des buches creusées ou des cylindres d'argile. On dédouble très-facilement une ruche en transportant une partie des gâteaux supérieurs dans une boîte qu'on éloigne de la souche. Celle des deux colonies qui a conservé la mère fécondée se retrouve dans l’état normal ; quant à l’autre elle se reconstitue bientôt par fécondation d’une femelle ; peut-être les ouvrières savent-elles, par une pâtéé spéciale, obtenir des femelles à organes sexuels complets.

Les Méliponites, bien que sans aiguillon, sont loin d'être inoffensives dans toutes leurs espèces. Beaucoup d'espèces sont pillardes, butinent, non-seulement sur les fleurs, mais sur les fruits, les troncs d'arbres, les jeunes tiges de végétaux, etc. ; certaines espèces, ainsi celles nommées près de Bahia arapua sanharo (Abeille rouge), etc., font de grands dégâts dans les jardins, à la façon des Guêpes, sans racheter ces défauts par quelques qualités, car elles ne fournissent que très-peu de miel. Elles sont très-avides de tous les résidus de cire, même de celle produite par des espèces différentes, ou de la cire d’Abeille, et viennent s'en emparer, pour la porter dans leur nid, même à grande distance de celui-ci. Il parait que toutes les Méliponites, même celles inoffensives pour l'homme, ont une salive venimeuse ; ainsi dans les combats de l’Abeille d'Europe importée au Brésil contre la Mélipone scutellaire, l'Abeille qui tue son adversaire par l’aiguillon, et le traîne mort après elle, ne tarde pas à périr à son tour par la morsure qu'elle a reçue. Les petites espèces de Mélipones et de Trigones se jettent sur l’homme avec fureur, entrent dans les oreilles, pénètrent entre les cheveux, se portent sur les mains dont elles aiment à sucer la sueur. On redoute beaucoup les morsures de quelques espèces, qui, bien que très-petites, déterminent sur la’peau

de l’homme de petites ampoules, accompagnées d'une inflammation dangereuse, analogues à celles que wroduit la cantharidine, et qui mettent une quinzaine de joursà guérir ; de là le nom de erachat de feu (caga-fogo) donné au Brésil à Trigona flaveola, Mig. Les colonies voisines se livrent souvent des combats, ainsi quand on place une nouvelle ruche de Melipona scutellaris près d'une autre déjà anciennement établie, et M. Brunet évalue à plus de trois mille le nombre des morts dans une de ces batailles dont il fut témoin aux environs de Bahia. Il y a aussi des luttes entre des espèces différentes; ainsi M. Drory, à Bordeaux, les a constatées entre les Melipona scutellaris et marginata, Melipona postica et Trigona flaveola, Melipona postica et Trigona angustula, enfin entre Trigona angustula et Apis mellifica.

De nombreux ennemis extérieurs font la chasse aux Méliponites. Les plus redoutables, d'après M. Brunet, sont de petits Diptères, déposant leurs œufs en si grand nombre dans le nid, qu'en quelques jours les ruches les plus fortes sont détruites, y compris le couvain et la mère fécondée. Parmi les insectes divers recueillis dans les nids de Méliponites, et envoyés par M. Brunet à la Société d’acclimatation, j'ai trouvé un petit Diptère, peu déterminable par un séjour prolongé dans l'alcool et indiqué par M. Brunet comme faisant périr en quatre jours les ruches de Mélipones les plus peuplées. Son corps est large, d'un brun roussätre, à larges ailes enfumées. C'est une Muscide, d'un genre voisin des Piophila, genre dont les larves vivent en grand nombre dans une foule de matières animales; avec cet insecte étaient ses pupes et de jeunes larves allongées, à verticilles épineux, et d’autres plus larges et plus plates. On ne pouvait pas décider, vu le degré peu avancé de développement, si on avait affaire à des larves de Muscides, par exemple à celles du Diptère précédent, ou des larves d'un tout autre groupe, les Syrphides, offrant le genre Volucelle, parasite des nids de Bourdons et de Guëpes.

Les Fourmis font également de grands ravages dans les nids de Méliponites, principalement l'espèce de forte taille, appelée au Brésil tayoca (Camponotus atriceps, Smith), qui envahit le nid pendant la nuit, et que l'isolement par l’eau ne peut arrêter, car elle se jette à la nage, attirée par l'odeur du miel; cette grosse Fourmi lutte même avec avantage contre l’Abeille domestique d'Europe. Il faut encore ranger les Blattiens au nombre des destructeurs des nids de Méliponites, et, parmi les reptiles, de petits Sauriens arboricoles, nommés au Brésil largatixos, qui s’embusquent à l'entrée des ruches, saisissant au passage toutes les ouvrières qui vont butiner ou qui en reviennent. Les oiseaux ennemis des Méliponites sont les Hirondelles, de nombreuses espèces du genre Tyrannus et autres genres voisins; parmi les mammifères le Grison (Galictis grison), le Kinkajou (Cercoleptes caudivolvulus) et diverses espèces de Tatous, qui, avec leurs ongles puissants, démolissent les nids des Méliponites vivant souterrainement.

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Quelques personnes ont cru à la possibilité d'acclimater en Europe, er même en Algérie, à hivers très-sensibles, certaines espèces de Méliponites. On ne pourra jamais tenter d'essai sérieux sur les Mélipones et Trigones brésiliennes, M. Drory ayant parfaitement reconnu à Bordeaux que, pour les conserver vivantes en hiver, il faut que la température de leurs ruches ne descende pas au dessous de + 20°. Peut être auraiton quelque chance de succès avec des Trigones de la Tasmanie ou du Cap; mais l'infériorité des produits ne fera jamais de ces tentatives qu'une simple curiosité. L'Apismellifica tend partout à remplacer avec avantage les Méliponites.

Nous indiquerons parmi les travaux généraux à consulter sur ce groupe d'Apiens : Latreille ; notice des espèces d’Abeilles vivant en grande société et formant des cellules hexagonales, ou des Abeilles proprement dites ; Ann. du Mus. d'hist. natur. Paris, 1804, tome V; des Abeilles proprement dites, et, plus particulièrement, des insectes de la même famille qui vivent en société continue, et qui sont propres à l'Amérique méridionale (Mélipones et Trigones) ; recueil d'observations de zool, et d’anat. comparée (voyage) faites par AI de Humboldt et Bonpland, t. 1, Paris, 1811, p. 260 ; ordre naturel des insectes hyménopt. de la famille des Andrénètes et de celle des Apiaires (Apis, Linn.): mème ouvrage, p. 277. — M. Perty; Delectus animalium articulatorum que itinere, par Brasiliam collegerunt Spix et Martius; Munich, 1830- 1834, p. 26 à 29, longs détaiis sur les Mélipones et Trigones de l'Amérique méridionale. — Maximilien Spinola; observations sur les Apiaires Méliponides ; Ann. SC. natur. z00l., 2° série, 1840, t. XIII, p.116, pl. 2. — Goudot ; observations relatives à l’histoire des Méliponites ; Compt. rend. Acad. des se., 1846, t. XXIT, p. 710. — Fr. Smith; Descriptions of Brazilian Honey Bees belonging to the Genera Melipona and Trigona, etc., inthe Brazilian Court of the International Exhibition of 1862 ; Trans. entom. Soc. of London, 3° série, 1, 1862-1864, p. 497-512. — Maurice Girard; notes sur les mœurs des Mélipones et des Trigones du Brésil; Ann. Soc. entom. Fr. 1874, p. 567 ; notice sur les Mélipones et les Trigones brésiliennes envoyées à la Soc. d'acclim. par M. Brunet, de Bahia ; Bull. Soc, d’acclim., 1876, 3° série, t. III, p. 192. — Raveret- Wattel; rapport sur les Mélipones ; Bull. Soc. d’acclim. 1875, 3° série, (IN pe 792.

GENRES

MELIPOXA. Iliger. — Langue variable de longueur, soit de la longueur du palpe labial, soit considérablement plus longue; palpe labial de quatre articles, le premier deux fois aussi long que le second, les deux articles apicaux petits et placés sur le côté du second article vers le sommet ; palpes maxillaires d'un seul article, indistinct dans beaucoup d’espèces; mandibules non dentées ; ailes d’un cinquième plus courtes que le corps, à nervures transverses fréquemment

oblitérées ; ailes antérieures avec une cellule radiale et deux cellules eubitales, la première carrée, recevant la première nervure récurrente, la seconde s’étendant vers le sommet de l'aile; dans quelques espèces une fausse nervure ou pli, formant en apparence une petite seconde cellule cubitale incomplète ; pattes postérieures de longueur ordinaire, ayec les jambes dilatées; abdomen convexe en dessus et oblong,

L'espèce de Mélipones la plus intéressante est M. scutellaris, Latr, du Brésil, notamment des provinces de Bahia, de Rio-Janeiro, etc,

Nous représentons pl. LXIX, fig. 8 le mâle, 8 a, patte postérieure de l'ouvrière, 8 b, patte postérieure de la femelle. C'est l’'Urussu ou Abeja urussu des Brésiliens. Tout à fait inoffensive pour l’homme, cette espèce est à peu près la seule qui soit soumise au Brésil à la domestication, car elle produit beaucoup de miel et de la meilleure qualité. Elle s'élève fort bien dans des caisses de bois, en forme de parallélépipède, comme on a pu le voir au Muséum en 1863, où l'on conserva les insectes vivants dans une de ces ruches jusqu'aux premiers froids du mois d'octobre. Des colonies de cette Mélipone ont été montrées au publie en 1874 au Jardin d’acclimatation du bois de Boulogne et à l'Exposition des insectes aux Tuileries, et enfin chez M, E, Drory, à Bordeaux, de 1873 à 1876.

L'ouvrière de M, scutellaris a une longueur de 12 mm. avec une largeur maximum de 5, au thorax. Les antennes sont d’un roux ferrugineux un peu brunâtre, et ont la même couleur chez la femelle et le mâle, les mandibules à l'extérieur mi-partie brunes et d’un jaunâtre pâle. Le chaperon est noirâtre, avec une ligne jaunâtre au milieu, et bordé antérieurement de jaunàâtre. Les yeux sont d'une couleur verdâtre, chez les sujets vivants. Le fond de la couleur du corps est noiràtre, ainsi que celle des pattes. Le thorax est richement garni en dessus de poils d'un fauve doré, et en dessous beaucoup plus pâles ; l’écusson est jaune, roussàtre, le reste du thorax étant noir brunâtre. Le dessus de l'abdomen est presque noir, avec une raie livide ou d’un gris jaunûtre et très-pàle, sur le bord postérieur des cinq derniers anneaux. Les corbeilles des jambes postérieures sont très-larges et profondes, plus accusées que dans le genre Apis, le plus souvent noires, à fond jaunàtre chez certains individus. Les pattes, surtout les postérieures, et le bout de l'abdomen, sont hérissés de poils noirs. La femelle vierge de M. scutellaris est plus petite que l’ouvrière, sa longueur étant de 9 à 10 mm., la largeur du thorax 4; la couleur brune prédomine beaucoup plus chez elle. Le chaperon et le front sont à peu près comme chez l’ouvrière, les yeux sont bruns, le thorax a les poils fauves moins longs et son écusson d'un brun noirâtre, comme le reste, les raies postérieures blanchâtres des anneaux de l'abdomen à peine sensibles. Les jambes sont plus effilées et les postérieures manquent tout à fait des corbeilles à pollen. La femelle fécondée devient un véritable monstre à côté de

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celle-ci ; tandis que, chez la mère-Abeille, après la fécondation, l’abdomen s’allenge seulement et n'offre qu’une différence de largeur peu sensible, cette région prend de l'extension en tous sens chez la mère- Mélipone, dont les œufs sont bien plus grands que ceux de l’Abeille. Elle est tout à fait comparable aux Cantharides fécondées et, avec bien moins d'exagération toutefois, aux femelles fécondées des Termitiens. Les anneaux sont tellement tendus que la peau blanche qui les relie devient plus large que les anneaux eux-mêmes; il semble alors que le dessus de l’abdomen est blanc avec des raies brunes, le dessous étant presqu'entièrement blanc. Cet énorme abdomen est très-lourd pour ce petit insecte, qui ne peut. se mouvoir que lentement, maintenu forcément sédentaire dans le nid, et semblant aider sa marche pénible en agitant ses ailes. Le mâle, qui est rare, est intermédiaire de taille entre l'ouvrière et la femelle vierge, a une longueur de 11,5 mm. et une largeur thoracique de 4,5. Il ressemble fortement à l’ouvrière, mais a un article de plus à l'antenne et n'a que des corbeilles à l’étatrudimen:taire et peu accusées. On le reconnaît tout de suite, surtout s’il est vivant, à sa face et à son front blancs. Il a Le chaperon et le front d'un blanc jaunàtre, avec deux lignes noirâtres, une de chaque côté du chaperon. Les yeux, réniformes et plus développés que chez la femelle et l’'ouvrière, sont d’un ferrugineux foncé. Les mandibules sont bien moins fortes que chez l'ouvrière, la lèvre notablement plus étroite, avec les angles accusés et non arrondis ; tout le corps est plus étroit, L'écusson est jaune, comme celui de l’ouvrière.

Le nid de M. scutellaris est construit selon le type général que nous avons indiqué pour les Méliponites. Les ouvrières sont seules chargées de façonner les gâteaux à couvain et les amphores à provisions, de récolter la nourriture, de préparer les cellules destinées à recevoir l'œuf de la mère, d'y renfermer les aliments nécessaires et de les operculer aussitôt après la ponte, de nettoyer la ruche et d'en mastiquer les trous et les fentes avec de la propolis, substance que les Méliponites recueillent comme les Apites sur différents végétaux et qu’elles semblent souvent mêler à leur cire. La propolis de la mélipone scutellaire ressemble beaucoup aux exsudations à demi coagulées des diverses espèces de Ficus, d’Artocarpus, de Clusia, etc., et, d'après M. Brunet, on en voit souvent des gouttelettes aux piliers inachevés destinés à supporter les outres à miel.

Le couvain est pondu dans des alvéoles hexagonales, verticales, ouvertes seulement en haut quand elles sont vides, constituant des étages horizontaux superposés, de gâteaux orbiculaires, dont le diamètre se rétrécit de bas en haut, maintenus adhérents par des bandes de cire aux feuillets qui enveloppent extérieurement le nid à eouvain. Ces gâteaux sont aussi attachés par un côté contre une des parois internes de la ruche. L'étage le plus bas repose sur de très-fortes et trèsépaisses colonnes, fixées au fond de la ruche, et les feuillets de cire de

l'enveloppe labyrinthique s'appuient aussi sur ce fond, en laissant de distance en distance des passages assez grands pour permettre aux ouvrières de sortir les cadavres des jeunes insectes mal développés, qui ont été jetés hors des cellules. Les Mélipones construisent leurs étages avec une rapidité surprenante. Quand un étage est relié par des bandes de cire à l'enveloppe labyrinthique, elles commencent à édifier au milieu de l'étage supérieur une petite colonne de cire, dont la base est placée sur un angle formé par les cloisons verticales des cellules, afin de permettre aux jeunes insectes de sortir de leurs berceaux. Cette colonne d'environ 5 mm. de hauteur établie, la construction de la cellule commence. Elle a d’abord la forme d'une calotte de gland; puis elle s'élève avec le même diamètre, de plus en plus, jusqu'à ce qu’elle ait atteint la hauteur voulue, 12 à 13 mm. environ. La première cellule est à l’origine complétement ronde et ne reçoit sa forme hexagonale que lorsque d’autres cellules sont construites près d'elle ; c’est le même fait que nous a offert la confection des alvéoles des Abeïlles. En deux ou trois heures six ou huit cellules sont terminées, munies d'œufs et operculées, et cinq ou six ouvrières seulement ont suffi à cette opération. Pour ce travail elles courent çà et là et reviennent vite, tantôt apportant un petit morceau de cire entre leurs mandibules, tantôt aidant une compagne, etc. Quand plusieurs cellules sont terminées, les Mélipones construisent d’autres colonnes pour consolider l'étage; elles rendent les faibles plus fortes en déposant de la cire tout autour ; enfin quand l'étage est achevé, qu'il a de huit à dix centimètres de diamètre etqu'il a atteint l'enveloppe labyrinthique de cire, il y est fixé par des attaches. Si les Mélipones ne jugent pas utile de construire un autre étage, elles le couvrent d'une mince couche de cire, en le reliant à l’enveloppe, par une continuation de cette dernière. Tous ces travaux exigent une température élevée.

Les vases qui contiennent le miel et le pollen sont construits en cire et ont 3 à 4 cent. de diamètre chez M. scutellaris, c'est-à-dire la grandeur el aussi la forme, d'œuf de pigeon. Le volume de ces outres est en rapport avec la taille des espèces ; ainsi il se réduit à celui d'un œuf de mésange chez Trigona flaveola. La Mélipone scutellaire construit ses outres sans ordre apparent et avec des dimensions peu régulières. Leur couleur est la même que celle de l'enveloppe labyrinthique du nid à couvain, c'est-à-dire d’un brun clair. Les vieilles outres sont bien plus foncées que celles construites en dernier lieu, Leur nombre est proportionné à la population de la colonie ; elles sont fixées au fond de la ruche sur de fortes colonnes de cire. Il y en a qui sont attachées et adossées les unes aux autres, et on en compte parfois six à sept accolées. Le pollen est solidement empilé dans certaines outres, qui sont hermétiquement fermées aussitôt qu'elles sont remplies. La plupart des vases sont destinés à l'emmagasinage du miel, Les uns sont entièrement pleins et fermés, d'autres presque pleins et munis à la partie supérieure et sur

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le côté, suivant leur position, d'un petit trou, dont la largeur permet à chaque Mélipone d'entrer pour déposer son butin; enfin certains ne sont construits qu'à moitié et laissent voir le miel clair et liquide. Parfois du miel entre en fermentation, un petit monticule de mousse recouvre l'orifice du vase, puis, la fermentation continuant, la mousse tombe par côté et coule le long de l’outre. Les Mélipones savent calculer avec sagacité le poids que pourra contenir et supporter chaque vase, et quelle épaisseur il faut, en conséquence, donner aux parois, aux attaches et aux colonnes. Comme chez les Abeilles, l'économie de matière paraît être leur principale loi.

Si la femelle fécondée, de même que chez les Abeilles, ne tolère pas une autre femelle dans la même condition, elle vit en bonne intelligence avec les femelles vierges de la ruche, ce qui est un fait d'ordre différent; M. Drory a compté une fois treize de ces femelles dans la même ruche de M. scutellaris. Il suppose, mais sans l'avoir constaté par expérience, que ces femelles vierges sont douées de la parthénogénèse unisexuelle, et pondent des œufs de mâles, comme les femelles printanières des Polistes et des Bourdons.

L'appesantissement de la mère fécondée, seule reine du nid, est bien visible quand elle descend d’un étage de couvain à l'autre. Après avoir trainé son vaste abdomen jusqu'au bord du rayon où elle se trouve, elle y penche la tête et Le corselet et s'appuie avec ses pattes sur l'étage inférieur. Dans cette position l'abdomen commence à glisser et tombe tout à coup dans un dernier et léger mouvement de la mère; cette chute ne semble l'avoir fait en rien souffrir, car elle commence aussitôt à agiter ses ailes et à continuer sa marche. Les faits qui concernent la ponte de cette mère unique semblent indiquer des instincts, je dirai presqu'une intelligence, supérieurs à ce que nous trouvons chez les Abeilles. La femelle unique fécondée s'occupe beaucoup plus de sa progéniture que la reine-Abeille. Dès que les ouvrières construisent les cellules à couvain, elle vient inspecter les travaux; quand elle arrive devant une ouvrière, celle-ci s'arrête subitement et s'incline, comme avec respect, devant la mère, qui agite fréquemment les ailes. Elle touche de ses antennes l’ouvrière sur la tête, comme si elle lui donnait sa bénédiction; c'est un ordre ou un encouragement au travail, Dès qu'une cellule est terminée, la mère y grimpe avec difficulté, vu son gros ventre, et plonge au fond la tête et le corselet pour vérifier l'ouvrage. Des ouvrières viennent se placer successivement devant elle, qui les touche des antennes. L’ouvrière, comme si elle avait reçu la permission, plonge aussitôt la tête jusqu'au fond de la cellule, puis en sort et se retire avec célérité, pour aller aux amphores à provisions. Chaque ouvrière qui plonge la tête dans la cellule, y apporte le mélange de pollen et de miel qui servira de pâtée à la larve. De temps à autre la mère constate les progrès de l'emmagasinage, en enfonçant la tête à son tour. Guand la cellule hexagonale est suffisamment

remplie, la mère introduit son abdomen à l'intérieur, et y pond un œuf en forme de gourde, ayant environ 3 millim. de long sur 1"",25 de large, d’un blanc un peu bleuâtre, reposant verticalement sur le fond de pollen, et entouré d'une couche superficielle de miel liquide. Elle se retourne pour voir si l'œuf est bien placé, et recommence son .manége à la cellule voisine. Aussitôt la ponte opérée, une ouvrière se précipite dans la cellule pour façonner l’opercule de cire protecteur. Elle introduit son abdomen à l’intérieur, entre la paroi et l’œuf central, puis tourne tout autour en mordant le bord élevé, afin de l’aplatir en couvercle. Elle semble faire avec l'abdomen, en dedans, le contrecoup de la pression que les mandibules exercent au dehors, à la façon du chaudronnier qui rive extérieurement, pendant que son aide fait le contre-coup en dedans. Quand l'orifice de la cellule est devenu trop étroit pour qu'elle continue ainsi, elle retire son abdomen et achève de boucher le petit trou qui reste avec ses mandibules et ses pattes antérieures.

L'élevage du couvain présente une différence capitale comparativement à ce qui se passe chez les Abeïlles. La pâtée, mesurée de la manière la plus exacte pour le développement complet de la larve, est déposée à l’avance par les Mélipones, comme le fait la mère unique chez les Mellifiques sociaux, Xylocopes, Osmies, Anthophores, etc., de sorte que les ouvrières operculent immédiatement après la ponte de l'œuf et n’ont pas à nourrir la larve, tandis que l’œuf de la mère des Abeilles, étant pondu dans une cellule qui n’a reçu ni miel ni pollen, la larve doit être alimentée jour par jour par les ouvrières, qui ne mettent l’opercule qu'après l’évolution complète du ver, prêt à subir la nymphose.

Par une autre différence d'avec les Abeilles, les cellules de A, scutellaris ne servent qu'une fois seulement. Quand les jeunes insectes sont sortis des cellules, M. E. Drory a observé que les cloisons médianes verticales disparaissent au fur et à mesure de l’éclosion, le fond seul restant, sur lequel l'empreinte hexagonale des cellüles est encore très-distinctement visible. Peut-être les ouvrières ont-elles enlevé les parois verticales afin d'utiliser ailleurs la cire, peut-être les insectes naissants les rongent-ils?

La ruche de M. scutellaris à son entrée défendue avec soin; une sentinelle est toujours placée à l’orifice qui donne accès au boyau de cire conduisant au nid à couvain, et, derrière elle, dans le couloir, se tient constamment un poste nombreux de gardiennes. Pendant les heures de travail actif au dehors, la même sentinelle reste fort peu de temps en faction, bientôt elle part pour aller butiner, et se trouve immédiatement remplacée par une autre. Aux heures de repos, au contraire, la même sentinelle monte quelquefois une garde de longue durée. Dans la ruche placée en 1874 au Jardin d’acclimatation, une précaution supplémentaire était prise. Non-seulement le soir, mais

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même pendant la journée, quand le travail des ouvrières venait à se ralentir par une cause quelconque, l'ouverture de la ruche était aussitôt fermée par une muraille de cire brune, grenue et peu consistante, d'au moins 5 millim. d'épaisseur, muraille dans laquelle les ouvrières attardées étaient obligées de se pratiquer un passage pour rentrer. Venait-on à perforer ce mur à l’aide d’une pointe, aussitôt la brèche se couvrait de travailleuses, qui s'empressaient de la fermer.

Un grand nombre de faits montre que les Mélipones voient mieux et plus latéralement que les Abeilles. La sentinelle sort la tête hors du trou, agitant continuellement les antennes et remuant la tête de côté et d'autre. J'ai vu, en approchant le doigt, qu'elle le suit dans ses mouvements, tournant toujours de son côté, ce que ne fait pas la sentinelle de l’Abeille, qui ne voit pas aussi loin, seulement de face et non de côté. Autant de fois on approche le doigt, autant de fois la Mélipone fait un mouvement de recul; car elle est craintive, se sentant désarmée. Si on l’agace avec une paille, elle la saisit à la facon du Grillon.

Quand une Abeille irritée s’élance sur vous, on l’évite aisément si on se baisse ou si on fait un brusque mouvement de côté; il n’en est pas de même de la Mélipone, qui ne cesse de vous voir et de vous suivre. Lorsque les Abeilles rentrent des champs à ia ruche, chargées de butin, elles volent en ligne droite vers le trou [d’entrée, arrivent en hâte à leurs rayons pour déposer leur charge précieuse, et s’envolent aussitôt pour un nouveau labeur. La Mélipone qui rentre à la ruche a, au contraire, un vol léger et peu bruyant, analogue à celui de la Guêpe. Elle reste en l'air immobile pendant quelques secondes, à 25 ou 30 centimètres de distance, puis se jette précipitamment en haut ou en bas, ou bien de côté, en tenant les antennes droites et divergeantes, puis se rapproche tout à coup du trou d'entrée, et plonge brusquement dans l'habitation, la sentinelle s'écartant, vu l’étroitesse de l'orifice. Quand on change de place une ruche d’Abeilles, celles-ci, avant de s'envoler définitivement, font de nombreux circuits autour de la ruche, afin de la bien reconnaitre. Dans le même cas, au contraire, c'est à peine si les Mélipones font un léger circuit; elles partent presque du premier coup, se confiant à une vue meilleure pour retrouver la place de leur habitation. C’est ce qu'a bien des fois constaté M. G. de Layens, qui donnait ses soins à la ruche de M. scutellaris à l'Exposition des insectes de 1874, et la mettait presque chaque matin à une place différente, Il a vu aussi, en leur présentant le miel qui servait à les nourrir, que les Mélipones restent en cercle tout autour et ne s’engluent pas, tandis que, en pareille circonstance, les Abeilles, plus gloutonnes ou moins intelligentes, ne tardent pas à s'empêtrer les pattes et à se noyer dans le miel, si on ne le recouvre pas avec de la paille. Un bon moyen de nourrir les Mélipones, quand les fleurs manquent au dehors, c'est de mettre du miel dans les amphores de leur ruche.

Dans le nid de Y. scutellaris vit un Coléoptère parasite que j'ai fait

connaitre sous le nom de Scotocryptus meliponæ, d'un noir bleuâtre très-brillant quand il court à l’état vivant dans le nid, rigoureusement trimère à tous les tarses (Ann. Soc. entom. Fr., 1874, p. 574, avec fig. dans le texte). Il parait se nourrir de détritus et d’excréments de Mélipones, régime qui se rapporte bien à la place que je lui ai assignée dans les Silphiens, non loin du genre Catops (voir t. 1, p. 353). Comme cet insecte est complétement aveugle et aptère, je suppose que les très-petites larves s'attachent aux poils des Mélipones qui essaiment, de sorte que l'espèce parasite des nids est ainsi transportée dans une colonie nouvelle. On consultera avec intérêt, pour l'histoire de M. scutellaris : E. Drory; quelques observations sur la Mélipone Scutellaire, br. in-8°, Bordeaux, 1872; Rucher du Sud-Ouest, 1873, p.44, 59, 64, 90, 104.

Une autre espèce de Mélipone également fort intéressante en ce qu'elle peut s'élever en domesticité, se trouve à la Havane et au Mexique. C'est la M. fulvipes, G. Mén., pl. LXIX, fig. 6 femelle, 6 a. ouvrière, 6 b. sa bouche développée, 6 c. extrémité d'un palpe labial, 6 d. paraglosses vus en dessous, 6 e. mâchoire, 6 f. sa base, pour montrer que le palpe est atrophié, 6 g. extrémité de la languette, 6 h. antenne de l’ouvrière, 6 i. id. de la femelle, 6 k. tarse postérieur de la femelle, 6 1. id. de l’ouvrière. L’ouvrière, longue de 40 mm. a les pattes de couleur fauve pâle, caractère qui donne le nom à l'espèce. La tête est noire, avec ses appendices fauves, le chaperon avec une ligne fauve au milieu, et un peu de jaune contre les yeux, le tout muni d’une pubescence cendrée. Le corselet est noir, avec le bord de l’écusson jaune ; il est couvert en dessus de poils jaunâtres, avec une houppe de poils fauves aux angles antérieurs et en arrière. l'abdomen, ayant à la base des poils d’un jaunâtre pâle, est noir, avec tous ses segments, dessus et dessous, bordés de jaune. L'anus est jaune. Les ailes sont hyalines, avec la base teintée de jaune fauve, et leurs nervures, ainsi que l’écaille basilaire, sont d’un fauve un peu brunâtre. Tout le dessous du corps est garni de poils d'un cendré jaunâtre. La femelle, longue de 9 mm. a les ailes très-courtes et l'abdomen plus allongé que chez l’ouvrière, tout le devant de la tête étant d'un brun jaunâtre pâle, ainsi que les antennes et les mandibules. Tous les poils de la tête, du corselet et de l’abdomen sont d’un cendré jaunàtre. L’abdomen est d’un brun noiràtre, avec la bordure de chaque segment d’un jaune pàle fondu avec la couleur du foud et le dessous est entièrement testacé ; les pattes sont d'un jaune fauve plus pàle. Une ruche de cette espèce, logée dans un tronc d'arbre artificiellement creusé, existait dans le pavillon consacré à la Havane, à l'Exposition universelle de 1867, à Paris. Des ruches analogues se font au Mexique (1), avec des troncs de bois, de

(1) P. Huber, Notice sur la mélijone domestique, Abeille domestique mextcaine ; mém. Soc. de phys. et hist. natur. de Genève, 1839, t, VI, p. 1, (C’est très-probablement l'espèce Havanaise de Guérin-Méneville.)

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60 centim. à 1 mètre de longueur sur 25 à 30 centim. de diamètre, creusés intérieurement et fermés aux deux extrémités par des portes cylindriques cimentées au bois, mais susceptibles d'être enlevées à volonté. Pour remplacer ce lourd appareil, quelques personnes font usage de ruches cylindriques en terre cuite, ornées d’anneaux et de figures en relief, de façon qu'elles servent comme d’embellissement à la façade de la maison où elles sont suspendues par des cordes partant du toit, l'axe du cylindre étant alors horizontal.

Sur un des côtés de la ruche est pratiquée une ouverture juste assez large pour laisser passer une Mélipone chargée de son butin; cette ouverture représente communément une bouche humaine ou quelque monstre. Elle est entourée d'une protubérance de terre qui lui fait un abri pour empêcher la pluie de pénétrer dans l'intérieur de la ruche. Là se tient continuellement en faction une Mélipone dont l'office est très-pénible ; car, vu la petitesse de la porte, elle est obligée de se retirer de côté chaque fois qu'il plait à une Mélipone d'entrer dans la ruche ou d'en sortir. On dit que, en faisant une marque à la sentinelle, on s’est assuré que la même Mouche restait en faction durant tout le cours de la journée.

La disposition intérieure de la ruche reproduit à peu près ce que nous connaissons de la Mélipone scutellaire pour le nid à couvain ct les amphores à miel, de couleur brune, à parois molles, légèrement translucides, de la grosseur d’une forte noix, de forme arrondie, mais assez irrégulières, polyédriques par accolement à l'intérieur, avec les fonds pyramidaux destinés à ménager la cire, partout où trois fonds se rapprochent. On sait, d’après les renseignements recueillis à Tepec ou Tampico, que ces Mélipones sont fort douces, et couvrent, sans piquer ni mordre, les mains et la figure des personnes qui enlèvent le miel. Les ruches artificielles sont perpétuelles dans la ville de Tampico, et il y en à qu on sait exister depuis plus d'un siècle. Les ruches naturelles se trouvent toujours dans lestroncs d'arbres et jamais dans la terre. Ce n'est pas par essaimage volontaire qu’on forme une ruche artificielle. On met dans une ruche neuve un morceau de gâteau contenant du couvain et une poignée de Muuches : cela semble bien indiquer que les Mélipones savent, au besoin, développer des mères artificielles, probablement par une pâtée spéciale. Quelquefois ces Mélipones essaiment et prennent possession de trous dans les murs des maisons, ou s'envolent dans les bois. A une certaine saison, elles jettent dehors beaucoup d'insectes tués, comme les faux-bourdons en Europe, et ces Mouches tuées ont la même grosseur que les autres. Les plus grands froids de la contrée ne font aucun mal à cès Mélipones. Les Fourmis et les Blattes sont leurs ennemis les plus redoutables, Quand ces insectes entrent dans la ruche, les Mélipones la quittent jusqu'à ce qu'on les en ait débarrassées, ce qu'on fait en les relirant à la main.

Ces ruches artificielles sont très-communes et les habitants de la cam- GIRARD. 11, — 46

pagne en tirent beaucoup de miel. Quand on juge, au poids de la ruche, qu'elle est remplie, on enlève la pièce du fond et l’on fait la récolte. Une forte ruche artificielle produit environ 13 à 14 kilogr. par an d’un miel répandant un parfum aromatique et d’une saveur agréable, très-liquide quand on le retire de la ruche, mais granulant avec le temps. La cire de la Mélipone mexicaine est d’un brun rougeâtre, se ramollissant dans la bouche et s’attachant aux dents comme la cire ordinaire. Elle fond de 62° à 65° centigr. (la cire d’Abeilles à 63°); fondue et refroidie, elle a à peu près le poidsspécifique de l’eau, et se blanchit, comme la cire ordinaire, par le chlore et l’acide sulfureux, On ne sait pasla blanchir dans le pays, où elle sert à faire des cierges pour le bas peuple, dans les processions et autres circonstances.

Une particularité à noter, c'est que, dans une ruche de cette espèce envoyée à P. Huber, les plateaux horizontaux à couvain, analogues à ceux des Guêpes, d'aires décroissantes et liés ensemble par des piliers de cire brunâtre, offraient des cellules accolées, cylindroïdes et non hexagonales, qui contenaient des larves ou des nymphes, les parois tapissées d’une soie brune, fermées supérieurement par un mince couvercle de cire. Ces cellules adhèrent les unes aux autres, à la façon des coques de chenilles qui vivent en société. P. Huber fut frappé de la ressemblance de ces cellules avec celles des nids de Bourdons; la cire ressemble aussi à celle des Bourdons, mais avec plus de matière grasse.

Nous pouvons encore signaler quelques espèces de Mélipones pour lesquelles on connaît certains détails de mœurs, mais moins complets et moins étendus que pour les espèces précédentes. A la Nouvelle- Grenade se trouve M. fasciata, Latr., aussi du Brésil (Voyage de Humboldt et Bonpland, I, p.277 et suiv.), dont les nids, attachés aux arbres, sont globuleux, un peu allongés, à parois formées de plusieurs couches d’une matière résineuse, cassante, de couleur noirâtre, beaucoup plus épaisses à la partie supérieure que dans le reste du pourtour. Le dôme a quelquefois une épaisseur de à à 6 centim.; au centre sont les gâteaux à couvain, formés d’un seul rang de cellules hexagonales : il ÿ en a jusqu’à douze superposés, avec des piliers de support intercalaires. Supérieurement et sur les côtés, entre les gâteaux et les parois de l'enveloppe, sont les magasins en alvéoles ovoïdes, isolés ou groupés en sortes de stalactites, celles du haut contenant du pollen à divers états de fermentation, celles du bas renfermant du miel. Parfois les loges à miel sont pêle-mêle avec les loges à pollen. Les insectes pénètrent dans la ruche au moyen d’un tube de cire à peu près cylindrique et plus ou moins long, aboutissant d'ordinaire à la portion supérieure et sur le côté. Le miel de M. fasciata à l'apparence d'un sirop épais d'un jaune verdâtre et d’un goût très-agréable. Une bonne ruche, dit Goudot, en a fourni trois litres, sans compter celui qui s'était perdu par déchirement des amphores, au moment de la chute de l'arbre. A la Nouvelle-Grenade, il n'y a pas d'hiver; mais comme, à deux époques

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de l’année, les plantes ont beaucoup moins de fleurs, les Mélipones sont forcées de se faire une réserve, pour ne pas souffrir de la disette. C’est aussitôt avant ces deux époques, c’est-à-dire en mai et avril, puis en octobre et novembre, que les coureurs de bois vont chercher le miel dans les forêts.

Nous citerons, parmi les Mélipones brésiliennes : M. marginata, L. St-F., ou Urussu mirim, plus petite que M. scutellaris, et M. postica, Latr., à abdomen jaune, tranchant sur le reste du corps, qui est foncé. C'est la Timba amarella (jaune) des Brésiliens, dont le tunnel de cire se continue à l'extérieur de la ruche, à l'entrée, en forme d’entonnoir droit, ainsi que je l'ai constaté en 1874 sur une ruche de cette espèce au Jardin d’acclimatation. Cette petite Mélipone se jetait sur l’observateur avec colère, sans faire de mal du reste. La A. atratula, Nlig., ou muscaria, Gerstäcker, vulgairement Timba preta (noire), offre l'enveloppe de cire qui revêt le nid percé d’un très-grand nombre de trous. La M. geniculata (Mus. berol.), ou Inhati mosquita (cire, petite Mouche), offre son nid entièrement enveloppé d’une couche de cire, sans aucune fissure par où puisse pénétrer le plus petit insecte. Ce nid a l'aspect d'une sorte de sac, n’offrant que la seule ouverture par où entrent et sortent les Mélipones, ouverture fermée du reste la nuit par une mince cloison de cire. M. Salzedo, qui a observé cette espèce en Colombie, dit qu’elle est plus petite que M. scutellaris, vit en ruches plus nombreuses, produit un miel plus abondant et plus léger et une cire jaune pâle. « Cette Abeja, continue M. Salzedo, le seul être sans doute qui, de même que l’homme, ferme la porte de sa demeure le soir et l’ouvre au point du jour, observe en tout temps une grande prudence. Dans le jour, lorsque l'entrée de la ruche est ouverte, de nombreuses sentinelles en surveillent les abords ; les ouvrières, qui vont et viennent incessamment, ne peuvent passer sans se heurter, en quelque sorte, à ces vigilantes gardiennes.» La M. bilineata, Say, nommée Urussu mumbuca, est presque de la taille de 47. scutellaris ; nous avons vu que cette espèce sécrète la cire sur le dos. Son nid est attaqué normalement, c'est-à-dire dans son pays d’origine, par une Gallérie bien plus petite que notre Galleria grisella, mais dont je n'ai vu que des sujets frottés, non déterminables. Elle construit un amas de cocons, de soie mêlée de cire, cocons oblongs, déprimés, accolés les uns contre les autres, et dont la chrysalide se hisse en entier au dehors, à la façon de celle des Sésies.

SRIGONA, Jurine. — Langue lancéolée, ordinairement de la même longueur que le palpe labial, rarement plus longue. Palpes labiaux de quatre articles, le premier article deux fois aussi long que le second, les deux apicaux petits; palpes maxillaires indistincts. Mandibules quelquefois dentées, plus fréquemment non dentées. Antennes du mâle de treize articles, de l’ouvrière de douze. Ailes plus longues que le corps, les supérieures avec une cellule radiale allongée et

deux cellules cubitales, la seconde s'étendant vers le sommet de l'aile ; dans quelques espèces une petite seconde cellule cubitale faiblement indiquée ; les cellules cubitales rarement complètes, ordinairement plus ou moins non tracées, quelquefois toutes oblitérées. Pattes postérieures allongées, avec les jambes aplaties et dilatées. Abdomen court, subtrigone, carèné médianement en dessous,

Les Trigones, dont la taille est d’une manière générale plus petite que celle des Mélipones, ont d'ordinaire un miel plus aqueux et moins estimé dans les pays où existent les deux genres, une cire mêlée d'une plus forte proportion de matière résineuse, plus noire et moins abondante comme quantité. Les nids sont souvent plus peuplés que ceux des Mélipones et.contiennent des milliers d'individus; ils sont placés le plus habituellement dans des arbres creux, quelquefois maçonnés avec de la terre, et enfin, parfois aussi, placés dans des cavités du sol.

Nous représentons comme type du genre une espèce rapportée de Bolivie par A. d'Orbigny et nommée Trigona Orbignyi, G. Mén. pl. xx, fig.7), longue de 8"%,5, Le corps est noir; le labre fauve, ainsi qu'une tache de cette couleur à la base des mandibules. Les poils du front et du vertex sont d'un brun noirâtre et ceux du corselet d’un jaune fauve. L’abdomen est court, triangulaire, noir, glabre en dessus, le premier segment ayant deux petites taches jaunes latéro-postérieures, ces taches plus grandes sur les segments 2 et 3, mais laissant au milieu un large espace noir, tandis que les segments 4 et 5 ont une bande jaune non interrompue, un peu échancrée en arrière et avec un petit trait noirâtre au milieu ; l’anus noir. Le dessous du corps est noir avec un duvet gris jaunâtre. Les ailes sont transparentes, très-légèrement teintées de jaune vers leur base. Les pattes sont noires, à poils noirs, avec une tache d'un brun fauve à l'extrémité des jambes postérieures et sur le premier article de leurs tarses. Nous avons quelques renseignements sur les mœurs d’une autre espèce de Trigone, trèscommune à la Guyane, au nord du Brésil et à la Nouvelle-Grenade, T. Amalthea, Oliv. Elle a été observée à Cayenne et à Surinam par le D: Renaud. Les ouvrières, dont le corps n'a que 5 millim. de long, vivent en sociétés très-nombreuses et se construisent au sommet des arbres un nid dont la grandeur varie en raison de la population et dont la forme se rapproche de celle d'une cornemuse. Les nids ont ordinairement de 50 à 55 centim. de long sur 20 à 30 de diamètre. Ils ressemblent à une grosse motte de terre appliquée contre l'arbre. Les amphores à miel sont très-grandes, vu la petitesse du corps de l’insecte, ayant environ 25 millim. de long sur 42 à 14 de large. Le miel est très-doux, fort agréable et très-fluide, de couleur roussâtre obscure. Il est si aqueux, qu'il fermente peu de temps après avoir été retiré des outres. Il fournit alors une liqueur spiritueuse très-aimée des indigènes, et assez bonne au goût quand elle n’est pas vieille. On ne peut

TRIGONA. 725

conserver ce miel qu’en le faisant cuire à la consistance de nos sirops, afin d'en séparer l’eau et l'acide surabondants, la cire est d’un brun obseur. On met le nid vide de miel dans une terrine de terre. La cire fond comme la nôtre à un feu très-modéré; on a tenté vainement de la blanchir. Les indigènes trempent dans cette cire, lorsqu'elle est fondue, de longues mèches de coton, les laissent refroidir, les roulent et s’en font des bougies très-menues avec lesquelles ils s'éclairent, A la Nouvelle-Grenade, Goudot a vu que cette Trigone dépose un enduit de boue à la surface des vieilles murailles de terre, qu'elle perfore pour sy établir. Une autre espèce, longue de 6 millim. et qui existe aussi au Mexique, T. meæicana, G.-Mén., s'établit entre des racines vermoulues ou dans de grands amas de détritus végétaux qui se rencontrent dans les embranchements des vieux arbres. Aussi les habitants donnent à ces deux espèces le nom d’Abeilles malpropres (Abejas vasureras), et estiment peu leur miel. Au contraire ils recherchent pour sa bonne qualité le miel de T. fulviventris, G.-Mén., qui niche dans les creux d'arbres cariés: cette espèce, qu'on rencontre aussi au Mexique, a 6 millim., et doit son nom à son abdomen entièrement fauve et glabre. Signalons encore, parmi les espèces américaines, T. angustula, Hlig., la Moça branca (fille blanche) des Brésiliens. C’est dans la ruche de cette espèce, élevée par M. Drory, que j'ai vu le boyau d'entrée le plus considérable, flexueux et contournant tous les angles de la boite. Le T. cilipes, Latr., du Brésil, présente la femelle fécondée avec un abdomen des plus gonflés; il y a des ouvrières à dos blanc, d’autres à dos marron, et enfin d'autres à dos gris. Le couvain de cette petite espèce est très-irrégulier, en forme de grappe ou de réseau, et non entouré, comme à l'ordinaire, d’une enveloppe labyrinthique de feuillets de cire. Les mœurs les plus singulières, parmi les Trigones des environs de Bahia, sont celles de T. crassipes, Latr. Cette espèce établit toujours ses cellules à couvain dans le creux d'une termitière, vivant pacifiquement au milieu de Termites dont la taille est à peu près celle de notre Termes lucifugus, Rossi, des Landes et des Charentes. Les termitières à T. crassipes sont souterraines et de terre maçonnée autour des racines d'arbres; les Hyménoptères les entourent de cire et de propolis.

Nous connaissons encore beaucoup moins les Trigones de l’ancien monde que celles de l'Amérique. Elles paraissent plus farouches et ne semblent pas avoir été l’objet de tentatives régulières d'exploitation par domesticité. Il y en a plusieurs espèces en Australie, ainsi T. carbonaria, Smith. Elles vivent dans les creux d’arbres, notamment des Eucalyptus, et M. Thozet en a recueilli deux espèces à Muellerville, près de Rockhampton (Queensland). On voit souvent en Australie les Abeilles devenues sauvages et les Trigones vivre à côté les unes des autres, parfois dans la même cavité d'arbre, séparées par une simple cloison de terre glaise. Quand une des deux colonies vient à perdre son

couvain, elle ne manque pas de s’en prendre à la colonie voisine, et aussitôt s'engage un combat, qui ne finit d'ordinaire que par la destruction complète dune des deux populations. Les petites Trigones noires indigènes ne luttent pas toujours trop désavantageusement contre la grosse Abeille d'Europe. Elles s'efforcent de se tenir constamment au-dessus d'elle, pour éviter son terrible aiguillon, et, lui coupant les ailes avec leurs fortes mandibules, la mettent ainsi hors de combat.

Le miel des Trigones d'Australie est d’une saveur très-fine, plus agréable que celui de lApis mellifica acclimatée, et dont on trouve de nombreux essaims sauvages dans les forêts. Les indigènes sont trèsfriands du miel des Trigones, et comme les nids sont bien cachés et fort difficiles à découvrir, ils suivent ces insectes qui butinent sur les fleurs, particulièrement celles des Hibiscus, qu'ils aiment beaucoup; en leur attachant un petit plumet de coton, ils peuvent suivre au vol la Trigone et voir oùest l'entrée du nid qu'elle regagne ; l'indigène monte après l'arbre et recueille miel et cire. J'ai vu plusieurs échantillons de ces cires australiennes brunes et plus ou moins mélangées de matières résineuses. La collection du Muséum possède une Trigone rapportée du Bengale par Duvaucel. On cite T. vidua, L. St-F., des Indes et de Timor; T. iridipennis, Smith, de Ceylan; T. nebulata, Smith, de l'Afrique australe. Schimper a rapporté d’Abyssinie une Trigone étiquetée abyssinica dans la collection du Muséum. Enfin une Trigone de Tasmanie figurait parmi les envois de ce pays à l'Exposition universelle de Paris en 1855.

Bombites, — Corps large et poilu. Ocelles disposés en ligne transverse. Yeux glabres, tandis qu'ils sont poilus chez les Apites, et bien distants de la base des mandibules, ce qui produit l'existence de joues larges. Antennes géniculées, filiformes, plus longues que la tête, le second article plus court que le troisième, presque globuleux, le troisième un peu conique. Antennes des mâles plus longues et plus grêles que chez les femelles et ayant un treizième article additionnel. Labre un peu infléchi. Mandibules des femelles fortes, cannelées extérieurement vers leur sommet qui est dilaté et arrondi, celles des mâles faibles et à bout bidenté. Palpes maxillaires courts, à peine articulés; langue longue, cylindroïde, pas beaucoup plus longue que la tête quand elle est pliée ou au repos, ayant environ la longueur du corps dans l’action. Palpes labiaux de quatre articles, les deux premiers grands, comprimés en valves, les deux apicaux petits et latéraux au bout du second; paraglosses courts, larges, arrondis au sommet. Aïles supérieures ayant un stigma très-court (il est nul chez les Apites), le limbe ponctué, poilu, avec uné cellule radiale assez allongée et trois cubitales complètes. De même que chez les Apites, là première cubitale est inféricurement plus

BOMBITES. — BOMBUS. 121

courte que la seconde, celle-ci recevant la première nervure récurrente vers le milieu, la troisième cellule cubitale, rétrécie comme la . deuxième vers la radiale et recevant près du bout la seconde nervure récurrente; les trois cellules discoïdales complètes. Ailes inférieures incisées à la base et sans lobe basal, tandis que chez les Apites il y aun grand lobe basal. Pronotum élevé postérieurement; hanches intermédiaires un peu distantes, les postérieures rapprochées, mais non contiguës à la base, comme chez les Apites. Jambes postérieures pourvues à leur extrémité de deux épines mobiles ou calcars, qui manquent chez les Apites et les Méliponites. Ongles bifides, munis d’une forte dent, mais d’une pelote courte, tandis que les Apites ont une grande pelote cornée.

Les deux genres qui composent la famille des Bombites ayant chez l’un des ouvrières ou femelles avortées qui n’existent pas chez l’autre, il en résulte des différences capitales dans les mœurs, qui obligent de séparer complétement leur histoire biologique. On consultera pour l'étude spéciale des Bombites : A. D. Dahlbon, Bombi Scandinavie monographice tractati et iconibus illustrati (dissert.). Berlin, 1832. — Drewsen et Schiüdte, Fortegnelse over de Danske Arter af Slægterne Bombus og Psithyrus (Les Bombus et Psithyrus du Danemark).— H. Kroyer, Naturistorik Tidjskrift (Journal d'histoire naturelle). Copenhague, 1838- 1839, t. IT, p. 105 à 126. — A. Gerstäcker, Beitrage zur nüheren Kenntniss eèniger Bienen Gattungen, in Stettin entomol. Zeitung, 1869, p. 137 et 515 (Contributions à la connaissance détaillée de quelques genres d’Apiens). — C. G. Thomson, Hymenoptera Scandinaviæ, t. IT (Apis, Linn.). Lund, 1872. Ces deux derniers travaux s'appliquent en outre aux Apiens en général.

Les espèces des deux genres actuellement décrites dans les auteurs ne sont pas loin d'atteindre une centaine, mais elles sont surchargées de synonymies, ce qui montre la difficulté et l’incertitude de leur établissement. Je suis convaincu qu'un trop grand nombre de ces espèces sont formées sur des variétés : ainsi les espèces anglaises de la monographie des Apiens anglais de Kirby, et les monograph es scandinaves. C’est dans des groupes de détermination très-difficile, comme celui des Bombites, que les auteurs de faunes locales, souvent privés des comparaisons cosmopolites, sont enclins à élever au rang d'espèces des races locales, et se perdent dans de minutieux caractères de détail.

GENRES

BOMBUS, Latr., Fabr. — Mäles, femelles et ouvrières, — Femelles et ouvrières ayant aux jambes postérieures dilatées une corbeille pollinigère entourée d'une épaisse frange de poils roides; l’article basilaire du tarse postérieur large, aplati, légèrement concave extérieurement, profondément entaillé à la base, de manière à offrir à l'angle supérieur externe une forle dent, le bord externe

cilié de courts poils roides, — Mâle à mandibules densément barbues de poils courbes. Vertex subémarginé postérieurement, labre subémarginé au sommet, Jambes postérieures brillantes, subglabres et souvent un peu concaves au milieu sur le dessus.

Les Bourdons comptent de nombreuses espèces dans l'ancien et le nouveau continent, et qui semblent particulièrement abondantes dans leurs régions septentrionales ; celles de la bordure arctique paraissant . les mêmes pour l'Amérique du Nord et l'Europe. Les régions montagneuses de la Suisse et de l'Allemagne ont fourni quelques espèces nouvelles (A. Gerstäcker, 1869), qui ne sont pas dans le catalogue de Dours, mais qu'on devra rechercher dans nos montagnes de France, D'après Fr. Smith (Catal. Brit. Mus., 1854), le genre Bombus offre près de cinquante espèces d'Europe, en y comprenant la Syrie, le Groenland et la bordure arctique américaine jusqu'à l'ile Sitka, quatorze de l'extrême Orient (Chine, Indes, Java) (1), une dizaine des États- Unis, du Mexique et de la Californie, sept de l'Amérique équatoriale (Colombie, Équateur, Guyane, Brésil), du Chili et de la province de Saint-Paul (Brésil). Je ne connais pas de Bombus signalés dans l'Afrique centrale ni australe, et ce genre ne paraît pas exister en Australie ni à la Nouvelle-Zélande. Les colons de ce pays cherchent à faire venir des Bombus d'Europe, notamment de grosses femelles en hibernation du Bombus terrestris, Linn., transportées dans des appareils réfrigérants; ils espèrent ainsi assurer la fécondation des fleurs du Trèfle incarnat, pour lesquelles la trompe de l’Abeille importée ne parait pas assez longue.

Rien n'est plus difficile que la détermination des espèces de Bourdons. Il faut examiner un nombre considérable d'exemplaires et les comparer, et ce n'est souvent que la visite des nids qui permet de reconnaitre si l’on a affaire à des variétés ou à des espèces distinctes. Ce sont surtout les mâles qui présentent les plus fréquentes variations de couleur, et l’on peut dire qu'on n’a, pour ce sexe, de caractère spécifique bien certain que par les organes sexuels externes, qui changent de forme d'une espèce à l’autre et restent constants dans les sujets diversement variés d'une même espèce. M. C. G. Thomson (op. cit.) a figuré cette armure copulatrice d’un certain nombre d'espèces, et donne à ses pièces les noms de forceps extérieur pour la pince la plus externe, avec cardo, stipes, squama et lacinia pour chaque branche, en allant de la base à l'extrémité, de sagittæ pour la seconde pince plus interne (volselle de L. Dufour), et de spatha pour une pièce unique, basilaire et centrale, placée entre Les stipites des forcipes exteriores. Nous repré-

(1) Fr. Smith, Descriptions... of Hymenopterous Insects from North China, collected, etc.; (Trans. of the Entomol, Soc. of London, new series, 1852-1853,

t. IE, p. 83 et suiv.) — Descriplions of some Hymenopterous Insects from Norhern India. (Ibid., p. 45 et suiv.).

sentons cette armure chez le B. sylvarum, Linn., mâle, pl rxx, (fig. 8: a, cardo ; b, stipes; ©, squama ; A, lacinia; e, spatha ; {, sagittæ).

Les Bourdons ne forment, du moins dans nos climats tempérés, que des sociétés annuelles. Qu'on parcoure, à la fin de mars et au début du mois d'avril, les prairies où commence le gazon, les bois encore dépourvus de feuilles, on y verra voler çà et là, s’il fait du soleil, des Bourdons au corps velu : ce sont tous des femelles et de la plus grosse - faille, chacune dans son espèce. Fécondées en général à l'entrée de l'automne, elles étaient restées engourdies pendant les mois d'hiver dans les creux de vieux arbres, sous des toufles de gazon ou sous quelque autre abri dans une situation sèche. Réveillées par les rayons des premiers soleils printaniers, elles visitent les interstices des pierres et des vieux murs, et les trous creusés par les Mulots, si leur instinct les porte à faire des nids souterrains ; celles des espèces qui nidifient à la surface du sol se glissent sous les amas de mousses ou d'herbe; sèches qui leur semblent propices. On les voit apporter des brins de mousse ou de gazon pour façonner les parois extérieures, en ayantsoin d'établir une longue et étroite galerie couverte à l'entrée, ou un boyau de terre, si le nid est celui d'une espèce cachée sous le sol, afin de rendre l'accès du nid difficile aux insectes ennemis. Il faut toujours qu'un passage étroit conduise à une chambre vide, ovale ou arrondie. Cette mère a des fonctions plus pénibles, exigeant un instinct plus développé que chez la reine des Abeïlles ou des Mélipones. Elle est en effet non-seulement pondeuse, mais architecte et nourrice, se comportant comme une femelle d’Apien solitaire. Elle récolte du pollen et du miel dans les fleurs ouvertes, et forme, avec le mélange de ces deux substances, une sorte de boule dans laquelle elle pond ses œufs, chacun dans un petit trou qu'elle creuse. Cette opération est assez pénible pour elle; elle s'appuie sur son aiguillon projeté au dehors et le long duquel glisse l'œuf. Il éclôt des larves blanches et apodes, trouvant leur subsistauce dans cette boule mielleuse que la mère accroît sans cesse autour d'elles. Ces larves se filent des coques de soie, placées l’une contre l’autre, y deviennent nymphes, puis donnent naissance à des ouvrières ou petites femelles infécondes, qui aident aussitôt la mère dans son travail et ramassent la nourriture des larves futures. Le nid construit par la seule femelle d'hibernation était petit; il est agrandi par les ouvrières, qui augmentent et étendent la voûte de mousse. Il suffit de rencontrer un nid habité et d'y causer quelques dégâts, pour voir les Bourdons au travail ramassant les brins de mousse épars ou allant en chercher dans le voisinage. Chaque individu isolément saisit un brin entre ses pattes postérieures, et le pousse en marchant toujours à reculons. C'est seulement quand les matériaux sont réunis que plusieurs Bourdons agissent en commun pour tisser la mousse. Les ouvrières apportent de la pâtée alimentaire à tous les points faibles de la boule faite par la mère, de manière à lui donner la forme d’une truffe, cou-

verte irrégulièrement de tubercules arrondis ; en outre, de nouvelles boules à larves peuvent être faites. Au-dessous de l'enveloppe de mousse se trouve une couverture de cire, attachée par places à celle de mousse ou de gazon; des brins végétaux sont souvent engagés dans la cire, de sorte qu'on ne peut défaire la mousse ou le gazon extérieurs sans enlever une partie du feuillet de cire.

On observe alors ce qui se passe à l’intérieur du nid. L'étude de la vie sociale des Bourdons est beaucoup moins aisée que celle des Abeilles et de certaines Mélipones, car ils refusent de s'établir dans une boîte à paroi vitrée, et ne reviennent au nid apporté dans le cabinet de l’observateur que si les parois restent bien intactes. On voit dans le nid un ou plusieurs gâteaux irréguliers, formés non de cellules de cire, mais de coques nymphales de soie brune, et coriaces, ovalaires, accoléesles unes contre les autres, de diverses grandeurs et provenant des larves qui ont vécu dans les boules. Ces coques, irrégulièrement adossées, ne sont soumises qu’à la loi d’avoir leur grand diamètre vertical. Les coques encore pleines sont fermées aux deux bouts; celles qui sont ouvertes par le bout inférieur restent vides après la sortie des Bourdons; les nymphes étaient placées la tête en bas. En outre on trouve, par analogie avec les Mélipones, des godets de cire cylindroïdes, toujours ouverts et où les ouvrières déposent un miel très-fin; il leur sert à humecter le pollen qui formera les boules à larves, de couleur brune, s’élevant sur les gâteaux de coques, dans les intervalles de celles-ci, et dont les plus grosses masses sont sur les bords des gâteaux. Elles sont parfois du volume d’une petite noix, pleines d'œufs, de 3 à 4 jusqu’à 30, dit Réaumur, ou de larves. Les gâteaux portent en outre quelques pots à miel pleins d’un miel très-fin.

Réaumur rapporte que les faucheurs qui le fournissaient de nids de Bourdons, connaissent bien ces réservoirs et s'amusent volontiers à les ôter des nids qu’ils ont découverts, pour en boire le miel. Ces gobelets, dont il n'y a qu'un petit nombre par nid, sont placés ordinairement sur le gâteau supérieur, tantôt près du milieu, tantôt près des bords ou sur les bords mêmes, et leur capacité égale celle des plus grandes coques nymphales. Quelquefois un pot à miel s'élève au-dessus du reste du gâteau. Leurs parois, formées d'une cire grossière pareille à celle qui plafonne le nid, sont assez épaisses ; en outre ces godets n'ont jamais la forme hexagonale. Les Bourdons ne cherchent pas à ménager la cire ; leurs colonies sont une dégradation considérable de celles des Apites et des Méliponites. Lorsque les larves ont filé leurs coques dans l'intérieur de la masse de pâtée où elles ont vécu, les ouvrières enlèvent à l’entour tout ce qui reste de cette pâtée recouvrant les coques, afin de l’'employer ailleurs à former de nouvelles masses de cette matière, où de nouveaux œufs pourront être déposés.

La mère ne fait plus que pondre après l’éclosion des ouvrières devenues architectes et nourrices. À une époque mal précisée, différente

selon les espèces, elle pond des œufs de mâles et de femelles fécondes, sans doute provoquées par une nourriture spéciale ; celles-ci de taille très-variée, souvent plus petites que la mère, plus grosses que les ouvrières de printemps. Ici règne encore une grande obscurité. On croit que ces femelles, analogues aux ouvrières fertiles de l'Apis mellifica, ne donnent naissance qu’à des mâles, dont le nombre devient considérable à l’arrière-saison. Suivant M. Leuckart, il y a parthénogenèse sans accouplement. Enfin, au mois d'août habituellement, un peu plus tôt ou un peu plus tard, suivant la température, éclosent un petit nombre de grosses femelles fécondes, pareilles à celle qui a fondé la colonie au printemps.

L'’accouplement de ces femelles a été observé, mais assez rarement. F. Smith remarque qu'on trouve fréquemment des mâles en même temps que des femelles dans les nids,et qu'il y a vu souvent entrer des mâles venant du dehors, ce qui même était pour lui un moyen de trouver les nids. Il suppose que l’accouplement a lieu dès lors souvent dans le nid. C’est dans le nid, comme nous le verrons, que se fait la copulation des Guëpes.

Réaumur dit avoir vu, au milieu de juillet, sur un gâteau placé dans un poudrier avec ses Bourdons, un mâle monter sur une femelle qui était sur le gâteau, et recourber le bout de son abdomen, afin d'opérer l'intromission du pénis. La femelle, changeant de place, passa sous le même gâteau; le mâle se laissa transporter et se tint constamment cramponné sur elle et toujours en la même attitude, dans laquelle il resta près d’une demi-heure.

Cet acte a également lieu en dehors des nids, principalement au mois de septembre pour les grosses femelles. La femelle se pose au soleil sur le tronc d’un arbre ou le long d’un mur, les ailes moyennement ouvertes, de manière à découvrir tout le dessus du milieu de l'abdomen. Elle tient celui-ci assez relevé, la vulve du dernier segment un peu entr'ouverte.

Quand un mâle aperçoit en volant une femelle de son espèce dans cette position, il se jette sur elle avec impétuosité, se pose sur son dos, et, saisissant la vulve avec ses forceps, il cpère le coït. On voit les deux sexes produire, à plusieurs reprises, un trémoussement d'ailes pendant l’accouplement. Chaque reprise de ce trémoussement ne dure que quelques secondes, mais la durée de l’accouplement lui-même est d'au moins un quart d'heure. Sur la fin de l'acte le battement d'ailes s’aflaiblit chez le mâle, mais reste aussi fort chez la femelle ; lorsque le mâle est devenu immobile, celle-ci, battant toujours des ailes, le saisit avec ses pattes postérieures et le repousse violemment. Il tombe à terre presque sans mouvement et meurt. Il est difficile d'observer cet accouplement, car si l’on s'approche trop, le couple s'envole. On rencontre parfois la femelle volant, avec le mâle, bien plus petit qu'elle, sur son dos : c’est ce que j'ai bien constaté notamment pour le Bombus lupidarius.

Les femelles de toutes sortes, soit fécondées par accouplement, soit peut-être fécondes par elles-mêmes, demeurent dans le nid sans combat, les grosses femelles ne faisant pas de ponte dans l’année de leur fécondation. Dans la seconde moitié de l'automne et selon la température, les mâles, les ouvrières, les petites femelles et les grosses femelles de l’année d'avant meurent.

On ne trouve pas de femelles en hivernation dans les vieux nids, qui sont toujours entièrement déserts à la fin de l'automne.

C'est sur une membrane placée à la base des anneaux abdominaux en dessous, mais non séparée en deux aires, qu'est sécrétée la cire chez les femelles et les ouvrières des Bourdons, qui ont à leurs tarses postérieurs, au premier article ou métatarse, la même pince que chez les Abeilles ouvrières, pour détacher l'écaillette de cire. Cette cire est d’un gris jaunâtre, se laisse pétrir entre les doigts sans s’y attacher, et a une odeur analogue à celle de la cire des Abeilles ; mais elle ne possède aucunement sa fusibilité, ainsi que l’a reconnu Réaumur; chauffée sur une lame de métal, elle prend feu, continue à brûler quelque temps après extinction de la flamme, puis donne une petite masse charbonneuse.

Les Bourdons qui ont des nids souterrains sont des insectes hardis et résolus, qui défendent leur progéniture avec un grand courage. Il n'en est pas de même des Bourdons qui construisent leurs nids avec des mousses ou des gazons desséchés : on peut avec impunité faire la visite du domicile de la colonie et la découvrir ; les uns sortent, les autres restent dans le nid et ils ne cherchent pas à piquer. C’est ce caractère pacifique, ainsi que le nombre des habitants de ces nids, bien moindre que celui des Abeilles ou des Guêpes, qui ont permis à Newport de constater chez ces Humblebees des Anglais, le rôle des femelles et aussi des mâles, se plaçant comme couveuses au-dessus des coques de soie où résident les nymphes près d’éclore, el, par une respiration volontairement activée, ainsi que le témoignent les rapides inspirations de leur abdomen, élevant la température de leur corps, et par suite celle des nymphes, au-dessus de celle de l’air du nid.

Voici quelques observations du célèbre naturaliste anglais, traduites en degrés centigrades, sur une de nos plus grosses espèces, le B. terrestris, Linn. Des thermomètres à mercure très-étroits, à réservoir gros comme une plume de corbeau, étaient glissés entre les coques à nymphes et les Bourdons placés au-dessus. Dans une expérience, la température de l'air du nid étant de 210,2, celle des Bourdons, au nombre de sept, recouvrant les nymphes, fut de 33°,6, et la température des coques voisines, sous la même voûte de cire, mais non recouvertes par les Bourdons, seulement 27°,5. Dans une autre expérience, l'air du nid étant à 24°, le thermomètre placé sous quatre Bourdons couveurs monta à 84,5. Les jeunes Bourdons sortaient de leurs coques après plusieurs heures de ces incubations, dans lesquelles les insectes couveurs

se relayent. Les adultes, débarrassés de la peau nymphale, commencent par ronger le sommet du cocon, opération dans laquelle ils sont grandement aidés par les ouvrières. A leur éclosion, ils sont encore mous et mouillés, uniformément grisâtres, très-sensibles au moindre courant d'air, s’insinuant, pour se réchauffer, au milieu des gàteaux ou entre les Bourdons anciens. Ce n’est qu'au bout de plusieurs heures qu'ils durcissent, que leurs ailes ont acquis de la solidité, et qu'apparaissent, selon les espèces, les bandes noires, jaunes, ou blanches, fauves ou rouges.

La population des nids de Bourdons est minime, si on la compare à celle des autres Apiens sociaux. En outre, même au printemps et en été, une partie des Bourdons découchent hors du nid, et encore plus en automne ; ils restent engourdis sur les fleurs, soit quand la fraicheur du soir les surprend, ou après une forte ondée. En aucun temps la population entière n’est réunie dans le nid. On comprend que le vol lourd des Bourdons rend leur retour au nid plus pénible que pour l'agile Abeille. Quand les Bourdons sont engourdis, ils sont très-longtemps avant de pouvoir s'envoler, surtout les grosses femelles. Ils ont besoin de nombreuses inspirations, attestées par les mouvements de leur abdomen, pour remplir d’air leurs ampoules respiratoires, et ils font vibrer leurs ailes et bourdonnent en marchant avant de prendre leur essor. La petitesse de leurs ailes inférieures, dénuées de lobe basal, rend leur aire minime par rapport à celle des ailes supérieures. Aussi leur rôle est de peu d'importance dans la fonction du vol. C’est ce que j'ai vérifié pour des Bombus, mâles, femelles et ouvrières, ainsi que pour des Psithyrus. Le vol, surtout par les jours d’ardent soleil, est à peine ralenti si l’on coupe les ailes inférieures, et s’opère de bas en haut, les insectes allant se perdre dans les arbres. Il en est tout autrement pour les Abeilles, pourvues d’un lobe basal à l’aile inférieure, ce qui augmente sa surface comparée à celle de l'aile supérieure. Ou bien elles ne volent plus du tout, après l’ablation de ces ailes, ainsi que nous le rapportons page 648, ou bien n'ont plus qu'un vol parabolique, les ailes supérieures agissant comme de puissants parachutes. Il faut toujours faire ces sections d'ailes aux ciseaux, sans arrachement, ni lésion. On voit donc toute l'importance du caractère que M. Thomson a tiré du lobe basal de l'aile inférieure.

Réaumur dit avoir compté cent cinquante coques vides, après éclosion, dans un nid qui ne contenait que cinquante à soixante ouvrières ou femelles. Fr. Smith rapporte que les espèces qui construisent des nids en terre sont en général les moins nombreuses en population de la colonie. Un nid de Z. fragrans, Pallas, au mois d'août, contenait seulement cinq femelles et environ vingt ouvrières. Il est probable que cette rare espèce n'a que de faibles colonies. Les nids de Z. terrestris, Linn., paraissent au contraire parmi les plus peuplés, bien que celte espèce, ainsi que le B. hortorum, Linn., étudiés tous deux avec soin

73h HYMÉNOPTÈRES.

par P. Huber, établisse son nid en terre, à une assez grande profondeur, sans mousse, mais avec des lames de cire à la voûte; on les voit souvent pénétrer dans le trou qui conduit à la colonie. Chez le B. terrestris, Fr. Smith a trouvé au mois d'août, dans un nid, 35 femelles, 20 mäles et 160 ouvrières. A cette époque, la majorité des mâles et des femelles avait quitté le nid; il rencontra en outre, dans la communauté, deux femelles et neuf mâles d'un parasite, le Psithyrus vestalis, Fourcroy.

Les Bourdons reviennent au nid par intervalles. Ainsi Lepeletier de Saint-Fargeau enleva plusieurs fois, pendant la nuit, au moyen d'une boîte propre à cet usage, des nids entiers de Bourdons, avec leur population présente, sans qu'aucun des prisonniers se fût évadé. Il voyait, dans la matinée du lendemain, à l'endroit où l'enlèvement s'était fait, un nombre égal à la population dont il s'était emparé, ou même la surpassant, d'individus de même espèce, quelques-uns chargés de pollen, volant sur l’endroit où avait été leur nid, s’y posant et cherchant aux environs à en retrouver les traces. Ces individus étaient, en partie, des ouvrières sorties en récolte le jour précédent.

Les Bourdons du sexe féminin récoltent le pollen des fleurs, comme les Abeilles ouvrières, au moyen de la corbeille et de la brosse de leurs pattes postérieures ; leur gros corps très-poilu ramasse une quantité considérable de grains de pollen que l’insecte rassemble ensuite. La langue est organisée comme celle de l’Abeïlle, mais plus longue, pouvant atteindre des nectaires situés plus profondément ; en outre, un peu au-dessous de son extrémité, elle est garnie de poils assez longs pour former un pinceau, permettant d'enlever une quantité de miel plus considérable que la trompe presque nue de l’Abeille. Il arrive parfois que des fleurs ont la corolle tubuleuse trop longue ou une corolle trop bien fermée, ainsi les Nyctaginées, les Petunia, certains Haricots, etc., pour que les Bourdons puissent y introduire leur trompe; ils attaquent alors la fleur à la base de la corolle, y font une incision transversale avec leurs mandibules, par laquelle pénètre ensuite la langue. On avait prétendu qu'il y avait là une marque d'intelligence, et que les Bourdons s’avertissaient et s'apprenaient à exercer cette manœuvre ; mais je ne vois là qu'un acte instinctif et individuel, car j'ai observé que les Xylocopes, Apiens solitaires et sans communication entre eux, savent se servir du même procédé.

Les Bourdons montrent des instincts d’appropriation qui arrivent véritablement aux lueurs de l'intelligence. Fr. Smith rapporte qu'une des espèces brunes de Bourdons était vue fréquemment voler à l’intérieur d’une écurie, passant au travers des fenêtres treillissées. L'insecte s'occupait activement à recueillir de courts poils de chevaux accumulés dans les tas ; puis la femelle volait en s'éloignant à une petite distance, et allait se poser au milieu de quelques herbes. En examinant l'endroit, on découvrit un nid entiérement formé de poils de chevaux.

Ce nid intéressant ayant été détruit, l’insecte abandonna complétement sa construction. Une autre très-curieuse déviation des usages habituels des constructeurs en mousse fut observée en 1854 par le D' W. Bell. Un Rouge-gorge avait construit son nid dans le porche d’un cottage : il fut occupé par une colonie de Bourdons qui l’adapta à son usage, et qui était probablement Le Bombus pratorum, Linn.

Les Bourdons sont exposés aux attaques de beaucoup d’ennemis. D'abord les petits Mammifères, Mulots et Belettes, et même de grosses espèces, les Fouines, les Renards et les Blaireaux. Ces animaux, ne dédaignant que les coques nymphales vides, mangent les Bourdons, les nymphes, les boules de pâtée avec les larves et les pots à miel. D’autres adversaires dévorent la pâtée des larves sans toucher à celles-ci : ce sont les Galléries (Lépidopt:, Crambides, de la plus petite espèce) des ruches d'Abeilles.

D'après Fr. Smith, dans la plupart des nids de Bourdons, existe en multitude une espèce d'Acarien, mangeant la cire et le miel; on trouve aussi dans beaucoup de nids des larves de Tinea pellionella (Microlépid), et des Coléoptères omnivores (Antherophagus glaber et Anobium paniceum).

Plus redoutables encore pour la colonie sont des Diptères, les Volucelles (Syrphides), dont les larves à peau cuirassée et garnie de verticilles épineux, déchirent avec leurs mandibules les larves des Bour- * dons, au milieu de leur pâtée ; d’autres espèces s’attaquent aux nids de Guêpes et de Frelons. On a cru longtemps qu'une analogie de couleur des Volucelles avec certaines espèces de Bourdons ou de Vespiens était une prédestination naturelle à leur introduction facile dans les nids, sans être décelées aux légitimes propriétaires, dont les yeux seraient plus impressionnés par les colorations que par les formes. Mais il y a des Volucelles qui ne ressemblent pas aux Apiens aux dépens desquels elles vivent, et cette dissemblance se remarque pour d’autres parasites des nids des Apiens; peut-être, comme incline à le croire M. Künckel, les Volucelles s’introduisent-elles la nuit, pour pondre dans les nids, où leurs larves amèneront le carnage des enfants de la colonie. D'autres Diptères, les Conops, Linn. (Brachycères, Athéricères de Macquart, Musciens), qui ont été moins bien étudiés que les Volucelles, remarquables par leur grosse tête et leur abdomen cylindrique, vivent adultes des nectars des fleurs, et en larves à l’intérieur du corps des Bourdons, et sortent de ceux-ci, parvenus à l'état parfait, ‘entre les interstices des anneaux de l'abdomen. Probablement que les œufs sont pondus sur les larves ou sur les nymphes par les femelles, qui s'introduisent dans les nids des Bourdons, et aussi des Guêpes. Beaucoup d'amateurs ont remarqué que des Conops soit vivants, libres et cherchant à s'envoler; soit morts eux-mêmes, ont été trouvés dans des boites parfaitement closes où avaient été piqués des Bourdons capturés dans leurs chasses ; on n’aperçoit pas de débris de pupes, les Diptères étant

sortis à l'état adulte du corps des Bourdons. Il est probable que les gros corps blancs rencontrés par Réaumur à l'intérieur des Bourdons, et ayant parfois le volume d’une petite cerise, étaient des larves de Conops, et que c’est à ce genre qu'il faut rapporter la larve apode trouvée par Audouin et Lachat dans le corps du 2. lapidarius, Linn.

D’autres Diptères, du genre Myopa, Fabr. (Conopsides, même groupe), s'introduisent encore dans les nids des Bourdons, comme dans ceux des Guêpes, et doivent probablement y déposer leur postérité, vivant aux dépens de celle des légitimes propriétaires. Enfin les Bourdons, surtout les grosses femelles, sont souvent recouverts par cet Acarien si connu des anciens auteurs sous le nom de Gamasus Coleopteratorum, el qui est une forme agame ou un Hypope se servant des Bourdons, comme des Géotrupes, des Carabes, etc., et même des Mulots, ainsi que je l’ai constaté, pour se faire transporter dans les milieux propices à leur évolution sexuelle, et produisant alors deux sexes, pris autrefois pour deux espèces, Gamasus crassipes et le G. testudinarius. Hs se tiennent entre les poils des Bourdons, courant sur leurs corps, en grand nombre aux insertions des ailes et des pattes, au point de rendre parfois le vol de l'insecte difficile.

La forte taille des Bourdons en fait de bons sujets d'étude anatomique et de recherche des Helminthes parasites. On n’y a jusqu’à présent pas rencontré de Grégarines, ces protozoaires du bas de l'échelle animale, voisins des Rhizopodes, en forme d’ovoïdes simples ou étranglés, * avec un pôle muni d'organes de fixation, formant peut-être un exemple unique d'êtres où le parasitisme n’est pas une cause de dégradation organique, mais qui sont plutôt favorisés par cet état qui leur vaut un accroissement d'organes (soies, crochets divers), un perfectionnement de structure (fibrilles différenciées). Jusqu'à présent les Hyménoptères et les Lépidoptères (1) à toutes leurs phases n'ont pas offert de Grégarines, non plus que les Diptères, Hémiptères et Névroptères sous la forme parfaite. Ces productions animales rudimentaires sont au contraire fréquentes chez les Insectes à station terricole ou aquatique : ainsi les larves des Phryganiens et celles des Pseudorthoptères amphibiotiques (Libellula, Æschna, Agrion). On trouve aussi des Grégarines parasites chez les Coléoptères Hydrocanthares, Carabiques, Ténébrioniens, quelques Staphyliniens, etc. Enfin, parmi les Orthoptères vrais, les Grégarines de forme variée sont communes chez les Forficuliens, Blattiens, Grylliens, Locustiens et Acridiens.

: Nous engageons à lire, pour les mœurs des Bourdons, deux travaux remplis d'intérét, quoique déjà anciens : Réaumur, Histoire des Bourdons velus dont les nids sont de mousse, mém. pour servir à l'Histoire des

(1) Aimé Schneider, Coxtributions à l'histoire des Grégarines des Invertébrés (Archives de zoo. expérim. ct générale de M, Lacaze-Duthiers, 1879, t. IV, p. 493 ct suiv.).

BOMBUS. fan

ans., VI, 1742, p. 1 à 38, pl. ràaiv. — P. Huber, Observations on several species of the genus Apis, known by the name of Humble-Bee and called Bombinatrices by Linnœus ; trans. Linn. Soc. of London, 1802, t. VI, p. 214-298, pl. 117.

Les descripteurs des Bourdons européens ont cherché, par quelques caractères artificiels, à mettre un peu d'ordre parmi les espèces souvent peu différenciées de ce genre ; il y a certainement des races prises pour des espèces, ainsi que Sichel a cherché à le prouver pour le B. montanus, L. S.-F., surtout pour les Bourdons des montagnes, des iles et des régions hyperboréennes. Dours, suivant l'exemple de Lepeletier de Saint-Fargeau, divise en deux groupes les espèces du genre Bombus qu’il admet pour la faune française, les uns, parmi lesquels les B. Lapponicus, Fabr., Alpinus, Linn., lapidarius, Linn., pralorum, Linn., sylvarum, Linn., fragrans, Pallas, muscorum, Linn. ont le dernier segment de l'abdomen d’un fauve rougeàtre ou roux, les autres qht ce dernier segment blanc, ainsi les B. hypnorum, Linn., hortorum, Linn., terrestris, Linn., subterraneus, Linn., Latreillelus, Ilig., Kirby. Dans la monographie des Apiens boréaux de Nylander, les Bourdons, dont il compte 29 espèces, nombre exagéré, se divisent en trois séries : A. thorax couvert tout entier en dessus d’une pubescence rousse ou jaunâtre, ainsi B, muscorum, arcticus, Zett., hypnorum ; B. thorax ayant en dessus une pubescence de deux couleurs, tels B. fragrans, hyperboreus, Schônherr, hortorum, terrestris, nivalis, Zetterstedt, Latreillelus, Lapponicus, sylvarum, pratornm ; C. thorax à poils noirs ou bruns en dessus, qui comprennent B. Alpinus, lapidarius, subterraneus. Le caractère de couleur du bout de l'abdomen est ici abandonné pour celui du thorax. Ces couleurs sont celles, non du fond qui est toujours noir ou brun, mais des poils abondants et serrés qui le recouvrent,

Nous indiquerons brièvement les espèces les plus importantes de ces trois séries, en nous étendant un peu plus sur celles qui sont communes aux environs de Paris et que les jeunes amateurs auront à établir comme jalons de leurs collections.

A. Le B. muscorum Linn., de toute l'Europe jusqu’à la Finlande incluse (moins probablement la Laponie) et de Sibérie, est l’Abeille fauve à ventre jaune et extrémité fauve de Geoffroy. C’est une espèce très-commune dans les prairies, où son nid, recouvert d'un toit de mousse, est à fleur du sol. La grosse femelle a une longueur de 12 à 16 millimètres. Ce Bourdon a une pubescence jaune pâle et d’un orangé fauve sur le thorax ; le dos de l'abdomen est d'un jaune plus obscurci, mêlé de bandes noires peu déterminées. Le dernier segment ventral de la gemelle a une carène assez longue et des poils noirs sur les côtés. Le male présente les derniers articles des antennes évidemment arqués et Je 8 article à peine une fois et demi plus long que le 4°. Ses forceps extérieurs ont une écaille transverse, émarginée à angle intérieure-

ment, envoyant postérieurement un prolongement spiniforme large, presque simple; les lacinies sont onguiculées, armées à leur base d’une longue dent étroite mais cachée sous l’écaille ; les flèches (sagittæ) sont courtes, à bout crochu. Une espèce voisine, qui manque à l'Angleterre, mais qui se rencontre en France, en Danemark, en Suède, en Finlande, en Laponie, est le B. hypnorum, Linn., noir, avec le thorax et la base de l'abdomen d’un fauve orangé, la pubescence de cette base plus large chez le mâle, l'abdomen blanc à partir de la moitié inférieure du quatrième segment, les ailes obscurcies, surtout au bout, à reflet un peu violacé, les pattes noires, à tarses roux, leur premier segment à longs poils chez le mâle. Cette espèce se trouve dans les bois des environs de Paris.

B. Les deux espèces fondamentales de ce groupe sont les B, hortorum, Linn., et Terrestris, Linn., espèces de Sibérie et de toute l’Europe, la Laponie comprise, de Grèce {Brullé), abondantes en Algérie (H. Lucas) pendant l'hiver, tout le printemps et une partie de l'été. Le B. horlorum, répandu dans toutes les localités et très-commun à Madère, d'après Wollaston, est représenté dans cette île par une race B.ruderatus, Fabr. La grosse femelle atteint 20 millimètres. La tête est noire et brune au milieu, le labre avec une fovéole médiane profonde. Le thorax offre antérieurement une bande assez large d’un jaune citron, ainsi que les épaules en avant des ailes, l'écusson et le premier segment de l’abdomen ont la même couleur. Les segments 2 et 3 de l'abdomen sont noirs en dessus, les segments 4 et 5 blancs, le 6° à peine poilu en dessus et noir sur les côtés, ainsi que 7 chez les mâles. Les ailes sont obscurcies, surtout au bout, les pattes noires, avec les jambes lisses et subexcavées extérieurement chez les mâles, ayant de longs poils noirs sur les bords. Chez une variété mâle les bandes sont d'un blanc sale, et une autre variété offre dans les deux sexes le thorax et la base de l’abdomen presque noirs, n'ayant que quelques poils mélangés de couleur jaune obscurcie. Le B. terrestris, qui nidifie en terre, a une taille analogue à celle du précédent et même plus grande, et des formes plus larges. La grosse femelle atteint 22 millimètres. Cette espèce se sépare au premier aspect de la précédente en ce que l’écusson est noir ainsi que le premier segment de l'abdomen, et non d’un jaune citron. Ily a une bande jaune à la partie antérieure du thorax et une autre en dessus sur le second segment de l’abdomen, les segments suivants et l’anus étant couverts de poils blancs, parfois d’un jaunâtre un peu rosé. Les ailes sont plus claires, à peine obscurcies, les pattes noires et poilues, le métatarse intermédiaire obtusément arrondi à l'angle externe apical. Un caractère important du B. terrestris, et qu'il offre seul parmi les Bourdons européens, c’est que le labre est muni à sa base de trois fovéoles. Le mâle a les antennes courtes, à articles non courbés, le 3° article pas beaucoup plus long que le 4°, le métatarse postérieur à poils courts, le dernier segmen, ventral largement réfléchi et calleux; Cette

espèce est très-commune dans les jardins, les champs et les forûts, comme la précédente. Elle offre deux variétés analogues, l’une ayant dans les deux sexes le#-bandes jaunes de l'abdomen et du thorax seulement indiquées par quelques poils soufrés (cryptarum, Fabr.), l’autre, peut-être due à l’âge, ayant chez les mâles les bandes de l'abdomen et du thorax blanchâtres (autumnalis, Fabr.).

Une espèce rare, se rencontrant parfois dans les bois des environs de Paris, est le B. distinguendus, Morawitz, ou fragrans, Pallas, se trouvant par places en Angleterre et dans diverses régions de l’Europe, surtout dans le nord, de Finlande, de Laponie, de Sibérie, dont la grosse femelle atteint 20 mm. Ses nids sont peu nombreux en individus, et il exhale, quand il est récemment éclos, une odeur de rose. Il ressemble au B. muscorum, avec une taille plus grande. La tête est jaune sur le vertex, le thorax d’un jaune olivâtre, avec une large bande noire entre les ailes, celles-ci légèrement rembrunies, avec le bout enfumé; l’abdomen sub-ovale est jaune ainsi que les flancs, subolivacé au milieu, les pattes noires, mêlées de poils roux. Le mâle a le corps en dessous, les cuisses, le clypéus et les joues d’un jaune pâle, les antennes non courbées, à articles simples.

Les bois des environs de Paris ont aussi une autre espèce septentrionale, moins grande, B. Lapponicus, Fabr., existant en Laponie, en Angleterre, dans les Pyrénées, à l’île Sitka (Sahlberg), noir, avec une bande antérieure jaune sur le thorax, l'écusson ayant parfois des poils de cette couleur lelong du bord postérieur, l'abdomen noir à la base, puis fauve ou jaune en dessus, noir en dessous, le mâle ayant la face et le vertex d’un jaune pâle et les métatarses postérieurs avec de longs poils fauves. La Laponie boréale offre une espèce voisine, de trèsgrande taille, fort rare suivant Nylander, le B. hyperboreus, Schænherr, noir, la pubescence du devant du thorax, de l’écusson et des deux premiers segments de l’abdomen d’un fauve orangé, la bande antérieure du thorax rétrécie aux épaules et non continuée sur les flancs ; chez le mâle la pubescence du vertex est aussi d’un jaune roussâtre.

C. Une des espèces les plus difficiles à caractériser, nidifiant sous terre, est le B. subterraneus, Linn. La femelle typique a le thorax entièrement noir, ainsi que la tête et le dessous du corps, les segments dorsaux 4 et 5 le plus souvent d’un brun grisâtre ou d’un blanc sale, et souvent le segment anal d'un blanc grisâtre en dessus dans les deux sexes. Parfois le thorax prend en avant des poils jaunâtres et l’abdomen des bandes d’un jaune pâle, de sorte que ce Bourdon ressemble alors beaucoup au B, hortorum. On en distinguera la femelle en ce que l’abdomen n’est pas triangulaire, est plus arrondi sur les côtés et convexe en dessus et la langue plus courte ; le mâle est plus compacte que celui de B. hortorum, à pubescence plus courte ; il y a encore une différence dans la couleur de la pointe des mandibules, qui est noire chez B. hortorum, et ferrugineuse chez B: subterraneus. Cette espèce se

rencontre en France, ainsi près de Paris, dans les îles Britanniques, l'Allemagne, le Danemark, la Suède, la Eaponie. M. Thomson (Hymen. Scandinaviæ) ne la sépare pas du B. Latreillelus, Kirby, que l’auteur anglais dit avoir trouvée sur les chardons, plus commun que B. fragrans et répandant comme lui une odeur de rose. IL est probable que le B. soroënsis, Fabr., ou neuter, Panzer, L. St-F., n'en est qu'une race septentrionale, que Brullé indique comme trouvée aussi en Morée.

On observe, mais rare dans les bois parisiens, une autre espèce du nord de l’Europe et des montagnes, assez fréquente en Laponie sur les fleurs de saule, le B. Alpinus, Linn., ou rufescens, L. St-F., à pubescence noire, avec l’abdomen ayant le premier segment noir, les autres fauves ou d’un jaune pâle en dessus, le mâle offrant le troisième article des antennes pas beaucoup plus long que le quatrième, les jambes postérieures et les tarses munis de longs poils fauves. Ce n’est peut-être qu'une race de B. Lapponicus.

Une importante et grosse espèce est le B. lapidarius, Linn., de Grèce (Brullé), des trois îles Britanniques, de France, d'Allemagne, d'Autriche, de Danemark, de Suède, de Finlande et de Laponie, devenant plus rare vers l'extrême nord. La grosse femelle atteint 20 mm. Bien que cette espèce préfère construire son nid dans les pierres, on la trouve trèsfréquemment sur les talus de terre et entre les racines des arbres. La femelle et l’ouvrière ont la tête noire et brièvement triangulaire, ponctuée en dessus, le labre avec une petite fossette médiane assez profonde, le thorax avec une pubescence noire, courte et serrée, presque soyeuse. Les ailes sont transparentes, l’abdomen oblong, noir, avec la carène ventrale presque nulle, les segments 4 à 6 d’un rouge de grenade en dessus chez les sujets frais, les pattes noires, avec les corbeilles de la même couleur. Le mâle se reconnaît à sa tête d’un jaune citron au-dessous des antennes, avec des poils d’un jaune terne mêlés aux poils noirs de sa partie postérieure. Les antennes sont courtes, simples, le troisième article à peu près une fois et demie plus long que le quatrième, un peu plus court que le cinquième, les derniers articles non atténués et comprimés, les mandibules avec de longs poils noirs, le thorax et les flancs d’un jaune un peu citron en avant, les segments k à 7 de l'abdomen rouges, le dernier segment ventral sub-arrondi et rétréci au bout, les jambes postérieures à poils fauves, non excavées sur leur face dorsale, glabres et lisses en dessous, les tarses postérieurs bordés de poils fauves. Les forceps extérieurs ont une écaille presque transverse, légèrement excisée intérieurement près de la base, les lacinies ont le bout émarginé et bidenté, la spathe étroite, longue, carénée à la base, les flèches armées en dedans et au bout d’une dent aiguë recourbée. Une variété femelle très-rare, le B. Lefebvrei, L. StF., offre un collier jaune, peu distinct par quelques poils jaunes mêlés aux uoirs aux épaules du thorax, Sichel à fait connaitre un sujet monstrueux

BOMBUS, PSITHYRUS. 7h1

gynandromorphe du B. lapidarius ( Ann. Soc. entom. fr., 1858, t. VE, Bull. p. 248 à 250).

Nous citerons quelques espèces de Bourdons des régions arctiques des deux continents : ainsi B. nivalis, Zetterst., de Laponie, d'Écosse, des iles Shetland, à pubescence noire, le dessus du thorax en avant, l’écusson et les deux premiers segments de l'abdomen jaunes, l’anus jaune ou roussâtre, d’où les synonymes de Dahlbom, B. tricolor et balteatus ; B. Groënlandicus, Westermann, du Groënland; B. polaris, Curtis, de l'Amérique arctique, et B. Kérbyallus, Curtis, de Boothia felix (ces deux espèces rapportées du second voyage de Ross); B. ornatus, Smith, de l'Amérique arctique et de la baie d'Hudson; B. frigidus, Smith, de l'Amérique arctique, de la baie d'Hudson, probablement une race septentrionale de B. montanus, L. St-F., espèces des montagnes de France (J. Sichel, Essai monographique sur le Bombus montanus et ses variétés; Lyon, 1865).

Nous nous contenterons de signaler, parmi les Bourdons exotiques, le B. Dahlbomi (G. Mén., pl. Lxx, fig. 8), grosse femelle, du Chili, de la province de Saint-Paul (Brésil) et aussi de Rio-Janeiro (Voyage de la Novara). C'est la plus grande espèce du genre Bombus, qualifiée par M. Westwood de grardis (Bibl. du naturaliste, de Jardine, Mellifères, pl. 17, fig. 2). La grosse femelle atteint 32 mm. de long et l'ouvrière16. Le fond est noir, les poils du dessus de la tête, du corselet et de l’abdomen très-épais et d’un beau fauve vif; les poils du devant de la tête, du dessous du corps et des pattes noirs, à l'exception de la brosse des tarses intermédiaires et postérieurs qui est d'un brun fauve soyeux. Les ailes, demi-transparentes, sont teintées de jaunâtre, avec l'extrémité d’un brun pâle.

PsiTrayæeus, Lep. St-F. ou ApATHUuS. Newman. — Mâles et femelles seulement. Femelle : vertex de la tête arrondi, tronqué au bord postérieur ; jambes postérieures extérieurement convexes et dépourvues de corbeilles, article basilaire des tarses postérieurs (métatarse) sans dent ou crochet à sa base en dessus, le métatarse intermédiaire ayant le bout externe prolongé en épine; le bout de l'abdomen recourbé en dessous et le segment apical ayant ses bords latéraux élevés en dessous. — Mâle: tête sub-arrondie; mandibules à poils longs, non fasciculés, ne formant qu’une barbe rare; antennes à articles non arqués ; yeux brillants; labre sub-arrondi au bout, impressionné en dedans du bord; jambes postérieures extérieurement convexes et également poilues, — Les autres caractères du genre Bompus.

Les anciens auteurs, d’après l’analogie d’aspect général, confondaient les insectes de ce genre avec les vrais Bourdons. Kirby a,le premier, bien reconnu que ces Bombinatrices, comme il les appelle, n'ont pas de corbeille pour rapporter le pollen dans les nids, et a proposé d'en faire un groupe à part, sans attacher toutefois une importance sulfsante à cette idée que la différence anatomique peut amener une

différence biologique. Aussi il les laissa avec les Bombus dans son grand genre Apis ; Latreille, regardant comme dominateur le caractère des pièces buccales, indice du régime, ne les sépara point des Bombus.

Lepeletier de Saint-Fargeau (1) arriva à cette conclusion que les femelles des Psithyres sont incapables de construire des nids et d’approvisionner leurs larves. En effet l’absence de palettes creuses aux jambes postérieures et au premier article du tarse leur interdit la récolte du pollen; elles ne pourraient retirer la cire des plaques ventrales de leur abdomen, si elle en exsudait, car l’angle externe de leur métatarse postérieur manque de dent. En outre leurs mandibules, dépourvues de dents, ne sauraient façonner en boules le mélange de pollen et de miel dans lequel pondent les femelles des vrais Bombus, ni disposer la cire en lames, soit pour construire l’enveloppe du nid, soit pour former les amphores à miel. Les femelles des Psithyres sont donc des parasites des nids des Bourdons, dans le sens antique du mot, qui signifie vivant du pain d'autrui. Elles vont pondre au sein de ces nids, dans les boules de pâtée, et leurs larves, qu'aucun caractère extérieur ne distingue de celles des Bombus,se nourrissent avec les enfants de la maison, soumises aux attaques des mêmes carnassiers.

Réaumur et P. Huber, malgré leur sagacité d'observation, n’ont pas connu les mœurs des Psithyres. Fr. Smith fait remarquer que, si les espèces de ce genre paraissent vivre dans un état d’aristocratique indépendance à l'égard des colonies de Bourdons qui les renferment, il n’est pas certain qu’elles ne prennent pas une part importante et encore inconnue dans l’économie de la communauté. -

Lepeletier de Saint-Fargeau, frappé de la grande ressemblance dans les formes et la disposition des poils colorés qui existe entre les espèces de Psithyres et de Bourdons, pensait que l'analogie de livrée et de langage (bourdonnement) facilitait aux parasites l’entrée des nids, dont ils trompaient les propriétaires en portant un vêtement pareil à celui des maitres de la maison.

L'étude des parasites et des carnassiers des nids a jeté de grands doutes sur ces inductions séduisantes, car il arrive souvent que les intrus ne ressemblent pas du tout aux espèces laborieuses dont ils visitent les logis, De même que certaines Volucelles sont de tout autre aspect que les Bourdons ou les Guêpes, Fr. Smith, qui a recueilli beaucoup de nids de Bombus pour l'étude de ce genre difficile, a vu le Psithyrus Barbutellus, Kirby, ou quadricolor, L. St-F., insecte à bandes jaunes, dans le nid du Bombus Derhamellus, Dahlbom, Bourdon noir, ayant le bout du corps rouge.

(4) Observations sur l’ouvrage intitulé Bombi Scandinavie monographice tractali, par G. Dahlbom, 1832, auxquelles on a joint les caractères des genres Bombus et Psithyrus et la description des espèces qui appartiennent au dernier, (Ann. Soc. entom. Fr. 1832, t. I, p. 366-382.)

PSITHYRUS. 7143

Les femelles de Psithyres se distinguent en général assez aisément de celles de Bourdons dont elles ont l'aspect et l’arrangement des couleurs, sans qu'on ait besoin, avec un peu d'habitude des Bombites, de recourir aux pattes postérieures. Leurs ailes sont plus enfumées et les poils à couleur vive de l’abdomen de disposition moins serrée et moins homogène, tendant à se grouper en petits faisceaux, entre lesquels paraît la couleur du fond.

Il est beaucoup plus difficile de différencier les mâles d'avec ceux des Bourdons; on se trompe souvent si on n'a soin de recourir, avec observation attentive, aux caractères de la diagnose générique. Les Psithyres femelles paraissent dès le printemps sur les fleurs, un peu plus tard que les grosses femelles des Bourdons, attendant que les nids soient commencés. En été on trouve des femelle et des mâles, et les deux sexes sont très-communs au commencement de l'automne; Lepeletier de St-Fargeau pense qu'ils ont au moins deux générations dans la belle saison. Quand l'hiver va arriver, a lieu l’accouplement des femelles écloses les dernières ; puis celles-ci se dérobent aux intempéries de la saison en se cachant, soit dans les cavités de murs ou de rochers, soil dans des trous en terre ou dans les troncs creux des arbres, où le froid produit chez elles, comme chez les grosses femelles fécondées de Bombus, un engourdissement qui suspend le besoin d'alimentation, sans détruire le principe vital, ni la fertilité des œufs qui seront pondus au printemps. Le catalogue de Smith compte huit espèces du genre Psithyrus, cind d'Europe, deux du nord de l'Amérique et des États-Unis, une du Brésil. M, Thomson ajoute deux espèces scandinaves aux cinq espèces du catalogue du British Museum, que nous possédons toutes en France ; les quatre que nous décrirons se trouvent aux environs de Paris.

L'espèce la plus grande et facile à reconnaître est le P. rupestris, Fabr., des iles Britanniques, de France, d'Allemagne, de Sibérie, remontant dans les pays scandinaves jusqu’à la Finlande australe. La femelle atteint 20 mm. de long et le mâle 42 à 14. On reconnait tout de suite la femelle à ses ailes enfumées et un peu noirâtres et à son abdomen allongé, à segments fortement rétractiles, postérieurement moirs poilu, les derniers anneaux munis de petits faisceaux de poils rouges, le dernier segment dorsal ayant en dessus un espace triangulaire à villosités fauves, et en dessous élevé angulairement au milieu, avec des callosités latérales hautes et comprimées. La tête, brièvement triangulaire, est noire, ponctuée, le labre avec une fovéole médiane triangulaire à sa base et le bout prolongé en triangle sub-comprimé; le thorax est revêtu d'une pubescence noire, dense et assez courte, les pattes noires, à poils assez courts.

Le mâle a les segments abdominaux rouges de 4 à 7; les ailes n'étant que légèrement enfumées, le dernier segment ventral ponctué, plein et sans callosités, le labre arrondi au bout, les métatarses postérieurs à long poils, les lacinies des forceps externes avec le bout en

7h4 HYMÉNOPTÈRES,

couteau triangulaire et l’écaille envoyant un grand prolongement. Cette espèce probablement parasite des nids du Bombus lapidarius auquel elle ressemble, présente des variétés analogues. Une variété femelle a le collier et l'écusson obscurément jaunes, par mélange de poils soufrés avec les poils noirs. Une variété mâle (frutetorum de Kirby et Lepeletier de Saint-Fargeau) a le thorax antérieurement et postérieurement cendré, et l'abdomen plus ou moins mêlé de poils blancs sur les trois premiers segments.

Les deux espèces suivantes, très-communes, présentent des difficultés de spécification, surtout pour les mâles; leur abdomen ayant d'une manière générale des poils noirs, jaunes ou blanchâtres en dessus, et non rouges. Elles sont des îles Britaniques, de France, d'Allemagne, de Danemark, de Suède, de Finlande et de Laponie. Le P. campestris, Panzer, ou Rossiellus, Kirby, dont la taille reste plus petite que celle du Psithyre précédent, la femelle ne dépassant pas 18 mm., offre cette femelle noire, avec le milieu du vertex,une bande antérieure du thorax et le bout de l’écusson jaunâtres, les segments de l'abdomen blanchâtres, surtout sur les côtés, à partir du bout du troisième, le sixième à poils serrés sur la face dorsale, les callosités latérales de sa face ventrale aplanies et non élevées, séparées an bout par un sillon médian. Le mâle, qui offre beaucoup de variations, a le troisième article de l'antenne plus court que le cinquième, le premier segment de l'abdomen pale, le dernier segment ventral de l'abdomen brillant et lisse à sa base, épaissi au bout et avec un sillon comme bituberculé, le métatarse postérieur assez longuement poilu, les forceps ayant les lacinies à bout triangulairement allongé, l’écaille plus large que dans l'espèce suivante, mais avec un prolongement plus court. Le P. campestris est probablement parasite des nids du B. hortorum, qui est le Bourdon auquel il ressemble le plus.

Le P. vestalis, Fourcroy {syn. nemorum, Fabr., œæstivalis, Panz.), est de taille parfois un peu plus grande que le P. campestris, avec le thorax d'un jaune fauve plus ou moins pâle en avant, l'abdomen blanc à bout noir. La femelle a les ailes moins enfumées que l’espèce précédente, le dernier segment dorsal de l'abdomen brillant, glabre, ayant de chaque côté une ligne latérale villeuse, les callosités latérales ventrales de ce segment un peu élevées et conniventes au sommet. Le mâle a les joues lisses, tandis qu’elles sont un peu poncluées chez le mâle de P. campestris, le cinquième article de l'antenne pas plus long que le troisième, le métatarse postérieur plus large, l'écaille des forceps presque semi-circulaire, les flèches sans aucune dent au bord inférieur. Fr. Smith a trouvé en automne les deux sexes de ce parasite dans le nid du B. terrestris. Dans une variété mâle des poils soufrés recouvrent le milieu du vertex, la partie antérieure du thorax et de ses flancs, le bout de l’écusson, le premier segment de j’abdomen en entier et le bout du troisième de chaque côté.

PSITHYRUS, ANTHOPHORITES. 715

Le P. barbutellus, Kirby, ou quadricolor, L. St-F., présente le thorax en avant et l'écusson d'un jaune plus ou moins fauve, l'abdomen subglobuleux avec le premier segment noir, ayant des poils jaunes en faisceau de chaque côté; le second noir, le troisième noir au milleu, blanc sur le reste, le quatrième entièrement blanc, le cinquième Q et le sixième ç' roux, ainsi que l'anus. Cette espèce de Psithyre occupe les mêmes régions de l’Europe que les deux précédentes.

Elle est, dit Fr. Smith, très-commune dans certains comtés de l’Angleterre et de l'Écosse, et a été trouvée dans les nids du Bombus pratorum, Linn., du B. Derhamellus, Dahlbom, espèce à anus fauve, et, en Écosse, dans le nid du B. Scrimshiranus, Iliger, ou jonella, Kirby, espèce à dernier segment abdominal blanc. Ces trois espèces de Bourdons appartiennent à la faune française, comme leur Psithyre.

APIENS SOLITAIRES.

Ils se subdivisent en Apides, comprenant les Sociaux déjà étudiés, et en Andrénides.On peut donner les caractères suivants, pour les genres européens au moins : les ailes supérieures ont la première cellule cubitale plus grande inférieurement que la seconde. Les joues sont nulles ou presque nulles, car les yeux atteignent le plus souvent la base des mandibules. Les femelles des espèces travailleuses récoltent le pollen des fleurs de diverses manières, mais n'ont presque jamais de corbeilles aux jambes postérieures, même quand celles-ci leur servent à ramasser ce pollen ; mais souvent ces jambes ont à leur base une patelle ou disque dénudé. D'autres fois la récolte du pollen se fait par des brosses et des espaces glabres de la base des cuisses, des flancs, du ventre.

$ 197. — Apides solitaires.

ANTHOPHORITES (syn.: SCopulipèdes ou Podolégides).

Front souvent élevé en avant et de couleur claire chez les mâles ; labre libre, souvent grand; mandibules le plus habituellement en faucille et bifides au bout ; palpes maxillaires de six articles. Ailes inférieures ayant un lobe basal, dépassant très-rarement le milieu de la cellule humérale ; épimères du mésothorax non distincts ou à peine distincts; abdomen ayant le premier segment rebroussé; femelles nidifiantes à pattes postérieures pollinigères, sans flocon de poils à la base des jambes ; ongles munis d'une grande pelote, à bout corné.

Les Anthophorites présentent certaines différences de conformation comparées aux Apides sociaux, en rapport avec leur nidification solitaire et l'emploi d’autres matériaux de construction. La jambe postérieure de la femelle n'a pas d'ordinaire, sur sa face externe, comme chez l'Abeille

ouvrière, un enfoncement triangulaire dénué de poils, sur lequel le pollen des fleurs est entassé, ainsi que sur un semblable enfoncement du premier article du tarse; au lieu de cela la jambe est assez convexe extérieurement et garnie de poils, le métatarse plat est également velu et ayant une forte brosse de poils en dedans. Avec ses brosses et exactement comme l’Abeille, une Anthophorite rassemble le pollen des étamines, l'entasse sur les poils du dehors des métatarses et des jambes postérieures et rapporte la charge au nid, pour le mêler de miel et former la pâtée dans laquelle elle déposera un œuf. En outre, il n’y a pas de pince entre le bout terminal de la jambe postérieure et la dent aiguë de l’angle supérieur externe du premler article du tarse, comme dans les genres Apis et Bombus, cette pointe manquant au métatarse de l’Anthophorite. Il résulte de l’absence de la pince servant à ramasser sous le ventre les écaillettes de cire que la sécrétion de cette substance manque chez les Anthophorites nidifiants et en général chez tous les Apiens solitaires. Cette substance doit donc être remplacée dans la nidification par des matériaux tirés du dehors, comme des grains de terre ou de sable, des parcelles de bois détachées par les mandibules, le tout malaxé par ces organes avec addition de salive agglutinante. Les nids des Anthophorites qui ont été observés sont des tuyaux cylindroïdes, plus ou moins rectilignes, ordinairement recourbés au fond, façonnés dans la terre, le sable ou le bois, et où la mère dispose des cellules cuboïdes bout à bout, de sorte que le fond de la seconde bouche l'entrée dela première construite, et ainsi de suite. Pour édifier les cloisons successives l’Anthophorite s'y prend de la même manière que l’Abeille ouvrière qui veut operculer une cellule à couvain. Elle élève d’abord un bourrelet autour du diamètre ou tuyau, puis y ajoute successivement des zones concentriques qui ne laissent plus au milieu qu'un petit trou, facile à boucher par un petite pelote adroitement appliquée. La matière de la cloison est toujours la même que celle de la paroi du tuyau, terre, sable ou bois, et, pour lui donner la consistance nécessaire, l’Anthophorite dégorge une salive visqueuse, au moyen de laquelle elle la réduit en pâte avec ses mandibules, qui lui servent aussi à la façonner et à l’étendre. La cellule close, la femelle apporte de nouvelles provisions, miel et pollen, pond un nouvel œuf, construit une autre cloison et remplit ainsi le tuyau presque jusqu’à son entrée de cellules toutes approvisionnées et fermées, dans lesquelles chaque larve trouve sans dispute avec une larve de son espèce, la nourriture exactement mesurée qui lui permet d'atteindre la nymphose, puis son entier développement. Il y a des espèces très-fécondes qui contruisent plusieurs tuyaux prolifères. L'intérieur du tuyau est toujours assez lisse pour ne pas blesser la larve et la nymphe qui doivent y séjourner dix à onze mois. La paresse intelligente des Hymènoptères nidifiants fait que les femelles s’écartant peu des lieux qui les ont vu naître, trouvent d’ordinaire les tuyaux qui ont servi aux générations précédentes, les nettoient

ANTHOPHORITES. 747

en enlevant les débris de cellules et les réparent, et ne creusent de tuyaux complets que lorsqu'elles y sont forcées. Ici se place une intéressante remarque propre à tous les Apiens nidifiants. Ilarrive souvent, surtout dans les régions chaudes de l’Europe, qu’un même endroit propice, comme un vieux mur, un talus exposé au levant ou au midi, contient un nombre considérable de tuyaux d'une espèce placés à côté les uns des autres, de sorte que, par les belles matinées de soleil, les nombreuses mères allant et venant simulent la population empressée aux abords des ruches; mais il y a cette différence profonde que les mères associées et voisines, en connaissance même par leur rapprochement dû à une prédilection commune de localité, n'en restent pas moins isolées et solitaires. On peut impunément bouleverser un nid et enlever de ses berceaux la frêle progéniture d’une Anthophorite, les insectes voisins restent dans une parfaite indifférence, laissant mettre à sac la maison d'à côté.

Le premier souci des Anthophorites, aussitôt l’éclosion des adultes accomplie aux premiers soleils du printemps, l'adulte rongeant la celoison avecses mandibules, c’est la recherche des sexes et l’accouplement, prélude obligé de la nidification. Les mâles éclosent les premiers et on les rencontre seuls pendant quelques jours sur les fleurs avant d’y voir une seule femelle ; il est probable que le nectar qu'ils y lèchent contribue puissamment à développer leurs organes génitaux et à mûrir leurs spermatozoïdes. Au bout de peu de temps les femelles commencent à se montrer d'abord faibles, à téguments peu consolidés; elles restent arrêtées à l'entrée des nids, recevant les effluves vivifiantes de l’air libre et du soleil, puis prennent leur vol et vont chercher sur les fleurs les aliments hydrocarbonés, source de la force mécanique et de la chaleur. Les mâles sont très-ardents et poursuivent sans relâche les femelles, cherchant à les saisir.Leur vol, du moins dans certaines espèces, prend alors un caractère singulier; au lieu de la position habituelle à peu près horizontale, le corps du mâle se relève sensiblement vertical, les forceps anaux saillants et écartés. On voit ainsi des mâles d’Anthophorites parcourant dans le sens horizontal le devant des talus criblés de trous d’où sortent incessamment les jeunes femelles. Lorsqu'une de celles-ci est prête à la copulation, elle se pose sur une surface abrupte, la vulve entr'ouverte et les ailes à demi écartées. Le premier mâle qui l’aperçoit se précipite sur elle et la saisit. Le mâle et la femelle réunis s’envolent ensemble et l'observateur les perd habituellement de vue. On étudie plus aisément ce qui se passe ensuite si on a affaire aux Xylocopes, qui nichent volontiers dans les vieilles charpentes de la toiture des greniers. On peut observer des couples de cette espèce, posés sur le bord d’un toit ou sur l'extrémité d’une gouttière, le mâle placé sur le dos de la femelle, les deux bouts des abdomens étroitement unis, les pattes du mâle serrant le corps de la femelle, les antérieures entre les premières et secondes

pattes de celle-ci, les intermédiaires du mâle entre la seconde et la troisième paire de la femelle, et les postérieures du mâle enlaçant, au delà des postérieures de la femelle, l'articulation de l'abdomen au thorax. Les ailes de la femelle sont ainsi libres et au repos, un peu écartées. Elles entrent souvent, en même temps que celles du mâle, dans un vif trémoussement, tandis que les deux corps restent dans une immobilité complète. L'accouplement dure au plus six à huit minutes. Vers la fin les étreintes et les frémissements d'ailes du mâle s’affaiblissent, puis il se laisse aller complétement, et pend, renversé, à l’anus de la femelle, qui seule agite encore les ailes ; enfin elle le rejette violemment avec ses pattes de derrière. Lepeletier de Saint-Fargeau dit avoir vu une fois la même terminaison de l’acte copulateur pour le mâle de l’Anthophora pilipes, dont la femelle, trainant son mâle, s'était rapprochée de terre à la fin de l’accouplement. Les mâles, détachés par leurs femelles, ne peuvent plus ni s'envoler ni marcher; ils se roulent quelque temps sur le sol par un mouvement des ailes, puis périssent ; en pressant leur abdomen, on peut souvent constater, comme pour le faux-bourdon qui a fécondé la reine-Abeille, que le pénis et les crochets copulateurs ont été arraChés.

La multiplication des Anthophorites se trouve restreinte par l'effet de nombreux ennemis. Des Apiens parasites, notamment les Melecta, trèsdifférentes d'aspect, viennent pondre dansles cellules des œufs dont les larves vivront de la pâtée mielleuse mise en réserve pour celles de l’Anthophorite. D'autres Hyménoptères plus redoutables y déposent des œufs d’où naîtront des larves dévorant celles des Anthophorites etleurs compagnes pollinivores; ainsi, les Mutilliens (Hymén. fouisseurs), les Ichneumoniens, Braconiens et Chalcidiens savent enfoncer leurs tarières à l’intérieur des cellules, percer les larves et introduire dans leurs corps des œufs produisant des larves se nourrissant des tissus de la larve vivante. Les autres ordres apportent aussi leur contingent hostile. On rencontre dans les nids des Anthophorites des Trichodes et quelques genres voisins (Coléoptères), et les diverses larves et nymphes de Cantharidiens (Meloe, Sitaris) dont les premières larves ou triongulins ont été apportées dans les nids par les mères qui les ont recueillies dans les fleurs, où ils se cramponnent aux poils de leur corps. Des Diptères, du groupe des Tachinaires ou Entomobies, peuvent aussi introduire leurs larves qui mangent celles des Anthophorites ; les Bombyles et les Anthrax (Diptères, Brachycères) pénètrent aussi dans les nids, non pas pour y sucer le miel, comme le pense Lepeletier de Saint-Fargeau, ce qu'ils feraient plus aisément dans les fleurs, mais afin que leurs larves carnassières s’y développent. Les larves des Clériens dont nous avons parlé ne bornent pas leurs ravages à une seule cellule, mais passent de l’une à l’autre, en perçant les cloisons.

Nous représentons pl. Lxx, fig. 9 la patelle basale de la jambe postérieure d'une femelle d'Anthophorite.

XYLOCOPA. 749

GENRES PRINCIPAUX

XyLOCOPA, Latreille. — Ocelles en triangle; mandibules élargies de la base à l'extrémité, à dentelures peu distinctes, à dos sillonné et un des côtés terminé en pointe; palpes maxillaires de six articles, diminuant de longueur de la base à l'extrémité ; langue cylindroïde et presque glabre, au moins de Ja longueur du corps dans l’extension. Aïles antérieures offrant une cellule radiale assez allongée, son extrémité écartée du bord extérieur, appendiculée au bout, trois cubitales complètes, la première petite, souvent coupée en deux dans toute sa largeur par une nervure qui part du bord extérieur, la seconde subtriangulaire et plus large que la première; première nervure récurrente aboutissant à la nervure d’intersection qui sépare les seconde et troisième cubitales, cette dernière subrectangle, le grand côté touchant à la radiale, recevant la seconde nervure récurrente ; une seule épine simple aux jambes intermédiaires; jambes postérieures à longs poils sur les deux faces, ainsi que le dessus du métatarse, le dessous de celui-ci garni d’une brosse ; second article des tarses inséré latéralement au-dessus de l'extrémité du premier; crochets des tarses bifides.

Les Xylocopes, ayant leur nom tiré de la nidification des espèces dont les mœurs nous sont connues, sont des Hyménoptères de grande taille, à reflets parfois brillants, à corps souvent d’un noir plus ou moins violet ou bleuâtre.

Les mâles sont tantôt très-analogues aux femelles, tantôt notablement différents ; les ailes sont d'ordinaire bien plus foncées et approchant du noir chez les femelles, et bien plus claires dans les mâles ; mais les différents reflets, violets, irisés, cuivreux, dorés, etc., se retrouvent les mêmes pour le mâle et la femelle d'une même espèce. Lepeletier de Saint-Fargeau fait cette remarque que les mandibules des Xylocopes sont construites sur le modèle de l'outil qui sert au sabotier à creuser le bloc de bois à l'intérieur.

On connaît plus de cent espèces de Xylocopes, des régions chaudes et tempérées des deux continents, et une d'Australie (X. muscaria, Fabr. du genre Lestis pour certains auteurs). La France en possède trois espèces, dont le type X. violacea, Scopoli, l’Abeille perce-bois de Geoffroy, l’Abeille charpentier de Réaumur.

On trouve abondamment cette espèce aux environs de Paris, dans les jardins, dans les vergers, près des maisons rustiques, en raison des habitudes de la femelle qui creuse les poteaux, les charpentes, les vieux arbres à fruit pour nidifier. C’est un des premiers insectes qui salue le soleil du printemps, volant déjà à la fin de février dans les jardins de Paris des quartiers excentriques, et butinant sur les premières fleurs des arbres à fruit. L'Algérie possède cette espèce, que M. Lucas a prise près d'Oran à la fin de mars et au commencement d'avril.

La dissection a fait voir que les organes génitaux du mâle se rapprochent de ceux des Bourdons. Les deux testicules séparés ont chacun quatre capsules, un canal déférent droit, légèrement renflé à la base, et des vésicules séminales analogues à celles des Bourdons. Cet insecte existe dans toute l'Europe tempérée et méridionale, manque dans les Iles Britanniques et ne remonte pas plus haut que la Silésie. Le mâle et la femelle sont longs de 20 à 24 millimètres, et il|y a des variétés méridionales de plus grande taille. La femelle a les antennes noires, souvent pâles en dessous, la tête et le corselet noirs à longs poils, les ailes noirâtres, à peine translucides, avec un riche reflet violet, les pattes noires ainsi que leurs poils, l'abdomen noir, peu velu, les poils et les cils latéraux noirs. Chez le mâle l’article avant-dernier de l'antenne et souvent le précédent sont d'un testacé pâle, ainsi que le dessous des autres articles; les hanches des deux pattes postérieures sont subépineuses et leurs jambes ont à la partie interne une compression presque spiniforme dont le bout est arrondi.

La Xylocope violette aime à butiner surtout sur les fleurs papillonacées des Légumineuses. La femelle creuse des galeries dans le bois vermoulu, selon les fibres, chacune un peu courbe au fond et près du trou d’entrée, avec cellules successives, à pâtée contenant un œuf, fermées par une cloison de sciure de bois humectée de salive. Les nymphes passent l'hiver et les adultes paraissent au printemps. Si l’insecte de la cellule du fond, qui est le plus âgé, était forcé pour sortir de percer les cloisons des autres cellules, il opérerait un massacre de ses frères et sœurs plus jeunes. La mère a eu soin de rapprocher cette cellule de la surface du bois, de sorte que le premier né n'a à percer pour sortir qu'une mince plaque de bois qu'entament aisément ses mendibules, et les autres n'ont qu’à ronger la cloison supérieure de leur cellule, C’est le cas de rappeler le remarquable exemple d'intelligence donné par une femelle de cette Xylocope qui avait construit ses loges superposées dans le tuyau de laiton d’un nécrentome abandonné sur un rebord de toit, au Muséum de Paris, s'épargnant ainsi le pénible travail de tarauder une poutre. Nous engageons les collectionneurs à visiter les nids des Xylocopes dans les poutres et les vieux arbres, dans l'espérance d'y rencontrer les cocons d’un brun noirâtre et ovoïdes d’un très-rare Hyménoptère parasite, le Polochrum repandum, Spin. (Sapygides, Sphégiens), de la taille d'une forte guêpe, à ailes d’un jaune enfumé, à antennes en fuseau, avec l'abdomen noir rayé de bandes jaunes, C’est M. le Dr Giraud qui a découvert l'habitation et les mœurs de cet insecte, pris au vol par Spinola, qui ignorait sa provenañce.

Les autres espèces européennes de Xylocopes sont plus australes. On observe près de Montpellier, et aussi en Morée et en Algérie près d'Oran et dans le cercle de La Calle et dans la Russie méridionale, le X. cyanescens, Brulle, ou minuta, L. St-F., de plus petite taille, pareil dans les deux sexes, de 10 à 42 millimètres seulement, ayant le corps comme les

XYLOCOPA, CENTRIS. 751

ailes à reflet d’un bleu violet. Une espèce du nord de l'Espagne, qui se prend en France à Perpignan, le X.cantabrica, L. Si-F., de 16 millimètres, est noire, à poils d’un gris roux, ou olivâtres, les ailes translucides, à reflets dorés, le bord postérieur un peu enfumé, un peu glacé de violet. Citons, comme espèces algériennes, le X. Amædei, L. St-F., de l'E. et de l'O. de l'Algérie, surtout près d'Oran et de Constantine, en mai et juin, et le X: Cirtana, Lucas, près de Constantine, en mai etjuin, sur les fleurs, nichant dans les traverses en bois des maisons.

Parmi les Xylocopes exotiques, nous représentons pl. Lxxr, fig. 5, le X, auripennis, L. St-F. femelle, du Bengale et de la Chine, de 20 à 22 millimètres. La tête, le corselet, l'abdomen, les pattes sont noirs, ainsi que leurs poils. Les ailes de la femelle, noires, sans transparence, ont un reflet d’un bleu violacé et le tiers postérieur de l'aile est glacé d'un vert doré très-brillant. Chez la variété chinoise, les cuisses postérieures sont ferrugineuses et le bord postérieur des ailes inférieures de la femelle a le même glacis d'un vert doré que celui des supérieures, Le mâle présente les deux pattes postérieures allongées, leurs cuisses épaissies, dilatées au-dessous et presque dentées, le reste comme la femelle.

CENTRES, Fabr. — Ocelles presqu’en triangle; mandibules quadridentées a côté interne ; palpes maxillaires de quatre articles ; ailes supérieures offrant une cellule radiale assez large dans son milieu, écartée par son extrémité du bord extérieur et portant un long appendice qui s’avance assez près du bout de l'aile ; trois cubitales complètes, la première presque divisée en deux par une nervule qui descend perpendiculairement du bord extérieur ; la seconde à peu près en parallélogramme, plus grande que la troisième, recevant la première nervure récurrente ; troisième cubitale fort rétrécie vers la radiale, la seconde nervure récurrente aboutissant à la nervure d’intersection de la troisième cubitale et d’une quatrième cubitale seulement commencée; une seule épine simple aux jambes intermédiaires; pattes postérieures très-grosses, les jambes postérieures à poils pollinigères analogues à ceux des Xylocopes, avec deux épines, l’intérieure fortement pectinée, l’extérieure l’étant aussi, mais moins distinctement; crochets des tarses bifides.

Les Centris sont de grands Apiens, à corps épais et poilu, ressemblant aux Xylocopes et aussi aux Bourdons, nidifiant probablement dans le bois d’après la structure de leurs mandibules, On en connait une soixantaine d'espèces, toutes de l'Amérique chaude, du Mexique, des Antilles, la plupart du Brésil, des Guyanes, du Vénézuéla et du Chili. On consultera à leur égard un mémoire de Spinola sur les Hemisia (Syn.) dans les Ann. de la Soc. entom. de France, 1841. Nous figurons une belle espèce de Cayenne, le C. clypeata, L. St-F., pl. Lxx, fig. 6, 6 a, antenne. Les antennes sont noires, la tête testacée, à poils fauves; le caractèré qui donne le nom à l'espèce est un chaperon rebordé en avant

et avec deux appendices recourbés, un de chaque côté. Le thorax est uoir, revêtu de poils fauves; des poils noirs mêlés à ceux-ci sur l'écusson et dans son voisinage font paraître ces parties brunes. L’abdomen est noir et ses poils noirs, sauf ceux du second et du troisième segment qui font paraitre ces anneaux en dessus sous l'aspect de deux larges bandes contiguës d'un jaune blanchâtre ; ceux de la base du second et du bord postérieur du troisième sont encore noirs. Les pattes sont noires, les poils des deux antérieures fauves, sauf aux tarses où ils sont noirs; ceux des quatre postérieures noirs, mélés en dessous de quelques poils fauves. Les ailes sont enfumées, à reflet violet, plus claires au bout.

Non loin des Xylocopa et des Centris se place le genre Euglossa, Latr., qui par les caractères anatomiques des femelles est voisin des Bourdons. Il offre en effet les jambes postérieures des femelles très-dilatées à leur extrémité, qui estcreusée en dessus en une large corbeille pour la récolte du pollen, le premier article du tarse muni d'une brosse en dessous et d’une palette ou légère dépression à l'extérieur; les mâles ont les jambes très-renflées, raboteuses et sillonnées dans la partie supérieure de leur moitié interne. Le nom de ce genre vient de la longueur de leur langue et de leurs mâchoires linéaires, toujours plus longues que la tête et le thorax réunis, même dans le repos et souvent plus longues que le corps dans l'extension, la langue cylindrique et nue. Les paraglosses sont très-développés, tandis qu’ils sont rudimentaires chez les Abeilles et les Bourdons. Latreille croyait ces insectes sociaux, produisant de la cire et ayant les habitudes des Bourdons, ce qui est inexact. Ce sont des solitaires, pompant le nectar dans les fleurs tubuleuses, intermédiaires entre les Bourdons d'une part, les Xylocopes et les Anthophores de l’autre. Les espèces, au nombre d'une quinzaine, sont de l'Amérique méridionale chaude et du Honduras. Les unes ont le corps glabre et brillant, tandis que chez d’autres il est trèspoilu. Lepeletier de Saint-Fargeau restreint le nom d'Euglosses aux espèces à corps brillant et à peine poilu, tandis qu'il établit le genre £ulæma pour les espèces à corps très-villeux et ressemblant davantage à nos Bourdons. Dans les genres voisins des Xylocopes et des Centris, et comme eux, sans Corbeilles, nous devons citer le genre Epicharis, Klug, formé d’un pelit nombre d'espèces du Brésil et des Guyanes, n'ayant que des palpes maxillaires rudimentaires, réduits à un seul article subglobuleux, les ocelles presqu’en ligne droite, les mandibules n'ayant que trois petites dents peu prononcées vers l'extrémité, et le genre Lestis, L. St-F., spécial à l'Australie, ayant le corps presque lisse et à reflet métallique, comme les Euglosses proprement dites, dont il est un terme parallèle, dans une région géographique très-différente, dé

ANTHOPHORA, Latr., syn. en partie MEGILLA, Fabr. — Tête large et transverse, à clypéus élevé; ocelles en triangle sur le vertex; yeux séparés, sub-

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