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PROSOPIS. S

couchés. Le mâle présente le scape ou premier article des antennes non dilaté transversalement en ovale, et le dernier segment ventral non incisé au milieu. Cette espèce, ainsi que d’autres Prosopis, aime beaucoup les fleurs de la Mignonnette sauvage (Reseda odorata), où on la trouve communément dans les mois de juin et de juillet. Une autre espèce, de plus grande taille, long. 7 mm.@, 6 à 7 ©, estle P. signata, Panz., Latr., L.St-F., bien peu distincte, sinon la même que P. confusa, Schenck. Cette espèce, nichant dans les tiges sèches de la Ronce, est abondante et disséminée partout dans les îles Britanniques, où elle est la plus grande des espèces de Prosopis. On la trouve aussi dans toute la France, en Allemagne, en Banemark, en Suède et Finlande, et dans l'E. et l'O. de l’Algérie (H. Lucas). Elle est noire, avec le front maculé de jaune, les épaules, les écailles et souvent une ligne transverse du pronotum jaunes, les ailes hyalines un peu enfumées, les jambes souvent annelées de blanc jaunâtre à la base, le premier segment de l'abdomen ayant de chaque côté une frange de poils blancs couchés. Le mâle présente les segments ventraux 3 et 4 de l’abdomen munis au milieu d’une ligne transversale élevée en callosité; ses antennes ont le flagellum ferrugineux en dessous, le scape ordinairement simple, avec une ligne pâle en dessous, parfois, peut-être, renflé ou dilaté et aplati. Une espèce aisée à reconnaître aux antennes du màls est le P. dilatata, Kirby, de 7 millim., ayant dans le mâle le premier article ou scape énormément dilaté, convexe en avant, concave en arrière, rhomboïdal, portant une marque triangulaire jaune. Il a aussi la face avec les marques jaunes plus étendues que chez la femelle, Les antennes ferrugineuses en dessous, les tarses et les jambes ayant la couleur citron plus prolongée. Dans les deux sexes le thorax est noir, avec le ccllier, les épaules, les écailles jaunes ; l'abdomen est noir, finement ponctué, sans frange de poils blancs aux côtés du premier segment, et avec une élévation transverse aux segments ventraux 4 et 5 du mâle. Cette espèce se trouve en France, en Allemagne, en Suède en Finlande, en Angleterre, mais locale. Le P. variegata, Fabr. (syn. colorata, Panz.) est une espèce des environs de Paris et du midi de la France, très-commune dans le Languedoc sur les fleurs de l'Oignon comestible, de l'E.et de l'O. de l'Algérie, capturée dans le Devonshire, en Angleterre, mais rare. Cet Apien, long de 5 à 6 millim., est noir, avec les joues d'un blanc jaunâtre, ainsi qu'un collier prothoracique, les épaules, les écailles et un point de chaque côté de l’écusson, les ailes hyalines, les jambes annelées de ‘blanc, les segments de l’abdomen roux en dessus, avec les bords munis de poils couchés d’un blanc cendré, le bout brun. Le mälea le chaperon entier, le front et le dessus de la base des mandibules d'un blanc jaunàtre, le devant du premier article des antennes blanc, cet article un peu dilaté et épais, les jambes en entier d'un blanc jaunàtre, ainsi que le métatarse, le second segment de l'abdomen entiérement noir.

A consulter pour le genre Prosopis : Fr. Smith, Descriptions of the British species of Bees belonging to the genus Hylæus, Fabr., and Prosopis of the same author, and also ofthe genus Cilissa, Leach (Newman Zoologist, 1848, VI, p. 2209 à 2216). — Observations on the species of the genus Prosopis, Fabr., with Notes on the economy of P. dilatatus (Neroman Zoologist, 1849, XVIT, p. 6610 à 6612).

COLLETES, Latr. — Tête courte et transversale, aussi large que le thorax; face large, avec la strie oculaire distinctement imprimée ; joues plus ou moins distinctes. Ocelles en triangle sur le vertex. Antennes filiformes et arquées, plus longues chez les mâles, Labre poli et libre à la base, mandibules à bout bifide. Palpes maxillaires de six articles ; menton ayant trois fois la longueur de la lèvre ou langue et bilobé au sommet; langue courte et évasée, à trois lobes, l'intermédiaire cordiforme. Palpes labiaux courts et filiformes, de quatre articles subégaux pareils à ceux des maxillaires et placés bout à bout ; paraglosses à peu près aussi longs que la lèvre et arrondis à leur sommet. Métathorax court, {ronqué au bout, avec une aire basale étroite, presque linéaire, Ailes supérieures avec une cellule radiale un peu appendiculée, presque aiguë à sa base et à son extrémité, allant en se rétrécissant du milieu jusqu'à celle-ci; trois cubitales complètes, la première la plus grande, 2 et 3 presque égales, un peu rétrécies vers la radiale, recevant chacune une nervure récurrente. Ailes inférieures armées de 8 à 45 hamecons, la fourche du cubitus située un peu avant l'origine de la nervure marginale. Cuisses postérieures de la femelle ayant en dessous une barbe pollinigère dense ; jambes postérieures sans patelle, mais avec ue brosse peu serrée ; métatarses postérieurs assez longs et peu poilus ; ongles munis d’une dent et d’une assez grande pelote. Abdomen convexe, le sixième segment dorsal libre, la valvule dorsale nulle.

La nidification des Colletes présente des particularités spéciales, autres que celle des Apiens industrieux qui précèdent. Elle est en rapport avec une langue très-courte, très-aplatie et cordiforme, servant de truelle et analogue à celle qu'emploient les Vespiens pour construire, avec la pâte ligneuse qu'ils fabriquent, les membranes dont ils font les alvéoles et les couvertures de leurs nids, et pour étendre sur leur surface une sorte de gomme qui leur donne de l'éclat et de la solidité et les protége contre l’action de l’eau. Réaumur a étudié au dernier siècle cette nidification {Mém. Ins., VI, 5° mémoire, pl. x) dans le mortier d’un mur du parce de Bercy, près de Paris, et dans sa jeunesse Lepeletier de S'-Fargeau à retrouvé les nids de la même espèce (C. succinctus ou fodiens) dans le même mur, qui existait encore. Le nid, de la forme, non de la substance de celui des Mégachiles, est un cylindre creusé horizontalement, droit ou courbe, si quelque pierre a obligé l’insecte à en changer la direction,constitué par des cellules placées bout à bout en forme de dé à coudre, le fond concave de la seconde cellule ayant sa convexité logée dans l’entréede la première, et ainsi de suite. Les cellules ont

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les unes 10, les autres 8 millim. de long, etguère plus de 4 de diamètre. Le cylindre des cellules offre alternativement des bandes de deux couleurs, les unes étroites, à la jonction de deux cellules, les autres larges, formées, au corps même de chaque cellule, par un mélange d’un rouge plus ou moins brunâtre de miel ét de pollen. Les parois des cellules et les cloisons séparatives sont faites de plusieurs membranes superposées, minces et transparentes comme de la baudruche. La larve naissante, sortie de l'œuf pondu dans chaque cellule, parait d'abord se nourrir de la partie liquide des provisions, puis ouvre un trou cylindrique dans la masse solide, de sorle.que les parois de la cellule se trouvent soutenues par un tuyau qui devient de plus en plus mince, et qui ne manque tout à fait que lorsque la larve, prête pour la nymphose, remplit presque l’intérieur de son logement par le volume de son Corps.

Les membranes détachées des cellules ne montrent, aux plus fortes loupes, aucune fibre végétale, ce qui arriverait si elles avaient été arrachées de quelque plante par les mandibules de l'Apien; brûlées, elles donnent une odeur analogue à celle de la soie, ce qui indique un produit de sécrétion animale. C’est une liqueur visqueuse, une salive dégorgée par le Colletes qui les produit, et la surface interne de la terre ou du mortier des trous où sont logés les nids est enduite d’une couche blanche, mince et luisante, comme les traces que les limaçons laissent aux corps sur lesquels ils ont rampé. La langue large du Colletes peut, quand elle se plie en gouttière, retenir une matière visqueuse, et les lobes latéraux sont capables d'étendre et d'appliquer ce vernis, comme des doigts.

On rencontre aussi les Colletes construisant leurs tertiers dans de légers bancs de sable, ainsi dans les murs des sables marins exploités pour la fabrication du mortier et composant la colline sur laquelle est bâtie la ville de Montpellier (V. Mayet). M. Kirby a étudié les nids du C. Davitesanus, qui est extrêmement abondant dans beaucoup de districts sablonneux du comté de Kent. Les terriers de ces insectes ont de 270 à 320 millim. de longueur; ils sont garnis, à leur bout le plus éloigné, d'un mince enduit membraneux et transparent, ressemblant à une feuille de batteur d'or. L'insecte, l'ayant approvisionnée d'une fourniture suffisante de pollen et de miel à l’état demi-fluide, ferme en dessus la cellule avec un couvercle de la même substance que celle qui enduit le tube. Ce couvercle est étendu à plat en travers, semblable à une peau de tambour. Puis la femelle construit un peu en dedans et très-près un couvercle concave, servant au même usage que Île fond de la première cellule, et répète ce travail jusqu’à ce qu'elle ait formé six à huit cellules. Il est douteux que la même Mouche construise plus d’un-de ces tubes: on ne voit jamais de trace d’une seconde galerie, oblique à la première, comme cela s'observe chez beaucoup d'Apiens solitaires, particulièrement les Halictus, Andrena, Anthophora.

Les Colletes Daviesanus sont sujets aux attaques de deux parasites, l'un se nourrissant des larves et l'autre du pollen. Le premier est un Diptère muscien, Millogramma punctata. On voit souvent cette Mouche entrant dans les terriers de cet Apien, et l'on se la procure en nombre si l'on élève les cocons du Colletes. Le second est une jolie petite Nomade, N. minuta, Fabr., ou rufo-cincta, Kirby, qu'on obtient fréquemment des cellules de Colletes Daviesanus et fodiens. La destruction des Colletes par ces deux parasites est cependant insignifiante, si on la compare au carnage en masse commis par les Forficules : ces ennemis omnivores mangent indistinctement larves, nymphes et pollen, et ils abondent tellement en certains endroits, que les trois quarts des Apiens périssent sous les attaques de ces insectes destructeurs.

On compte une vingtaine d'espèces de Colletes, dix environ pour l'Europe et la France, les autres d'Algérie, des îles Canaries, d'Égypte, du Cap, et trois du Chili, de la Colombie, de la Géorgie et de la Floride (États-Unis du Sud). Nous n'indiquerons que trois espèces des plus répandues, se prenant toutes trois aux environs de Paris : Le C. succinctus, Linn., long de 10 à 11 millim. Le mâle, plus petit, est noir, avec la tête et le thorax hérissés de poils fauves, la lame du labre bifide ; la poitrine grise ; l'abdomen assez brillant, avec le premier segment offrant sa moitié basale garnie de poils cendrés, les segments 2 à 5 ayant des bandes apicales de poils blancs; les pattes sont noires et velues, à poils blanchâtres ; l’écaille alaire brune, les ailes transparentes, avec la côte, le stigma et les nervures noirs. Le mâle a le dernier segment de l’abdomen ayant de chaque côté une petite fossette assez profondément imprimée. On trouve celte espèce près de Paris, faisant son nid en juillet et août dans les vieux murs. L'espèce a été trouvée près de Montpellier ayant un Cantharidien à hypermétamorphoses parasite de son nid, le Sitaris Colletis, Mayet (1), qui est peut-être le même que le Sitaris analis, Schaum. Ce nid est également hanté par un Apien parasite, l’Epeolus tristis, Smith, signalé d’abord de Russie, et que le Colletes semble autoriser à déposer son œuf, car il ne l'attaque pas, et attend patiemment, pour entrer, que l'intrus soit sorti de sa galerie. La larve de l'Epéole devient nymphe en août. On rencontre le C. succinctus en Angleterre, où il est répandu dans le Surrey, le Hampshire, le Cumberland, l’île de Wight, etc. Il aime beaucoup les fleurs de Bruyère et paraît très-communément lorsque ces fleurs abondent, en juin, juillet et août. L'espèce est aussi de Suède, de Finlande et d'Allemagne. — Le C. fodiens, Fourcroy, un peu plus petit que le précédent, s'en distingue par un abdomen plus noir et très-ponctué, tandis qu'il est poli chez le précédent; les bandes de poils grisâtres couchés sont analogues et ses

(1) Valéry Mayet, Mœurs et métamorphoses d’un Coléoptère de la famille des Vésicants, le Sitaris Colletis (Ann, Soc. entom. France, 5° série, 1875, t. V, p. 65,

avec planches).

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bords d’un fauve pale; l’écaille alaire garnie d’un duvet blanc. Il est de toute la France, très-commun en juin près de Toulouse sur les Pyrèthres et les Achillées; en Angleterre il est moins abondant que l’autre espèce et ne formant pas de grandes colonies. On le trouve, en juin, juillet, août, dans le comté de Kent, le Sussex, le Hampshire, etc. L'espèce est aussi d'Allemagne, de Turquie, d'Algérie (H. Lucas), près de Bône, sur les fleurs, en novembre. — Citons enfin le C. cunicularius, Linn. (syn. hirtus, L. S-F.), de 12 à 43 millim., entièrement noir et tout couvert de poils roux touffus mêlés à quelques noirs; l'abdomen à peine fascié de grisâtre, les segments ventraux 2 à 5 de l'abdomen du mâle longuement frangés sur les côtés, le dernier simple, et le même étroitement subtronqué au bout dorsal. Lepeletierde S'-Fargeau dit avoir pris cette espèce au commencement d'avril, dans les parties les plus sablonneuses des bois de Boulogne et du Vésinet, près de Paris, butinant sur les fleurs du Saule marsault (Salix caprea). L'espèce se trouve aussi en Suède, et dans l’est de l'Algérie, en mars (H. Lucas), dans les bois du lac Tonga, aux environs du cercle de la Calle, sur les fleurs des lieux secs et sablonneux. Les individus du nord de l'Afrique sont plus gros que ceux d'Europe. Les poils qui revêtent le thorax sont d’un roux plus foncé dans les deux sexes, et les bords postérieurs des segments sont munis de poils plus courts et plus serrés que chez les sujets européens. Les nombreuses différences dans les époques d'apparition que Îles auteurs indiquent pour les Colletes tendent à faire croire que ces Apiens, dont les mœurs ne sont pas encore suffisamment étudiées, ont plusieurs époques d'apparition.

À consulter pour ce genre: Fr. Smith, Descriptions of the British species of Bees comprised in the genus Colletes, Latr., and Macropis, Klug, with Observations on their economy (Neuman Zoologist, 1846, t. IV, p. 1274-1281).

M. Fr. Smith a établi divers genres annexes, détachés du genre Colletes, pour des Apiens de l'Australie, de la Tasmanie et de la Nou-

velle-Zélande, sous les noms de Leioproctus, Dasycolletes, Lamprocolletes, Paracolletes, etc.

Nous terminerons l'étude de l'importante tribu des Apiens par quelques renseignements complémentaires.

Genre Aris. — Les ouvrages d’apiculture font une courte et insuffisante mention de ce qu'ils nomment le Méloé, et qui n’est autre que la larve primitive de diverses espèces du genre Meloe (Coléopt. Cantharidiens). Grimpant dans les fleurs nectarifères après l’éclosion des œufs, cette larve, munie de fortes mandibules et de griffes acérées à ses six patles, peut s'accrocher aux poils des Abeilles qui butinent, comme aux autres Apiens et même à des Diptères. En France, cette larve, qu'on signale aux environs de Paris, parait surtout commune, par les années

chaudes et humides, dans les Sainfoins du Gâtinais. Sa présence gêne beaucoup les Abeilles, qui font de violents efforts pour s’en débarrasser, et peuvent s'épuiser dans de véritables convulsions, au point d’en mourir. Ces faits ont été observés avec beaucoup plus de précision en Allemagne et en Russie. Les espèces de Meloe nuisibles aux Abeilles ont été délerminées, ainsi que la mortalité produite par l’action des premières larves (1).

D'après M. Ed. Assmuss, l'espèce de Meloe de beaucoup la plus nuisible est le Meloe variegatus, Donoyan (syn. scabrosus, Marsham), superbe espèce d’un riche bronzé cuivreux, fort rare près de Paris, qu'on trouve çà et là dans les prairies, notamment dans les fortifications, à Gennevilliers et dans les prés d’Ivry, sur les bords de la Seine (presque entièrement détruits aujourd'hui par suite des constructions: c’est en recherchant ce Coléoptère que des amateurs découvyrirent dans ces prairies l'existence d'une curieuse Phalénide à femelle aptère, Nyssia zonaria, dont la capture pendant un assez grand nombre d'années répandit cette intéressante espèce dans toutes les collections européennes). Ce Cantharidien est de toute l’Europe, de l'Asie septentrionale et occidentale et du Caucase; mais il est loin d’être partout aussi commun qu’en Allemagne. En certaines années, ses premières larves se montrent en quantités incroyables, surtout sur les fleurs de Sainfoin ou Esparcette, de Pissenlit et de Bugle. Elles assaillent avec une sorte de promptitude furieuse les Apiens qui récoltent le nectar et le pollen de ces fleurs, et en particulier et surtout l'Abeille domestique. Elles sont longues d’un peu plus de 2 millim. et ne se contentent pas de se suspendre aux poils des Abeilles, comme les autres larves primitives des genres de Cantharidiens Meloe et Sitaris, mais s’insinuent, à l’aide de leurs mandibules aiguës et de leurs griffes, entre les lamelles des arceaux ventraux imbriqués et aux articulations de la tête, du prothorax et du mésothorax, pénétrant souvent si profondément, qu'on a peine à les apercevoir. On comprend qu’elles irritert alors très-fortement les délicates lamelles sécrétant la cire,et les articulations molles et flexibles, au point d'amener la mort des Abeilles au milieu de grandes douleurs et de vives convulsions. Les Abeilles, ne pouvant s’en débarrasser, les portent dans les ruches. Les Meloe variegatus ne paraissent pas pouvoir y subir la série de leurs hypermétamorphoses, comme dans les nids d'Anthophorides solitaires, On ramasse leurs premières larves en grande quantité sur le plateau de la ruche et sur les Abeilles mortes ou mourantes ; on les retrouve disséminées dans les détritus, cachées dans les

(4) D' Ed, Assmuss, Les parasites de l'Abeille et les maladies qu’ils produisent chez cet insecte. Br.in-8°, Berlin, avec 3 pl. lithogr., Ernst Schotte, 1865. — A. Dobrn. Note bibliographique sur ce travail (Séettin entomol. Zeitung, 1865, p. 295). — Grassi et Barbo, Meloe variegatus, Donovan (4picollore, Milan, 4876; p. 261).

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fissures de la ruche ou accrochées aux parois, tantôt vivantes et trèsmobiles, tantôt mortes et desséchées. Elles finissent ou par sortir de la ruche par la porte. et surtout les fissures, ou par mourir de faim, les Abeilles ne les laissant pas pénétrer dans les cellules à couvain. On trouve, dans les années où ce Méloé est le plus commun, une foule d'Abeilles gisant mortes à quelques pas autour des ruches, ou expirant au milieu des plus effroyables convulsions, et beaucoup ont dû mourir dans le trajet.

Les Abeilles ouvrières ne sont pas seules tourmentées par ces larves primitives; elles peuvent passer dans la ruche sur le corps de la reine, et causer aussi sa mort en pénétrant dans ses articulations. Ainsi Kôpf perdit par cette cause, en juin 4857, neuf reines sur ses 28 ruches, et environ moitié des ouvrières ; ce qui donne, uniquement par la première larve du Meloe variegatus, une perte de 172 500 ouvrières, en estimant seulement à 1500 ouvrières la population d'une ruche à cette époque de l’année, M, Assmuss observa cette même larve, à partir du commencement de juin 4864, sur les ouvrières de neuf ruches d’Abeilles qu'il avait établies au milieu d'une bruyère, dans le cercle de Porjetsch (gouvernement de Smolensk). Il voyait des Abeilles s'élancer isolément des ruches, s’abattre au devant et iournoyer sur le sol, écrasées par la douleur et ne pouvant reprendre leur vol, sans toutefois mourir tout de suite ; elles passaient la nuit par terre, ne mourant que le lendemain. Beaucoup d’Abeïles revenant de butiner (ombaient également épuisées, et mouraient au milieu de convulsions, En ramassant et examinant avec soin quelques-unes de ces Abeilles, on trouvait sur chacune un certain nombre de larves du Méloé entre les anneaux ventraux, jusqu'à 18 chez certaines et quelques larves complétement entrées. De jour en jour la mortalité des Abeilles augmentait, de sorte que plus de deux cents Abeilles par jour gisaient mortes ou malades devant certaines ruches. Jusqu'au 15 juin la mortalité se maintint sur ce pied, puis alla en diminuant, et cessa aux premiers jours de juillet. Les reines ne furent pas importunées, comme chez Kôpf, mais les larves primitives passèrent des ouvrières sur beaucoup de faux Bourdons, et causèrent leur mort. Elles se rendaient ‘aussi sur les jeunes Abeilles, au moment où elles sortaient des cellules, et les faisaient périr.

En 1876, M. Barbo a observé de très-abondantes larves du Meloe variegatus, en Italie, dans un rucher près de Crémone. I] regarde cet ennemi comme très-redoutable sur les Abeilles isolées, mais n'ayant pas d'influence sensible sur les colonies dans la totalité d'une année favorable. 11 est porté à attribuer à ces larves quelques anomalies qu'il observa dans ce rucher, comme le chant des reines dans onze ruches qu’il pense ne pas avoir essaimé, et Le peu d'énergie des essaims qui se montrèrent. Beaucoup d'Abeilles sortaient presque en silence et s'élevaient très-peu au-dessus du rucher; beaucoup d'autres remtraient

à peine sorties, et la plupart, au lieu de quitter la ruche en volant, s'aggloméraient autour de la porte et en dessous. En un quart d'heure M. Barbo arrêta à la porte cinq ou six Abeilles chargées de larves. Il admet que les Abeilles, une fois entrées dans la ruche, sont délivrées du parasite par leurs compagnes, bien qu'il n'ait jamais surpris les insectes faisant cette opération.En effet, une Abeille ne peut pas se délivrer elle-même des larves, et bien queM. Barbo pût saisir à la porte nombre d'Abeilles chargées de larves de Méloé, il n’en put trouver qu’une seule à l'intérieur de la ruche. Les apiculteurs attentifs ont mille fois observé cette toilette curieuse que les Abeilles se font les unes aux autres; de plus la forme allongée de la larve la rend aisée à saisir, et son agilité, bien moindre que celle du Braula cæca, augmente cette probabilité. Les mouvements d’impatience et de colère des Abeilles assaillies sont si manifestes, qu'on les reconnait facilement au milieu des autres. En outre M. Barbo trouva dans l'intérieur et sur le plateau des ruches un grand nombre de larves de Méloé mortes, toutes à la même phase que celles portées par les ouvrières; certaines ruches en avaient 40 à 50, et beaucoup ont dû lui échapper en raison de leur exiguité et par la difficulté de les voir au milieu des détritus habituels qui couvrent le plateau des ruches. Malgré la grande abondance de l'espèce cette année, écrit M. Barbo, il n'a jamais rencontré dans les ruches aucune autre phase de développement du Méloé, qui doit s’accomplir ailleurs ; la grosseur de l'adulte, qui dépasse souvent 2 centimètres et demi, rendrait sa présence bien aisée à voir dans une ruche. Toutes les larves vivantes ou mortes étaient noires.

M. Ed. Assmuss à remarqué que les Abeilles qui revenaient chargées de nectar mouraient en plus grand nombre que celles qui rapportaient du pollen. Les premières larves de Meloe variegatus se trouvaient surtout dans les fleurs de Bugle, où les nectaires, placés à une grande profondeur, rendent la récolte peu aisée et lente; les Abeilles à pollen rapportaient les larves de plantes très-variées, notamment des fleurs de Fraisier. IL suppose que ce sont ces larves qui sont la cause la plus ordinaire de l'affection appelée rage des Abeilles ou maladie de mai, car les symptômes sont tout à fait pareils à ceux que manifestent les insectes assaillis par les larves. En certains pays et par certaines années, cette affection cause de grands ravages dans les ruches. Elle était connue des anciens sous le nom de kraura et citée par Aristote; elle faisait surtout son apparition dans les années sèches, et on la croyait due à ce que les Abeïlles recueillaient leurs produits sur des plantes couvertes de nielle ou rouille. Dzierzon suppose que la rage est causée aux Abeilles, soit par du miel empoisonné que leur présentent des apiculteurs malveillants et coupables, soit par des nectars naturels et délétères récoltés à la fin de la floraison des arbres, quand fleurissent les Pommiers et les Sorbiers. Ce sont surtout les jeunes Abeilles sortant des cellules qui sont atteintes de la rage, et en 1836 toutes les jeunes

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Abeilles de la Silésie ont succombé de cette manière, ce qui a amené la perte de beaucoup de ruches. M. Assmuss fait remarquer que les larves de Méloé n'ont été observées que depuis peu de temps et ont dû échapper à beaucoup d'apiculteurs qui n'avaient pas une attention assez soutenue, surtout quand elles sont en grande partie cachées dans le corps des Abeilles ou dans les fentes des ruches et au milieu des détritus. Ce qui milite en faveur de cette opinion, c’est la saison dans laquelle se montre la maladie, en mai dans les contrées les plus chaudes, en juin dans les plus froides : or les larves de Méloé se trouvent à ces mêmes époques, plus tôt dans les régions chaudes, plus tard dans les froides, mais jamais après le mois de juin, moment où l’on ne voit plus la rage se manifester. En outre les jeunes Abeilles succombent aisément à la rage parce que leur peau est encore très-tendre et que les larves l'irritent bien davantage, tandis qu'elles peuvent ne pas causer grand dommage à une vieille Abeille.

Pour protéger les Abeilles contre les attaques du Meloe variegatus, le mieux ést de tuer les adultes, qui sont si visibles, car la mort d’une femelle amène la non-apparition de 5000 larves, ce nombre étant à peu près celui des œufs des ovaires. En outre il faut recueillir devant les ruches les Abeilles mourantes qui rapportent les larves de ce Cantharidien, ainsi que celles gisant sur les plateaux et les détritus de ceux-ci, et jeter le tout dans l’eau bouillante ou dans le feu, afin que les larves soient détruites, et ne puissent faire d’autres victimes en sortant des ruches.

Une autre espèce de Méloé qui intéresse l’apiculteur est le Meloe proscarabœus, Linn., ayant la même distribution géographique que le précédent, mais beaucoup plus abondant et la plus commune des espèces du genre en Europe. Je l'ai pris autrefois en nombre énorme au début du printemps dans les prairies d’Ivry riveraines de la Seine. Il est d’un bleu noirâtre, à reflets violets, la tête et le pronotum ponctués de fossettes ; ce dernier subcarré, légèrement rétréci postérieurement. La taille varie beaucoup, de 10 à 25 millim. chez la femelle, sur 6 à 10 de large. Le mâle, beaucoup plus petit, parfois dans une proportion incroyable, se reconnait tout de suite à ses antennes, qui paraissent brisées vers le milieu, quand on les voit de profil, car les articles 6 et 7 sont élargis en dessus et très-concaves en dessous; peutêtre ces cavités s’emboîtent-elles à quelque partie convexe de la femelle lors de l’accouplement.

La première larve de cette espèce est un peu plus petite que celle du M. variegatus, n'ayant qu'environ 2 millim. de longueur. Tandis que celle-ci a une tête triangulaire mousse, la première larve du M. proscarabœus a la tête arrondie; en outre, au lieu d’être d’un noir brillant, sa couleur est d’uu blanc jaunâtre, parfois plus jaune.Quant au reste, les deux larves sont pareilles. On trouve la larve du Méloé proscarabée ayant grimpé sur les fleurs les plus variées, notamment celles de Colza

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et de Navette. Elle guette les Abeilles pour s'accrocher à leur corps; mais elle ne s’insère pas dans les articulations, comme celle du Meloe variegatus, se tenant seulement aux poils des parties supérieure et inférieure du thorax. Ces larves, rendues à la ruche, se transportent, si les Abeilles ne les en empêchent pas, dans les cellules, et, probablement à la facon de leurs congénères dans les nids des Anthophores, mangent un œuf,et passent probablement aussi à travers plusieurs cellules remplies de pollen qu'elles consomment, car la provision d'une

seule cellule ne doit pas pouvoir suffire à leur Eau développement. “ Assmuss a trouvé une fois, dans une ruche à couvain pourri abandonnée par les Abeilles, en coupant les rayons de cire, deux secondes larves de Méloé, à pattes courtes, longues de 12 millim., et d’un blanc jaunûtre, qui tombèrent des cellules. Il ne put réussir à élever ces larves, qui moururent bientôt, quoiqu'il leur eût fourni des cellules à pollen. Elles avaient beaucoup de peine à grimper sur les rayons verticaux; si elles avaient pu atteindre la seconde phase de leur évolution, c’est que la ruche était malade, et qu'elles n'avaient pas été pourchassées par le peu d’Abeilles qui restaient. Il est très-probable que ces secondes larves appartenaient au Méloé proscarabée, car les Abeilles de l'endroit où fut faite cette observation, en Russie, près de Podolsk,

rirent, à la fin de mai, des larves primitives de ce Méloé, et que jamais l'observateur ne trouva dans le pays d’autres espèces de Méloés. On ne connaît pas les phases suivantes du développement du Meloe proscarabæus, ni aucune autre phase que la première larve pour celui du Meloe variegatus. Il est probable que c'est une larve'du Méloé proscarabée qui a été trouvée accidentellement par M. Barbo, dans son rucher près de Crémone, sur un fragment de rayon construit à nouveau avec de la vieille cire, qui s'était détaché du haut et était tombé à la porte de la ruche; elle était de couleur de cire, mais analogue de forme aux premières larves noires de Meloe variegalus.

Les larves primitives du Méloé proscarabée sont loin de faire aux Abeilles autant de mal que celles de l’autre espèce, et ne causent pas leur mort, car elles n’entrent pas dans leurs articulations ; mais, comme elles tourmentent ces insectes, il est bon que l’apiculteur détruise le Meloe proscarabœus.

M. Assmuss n'attribue pas exclusivement la rage des Abeilles aux premières larves de Méloés; il pense que cette affection peut aussi être la conséquence de l'introduction dans leurs corps de deux Helminthes entozoaires qu'il y a observés, les Gordius subbifurcus, Siebold, et Meranis albicans, Siebold. Il consacre une partie de son mémoire à de nombreuses observations sur la pourriture du couvain, qui est la plus terrible des épidémies qu’aient à supporter les Abeilles. Il en attribue la cause à l'influence d’un Diptère Muscien, la Mouche bossue ou Phora incrassata, Meigen. C’est là une opinion fort peu admise par les

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apiculteurs, qui attribuent la terrible loque à des causes générales, et non à l'influence particulière d’un insecte.

Les Phora, en effet, sont des Mouches dont les larves vivent dans les matières corrompues de toute nature, sur lesquelles les femelles adultes viennent pondre leurs œufs. C’est ce qui a été parfaitement constaté par L. Dufour (1). Ainsi, par exemple, le Phora pallipes, (Latr. syn. rufipes, Meigen), remplit un rôle harmonique considérable, en raison de l'abondance extrême de ce Diptère, dont on trouve les larves dans les substances de toute sorte en putréfaction, ainsi les Champignons gâtés, le vieux fromage, etc. La larve du Phora nigra, Meigen, a été rencontrée dans les Mousserons pourris (Agaricus prunulus, Fries), et celle de Phora helicivora, L. Dufour, dans des Colimaçons morts et en décomposition dans un creux d'arbre. Le couvain atteint de pourriture doit donc attirer les Phores, mais leur attribuer la cause de la loque me paraît de cette nature de raisonnement faux défini par les logiciens : Post hoc, ergo propter hoc.

Quelques indications nouvelles nous sont parvenues pendant l'impression des Apiens sur les espèces d’Abeilles de l’extrême Orient, toujours malheureusement trop vagues au point de vue entomologique. L’Apis indica paraît très-commune, non-seulement aux Indes et à Ceylan, mais dans toutes les îles des Moluques et de la Sonde, notamment à Java, où manque tout à fait l’Apis mellifica. On fait commerce du miel et de la cire de l’A. indica, et elle est élevée dans des ruches grossières, formées de gros tuyaux de bambou, fermés aux bases par des planchettes, dont l’une porte un orifice d'entrée et de sortie pour les Abeilles. Ces ruches sont portées vides dans les bois, et, lorsqu'un essaim est venu se loger dans une d'elles, on la rapporte au village où on la place ordinairement sous la gouttière du toit de l'habitation. Si l’on ne prend pas trop de gâteaux à la fois aux insectes, ils restent souvent plusieurs années dans la même ruche. La grande Abeïlle 4. dorsata existe dans les mêmes régions que l’A. indica. Elle ne paraît pas cultivée en ruches à Java. Les indigènes craignent beaucoup le redoutable aiguillon de cette espèce de forte taille, et se contentent de recueillir parfois les produits de ses ruches naturelles établies dans les creux des vieux arbres géants des forêts vierges de Java et à une grande hauteur. Il serait à désirer que l'introduction de l'A. dorsata fût tentée er Europe, afin de recueillir par les sujets de cette grande espèce les nectars des fleurs à corolles trop profondes pour la courte trompe de notre À. mellifica. On assurerait ainsi la fécondation d’une Légumineuse

(1) Mémoire sur les métamorphoses de plusieurs larves fongivores appartenant à des Diptères (Ann. sciences natur., Z00L., 2° série, 1839, t. XII, p.5 à 60.)— Recherches sur les métamorphoses du genre Phora, et description, ete, (Mémoires de la Société royale des sciences, de l’agricugture et des arts de Lille, Lille, 14841, p. 414).

fourragère très-importante, le Trèfle incarnat, dont le grainage reste souvent fort imparfait ; et l'Apis dorsata pourrait vider complétement de leur nectar les corolles les plus longues et par suite les plus nectarifères de cette fleur, ce que nos Abeilles sont impuissantes à faire. (Vov. les Abeilles de Java, in Apiculteur, 1876, p. 268 et 372.)

La Chine et le Japon ne paraissent pas non plus posséder les Abeilles domestiques de l’Europe. Le R. P. Armand David cite des Abeilles chinoises dont on sait récolter les essaims et les placer dans des ruches formées de troncs d'arbres creusés. L’'apiculture parait assez perfectionnée au Japon, et ce pays possède probablement plusieurs espèces du genre Apis, les unes vivant à l’état sauvage dans les trous des arbres et les fentes de rochers, les autres pouvant appartenir aux mêmes espèces, cultivées en ruches par les habitants. Ces ruches sont des caisses de planchettes, posées sur des tréteaux, souvent superposées, avec portes et trou de vol en bas sur un plateau débordant. On recueille les essaims dans des corbeilles de paille qu’on suspend près des nids sauvages, et dans lesquelles on a mis du sucre. Quand les Abeilles y sont installées, on les porte à la ruche, dans le jardin de la maison. On a soin de laisser aux insectes une portion de leurs gâteaux pour passer l'hiver, saison dans laquelle leurs ruches sont entourées de paille. Les Japonais savent qu'il ne faut pas enlever les cellules de reines, s'ils veulent que leurs ruches donnent des essaims. Ils aspergent d’eau les essaims à leur sortie, afin de forcer les Abeïlles à se rassembler, et, au moyen d’un balai, réunissent les insectes dans une caisse vide, afin de former une nouvelle ruche. (Voy. Apiculteur, 1877, p. 7 et 20.)

On peut consulter quelques travaux étrangers peu connus en France sur l'Apis mellifica. Ainsi : J. G. Derborough, On the Duration of life in the Queen. Drone and Worker of the Honey-Bee, to which are added Observations, etc.(Trans. Soc. Entom. of London, 1852-53, t. Il, p. 145), et du même auteur, Observations of the Duration of life in the Honey- Bee (Trans. Soc. entom. of Lond., 1868, t. VI, p. 225). Ce sont des études sur la durée de la ressemblance des trois formes de l’Abeille et la durée de sa vie. — Fr. Smith (Toads long known to be ennemies of the Hivebee, Newman Zoologist, 1855, t. XIIL, p. 4738 à 4739). C’est une note sur la question, encore très-controversée de savoir si les Crapauds sont réellement nuisibles aux Abeilles, comme l’admettent les apiculteurs. Tout récemment M. Collin de Plancy (Alimentation des Reptiles et des Batraciens, in Bull. d’insectologie agricole, 1875-76, p. 207) a cherché à innocenter le Crapaud sous ce rapport. — Von Kiesenwetter, Ueber die Bienen des Hymettus (Berliner entomol. Zeitschrift, 1860, t. IV, p. 315 à 317) : c'est une étude sommaire des races d’Abeilles du mont Hymette, qui sont des ligustica et leurshybrides, notamment la variété Cecropia.

Le cas de cyclopie dont nous avons parlé, signalé par M. H. Lucas pour l'Apis mellifica, a été observé, non sur une reine féconde, mais sur

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une ouvrière ou femelle avortée, qui était en outre peu développée (Ann. Soc. entom. Fr., 4° sér., 1868, VIIIT, p. 757).

Genre Tricoxa. — A consulter pour quelques espèces de Trigones : Fr. Smith, Notes of some Hymenopterous Insects collected by M. Peckolt at Catagallo, South Brazil (Trans. Soc. Entom. of London, 1865-67, t. V, p. 323); Observations on the Economy of Brazilian Insects, chiefly Hymenoptera, fromthe notes of M. Peckolt (Trans. Soc. Entom. of Lond., 1868, t. VI, p. 133). Dans ces travaux se trouvent étudiés Trigona Mosquito, avec sa reine fécondée ayant plus du double de la longueur de la femelle vierge ou neutre, et les Trigona ruficrus, Mandacaia et Urucu; en outre d’autres genres d'Hyménoptères.

Genre Bowgus. — A consulter : Fr. Smith, Notes on the British Humblebees (Bombus) Newman (Zoologist, 1844, t. Il, p. 541-550). — J. Fr. Ruthe, Sur les Hyménoptères rapportés d'Islande par le D° Staudinger (Stettin entomol. Zeitung, 1859, p. 305 et 362). Le Bombus hortorum, Linn., a été rencontré dans cette île. — A. Gerstäcker, Supplément sur le genre Bombus (Stettin entomol. Zeitung, 1872, p. 282).

Genre XyLocopa. — Plusieurs remarques intéressantes doivent être ajoutées à ce que nous avons dit sur ce genre. La nidification, étudiée d’abord par Réaumur, puis par d’autres auteurs, restait incomplète par l'absence d’études suffisantes sur la larve et la nymphe. Cette lacune à été comblée par M. H. Lucas, qui a décrit très-complétement ces deux premiers états. La larve rend des excréments et se change en nymphe sans filer de cocon (Étude pour servir à l'histoire naturelle de la vie évolutive de la Xylocopa violacea, in Ann. Soc. Entom. Fr.1868,VIIT, p.727).

On rencontre quelquefois sur cet Apien un Acarien parasite différent comme espèce de celui décrit par L. Dufour et trouvé sur les Osmies; c'est le Trichodactylus Xylocopæ (Donnadieu, Ann. sc. natur., z001., 5° série, 1868, t. X, p. 70, pl. x, fig. 1, 3, 7, 9). — Andren Murray, Economic Entomol. London, Aptera, p. 252.

L'étude générale du genre Xylocopa a fourni deux monographies : A. Gerstäcker, Sur les espèces européennes du genre Xylocopa (Stettin entomol. Zeitung, p. 269), et Fr. Smith, Monograph of the genus Xylocopa, Latr. (Trans. Soc. entomol. of London, 1874, t. XIII, p. 249). L'importance de ce récent travail mérite une analyse sommaire. Quand les deux sexes sont connus, l’auteur divise les Xylocopes en deux groupes, suivant que les espèces sont pareilles de couleur dans les deux sexes, ou différentes de l’un à l’autre. Il y a en Europe six espèces de ce genre, dont cinq rentrent dans le premier groupe : X. violacea, Fabr., de France, d'Allemagne, de Dalmatie, d'Autriche, de Sicile, d'Italie, de Russie, de Suède, d'Algérie, de Syrie; À. cyanescens, Brullé, ou minula, 1. St-F., de France, de Suisse, de Morée, de Sicile, de Syrie, d'Algérie; X. Olivieri, L. S' F., du S.-E. de l'Europe, de Grèce, de Turquie, de Russie, de Syrie; À. cantabrica, L. S'-F., du nord de l’Espagne; X. valga, Gerstäcker, de Suisse, de Crimée, de Trieste, de

Syrie; X. lanata, Smith, dont le mâle est seul connu, de la Turquie d'Europe. En outre 33 espèces d'Afrique, 35 des Indes, de Chine, des iles Malaises, 2 d'Australie, 34 de l'Amérique du Sud, des Antilles et du Mexique, 12 du Mexique, du Texas, de Californie et des États-Unis.

Genre ANrTaopnora. — Consulter : Fr. Smith, Descriptions of the British species belonging to the genus Anthophora and Saropoda, Latr., with Observations on their Economy (Newman Zoologist, 1845, t. UE, p. 890 à 896).

Genre CERATINA. — De très-récentes recherches ont fait rencontrer, aux environs de Marseille, cinq espèces de Cératines, renfermées pour l'hibernation dans les tiges sèches de la Ronce, dans des localités arides et brûlées en été par le soleil. Les espèces ont été C. albilabris et cœærulea, callosa et chalcites, superbe espèce non encore signalée en France, et qui a les mêmes habitudes que les autres; en outre, une cinquième espèce à déterminer. Ce qui est remarquable, c’est que ces insectes, dans eurs tiges creusées, exhalent une odeur forte et pénétrante, rappelant celle des tanneries. (F. Ancey, Petites Nouv.entomol., 1°" mars 1877).

Genre Noura. — L. Dufour, Notice sur la Nomia diversipes, Latr., (Ann. Soc. entom., Fr., 1839,VUI, 583). L'auteur, après avoir appelé l'attention sur la courbure cambrée et la forme triangulaire des cuisses postérieures des mâles, établit que la femelle avait été méconnue par Jurine, sous le nom d’Andrena humeralis. Cette Nomie se rencontre en juillet, août et septembre dans les Landes, mais très-rare.

Genre ANDRENA. — Quelques hermaphrodites ont été rencontrés dans ce genre, pour les Andrena fasciata, Wesm., helvola, Linn., conveæiuscula, Kirby, angustipes, Schenck, et un autre exemple dans les Nomades, parasites habituels des nids des Andrènes, chez Nomada fucata, Panzer. — Voy. Schenck, Sur quelques Apiens hermaphrodites (Stettin enitomol. Zeitung, 1871, p. 335).

Genre Nowapa. — Consulter Fr. Smith, Descriptions ofthe British Waspbees (c’est le nom des Nomades en Angleterre) (Newman Zoologist, 1844, Il, p. 587-606).

On doit encore citer pour les Apiens : Schenck, Remarques sur quelques Hyménoptères décrits dans la 30° année du Journal entomologique de Stettin (Stettin entomol. Zeitung, 1870). Ce sont les genres: Phileremus, Cœlioxys, Ceratina, Bombus, Osmia, etc.— (Sur les Apiens de la faune du Nassau) Deutsche entomologische Zeitschrift, 1875, XIX, p. 321. M. Schenck décrit trois Halictus nouveaux et deux Prosopis nouveaux, avec des remarques sur d’autres espèces de ces deux genres et d'autres genres d’'Apiens.—Fr. Smith, Nouveaux Hyménoptères d'Australie, etc., un Nomia,un Andrena, deux Megachile (Trans. Soc. Entom. of London, 1862-1864, 8° série, 1, p. 53). Du même auteur, un Nomia, et un Tetralonia du Brésil et un Chalicodoma de Port-Natal (même recueil, 1864-65, 3° série, II, p. 389).

Outre les mémoires du D' Giraud déjà cités, nous ajouterons, pour

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des espèces des genres Panurgus, Anthidium et Osmia : Description de quelques Hyménoptères nouveaux ou rares, (Verhandl. z00l.-botan. Gesellsch. in Wien, 1857, VII, p. 163 à 184), et même recueil (1861, XL, p.447 et suiv.) pour des espèces autrichiennes des genres Andrena(p.458), Halictus (p. 460), Colletes (p. 461), Megachile (quatre espèces, p. 461 à 464), Osmia (p. 464 et suiv.). — A. Mocsary : Un Chalicodoma nouveau, ainsi qu'un Dioxys, probablement parasite du nid de l'espèce précédente, tous deux de la Hongrie centrale, et un Eucera nouveau des environs de Constantinople (Petites Nouv. entom., numéro du 15 févr. 1877).

DIPLOPTERES.

Un groupe d'Hyménoptères porte-aiguillon a été nommé Diploptères, et correspond à peu près aux Guépiaires de Latreille, en raison de cette particularité anatomique que les ailes supérieures, au repos, se plient en deux suivant le grand axe de leur ellipse. Malgré la netteté et l’importance de ce caractère anatomique, et bien qu’au point de vue de l’anatomie externe il n’y ait pas de différence essentielle entre les Vespiens et les Euméniens, nous ne pouvons adopter la manière de voir de MM. Westwood et H. de Saussure, qui repoussent la distinction de Lepeletier de Saint-Fargeau, séparant, d'après les mœurs, les Guêpes sociales des Guêpes solitaires, ce qui amènerait à ne faire qu’une tribu de ces deux groupes d'Hyménoptères. Il y a pour cette séparation les raisons suivantes. Les Vespiens doivent suivre immédiatementles Apiens, non pas en raison de leur vie sociale, comme les plus élevés des Apiens, mais pour la production du miel, qui leur est commune avec tous les Apiens. En effet, les Vespiens, qui offrent cette différence importante de ne jamais sécréter de cire, construisent en commun, avec des matières terreuses ou papyracées, des nids à cellules hexagonales, qu'ils remplissent plus ou moins complétement, pour leur progéniture, de miel dégorgé, provenant, soit de nectars de fleurs, soit, plus souvent, de jus de fruits, de séves extravasées et de miels dérobés à des Apiens. Il est vrai que des auteurs ont cru devoir placer les Vespiens dans la sous-section des Insectivores de M. Westwood, parce que souvent les insectes tués servent à nourrir leurs larves; mais ces insectes ne sont pas tués ou engourdis par l’aiguillon, ils sont lacérés par les mandibules et mangés en morceaux par les larves. Au contraire, les Euméniens établiront le passage aux véritables Fouisseurs, dont ils ont la nidification et le genre de vie. Ils fournissent à leurs larves, nées d'œufs pondus par la mère dans des cavités très-diverses façonnées par elle, des insectes adultes ou en larves, ou d’autres Articulés, demeurant entiers, non pas morts, mais anesthésiés par le venin d’un coup d'aiguillon donné à la région sternale, probablement au principal ganglion nerveux du thorax : la victime peut vivre de longs mois, mais à peine mobile, sans défense, offrant seulement aux larves des Euméniens une

proie toujours fraiche, dans un état analogue aux animaux en torpeur, mais non tués par le curare mitigé des flèches de chasse de certaines peuplades de l'Amérique méridionale. En outre, il n’y a jamais de cire sécrétée ni de jus sucrés transformés en miel.

Dans cette méthode de classification, les Formiciens sont rejetés à la fin des Porte-aiguillon, comme constituant un groupe aberrant, avec un mélange des mœurs et des régimes des groupes précédents, soit architectes, soit fouisseurs, ou réunissant à la fois ces deux instincts dans certains genres, mangeurs d'insectes ou de jus sucrés de toute nature, pouvant aussi accumuler du miel dans leur tube digestif, parfois même (Myrmécocystes) avec plus d'exagération que les plus mellifères des Apiens.

Nous indiquerons, comme ouvrages généraux à consulter sur les Diploptères, les travaux suivants de M. de Saussure : Monographie des Guépes solitaires ou de la tribu des Euméniens, 1 vol. in-8, Paris et Genève, 1852; Monographie des Guépes sociales ou de la tribu des Vespiens, 4 vol. in-8, Paris, 1853 ; suite, 1856-57; Monographie des Masariens, Paris, 1859. — En outre, et s'étendant à d’autres groupes qu'aux Diploptères : Mélanges hyménoptérologiques (Vespides, Crabronides, Bembécides, Scoliides), Genève, 1864, et Mém. de la Société de physique de Genève, 1855, XIV.

TRIBU DES VESPIHIENS.

La tribu des Vespiens correspond aux Guépes sociales des auteurs, aux Polistides de Lepeletier de Saint-Fargeau, aux Vespidæ de M. Westwood, et offre les caractères qui suivent.

Des femelles fécondes, des femelles infécondes ou neutres et des mâles, tous pourvus d'ailes à l'état adulte. Nidification en commun, accomplie à diverses périodes par les femelles des deux sortes, avec des matières terreuses ou papyracées, ces dernières ayant une origine primitive végétale, sans sécrétion de cire, avec emmagasinement de miel dans des cellules hexagonales.

Caractères anatomiques externes : Chaperon en général terminé angulairement par une dent (exception pour le genre Vespa et deux exotiques). Antennes brisées ou arquées, en massue allongée ou filiformes, de douze articles chez les femelles, de treize chez les mâles, tous distincts. Trois ocelles en triangle sur le vertex. Yeux échancrés, ne couvrant pas entièrement les côtés de la tête, n'atteignant pas toujours les mandibules. Mandibules en général courtes et subcarrées, sans lignes ni sillons à leur face dorsale, armées de dents terminales (longues au contraire dans les genres Tatua et Ischnogaster). Mâchoires courtes avec palpes maxillaires de six, rarement de cinq articles (Belonogasttr); lèvre courte, subcordiforme, quadrilobée, rarement quadrifide, portant au bout de ses divisions quatre points d'aspect corné (sauf le genre Ischnogaster), avec palpes labiaux de trois (Belonogaster?) ou quatre ar-

VESPIENS. Sul

ticles. Thorax variable, souvent rétréci en avant, le métathorax toujours plus ou moins convexe, arrondi, sans côtes tranchantes. Ailes supérieures pliées au repos, selon le grand axe de leur ellipse, offrant trois cellules cubitales complètes, la seconde recevant les deux nervures récurrentes, et trois discoïdales complètes. Pattes grêles ; les hanches postérieures souvent longues et prolongées en arrière du thorax; les jambes antérieures ayant au bout un appendice styloïde, les moyennes deux épines styliformes; crochets des tarses simples, sans dent (sauf le genre Ischnogaster). Abdomen très-variable.

La nidification des Vespiens forme une partie très-importante de leur biologie. Elle ne semble pas offrir cette division du travail propre aux Mélipones et aux Bourdons, et consistant dans la fabrication de réceptacles d’une forme très-différente de celle des cellules et destinés à contenir la provision de miel pour les larves. On n’a connu longtemps que les nids d'espèces européennes, le Frelon, la Guêpe commune, la Guêpe des arbres et les Polistes de nos pays.

Les anciens auteurs les décrivent et les figurent, notamment Réaumur, et celui-ci fait connaître, en outre, les nids très-différents des Guêpes cartonnières de la Guyane. On retrouve, dans les nids d’un certain nombre de genres de Vespiens, la formation d’enveloppes générales de protection des gâteaux, fait que nous ont offert les nids des Mélipones, et, sur une moindre échelle, ceux des Bourdons. Les investigations modernes ont fait connaître les nids de beaucoup de Vespiens exotiques, et M. H. de Saussure (1) a établi une classification de ces nids. On doit remarquer qu’elle n'offre pas un rapport forcé avec l'anatomie externe des constructeurs ; de sorte que des nids très-différents peuvent être l’œuvre d'insectes qu'on a souvent peine à séparer d’une manière générique : ainsi pour les Polybia et les Icaria.

Les nids des Vespiens, ou guépiers, en prenant ce mot dans le sens le plus général, sont tantôt protégés par une enveloppe dure (Guêpes cartonnières), tantôt entourés de feuilles d'un mince papier, plus ou moins friable, formé de débris de fibres ligneuses accolées par la salive ou de raclures d’écorces (Guêpes ordinaires), tantôt complétement à découvert (Polistes). Les gâteaux papyracés (les Vespiens ne faisant jamais de cire) n'ont jamais d’alvéoles que sur un seul rang, à la facon des Mélipones et des Bourdons.

Les nids se divisent en deux grandes classes. Les nids indéfinis, ou phragmocyttares, offrent les alvéoles complétement contigus avec la cloison cylindrique ou conique qui les protége, un trou établissant la communication d’une chambre à l'autre. Leur accroissement est indéfini et se fait, en raison de la population, par l'adossement d'une nouvelle chambre en série à la partie inférieure; la première chambre

(1) Nouvelles considérations sur la classification des Guépes (Ann. se. natur., ZooL., 4° sér., 1855, t. I, p. 153), et Monogr: des Gucpes sociales.

842 IIYMÉNOPTÈRES.

construite étant contre l'anneau d'attache du nid. Tantôt ces nids sont suspendus à une branche par un anneau de carton, et ont une forme de cylindre obconique, avec trous de communication centraux (genre Chartergus) ou bien sont coniques ou cylindroïdes, attachés par une portion de surface assez large, rarement par un pédicule étroit, mais avec plafonds percés latéralement (genres Tatua et certaines espèces de Polybia); ou bien sont irréguliers, ovoïdes ou pyriformes, et simplement accolés aux branches (certains Polybia) ; ou enfin adhèrent par une très-large surface, soit à l'écorce des arbres (genre Synœæca), soit à une feuille, dont ils suivent grossièrement la forme (des Polybia).

L'autre classe est constituée par les nids définis ou stélocyttares. Leur enveloppe peut être nulle ou existante ; dans ce dernier cas, elle est formée de couches papyracées, mais indépendantes des rayons, les gâteaux étant soutenus par des piliers. La communication est toujours périphérique, par les vides entre les gâteaux et l'enveloppe.

Dans la première section, celle des stélocyttares à enveloppe, ou calyptodomes, tantôt les nids sont à l'air, ovoides, à couches papyracées concentriques, sur les arbres, sous les toits (Guêpe sylvestre ou des arbustes), tantôt munis d'une enveloppe celluleuse irrégulière , ou de feuillets grossièrement imbriqués, sont logés dans une cavité souterraine ou dans le creux d’un tronc d’arbre ou d’un poteau (Guêpes commune et germanique, Guêpe rouge, Guêpe frelon). Ce sont des guêpiers calyptodomes rectinides.

La seconde section est celle des stélocyttaressans enveloppe, ou gymnodomes. IIS sont rectinides, si les rayons superposés sont traversés par un axe central, servant en même temps de pédicelle au nid, et latérinides, si le pédicelle est latéral et les gâteaux supportés comme à l’extrémité d’un manche. Tantôt les gâteaux sont traversés par une branche d'arbre, tantôt ils ont un pétiole de carton plus ou moins central et s’élargissant en plateau sur lequel les cellules sont accolées (genre Polistes); enfin, le nid peut être entièrement latéral, réduit à une étroite bande de cellules accolées sur deux rangs, et d'une assez grande longueur (genre /caria).

Les nids phragmocyttares sont l’œuvre d'espèces des régions chaudes de l'Amérique du Sud. Les stélocyttares gymnodomes rectinides et latérinides sont de tous pays; les calyptodomes rectinides (Vespa), de l’ancien continent et de l'Amérique du Nord. Enfin, l'Amérique du Sud paraît la patrie spéciale des constructeurs de nids calyptodomes latérinides, d’insecte encore inconnu. La collection et les vélins du Muséum montrent un de ces nids (reproduit dans la Monographie des Guépes sociales). Une branche qui sert d’axe et de support au nid porte une douzaine de rayons horizontaux et circulaires, chacun attaché très-latéralement à la branche par un pédicelle, le tout entouré d’un manteau fusiforme qui ne touche pas les rayons, formé par un papier fauve et rougeûtre, d’une admirable délicatesse et plissé en rides parallèles très-nombreuses;

VESPIENS. SA

sur la face antérieure de ce manteau est une sorte de suture ou raphé vertical, à laquelle viennent converger les fibres distiques; au bas, et contre l’axe du nid, se trouve un seul trou pour l'entrée et la sortie des Vespiens.

En raison de leur généralité, nous devons citer deux Mémoires anglais dans lesquels les auteurs comparent les nids des Vespiens à ceux des Apiens, et principalement de l’Apis mellifica. Ce sont : G. R. Waterhouse, Sur la formation des cellules des Apiens et des Vespiens (Trans. entom. Soc. of London, 1864-65, 5° série, Il, p. 115; — Fr. Smith, Sur la construction des cellules hexagonales des Apiens et des Vespiens (même vol., p. 151). L'auteur du premier travail décrit les nids d’Osmia leucomelana et de Megachile, parmi les Apiens, et ceux, avec figures, de Frelon, de Vespa orientalis et d'Eumenes, parmi les Vespiens; puis examine la formation des cellules de l’Abeille à partir du début du travail d’un essaim, en donnant une théorie expliquant, selon lui, la formation des cellules hexagonales des Abeilles et des Guêpes. M. Fr. Smith établit que tous les Apiens, comme tous les Vespiens, ne sont pas également habiles à construire des cellules hexagonales, et cela aussi bien pour les bâtisses de cire que pour celles de carton ou de papier. Les cellules des Trigones sont de construction grossière et maladroite en comparaison des élégants édifices des Abeilles, et, parmi les Vespiens, les Polistes façonnant des cellules papyracées moins parfaites que celles en beau carton du genre Charterqus. Les matériaux de papier ou de carton dont sont formés les nids des Vespiens varient selon les différentes espèces. Il en est qui se servent de raclures de bois sain : ainsi Vespa norvegica, dont les nids ont une résistance et une durée en rapport avec leur exposition aux vicissitudes atmosphériques, étant suspendus aux branches des arbres et des arbustes. Le Frelon et les autres Guêpes, au contraire, recherchent le bois pourri, et, en conséquence leurs nids sont très-fragiles et se détruisent de bonne heure. Beaucoup de Vespiens exotiques se servent de matériaux de nature végétale, de raclures de tiges de plantes.

En comparant les ruches et les guêpiers, on voit que les Abeilles construisent leurs gâteaux descendant du haut de la ruche, à double rayon, à cellules horizontales, tandis que les Trigones n'ont qu'un simple rayon, disposé horizontalement et à cellules verticales. Il en est de même chez la Guêpe commune, où les ouvertures des cellules regardent vers le bas. Chez les Trigones, comme chez les Guêpes, le rayon est supporté par une courte colonne de cire ou d’une matière ressemblant à de la cire, également molle et ductile.

M. Fr. Smith décrit les nids d'Icaria guttatipennis, de Nectarinia Lechequana, de Tatua Morio, d’'Apoica pallida, des Polistes tepidus et tasmaniensis. Revenant ensuite aux Abeilles, il fait remarquer des différences dans la construction des cellules hexagonales d’un rayon de Vespa vulgaris et d'un rayon d'Apis mellifica, les cellules de l'Abeïlle offrant tou-

Sul HYMÉNOPTÈRES.

jours, finies ou non finies, une bordure de cire, celles des Guêpes, au contraire, n'ayant jamais de bordure de renforcement; les procédés de construction de la cellule hexagonale ont donc des différences. La théorie circulaire de M. Waterhouse ne peut être admise pour expliquer la formation des cellules hexagonales, tant des Apiens que des Vespiens. En effet, les Guêpes, pas plus que les Abeilles, ne font de cellules hexagonales isolées. La forme hexagonale exige, comme condition essentielle, le contact avec d’autres de même figure, et la combinaison des efforts de plusieurs insectes à la fois. Les Apiens solitaires, où une femelle travaille seule, de même que les Guêpes solitaires ou Euméniens ,ne font pas de cellules hexagonales. Nous ferons remarquer que M. Smith va trop loin en refusant à un insecte isolé la faculté de faire des cellules hexagonales, car la mère Guêpe ou Poliste, fondatrice du nid, établit seule les premières cellules accolées, et celles-ci sont hexagonales, plus ou moins régulièrement. C’est une différence très-essentielle entre les Guèêpes et les Abeilles.

La plus grande partie des Vespiens est formée de genres exotiques, dont les habitudes sont inconnues ou à peine connues; c’est ce qui nous empêche de donner des indications générales sur les mœurs et la nidification, en réservant les détails biologiques pour les genres ou espèces, principalement d'Europe, sur lesquels on possède des renseignements.

Un certain nombre de Vespiens tropicaux, surtout d'Amérique, sont assez fréquemment attaqués par des Cryptogames, probablement des Isaria, qui sortent en filaments allongés de leur corps. L’insecte, d’abord vivant, finit par s’accrocher à une petite branche et y meurt (1). Le premier exemple de cette affection, nommée vulgairement Guépe végétante, qui soit indiqué dans la science, est celui d'un Polistes americanus , Fabr., qui fut pris pour une espèce spéciale, et décrit par Felton sous le nom de Vespa crinita (Philos. Trans., 1773, LIV, p. 58, pl. 6), à cause des longs poils dont cette Guêpe était hérissée, et qui la fit comparer à un oiseau de Paradis orné de longues plumes. M. H. de Saussure figure un autre cas de cette maladie dans la même espèce ; le sujet d'où sortent de longues et grêles végétations est mort cramponné à une branche d’arbrisseau. L'espèce est des Antilles et de la Guyane. Un sujet d’une autre espèce, atteint de la même maladie et représenté aussi par de Saussure, appartient à l’Icaria cincta, L. S'-F. (Epipona), espèce du Sénégal. De toutes les articulations sortent des végétations grèles qui ont amené la mort de l’insecte. On en voit sutout deux trèsgrosses, symétriques, terminées en massue fusiforme, c'est-à-dire arrivant à la fructification, qui ont poussé sous les écailles des ailes et ont

(1) Je me souviens avoir vu à l'École normale, en 1845, une Cigale vivante et venant du midi de la France, que Payer montra à sa conférence de botanique : elle portait des productions analogues.

VESPIDES. — VESPA. 845

refoulé ces organes en bas, et plusieurs autres qui sortent des articulations des segments abdominaux.

VESPIDES.

On peut caractériser cette famille comme il suit :

Epimères du mésothorax bien séparés, ses épisternums non séparés. Métathorax et abdomen tronqués verticalement à la base, ce dernier subcylindrique, le premier segment pas plus étroit postérieurement que le second. Ailes supérieures ayant la nervure basale atteignant la postcostale bien avant le stigma, et la cellule brachiale ayant l'angle postérieur aigu ; ailes inférieures sans lobe basal.

Cette famille correspond au genre Vespa, et ses espèces sont répandues dans tout l’ancien continent et dans l'Amérique du Nord, D'après M. de Saussure (1853), on n’en connaît pas de l'Amérique du Sud ni de l'Australie, bien que leur existence soit probable dans ce dernier continent. Leur nidification est en général assez irrégulière, et consiste à former des gâteaux parallèles, séparés par des colonnettes et recouverts d’une enveloppe celluleuse. Les espèces de Vespa sont d’une taille relativement très-grande ; on n’en remarque aucune dont les dimensions soient au-dessous de la taille moyenne. Les grandes espèces abondent et offrent Les spécimens de la plus forte taille de la tribu des Ves- * piens, sinon de l'ordre des Hyménoptères.

L'ouvrage de M. de Saussure mentionne quarante et une espèces du genre Vespa, ce qui est aussi le nombre du Catalogue du British Museum (1857), un peu augmenté depuis. Elles sont divisées en Guêpes européennes, Guêpes asiatiques (archipel Sondaïque, Indes, Chine, Japon), et Guêpes américaines (Mexique et États-Unis).

vESsPa, Linn. — Corps épais. Tête concave en arrière, souvent très-renflée dans la région du vertex et à ses angles postérieurs; chaperon non terminé par une dent, mais tronqué en avant plus ou moins carrément, son bord antérieur aroit ou subconcave, avec une dent de chaque côté. Antennes longues, simples chez les mâles, leur bout n’étant ni crochu, ni enroulé en spirale. Yeux variables, s'étendant souvent jusqu’à la base des mandibules, d’autres fois ne l’atteignant pas. Mandibules très-courtes, subcarrées, fortement quadridentées; Mächoires courtes, palpes maxillaires de six articles; lèvre très-courte, quadrilobée, avec palpes labiaux de quatre grands articles. Thorax cubique ou globuleux; épimères du mésothorax séparés, mais épisternums non divisés ; mélathorax arrondi et lisse, coupé verticalement. Ailes supérieures ayant la nervure basale atteignant la postcostale longuement avant le stigma, la radiale ne s’avançant pas beaucoup plus près du bout de l'aile que la troisième cubitale ; seconde cubitale rétrécie vers la radiale, troisième cubitale subrectangle,

Ailes inférieures sans lobe basal. Abdomen subeylindrique, tronqué verticalement à la base, de façon à paraître sessile, le premier segment très-court, presque toujours aussi large que le second, non tuberculé sur les côtés; bandes jaunes de l’abdomen entières.

Le genre Vespa présente plusieurs particularités importantes pour son système nerveux (Ed. Brandt). De même que dans le genre Apis, il n'y a que deux ganglions thoraciques, le second offrant dans son milieu une échancrure, indice de la fusion des deux ganglions et ayant quatre paires de noyaux, provenant de la coalescence de quatre ganglions de la larve, les deux derniers thoraciques et les deux premiers abdominaux. Le petit ganglion sous-æsophagien est complétement couvert par les deux sanglions sus-æsophagiens très-développés, qui lui sont unis par de courts cordons. F. Dujardin avait remarqué que les corps pédonculés des ganglions cérébroïdes ont un développement en raison du degré de puissance des instincts et de l'intelligence d’une espèce hyménoptérique. D’après M. Brandt, dans les Guêpes, de même que chez les Abeilles et les Fourmis, les corps pédonculés, très-grands chez les ouvrières, sont peu développés dans la femelle féconde et dans le mâle; les nerfs oculaires partent de la partie supérieure des ganglions, et non des corps pédonculés. Les Guêpes mâles et femelles fécondes ont six ganglions abdominaux, et les ouvrières cinq seulement, le dernier élant composé par coalescence, tandis que c'est l’avant-dernier chez l’ouvrière de l’Abeille.

On peut citer pour le développement des trachées, chez la Guêpe Îfrelon, le mémoire de M. H. Reinhard : Zur Entwickelung der Tracheen- System der Hymenopteren, mit besonderer Beziebung auf dessen morphologische Bedeutung (Berliner entom. Zeitschr., 1865, VIT, 187 à 218,avec2pl.)

Les Sociétés des guêpes, de même que celles des Bourdons, durent seulement pendant la belle saison, tandis que celles des Abeilles et des Fourmis peuvent exister pendant plusieurs années. Les Guêpiers, en effet, se dépeuplent avec rapidité, à partir de la seconde quinzaine d'octobre : la femelle fondatrice du nid, c’est-à-dire née l’année précédente, et les ouvrières meurent; les femelles et les mâles nés en été sont presque tous sortis du guëêpier en septembre, et les mâles périssent peu de temps après l’accouplement. Seules les femelles fécondées cherchent, pour y passer l'hiver à l'abri du froid, une retraite, comme un arbre creux, une cavité de mur, parfois même l'intérieur des appartements de campagne, derrière des boiseries ou des papiers décollés. Elles s'y tiennent immobiles, dans un état d’engourdissement complet, et sans prendre de nourriture, et, comme l'a le premier signalé Guérin-Méneville, les ailes repliées sous leur corps, à peu près dans la même position que pendant la phase nymphale.

Quand la chaleur du printemps vient les rappeler à l’activité, ces femelles, encore peu susceptibles de travail, se répandent sur les fleurs

nouvelles et y cherchent des aliments propres à réparer leurs forces affaiblies par le long jeûne de l'hiver. On les rencontre sur les fleurs précoces de nos arbres fruitiers dans les jardins, et, dans les haies et les forêts, sur les fleurs encore plus hâtives du Prunier sauvage (Prunus spinosa). Un peu plus tard les mères Guêpes sont attirées par les fleurs du Groseillier à maquereau et des Ribes sauvages, et l’on peut conseiller leur capture au filet sur ces fleurs, comme un bon moyen d'empêcher l'abondance des guêpiers et des Guêpes, si nuisibles en certaines années à l’arrière-saison. C’est au mois d'avril qu’on voit ces femelles fécondes occupées, soit à rechercher un lieu favorable pour la construction de leur nid, soit à recueillir les premiers matériaux nécessaires pour l'établir.

Ce sont les fortes mandibules, dont les dents de l’une s’engrènent entre celles de l’autre, qui servent le plus aux mères Guêpes et aux ouvrières, soit pour l'édification du nid, soit pour alimenter les larves. Les parcelles d’écorces ou de bois plus ou moins ramollis par les pluies sont roulées par ces mandibules, façonnées ensuite en une petite boule que l’insecte emporte entre ses mandibules, jusqu'au lieu où il doit en faire usage. On voit souvent, posées sur des planches ou des appuis de fenêtres des Guêpes ou des Polistes ouvrant leurs mandibules et appuyant en même temps leur tête pour enfoncer dans le bois leurs dents apicales, puis détachant, en cherchant à fermer ces mandibules, des fibres d'environ 2 millimètres de longueur ; ces fibres sont ensuite comprimées à plusieurs reprises, et divisées souvent en fibrilles, suivant leur longueur, puis agglutinées ensemble par une salive gluante, ce qui facilite le transport au guëêpier. C'est là que, pressée de nouveau par les mandibules, la masse ligneuse est réduite en une lame papyracée, à peu près comme un morceau de métal estétalé en feuilles par les cylindres du laminoir. La langue achève ce premier ouvrage et polit la lamelle, pour la rendre rebelle à l'eau, en l’enduisant à la surface de la liqueur gluante qui est déjà entrée dans sa composition intime.

La nourriture des Guêpes est beaucoup plus variée que celle des Abeilles, ainsi que la pâture qu’elles donnent à leurs larves. Elles sont très-friandes des matières sucrées, d'origine animale ou végétale, et cherchent fréquemment à entrer dans les ruches pour ravir le miel. Leur ardeur pour cette substance est telle qu’elles paraissent insensibles à la douleur des plus cruelles lésions. Il est facile de vérifier l’assertion de Swammerdam qu’un Frelon, à qui on donne du miel liquide, continue à le manger, même après avoir été coupé par le milieu du corps, et que, dans ce cas, le miel s'écoule par la plaie, à mesure qu'il est absorbé par l'insecte. Les Guêpes recherchent directement le miel sur les fleurs, surtout les Ombellifères. Comme, en raison de la brièveté de leur langue, les nectaires de beaucoup de fleurs sont trop profondément placées pour elles, elles recueillent beaucoup de jus sucrés. Elles sucent le suc des fruits

(prunes, poires, raisins) et découpent leur pulpe, surtout lorsque ces fruits ont été crevés par la pluie ou entamés par les oiseaux ; car les Guêpes ne semblent pas pouvoir mordre aisément les fruits parfaitement sains et durs. Elles absorbent le liquide coulant des troncs d’arbres, surtout des Chênes et des Ormes, quand ces arbres commencent à être attaqués par les Scolytes, le liquide sécrété par les Pucerons, notamment ceux qui viventsur les Saules. Le miel de Guêpes provenant de ces diverses miellées sucrées, ramassées par la langue et avalées, est dégorgé du jabot par le même mécanisme que chezles Abeilles, et servi directement aux larves. En outre, lors de la grande éducation, au début de l'été, des larves de mâles et de femelles fécondables, du miel est mis en réserve dans certains alvéoles du guëêpier, sans qu'il y ait de pots à miel spéciaux comme chez les Mélipones et les Bourdons.

Ce qui distingue profondément les Guêpes des Apiens sociaux, c’est une autre alimentation très-différente. Elles saisissent à l’état vivant un grand nombre d'articulés(Diptères, Hyménoptères, Aranéides, etc.), les coupent en morceaux avec leurs mandibules, et les réduisent en une sorte de bouillie qu’elles portent aux larves, et cela surtout quand la sécheresse les prive des jus sucrés végélaux de diverse nature. Quand une Guêpe s'empare d’un insecte un peu gros, ce n’est jamais en le piquant de l’aiguillon qu’elle le met hors d'état de s'enfuir. L’Abeille ou la forte Mouche est saisie posée, puis, l’assujettissant avec ses pattes, la Guêpe lui coupe la tête avec ses mandibules. Quant aux petits Diptères, elle les mâche, sans sucer ni exprimer les liquides, et emporte au guêpier la boulette formée. Les Guëêpes viennent chercher les Mouches domestiques jusque sur les vitraux des maisons. En automne, dans les allées des bois couvertes de Scabieuses en fleur, on voit fuir les Diptères effrayés, quandils entendent le bourdonnement du terrible Frelon.

Lepeletier S'-Fargeau pense que les Guêpes recherchent surtout les Diptères floricoles, en raison des liquides sucrés qu’elles rencontrent dans leurs tubes digestifs. Il a vu, dans des cas de disette, des Guêpes ou des Polistes venir dépecer des Locustes encore vivantes piquées sur des étaloirs. Les Guêpes dépècent en petits morceaux les viandes de boucherie coupées, exposées à l’étal des bouchers de village, et causent parfois ainsi un notable préjudice. Elles aiment surtout le foie, à cause de sa glycose sucrée, et parfois les bouchers abandonnent un foie à leur voracité, afin de préserver les autres viandes.

Les Guëpes semblent infaligables au travail, et on les voit rarement, par les longues et chaudes journées de l'été, prendre quelques instants de repos. Elles commencent à butiner ou à nidifier dès le lever du soleil et continuent quelque temps après son coucher. Elles sont beaucoup plus nocturnes que les Abeilles, et l’on ne peut sans danger s'approcher des guêpiers aux heures crépusculaires où aucune Abeille ne sort des ruches. Les Guêpes,et notamment les Frelons, viennent souvent sucer, à l'entrée de la nuit, les aspersions mielleuses au moyen desquelles les

lépidoptéristes cherchent à attirer les Noctuelles et les Phalènes (chasse à la miellée).

Le vol des Guêpes et Polistes est analogue à celui des Abeilles; il a lieu, même de bas en haut, avec les ailes supérieures seules, les inférieures étant coupées près de l'insertion avec de fins ciseaux ; les ailes inférieures servent à la direction, les supérieures à la propulsion.

Pendant longtemps il n'existe dans les guêpiers, outre la femelle fondatrice, que des ouvrières continuant son travail et nées de pontes successives. Il est probable, pour les Guêpes, que, pareillement aux Polistes, il y a des ouvrières fertiles, pondant exclusivement des œufs de mâles, et aussi, pour les Guêpes, des œufs d’ouvrières sans accouplement, par une parthénogenèse spéciale, analogue, mais non identique, à celle des reines Abeilles bourdonneuses et des ouvrières fertiles. On consultera à ce sujet : D' Ormerod, Contributions to the natural History of the Bri- -tish Vespidæ (Newman Zoologist, 1859, t. XVII, p. 6641). — Stone, Facts connected with the History of a Wasp's nest (Trans. Entomol. Soc. of London, sér. 2, 1838-61, V, Proceedings, p. 86). Ces auteurs ont observé la ponte d’œufs par des ouvrières sans fécondation, aucun mâle n'existant alors, et la naissance de larves d’ouvrières et de mâles. M. Ormerod les à obtenues d’un nid de Guêpes privé de la mère fondatrice. M. Stone avait placé dans un appartement un nid de Vespa vulgaris entièrement vidé de ses habitants; les ouvrières d’un autre nid de la même espèce visitèrent le guëêpier abandonné, en réparèrent la couverture, nourrirent les larves qui s’y trouvaient, et pondirent des œufs d’où provinrent de nouvelles larves. Aucune des Guêpes qui s'introduisirent dans le nid étranger n'était femelle parfaite, mais toutes étaient des ouvrières, du moins par la forme et la taille, et leurs œufs produisirent des ouvrières : il ya donc, sous le rapport de la parthénogenèse, certaines différences d'organisation entre les Guêpes et les Abeilles. Des études complémentaires, avec anatomie interne et examen des œufs dans les ovaires, sont indispensables, la question n'étant qu'ébauchée pour les Guèpes.

De la fin d'août jusqu'aux premiers jours de novembre, si la saison est favorable, sortent isolément des guêpiers un grand nombre de mâles et de femelles parfaites. On peut d'ordinaire distinguer assez facilement la femelle fondatrice du nid d'avec celles quise sont nouvellement développées; ses couleurs sont plus vives et plus foncées, $a tête et son thorax plus brillants par suite de l'usure de leurs poils, les bouts des ailes un peu déchirés en raison d’un fréquent usage. L'accouplement a lieu dans les environs du nid entre mâles'et femelles du même guêpier ou de guêpiers voisins ; il ne s’accomplit pas au haut des airs, comme celui de la reine Abeille.

Réaumur avait vu les Guêpes el Frelons, captifs sous des cages vitrées, s'accoupler sur les enveloppes du guêpier. Aux expositions des insectes de 1874 et 1876, M. Morel avait apporté un guépier sous cloche, avec un conduit pour la libre entrée et sortie des Guêpes, et le public

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pouvait voir des copulations se faire sur le nid et à l'intérieur. En liberté complète, l'acte reproducteur s'opère sur des arbres ou des arbustes et se termine à terre. M. A. Rouget a observé un mâle et une femelle de Vespa vulgaris en copulation, au moment où ils venaient de tomber d’un arbre élevé. Il a également constaté, hors du nid, en septembre et octobre, plusieurs accouplements de Frelons. Les femelles s'étaient cramponnées à de petites branches d'arbustes, et avaient recourbé leur abdomen presque à angie droit, de manière à le rendre le plus saillant possible. Les mâles, guidés sans doute par l’odorat, passaient et repassaient au vol près de ces femelles sans d’abord les apercevoir, puis finissaient, comme par hasard, par les rencontrer, et s’'accouplaient. Bientôt la femelle, entraînant le mâle, se laissait tomber avec lui sur le sol, où la copulation continuait encore pendant quelques minutes. La femelle relevait ensuite la partie antérieure de son corps, et, se plaçant sur le mâle, pressait l'abdomen de celui-ci entre ses mandibules, afin de provoquer la séparation. La femelle s’envolait presque aussitôt, mais le mâle restait encore à terre un certain temps avant de reprendre son vol. M. A. Rouget a reconnu que, bien différent du faux Bourdon des ruches, le même mâle de Frelon peut s’accoupler avec plusieurs femelles : un mâle qui avait copulé au dehors renouvela l’acte avec des femelles captives dans une cage; il n’y a donc pas arrachement du pénis et de ses annexes.

Les guëpiers, du moins ceux de nos Guêpes indigènes, sont stélocyttares calyptodomes, c’est-à-dire avec enveloppe indépendante des rayons, ceux-ci étant soutenus par des piliers spéciaux. Chaque nid se compose de trois parties bien distinctes : 1° un ou plusieurs rayons ou gâteaux, formés par l'assemblage d’alvéoles hexagonaux, sur une seule rangée, juxtaposés, ayant leurs ouvertures en bas; 2° de piliers ou colonnes, destinés soit à fixer le rayon unique à la voûte ou à la branche d'appui, ou à une solive de toiture, soit à réunir les rayons entre eux, s’il yen a plusieurs, soit enfin à lier l'enveloppe aux rayons; 3° d'une, enveloppe d’abord simple, mais composée le plus souvent par la suite de plusieurs couches ou membranes de papier superposées, chacune de forme conchoïdale, la convexité à l’extérieur. Ces membranes sont assujetties les unes aux autres par leurs bords, laissant entre elles un léger intervalle à cause de la convexité extérieure de chacune, ce qui donne à l'enveloppe, dans son ensemble, une texture celluleuse. Ces convexités externes tendent à s'opposer à l’infiltration de l’eau dans le nid, en raison surtout de ce que les bords des membranes extérieures sont soudés sur les convexités des intérieures, et que le tout est recouvert, par la langue des Guêpes, d’un vernis gommeux, qui donne à l’extérieur des nids récents un reflet argentin. En outre, cette enveloppe celluleuse, renfermant un grand nombre de lamelles d'air très-mauvais conducteur, est essentiellement propre à maintenir à l’intérieur du guëpier une température plus élevée que celle de l’air ambiant et qui

est nécessaire au développement du couvain ; l'excès peut atteindre 44° à 15° centigrades dans les guêpiers populeux.

La plupart de nos Guêpes construisent leurs nids dans la terre, dans les arbres creux, dans les vieux murs, sous les toitures, dans l’intérieur des maisons. On a même rencontré des guëpiers dans de vieux tonneaux ou à l'intérieur de ruches d’Abeilles, dont le miel avait probablement nourri les Guêpes. Quelques espèces nidifient à l'air libre, fixant alors, le plus souvent, la demeure commune aux branches des arbres ou des arbustes.

Nos Guêpes indigènes emploient deux sortes de matériaux pour leurs constructions. Certaines espèces, ainsi les Vespa Crabro et vulgaris, se servent de parcelles de bois mort et déjà ramolli par un commencement de décomposition, ou de parcelles d’écorces que l’insecte broie et agglutine au moyen d’un liquide analogue à de la colle ; alors le nid et surtout l'enveloppe sont cassants et friables ; seuls les piliers sont durs et résistants pour supporter le poids des rayons superposés remplis de larves et de nymphes. Ces nids ont une nuance d’un brun jaunâtre, de couleur de feuille morte plus ou moins foncée, selon le bois utilisé, souvent avec des veines de teinte plus claire, surtout sur l'enveloppe. D'autres espèces, ainsi Vespa siloestris, media, arborea, se servent de fibres ligneuses détachées par les mandibules de la Guêpe dans le bois travaillé, comme les planches, ou fendu, ou simplement dépouillé de son écorce (lattes, pieux, poteaux), soit dans les tiges sèches de diverses plantes, lorsque ces matières ligneuses, par une assez longue exposition à l'air et à l'humidité, ont éprouvé une macération analogue au rouissage du chanvre : les guêpiers sont alors souples et élastiques et trèspapyracés ; l’enveloppe surtout est analogue à du papier gris à filtrer, avec des veines plus claires diversement apparentes. On peut dire que les Guêpes ont su faire du papier de tout temps et avant l'homme.

Bien différente de la reine Abeille, c'est une seule femelle, fécondée l’année d'avant, qui fonde le guêpier. Les nids souterrains, qui sont les plus nombreux, sont ordinairement commencés dans des galeries creusées par les Taupes ou les Mulots, puis abandonnées. Le guépier, caché ou aérien, commence par un pédicule plus long que les piliers futurs, qui s’évase en cupule renversée, ordinairement 1 à 2 centimètres carrés de surface et où la femelle construit quelques cellules hexagonales juxtaposées, au nombre de huit à dix d'ordinaire. Elle est seule pour faire ce travail, ce qui constitue une grande différence avec les Abeilles, qui opèrent plusieurs à la fois. Comme il n'y a jamais qu’un seul plan de cellules, celles-ci n’ont pas les fonds pyramidaux, mais arrondis en soucoupes peu profondes, dont les bords portent six pans de prisme hexagonal plus ou moins régulier et formant chacun une paroi de la cellule accolée. Ce commencement de nid est protégé par une enveloppe simple, qui part du pétiole d'attache, en cupule sphéroïde s’élevant peu à peu autour des cellules, d'abord formant une

simple collerette, puis se fermant peu à peu et englobant les alvéoles dans une sphère où est ménagée une ouverture pour le passage de la mère. La femelle agrandit le nid à plusieurs reprises en ajoutant de nouvelles cellules au pourtour, comme en rosace autour de la cellule centrale; elle modifie les dimensions de l'enveloppe en rapport avec celles du rayon, et parfois une ou deux enveloppes concentriques plus externes sont ébauchées autour de la première, qu’elles emboîtent plus ou moins à partir du pétiole. La mère pond des œufs, exclusivement d'ouvrières, dans les cellules qu’elle a construites seule, et sort fréquemment pour aller aux provisions et revenir donner la nourriture à ses larves. Lorsque celles-ci, après nymphose, sont devenues adultes, la mère cesse de sortir, et l'on ne voit plus sur les fleurs et sur les arbres suintants que des ouvrières très-reconnaissables àleur plus faible taille. La mère, dont la ponte doit devenir bien plu nombreuse, n'aura plus d’autre occupation, et devient dès lors pareille à la reine-Abeille ; nourrie par ses premiers enfants, elle ne s'occupe plus ni de la bâtisse, ni de l'alimentation des larves, soins qui incombent désormais aux ouvrières seules.

Les ouvrières doivent agrandir le nid, et, quand il est souterrain, sont obligées à un travail considérable de creusement. On voit alors fréquemment les Guêpes sortir par l'ouverture extérieure, en tenant entre leurs mandibules une parcelle de terre qu’elles emportent au loin en volant. Dans les terrains calcaires, ce travail est souvent augmenté par la présence de petites pierres. Celles qui n'excèdent pas deux fois le poids de la Guêpe (l'ouvrière de Vespa germanica pèse 8 à 10 centigrammes, la femelle féconde 35 à 40) sont transportées loin du nid; celles plus grosses, de 30 à 40 centigrammes, que l'insecte peut seulement traîner, sont amoncelées à l'entrée du guêpier, dont elles décèlent souvent l'existence. Les grosses pierres, minées en dessous, descendent à la base de la cavité du nid; enfin, les pierres par trop fortes sont, ou contournées, ou enchâssées dans le guêpier.

Les ouvrières augmentent le rayon commencé par la mère fondatrice en ajoutant de nouvelles cellules à sa circonférence, consolident le pétiole de suspension, qui aboutit ordinairement au centre de ce rayon, et en ajoutent d’autres, fixés à la voûte de la cavité du nid, s’ilest souterrain, sur divers points de la partie supérieure de ce même rayon, les deux extrémités de tous ces pétioles étant élargies pour augmenter la surface adhésive. Un second rayon est ensuite construit par les ouvrières, toujours du centre à la circonférence, fixé au premier par des piliers en nombre suffisant, un intervalle étant ménagé entre les deux rayons, juste suffisant pour la circulation des insectes, la partie supérieure des piliers étant toujours construite de manière à ne fermer aucun alvéole. Plus tard de nouveaux rayons sont placés au-dessous des premiers, maintenus par des piliers, leur nombre total pouvant s'élever à dix ou douze, s'il n’y à aucun obstacle dans le sens vertical, les rayons les plus larges

étant ordinairement ceux qui se trouvent au milieu de la hauteur du nid; si, au contraire, le développement du guëpier est gêné dans ce sens, mais si la place libre existe dans le sens horizontal, les rayons sont alors très-étendus, mais peu nombreux.

Les rayons supérieurs, façonnés par les ouvrières de plusieurs générations, n'ont que des cellules de la plus faible dimension, destinées uniquement aux larves d’ouvrières; les rayons inférieurs, les derniers édifiés, contiennent au contraire des cellules destinées aux larves de mâles et de femelles fécondes, ces dernières recevant peut-être une nourriture spéciale. Ces cellules sont plus profondes que celles des ouvrières, et en outre, pour la plupart des espèces de Guêpes, les cellules de femelles sont plus larges. Aïnsi, chez Vespa germanica, le double apothème des cellules d’ouvrières est de 4,5 à 5 millim. et le diamètre de 5 à 5,5, tandis que pour les cellules de femelles, la première longueur est de 6,5 à 7 millim. et la seconde de 7 à 7,5. Le plus souvent les rayons n'ont que des cellules d’un même diamètre ; quelquelois, cependant, les larges rayons ont un mélange de grandes cellules de femelles et de cellules plus étroites de mâles.

Les ouvrières augmentent également l'enveloppe du nid dans les proportions nécessaires, lui donnant parfois plus de dix couches de feuillets, sur une épaisseur totale variant de 1 à 3,5 centimètres. Des piliers latéraux fixent l'enveloppe aux rayons et maintiennent entre elle et ces derniers un espace suffisant pour rendre facile la communication entre les divers étages des rayons superposés. A la partie inférieure de l’enveloppe est ménagée une ouverture à peu près de la largeur du doigt, destinée à l’entrée et à la sortie des Guêpes; parfois il y a deux ouvertures. En outre, si le nid est souterrain, le trou d'entrée et de sortie communique avec le dehors par une galerie de longueur et de largeur variables, rarement en ligne droite, et dont la longueur rectifiée dépasse quelquefois 50 centimètres : c'est un grand obstacle à l'introduction des insectes ennemis, l'entrée du nid étant, en outre, au moins pendant le jour, défendue par de vigilantes sentinelles. La partie extérieure de l'enveloppe des nids souterrains ne touche pas à la voûte ni aux parois; elle reste séparée par un intervalle de 4 à 2 centimètres, et des piliers plus ou moins nombreux fixent les parois supérieures et latérales de l'enveloppe à celles du creux souterrain.

Si nous revenons à la mère fondatrice du nid, dès qu’elle a construit les premières cellules, les centrales du haut, nous observerons qu'elle pond ur œufoblong dans chacune de ces cellules encore peu profondes, et que, quelques jours après, a lieu l'éclosion des jeunes larves, que la mère alimente, en même temps qu’elle prolonge par le bas la profondeur des cellules à mesure que se développent les larves. Celles-ci ont les pièces buccales plus fortes que les larves d’Abeilles, en raison des aliments plus consistants qu'elles reçoivent. A la région antérieure du crâne sont deux ocelles brillants, et au-dessous un labre échancré au

milieu et cachant en partie la cavité buccale ; de chaque côté de la bouche sont deux mandibules assez dures, arquées, bidentées au bout, et plus bas une lèvre inférieure trilobée, dont le lobe du milieu est un peu concave et amène les liquides à la bouche. La mère, ou plus tard l’ouvrière qui donne la becquée aux larves, broie un peu, avec ses mandibules, les parties solides de ces aliments, et les avale même souvent avant de les leur dégorger. Les larves, fixées au fond de la cellule par l'extrémité de l'abdomen, sont placées la tête en bas. Quand leur croissance complète est achevée, elles se retournent, tapissent d’une légère couche de soie le fond et les parois de la cellule, reprennent leur première position, et ferment les cellules en tissant sur l'ouverture un couvercle de soie plus épais, formé de deux couches superposées. Ce ne sont pas la mère ni les ouvrières qui mettent l’opercule aux cellules. La nymphose s'opère au bout de quelques jours dans cette cellule hermétiquement close. La nymphe se colore peu à peu, en commençant par les yeux, comme celle de l’Abeille (Swammerdam), et lorsque l'adulte est assez développé, il ronge les bords de l'opercule avec ses mandibules, et sort de sa prison. Pendant quelque temps après leur éclosion, les couleurs jaunes des Guêpes sont plus pâles qu’elles ne le seront par la suite. A peu d’exceptions près, toutes les larves, les nymphes et les insectes parfaits non sortis des cellules ont une position symétrique dans celles-ci, et présentent les mandibules tournées vers le centre du rayon.

Dès que les premières ouvrières nées remplacent la mère dans ses fonctions d'architecte et de nourrice, elles nettoient les cellules à mesure qu’un insecte en est sorti, afin que la femelle y ponde un nouvel œuf. Comme les Guêpes agrandissent les gâteaux du centre à la circonférence, la ponte de la mère se fait en spirale, comme pour la reine Abeille, à partir de la cellule centrale, et le développement des jeunes suit la même marche que la ponte. Il en résulte, la ponte recommençant toujours à partir du centre, qu'il y a un moment où les Guèpes Les. plus avancées en développement se trouvent entre le centre et la circonférence, puis viennent celles de la circonférence, les moins avancées étant alors au centre; un peu plus tard les insectes les plus développés sont à la circonférence, Ceux d’un développement intermédiaire sont . au centre, et enfin les moins avancés sont entre le centre et la circonférence.

La femelle ne pond ordinairement qu’un œuf par cellule; cependant M. A. Rouget a observé plusieurs fois, à la fin de l'été ou en automne, des nids de Vespa germanica où les cellules libres contenaient plusieurs œufs. A la fin d'août ou au commencement de septembre, on trouve dans les guêpiers des mâles, puis des femelles, qui, après quelques jours de station, en sortent successivement jusqu'à la fin d'octobre, et même jusqu’aux premiers jours de novembre, si la saison est favorable. C’est du 20 septembre au 40 octobre que la population des guépiers est le

plus forte. D'après Lepeletier de Saint-Fargeau, on compte alors, pour les espèces'souterraines, qui sont les plus nombreuses en individus, de deux à trois mille Guêpes, dont trois ou quatre cents sont des mâles ou des femelles fécondables, les premiers un peu plus nombreux. Aux premières gelées blanches de l’automne, les ouvrières tuent et emportent hors du nid les larves qui ne pourraient plus achever leur développement. Au reste, cette destruction ne tient pas seulement à la température, car elle varie d'époque d’un guëpier à un autre, et elle ne parait pas s'étendre aux larves des Guêpes femelles, qu'on peut encore observer dans les nids, même à la fin d'octobre. Parfois les sociétés de Guëpes sont anéanties avant la période ordinaire de leur durée, soit par des infiltrations d’eau, soit par les larves carnassières de Volucelles (Diptères, Syrphiens), soit par la mort de la femelle fondatrice du nid, dont les habitants perdent alors leur activité et désertent le nid. A partir de la seconde quinzaine d'octobre, la population des guêpiers . décroît rapidement, et ils sont vides aux premiers froids vifs.

Un certain nombre d'insectes habitent dans les guêpiers, en même temps que leurs constructeurs et légitimes propriétaires (1). On rencontre dans les nids de Frelons un Staphylinien, le Quedius dilatatus, Fabr. Ce sont surtout les nids construits dans des arbres creux, avec une ouverture pas trop large et dont la partie inférieure est garnie d’un épais terreau de détritus de bois pourri, qui fourniront à l’entomologiste amateur le plus de chance de rencontrer ce rare Coléoptère. On est aidé dans la recherche de ces nids en observant avec soin les Frelons dans un endroit limité, par exemple dans une allée de bois où ils font la chasse aux insectes, sur les arbres morts, où ils prennent des matériaux pour construire leurs nids, sur les arbres malades à suintements ou dont les feuilles sont chargées de Pucerons, etc. On regarde la direction que prennent, pour retourner à leurs nids, ces insectes, souvent porteurs de proies ou de provisions. On peut se procurer le Coléoptère soit à l’état parfait, soit à celui de larve qu'on élèvera. Cet insecte devient adulte au commencement de juin, mais c'est à partir de la seconde quinzaine de juillet qu’il faut le rechercher, quand les guëpiers de Frelons sont assez développés. On peut parfois trouver ce Coléoptère hors de ces nids, ainsi volant le soir en suivant les Frelons à la piste ou bien la nuit sur les écorces des Chênes et visitant les nids soyeux des Processionnaires de ces arbres (M. Chevrolat), ou sous les pierres, ou au pied des arbres, enfin dans le terreau de l'extérieur des nids de Frelons, dont il sera sorti. Le meilleur moyen de se le procurer est d'explorer le nid lui-même.

On peut rechercher le Quedius dilatatus, soit à l’état parfait, soit à

(1) A. Rouget, Sur Les Coléoptères parasites des Vespides (Mém. de l'Acad. des sciences, arts et belles-lettres de Dijon, 3° sér., 1871-1873, partie des sciences,

p. 161 et suiv.).

re

celui de larve. Bien que ce Staphylinien soit adulte dès le commencement de juin, les nids de Frelons étant très-peu apparents à cette époque, il est bon d'attendre la seconde quinzaine de juillet. Si le nid a deux ouvertures, on retire avec une baguette, par le trou inférieur, les Coléopteres qui tombent souvent dans le détritus du bas du nid : ce moyen est assez hasardeux. Il est préférable, ou de fouiller tout le nid en se munissant du masque et des gants des apiculteurs, ou d’anesthésier avec des tampons de benzine ou d’éther, ou de chloroforme, les redoutables habitants. La récolte des larves se fait surtout à l’arrièresaison, dans les nids vides de leurs habitants ou à peu près, en examinant soit les rayons, soit le terreau de détritus de la partie inférieure. On garde ces larves, pendant l'hiver, dans des détritus du nid humectés; elles deviennent nymphes au printemps, puis adultes en juin.

On a cru longtemps que le Quedius, tant à la phase larvaire qu’à l’état adulte, se nourrit de larves vivantes de Frelons. M. A. Rouget a reconnu au contraire que cet insecte ne peut compter parmi nos auxiliaires naturels destinés à restreindre le nombre des Frelons. Il vit seulement de divers détritus et excréments, soit des Frelons, soit d’autres insectes de leur nid. La larve mange les résidus noirs que laissent au fond des cellules les larves des Frelons se changeant en nymphes et les nymphes devenant adultes; on la voit souvent enfoncée dans les cellules vides, la tête au fond et la partie opposée retenue à l'ouverture, au moyen du prolongement anal ou pseudopode.

Cette larve se nourrit aussi des déjections liquides rejetées par les Frelons à l’état parfait, et qui sont accumulées dans les détritus du bas du nid, dans lesquels on rencontre le plus de larves de Quedius. La nourriture du Coléoptère adulte doit être dans le nid analogue à celle de sa larve, et, sans doute, comme il sait en sortir, il se repaît au dehors de matières animales et végétales décomposées, à la façon de ses congénères ; en captivité, on peut le conserver plusieurs mois en le nourrissant de toutes sortes d'insectes récemment tués.

D'autres habitants des nids du genre Vespa sont au contraire des agents de destruction de leurs larves, et, par suite, d’utiles auxiliaires pour nous. Les nids souterrains des Vespa vulgaris et germanica renferment à tous ses états un étrange Coléoptère, le Rhipiphorus paradoæus, Linn. On le rencontre parfois, sous la forme adulte, dans le voisinage de ces nids, sur les arbustes ou cramponné aux herbes, mais le plus certain est de visiter les nids eux-mêmes. On les trouve principalement dans les prés, au bord des chemins peu fréquentés et garnis d'herbes; surtout quand les talus sont exposés au sud ou à l’est, au bord des vignes, sur les friches, les coteaux, à la lisière des bois et dans les coupes, etc. En suivant le vol des Guêpes et remarquant sa direction la plus constante, on est facilement conduit à l’entrée de leurs nids souterrains. On peut rechercher le parasite de deux manières. Après avoir engourdi les Guêpes par une substance anesthésique, on sépare les

rayons du nid et l’on débouche avec précaution, une à une, les cellules fermées. On obtient le Rhipiphorus, soit adulte et plus ou moins immature avant sa sortie de la cellule, soit en nymphe, soit en larve, un peu plus blanche que celle de la Guêpe. On peut au contraire emporter le guëpier tout entier, avec ses habitants, dans une boîte convenable avec une petite ouverture, et nourrir les Guêpes, soit avec des fruits sucrés, soit avec de la glycose ou de la cassonade. On attend alors tranquillement l’éclosion de tous les Coléoptères adultes, qu'on recueille, soit au sortir du nid, soit en fouillant celui-ci à la fin de la belle saison.

M. A. Rouget a vu pondre la femelle de cette espèce renfermée dans un tube ; elle donna, en dix jours environ de la fin d'octobre, cinq cents œufs, en {as inégaux, fixés sur le papier chiffonné mis dans le tube au moyen d’une substance visqueuse. Ils étaient blancs et oblongs et d’environ 0,5 millim. de long sur 0,4 millim. de large. Cette ponte a lieu au moyen d’un oviducte assez long terminé en pointe. Les larves de Rhipiphores se nourrissent de celles des Guêpes; les cellules où on les trouve n’offrent aucun trou sur les parois et sur leur opercule, qui est filé par la larve de Guêpe à toute sa croissance. C’est donc au moment où celle-ci est prête à s’operculer que la larve du Rhipiphore pénètre dans la cellule, peut-être même à l’état d’œuf déposé par la mère. Elle suce peu à peu la larve de Guêpe, en commençant par le thorax, et la vide. On rencontre parfois les deux larves dans la même cellule, lune victime de l’autre, celle de la Guêpe diminuant à mesure que s’accroit celie du Rhipiphore. Les grands exemplaires de Rhipiphores proviennent des cellules de femelles à grosses larves, les moyens des cellules de mâles, les petits des cellules d’ouvrières. Comme les Rhipiphores, aussitôt sortis des cellules, cherchent .à quitter le guêpier, il est probable que leur accouplement se fait au dehors, puisque la femelle fécondée rentre dans le nid pour opérer sa ponte. Il est probable qu'on trouvera le même Coléoptère dans le guêpier souterrain de Vespa rufa; il ma pas été rencontré dans les guêpiers aériens des Vespa silvestris et media. On trouve deux variétés principales du Rhipiphore, l’une propre au mâle, l’autre à la femelle, et surtout, paraît-il, dans les nids de Vespa vulgaris.

Le Trichodes alvearius (Coléoptère) et sa larve rouge, parasite habituel des nids de Chalicodoma muraria, à été signalé dans les guépiers, mais accidentellement.

Un Hyménoptère, le Tryphon Vesparum, Ratzeburg (Ichneumoniens), peut, en certaines circonstances, causer de grands ravages dans les nids de Guëpes. Sa larve, provenant sans doute d’un œuf déposé dans la cellule, sous la larve de la Guêpe à peu près à toute sa croissance, ou probablement à l'intérieur même de celle-ci, lui ronge l'abdomen, et se construit une coque au fond de la cellule. La larve de Guêpe à pu cependant clore son alvéole et devenir nymphe, qui se dessèche peu

à peu. M. A. Rouget a trouvé dans des guêpiers de Vespa germanica plusieurs milliers de cellules occupées par des larves ou par des cocons de l'Ichneumonien, tant dans les cellules d'ouvrières que dans celles des femelles.

Les Diptères nous apportent un autre contingent d’auxiliaires dans le genre Anthomyia (E. Perris), et surtout dans le genre Volucella (Syrphiens } (4). Trois espèces de ce genre hantent les nids souterrains des Guêpes et ceux des Frelons qui sont dans les arbres. Ce sont les Volucella zonaria, Poda, inanis,'Linn., et pellucens, Linn. Les deux premières espèces ont l’aspect vespiforme par leurs bandes alternées jaunes et noires, et l’on pourrait croire que cette analogie de livrée est destinée à leur faciliter l’entrée des guêpiers en trompant les sentinelles; mais la troisième espèce, avec l'abdomen blanc et transparent, comme une vessie, n'a plus aucune ressemblance. Il faut se défier de ces conclusions prématurées, séduisantes pour l'imagination, mais contre lesquelles s'élèvent des faits positifs. Les Volucelles femelles, blotties dans l'herbe guettent, pendant des journées entières l'entrée des guêpiers. La sentinelle, furieuse, fond sur la Mouche qui se présente près de l’orifice. La Volucelle s'envole sur les fleurs voisines pour y manger un peu de nectar ou de pollen, et retourne bientôt à son embuscade. C'est probablement lors du sommeil des Guêpes qu'elles pénètrent le plus aisément. Elles pondent leurs œufs sur les enveloppes de carton du guëpier, et les petites larves pénètrent à l’intérieur. On voit bientôt de gros vers grisâtres, épineux, aveugles, ramper entre les cellules du couvain ; leur tête brise les opercules, et ils dévorent les larves ou les nymphes dans leur coque soyeuse. Ces larves se meuvent grâce à des séries paires de disques ovales placés sous leur corps, et qui sont des pattes membraneuses, à couronne de crochets analogues à celles des chenilles. Si les Guêpes rencontrent ces larves, aussitôt celles-ci rertrent la tête, contractent leurs anneaux, et offrent partout une peau épaisse, pleine de plis et d'épines, à l'abri de l’aiguillon et des mandibules. A l'entrée de l'hiver, les larves de Volucelles sorties des guêpiers se mettent en terre et y passent la saison froide dans l'engourdissement ; elles remontent au printemps, deviennent des pupes immobiles dans leur peau dureie, et les adultes éclosent d'avril à juillet et s’accouplent; aussitôt fécondées, les femelles entrent dans les guêpiers, et le cycle de la vie de ces auxiliaires recommence, en limitant la funeste multiplication des Guêpes.

D’autres Diptères, les Conops, parviennent aussi à s’introduire dans les nids des Guêpes souterraines comme dans ceux des Bourdons; ils semblent y réussir sans obstacle de la part des Guêpes, qui sortent en même temps que les Conops entrent, et sans les repousser. Il y a har-

(4) 3. Künckel, Recherches sur l’organisation et le développement des Insectes diptères du genre Volucelle. Paris, 1875, G. Masson,

monie prédestinée, comme pour beaucoup de parasites et de carnassiers des nids. Les larves des Conops se développent à l’intérieur du corps des Guêpes. Il est probable que les Myopa, autres Diptères, ont un rôle analogue.

Dans les guêpiers abandonnés vers le milieu de l’automne on rencontre souvent des Coléoptères vivant de détritus animalisés des genres Homalota, Oxypoda, Cryptophagus ; mais ces insectes ne sont pasde vrais parasites des guêpiers. Il faut joindre, aux insectes précédemment cités au nombre des destructeurs de Vespides, de grosses Araignées et des Acariens ; parmi les Oiseaux, le Guêpier et la Bondrée, et, parmi les Mammifères, le Renard et la Musareigne.

Nous devons indiquer, parmi les espèces du genre Vespa, celles d’abord qui sont le plus répandues en Europe, en choisissant parmi elles les types de coloration les plus habituels, car il nous est impossible d'indiquer les très-nombreuses variations de la répartition du jaune et du noir dans les mêmes espèces, aussi bien pour le genre Vespa que pour le genre Polistes. Les deux espèces du genre Vespa les plus fréquentes dans nos environs sont les V, vulgaris, Linn., et germanica, Fabr., confondues sous le nom de la Guépe commune, offrant des femelles ayant en moyenne 14 millim. de long et 36 d'envergure, des ouvrières de 18 et 24, des mâles de 13 et 33. Elles construisent des nids en terre dont les rayons sont entourés de feuillets papyracés. Ce sont deux espèces très-voisines, peut-être deux races, au point que leur séparation est très-difficile {1). Toutes deux ont le thorax noir, sans roux, et l'abdomen sans roux, les yeux atteignant la base des mandibules, les antennes entièrement noires dans la femelle et l’ouvrière, ayant le premier article jaune en avant chez les mâles, l'abdomen avec des bandes jaunes et des points noirs. On peut dire d’une manière générale que les deux sexes de F. vulgaris se distinguent par leur chaperon jaune, avec une marque noire en forme d’ancre, ou de hache, ou de bouteille, et la bordure jaune ,contiguë au bord postérieur des veux, tachée de noir ou échancrée en arrière. Dans ceux de V. germanica, le chaperon est jaune, avec un ou trois points noirs, ou entièrement jaune, ou jaune avec une petite ligne noire qui descend jusqu'au milieu, et se dilate parfois à sa partie inférieure, la bordure jaune contiguë au bord inférieur des yeux étant d’égale largeur. Les deux espèces ou races semblent se confondre dans certaines variétés, et même s’entrecroiser, c’est-à-dire que les variétés de l’une représentent l'état normal de l'autre. En outre, la femelle de V. germanica atteint souvent une taille plus grande que celle de V. vulgaris, et les antennes du mäle sont un peu plus longues et plus épaisses. Dans les trois formes de V. vulgaris, le duvet pubescent est un peu plus épais que dans l’autre espèce ou race.

(4) Fr. Smith, On the specific difference of Nespa vulgaris, Linn., and Vespa germanica, Panzer (Newman Zoologist, 1851, t. IX, p. GLXXIHI-CLXXIX).

Il y a quelques différences dans les mâles. Chez celui de V, vulgaris, le dernier segment ventral est assez profondément émarginé au bout, et subexcavé dorsalement à sa partie postérieure, avec une étroite incision médiane au bout ; le forceps extérieur est de chaque côté prolongé en dent au bout, et muni d’un long prolongement poilu, les flèches longues, dilatées circulairement au bout, moins convexes en dessous. Le mâle de V. germanica a le dernier segment ventral moins émarginé, le forceps extérieur plus prolongé intérieurement, en dent avant le bout, barbu, les flèches incisées au bout, fortement convexes en dessous, semi-globuleuses, munies d’une fente étroite.

D'après M. A. Rouget, et sans prétendre généraliser ce qu'il a observé aux environs de Dijon, V. vulgaris est moins répandu dans la campagne et plus commun, au contraire, dans les bois, que V. germanica. Les nids, plus petits et moins peuplés, ont des matériaux analogues à ceux du Frelon, consistant principalement en parcelles de bois décomposé et d’écorce d'arbre; ils sont, à raison de leur nature cassante et friable, employés par l’insecte en couches un peu plus épaisses que ceux qui composent le nid de V. germanica. Les mâles et les femelles sortent aussi du nid un peu plus tard que ceux de cette dernière espèce, et les ouvrières arrachent aussi plus tard les larves des cellules. Les nids, plus faciles à rencontrer, de V. germanica sont le plus souvent en terre, plus rarement dans les arbres creux, dans les vieux murs, sous les toits, soit à l'extérieur, sous les parties en saillie et sous les hangars, soit à l'intérieur dans les greniers, dans les chambres inhabitées et mal closes, et alors à l'angle des murs ou du plancher, ou dans l’embrasure d’une fenêtre, dans les cheminées, etc. Les matériaux consistent en fibres ligneuses de bois roui longtemps à l'air et à la pluie, comme les barrières de clôture et les échalas des vignes. La couleur des nids est grise et la consistance analogue à celle du papier brouillard; la matière en est souple et disposée en couches minces.

Un nid de V. germanica, de la collection du Muséum, retiré d’une cavité du sol, offre un immense développement de l'enveloppe celluleuse. Celle-ci, très-irrégulière, se compose de grandes feuilles d’un papier gris groupées sans ordre en couches concentriques, probablement dans le but de remplir entièrement l’excavation qu'occupait le nid, et de le protéger contre l'infiltration des eaux. Le plus souvent les nids de cette espèce sont sphéroïdes et d’un diamètre de 30 centimètres. D'autres, déformés en raison d'obstacles, atteignent parfois 40 centimètres, soit en hauteur verticale, soit en largeur horizontale. Ils peuvent avoir, quand leur grand axe est vertical, jusqu’à douze rayons. Le nombre des cellules excède quelquefois 20,000. La population des plus grands nids est considérable et analogue à celle d’une bonne ruche d’Abeille, et le poids atteint alors plusieurs kilogrammes. Les mâles et les femelles commencent à paraître dès les premiers jours de septembre, et sortent successivement du nid jusqu’à la fin d'octobre, ou même les premiers jours

de novembre, et le nombre des femelles fécondables provenant d'un nid dépasse souvent 2000. Fort heureusement qu'un grand nombre d’elles périssent avant d’avoir pu fonder un nid au printemps suivant. Cesdifférences de mœurs et de nidification sont un grand argument en faveur de la distinction spécifique. On rencontre V. vulgaris dans toute l'Europe, y compris la Laponie, aux îles Canaries et dans le nord de l'Amérique ; cette Guêpe est indiquée comme ne se trouvant pas au nord de l'Afrique; cependant son existence y serait plutôt probable ; la zone V. germanica est plus étendue. Elle comprend toute l’Europe avec la de Laponie, l'Amérique du Nord, la Syrie, les Indes orientales. Cette espèce estcommune dans toute l'Algérie, particulièrement aux environs d'Alger et d'Oran, où on la rencontre pendant l'hiver et une grande partie du printemps, en raison de la différence de climat (H. Lucas).

Notablement moins commune est V. rufa, Linn., ou la Guépe rousse, qui habite de préférence les bois et construit des nids souterrains peu volumineux et médiocrement peuplés, ayant la couleur et la consistance de ceux de V. germanica. Souvent de taille un peu plus petite que cette dernière espèce, elle se distingue essentiellement des deux espèces précédentes en ce que l'abdomen n'est pas exclusivement jaune et noir, mais porte du roux à ses deux premiers segments, entre la base noire et le bord jaune ; quelquefois ces segments deviennent roux en entier. Ce caractère n’est pas toujours très-marqué dans la femelle, mais toujours la base du dos du premier segment est rousse cu jaune, jamais noire en entier, sice n’est parfois au milieu où elle est échancrée de cette couleur. Une variété ne porte pas de roux, mais se reconnait toujours à la seconde bande jaune du premier segment de l'abdomen qui subsiste. Les yeux, prolongés jusqu’à la base des mandibules, ont une bordure jaune contiguë seulement à la partie supérieure de leur bord postérieur, et non prolongée jusqu'à la partie inférieure de ce bord; comme chez V. vulgaris et germanica; le plus souvent il y a une ligne ou un point jaune à la partie inférieure de ce bord. Le corselet de V. rufa est noir, velu, et n’a jamais de taches métathoraciques, et presque jamais de taches sur le postécusson.

La Guêpe rousse diffère du Frelon, outre sa taille beaucoup plus petite, par ses épaules et son écusson noirs et jaunes, et non roux, par sa tête et ses antennes noires, ete. Le mâle a le dernier segment ventral largement arrondi au bout, et se distingue sûrement par les flèches de son armure Copulatrice, dont le bout n’est pas émarginé au milieu. A consulter, pour cette espèce, Fr. Smith : Observations sur les mœurs des V. norvegica et rufa (Newman Zoologist, 1852, t. X, p. 3699 à 3703); — sur la manière dont V. rufa bâtit son nid (Newman Zoologist, 1856, t. XIV, p. 5169 à 5174). L'espèce V. rufa est de toute l'Europe, y compris la Laponie, et aussi d'Algérie (A. Dours).

Dans les espèces précédentes du genre Vespa, le pronotum n’a pas de carène transverse élevée; les antennes des mâles sont simples. Un autre

groupe présente les yeux dont l'extrémité inférieure est éloignée de la base des mandibules par un espace distinct, les antennes simples chez le mâle, le pronotum avec une ligne élevée ou carène, noire, transverse et parallèle au bord postérieur des yeux. Une espèce de ce groupe, du nord de l'Europe, de Suède, d'Angleterre, de France, dans les Vosges (D' Puton), est V. norvegica, Fabr. C’est une Guêpe noire, variée de jaune et poilue ; les antennes de la femelle sont noires, le chaperon avec une grande tache noire, les segments de l'abdomen bordés de jaune, les deux premiers avec une grande tache rousse de chaque côté, bien apparente surtout au second, les jambes antérieures avec une tache noire en dessous. Par les taches de l'abdomen, cette Guêpe rappelle V. rufa, mais les autres caractères l’en distinguent, notamment le dessin du reste de l’abdomen. Plus important pour nous dans le même groupe, car on le trouve près de Paris et dans toute la France, est V. silvestris, Scopoli (syn. holsatica, Fabr., arbustorum, E. Blanch.) Son nid, suspendu aux toits des maisons ou aux branches des arbres, est plus ou moins sphéroïde, composé d’une triple enveloppe grise, de couches concentriques régulières, sous laquelle est un noyau de gâteaux. Il a été figuré par Réaumur, par Latreille, par M. de Saussure, et est trèscommun dans les collections. Il est percé au bas d'un seul orifice.

Le nid de V. silvestris très-récent est fixé renversé par un pétiole à la branche qui lui sert d'appui, et offre une première coque papyracée interne, entourée d'une seconde coque extérieure très-incomplète. A l'intérieur, et porté par le pétiole prolongé, est un groupe en cupule renversée d’une dizaine de cellules hexagonales. Puis la seconde enveloppe, presque achevée, entoure la première, et une troisième est commencée autour du pétiole d'attache, etc.

La Guëêpe est longue de 15 millim., avec envergure de 32 (femelle), de 10 et 24 (ouvrière), de 12 et 30 (mâle), noire, variée de jaune, sans roux, les mandibules éloignées des yeux. La femelle a le chaperon finement ponctué, entièrement jaune ou avec un petit point noir, subtronqué au bout, les antennes noires, ferrugineuses en dessous, le premier article jaune en avant; le postécusson noir, l’abdomen avec des bandes un peu triémarginées, les ailes un peu ferrugineuses. Le mâle a le funicule des antennes entièrement noir, les articles du fouet cylindriques; le dernier segment ventral de l'abdomen tronqué et subarrondi au bout, sans fossette à la base ; le forceps extérieur de l’armure copulatrice presque glabre ; la lacinie, longuement éperonnée, dépassant un peu les flèches ; celles-ci défléchies et parallèlement convexes vers le bout, ce bout obtusément arrondi, séparées par une petite fente circulaire. Le corps dé la femelle est très-velu, à poils ferrugineux ; Pabdomen de Fouvrière fort peu velu. L'espèce est de toute l’Europe, moins peut-être la Laponie.

Le dernier groupe de Guêpes européennes comprend les espèces de la plus grande taille. Leur pronotum présente une ligne élevée ou carène,

jaune ou rousse, transverse et parallèle au bord postérieur des yeux, les antennes du mâle ont quelques articles munis latéralement en dessous d'un tubercule. La principale espèce de ce groupe est V. Crabro, Linn., le Frelon du langage vulgaire, la Guépe frelon de Geoffroy, the Hornet des Anglais, dont la femelle est longue de 22 millim. et plus, avec envergure de 55,le mâle et l’ouvrière longs de 18 à 20 millim., avec envergure de A8. Cette espèce est souvent trop commune et de toute l’Europe, y compris la Laponie ; elle existe dans l'ouest et le sudouest de, l'Angleterre. Elle est très-distincte des autres Guêpes européennes par sa grande taille, sa tête dilatée derrière Les yeux. La pubescence est fauve, le chaperon jaune, le reste de la tête roux, ainsi que la base des antennes; le thorax noir, varié de roux, notamment aux lobes du pronotum, à l’écusson, avec deux lignes ou taches rousses sur le mésothorax ; les ailes supérieures un peu jaunâtres ; les pattes rousses ; l’abdomen brun, avec les segments largement bordés de jaune. Le mâle a le limbe du pronotum noir, le chaperon tronqué et subarrondi au bout, quelques articles du fouet de l'antenne ayant en dessous deux petits tubercules s’élevant peu à peu vers le bout, de sorte que ces articles paraissent comme crénelés ; les forceps de l’armure génitale sont conjoints au bout aux flèches, ayant de chaque côté des lobes dilatés circulairement, séparés au milieu par une incision profonde, presque ‘semi-circulaire, les forceps externes dépassant les flèches, à bout largement arrondi, à poils fauves, la lacinie légèrement éperonnée. Le Frelon établit son nid principalement dans les arbres creux, quelquefois dans la terre ou sous de grosses racines, dans les poteaux pourris, dans les vieux murs, sous les toits de chaume, dans les cheminées, dans les ruches vides, etc. Comme il est formé de parcelles de bois mort et déjà décomposé, sa consistance est friable; aussi l’insecte dispose la matière en couches d’une certaine épaisseur. Quand les nids sont placés simplement sous un abri, comme le toit d'un bâtiment, ils ont une enveloppe consistant en une seule couche. Si au contraire ils sont dans une cavité close de toutes parts, avec des rayons proportionnés à son volume, les parois de la cavité tiennent lieu d’enveloppe, et sont quelquefois revêtues d’une couche de matière semblable à celle qui compose le nid ; des piliers latéraux lient alors les rayons à ces parois, en maintenant entre celles-ci et la circonférence des rayons un espace suffisant pour permettre la communication d’un étage à l’autre. Quand le nid n’est protégé qu’en partie par les parois de la cavité, la portion libre est seule pourvue d’une enveloppe; parfois les nids ont une enveloppe épaisse, munie d’intervalles celluleux, et dans les nids souterrains le haut de la cavité est quelquefois garni d’une mousse sèche assez serrée.

Les cellules destinées aux femelles de V. Crabro n'ont pas un plus grand diamètre que les autres ; mais leur volume interne, ainsi que celui des cellules destinées aux mâles, se trouve augmenté par la très-grande

convexité de l’opercule tissé par la larve sur l'ouverture de son alvéole, et sans doute aussi par la plus grande profondeur de celui-ci. Le double apothème d'une cellule est d'environ 10 à 10,3 millim., et le diamètre de 11 à 11,5. Au commencement de juin, les nids, très-peu volumineux, ne contiennent encore que la femelle fondatrice. Les cellules, au nombre de 15 à 20, forment un petit rayon circulaire d'environ 5 à 6 centimètres de diamètre, recouvert d’une enveloppe simple; 4 ou 5 cellules médianes sont seules closes, ce qui indique qu'elles ont seules constitué le début du nid, les autres contenant des larves d'autant plus pelites qu'elles s'éloignent davantage du centre. Au commencement de juillet, il n'existe qu'une douzaine d’ouvrières dans le nid, les premières écloses vers le milieu de juin. Dans la seconde quinzaine de juillet, les nids ontordinairement quatre ou cinq rayons, et 40 à 70 ouvrières, parfois beaucoup moins. Le maximum depopulation est dans la seconde quinzaine de septembre ou au commencement d'octobre. Le nombre des rayons peut, à cette époque, s'élever jusqu'à dix, et le diamètre des plus grands dépasser 20 centimètres, il y a alors souvent plus de 300 ouvrières par nid, et un nombre très-variable de mâles et de femelles, de sorte que, à cette époque, la population totale, y compris les larves et les nymphes, dépasse ordinairement le chiffre de 1000 individus. Vers la fin d'octobre ou au commencement de novembre, la population ayant disparu peu à peu, les nids de V. Crabro ne tardent pas à devenir complétement déserts.

Malgré l'extrême irascibilité des Frelons, surtout quand on dirige son souffle sur eux, ceS insectes sont susceptibles de s’apprivoiser dans une très-large mesure, si l'on a prisle nid à son début et si l’on en tient les habitants en captivité ou en demi-captivité; il faut pour cela avoir soin de les regarder et de les toucher très-souvent, et de leur donner directement des morceaux de fruit ou de sucre mouillé, principalement aux sentinelles et aussi aux larves. C’est par des pratiques analogues qu'on parvient à s'approcher des nids, et même à les visiter, pour les autres espèces de Guépes.

Une espèce assez voisine du Frelon, mais beaucoup plus rare, est V. media, de Geer, très-poilue, noire, ornée de jaune, les antennes jaunâtres en dessous, le thorax varié de ferrugineux. Elle se distingue de V. Crabro par sa taille plus petite, 15 à 20 millim. chez la femelle, 43 à 15 dans les deux autres formes; par le premier article des antennes, qui estnoiret jaune etnon roux, pour le premiersegment de l'abdomen, qui est noir, bordé de jaune, et non roux, avec une ligne jaune, etc.; des V. vulgaris et germanica, par le dessus du prothorax, qui est entièrement roux, par le premier article des antennes, qui est jaune en avant, avec le troisième article presque entièrement jaune; par le dessous des antennes, qui est jaune ou ferrugineux ; par le second segment de l’abdomen, qui n’a pas de tache noire sur sa bordure jaune. Le mâle a le chaperon non émarginé médianement au bout, les antennes ayant les

articles du fouet aplatis en dessous, et quelques-uns offrant extérieurement un petit tubercule, les flèches dilatées, subdéfléchies au bout, séparées par une fente lancéolée, la lacinie peu poilue, à long éperon, dépassant peu les flèches. Cette espèce, qui manque dans les Iles Britanniques, est surtout du nord de l’Europe, très-rare aux environs de Paris ( Versailles, Saint-Germain), assez rare près de Dijon, etc. Elle habite surtout les bois et les grands jardins, et suspend son nid aux branches des arbres et des arbustes, ou sous la corniche du toit des maisons. Ces nids, figurés par de Géer, sont papyracés et de couleur grise, l'enveloppe formée de couches minces continues et superposées. Ils sont d’un volume peu considérable, ovoïdes ou pyriformes, l’ouverture située à l'extrémité de la partie rétrécie, qui est toujours en bas. Celui trouvé à Versailles par Blondel était attaché par le gros bout sous l’entablement d’un bâtiment. M. A. Rouget en a observé un près de Dijon, construit sur un poirier, dans un jardin, traversé presque horizontalement par une petite branche qui lui servait de support. Ce nid avait environ 17 centim. de diamètre transversal et 20 de hauteur verticale; il en est sorti environ, dans le mois d'août, 60 femelles au moins et un peu plus de mâles. Nous ne ferons que citer une dernière espèce, V. orientalis, Fabr., avec divers synonymes, très-sensiblement de la taille du Frelon, et très-voisine, bien distincte toutefois par le second segment de l'abdomen, qui estentièrement ferrugineux, ou seulement bordé d’une petite ligne jaune interrompue au milieu et raccourcie sur les côtés, tandis que, chez V. crabro, le second segment de l'abdomen est brun, largement bordé de jaune, non roux. La Guêpe orientale est de la Grèce, de la Turquie, de l’Albanie, de l'Egypte, de la Syrie, des Indes orientales. En Égypte est une variété ayant le quatrième segment abdominal brun, avec deux taches jaunes latérales. Nous pensons devoir mentionner quelques Guêpes exotiques, en raison ou de leur fréquence dans les collections, ou de leur grande taille, ou de l'éclat de leurs couleurs. Parmi les Guêpes américaines, un groupe présente des insectes noirs ayant tous les segments de l'abdomen bordés de jaune ou de blanc. Telles sont : V. arenaria, KFabr., syn., marginata, Kirby, noire, pubescente, la bouche, les taches du front, le scape des antennes en dessous, une ligne de chaque côté du thorax avant les ailes, deux points de l’écusson, les bords des segments de l'abdomen blanchâtres; pattes roussâtres, noires à la base ; États-Unis; V. cuneata, Fabr., noire, variée de jaune; deux lignes longitudinales au mésothorax et le post-écusson jaunes; segments de l'abdomen bordés de jaune, le premier avec une ligne transversale antérieure jaune, le second avec une bande jaune interrompue au milieu ; États-Unis, Mexique. Dans un second groupe de Guêpes américaines, les insectes sont noirs ou jaunes, n'ayant pas l'abdomen noir en entier, avec les segments ornés d’une bordure jaune. Nous y trouvons : V. maculala, Linn., noire, de grande taille (environ 20 millim. de long), le chaperon, les mandi- GIRARD, 11, —— 99

bules, le sinus des yeux (ceux-ci n’atteigaant pas les mandibules), une tache maculaire avant l'aile et une tache sous celle-ci, deux taches à l'écusson, deux au post-écusson, d’un jaune pâle, segments 4 et » de l'abdomen avec le bord sinué d’un jaune pâle, anus maculé de jaune pâle, les autres segments noirs; pattes variées de noir et de jaune pâle ; espèce décrite par tous les anciens auteurs : Fabricius; Gmelin, De Géer, CF rist, Olivier, ete., États-Unis; V. Carolina, Drury, non Linn., d’un jaune roussâtre ; le vertex, le mésothorax, la ligne du milieu de l’écusson, une bande transversale à la base du deuxième segment de l'abdomen et deux points à tous les segments, noirs; deux lignes fauves au mésothorax; ailes ferrugineuses ; États-Unis.

Parmi les Guêpes asiatiques et sondaïques, il en est dont les ailessont ferrugineuses ou enfumées, avec l'abdomen jaune de diverses nuances. Telles sont : V. bicolor, Fabr., jaune, le vertex et le disque du mésothorax noirs; Chine et Indes orientales; V. auraria, Smith, d’un beau fauve doré, e thorax varié de brun, les segments de l'abdomen bruns à la base, avec le bord d'un fauve doré; ailes d’un jaune ferrugineux ; nord de l'Inde, Japon; V. mandarinia, Smith; très-grande espèce, dont la femelle est longue de 32 millim., avec 66 d'envergure, la tête trèsgrosse et très-renflée, fauve ainsi que l'abdomen; thorax noir, les épaules et les écussons tachés de ferrugineux, les segments 1 et 2 de l'abdomen avec une bande brune au milieu, les autres d’un fauve brun, bordés de jaune; ailes d’un jaune ferrügineux, brunes le long de la côte; pattes brunes, à poils ferrugineux; nord de la Chine, Japon ; V. analis, Fabr., le Crabro sphinx de Christ, dont la femelle atteint 26 millim., d'un ferrugineux noirâtre, le premier et le second segments de l'abdomen fauves, ayant au milieu une bande brune, l'anus jaune; Indes orientales, Java; V. cèncta, Fabr., noire, la tête, les épaules, l'écaille, l'écusson ferrugineux, le second segment de l'abdomen jaune, à base noirâtre ; les ailes lavées de jaune ferrugineux, à nervures brunes; Asie méridionale et orientale, îles Sondaïques; espèce trèscommune, de toutes les collections.

Un second groupe AStIQUe, offre des Guêpes à ailes noires, dont le type est V. magnifica, Smitb. C'est une superbe espèce, de grande taille (femelle, 30 millim., envergure 66), à tête d’un rouge orangé, ainsi que la base des antennes, le reste noir, à côtés du corselet tachés de roux, les pattes couvertes de poils chatoyants, les ailes noires, l'abdomen velouté, ses segments étroitement lisérés d'orangé ou de ferrugineux, dessus et dessous, le sixième entièrement jaune ; Népaul, et Indes orientales.

Voir, pour divers Vespiens du Japon, un travail récent de M. Fr. Smith : Descriptions d'Hyménoptères porte-aiguillons du Japon ; Trans. Soc. entom. of London. 1873, t. XII, p. 181 et suiv.

Porisrines. — Mandibules presque égales en largeur, le bout de l’une recouvrant celui de l’autre; épisternums et épimères du mésothorax bien séparés; ailes inférieures avec un lobe basal distinct.

Cette famille ne renferme qu’un genre qui ait des espèces européennes ; c'est le genre :

POSTES, Latr., Fabr. — Corps élancé et non poilu; prolongement du bord antérieur du chaperen angulaire, l’angle portant une petite dent; tempes distinctement bordées, joues non bordées ; antennes des mâles ayant les derriers arlicles subrecourbés au sommet; yeux n’atteignant pas inférieurement la base des mandibules; mandibules courtes, subcarrées, armées de quatre dents ter-minales, dout les trois externes aiguës, l’interne obtuse, souvent écartée des autres ; mâchoires ayant le galéa plus court que la pièce basilaire, le palpe aussi long qu’elle, de six articles, le troisième en général plus long que les autres; lèvre moyenne, quadrilobée, avec palpes labiaux de quaire articles; thorax allongé, collier du pronotum séparé par une ligne élevée, métathorax oblique et plat, sans sillon profond, offrant au point de l'articulation de l'abdomen deux valves saillantes, le post-écusson avec une faible suture basale et non prolongé triaugulairement en arrière; ailes supérieures ayant une radiale ne s’avançant pas beaucoup plus près du bout de l'aile que la troisième cubitale, deuxième cubitale rétrécie vers la radiale, mais sans s’y terminer en pointe, assez dilatée vers le disque, troisième cubitale subcarrée; pattes assez fortes, à jambes courtes, à larses beaucoup plus longs que les jambes, abdomen fusiforme, le premier segment non pédicellé, mais en entonnoir ou en cloche, postérieurement plus étroit que le second, qui continue sans étranglement la courbe commencée par le premier, l’extrémité toujours terminée en pointe.

Le genre Polistes est entièrement cosmopolite, et on en connaît plus de soixante espèces bien déterminées. Un fait important de sa physiologie est celui constaté par de Siebold, pour l'espèce la plus répandue en Europe, que les individus mâles proviennent par parthénogenèse de femelles non fécondées (Parthenogenesis bei Polistes gallica; Stettin, entomol. Zeitung, 1870, p. 239). D’après M. R. Leuckart, ce phénomène est général chez les Bourdons, les Vespiens européens et les Fourmis; les petites femelles et les ouvrières pondent des œufs de mâles (Aienenzeitung, 1855, et Bullet. Acad. royale de Belgique, Bruxelles, 1857, t. I, p. 200 à 204).

Les nids du genre Polistes sont essentiellement caractérisés par l’absence d’enveloppe extérieure. Ceux des Polistes de France sont formés par un simple rayon, quelquefois, mais très-rarement, doublé par un rayon superposé, maintenu à distance du premier par des piliers. Ils sont placés dans un lieu chaud, abrité du vent, souvent exposés au midi. Le rayon est fixé à un point d'appui, rameau, tige de plante, paroi de mur ou de rocher; les cellules sont tournées en bas quand le pédicelle est vertical, ou bien vers l'extérieur si le pédicelle est attaché

perpendiculairement à une paroi verticale. Ces nids sont fréquents sur les espaliers.

Les matériaux sont analogues à ceux de Vespa germanica, et recueilis par les Polistes sur le bois mort exposé à l'air et sur les tiges sèches de diverses plantes; le nid a une couleur grise tirant un peu sur le brun. Le support, quand il est unique, n'est pas placé exactement au centre du rayon, mais plus près de sa partie supérieure si celui-ci est vertical ou à peu près; quand il y a plusieurs supports destinés à donner plus de solidité au rayon, ils sont ordinairement placés sur une ligne s'écartant peu de la verticale.

Ces nids sont done du groupe des gymnodomes latérinides ; si on les compare dans les espèces de diverses contrées, on voit qu'ils ont le plus souvent la forme de coupe, parfois subcirculaire, parfois, au contraire, très-oblongue, avec des alvéoles en rangées de nombre très-variable. Le pédicule d'attache est subcentral dans la plupart des espèces, parfois au contraire très-latéral : ainsi chez Polistes annularis, Linn..espèce trèscommune dans les deux Amériques; chez P. Cunadensis, Linn., également très-commun dans toute l'étendue de ces deux continents, etc.

C'est vers le milieu d'avril que, chez nous, les femelles d'hivernation commencent isolément leurs nids, consistant dans le support et dans quelques cellules hexagonales peu profondes, formant un petit rayon d'un centimètre environ de diamètre, qui est ensuite augmenté graduellement par la femelle, en allant du centre au pourtour. Une fois les premières ouvrières nées, elles agrandissent le rayon. La mère fondatrice ne travaille plus et s’absente peu, occupée à la ponte. Les ouvyrières lui donnent souvent de la nourriture qu'elles lui présentent au bout de leur langue ou entre les mandibules.

A la fin de l'été ou au commencement de l'automne, le rayon a acquis tout son développement et présente une forme plus ou moins régulièrement circulaire. Les plus grands ont, mais rarement, jusqu'à 40 à A1 centimètres de diamètre sur 3, 5 d'épaisseur, et peuvent alors contenir trois cents alvéoles. Il n’y a pas, comme chez les Vespa vulgaris et germanica, de cellules spéciales pour les mâles et les femelles; les cellules qui ont déjà donné naissance à des ouvrières sont seulement rendues plus profondes, par le prolongement de leurs parois, à l'époque où se développent les larves des mâles et des femelles fécondables. A ce moment, les ouvrières commencent à faire des provisions de miel dans des cellules situées sur les bords du gâteau, et ce miel a très-bon goût. Les ouvrières vont alors butiner sur les fleurs. Lepeletier Saint- Fargeau dit avoir vu souvent les ouvrières Polistes lécher un peu de ce miel, l’avaler et le dégorger aux larves de mâles et de femelles, ce qu'elles ne font pas pour les larves d'ouvrières, de sorte que cette nourriture spéciale serait destinée à provoquer le développement des organes reproducteurs.

On voit, de même, les ouvrières amasser ce miel, aux dépens de la

cassonade ou du sucre dissous dans l’eau qu’on leur donne, si on élève ces nids en captivité, et même au commencement d'octobre, alors que la plupart des cellules sont vides, et que ce miel semble devenir à peu près inutile. Lanourriture des Polistes et de leurslarves consiste principalement en matières sucrées, comme celle des Guêpes, et en petits insectes mous. La ponte, le développement de la larve, le cloisonnement de la cellule par la filature d’un opercule, ont lieu à peu près comme chez les Guêpes- Les premières ouvrières éclosent au mois de juin, quelquefois même dans la seconde quinzaine de mai; les mâles et les femelles vers la fin de juillet, les premiers dix à quinze jours avant les femelles. Selon Réaumur, il s’écoulerait environ vingt ou vingt et un jours depuis la ponte de l’œuf de Poliste, jusqu'à ce que la larve qui en provient ait acquis tout son développement et filé la clôture de sa cellule, et huit ou neuf jours depuis celte époque jusqu'à la sortie de l’insecte parfait; ces nombres varient probablement un peu, selon les circonstances atmosphériques et la température. Aux environs de Paris, la population d’un nid de Polistes, qui est d'abord d’une soixantaine d'ouvrières, peut être portée, en septembre, environ au double d'individus, dont 20 à 30 femelles fécondables et probablement quelques mâles de plus.

Dans les beaux jours des mois de septembre et d'octobre, aux heures les plus chaudes de la journée, ont lieu les accouplements entre les jeunes mâles et les jeunes femelles. On voit ces dernières posées sur le nid les ailes un peu écartées, entr'ouvrant, par intervalles, les valves de l'anus, de manière à découvrir la cavité au fond de laquelle est la vulve. Les mâles en amour marchent avec vitesse sur l'extérieur du nid, pour ainsi dire d’un air inquiet, allant en avant et revenant ensuite sur leurs pas, l'organe génital, ordinairement caché, devenu presque entièrement saillant. À la vue d'une femelle , le mâle court vers elle et parfois vole au-dessus avec agilité, <e place sur son dos, de sorte que le bout de son abdomen dépasse un peu celui de la femelle, puis opère la copulation. Dans les préludes, les forceps entr'ouverts saisissent l'extrémité de l'abdomen de la femelle, la prenant aiternativement à plusieurs reprises d'un côté et de l’autre; puis le fourreau du pénis est inséré dans un trou qui est au-dessous de la base de laiguillon de la femelle. L’accouplement dure peu de temps, la femelle semblant faire quelque résistance et même marchant, mais lentement. Le corps de la femelle fécondée offre des œufs oblongs, pareils à ceux déposés dans les cellules, mais moins volumineux encore, et réduits presque à des petits points ronds, daus les jeunes femelles non fécondées.

Dans le courant d'octobre, la population des nids de Polistes diminue graduellement et finit par disparaître d’une manière complète. Les femelles fécondées hivernent comme celles des Guèpes, et commencent à se montrer au printemps, quelquefois dès les premiers jours de mars. |

En raison de leur petit nombre et d'une taille plus faible, les Polistes sont bien moins nuisibles aux fruits que les Guêpes. Ce sont des insectes beaucoup moins courageux et moins irritables, ne se servant de leur aisuillon que lorsqu'ils sont nombreux et qu'on cherche à ravir ou à briser leur nid; aussi il est très-facile de les observer de près, sans le moindre danger. On peut aisément porter à la maison le nid du printemps avec la branche d'attache. La femelle fondatrice y reste posée, sans chercher à le àéfendre ni à piquer, ne voulant pas abandonner sa progéniture; on la voit continuer son nid, soit qu’on la nourrisse en caplivité, soit qu'on la laisse aller butiner au dehors et revenir alimenter ses larves. Les premières ouvrières nées s’habituent à la présence de l'observateur, et l'étude des mœurs et du développement se fait ainsi avec facilité.

Les espèces européennes de Polistes présentent de grandes difficultés de détermination, en raison de leur variabilité. Si quelques entomolosistes en admettent quatre, la plupart n’en comptent que deux distinctes. Sichel même, et cette opinion est partagée par Guérin-Méneville, voudrait les voir réduites à une seule, le P. gallicus ( Ann. Soc. entom., Fr., 1854, bull., p. XII, et Compt. rend. Acad. Sc., 1868,t. LXVIT, p. 75). En effet, la coloration n’a que peu de valeur chez des insectes où le noir et le jaune empiétent constamment l’un sur l'autre; il a pu rassembler une série de deux cents individus des prétendues espèces, sans pouvoir décider, tant les transitions sont nombreuses, où commencent les caractères d’une espèce et où finissent ceux de l’autre. En outre, des nids fondés par une seule femelle de P. gallicus ou de P. biglumis ont produit uniquement des ouvrières de l’autre espèce, ou des sujets avec toutes les transitions de l’une à l’autre, pour les mâles surtout. L’espèce la plus répandue est le P. gallicus, Linn., pl. Lxx1i, fig. 6 a. tête, 6 b. antennes de la femelle, 6 c. id. du mâle, 6 d. labre, 6 e. mandibule, 6 f. mâchoire et palpe, 6 g. lèvre inférieure et ses palpes, noir, très-varié de jaune, de 12 à 16 millim. de long, avec 30 millim. d'envergure. Les antennes sont jaunes ou un peu orangées, avec le scape noir et une tache jaune antérieurement, et souvent les trois premiers articles du fouet noirs aussi en dessus. 11 y a deux taches jaunes sur la partie antérieure du disque du mésothorax, et les taches du métathorax sont assez larges. Les ailes sont d'un brun ferrugineux, et cependant assez transparentes, les pattes jaunes avec les hanches et les deux tiers des cuisses noirs. Les bandes inférieures de l'abdomen sont jaunes, et les deux premiers segments ont chacun deux taches jaunes libres ou fondues avec la bordure, celle du segment 2 du mâle grandes et portant au milieu un point noir. Les bordures de l'abdomen sont triéchancrées dans les deux sexes, et les parties jaunes sont d’un jaune vif. L'espèce est de toute l'Europe, sauf les parties les plus septentrionales, du nord de l'Afrique, de l'Égypte et de l'Asie jusqu’en Perse.

Ce Poliste est très-commun dans l’est et dans l’ouest de l'Algérie, et

on le surprend souvent, au printemps et en été, établi sur son nid, ce dernier ordinairement placé sur les feuilles de cactus ou d’aloès. Nous représentons, pl. Lxxn1, fig. 6, une variété de P. gallicus, rapporté d'Égypte par Alex. Lefebvre, et où le jaune domine surle thorax, avec les bandes jaunes de l'abdomen plus larges. La seconde espèce européenne est un peu plus petite,de 410 à 45 millim. de long, avecle jaune plus pâle surtout sur l'abdomen. C’est le P. biglumis, Linn., syn. : diadema, Latr. et L.S'-Fargeau. Il diffère de l’autre espèce par son chaperon jaune traversé par une bande noire transversale, par les antennes ayant une tache jaune au scape et le fouet jaune-brun en dessous, mais avec tous les articles noirs en dessus, jusqu'au bout, le quatrième étant parfois ferrugineux, le métathorax souvent sans taches jaunes, l'abdomen avec des bandes jaunes plus étroites, les deux taches jaunes des deux premiers segments petites, souvent rousses sur le second, comme deux points sur le premier, qui manquent parfois dans la variété Geoffroy L. S'-F., enfin, pouvant disparaitre aux deux segments. Le forceps extérieur du mâle a une lacinie longuement mucronée et poilue, et dépasse beaucoup une flèche étroite, un peu dilatée et arrondie au bout. L'espèce est très-commune dans toute l’Europe, mais n'est pas signalée hors ce continent, c’est le seul Poliste de la Suède et de la Norwége.

Les deux espèces de Polistes européens manquent dans les îles Britanniques; ce genre n'est pas mentionné dans les Vespides du catalogue des espèces anglaises du British museum (1851). Dans ces deux espèces que nous venons de signaler les femelles et les ouvrières ne diffèrent extérieurement que par la taille, et sont quelquefois difficiles à distinguer les unes des autres, la dimension des plus grandes ouvrières atteignant presque celle des plus petites femelles. Au contraire, les mâles se distinguent très-facilement, non-seulement par les caractères sexuels ordinaires (forme plus allongée, antennes de treize articles, abdomen de sept segments, absence d’aiguillon), mais encore par les antennes enroulées à l'extrémité et par la face presque entièrement jaune, les yeux mêmes étant de celte couleur chez l’insecte vivant.

Le P. biglumis construit son nid sur les rameaux des arbustes, surtout ceux du prunellier (Prunus spinosus), sur ceux des jeunes plant d'arbres dans les pépinières, notamment de pins, sur les tiges sèches de diverses plantes croissant sur les terrains en pente, sur les talus bordantles chemins et les fossés exposés au midi ou à l’est, sur les pierres, les murs, les rochers, etc., aux mêmes expositions. Le rayon est le plus souvent placé dans un plan à peu près vertical, les cellules étant alors horizontales et ayant presque toujours leur ouverture dirigée vers le sud, le sud-est ou l’est. Ces nids sont fortement gommés, en vertu de leur exposition complète à l'air ou à la pluie. C'est habituellement dans des conditions identiques que se présentent les nids du P. gallicus; mais, d’après M. A. Rouget, ils se montrent aux environs de Dijon dans des conditions différentes, sans doute par suite d’un instinct local, en rap-

port avec le climat de cette région, où la température du printemps est très-inconstante, et afin de se mettre à l’abri des fortes gelées tardives, qui y sont fréquentes en avril el au commencement de mai, Ce fait est en rapport avec une distinction spécifique probable, P. gallicus étant plus méridional que P. biglumis, au moins comme race.

Aux environs de Dijon, le besoin, pour le P. gallicus, de se procurer un abri, lui fait établir son nid dans des conditions qui remplacent, en quelque sorte, l'enveloppe du nid des Guëêpes, et qui surtout assimilent presque entièrement ce nid à ceux que construisent les Guêpes dans certaines cavités où ils sont dépourvus d'enveloppes. On trouve surtout ces nids de P. gallicus à la paroi inférieure des pierres calcaires plates posées en débordant sur les murs, surtout dans les intervalles de ces pierres, à l'abri et dans l’obscurité, principalement aux expositions du sud et de l’est. Le rayon est alors à peu près horizontal, avec les cellules verticales et ouvertes en bas, et souvent plus allongé dans un sens que dans l’autre, par suite de la forme même de la cavité qu’il est impossible à l’insecte de modifier; parfois ce nid est dans l'épaisseur même de murs de clôture formés de pierres plates superposées sans mortier, avec l'entrée aux expositions citées. On trouve aussi ces nids dans des débris d’immondices de la ville, attachés à l’intérieur de vieux ustensiles de ménage en fer-blanc qui les abritent, et dans lesquels, en été, ils doivent éprouver une chaleur torride. Lacordaire a cité ce fait, qu'à Cayenne, des Vespiens font leurs guêpiers sous la couverture des maisons, sans que les insectes paraissent incommodés par une température de plus de 50 degrés.

Certains parasites semblent spéciaux aux Polistes européens. Ce sont des Stylopides, groupe dont quelques auteurs font une famille aberrante de Coléoptères, tandis que la plupart en font un ordre particulier, les Strepsiptères ou Rhipiptères, ordre satellite de celui des Coléoptères. Le plus ancien Stylopide connu est le Xenos vesparum, Rossi (1792). On consultera sur ce sujet: de Siebold, Weigmans Archiv. der Naturyeschichte, 1843, t. IX, p. 137. —*. 1, Revue 3001, de G. Mén., 1844, p. 111. — Lacordaire, Genera des Coléoptères, t. V, p. 684. — Jacquelin du Val, note sur l'ordre des Rhipiptères, genera des Goléoptères d'Europe, p. 419. — Dr A. Laboulbène, article Rhipiptères, Dictionn. encycl. des Sciences médicales du D' A, Dechambre, Paris, p. 394. Les Xénos se développent à l'intérieur du corps des Polistes, les femelles restant à l’état de larvaire, avec développement des ovaires sans devenir nymphes, tandis que les mâles ont les trois phases de larve, de nymphe et d’adulte ailé. Les femelles sont vivipares, portant un nombre énorme d'œufs, de à à 6000, d'après Newport, qui éclosent dans leur corps, et donnent de petites larves primitives à six pattes et oculées, se développaut dans un canal d'incubation spécial, puis sortant par une fente transversale après le céphalothorax, et se mouvant sur l’abdomen du Poliste, à l’intérieur duquel a vécu leur mère. De là, elles passent sur

les larves nourries dans les alvéoles du nid et pénètrent dans leur corps, où elles deviennent secondes larves, sans pattes ni ocelles, se nourrissant seulement des tissus graisseux, car elles permettent la nymphose et l'éclosion adulte des Polistes, de sorte qu'il est fort douteux que les Xénos aient la mission harmonique de s'opposer à la trop grande multiplication des Polistes ; il resterait toutefois à rechercher si les Polistes adultes stylopisés sont aptes à la reproduction. Arrivées à tout leur développement, ces secondes larves font sortir leur céphalothorax corné et un peu convexe, sans yeux ni antennes, entre les segments abdominaux du Poliste adulte et sorti de sa cellule. Les femelles n'ont pas d’autres changements, leur abdomen, mou et gonflé d'œufs après la fécondation, restant toujours dans le corps du Poliste. La larve du mâle se change en nymphe à peine sortie du Poliste, la peau de la région devenant cornée et noirâtre, tandis que la partie postérieure, engagée dans les tissus de l'Hyménoptère, conserve des téguments mous et blanchâtres. Lors de l’éclosion du Xénos mâle, l'extrémité du céphalothorax de la nymphe s’entr’ouvre et se sépare comme un couvercle. L'adulte sort par cette ouverture et prend immédiatement son vol. Quand les Xénos mâles sont sortis du corps des Polistes, ceux-ei continuent à vivre en conservant, sans en paraitre incommodés, l’enveloppe cornée de la nymphe, qui maintient encore écartés les segments de l'abdomen de l'Hyménoptère. Le Xenos vesparum se rencontre sur le Polistes gallicus et sur le P. biglumis, mais paraît beaucoup plus fréquent sur le premier. Ordinairement, ce sont les femelles et les ouvrières qui offrent le Stylopide ; cependant, il vit aussi dans le corps des males, et même Sichel a observé une année, aux environs de Paris, qu'il était plus commun dans le corps des mâles. On voit des Polistes contenant d’un à sept Xénos sur le même insecte, soit tous mâles, soit tous femelles, soit les uns mâles et les autres femelles; les sujets qui offrent plusieurs Xénos mâles ont l'abdomen très-difforme, et se distinguent au premier coup d'œil. Quelques-uns des segments, au lieu de se recouvrir exactement, comme dans l’état normal, présentent alors entre eux un écartement relativement très-considérable dans le sens longitudinal, et la partie antérieure de la nymphe, de couleur noirâtre, fait saillie au dehors, entre ces segments. L'examen des Polistes à Xénos femelles doit être fait avec plus de soin, car l’écartement des segments abdominaux est beaucoup moins prononcé; en s'aidant de la loupe, on voit seulement déborder entre ces segments l'extrémité d'une petite plaque cornée, arrondie et jaunâtre, qui est le céphalothorax du Xénos femelle. Le parasite est plus ou moins abondant sur les Polistes, selon les années, soit en raison des circonstances atmosphériques, soit d'après la multiplication même des Polistes, qui est variable d'une année à l’autre, et en raison directe de celle-ci.

Si on veut recueillir des Xénos, il faut rechercher les Polistes stylopisés, qu'on reconnaitra à l'inspection de l'abdomen. On place, dans

une cage de fine toile métallique, soit des nids de Polistes avec leurs habitants, soit des individus isolés pris au filet. Il est très-aisé de conserver ces insectes, bien moins farouches que les Guêpes et cherchant plus rarement à piquer ; on les nourrit avec du sucre blanc et de l’eau pure, en couche de quelques millimètres, placée dans un petit vase très-plat. Les sujets stylopisés doivent se rechercher dans les endroits où il existe des nids et près de ceux-ci, car ils paraissent s’en éloigner beaucoup moins que ceux qui ne portent pas de parasites. Ils sont moins souvent dans le nid, sont moins vifs que les autres, et aiment à .se tenir longtemps à la même place, ainsi sur les treilles et les pêchers disposés en espaliers le long des murs exposés au midi, sur les toits de ces murs, sur diflérentes fleurs, comme celles du persil et d’autres Ombellifères, d'Eryngium campestre, etc. On expose au soleil, au moins quelques heures par jour, les cages contenant les Polistes stylopisés, qu'on à eu soin de prendre au plus tard à la fin de juillet, car les Xénos mâles pourraient être éclos, et l'Hyménoptère ne plus offrir que le fourreau corné et béant de la nymphe. Les éclosions ont lieu, surtout dans la matinée, des premiers jours d'août jusqu'au milieu de septembre. Les mâles, très-agiles, volent dans la cage, presque sans prendre de repos. On les voit s'approcher de l'abdomen des Polistes pour chercher ceux qui contiennent des femelles et opérer l’accouplement sur le corps méme du Poliste, dont la femelle ne sort jamais. On recueille les Xénos mâles el on les pique ou les colle sur une carte, après anesthésie au flacon à cyanure de potassium ou à chloroforme. Les femelles s’extraient, avec une pointe d’aiguille, de l’abdomen du Poliste tué, et ne peuvent se conserver que dans l’alcool.

Les Polistes gallicus et biglumis sont encore attaqués par un Ichneumonien, le Crypturus argiolus, Gravenhorst, déposant ses œufs dans les larves, qu’il perce de sa tarière.

Nous indiquerons rapidement quelques Polistes exotiques, choisis dans les espèces les plus anciennement connues, les plus communes dans les collections. Tels sont : le P. Schach, Fabr., syn. : orientalis, L. S'-F., de grande taille, la femelle féconde ayant 34 millim. de long, entièrement d’un brun ferrugineux, les antennes noires, le métathorax profondément strié transversalement, les ailes noires à reflet violet, surtout les supérieures, l'abdomen lisse, assez luisant, avec un léger reflet glauque; des Indes orientales ; le P. hebrœus , Fabr., de 24 à 26 millim. de longueur chez l’ouvrière, de couleur fauve mêlée de ferrugineux plus foncé, avec trois lignes brunes sur le corselet, les pattes ferrugineuses, les ailes transparentes el ferrugineuses. Cette espèce varie beaucoup; le thorax et l'abdomen souvent tachés de jaune, mais le caractère distinctif réside dans les bandes étroites, ferrugineuses, brunes ou noires, que portent les segments de l'abdomen, celle du premier transversale et droite, celles des autres fortement ondulées ou contournées vers le haut et vers le bas; très-commune, de la Perse, des Indes

Orientales, de la Chine, du Japon et de l’île Maurice. Le P. Chinensis, Fabr., est jaune, varié de fauve vif, les antennes jaunes, le disque du mésothorax avec deux lignes jaunes, les segments de l'abdomen noirs ou bruns. bordés dejaune, le second avec deux taches jaunes ; de Sibérie, de Chine, du Japon. M. Fr. Smith dit qu'on ne peut séparer cette espèce du P. biglumis d'Europe. Le P. marginalis, Fabr., syn. : ornatus, L.S'-K., dont l’ouvrière a 44 millim. de long, est d’un ferrugineux rougeûtre, avec une large tache noire au vertex autour des ocelles, le thorax noir, avec le prothorax ferrugineux ainsi que les écussons et deux lignes au métathorax, les pattes ferrugineuses, les ailes transparentes, d’un roux ferrugineux, l'abdomen avec les premiers segments noirs ou ferrugineux, bordés de blanc jaunâtre ; du Cap et de l'Afrique méridionale, construisant un nid circulaire. Le P. stigma, Fabr., des Indes orientales, à ailes tachées de brun au bout, avec deux lignes jaunes au mélathorax et les segments 1, 3 et 4 de l'abdomen, à bordure jaune, n'est peut-être qu'une variété de l'espèce précédente.

En outre, plusieurs espèces de l'Australie, de la Tasmanie, des Moluques, de Timor, de Java, etc.

Parmi les espèces américaines, il faut d'abord citer une espèce trèscommune décrite par De Géer et par Réaumur, qui semble répandue dans toute la longueur des deux Amériques, rapportée de Cayenne par le Dr Doumere; c'est le P. Canadensis, Linn., Christ., syn. : marribous, Liun., nigripennis, de Géer, lanro, Fabr., erythrocephalus, Latr., unicolor, L. S'-F. La tête et le corselet sont rougeàtres, tout Le corps d’un brun ferrugineux, les côtés du thorax noirs, les hanches et cuisses noires, les ailes d’un brun foncé, à reflets bruns, les antennes ferrugineuses à la base, noires au milieu, presque crangées au bout. Cette espèce, dont l’ouvrière est longue de 24 à 26 millim., est sujette aux attaques d'un Rhipiptère, dont les dépouilles nymphales restent parfois visibles aux segments abdominaux. On consultera, pour cette espèce, Fr. Smith : On the nest of Polistes lanio Fabr., and a parasite found therein ( Trans. Soc. entom. of London, t, 1, 1850-1851, p. 176-178.

Le fait curieux présenté par ce nid est la découverte, dans une cellule, d'un Hyménoptère anciennement décrit et figuré par De Géer, sous le nom de Sphex compressa (Mém. hist. des ins., t. HI), puis récemment sous le nom de Trigonalis bipustulatus, d'après un sujet capturé au Para par M. Bates.

C'est un Hyménoptère pupivore, de place très-incertaine, térébrant, dont le genre (Trigonalis, Westwood) est mis habituellement dans les Evanides. Une espèce, de France, d'Italie, d'Angleterre, le T. Hahn, Spinola, passe pour parasite des Vespa Le spécimen de l'espèce américaine trouvé par M.Fr. Smith dans le nid du Polistes Canadensis ou lanio avait 44 mil m. de long, entièrement noir, la tête brillante, le thorax et l'abdomen ternes, avec deux taches blanches au bord apical du segment basilaire de celui-ci. Le nid avait été rapporté de San Salvador

(Amérique du Sud); les nids de cette espèce sont très-abondants dans les rues de cette ville, où ils sont attachés aux bords des toits des maisons. Le nid observé n'avait qu'un seul rayon de cellules, fixé en son centre dorsalement au moyen d'un court pédoncule.

Le P. annularis, Linn., est une espèce variant beaucoup de coloration, d'un brun noirâtre, avec des taches ferrugineuses, le premier segment de l'abdomen bordé d’un anneau jaune, les pattes brunes, avec articulations jaunes, les ailes noires, les antennes ferrugineuses, noires au milieu, orangées au bout. Cette espèce, dont l’ouvrière atteint 28 millim. de long, a d’abord été rapportée de Pensylvanie, et se trouve dans les deux Amériques. LeP. carnifeæ, Fabr., syn. : rufipennis, Latr., chlorostoma, L.. S'.-F., oneratus, L. S'.-F., est très-commun aux Antilles, à la Guyane, dans l'Amérique du Sud, et construit un nid assez régulier, porté sur un pédicelle central. L’ouvrière, longue de 30 millim., a le corselet et la tête jaunes, celle-ci obscurcie de ferrugineux aux mandibules et au vertex, les antennes ferrugineuses, brunes en dessus, les ailes d'un ferrugineux brunâtre, surtout à la base, les pattes brunes, à tarses et articulations d’un jaune d'ocre, les segments de l’abdomen bruns, largement bordés de jaune, l'anus jaune. Le P.americanus, Fabr., syn. : tricolor, Fabr., est tantôt noir, tantôt roux, la tête jaune avec le vertex ferrugineux, les antennes jaunes, noires au milieu, les ailes d’un jaune ferrugineux, les hanches et cuisses noires, les jambes et Les tarses jaunes, le prothorax jaune, ainsi que les écussons, les valves articulaires du métathorax, l'abdomen noir, à segments largement bordés de jaune. Le jaune de cette espèce tire sur l’orangé. Elle est des Antilles, de la Guyane, etc., est fréquente dans les collections, et fut d’abord connue ; sous le nom de Vespa crinita, Felton, sur un sujet envahi par les /saria(Cryptogames),

Il peut être utile de compléter, à propos de cette espèce de Polistes si répandue dans l'Amérique chaude, les détails déjà donnés sur les Cryptogames ectophytes des Vespiens. Ricord-Madiana a trouvé à la Guadeloupe un nid des Polistes où presque tous les insectes et leurs larves offraient ces excroissances végétales ; certaines végétations, de couleur brune, partant du sternum, avaient 12 millim. et plus, se terminant en tête ovale. C'étaient des Sphæria. Un auteur plus ancien, Watson, dit que les Guêpes végétantes s’enterrent, et qu'il en sort un arbuste comme un corail, fait analogue à celui que présentent les chenilles des Sphingiens attaquées par des Sphæria. On prétendait, aux Antilles, qu'un arbrisseau nommé Guia où Gia avait pour origine première un petit rameau que le corps des Guêpes portait implanté en volant, comme une bouture dans un pot à fleurs.

Le genre Polistes est parfaitement et si bien délimité qu'aucune confusion avec les genres voisins n'est possible. Leurs formes, analogues dans toutes les espèces, ne permettent pas de former de coupes autres que celles qui sont fondées sur des différences de coloration. Ce genre

ICARIA, APOÏCA, POLYBIA. 877

se reconnait tout de suite à l'abdomen fusiforme, conique aux deux extrémités, dont le premier segment, en entonnoir, tient le milieu entre la forme pétiolaire, qui caractérise les Polybia et l'aspect sessile et tronqué en avant, qui est celui des insectes du genre Vespa. Ensuite, les valves articulaires du métathorax des Polistes, qui emboîtent la base de l'abdomen, fournissent un caractère très-appréciable.

Nous indiquerons seulement quelques genres exotiques liés de plus ou moins près aux Polistes. Le genre /caria, de Sauss., appartient aux Vespiens à abdomen pédicellé, dont le premier segment tout entier forme le pédicelle, et dont la seconde cellule cubitale de J’aile supérieure est rétrécie vers la radiale, l'abdomen étant déprimé et ovoïde, les mandibules non crochues et terminées par quatre dents; ses espèces sont de Madagascar, d'Afrique, d'Asie, des îles Sondaïques, de Mélanésie et d'Australie, et certaines font passage aux Polybia. La nidification est sans enveloppe et analogue à celle des Polistes; les alvéoles sont placés sur deux rangs seulement, s'ouvrant en bas, constituant un ensemble parfois fort allongé, et suspendu à une branche par un long el grêle pédicule, très-latéral. Le genre Apoïca L. S-F. est formé d'espèces de l'Amérique méridionale, dont l'aspect externe rentre dans le type précédent, avec pédicelle abdominal, mais dont les ailes sont grandes et les pattes très-longues, dépassant le bout de l'abdomen. Comme les Polistes, ces Vespiens construisent un nid composé d’un seul plan d'alvéoles, entièrement à découvert, sans aucune enveloppe, mais dont la base épaissie renferme une grande abondance de tisiu cellulaire, à vacuoles, fixé à la branche et protégeant la couche unique de cellules inférieures contre la pluie et les corps qui pourraient les frapper en tombant.

POLXBIA, L. S'-F. Chaperon terminé par une dent; yeux allongés et échancrés, n'atteignant pas, en général, la base des mandibules, celles-ci en trapèze, tronquées presque droit, portant quatre dents terminales, à peine échelonnées, toutes grandes ; palpes maxillaires de 6 articles; palpes labiaux de 4 ; corselel variable, le prothorax souvent rétréci en avant, souvent large, tronqué droit et bi-épineux, le métathorax souvent très oblique, arrondi, avec un sillon médian plus ou moins prononcé ; ailes grandes, la seconde cellule cubitale rétrécie vers la radiale; pattes variables, les postérieures très-longues ; abdomen pédicellé, son pétiole formé par le premier segment tout entier, très-variable, mais toujours moins large que la moitié du second segment, et offrant surtout les trois formes suivantes : 4° très-court, campanulé, cupuliforme; 20 assez long, linéaire à sa base, renflé et déprimé au bout; 3° aussi long que le corselet, cylindrique; le reste de l'abdomen ovalo-conique, déprimé, le second segment le plus grand, en cloche arrondie, sessile, en général un peu plus large que long ; corps trèsgénéralement lisse, sans ponctuations distinctes.

Le genre Polybia compte une soixantaine d'espèces, presque toutes

des régions chaudes de l'Amérique, un petit nombre des Indes, de Chine, d'Afrique. Par ses caractères extérieurs, il est très-voisin de genres de Polistides, dont l'architecture est fort différente. Ainsi, il y a des espèces de transition avec le genre /caria, au point que la séparation en est très-difficile. C'est surtout avec les Polistes qu'il y a rapprochement. Comme les Polybia, presque tous les Polistes ont un corps lisse, couvert d'un très-fin duvet soyeux, à reflet glauque. Il y a deux véritables séries parallèles entre les Polybies américaines etles Polistes du même continent, avec des espèces correspondantes dans les deux séries par une disposition identique des couleurs. Ainsi les Polistes liliaciosus, analis, carnifex, subsericeus, ete., correspondent respectivement aux Polybia liliacea, testacea, Cayennensis, sericea, etc. En outre, il y a dans chaque type des Polybia des espèces très-semblables par les couleurs et les taches, mais différentes ou par les épines aux angles du prothorax, ou par une forme particulière du pétiole abdominal, ou par ces deux caractères réunis, ainsi : Polybia angulata et lugubris, P. rejecta et injucunda, P. Cayennensis, Surinamensis, Cubensis et simillima. Toutes les espèces de Polybia de couleur fauve, ferrugineuse ou brunâtre, sont sujettes à d'innombrables varialions, de telle sorte qu'on décrit bien plutôt des individus que des espèces.

En revanche la nidification des Polybia est très-différente de celle des Polistes, Icaria et Apoica. Ce sont des nids dont les gâteaux sont protégés par une enveloppe commune, faite d'une sorte de carton, attachés à une branche par un pédicule où par un anneau, et ayant des formes variées, cylindroïdes, conoïdes, sphéroïdes, trièdres, en cloche, etc., avec un seul trou d'entrée et de sortie pratiqué dans une enveloppe entierement close de toutes parts, sauf ce trou. Souvent un léger étranglement de la paroi externe indique les étages ajoutés à l’intérieur. Ces nids sont ordinairement des phragmocytiares imparfaits, différant des parfaits (Tatua, Charterqus) par la grande inégalité dans l'épaisseur entre les cloisons et l'enveloppe, et qui est en faveur de cette dernière, de sorte que l: construction des parties internes reste assez indépendante de celle de l’enveloppe,

Il y a des Polybia dont les nids sont réellement des phragmocytlares parfaits. On rencontre, dans l'Uruguay et dans la République argentine, une espèce, P. scutellaris, White (sous-genre Myrapetra, White), dont les nids peuvent atteindre 72 centim. de long sur une circonférence de plus d'un mètre. Ils sont ovoïdes, quelquefois assez allongés, souvent un peu rétrécis ou étranglés vers le milieu. Leur carton est collé, lisse et très-dur, permettant d'écrire facilement dessus, de couleur brune, de texture assez grossière. Les habitants du pays disent qu'il est fait avec les excréments du Capincha ou Tapir.

Ces grands nids sont traversés par de fortes branches destinées à leur donner de la solidité. Les rayons les plus supérieurs sont, comme pour beaucoup d’autres Polybia, des sphères emboîtées, puis les rayous plus

POLYBIA, SYNOECA. 879

inférieurs ne sont plus que des calottes, de flèche décroissante, concaves en bas, avec une entrée unique sur le côté. Ce qu'il y a de plus remarquable dans ces guëêpiers de P. scutellaris, c'est la configuration, unique jusqu'à présent, de leur enveloppe. Par couches horizontales, font saillie de grosses et nombreuses apophyses de carton; elles correspondent à peu près aux rayons du nid, et sont formées de plusieurs couches papyracées très-compactes et peu distinctes qui les rendent très-résistantes ; elles servent probablement à protéger le nid contre les attaques de divers Féliens, comme les Jaguars et les Conguars, qui réussissent souvent à les abattre des arbres, puis à les briser pour dévorer le miel, dont ils sont très-friands. La face inférieure du nid est également garnie de piquants.

Chez une autre espèce, très-commune à Cayenne (1), P.liliacea, Fabr.. le nid, également phragmocyttare parfait, est encore plus grand et peut atteindre 1",20 de longueur sur une circonférence de 1" 16, en croissant par chambres successives ajoutées en bas. Il est oblong, comprimé, entièrement ferrugineux, formé d'un carton de texture trop rugueuse et trop grossière pour qu'on puisse aisément écrire dessus, l'enveloppe étant lisse, épaisse et résistante. Fixé par une sorte d’anneau supérieur à une branche solide, il contient 27 rayons superposés, et leur nombre devait être considérable, car il est incomplet. Ces rayons ou planchers sont de forme ovale, plats, d'un carton assez friable, mais plus fin, plus dense et plus uni que celui de l'enveloppe extérieure, ce qui indique que les Polybies ont employé plus de soin à sa confection. Les trous de communication d'un étage à l’autre, et probablement aussi le trou extérieur, sont au milieu des rayons, et assez larges pour donner passage à plusieurs insectes à la fois.

Chez une espèce de la province de Bahia, Polybia sedula, de Sauss., la nidification est fort singulière, car elle est variable. Cette Guêpe suit, dans ses constructions, la forme des objets, particulièrement de feuilles, sur lesquelles elle les établit. Ainsi, les nids bâtis sous les feuilles de roseaux ou de Monocotylédones ont toujours une forme allongée, tandis que ceux qui se fixent à des feuilles arrondies de Dicotylédones s’'approchent plus ou moins de cette configuration. Le nid se compose d'une couche de cellules hexagonales enveloppées d’un manteau d'une pâte presque ligneuse, qui ressemble beaucoup à l'écorce des arbres, et dont le plancher suit de près le plan des cellules. Il y a des nids qui ont deux élages. Ils n'offrent qu'un orifice circulaire à la partie inférieure; les plus longs de ces nids atteignent de 22 à 27 centimètres, mais, en général, ils sont bien plus petits.

M. de Saussure figure le nid d'une autre espèce de Polybia du Brésil, construit avec de la terre, en forme de poire, et suspendu à une branche

(1) H. Lucas, Quelques remarques sur les nids des Po/ybia scutellaris et liliacea; Ann. Soc. entom., Fr:, 1867, p. 363.

d'arbre. L'enveloppe est épaisse, massive, celluleuse, en argile comme les rayons, à celluless'ouvrant parle bas, ces rayons formés de couches concentriques à partir de leur attache latérale, comme les couches d’accroissements d'une coquille. A l'intérieur sont des gâteaux parallèles, construits sur des cloisons minces et convexes à la face inférieure qui porte les alvéoles. Ces cloisons adhèrent à l'enveloppe et ne permettent la communication d’un étage à l’autre que par un trou latéral.

Comme on le voit, il y a d'assez grandes variations de forme, de structure interne et de matériaux dans les nids des Polybies.

Les Vespiens du genre Synæca, de Sauss., comprennent des espèces toutes de l'Amérique chaude (Mexique, Guyanes, Brésil, etc.). Ce sont encore des Guèpes dont le premier segment de l'abdomen forme pédicelle, cylindroïde d'abord, puis dont le tiers postérieur s’evase un peu en entonnoir et porte un renflement dorsal avec un sillon longitudinal; au point où ce renflement commence, on remarque, de chaque côté, un petit tubercule. Le reste de l'abdomen est parfaitement conique, un peu comprimé, avec le second segment subitement évasé en cloche, et se rétrécissant un peu en arrière. Les pattes postérieures dépassent de beaucoup l'abdomen, et les ailes, très-grandes, débordent aussi le bout de l'abdomen, lorsqu'elles sont pliées longitudinalement. Le corps des Synæca est, le plus ordinairement, d’un bleu brillant ou violacé.

Le nid de S. cyanea, Fabr., des Guyanes et du Brésil, est formé d’une simple couche de cellules collées contre le tronc d'un arbre et recouvertes d'uneenveloppe en forme de voûte; les matériaux, assez grossiers, sont des parcelles d'écorce arrachées aux arbres morts, agglutinées en un carton raboteux, moins solide que ceux des Chartergus. L’enveluppe offre des zones longitudinales, qui convergent et se contournent au bas en un point, de façon à former une sorte de goulot servant à la communication avec l'extérieur; tout le pourtour de ce nid est artistement ondulé, soit pour augmenter la solidité de sa très-large base, soit parce qu'il suit le contour des cellules périphériques.

Les diverses espèces de Synwca construisent des nids de cette forme, avec des fibres d’écorce, appliqués contre des troncs d'arbre, de dimensionstrès-variables, mesurant parfoisjusqu'à près d’un mètre de longueur, tout en restant très-étroits. Jamais ils n'ont plus d'un étage de cellules, et ils sont toujours recouverts d’une enveloppe convexe en demi-cylindre. Voir, pour ce genre: H. de Saussure; note sur un nouveau genre de Guêpes; Ann. Soc. entomol. de Fr., 2° série, 1852, t. X, p. 549.

Le genre Nectarinia, Shuckard, offre les antennes simples dans les deux sexes, les yeux atteignant presque les mandibules, celles-ci crochues au bout et à quatre dents, le corselet cuboïde, tronqué droit devant et derrière.

Un caractère important et spécial à ce genre est fourni par l’écusson, très-saillant, à bords tranchants, recouvrant entièrement le post-écusson, de sorte que celui-ci n'est visible que de côté. En outre, est très-

POLYBIA, NLCTARINIA. 881

court l'abdomen ; il est gros, conique et d'aspect sessile : le premier segment, très-petit, s'appliquant contre la face antérieure du second, comme un pétiole très-raccourci, sans nullement l’emboîter, le second très-grand, emboitant fortement les autres, qui ne le dépassent pas de beaucoup et se terminent en pointe, d'où le synonyme brachyqastra, Perty. Les Nectarinies sont des Vespiens de l'Amérique du Sud et du Mexique, comprenant une dizaine d'espèces. Say rapporte qu'il a vu les Indiens manger le miel du nid d’une espèce du Mexique, N. mellifica, Say, et que ce miel avait un goût agréable. Une espèce, célèbre sous ce rapport, a été rapportée du Brésil, avec deux autres, par le botaniste A. Saint-Hilaire. C'est le N. Lecheguana, Latr., très-jolie Guêpe d'un noir brillant, à ailes enfumées, avec des anneaux jaunes au prothorax, à la base du premier segment abdominal et du second, les derniers segments jaunes. A. Saint-Hilaire mangea une assez grande quantité de miel recueilli dans un nid de cette espèce, le trouvant agréable, et en fut assez gravement incommodé pour se regarder comme atteint d’un véritable empoisonnement, dû sans doute aux fleurs sur lesquelles ce miel avait été recueilli.

Les deux compagnons du botaniste mangèrent du miel à son exemple. Auguste Saint-Hilaire, soulagé par des vomissements provoqués par l’eau tiède. s'endormit et se trouva d'une extrême faiblesse à son réveil. Un de ses compagnons eut le délire, tomba dans un affaiblissement qui semblait mortel, puis, saisi de vertige, déchira ses vêtements et courut dans la campagne, criant que tout était en feu autour de lui. Le second ne put se maintenir à cheval et fut pris d’un sommeil léthargique à l’endroit de sa chute. Nous retrouvons des symptômes analogues à ceux des soldats de Xénophon. Les gens du pays rapportent que le miel de N. Lechequana n’est dangereux que quand il provient de certains nectars, cause le délire et même la mort si l'on ne se délivre pas du poison par des vomissements.

Le nid de N. Lechequana (nom vulgaire brésilién) est d’une grandeur disproportionnée à la taille de l'insecte qui en est l'artisan, comme on peut en juger à la petitesse des cellules. C'est une grande masse papyracée qui enveloppe les ramifications nombreuses d'un arbrisseau. Son papier est gris et mince comme celui que fabriquent les Vespa. A l'intérieur, il a aussi l'apparence d'un nid de Vespa, mais il en diffère essentiellement par ce fait, que certaines parties de l’enveloppe papyracée sont couvertes de cellules en voie de construction ; ce qui n'est jamais le cas des nids stélocyttares, dont les rayons sont toujours indépendants de l'enveloppe, et ce qui a lieu} au contraire, pour les nids phragmocyliares, où des cellules sont édifiées sur des portions de l'enveloppe mème. La coupe du nid montre, en effet, que les gäteaux sont disposés en couches concentriques qui suivent la forme de l'enveloppe et ne communiquent que par des trous. Ge guêpier rentre dans le genre des phragmocytlares sphériques,.

Les auteurs un peu anciens et les nombreux voyageurs sans connaissances entomologiques qui nous ont laissé des récits sur les insectes propres à l'Amérique du Sud, produisant du miel, confondent constamment les Nectarinies à aiguillon avec les Trigones et Mélipones sans aiguillon, car tantôt les insectes dont ils ont vu ou goûté les miels sauvages sont désignés comme ne piquant pas, tantôt au contraire comme faisant usage de l’aiguillon contre les destructeurs de leurs nids.

CHARTERGUS, L.S'-F.— Tête plate; chaperon pentagone, terminé par un angle obtus. Ocelles en triangle allongé; yeux n’atteignant pas les mandibules. Mandibules carrées, ayant au bout trois fortes dents et une quatrième très-petite, ces dents terminales non étagées obliquement. Mächoires à galea très-court, avec palpes maxillaires moins longs que la partie basilaire, de 6 articles, tous très-courts, À et 6 plus longs que les autres; lèvre courte, à palpes labiaux de 4 articles, 3 armé d’un gros poil arqué, 4 très-petit. Thorax variable, à métathorax arrondi, sans angles ni épines. Ailes à nervation assez variable, la radiale s’avançant plus près du bout de l’aile que la troisième cubitale, la seconde cubitale plus longue que large, accidentellement pédonculée; ailes inférieures avec un lobe basal, Pattes moyennes. Abdomen sans pédicule, déprimé, ovale et terminé en pointe, le premier segment arrondi, en forme de cupule, nullement tronqué en avant, emboîtant la base du second.

Les Chartergus, ainsi que le genre suivant Tatua, sont les Guépes cartonnières des anciens auteurs, dont certaines espèces sont extrêmement communes dans les Guyanes et dans les parties chaudes du Brésil. On n'a pas pu conserver le nom d'ÆEpipona que leur donne Latreille, parce qu'il avait été appliqué, avant cet auteur, à des Odynères ou Guêpes solitaires. Les Charterqus comptent une douzaine d'espèces du Mexique, dont la faune se rapproche beaucoup de celle de l'Amérique du Sud, dans sa région torride, à faible altitude, de la Bolivie, des Guyanes et du Brésil. L'espèce type est le C. chartarius, Oliv. (syn. artifex Christ., chartifeæ, Vallot, nidulans, Latr., Curtis, L. S'F.),se trouvant au Mexique, dans les Guyanes, au Brésil. Elle est représentée pl. Lxxn, fig. 7. C’est un insecte noir, couvert de reflets argentés, long de 10 millim., à pattes et antennes noires, les ailes transparentes, avec la seconde cellule cubitale subtriangulaire, allongée. La tête et le corselet sont ponctués, le chaperon bordé et laché de jaune; le prothorax liséré antérieurement de jaune, l'écaille brune ou tachée de jaune ; le postécusson jaune, linéaire, trèslarge, portant au milieu un tubercule spiniforme ; tous les segments de l'abdomen ornés d’une bordure jaune, étroite et régulière ; l’anus noir. Le nid de cette espèce, très-commun et très-répandu dans les collections, figuré par Réaumur (t. VI, une partie des planches xx et xx), est fait d'un magnifique carton blanchâtre toujours très-tenace et très-fin, et rivalisant, comme le fait remarquer Réaumur, avec les plus beaux que nos fabriques puissent fournir. C’est un nid phragmocyttare parfait, indéfini,

CHARTERCUS, TATUA 883

de forme cylindrico-conoïde, s'élargissant graduellement jusqu’au bas, pendu par le haut à une branche, au moyen d’un large anneau de carton. Les cloisons, concaves en dessus, présentant un seul plan de cellules s’ouvrant en bas, s’infléchissent encore vers le milieu, forme qui paraît caractéristique du genre Chartergus. Chaque cloison est la continuation de l'enveloppe externe et faisait partie de celle-ci avant qu'une nouvelle chambre fût venue s'ajouter en dessous. Le trou inférieur de sortie et les trous de passage d’une chambre à l’autre sont subcentraux et percés au sommet des cônes superposés. La forme générale extérieure du nid est assez variable. En général, les nids sont cylindroïdes et arqués, mais souvent on en rencontre de très-comprimés. Il y a de ces nids très-petits et qui n'ont que deux gâteaux, et d’autres dont la longueur atteint 60 centimètres. Ils paraissent trèsabondants dans les forêts de l'Amérique méridionale. Les cloisons de la partie supérieure des grands nids sont très-minces, ayant probablement été rongées par les insectes, qui font servir les matériaux à la construction de nouveaux étages inférieurs. La coupe du nid par un plan suivant l'axe commun des cônes emboîtés montre très-bien que la cloison n'est que la continuation de l'enveloppe extérieure.

M. H. de Saussure a établi le genre Tatua pour un petit nombre de Vespiens du Mexique et des régions chaudes de l'Amérique du Sud. Ce genre est caractérisé par de longues mandibules crochues au bout, formant par leur réunion un bec presque aigu et portant chacune cinq dents terminales. L'abdomen est en forme de grelot, offrant le premier segment en pédicelle, le reste presque cordiforme, le second segment s'élargissant dès sa base en cloche très-renflée, plus large que long. Le type est le T. Morio (Epipona Tatua de Latreille et Lepeletier de Saint-Fargeau), très-commun à Cayenne, entièrement d’un noir brillant, avec les mandibules et l'écaille brunes, les ailes fortement enfumées, d'un brun foncé le long de la côte. Le nid de cette espèce est du même groupe des phragmocyttares parfaits indéfinis et de même forme extérieure que ceux du genre précédent. Les gâteaux ne forment pas dans l’intérieur, sous l'enveloppe, une masse supportée par des colonnettes, avec espace libre entre ces gâteaux et la paroi, mais reposent sur des cloisons complètes, qui font parlie de la charpente même du pid, la dernière construite formant le fond, avec un trou unique d’entrée et de sortie. Dans ce nid, les cloisons sont planes, de sorte que le nid semble tronqué inférieurement. Les trous de communication d'un étage à l’autre sont tout à fait latéraux. Les gâteaux les plus inférieurs n'ont que des alvéoles commencés, s’ouvrant en dessous au milieu de la cloison. Le nombre des gâteaux s'accroît à mesure que de nouveaux élages s'ajoutent au nid par le bas. Il pend à une branche, allant en s'élargissant jusqu’au bas. La matière de sa charpente est un carton brun assez grossier, d’une très-grande ténacité, probablement fait avec de l'écorce d'arbres, mais les chambres sont doublées à l’intérieur d'une couche blanchâtre plus fine.

On consultera, pour les Vespiens, Fr. Smith: Descriptions ofthe British Wasps (Newman Zoologist, 1843, t. T1, p. 161 à 171). — H. de Saussure, Note sur la famille des Vespides (Revue et Magas. de zool., 2° sér., 1858, t. X, genre Polistes, p. 259); Sur divers Vespides asiatiques et africains du musée de Leyde (Stetlin entomol. Zeitung, 1862, p. 129, genres Icaria, Polistes); Description de quelques nouvelles espèces de Vespides du Musée de Londres (Revue et Magas. de <ool., 1855, t. VIT, p. 371-375). — C. Fr. Schenck, Die deutschen Vesparien, Wiesbaden, 1861 (extrait des Mémoires de la Soc. d'hist. natur. de Nassau), et plusieurs ouvrages de cet auteur sur les Vespiens et les Apiens du Nassau (voy. Biblioth. entomol. de Hagen). — C. G. Thomson, Hymenoptera Scandinaviæ, Vespa, Linn., Vespidæ, t. IT, fasc. 1 (Lund, 1874).

Nous terminerons les Vespiens par quelques remarques complémentaires. Dans ses Métamorphoses des Insectes (Paris, 1868), M. E. Blanchard areprésenté comme nid de Tatua Morio, la petite Guêpe noire de Cayenne, un nid très-différent de celui que nous indiquons pour le genre Tatua, d’après M. de Saussure. Le dessin de M. E. Blanchard (Métam., p. 416), est le singulier nid dont nous parlons page 842. D'après Mellinon, explorateur de la Guyane française, le nom de Tatou donné à l’insecte vient de la ressemblance grossière qu'offre l'enveloppe du nid, régulièrement plissée et indépendante des gâteaux, avec la carapace d’un Tatou.

On sait que les insectes sont attaqués par des Helminthes du genre Gordius, vivant dans l'intestin. C’est probablement à ce genre qu'il faut rapporter le parasite trouvé dans l'intestin de Vespa Crabro par Géné (Soc. ital. di Modena, 1842, p. 20), et qu'il nomme un Tœnia. A celte époque, la reproduction des Ténias n’était pas connue, et l'on ignorait que leur larve est un Cysticerque vivant enkysté dans les tissus d'un animal d’autre espèce que celui où se développe dans l'intestin la forme rubanée et ovigère. Si l’assertion de Géné était exacte, ce serait le seul exemple d'un Ténia chez des Invertébrés, tous les Ténias connus jusqu'à présent appartenant aux Vertébrés. Il faudrait admettre que le Frelon, en dévorant des insectes, ce qui rentre dans les habitudes des Guêpes, a absorbé des Cysticerques, cette forme larvaire des Ténias n'étant pas spéciale aux Vertébrés seuls, mais se rencontrant aussi chez des Articulés, notamment des Insectes.

TRIBU DES EUMÉNEENS.

Le second groupe des Diploptères comprend des insectes désignés communément sous le nom de Guêpes solitaires, d'aspect vespiforme par la structure de leur corps et leurs couleurs le plus souvent variées de jaune et de noir. Les caractères anatomiques externes ne donnent pas de séparation nette d’avec les Vespiens; mais le fait de l'existence du mâle et de la femelle seuls, et surtout la biologie, rendent fort natu-

EUMÉNIENS. 885

relle la distinction de la tribu. En effet, à l’état adulte, les Euméniens comme les Vespiens et les Apiens, et comme les Hyménoptères des deux tribus suivantes, au moins en grande partie, puisent le liquide sucré des nectaires des fleurs, qu'ils lèchent avec leur langue; mais cette nourriture est propre à l'adulte seul, qui est mellivore, tandis que les larves sont insectivores. Ce sont elles, avec celles d’autres tribus, qui ont motivé le groupe des Insectivora de M. Westwood, dont cet auteur forme une de ses deux sections des porte-aiguillon, l’autre étant constituée par les Anthophila de Latreille ou Mellifères (y compris, pour nous, les Vespiens), dont les larves sont nourries, au moins en partie, de liquides sucrés empruntés aux végétaux. Par la nourriture des larves, les Euméniens se rapprochent tout à fait des Hyménoptères fouisseurs, qui n'ont plus les ailes supérieures pliées longitudinalement. ,

Ces larves apodes seraient exposées à périr si elles ne trouvaient des provisions à leur portée, après la mort de la mère, qui a lieu d'habitude aussitôt opérés la ponte et l’approvisionnement, et, d'autre part, elles ne peuvent vivre que de proie vivante. Par un admirable instinct, la femelle sait rechercher pour ses larves futures des Articulés dont elle ne se nourrit pas elle-même, choisit les espèces convenables etles pique sous le thorax, au principal ganglion nerveux, d’un ‘coup d’aiguillon. Celui-ci n’est pas mortel, mais, à la façon du curare des flèches de chasse, rend la victime engourdie pour plusieurs mois, incapable de se soustraire aux morsures des mandibules des larves, faisant cependant quelques faibles mouvements qui indiquent que la vie n’est paséteinte,mais qu'une proie toujours fraiche et succulente demeure à la portée de la larve apode jusqu'à son entier développement.

Les Euméniens se divisent en deux familles, les Æuménides et les Masarides.

Chaperon n'étant jamais terminé par une dent, Antennes brisées ou arquées, de douze articles dans les femelles, treize dans les mâles, tous distincts, en massue allongée ou presque filiformes. Yeux échancrés, atteignant la base des mandibules. Palpes maxillaires de six articles, à peu près de la longueur des labiaux; lèvre allongée, dépassant les mandibules ou se repliant contre le sternum, composée d'une partie médiane, bifide à son extrémité, et de deux lanières latérales, chacune de ces divisions munie à son extrémité d'un point corné (sauf exception). Thorax large et carré en avant, le prothorax se prolongeant jusqu'aux ailes. Ailes antérieures se pliant en deux au repos, suivant le grand axe de leur ellipse, avec trois cellules cubitales complètes; la nervure basale atteignant la postcostale peu avant un stigma assez grand, la seconde cubitale souvent acutangle intérieurement et

recevant souvent la nervure récurrente externe dans l'angle ou près de l’angle postérieur. Ailes postérieures avec un lobe basal distinct, les hamecons commençant longuement avant l'origine de la nervure radiale. Episternums et épimères du mésothorax bien déterminés ; métathorax ayant souvent un espace médian retroussé et bordé. Pattes grêles, sans brosses, les postérieures armées, à l'extrémité de la jambe, de deux appendices, les moyennes d’un ou de deux, les antérieures d’un seul. Tarses postérieurs grèles, un peu comprimés; crochets des tarses unidentés ou bifides (ce caractère, dû à Wesmael, permet de distinguer facilement les Guëpes solitaires des sociales, chez lesquelles les crochets des tarses sont toujours simples: c’est le seul caractère constant auquel on puisse avoir recours, en raison des ressemblances anatomiques externes entre ces deux tribus, si distinctes par leur biologie,. Abdomen très-variable, le second segment, toujours grand, en forme de cloche, emboîtant les autres, qui sont sessiles. Insectes solitaires, ne construisant pas de nids en commun, et n'ayant que les deux sexes.

Les Euménides commencent, pour L, S-Fargeau, la série de ses Hyménoptères Ovitithers zoophages, et l'on voit, par ses généralités biologiques, qu'il ne les sépare pas des Fouisseurs qui suivront. Au contraire, pour lui, les Apides sociaux, les Vespiens et les Formiciens se rangent dans un même groupe, classification contraire aux affinités zoologiques. Il y a égal péril à tout subordonner aux mœurs, comme aussi à ne tenir compte que des analogies anatomiques, qui amèneraient à faire une seule tribu des Vespiens et des Euméniens. Les pattes des Euménides, dénuées de longs poils, ne sont faites que pour la station et la marche, impropres à récolter. L'appendice du bout de la jambe antérieure est toujours en forme de sabre, celui du bout de la jambe intermédiaire en longue épine droite ou stylet, ceux du bout de la jambe postérieure réunissant les deux configurations, l'une en sabre, l’autre en stylet.

On peut formuler quelques remarques générales sur les différences sexuelles des Euménides. Les tarses et les mandibules n'ont pas d'importance sous ce rapport. Dans le sous-genre Oplopus, les mandibules du mâle sont quelquefois échancrées. Le mâle des Euménides est presque toujours plus petit que la femelle; mais ce caractère est trompeur, la taille des espèces étant extrêmement variable. En général, les caractères spécifiques sont moins développés, moins accusés, moins constants chez les mâles des Euménides que chez les femelles. Dans le genre Synagris, toutefois, c'est le contraire qui semble avoir lieu. La forme et la couleur du chaperon offrent presque toujours des distinctions sexuelles notables. Celui des mâles est plus fortement échancré que chez les femelles. Tandis que celles-ci l’ont noir ou seulement taché de couleurs, dans les premiers il est d'une teinte plus vive, jaune, blanc, ou de la couleur des taches qu’il porte dans la femelle, et presque toujours couvert de poils argentés, ainsi que le reste du devant de la tête. Les antennes sont également à examiner pour la séparation des sexes. Elles

sont très-généralement plus distinctement articulées chez les mâles que chez les femelles ; les antennes des mâles du sous-genre Oplopus sont beaucoup plus grosses et plus fortes que chez les femelles.

L'existence du treizième article est caractéristique; en outre il est souvent, conjointement avec le douzième, replié en crochet, ou bien allongé, arrondi par le bout et enroulé en spirale avec l'extrémité de l'antenne. Jamais les femelles n'ont ces deux formes du bout de l’antenne, cet organe étant toujours, chez elles, en massue droite ou arquée. Le nombre des segments visibles de l'abdomen est un dernier moyen de reconnaitre les sexes; il est de sept chez les mâles, de six seulement chez les femelles, un d’eux ayant servi à la formation de l’aiguillon.

M. H. de Saussure a relevé quelques faits relatifs à la distribution géographique des Euménides. Comme famille, on peut les dire cosmopolites, car il n’y a pas de pays qui ne possède des Eumenes et des Odynerus. D'autres genres sont moins disséminés. Ainsi les Discœlius ont été rencontrés au Chili, en Europe et dans la Tasmanie; les Alastor, en Europe, en Égypte, et d'autre part en Australie, et surtout dans ia Tasmanie, où ils sont très-nombreux. Les Pterochilus semblent particulièrement confinés dans l'Europe et l'Afrique , soit boréale, soit australe; cependant on en cite aussi des Etats-Unis et du Chili Enfin, quelques genres sont spéciaux à l'Amérique tropicale, ainsi les Zethus. On peut dire que plus un genre est confiné dans des limites géographiques restreintes, plus il porte l'empreinte zoologique de sa patrie; et plus, au contraire, il est dispersé sur le globe, moins ses espèces offrent le cachet d'une patrie natale.

Ainsi les Euménides australiens se reconnaissent à première vue ; mais au Brésil, à côté de genres d'un caractère spécial par leur coloration violette, il en est, comme les Odynerus cosmopolites, où le pays d'origine ne peut plus se déceler à la seule inspection de l'individu. Les riches espèces des tropiques ont des couleurs très-fixes, tandis que celles des climats septentrionaux les présentent très-variables. Presque tous les Euménides de l'Australie et de la Tasmanie sont reconnaissables à leur couleur mêlée de noir et d'orangé ; et de même pour les espèces de la Nouvelle-Zélande et de la Nouvelle-Guinée, et quelquesunes de l’Inde. Il y a en outre, dans ces pays, un second type local, noir avec des ornements blanchâtres, se rapprochant des Euménides du Chili, et ayant, d'autre part, certaines particularités de formes, ainsi l’abdomen portant souvent des tubercules saillants. La faune chilienne a des Euménides noirs et roux, velus, avec le corselet et l'abdomen presque toujours ornés de blanc jaunâtre, et les ailes fortement roussies le long de la côte, avec l'extrémité violette. Les Euménides de l'Afrique tropicale sont grands, d'un noir ferrugineux, ou noirs et jaunes, ou bien encore noir ferrugineux avec les ailes violettes, et ces colorations s'étendent jusqu'au Cap et même aux îles de la Sonde. Ceux de lamème zone de l'Amérique, à part les espèces ressemblant aux européennes

et formant des faunes partielles, comme les Odynerus, sont ordinairement d'un noir bleuâtre, avec les ailes violettes.

Les insectes septentrionaux de la famille sont tous de couleur noire, avec des ornements d'un jaune vif, aussi bien en Europe qu’en Amérique, et souvent les espèces d'un des deux continents sont très-difficiles à distinguer de celles de l'autre. Quelques espèces semblent s'étendre sur tout le continent européen, comme les Odynerus parietum, spinipes, reniformis ; mais la majorité des espèces reste confinée dans des limites bien plus restreintes. Les Euménides de l’'Ecosse et de la Scandinavie ont des espèces très-voisines, mais spécifiquement distinctes de celles de la France, de la Suisse et de l'Allemagne, qui offrent à leur tour bien des différences avec celles du midi de l'Europe. Toutefois chacune de ces latitudes montre, égalementreprésentés, des types correspondants, faciles à confondre si l’on n’a que des descriptions restreintes.

Aussi les entomologistes de chaque pays ont adapté à leur patrie les courtes phrases diagnostiques de Linnæus et de Fabricius n'ayant trait qu'aux espèces septentrionales, et ont commis des erreurs, ne sachant pas que chaque grande région européenne possède son Odynère à trois bandes jaunes à l'abdomen (0. triphaleratus et trifasciatus), son Odynère à formes allongées (0. crassicornis et murarius), ete. L'Amérique septentrionale présente la même observation, ses Euménides ayant de tels traits de ressemblance avec ceux d'Europe, qu’on est souvent tenté de les croire identiques. La faune euménienne du Canada et de la bordure américaine arctique avoisine de bien près la faune scandinave, tandis que les Euménides de la Caroline ont la plus intime ressemblance avec ceux du midi de l'Europe. On peut, dans les deux continents, constater cette règle, que les espèces les plus reculées vers le Nord sont celles envers lesquelles la nature s'est montrée le moins prodigue d’ornements, celles dont les bandes se réduisent à de simples lignes, et dont la sculpture est la plus fine. A mesure qu'on s’avance vers le Midi, on voit les ornements jaunes s’élargir, les taches augmenter en nombre, la surface du corps se rider et se chagriner profondément. Le type de coloration, qui reste unique dans le Nord, tend à se mêler aux autres à mesure qu'on descend vers le Midi, et il pénètre plus ou moins jusque dans les parties les plus méridionales de l'Afrique et de l'Amérique. A côté de lui on voit s’en produire un autre dans le sud de l’Europe el en Algérie, aussi bien qu'au sud des États-Unis, qui, ressemblant au précédent par l’aspect des formes et des couleurs, joint à ces dernières, telles que nous les avons indiquées, du roux et du jaune brûlé.

GENRES PRINCIPAUX

EUMENES, Fabr.— Tête plate; chaperon variable, toujours plus long que large ; le plus souvent sans dents terminales, quelquefois, dans les deux sexes, muni de dents à son extrémité, Antennes en massue allongée, insérées au-dessus du

milieu de la hauteur de la tête. Yeux très-bambés, à échancrure étroite, couvrant entièrement les côtés de la tête; ocelles en triangle large sur le vertex. Labre à bout libre, large, arrondi. Mandibules longues, pointues, à bord triturant latéral, sans dents distinctes, formant par leur réunion un bec aigu, ou se croisant en X. Mächoires larges, avec galea d'égale longueur et palpe glabre, de six articles, un peu plus long que la mâchoire; lèvre longue, dépassant le bec formé par les mandibules, la languette au moins deux fois aussi longue que le menton, la division médiane assez profondément bifide à son extrémité, un peu plumeuse, les lanières latérales étroites ; les palpes labiaux glabres, de quatre articles, dont les deux premiers sont longs, presque égaux, renflés au bout. Corselet un peu plus long que large, globuleux ; le mésothorax ovoïde, à courbure toujours convexe en dehors, le métathorax presque vertical, avec un large sillon médian, sans aire retroussée, bordée. Ailes antérieures à cellule radiale atteignant presque le bout, les cellules cubitales non pédonculées, 2 rétrécie vers la radiale, son bord externe un peu courbé en S. Cuisses grêles. Abdomen piriforme, son premier segment rétréci en pétiole, en général très-long et de forme variable, le second dilaté subitement en cloche,

Le genre Eumenes comprend une centaine d'espèces appartenant à toutes les régions de la terre, dont une douzaine pour l'Europe. La puissance des mandibules et la longueur de la langue indiquent des insectes nidifiants : on connaît, en effet, les nids de terre gâchée et agglutinée par une salive visqueuse que construisent plusieurs espèces de ce genre. Les Euménides se groupent autour des deux genres fondamentaux £umenes et Odynerus. Au premier se rapportent les espèces dont le premier segment del’abdomen tout entier esttransformé en un longpétiole etn’emboîte pas le second; aux Odynerus, les espèces, pédicellées ou nen, où ce caractère n'est pas parfaitement développé. De plus, dans les Odynerus, jes mandibules sont en général striées et dentées, et les yeux ne couvrent pas entièrement les côtés de la tête, tandis que chez les Eumenes les mandibules sont en général lisses, sans dents sensibles , et les yeux cachent en entier les côtés de la tête.

Une espèce d’Eumenes est répandue dans toute l'Europe moyenne et méridionale, commune dans toutes les parties de la France, et notamment près de Paris; abondante dans toute l'Algérie, au printemps, et dans une grande partie de l'été, particulièrement sur les Nopals (Cactus Opuntia), se trouvant aussi dans le reste de la Barbarie et en Egypte : c'est l’£. pomiformis, Fabr., de 8 à 12 millim., dont les ornements varient beaucoup. Tout le corps est densément ponctué, un peu rugueux et pubescent. La tête de la femelle est noire, avec une tache jaune entre les antennes ; le chaperon échancré, jaune et noir, ou entièrement jaune ; les antennes noires, à premier article jaune à la base, en dedans ; les mandibules noires, leur bout ferrugineux; corselet noir ;le prothorax jaune à son bord antérieur, une tache sous l'aile, une autre plus grande de chaque côté du métathorax, et l’écaille, jaunes; écusson noir, avec

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une bande ou deux taches jaunes, postécusson jaune; ailes légèrement enfumées, avec stigma ferrugineux et nervures brunes; pattes jaunes, avec hanches et bases des cuisses noires ; abdomen noir, pétiole bordé de jaune à son bord postérieur (cette bordure très-variable), et portant au milieu deux points jaunes, le second segment avec une bordure fesionnée jaune, variant de largeur, de chaque côté une tache jaune, tantôt très-petite, tantôt si grande, qu'elle va rejoindre la bordure jaune, les autres segments bordés de jaune. Le pétiole abdominal est plus ou moins distinctement campanulé, passant souvent à la forme de poire, c'est-à-dire se dilatant peu à peu jusqu'aux stigmates, le postpétiole oblong; le second segment campaniforme, ayant le bord apical muni d'une dépression, les autres segments se rétrécissant fortement et peu à peu. Geoffroy(t. IT, p. 377) remarque que ce second anneau est sigrand, que l’insecte peut cacher et retirer tous les autres sous lui. Il a trèsbien saisi son aspect général, quand il définit cet insecte : la Guépe à premier anneau du ventre en poire et le second en cloche. Le mâle est plus petit et plus grèle que la femelle, avec le bout des antennes jaune, le chaperon portant une large bande jaune et couvert d’un duvet argenté, la tache dorsale du second segment abdominal nulle ou punctiforme, les autres segments à bandes jaunes plus courtes, les pattes plus vivement colorées. Je me suis assuré que l'E. pomiformis ne porte qu’une seule épine, longue et aiguë, au bout de la jambe intermédiaire. La femelle a ses mandibules quadridentées, longues et repliées; celles des mâles, qui ne construisent pas de nids, sont bien plus petites.

On fait habituellement une seconde espèce d’un Euménien très-voisin du précédent, l'Æ. coarctatus, Linn., qui n’est peut-être qu’une race. Il se distingue surtout de pomiformis par les ponctuations plus fines de l'abdomen, qui lui donnent un aspect plus lisse et plus luisant, par les antennes et le chaperon, en général noirs dans la femelle, par les ornements jaunes bien plus réduits. D’après M. H. de Saussure, cette espèce linnéenne serait uniquement du nord de l’Europe, ainsi de Scandinavie. Cependant cette espèce ou race figure, dans les collections Sichel et Giraud (actuellement au Muséum), comme étant de divers pays d'Europe, ainsi de Carlsbad et d'Inspruck, dans la collection Giraud. Je ne puis décider si le seul £umenes qui existe en Angleterre, d’après le catalogue Smith,sur les Bruyères (Hants et Weybridge Surrey), est le coarctatus où le pomiformis. Une autre espèce de Morée, d'Algérie, près d'Oran, du Piémont, du Bourg-d'Oisans (Dauphiné), des environs de Montpellier, est l'E. dimidiatus, Brullé (syn.: Amedæi, L. S'-F.), dont la femelle peut atteindre 32 millim. Le chaperon, entier et arrondi en avant, est noir taché de jaune chez la femelle, et jaune chez le mäâle. Les antennes sont habiluellement noires en dessus chez la femelle, jaunes en dessous, parfois jaunes dans leurs cinq premiers articles, comme chez le mâle, les suivants noirs, etchez le mâle les articles 10,11,12,jaunes en dessous, et15,recourbé en crochet, jaune. Le prothorax est jaune,

parfois complétement, le reste du thorax taché de jaune, l'écaille jaune; les ailes assez transparentes, rousses à la base et le long de la côte, celle-ci rousse ; le stigma et les nervures bruns; les pattes jaunes, avec hanches noires tachées de jaune et bases des cuisses noires; l'abdomen est noir, à taches jaunes sur le premier segment, le second à taches jaunes et bordé de jaune, les autres bordés de jaune ; l'anus noir.

Dans cette espèce, la variété de Grèce diffère de celle d'Algérie parce que les parties jaunes de la race d'Algérie sont remplacées par du roux ferrugineux ou orangé; les ailes sont aussi plus jaunes, le jaune du pétiole est plus étendu, et les bordures des autres segments sont raccourcies sur les côtés. Enfin la variété du sud-ouest de l'Europe, par conséquent du midi de la France, a les ornements jaunes peu développés, et, par suite, le noir plus étendu.

Une espèce encore plus grande, dont la femelle peut atteindre 36 millim., est l'E. coangustatus, Rossi (syn. cursor, Christ., infundibuliformis, Oliv., Olivieri, L. S'-F,), présentant des couleurs ferrugineuses mêlées aux ornements jaunes. La femelle a la tête noire, le chaperon entier ou légèrement concave à son bord antérieur, jaune, presque aussi large que long, le tour des orbites et une tache piriforme entre les antennes jaunes, les mandibules d'un roux noirâtre, les antennes noires avec le dessus du scape jaune. Le thorax est noir, avec le dessus du prothorax jaune et ferrugineux aux angles postérieurs, le mésothorax noir avec deux taches rousses arquées en avant des écailles des ailes, celles-ci rousses, ainsi que l’écusson et le postécusson. Les ailes sont d’un roux transparent, un peu enfumées au bout; les pattes ferrugineuses, avec la base des hanches noires. Le pétiole abdominal est allongé, noir dans sa moitié antérieure, roux sur la partie postérieure renflée, avec un triangle noir. Le second segment de l'abdomen est noir, avec deux grandes taches rousses à sa base et une large bordure jaune échancrée au milieu, les autres segments jaunes, avec la base noire et une ligne noire courte qui échancre le jaune du milieu; l'anus noir. Le mâle, plus grêle, a le chaperon jaune, un peu échancré, les antennes jaunes en dessous avec les trois derniersarticles jaunes, lesangles postérieurs du prothorax noirs, l'écusson noir antérieurement, jaune ou roux postérieurement, le pétiole de l'abdomen entièrement noir, son bord postérieur seul jaune ou roux ; les cuisses sont noires. Cette espèce est d'Italie, de Suisse, des environs de Montpellier, sur les Eryngium et autres plantes, notamment l’Echinops Ritro , des Landes, de la Charente, car je l'ai rapportée, ainsi que pomiformis, des environs de Cognac et de Jarnac, des environs d'Angers, d'après L. S't-Fargeau. Je ne puis qu'engager les jeunes amateurs à la rechercher dans tout le centre de la France, el même aux environs de Paris. Il faut bien remarquer que la taille des Eumenes, ainsi que de tous les Hyménoptères à larves zoophages, varie beaucoup, sans doute par une alimentation moins régulièrement assurée que pour les genres dont les larves vivent de miel et de pollen.

Nous représentons une grande espèce exotique, l£. ténctor, Christ., du Sénégal, du Congo, de l'Egypte (pl. rxxn, fig. 4, femelle : 4 a, tête vue en dessus; 4 b, mandibules; 4 c, lèvre inférieure et palpes; 4 d, mâchoire et palpes). Ces détails sont tirés du grand ouvrage sur l’expédition d'Egypte, et Guérin-Méneville a nommé Savignyi les sujets venus d Egypte. L'insecte est en entier d’un brun noirâtre, à reflet rougeâtre, les ailes brunes avec des reflets violets. Le mâle, plus petit et plus grêle que la femelle, a le chaperon allongé, d'un jaune pale, avec des marques brunes longitudinales, un point jaune entre les antennes, le dessus des deux derniers anneaux de l'abdomen ferrugineux.

Les nids de l’£. pomiformis sont formés, comme l'indique Geoffroy, de petites boules un peu irrégulières, maçonnées en terre fine; il les a trouvées accolées aux tiges de diverses plantes, et notamment des Bruyères,et a reconnu que chacune ne renferme qu'une seule larve, et que l'adulte, pour sortir, perce sur le côté du nid un trou rond, autre que l'orifice qui a servi à la mère à approvisionner le nid. C'est à tort qu'il suppose que cette femelle dépose du miel dans la boule, erreur grave reproduite dans le Aègne animal de Cuvier, et dans l'Histoire des Insectes de M. E. Blanchard (t. IT, p. 393). M. Goureau a trouvé ces nids, qu'il attribue à l'E. coarctatus, Synonyme pour lui de pomiformis, en mars et avril d’une part, et d'autre part en septembre; ils étaient en demi-sphère, attachés non à des tiges, mais largement implantés sur des pierres exposées au midi. La terre fine, liée par une gomme, forme des anneaux circulaires un peu inclinés sur le plan de position. Au milieu et en dessus se trouve un goulot d'entrée, cylindroïde, comme une cheminée d'un millimètre et demi de diamètre, en terre pareille à celle du reste du nid, et dont les parois s’épanouissent en cloche au bout supérieur. C'est en juillet et août que les Eumènes façonnent ces jolis nids par anneaux successifs, en apportant de la terre pulvérulente entre leurs mandibules, polissant l’intérieur, tandis que l'extérieur reste un peu fruste.

Un œuf étant pondu à l'intérieur de chaque nid, la femelle passe par la cheminée pour apporter les provisions de la larve future; après quoi elle ferme le goulot très-exactement, avec de la terre pareille à celle du nid, de sorte qu'on ne croirait pas qu'il y ait eu un vide antérieur, une entrée à la petite amphore. Quand on trouve ces nids en mars et avril, ils ont Le goulot fermé et n'offrent aucun trou, l'adulte n'étant pas encore éclos. Le ciment de ces nids résiste au moins un an aux intempéries; les vieux nids, au contraire, se démolissent assez facilement. À

Un nid trouvé en septembre par M. Goureau (1), avec sa cheminée

(1) Goureau, Observations détachées pour servir à l’histoire de quelques Insectes, Ann. Soc. entom. Fr. (1'"® série, 1839, t. VIII, p. 531 : Eumenes coar-

ctata, Latr.)

LUMENES. 893

encore ouverte, contenait un œuf blanc, oblong, un peu courbe, de s millim. de long sur 0,5 de diamètre, et à côté une chenille verte à seize pattes, probablement de Pyralide ou de Tinéide, longue de 7 mill., large d’un environ, encore vivante et cherchant à se traîner au dehors quand sa prison fut ouverte. ]

Des nids à goulot fermé, examinés à l’intérieur en février et mars, contenaient chacun une grosse larve couchée en arc de cercle dans sa cellule, dont les parois étaient garnies d’une tenture de soie fine et blanchâtre qui s’étendait aussi sur la partiede la pierre qui recouvrait le nid.

Des dépouilles de mues, de chenilles dévorées et des crottins noirätres sont dans un çoin, qui est la sentine du nid, et dont la larve, prête à la nymphose et entourée d’une tente de soie, s'isole par une cloison de soie filée par elle. La larve à toute sa grosseur est d’une couleur jaune-paille uniforme, apode, à treize anneaux, outre la tête, amincie antérieurement et renflée à l'extrémilé opposée. Elle présente deux carènes latérales s'étendant dans toute sa longueur. La tête est petite, appliquée contre la poitrine; on y distingue, à la loupe, deux mandibules brunes et deux points oculaires. Vers la fin de mai a lieu la nymphose. La nymphe est immobile, mais toutes ses parties sont libres et ont aiteint leur grandeur complète, à l'exception des ailes. La tête est penchée sur la poitrine, les pattes repliées à leurs articulations et appliquées sur les côtés du thorax, les tarses rangés en lignes parallèles. Les antennes sont étendues et couchées le long de la poitrine, les ailes, très-petites, placées de chaque côté sur les flancs. La nymphe est d'abord entièrement blanche; les yeux se colorent les premiers, puis l'abdomen, enfin le reste du corps. Les adultes sortent par un {rou latéral dès la seconde quinzaine de juin.La nymphe entière est courbée en demi-cercle. On reconnaît au premier coup d'œil la forme d'un Hyménoptère ; mais, à la grandeur du premier anneau de l'abdomen, on ne supposerait pas qu'il appartienne à un Eumène, mais plutôt à un Odynère. La nymphe est done plus allongée et plus fluette que la larve, et l'adulte encore plus long et plus mince que la nymphe. Ces changements, que l'on remarque chez beaucoup d'Hyménoptères, sont précisément les inverses de ceux qu'on observe en général dans les métamorphoses des Coléoptères, quoique les nymphes des uns et des autres aient la plus grande analogie dans le nombre et la disposition des parties qui les composent.

Lepeletier Saint-Fargeau (1841) dit avoir trouvé sur des arbustes des boules de mortier sableux assez solide, de la grosseur et à peu près dela forme d’une aveline, contenant des larves fort semblables de forme et de couleurs aux vers verts trouvés par Réaumur dans les nids de sa Guêpe solitaire, qui est un Odynère (ces larves sont celles du Charanson des Luzernes). Une de ces boules était en voie de construction, et sur elle se tenait un Eumenes pomiformis en attitude défensive. Dans d’autres, qui furent ouvertes, étaient entassées les larves dont on vient de parler.

Divers observateurs ont vu des Eumènes emporter entre leurs mandibules des insectes vivants.

M. E. Blanchard figure, collés à des pierres et à découvert, les nids sphéroïdes de l'E. pomiformis (Métamorphoses des Insectes, Paris, 1868, p. 408), mais se regarde à tort, d'après les dates des nombreux travaux que nous citons, comme les ayant fait connaitre le premier. On trouve fréquemment les nids de l’£. pomiformis dans les fortifications de Paris: ce sont de charmantes boules de mortier fin et d’un gris blanchâtre, comme de très-gros pois chiches, toujours logées dans des cavités de pierres, surtout dans celles de la meulière; en raison de cet abri qui les garantit du vent, elles sont entièrement sphéroïdes et ne tiennent à la pierre que par un pôle opposé au goulot d'entrée, que la mère ferme après l’approvisionnement du nid. Souvent ces boules sont accolées les unes près des autres, mais toujours dans des creux de pierres. M. E. Perris (1849) dit que les nids des Æ. coarctatus et pomiformis, en forme de sphère ou de trois quarts de sphère et surmontés d’une petite cheminée, se trouvent fréquemment appliqués contre les piliers des clairesvoies, les pierres des maisons et même les vitres des croisées, et aussi sous les écorces soulevées de souches de Chênes et de Pins, sur les chaumes de Seigle, à la face inférieure de feuilles vivantes du Chêne tauzin, etc. Le nid de l'E. dimidiatus paraît être analogue, d’après M. Fabre, en forme de dôme, avec une cheminée qu’il détruirait après la ponte.

C'est probablement à l'une des espèces précédentes que se rapportent les nids indiqués trop vaguement par M. Lucciani (Ann. Soc. entom. Fr., 1845, bull. CX), nids de terre trouvés appliqués contre les murs d'une forteresse de la Toscane. L'Eumène constructeur parait deux fois dans l’année, en juin et en août. Les larves de la seconde génération passent l'hiver en {orpeur. En mars, en ouvrant les nids, on trouve encore les larves de couleur jaune, qui bientôt deviennent nymphes, se colorant peu à peu de jaune et de noir. Les nids fabriqués en juillet donnent leurs adultes au commencement d'août. Les femelles s’occupent immédiatement à construire des nids et y déposent (rois ou quatre chenilles d’une Phalénide, puis un œuf d'où sort la larve, qui se nourrit de proie vivante. Elle se file un cocon blanc où elle passe l'hiver, engourdie jusqu'au printemps, et devient alors nymphe. Il est sorti de ces nids des parasites, un Wesoleptus (Ichneumoniens), et Chrysis ignita; les larves de ces parasites consomment les provisions et sans doute aussi la larve de l'Eumène, et se filent des coques d’un rose foncé.

Il y a d'importantes différences dans la nidification de notre plus grand Eumène de France, l’Æ, coangustatus où infundibuliformis (1). Ses

(4) E, Perris, Notice sur les habitudes et les métamorphoses de l'Eumenes infundibuliformis, Obx. (4nn. Soc. entom. Fr.; 1849, t. VII, p. 185, pl. Vu), et Note addirionnelle sur le même sujet (Ann, Soc, entom, Fr., 1859, t. X, p.557).

nidsde terre nesont plus uniloculaires, mais renferment plusieurs larves etplusieurs cocons. Cette espèce, assez fréquente dansles Landes, construit un nid de terre gâchée, appliqué contre les pierres des maisons et des ponts. Sa forme est assez irrégulière, souventen demi-ellipsoïde, à surface raboteuse, en petitsgrainssableux fortement agglutinés, tenant beaucoup à la pierre par le périmètre, l'intérieur se détachant sans effort Ce nid ressemble à ceux des Chalicodoma muraria et Pelopœus spirifeæ. On voit la femelle de l'Eumène voler en portant entre ses pattes une petite boulette de terre de la grosseur d'un grain de vesce. Elle se pose sur le nid, assujettit la boulette entre ses pattes de devant, sur le plan de position, en détache des parcelles avec ses mandibules et les applique sur le nid, les cimentant avec la salive qu'elle sécrète. Elle se promène sur le nid, cherchant les endroits faibles, les trous à boucher. Dans la marche, la boulette de terre est tenue entre les mandibules, et ce n’est qu'au moment du travail qu'elle la replace entre les pattes antérieures.

Le nid renferme, sur plusieurs rangs, des cellules elliptiques, dans chacune desquelles sera filée une coque soyeuse pour la nymphose.

Les larves sont alimentées avec des chenilles dont on retrouve les têtes dures dans les cellules, et en outre sont fréquemment dévorées par les larves de Chrysis, notamment de Chrysis ignita, dont la femelle est parvenue à pondre son œuf dans la cellule de l'Eumène avant la fermeture du nid. La larve de Chrysis s'enveloppe alors d’une coque marron qui remplace celle de l'Eumenes. La larve de l'Eumène, à toute sa taille, est longue de 16 millim., blanche, molle, charnue, parfaitement glabre. Sa tôte, large et ronde, marquée de trois impressions, portant sur deux disques roussâtres des antennes biarticulées, le premier article en mamelon, le second filiforme. Le labre très-apparent, et épais, charnu, échancré antérieurement et profondément sillonné au milieu. Les mandibules, comme dans les larves des autres Eumènes et des Odynères, sont courtes, coniques, roussâtres et à demi cornées de la base au milieu, puis à pointe noire, cornée, aiguë et tridentée. Cette brièveté et cette forme indiquent une nourriture de proie molle, comme les chenilles, tandis que, chezles larves des Crabronites, et notamment des Cerceris, les mandibules, entièrement cornées, sont longues et saillantes, très-propres à fouiller dans les viscères des insectes adultes etcoriaces qu’elles dévorent, Sousles mandibules de la larve de l’'Eumène sont {rois gros mamelons entourés d’une fine bordure roussitre et subcornée. Les latéraux sont elliptiques, avec deux tubercules cornés représentant le palpe et le lobe interne, Le mamelon central arrondi, portant en dessus une petite crête transverse, est la lèvre, avec deux tubercules cornés, rudiment des palpes. Le corps, de treize segments outre la tête, est beaucoup plus bombé sur le dos que dans la région ventrale, qui est lisse, et montre à peine la séparation des segments. Au conträire, sur le dos, la séparation est rendue très-apparente par deux séries de mamelons charnus que sépare un sillon longitudinal, des segments 4 à 11, Sur chaque flanc on voit une

autre série de mamelons, et c’est au-dessus de ceux-ci que se trouvent les stigmates, disciformes, roussâtres, au nombre de dix paires, placés au fiers antérieur du second segment et des suivants, jusqu’au onzième inclusivement. Il y a donc une différence importante d'avec les larves de Coléoptères n'ayant que neuf paires de stigmates et une seule à la région thoracique. La larve, ayant épuisé ses provisions, tapisse les parois de sa loge d’une fine pellicule de soie, puis s’enveloppe d’une coque soyeuse d'un blanc jaunâtre très-peu épaisse, mais pas assez translucide toutefois, pour qu'on aperçoive la larve à travers.

Les excréments, noirâtres, demeurent en dehors de la coque, accumulés dans un coin de la cellule, et parfois quelques-uns dans la coque même. Suivant la loi fréquente chez les Hyménoptères, la larve demeure en torpeur dans sa coque de septembre à juin de l'année suivante, devient une nymphe blanche avec toutes les parties de l'adulte emmaillotées. Celui-ci éclôt en juillet, et pratique un trou rond à la paroi du nid pour sortir.

Ces détails un peu longs étaient nécessaires pour détruire cette erreur grave que le genre £umenes produit du miel pour alimenter ses larves, ce qui romprait les affinités naturelles des Euménides, en rejetant le genre Eumenes à côté des Guêpes sociales. Dans son Histoire des Insectes de 1845 (t. 1, p. 74), M. E. Blanchard renonce à cette opinion erronée qu'il avait consignée dans l'Histoire des animaux articulés de 1840 (t. III, p. 393).

Ces nidifications, comme on doit le penser, ne sont pas l'apanage exclusif des Eumenes européens. M. H. Lucas (1) a fait connaître une espèce de Nouvelle-Calédonie, l'E. Germaini, Lucas, dont le nid de terre, rencontré par M. Germain près de Nouméa, était collé contre une cloison de bois, et rappelle, par sa forme, ceux des Chalicodoma muraria et sicula, et du Pelopœus spirifex. De 9 centim. sur 6 environ et ? d’épaisseur, il est constitué par un amas de terre irrégulier, épais et convexe, de couleur grise, d’un grain fin, et avec des fragments sableux mêlés, non friable ni délayable à l’eau. Il contenait sept cellules ovalaires, tapissées en dedans par la larve d’un liquide blanchâtre et gommeux, formant ensuite une membrane papyracée, d'un blanc brillant. Les parois internes des loges, outre ce revêtement, sont très-lisses et polies, et séparées par des cloisons épaisses, qui empêchent toute communication entre elles.

La nymphe, d’abord entièrement d'un blanc très-légèrement teinté de jaune, longue de 15 millim. sur 6 de large, git dans la cellule, repliée sur elle-même, la tête et les longues mandibules placées sur la région sternale entre les hanches et les cuisses des pattes de la première paire, l'abdomen replié sur lui-même, presque placé le long du.

(4) Du nid dans lequel a été trouvé l'£Ewnenes Germaini à Vétat de nymphe et à l’état d’insecte parfait (Ann. Soc. entom. Fr., 5° série, 1876, t. VI, p. 296).

DISCOELIUS, SYNAGRIS. 897

péliole relevé, avec les segments mobiles rentrés les uns dans les autres et venant presque toucher la base du pétiole.

Un genre voisin des Eumenes est le genre Discælius, Latr., détaché des anciens Eumenes.1l comprend une dizaine d'espèces d'Europe, du Chili, du Mexique et de la Jamaïque, de l'Australie et de la Tasmanie. Les mandibules, quadridentées au bout, sont courtes, lesantennescourtes, un peu en massue, le corps poilu, les pattes courtes, les ailessupérieures ayant la seconde cellule cubitale recevant au milieu la nervure récurrente externe, le premier segment de l'abdomen rétréci en pédicelle, avec un gros pétiole oblong. Le type est le D. zonalis, Panzer, de France, d'Allemagne, de Suède, d'Italie. Cette espèce se distingue tout de suite des Eumènes de France en ce qu'elle a beaucoup plüs de noir. La tête de la femelle est noire, ainsi que les antennes, la partie inférieure du chaperon jaune, ainsi qu'une tache à la base de chaque mandibule. Le corselet est noir, ainsi que l'écaille, les ailes assez transparentes, à cubitales non pédonculées, rousses le long de la côte, le bout enfumé, les nervures et le stigma bruns, les pattes noires, avec une petite ligne jaune au devant des jambes antérieures. Une bande jaune étroite se voit au bord postérieur du premier segment de l'abdomen; une autre bande large sur le bord postérieur du second, qui est en cloche moins forte que chez les Eumenes. Le reste de l'abdomen est noir, ainsi que l'anus; parfois les bords postérieurs des segments 3 et 4 sont jaunes. Cette femelle est longue, en moyenne, de 18 millim. Le mâle, beaucoup plus rare, a la partie inférieure du chaperon blanche, les mandibules entièrement noires, le premier article des antennes blanc en dessous, les pattes jaunes, avec les hanches et les cuisses noires, ainsi que la base des jambes, les segments 5, 4, 5 de l'abdomen bordés postérieurement de jaune, 6 et l’anus noir. Il me semble probable qu'on doit regarder comme une race méridionale le D. Dufouri, L. S-F., des Landes, différant du précédent par les angles du prothorax et par deux points sur l’écusson d’un jaune orangé. Le D. zonalis se prend dans les bois des environs de Paris. C'est une espèce qui approvisionne ses larves de petites chenilles. Lepeletier Saint-Fargeau a vu une femelle opérer ce transport dans un trou de la pierre d’une fenêtre, produit précédemment par la pose d'un gros clou, puis apporter une petite boule de mortier pour boucher l'ouverture de ce trou. Audouin, dans son Histoire de la Pyrale de la Vigne, indique ce même insecte comme faisant la chasse aux chenilles de ce Tortricide nuisible, P'OŒnophthira Pilleriana.

SYNAGRES, Fabr,, Latr, — Yeux ne couvrant pas loute la partie latérale de la tête, ayant leur échancrure étroite, triangulaire ; ocelles en triangle large sur la partie antérieure du vertex. Antennes des femelles filiformes, ayant les derniers articles aussi distincts les uns des autres que les précédents, les antennes variables chez les mâles, leur treizième article en forme de crochet. Mandibules très-longues, très fortes, en forme de stylet dans les femelles et constituant par

GIRARD. Il. — 97

898 HYMÉNOPIÈRES.

leur réunion un bec plus long que la tête, mais dépassé de beaucoup par la lèvre, de configuration variable chez les mäles, souvent fortement arquées ou munies d'appendices; mâchoires avec galea deux ou trois fois aussi longs qu’elles, et palpes courts, de 3, 4 ou 5 articles, glabres, le premier gros, les autres terminés en pointe ; lèvre très-longue, partagée en quatre lanières plumeuses, sans points glanduleux d’aspect corné à l'extrémité, ou avec quatre points vagues et rudimentaires les; palpes de trois articles, le quatrième remplacé par des poils roides, le tout n’atteignant pas la moitié de la longueur de la lèvre. Postécusson et métathorax épineux ou tuberculeux. Ailes antérieures à cellule radiale un peu appendiculée, les cellules cubitales non pédonculées, la seconde plus ou moins rétrécie vers la radiale, la troisième petite el en losange. Pattes postérieures dépassant l'extrémité de l'abdomen, le premier article des tarses grand. Abdomen presque d'aspect sessile, le premier segment en cloche, un peu moins large que le second.

On doit évaluer à une trentaine le nombre des espèces du genre Synagris, avec les nouvelles décrites par M. de Saussure dans son Supplément. L'une d'elles est d'Espagne: c’est le S. Spinolæ, de Sauss., les autres des diverses régions de l'Afrique. La forme et la grandeur des mandibules et de la langue paraissent indiquer des constructeurs de nids, mais on ne connaît pas leurs mœurs. Une des espèces les plus anciennement connues, du Sénégal, d’Abyssinie, etc., est S. calida, Fabr. (pl. zxxu, fig. 3, femelle, syn. : carbonaria, de Geer), dont la femelle atteint parfois une taille considérable. La tête et le corselet sont ponctués, le métathorax et le postécusson portant chacun deux tubercules saillants. Tout le corps est noir, sauf les trois derniers segments abdominaux, qui sont d'un jaune foncé. Les pattes sont brunes et les ailes brunes, à reflets violets. Le mâle est un insecte gros et trapu, à tête très-renflée en ‘arrière. Les mandibules sont très-longues, fortement arquées, tronquées obliquement à l'extrémité, sans dents et se croisant en X à l’état de repos. Le second segment abdominal est armé en dessous de deux gros tubercules épineux, caractère qui se retrouve aussi chez les S. dentata, Sauss., et spinosuscula, Sauss,.

ODYNERLS, Latr. — Tête variable ; antennes des mâles simples, ou terminées par un crochet ou enroulées en spirale à l'extrémité. Mandibules mousses, souvent striées et portant des dents mousses, parfois armées d’un éperon chez les mâles ; mâchoires avec galea aussi long ou plus long que la partie basilaire, le palpe long dépassant le galea, de six articles inégaux en longueur, diminuant plus ou moins régulièrement du premier au dernier, celui-ci souvent plus Jong que le cinquième; lèvre médiocrement allongée, avec palpes labiaux dé quatre articles gros et munis de poils roides, 4 le plus long, renflé au bout, 4 très-petit. Corselet variable, anguleux ou arrondi, scutellum souvent séparé du postpétiole par une ligne transverse élevée, mésosternum ayant de chaque côté une ligne élevée. Ailes antérieures à cubitales non pédonculécs, Abdomen

très-variable, ovale ou conique, pédicellé ou d'apparence sessile, le premier segment rétréci en pédicelle dans certaines espèces, mais toujours moins parfaitement que dans les Ewmenes, ou bien court et campanuliforme, emboîtant toujours plus ou moins le second segment par rétrécissement à leur jonction, ce premier segment abdominal tantôt muni, au bord postérieur et sur les côtés, d’une suture transversale calleuse, tantôt en étant dépourvu.

Wesmael, MM. H. de Saussure et G. Thompson ont cherché à subdiviser les Odynères en sous-genres, en raison du nombre considérable de leurs espèces; mais les passages continuels entre ces sous-genres sont une difficulté considérable à leur netteté. C’est le métathorax qui fournit à cet égard les modifications les plus importantes. Dans les Euménides, en général, quand l'abdomen a l'aspect parfaitement sessile, le métathorax est excavé, afin de recevoir la convexité de la face antérieure de l'abdomen. Il offre alors des bords très-tranchants, ainsi chez Odynerus crenatus. Si au contraire l'abdomen est subpédicellé et ne s’appuie pas contre le métathorax, celui-ci devient convexe et perd ses tranchants (0. spinipes). Enfin, dans les Euménides, qui ont l'abdomen pédicellé, le métathorax est entièrement convexe (Eumenes). Un grand nombre de nuances se montrent entre ces trois états. Dans les Odynères proprement dits, la plaque du métathorax forme une concavité trèsnettement délimitée et bordée par des arêtes tranchantes (0. crenatus, Dantici, ete); l'arête latérale peut devenir diversement mousse, de sorte que la concavité finit par ne plus être limitée, et l’arôte latérale peut s’arrondir (0. biviltatus et espèces voisines).

Daus les sous-genres Protodynerus où Symmorphus et Ancistrocerus, le mélathorax est aussi concave et bordé; mais la concavité est plus petite, elle n’occupe pas toute la largeur du métathorax, et, par suite, les rebords ne sont pas aussi saillants : ex. O. parietum, crassicornis, etc. Dans le sous-genre Epipona et dans le genre Pterochilus, la concavité a presque disparu, ainsi que ses angles et ses arêtes marginales, l'arête latérale persistant seule plus ou moins. Il existe bien un sillon ou enfoncement, mais il résulte de la rencontre des deux moitiés convexes du métathorax. Enfin, viennent des espèces où le métathorax est entièrement arrondi et l’arête latérale nulle, ainsi chez Odynerus vespiformis, ce qui est aussi la forme métathoracique dans la plupart des Guêpes sociales, Vespa, Polistes, Polybia, Icaria, etc. Les caractères des nombreuses espèces d’Odynères se mélangent de toutes les nuances de ces modifications.

Le nombre total des Odynères répandu dans tous les pays de la terre est peu inférieur à trois cents espèces, et l’on comprend la difficulté de leur étude descriptive en raison de toutes leurs transitions et de ces continuelles variations de répartition du jaune, du roux et du noir, que la tribu des Euméniens présente comme celle des Vespiens.

Le nombre considérable des Odynères de France, dont le catalogue

900 HYMÉNOPIÈRES.

incomplet de Dours compte plus de cinquante espèces, nous contraint à n'en citer que très-peu, choisis surtout parmi les espèces dont les mœurs ont été bien observées.

Un premier sous-genre , Symmorphus, Oliv., ou Protodynerus, Sauss. (ce sont les Odynerus de C. G. Thomson), présente une suture transversale carénée sur le premier segment de l'abdomen et les antennes des màles simples. Nous y trouvons l'O. crassicornis, Panz., de loute l'Europe centrale, de Suède, d'Angleterre, dans les terrasses de sable du comté de Kent. La femelle, de 10 à 15 millim., a la tête noire, le chaperon en arrière et le front tachés de jaune, les antennes épaisses et noires, souvent tachées de jaune sous le scape. Le thorax, à poils gris, a les épaules émoussées, tachées de jaune; les ailes, un peu rembrunies, ont les nervures et le stigma bruns, l’écaille jaune avec un point noiràtre, une grande tache de jaune de chaque côté du mesosternum, sous les ailes; les pattes avec les hanches et la plus grande partie des cuisses noires, le reste ferrugineux; l'abdomen légèrement ponctué, ainsi que le thorax, les cinq premiers segments noirs, bordés postérieurement de jaune, le premier tout noir en dessous. Le mâle à le chaperon entièrement jaune, les mandibules tachées de jaune, ainsi que le scape des antennes, les cinq derniers articles du flagellum des antennes munis en dessous d’une ligne élevée et le plus souvent jaune, le thorax sans taches, plus fortement ponctué, avec les épaules brièvement mucronées. Cette espèce a souvent été confondue avec O. murarius, Linn., qui est de plus grande taille et spécial à la Scandinavie, différant par ses antennes entièrement noires, les fovéoles du vertex de la femelle plus grandes, le chaperon moins convexe, le postpétiole de l'abdomen plus long, le mâle à angles du pronotum plus prononcés.

Le sous-genre Ancistrocerus, Wesm., a également une suture transverse sur le premier segment abdominal; mais les antennes du mâle sont terminées par un crochet. Nous prendrons comme type l'O. parietum, Linn., espèce très-commune, de toute l'Europe, y compris la Laponie,rencontrée en mai, en Algérie, dans le cercle de la Calle (H. Lucas), fréquente sur les palissades pourries et les vieilles murailles, couverte d'un assez long duvet de poils gris. La femelle, de 10 à 15 millim., à tête noire, tachée de jaune, a les antennes noires avec le scape jaune en dessous, et les articles du flagellum d'un testacé obscur en dessous. Elle se reconnait facilement à la bande jaune du pronotum, entière et dilatée de chaque côté, les épaules non proéminentes, le métathorax présentant une aire terne, à peine visiblement ponctuée, la cellule radiale de l'aile antérieure enfumée et étendue vers le bout de l'aile, les écailles alaires d'un jaune-citron; les pattes noires, avec le bout des cuisses et les tarses d'un roux päle; les jambes antérieures d’un jaunecitron; l'abdomen avec les segments dorsaux à cinq larges bandes jaunes, la première dilatée en arc vers les flancs. Le mâle a le chaperon, le labre et les mandibules presque entièrement d'un jaune-citron, les

épaules du pronotum mucronées, les flancs, et le ‘plus souvent l’écusson immaculés, le plus souvent cinq bandes ventrales à l'abdomen et six dorsales d'un jaune-citron, les jambes d'ordinaire jaunes et sans taches. À côté se place l'O. Antilope, Panzer, espèce généralement de grande taille, la femelle atteignant 20 millim.; de France, d'Allemagne, d'Angleterre, de Suède, se distinguant surtout des espèces voisines, outre sa grandeur, par les côtés du métathorax en élévation calleuse et par son aire inférieurement brillante. Le mâle a le chaperon entièrement jaune et les épaules à peine éperonnées; la femelle a seulement quatre bandes dorsales jaunes à l’abdomen, la première non dilatée sur les côtés, et les antennes entièrement päles en dessous. Des observations spéciales sur cette espèce ont été publiées par M. Westwood (Notice on the habitsofOdynerus Antilope,in Trans. Entom. Soc. of London, 1856, t. I, p. 78-79). Il a rencontré cet Odynère creusant ses nids dans de vieux mortiers de murs exposés au midi, ou dans des bancs de sable, et l’on a vu que chacun était approvisionné avec dix à douze chenilles vertes, roulées en spirale, de Crambides (Microlépidoptères). C'est une preuve du rapprochement des Diploptères solitaires avec les Fouisseurs. Beaucoup de Chrysis volaient autour des trous et y entraient pour déposer leurs œufs dans les nids de l'Odynère. L'espèce appartenait à diverses variétés de Chrysis ignita. D'après cette note, on voit que l'O. Antilope existe en Angleterre. Il est mentionné dans le catalogue de Fr. Smith sous le nom d’Ancistrocerus parietum, Linn.

Le sous-genre Leionotus, Sauss., n'offre pas de suture transversale sur le premier segment de l’abdomen. Les mandibules, quadridentées au sommet, n'ont pas d'éperon, et le métathorax présente une aire médiane retroussée, le plus souvent bordée. Les femelles (du moins dans les espèces européennes) ont sur le vertex, derrière les ocelles, une fosselte arquée ou anguleuse, poilue ou glabre, et les mâles présentent les derniers articles des antennes recourbés en crochet. A ce sous-genre d'Odynères appartient une espèce exotique, de la Havane et du Pérou (Payta), longue de 10 à 414 millim. C’est l'O. Enyo, L. S'-F. syn. elegans, G.-Mén. (pl. Lxxu, fig. 5). La tête est d'un fauve obscur, avec le chaperon jaune chez le mâle, noir chez la femelle ; les antennes de couleur fauve, passant au jaune vers l'extrémité ; le prothorax et le mésothorax noirs, à l'exception des écailles des ailes et de l'écusson, qui sont jaunes; le métathorax d’un fauve ferrugineux, avec une tache noire au milieu et en arrière; les ailes demi-transparentes, jaunes de la base à la moitié du limbe, puis noirâtres, avec reflet violet, jusqu'au bout ; le premier segment abdominal d’un jaune ferrugineux, avec une tache noire à la base, le second noir et les autres fauves.

Dans le sous-genre Oplopus, Wesm. ou Epipona, Shuckard, où Hoplomerus, Westwood, C. G. Thomson, il n’y a pas de suture transversale sur le premier segment de l'abdomen; les mandibules des femelles sont munies de quatre dents, celles des mâles souvent armées d'un

éperon, et les antennes, dans ce sexe, enroulées en spirale à l'extrémité. Le métathorax n'a pas d’aire déterminée ; les cuisses intermédiaires des males parfois dentées ou mucronées. Nous prendrons comme type de ce sous-genre d'Odynères l'O. spinipes, Linn., de toute l'Europe et d'Angleterre, sur les terrasses, la Guépe solitaire de Réaumur, de 8 à 12 millim. de longueur. Il est noir, varié de jaune, la tête, le thorax et le pétiole de l'abdomen hérissés de poils d’un roux noirâtre; les bordures jaunes des anneaux de l'abdomen sont étroites et régulières dans les deux sexes. La femelle a le chaperon immaculé, le scape des antennes presque entièrement noir, le métathorax immaculé, les jambes avec une tache noire; le mâle a le troisième article des antennes plus long que le scape, la base des mandibules sans épines, les cuisses intermédiaires armées en dessous de trois dents, celle du milieu tronquée au bout.

Cette espèce est célèbre par sa nidification, observée par Réaumur (Mém., t. VI, mém. 8, p. 251 et pl. xxvi). Ces nids sont établis dans le mortier terreux qui sert à lier, à la campagne, les pierres des murs des jardins ou dans les levées de sables gras. C’est dans une couche de pareil sable, dont il avait fait enduire une portion de mur, que Réaumur a suivi les travaux de sa Guêpe solitaire, et Lepeletier S'-Fargeau a fait la même étude sur un talus en pente rapide d’un banc de sable de cette nature, ouvert pour pratiquer un chemin dans les bois entre Sèvres et Versailles. Audouin trouva la même espèce à Choisy-le-Roï (1), en 1854, sur des escarpements argileux ou sablonneux bien exposés au soleil. Les femelles creusent dans le talus des trous un peu plus larges que leur corps et profonds. Le plus souvent c’est l’orifice d’un seul tube, profond de 5 à 6 centim., parfois de deux ou trois tubes embranchés. La femelle, tant que dure l’approvisionnement du nid, établit au dehors une sorte de cheminée tubulaire, de la largeur du trou, de 8 à h centim. de longueur, courbée en bas, où se trouve l'ouverture par laquelle elle s’astreint à passer avec ses provisions. Cette cheminée cylindroïde empêche, par sa direction, la pluie et les corps étrangers de tomber dans le nid, et doit aussi être un obstacle à l'introduction de beaucoup d'insectes parasites. Ses parois, fragiles, sont d’une structure très-curieuse. La terre a été pétrie par petits rubans ou par petits cylindres placés circulairement les uns sur les autres, laissant par places des intervalles vides, de sorte que le tuyau semble formé d’une dentelle où d’une guipure de terre. Ces parcelles terreuses artistement disposées ont un dernier usage. Quand l’œuf est pondu et le nid approvisionné, la femelle démolit pièce à pièce la fragile cheminée externe, dont les matériaux lui servent à boucher la partie antérieure du nid,

(1) V. Audouin, Deuxième lettre pour servir de matériaux à l’histoire des Insectes, contenant des observations sur les mœurs des Odynères, adressée à M, L. Dufour (Ann. sc. nat., Z001., 2° série, 1839, t. XI, p. 104),

sans qu'aucune trace des travaux de l’insecte apparaisse au dehors. C'est vers la fin de juin que l’approvisionnement est terminé et l’occlusion opérée.

La proie vivante et engourdie destinée à chaque larve est constituée par des larves vertes du Charanson des Luzernes, le Phytonomus variabilis, Schünherr; ou murinus, Dejean. La femelle rapporte une à une chaque larve, dont elle tient la tête cornée entre ses mandibules, tandis qu’elle en maintient, au moyen de ses pattes, le corps étendu sous sa région ventrale. Dans le nid, la larve s’enroule en demi-cerele, et douze à quinze de ces anneaux de larves maintenues vivantes, mais sans défense, par le venin, se trouvent empilés au-dessus de l’œuf d’où naïtra la larve de l'Odynère. En recueillant ces larves, ni Réaumur, ni Audouin, n’ont pu en obtenir la métamorphose, en raison de leur état d’anesthésie, mais Audouin a aisément obtenu le changement en nymphes et en adultes, en ramassant les larves du Charanson sur les Luzernes. Réaumur entassa ces vers verts, comme il les nomme, en piles au-dessus du ver jaune d'ambre très-jeune, qui est la larve de lOdynère, dans un tube artificiel de terre qu'il avait construit contre une plaque de verre permettant de voir dans le tuyau, et observa que celle-ci, à développement rapide, consomme à peu près un ver vert par jour, puis, parvenue à sa taille, s'entoure d’une coque soyeuse translucide. M. E. Blanchard a donné une très-belle figure des nids de cet Odynère, à divers degrés de travail, qu'il observa en nombre considérable près de Denain, dans le département du Nord (Métam. des Ins., Paris, 1868, p. 399), aux premiers jours de juin, sur un talus de 2 mètres de hauteur, bordant la route au midi et la séparant d'un vaste champ de Luzerne; seulement il reproduit l'erreur de Lepeletier en attribuant la Guêpe solitaire de Réaumur à l'O. parietum, Linn. La grossière figure de Réaumur montre bien la forme de l'abdomen, ovale et rétrécie en avant, qui est propre à l'O. spinipes, que tous les auteurs rapportent sans hésitation à l'espèce de Réaumur.

Audouin a remarqué que les larves jaunes de ces Odynères, comme celles des Polistes, ont une paire de stigmates aux anneaux ? et 3 du corps, orifices respiratoires qui manquent à ces segments chez les larves de Coléoptères et chez les chenilles; ces faits contrarient, dit-il, la théorie qui voit dans les ailes des deux paires des adultes des trachées extravasées. La persistance des branchies à la forme adulte des Pteronarcys et d'autres Perliens (Névroptères amphibiotiques), reconnue plus tard, devait apporter une preuve décisive. La larve de l'O. spinipes ne tapisse les parois de sa loge de terre d’un enduit pellucide qu'après avoir consommé toutes ses provisions, et a soin de refouler derrière elle les résidus de tous ses repas, de sorte que la loge est toujours nette intérieurement au moment de la nymphose dans une coque pseudosoyeuse. La plus grande partie de la vie de l'Odynère se passe en larve. Les larves, en effet, terminent leur cocon à la fin de juin, et on les

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retrouve encore non (ransformées au milieu de mai de l’année suivante. C'est alors qu'elles deviennent nymphes, ne restant sous cette phase qu'une quinzaine de jours, car les adultes éclosent au commencement de juin.

Audouin à rencontré, dans les loges de l'O. spinipes, de très-curieux Chalcidiens parasites dont la femelle est ailée et le mâle est aptère ou subaptère, n'ayant que des rudiments d'ailes, sous forme de moignons membraneux, sans nervures, élargis en palettes, incapables de servir au vol, mais vibrant lorsque ce mäle est en copulation.

Une autre espèce d'Odynère se rencontre abondamment en avril et en mai dans les Landes, contre les terrasses argileuses où elle nidifie et où l’on prend souvent les deux sexes en accouplement. L'espèce se capture aussi près de Toulouse, sur l’£Eryngium campestre. C'est TO. Reaumuri, L. Duf., espèce très-voisine de la précédente, s’en distinguant surtout par les bandes jaunes de l'abdomen, non étroites et régulières, mais s’élargissant sur les côtés. Les mœurs sont tout à fait celles de l'espèce de Réaumur (1). Les nids ont des tuyaux extérieurs de terre guillochés et sont approvisionnés de larves, pareilles à celles décrites par Réaumur, vertes avec un liséré longitudinal roussâtre de chaque côté, empilées dans chaque nid en brochettes de dix à douze larves enroulées et superposées. L'œuf, qu'on trouve dans les nids les plus récents, est oblong, cylindroïde, obtus et d’un jaune assez vif. L. Dufour éleva facilement la larve de l’'Odynère dans un tube de verre, en la recouvrant d’une douzaine des larves anesthésiées prises dans les nids des terrasses. La larve, qui grossit rapidement et prend en quinze jours toute sa croissance, demeure ensuite presque immobile au-dessus du tas de dépouilles de ses victimes, occupée à revêtir de soie sa demeure. Audouin a observé les habitudes d'un autre Odynère voisin de l'O. spinipes : c’est l'O. reniformis, Wesm., dont le métathorax de la femelle a une tache latérale jaune, le mâle ayant la base des mandibules et celle des cuisses intermédiaires armées d’épines d'un jaune-citron. Les nids, creusés dans des talus de terre, ont, en dehors du trou d'entrée, des cheminées qui ne sont plus réticulaires, mais formées d’une terre tellement fine et friable qu'on ne peut la toucher sans la réduire en poudre.

D'autres Odynères, du même sous-genre Oplopus, ont une nidification fort différente, puisqu'elle a son siége dans des tiges creuses de végétaux, particulièrement de Ronces. Leur type est une espèce de Suède, d'Allemagne, d'Angleterre (Hawley Hants et Hampstead), de France et des environs de Paris, des Landes, du Languedoc, sur les ÆEryngium campestre, ete.: c'est l'O. lœvipes, Shuckard (syn. rubicola, L. Duf., cognatus, L. Duf., etc.). Cette espèce, de 8 à 10 millim. de long, à fond

(4) L. Dufour; Mémoire pour servir à l’histoire de l’industrie et des métlamorphoses desOdynères, et description de quelques nouvelles espèces de ce genre d’insectes (Ann. sc. natur., Z00L., 2° série, 1839, t. XI, p. 85).

noir, offre, chez la femelle, le chaperon noir, profondément excisé, avec un croissant jaune, parfois interrompu, les antennes subclavées et entièrement noires, tandis que chez le mâle le chaperon est jaune en entier, ainsi que la base des mandibules, le premier article des antennes en dessous, les deux et parfois les trois articles qui précèdent le bout de l'antenne enroulé, jaunes. Sont également jaunes la bande du pronotum, les points huméraux, les écailles, deux points à l’écusson, quatre bandes linéaires dorsales à l'abdomen de la femelle, cinq chez le mäle et deux en dessous; le mâle a les cuisses intermédiaires inermes. Dans les deux sexes les jambes, les tarses et les bouts des cuisses sont jaunes, les ailes enfumées à l'extrémité.

Pour nidifier, la femelle cherche, au milieu d’un buisson de Ronces, une tige sèche, qui ne soit pas verticale, c’est-à-dire ayant son bout tronqué tourné vers le ciel et exposé à la pluie, à la neige, à la grêle, mais horizontale ou inclinée vers la terre. Cet instinct est conforme aux tuyaux extérieurs de terre tournés vers Le bas des nids des O. spinipes et Reaumuri. En outre, l'O. lœvipes choisit les tiges les plus grosses et les plus dures, offrant un diamètre et une solidité de parois en rapport avec la grosseur et le poids des coques dont elles vont devenir le réceptacle. La femelle les creuse d’abord à une profondeur qui peut atteindre 1 décimètre, en enlevant avec ses mandibules la moelle qui les remplit, puis va chercher au loin les matériaux terreux nécessaires pour façonner les cellules de ponte. Celles-ci, longues de 10 à 12 millim. sur 6 de large, sont engagées au milieu de la moelle, qui n’est pas toujours détruite jusqu'au bois, cylindroïdes, brunes ou d’un gris sale, au nombre tantôt de deux ou trois seulement, tantôt de huit ou dix, disposées à la file, mais non contiguës bout à bout, laissant entre elles un intervalle d'environ 4 millim., occupé soil par de la moelle pétrie, soit par des crottins oblongs et noirätres, mêlés à la moelle et plus ou moins couverts de moisissures. Les parois des coques, dures, fermes, d'épaisseur uniforme, sont un cimeut bien confectionné, formé de terre bien pétrie et gâchée, mêlée à des grains de sable et à des parcelles de moelle. C’est avec raison que L. Dufour suppose, contrairement à l'opinion de Réaumur, pour sa Guëêpe solitaire, que l'industrieux Hyménoptère ait besoin d'ailer chercher de l’eau dans les mares voisines pour détremper ses matériaux, et les agglutiner ensuite pour façonner la coque ; ce sont les glandes salivaires qui doivent servir à cet usage.

La femelle commence à construire ces cellules dans la première quinzaine de juin, et pond au fond de chacune un œuf jaune, oblong, cylindroïde, arrondi aux deux bouts, légèrement arqué; puis elle approvisionne chaque coque de dix à douze larves vertes, roulées en cercle sur elle-même et empilées les unes au-dessus des autres. Léon Dufour laisse indécise la question de savoir si ce sont des chenilles ou des larves de Curculioniens, disant seulement qu'elles dif-

fèrent comme espèce de celles des nids de l'O. Reaumuri, tout en leur ressemblant beaucoup. La larve de TO. lœvipes, rapidement sortie de l'œuf, est apode, d'un jaune assez vif, ovalaire-oblongue, à anneaux renflés, entrecoupés en dessus par des mamelons régulièrement disposés, la région ventrale offrant une ligne médiane enfoncée. La tête, bien distincte du reste du corps et inclinée en dessous, est arrondie, blanchâtre, montrant, sous une forte loupe, le chaperon et les mandibules, celles-ci brunâtres. Le bout postérieur très-obtus, comme tronqué, offre en dessous la trace d’un anus plissé. Au bout d’une douzaine de jours, toutes ses victuailles consommées, elle est parvenue à son complet accroissement.

Jusqu'alors la paroi interne de la coque n’offrait aucune trace de soie. La larve mûre la tapisse d’un enduit membraniforme lustré et blanchâtre. Le bout de la coque tourné vers l'extérieur de la tige de Ronce, par lequel la mère apportait les vivres et par où sortira l'adulte, est alors clos par la larve au moyen d’un diaphragme de même enduit que celui qui revêt la paroi interne de la coque, rond, plan, tendu comme la peau d’un tambour, et débordé par un prolongement du tube terreux d'un millimètre de saillie. Ce couvercle n’est pas une membrane simple et diaphane, mais une cloison opaque, consistante, formée de deux {uniques séparées par une couche serrée de moelle de Ronce, ainsi que le montre une incision. L'autre bout de la coque est arrondi, mais sans diaphragme, et constitué par les mêmes matériaux que le reste du tube. La larve tombe ensuite dans une torpeur qui se prolonge, à partir de la fin de juin, pendant dix à onze mois, car en avril, et même quelquelois en mai de l'année suivante, les coques de l’'Odynère de la Ronce contiennent encore des larves engourdies. Dès la fin d'avril, on rencontre aussi des nymphes dans les coques, et ces nymphes se métamorphosent en adultes depuis les derniers jours de mai jusqu'à la mi-juin, époque où les Odynères travaillent à l'établissement de leur progéniture.

Les larves d'Odynères n’éprouvent qu'une seule mue, celle qui précède immédiatement la transformation en nymphe. La nymphe de l'Odynère de la Ronce demeure un mois avant de donner l'adulte, les pattes, les antennes et les moignons d'ailes en raquette pliés en faisceau sous le corps. Les ongles des tarses, les épines des pattes, sont obtus, translucides, comme œdémateux; les organes buccaux, loin d'être retirés sous la tête, sont au contraire en évidence, étendus et étalés entre les insertions des pattes. Les yeux, grands, réniformes, mais peu saillants, prennent, dès le second jour de la nymphose, une leinte violacée qui se rembrunit de plus en plus. Swammerdam à aussi observé sur les nymphes des Abeilles que ce sont les yeux qui se colorent les premiers, et l'on peut dire que c'est à un fait général commun aux nymphes des Insectes et à l'embryon des Vertébrés. A partir du vingtième jour commencent à se former les dessins jaunes el noirs; au bout du mois, les ailes s’ébranlent et s'étendent. L’Odynère les lisse avec

ses pattes, se brosse tout le corps, et se frotte la face avec ses tarses antérieurs. IT faut bien remarquer que ce n’est pas le contact de l'air et l'influence de la lumière qui ont produit la coloration de l’insecte ; c'est dans l'obscurité complète de la coque, fermée par une double paroi opaque, que le jaune vif s'organise et se place avec symétrie sur le noir le plus profond.

Nous ferons encore observer que, dans la file des coques de ciment placées bout à bout dans la tige de Ronce, la coque la plus inférieure a été construite la première, et renferme l’œuf pondu et approvisionné en premier. Or la sortie des Odynères adultes a lieu en ordre inverse, le premier éclos sortant de la coque la plus récente et la plus voisine du bout ouvert de la branche. Sans cela, comme les adultes ne peuvent percer les côtés de leur double prison de terre et de bois, il y aurait massacre des plus jeunes insectes par les aînés, tandis qu'ils sortent au contraire aisément par les coques vides des plus jeunes. Le réveil complet de chaque nymphe n'a lieu que lorsque l'air libre fait sentir son influence à travers le couvercle de la coque, ce qui coïncide avec la facilité du passage, sans qu'il soit nécessaire d’invoquer une loi compliquée de développement inverse à l'ordre de naissance des larves,

Audouin a observé pareillement les mœurs de l'O. lœvipes. Dans son jardin, à Sèvres, tout près de Paris, il avait planté en terre, au soleil, des branches de Sureau coupées de longueurs et de diamètres variés, afin de se procurer divers Hyménoptères qui viennent perforer la moelle des branches pour y établir leurs nids. En juin, une femelle d’0. lævipes fut observée creusant la moelle d’une de ces tiges, et, au bout d'une demi-heure, elle était entièrement cachée dans la cavité cylindroïde qu’elle avait pratiquée. Les jours suivants, l'insecte continua son travail de creusement, puis apporta du mortier terreux, enfin des provisions pour ses larves. Le mortier lui servit à construire dans la moelle sept loges à parois grises assez consistantes et à grains fins, et entre les loges, assez espacées, existait un disque en détritus de moelle de Sureau. Comme les tiges de Sureau fichées verticalement en terre avaient leur canal médullaire exposé à la pluie, l’insecte, par une véritable adaptation intellectuelle à cette condition insolite, changea bientôt la direction verticale de la galerie, en formant un coude qui empêchait la pluie de tomber, même sur la loge la plus voisine de l'entrée de la galerie, de manière à mettre les loges qui n’occupaiént qu'une partie de la largeur de la moelle de Sureau, dans les mêmes conditions que dans les branches de Ronce inclinées.

Le Dr Giraud (op. cit., Ann. Soc. entom., Fr., 1866, p. 443 et suiv.) a observé l'O. lœvipes dans les tiges sèches de la Ronce en France, dans la basse Autriche, en Bohême, en Carniole. Il indique aussi, comme sortis des tiges sèches de la Ronce, 0. timidus, Sauss., du sous-genre Leionotus, et O. delphinalis, Giraud, dont deux femelles sortirent en juin, à Grenoble, des tiges de la Ronce.

908 HYMÉNOITÈRES.

Un autre Odynère, qu'Audouin croit être O. parietum, a 6t6 aussi observé par lui, faisant son nid à l'intérieur des tiges de Sureau dressées en terre, se contentant de garnir d’un mortier terreuxle fond et le couvercle de ses loges. Il n’y a pas de parois latérales propres, c’est la moelle qui les constitue ; seulement elles sont tapissées d’une membrane pellucide. La femelle à soin de fermer très-exactement avec du mortier l’extrémité de la branche de Sureau, de façon à en cacher l'ouverture, tandis que l'O. lœvipes la laissait libre. L'Odynère dont il est question en dernier lieu apportait à ses larves de vraies chenilles de Tinéides, d'une couleur vert pâle, longues de 5 à 6 millim., anesthésiées et n'ayant plus que la possibilité de faire quelques contractions. Cet état d’engourdissement s'est maintenu près d’une année, car plusieurs chenilles déposées en août 1835 dans la tige de Sureau, et non mangées par les larves, furent trouvées encore vivantes et anesthésiées en juin 1836.

On est aisément frappé, au point de vue de la biologie, du parallélisme qui se présente, dans deux tribus fort distinctes, entre les Osmies et les Odynères, ces insectes tantôt creusant la terre, tantôt les tiges végétales sèches, et se servant, les uns comme les autres, de mortier agglutiné par leur salive pour façonner les cellules où leurs larves reçoivent une alimentation fort différente.

Nous ferons remarquer, comme caractère anatomique interne, que les Odynères ont six ganglions nerveux abdominaux simples (Ed. Brandt).

Plusieurs travaux spéciaux sont à consulter pour le grand genre des Odynères. Ainsi, Shuckard, Description of a new British Wasp, with an Account of its developement (Magaz. Natur. History, by Uharlesworth, London, 1837, t. 1, p. 490). Dans ce mémoire se trouve spécifié, pour la première fois, O. lœvipes. — Kennedy, Observations upon the Economy of several species of Hymenoptera, etc. (London and Edinburgh philos. Magaz. and Journal of sc.,t. XI, p. 14: nid des Odynerus quadratus (parielum) et bidens (bidentatus, London, 1838). — Menzel, Bemerkungen zur Entiwicklungsgeschichte einiger Hymenopteren (Mittheilungen der naturforschenden Gesellschaft in Zürich, Heft, 1848, €. Il, p. 98). Ce mémoire traite des mœurs des Odynères. — Wesmael, Monographie des Odynères de la Belgique, Bruxelles, 1833 , br. in-8°, avec deux supplém. ( Bulletin de l'Acad. de Bruxelles, 1836 et 1837).

A côté du genre Odynerus se place le genre Pterochilus, Klug, offrant les antennes en massue très-allongée, celles des mâles munies d’un crochet terminal; les yeux ne couvrant pas entièrement les côtés de la tête; les mandibules commet ordues sur elles-mêmes, larges, très-tranchantes, aiguës et arquées, ce qui les empêche de former bec par leur croisement en ciseaux, munies du côté externe d’une rangée de longs poils; la lèvre très-longue, grêle et linéaire, très-dépassée par de gros et longs palpes comprimés, de trois articles ; le corselet carré, anguleux en avant; les ailes antérieures à cellule radiale très-courte, et appendiculée, la seconde cubitale recevant la nervure récurrente presque à

PTEROCHILUS, ALASTOR. 909

l'angle postérieur ; l'abdomen ovale, à premier segment campanulé ou en pétiole. Le type de ce genre est une petite espèce de France, se trouvant dans les grands bois des environs de Paris, d'Allemagne, de Suède, le P. phaleratus, Panzer, de 6 à 8 millim., noir, brillant, presque glabre, d’une stature assez épaisse, à antennes noires, la tête et le thorax avec des taches d’un jaune pâle, les pattes rousses, noires à la base, l’abdomen avec des bandes sinueuses d'un jaune blanchâtre. Il y a deux autres espèces en France, et en tout une vingtaine d'espèces de Pterochilus, les autres de Suisse, de Crimée, de Russie méridionale, d’Algérie, d'Asie Mineure, du Cap, du Chili, des États-Unis.

Un autre genre détaché des Odynerus est le genre Alastor, L. Si-F., à mandibules aiguës, armées de dents latérales, les mâchoires grosses, avec le galea et le palpe de six articles plus courts que la partie basilaire, la lèvre comme chez les Odynerus, la seconde cellule cubitale de l'aile pédonculée, recevant les deux nervures récurrentes, l'abdomen d'aspect sessile. L'espèce que nous citerons est l'A. Atropos, L. S'-F., noir, à métathorax anguleux, la bordure du thorax, l’écaille et la bordure des segments de l'abdomen jaunes, les ailes transparentes; de France, des environs de Paris et des Landes; d'Egypte, d'Algérie, (H. Lucas). Les autres espèces sont d'Australie, de Tasmanie, du Chili et du Brésil ; en tout, une vingtaine.

On devra consulter, pour la famille des Euménides : H. de Saussure, Supplément à la Monographie des Guépes solitaires ou de la tribu des Euméniens (notre famille des Euménides). Genève et Paris, 1854. — C. G. Thomson, Hymen. Scandin., t. II (genre Vespa, Linn.), p. 30 et suiv. — Fr. Smith, Descriptions of some new and apparently undescribed species of Hymenopterous Insects from North China, collected by Robert Fortune (Trans. Soc. Entom. London, 1852-55, t. Il, p. 33). Outre d’autres tribus, ce mémoire contient des Vespiens et des Euménides. — Saunders, On the habits of some Indian Insects (Trans. Entom. Soc. of London, 1834, t. I, p. 60 : genre Æumienes, p. 62).

Note sur ie genre Æumenes. — Comme nous l'avons dit, M. Fabre a observé près d'Avignon (Ann. sc. natur., 3° sér., 1855, IV, p. 149) les nids de l'Eumenes dimidiatus où Amedæi. Hs sont bâtis au mois de septembre sur les rochers exposés au soleil et sur les murailles. Tantôt isolées, tantôt accolées l’une à l’autre au nombre de deux ou trois, les cellules ont la forme d’une calotte sphérique, surmontée d'une sorte de petite cavité cylindrique de 2 millim. de hauteur. Le fond en est formé par la surface même de la pierre qui leur sert de base; mais ses parois sont maconnées avec de la terre pétrie. L'intérieur de ces constructions, sans être poli avec soin, ne présente rien de raboteux, tandis que l’extérieur, au contraire, est revêlu de gravier grossier et même de coquilles vides de petits Heliæ. À mesure que l'Hyménoptère a maçonné une cellule, il l'approvisionne d’une dizaine de chenilles vertes non déterminées, probablement de Phalénides, en somnolence seulement,

mais jouissant de tous leurs mouvements. Puis, sans détruire la cheminée, comme l'a écrit à tort M. E. Blanchard, il la bouche avec un tampon de mortier.

MASARIDES.

Antennes de forme variable, passant d'un fil cylindrique à la massue la plus renflée, composées, dans les deux sexes, de douze articles distincts, dont les cinq derniers ont une tendance à se souder pour former une massue; celles des mâles souvent très-distinctement articulées. Yeux non échancrés ou peu échancrés. Mandibules variables, mousses et tronquées obliquement à l'extrémité, ou arquées ct trèsaiguës. Mâchoires variables, leur palpe ayant, dans plusieurs genres, une tendance à s’atrophier; lèvre variable, souvent extensible, avec palpes labiaux de quatre articles. Thorax variable, offrant un écusson subtriangulaire, à pointe mousse prolongée postérieurement, saillant au milieu, recouvrant un poslécusson en lame très-mince, ne laissant voir que sa tranche, qui suit les bords de l'écusson (superposition analogue, avec formes différentes, à ce qui a lieu dans les Vespiens du genre Vectarinia). Ailes supérieures pliées longitudinalement, cette plicature, peu marquée et pouvant disparaitre, offrant deux cellules cubi- (ales complètes. Pattes souvent garnies de poils et de cils roides, surtout les antérieures. Jambes antérieures ayant à leur extrémité inférieure et interne une épine styloïde, les moyennes en offrant deux, les posté rieures deux aussi, l'une en stylet, l’autre recourbée en sabre. Crochets des tarses unidentés, la dent pouvant devenir très-pelite, au point de se confondre avec l'angle basilaire. Abdomen variable, d'aspect subsessile, c'est-à-dire n'étant jamais porté sur un long pétiole, parfois à segments à demi-rétractiles à partir du 3° (Ceramius), parfois au contraire convexe en dessus et plat ou même concave en dessous, de sorte que l’action des muscles ventraux recourbe l'abdomen en dessous, l'anus pouvant même se placer sous le sternum, à la façon des Chrysidiens (Celonites, Masaris); segment anal souvent bituberculé, parfois découpé et dentelé.

Les Masarides sont des Guêpes anomales, mais qu'on ne peut séparer des tribus qui constituent les Diploptères, Le caractère important de deux cellules cubitales seulement aux ailes supérieures n'empêche pas une réunion conforme à l'aspect général et à la coloration, M. Fr. Smith fait remarquer que, ainsi que chez les Vespiens et les Éuménides, le prothorax est toujours prolongé en arrière de la base des premières ailes.

La plupart des espèces connues appartiennent à l'Europe méridionale, à l'Espagne, à l'Algérie, à l'Égypte. Le cap de Bonne-Espérance présente un assez grand nombre d'espèces. Le genre Trimeria, Sauss., est fondé sur une espèce du Brésil (Campos-Geraes). Un genre, composé d'une

MASARIS. 911.

dizaine d'espèces, est spécial à l'Australie et à la Tasmanie : c’est le genre Paragia, Shuckard, qui a l'aspect des Odynères, avec les segments abdominaux rélractiles; un chaperon allongé, prolongé devant les mandibules et tronqué droit au bout, fort différent de celui des Guêpes sociales. Ces espèces ont les yeux ovales ou très-légèrement émarginés, et les ailes supérieures ne sont pas ou à peine pliées au repos. La nervation des ailes à deux cellules cubitales seulement, les deux écussons superposés au thorax, les antennes au nombre de douze articles dans les deux sexes, ne permettent pas de séparer ce genre aberrant des Masarides pour en faire une tribu à part.

On connaît encore très-peu les mœurs des Masarides, car ce sont des Hyménoptères rares, principalement du midi de l’Europe et de l'Algérie, pays peu explorés par les entomologistes. On est tenté de les supposer parasites des nids des Hyménoptères, ce qui semble prouvé pour les Celonites ; mais les cils des pattes et la longue langue de certains paraissent au contraire propres à des nidifiants, comme cela a lieu probablement pour le genre Ceramius. Les exemples des genres Ceratina, Prosopis, Sphecodes, etc., montrent combien il faut se garder, à ce sujet, d’inductions basées sur les seules considérations de l'anatomie externe. Il faut espérer que l'existence de plusieurs espèces de Masarides dans l'extrême midi de la France encouragera les amateurs à faire des observations biologiques encore si incomplètes.

GENRES PRINCIPAUX

MASARIS, Fabr. — Chaperon largement échancré. Antennes des mâles plus longues que la tèle et le thorax réunis, composées de huit articles disuincets, le huitième grand, en forme de bouton elliptique résultant de la soudure de cinq articles, courtes chez les femelles, en massue arquée à articles indistincts, surtout vers le bout, Labre semi-cireulaire, cilié; mandibules courtes, mousses, à peine dentées ; màâchoires à galea court, à palpes maxillaires tout à fait rudimentaires, ayant la forme d’un tubercule, triarticulés; lèvre comme dans le genre Celonites, le menton fortement échancré par une lame membranense, la languette bifide, les palpes labiaux très-courts, de quatre articles. Thorax en rectangle allongé ; métathorax plat ou concave; le bout de la radiale de l'aile supérieure fortement écarté de la côte, la seconde cubitale très-large. Abdomeñ déprimé, fortement articulé; la base de tous les segments rétrécie, les anneaux ne pouvant, pour cette raison, rentrer les uns dans les autres.

Le type du genre Masaris est une espèce d'Égypte et du nord de l’Afrique, rapportée par Desfontaines, non retrouvée en Algérie par M, H. Lucas, et figurée dans les planches de l'ouvrage célèbre sur l'expédition d'Égypte. C'est un insecte noir à ocelles en triangle équilatéral, fortement taché de jaune pâle chez le mâle, l'écaille jaune, les ailes transparentes, les pattes jaunes, les segments de l'abdomen bordés

912 HYMÉNOPTÈERES.

postérieurement de jaune. Chez la femelle, les parties colorées sont d'un rouge ferrugineux et les ailes enfumées. L'’abdomen, convexe en dessus, presque plat en dessous, où il est noir, se recourbe en dessous, comme chez les Celonites, de manière à ramener l'anus en avant. Une seconde espèce du Cap.

CELOKNITES, Latr. — Chaperon transversal, échancré en demi-cercle à son bord antérieur. Antennes, dans les deux sexes, de sept articles distincts et terminés par des massues globuleuses de cinq articles soudés, la massue des mâles portant en dessous des organes cupuliformes, le scape ou premier article gros et sphéroïde, aussi large que long (1), 2 globuleux presque aussi gros que le premier, 3 long et cylindrique. Labre grand, semi-circulaire, fortement cilié; mandibules assez courtes et assez aiguës, dentées au bout; mâchoires à galea courts et palpes maxillaires rudimentaires, de trois ariicles; lèvre à menton échancré par une grande lame membraneuse, à languette extensible, longue et composée de deux lanières, les palpes labiaux très-courts, quadriarticulés. Corselet déprimé, plus large au métathorax qu'au prothorax, le métathorax comprimé en un biseau transversal qui se termine de chaque côté par un angle tranchant; radiale de l'aile antérieure ovale et courte, ayant un petit appendice; crochets des tarses unidentés. Abdomen convexe en dessus, concave en dessous, ses bords latéraux très-tranchants, le premier segment le plus large, le dernier denté chez les mâles,

Le genre Celonites se compose de quatre espèces dont la principale est C. abbreviatus , de Villers (syn. apiformis , Panzer et la plupart des auteurs), du midi de ia France et de l'Allemagne, de Suisse, d'Italie, d'Algérie (H. Lucas).

Nous représentons cette espèce fig. 4, pl. LxxIT : 1 «, antenne grossie, vue en dessous; 1 b, idem, en dessus; 4 c, labre ; 1 d, mâchoire avec palpe maxillaire; 1 e et 1 f, mandibules ; 4 g, h, à, lèvre inférieure avec la languette plus ou moins contractée et les palpes labiaux.

Cet Hyménoptère; long de 7 à 8 millim., est trapu et large. L'abdomen, déprimé, beaucoup plus large que haut, se recourbe fortement en dessous, étant convexe en dessus, un peu concave en dessous. Le fond du corps est noir, finement rugueux; le chaperon taché de jaune éhez la femelle ; le labre, les mandibules, les antennes ferrugineuses, celles-ci avec le premier article noir. Le prothorax est jaune, portant de chaque côté une tache noire arquée. L’écaille, le bout de l’écusson, les angles du métathorax sont jaunes; les segments de l'abdomen sont bordés de jaune un peu festonné; l'anus noir, ainsi que le dessous de l'abdomen; les pattes d’un jaune ferrugineux, avec les hanches et la base des cuisses noires, les ailes enfumées. Le mâle a le chaperon peu

(1) Exception aux autres Diploptères, où le scape est toujours cylindrique et allongé et le second article très-petit,

CERAMIUS. 913

échancré, jaune, ainsi que le labre; l’abdomen jaunâtre en dessous et l'anus quadridenté. D’après M. Marquet, on capture cette espèce sur le sommet de la montagne de Cette, butinant sur les fleurs des Labiées. Une autre espèce d'Égypte et d'Algérie, aux environs d'Oran, est le C. Fischeri, Spinola (syn.: afer, L. St-F.), ressemblant au précédent, plus grand et plus ponctué, ayant, chez le mâle, le lobe médian du segment anal bituberculeux, avec l’échancrure intermédiaire très-obtuse, tandis que, dans C. abbreviatus, ce lobe est biépineux. Les formes et la disposition des couleurs sont pareilles, avec des ornements non pas jaunes, mais roux orangé, variés de blanc orangé, et les ailes fortement enfumées, avec un glacis violet. Dours a observé en Algérie les mœurs du C. Fischeri et du Jugurthia Oraniensis. Ces insectes se plaisent dans les localités exposées au soleil, sur les collines rocailleuses, sur les falaises brûlées; leur vol est rapide et soutenu. Is demeurent très-longtemps en vol stationnaire, les ailes vibrantes, se posant de loin en loin sur les fleurs des Synanthérées, qui sont presque les seules des régions qu'ils affectionnent. On les prend aussi sur les fleurs des Buphihalmum, et ordinairement au voisinage des Eryngium capitatum, dont les feuilles desséchées masquent et ombragent les trous qui sont creusés dans le sol par Scolia bifasciata. On voit souvent les deux espèces de Musarides se jouer autour des orifices extérieurs de ces trous, y entrer et en sortir tour à tour. Des coques nymphales de Scolia bifasciata, prises en septembre dans les trous, donnèrent en juin de l’année suivante plusieurs exemplaires de Celonites Fischeri, indiquant que cette espèce s'était développée aux dépens des larves de Scolie. Deux autres espèces de Celonites, une d'Égypte, l’autre de l'ile de Chypre.

M. de Saussure a détaché des Celonites le genre Jugurthia pour deux espèces algériennes, genre faisant le passage des Celonites aux Ceramius. Chez les Jugurthia, le scape, ou premier article des antennes, est le plus grand de tous, ainsi que chez les autres Diploptères. L’abdomen est cylindroïde, convexe en dessous, tandis que chez les Celonites l'anus peut venir se loger contre le sternum.

CERAMIUS, Latr., Klug. — Chaperon variable, mais offrant toujours dans les mâles, de chaque côté, une pièce allongée et aiguë qui correspond à la base des mandibules. Tête grosse, postérieurement concave ; yeux peu ou pas échancrés, Antennes de la longueur de la tète dans la femelle, presque filiformes, en massue frès-allongée, les derniers articles parfois peu distincts; ces antennes variables chez lesmäles, soit semblables à celles des femelles, soit longues, à articles très-distincts, mais (oujours moins longues que la tête et le thorax pris ensemble, et n'ayant jamais alors la forme de massue, le second article déprimé. Labre petit, en forme de languette ; mandibules variables, ou tronquées obliquement à l'extrémité et munies de dents mousses Lerminales, ou terminées en pointe et portant des dents le long de leur bord interne; màächoires courtes, à palpes GIRARD, II, — 98

maxillaires rudimentaires, très-courts, quadriarliculés; lèvre très-courte, avec menton gros, non échancré à sa base par une lame membraneuse, la languette très-courte, formée de deux lanières centrales et de deux lobes latéraux peu visibles, tous ayant au bout des points cornés ; les palpes labiaux de quatre articles. Corselet variable, à prothorax arrondi, convexe en avant, l’écusson comme chez les Celonites, recouvrant le postécusson, ayant au milieu un trapèze saillant, et se prolongeant en une lame qui forme l’écaille de l’aile inférieure. Ailes supérieures avec la radiale parfois écartée du bord. Jambes antérieures garnies de poils serrés formant des brosses à la façon des Fouisseurs; crochets dentés ou paraissant simples. Abdomen d’aspect variable, déprimé, lessegments en général fixes, non rétractiles, le troisième le plus large.

Le genre Ceramius, ainsi nommé par Latreille, avait d'abord reçu de Klug le nom de Gnatho; plus tard, cet auteur adopta le terme de Latreille, et fit connaître plusieurs espèces dans ses Entomologische Monographien (Berlin, 1824, 4 vol. in-8°). On compte une quinzaine d'espèces de Ceramius, la plupart du Cap, et deux du midi de la France. L'une d’elles est le C. fonscolombi, Klug (pl. rxx1t, fig. 2, mâle, long de 14 mill.). Les mandibules de cette espèce, outre des dents mousses, se terminent par deux dents très-longues et très-aiguës. La tète du mâle est noire, avec les mandibules, le chaperon, les bords des yeux, jaunes, les antennes à scape jaune en avant, noirâtres en dessus, ferrugineuses en dessous ; le corselet noir, avec taches et lignes jaunes, les écailles ferrugineuses ou jaunes; les ailes transparentes, un peu enfumées au bout, à nervures et stigma ferrugineux ; lespattes jaunes en dessus, ferrugineuses en dessous ; une tache jaune de chaque côté du premier segment de l'abdomen, les autres segments ornés d'une bordure jaune biéchancrée ; l'anus avec une tache jaune. Chez la femelle, le chaperon est noir, jaune au bout; les mandibules noires, bordées de jaune; les deux ou trois premiers articles des antennes ferrugineux; les ornements jaunes de tout le corps plus étendus que chez le mâle. Celui-ci présente la tête, le corselet et le premier segment de l'abdomen finement ponctués et couverts d’un duvet de poils ferrugineux. Cette espèce est de l'Europe méridionale et découverte en Provence par Boyer de Fonscolombe, qui donne quelques détails trop succincts sur ses mœurs. « Cet insecte est rare. Je l'ai trouvé autour des mares d’eau, où il venait prendre de la terre délayée, ou bien entrait dans des trous cylindriques creusés par lui dans une rive peu élevée. Ces trous, où l’insecte va déposer ses œufs et pratiquer un nid pour ses petits, sont précédés d'une galerie recourbée en bas, qui ehtoure l’orifice du trou. Cette galerie, qui les fait aisément reconnaître; est forméeirrégulièrement, et en partie presque à claire-voie, des parcelles de terre que l'insecte détache du nid en le creusant, ou qu'il apporte du dehors... La ponte finie, la galerie est détruite promptement, et sans doute par la mère elle-même, car, peu de temps après, on

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