ORTHOPTÈRES. — DEUXIÈME SECTION
SAUTEURS (SALTATOKIAi
Les Orthoptères qui rentrent dans la section des sauteurs iSaltatoria] ont les cuisses de la paire postérieure beaucoup plus grandes que celles des autres paires, ce qui leur donne la faculté de sauter. Les mâles produisent un bruit aigu ou une espèce de stridulation par des moyens divers. La plupart des femelles déposent leurs œufs en terre et sont trèsfécondes ; quelques-unes même le sont au point de devenir un véritable fléau.
La section des sauteurs comprend trois familles : les Locustieus , les Grvlliens et les Acridiens.
Les espèces qui rentrent dans cette famille offrent pour caractères distinctifs d'avoir les palpes internes et les mâchoires très-larges ; les palpes maxillaires de cinq articles, les labiales de trois; la languette quadrifide; les antennes sétacées.
Ces insectes sont essentiellement sauteurs ; de là le nom de Sauterelles qu'on leur donne vulgairement. La grande disproportion de leurs pattes postérieures avec celles de devant et du milieu leur permet ditîicilement de marcher; c'est par des sauts réitérés que ces Orthoptères progressent; ils s'aident souvent de leurs ailes, qui sont très-développées. Les cuisses des pattes postérieures sont renflées à la base par des muscles puissants. Ils communiquent leur action aux jambes, qui sont très-longues et qui, s'appuyant seulement sur les épines par la contraction des muscles des
3o ORDRE DES ORTHOPTÈRES.
cuisses, donnent aux pattes un mouvement élastique qui porte le corps en l'air.
Tous les Locustiens ont le corps allongé, assez épais; les pattes plus ou moins garnies d'épines ; des antennes longues, très-fines. Ce qu'il y a de plus remarquable chez ces Orthoptères, c'est la tarière dont sont pourvues les femelles, et qui consiste en deux lames cornées, rapprochées l'une de l'autre en forme d'étui pendant le repos, mais s'écartant lors de l'émission des œufs. Cet oviducte, ordinairement un peu courbé, et que l'on a comparé à un sabre, est destiné à pénétrer dans la terre où la femelle doit déposer ses œufs.
Les Locustiens mâles ont la faculté de produire un chant ou plutôt une sorte de stridulation, pour appeler leurs femelles. Ce son est produit par le frottement des élytres l'un contre l'autre. A la base des étuis existe une membrane transparente, à laquelle on a donné le nom de miroir, et qui est traversée et entourée par quelques nervures très-saillantes et trèsdures; c'est le frottement contre ces nervures qui produit ce son aigu propre aux Orthoptères de cette famille.
Les Locustiens sont répandus dans toutes les parties du globe. Quelques espèces sont très-communes ; mais elles n'atteignent jamais cette multiplication prodigieuse qui rend certaines espèces d'Acridiens si redoutables.
Ces Orthoptères ne vivent que de végétaux; ils se tiennent au milieu des champs ou sur les branches d'arbres. Ce n'est que dans les derniers mois de l'été et l'automne que l'on trouve l'insecte parfait ; jusque-là on n'en rencontre que les larves, puis les nymphes, qui ne dillèrent d'ailleurs de l'état parfait que par l'absence des ailes.
La famille des Locustiens est divisée en cinq tribus, subdivisées ellesmêmes en un grand nombre de genres.
La première, celle des Prochilidcs^ ne renferme qu'un seul genre, Prochilus, et une seule espèce, Prochilus australis de la Nouvelle-Hollande, qui, par son corps extrêmement grêle, ses ailes étroites, sa tête un peu avancée en museau, rappelle encore l'aspect général de certains Phasmiens.
La seconde tribu, celle des Ptérochro-ides^ se distingue par ses antennes insérées sur le front et sa tète à sommet conique. Les genres qui s'y rattachent sont propres aux parties les plus chaudes du globe. Le genre Pterochro^a , caractérisé par son sternum étroit, bidenté, et par ses antennes épaisses, renferme de grands et beaux insectes de l'Amérique équatoriale, aux élytres larges, aux ailes étendues et ornées de couleurs vives et variées. Nous figurons ici aux deux tiers de sa grandeur l'un des
PiG. 19. — Fterochroza ocellala.
plus remarquables, le Pterochvo-a occllata de Cayenne (fig. 19). Son corps est brunâtre, son corselet fauve, ses antennes longues et épaisses. Les élytres, d'un brun rougeàtre, imitent assez bien une feuille sèche, avec les nervures plus claires et parsemées de taches irrégulières, tantôt plus claires, tantôt plus foncées que le fond. Les ailes sont réticulées par une quantité de petites lignes brunes transversales, très-rapprochées les unes des autres ; l'extrémité seule est rougeàtre et ornée d'un œil noirâtre portant au côté externe deux petits croissants blancs.
ORDRE DES ORTHOPTÈRES
Les Pseudnphyllcs des Indes orientales se distinguent par un sternum fort large et des antennes grêles : Pseudophyllus ncriifolius de Java.
Les Acanthodis ont la tète tuberculée , des antennes grêles , plus longues que le corps; le sternum large et les élytres fort étroits. Le type de ce genre est V Acanthodis aqiiilina de l'Amérique méridionale. Il a 8 centimètres de longueur et 14 centimètres d'envergure ] il est gris tacheté de brun.
Un insecte fort singulier qui se rattache à ce genre, V Acanthodis imperialis, PI. III, a été pris à Silhet dans l'Hindoustan. Son corselet est garni de plaques épineuses; son abdomen, très-recourhé, est armé d'un fort aiguillon de chaque côté de l'oviducte, qui est court, épais et redressé comme une griffe de lion. Ses cuisses et ses jambes sont garnies d'épines nom-
r.rl,-rn Ihi^lrh- (voy. pa
breuses, et les cuisses de la première paire portent une large membrane déchiquetée sur ses bords. Les élytres, d'un jaune brunâtre, ressemblent à deux feuilles sèches déchirées au côté interne; la ressemblance est rendue encore plus frappante par de petites taches d'un blanc grisâtre représentant les petits amas de mucédinées si communs sur les feuilles mortes. Les ailes sont de couleur sombre, à l'exception d'une large bande au bord extérieur, qui est de la couleur des élytres.
La tribu des Lociistides est la plus nombreuse de la famille, à laquelle elle a donné son nom; ses espèces ont été réparties dans un assez grand
nombre de genres, dont les caractères communs sont d'avoir les antennes insérées au sommet du front et les palpes peu longues.
Les Phanéroptères sont tous étrangers à l'Europe ; ils ont le sternum creusé au milieu , le corselet non prolongé en arrière , les ailes plus longues que les éiytres, les antennes grêles. La plupart habitent l'Amérique méridionale; leur couleur est vert tendre (fig. 20, voy. p. 32).
Les Scaphitra se distinguent surtout des précédents par les antennes dont les premiers articles sont très-épais , souvent velus ; le prosternum
est bidenté ; les ailes dépassent les éiytres. A ce genre appartient la Locuste feuille de lis, propre aux parties méridionales de l'Europe. Cette espèce, longue de 20 à 22 millimètres, est entièrement verte; ses ailes sont diaphanes. La femelle porte une tarière très-courte, large et recourbée en haut.
Le genre Locusta proprement dit ou Sauterelle comprend les espèces à front tubercule entre les antennes, à sternum mutique et à éiytres plus longs que les ailes. Le type du genre est la grande Sauterelle verte [Locusta vividissiuia) [fig. 21], dont le corps et les éiytres sont entièrement
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verts ; l'abdomen offre une ligne longitudinale brunâtre ; la femelle porte une tarière longue et droite, que l'on appelle le sabre. Cet insecte est fort commun aux environs de Paris, où on lui donne à tort le nom de Cigale , qui appartient à un autre insecte chanteur de l'ordre des Hémiptères, et dont nous parlerons plus loin. On rencontre la grande Sauterelle verte sur les arbres pendant le jour et plus ordinairement dans les champs , le soir; c'est alors que le mâle fait entendre son chant aigu et sonore. Il est facile à distinguer de la femelle : ses ailes ont de fortes nervures , et il est dépourvu de sabre. C'est à l'aide de ce sabre ou oviducte que la femelle dépose dans un terrain meuble , qu'elle puisse traverser, six ou huit œufs allongés et blanchâtres, d'où sortent, au printemps suivant, de jolies petites Sauterelles dépourvues d'ailes, mais à cela près déjà ressemblantes à leur mère. Les grosses Sauterelles sont formidablement armées de larges mandibules dentées; elles mordent très-fort et ne lâchent plus lorsqu'elles sont irritées. Si on leur présente le bord d'un chapeau ou d'un vêtement de drap, elles le mordent si serré que la tête reste attachée après, lorsqu'on les retire brusquement.
Le genre Decticus se distingue du précédent par sa tête sans tubercules, plus large; les élytres, un peu plus longs que les ailes, ont un large miroir dans les mâles. Le type du genre est la Sauterelle ronge-verrue {Decticus verrucivonis) , ainsi nommée parce que les paysans de la Suède, suivant Linné, croyaient que le liquide noir qu'elle rend par la bouclie, lorsqu'elle est irritée, fait disparaître les verrues qui poussent sur les mains. Cet insecte, d'un tiers plus petit que la Sauterelle verte, est encore plus commun dans notre pays. Il est verdâtre , avec la tête et les pattes rosées ; les élytres sont roussâtres et otïrent trois séries longitudinales de taches brunes.
Dans notre planche III est représenté un fort beauLocustien qui vient des îles Sandwich, c'est VAcridoxena havaiiana. Sa couleur générale est le vert avec une teinte jaunâtre; la tète est beaucoup plus foncée et paraît presque noire. Les élytres sont d'un brun rougeâtre rayé de noir et tacheté de jaune. Les ailes sont très-étendues, arrondies comme un éventail ouvert et marquées dans chaque pli d'une quantité de petits traits blancs régulièrement espacés.
Le genre Acrifi'-a a pour caractères: tcle lisse; sternum mutique ; J /
Fia. 22. — Acripe:a rrlirulata (f.
élytres et ailes longs dans les mâles ; élytres courts, larges et
dans les femelles. Ce genre est l'un
des plus singuliers de la famille des
Locustiens par la grande dissemblance
qui existe entre les deux sexes, comme
le font voir les deux figures 22 et 23
que nous donnons ici de VAcripe^^a
reticulata. Chez cet Orthoptère, qui
n'est pas rare à la Tasmanie, on
trouve des ailes grandes, parfaitement
développées, et un corps élancé chez
le mâle, absolument comme dans nos
vraies Sauterelles. La femelle, au
contraire, est toute ramassée, et ses
élytres sont courts, larges, bombés
et recourbés latéralement de manière
à envelopper l'abdomen, et, de plus,
il n'existe point d'ailes sous les élytres. Aussi, dans les Acripeza,
bombés
VlQ. 2.3. — -If
■lirnlalii Ç .
le maie
ORDRE DES ORTHOPTÈRES
seul peut voler; la femelle ne peut point évidemment se servir de ses élytres pour cet usage.
On a créé le genre Barbitistes pour de petits Locustiens du midi de l'Europe dont les élytres et les ailes demeurent toujours à l'état rudimentaire. Le groupe ou la tribu des Bradyporides comprend les espèces dont les antennes sont insérées au milieu du front, sous les yeux. Elles sont réparties dans un petit nombre de genres. Tels sont les Ephippigeva, dont le type, l'Éphippigère de la vigne {Ephippigeva vitiinn), se rencontre
en automne assez communément dans les vignes des environs de Paris. Elle est longue de 22 à 25 millimètres, d'un cendré jaunâtre mêlé de vert ; le corselet, très-élevé par derrière , figure une selle [cphippium) . Les élytres et les ailes sont rudimentaires.
Les Ephippigera sont très-singuliers parla conformation des organes du vol ; les élytres mêmes sont to- ^^^ talement nuls et les ailes sont réduites à de simples écailles voù- <L tées qui , par leur frottement Tune contre l'autre, produisent une assez Fio. 21. - n,„^,n,on,s oniscus. f^^^g stridulatlou .
Les Bradyporiis qui donnent leur nom à la tribu se distinguent par leur thorax large et plan ; leurs élytres rudimentaires dans les milles , tout à fait nuls dans les femelles. Leurs pattes épaissies, leurs cuisses à peine renflées, sont un indice de leur démarche lourde et lente. Le Bradypore à pattes velues [Bradyporus dasypiis) est commun dans tout l'Orient.
'Le. Bradyporus Oniscus, que nous figurons ici (fig. 24), est un singulier insecte qui habite les parties les plus chaudes de l'Europe, surtout la Grèce et la Turquie. C'est, comme on le voit, un insecte de forte taille, et on le
prendrait plutôt pour une larve que pour un insecte parfait. En effet, il est privé d'ailes dans les deux sexes ; mais la femelle diffère du mâle par loviducte en forme de sabre court qu'elle porte à l'extrémité de l'abdomen. Tous deux sont d'un vert gai tacheté de noir.
La cinquième et dernière tribu de la famille des Locustiens est celle des Gryllacrides, qui ont les antennes insérées au sommet du front et les palpes maxillaires très-grandes. Les Gryllacris, qui donnent leur nom à la tribu, sont des Orthoptères de l'Inde, à pattes robustes et à antennes trois ou quatre fois aussi longues que le corps. Comme leur nom l'indique, ces Locustiens ont déjà de grands rapports avec certains Grylliens.
ORDRE DES ORTHOPTÈRES
FAMILLE DES GRYLLIENS
Bien qu'au premier coup d'œil les Acridiens paraissent plus voisins des Locustiens par leur aspect général que les Grylliens, ces derniers s'en rapprochent cependant bien davantage par leurs caractères. Ils ont, comme eux, les antennes sétacées, extrêmement longues et déliées, les cuisses postérieures renflées et propres au saut. Mais leurs tarses n'ont que trois articles; leur abdomen est terminé par deux paires d'appendices uni-articulés, et muni dans les femelles d'une longue et frêle tarière.
Les Grylliens ont, en général, le corps beaucoup plus court, plus ramassé et plus élargi que les Locustiens et les Acridiens; leurs élytres et leurs ailes sont horizontaux, et ces dernières forment dans le repos des espèces de lanières dépassant les élytres et souvent l'abdomen.
On divise la famille des Grylliens en trois groupes ou tribus caractérisés par la forme des pattes antérieures.
Dans la tribu des Gryllides, les pattes antérieures sont simples. Le genre Grylliis renferme de nombreuses espèces, qui se distinguent à leur corps gros et égal dans toutes ses parties , à leur tête globuleuse à face bombée, à leurs yeux petits, rejetés sur les côtés. Leur corselet est carré; leur abdomen membraneux est terminé par quatre filets inarticulés, du milieu desquels sort la tarière dans les femelles. Leurs pattes postérieures sont assez courtes, mais robustes; tous leurs tarses ont trois articles. Leurs élytres sont courts, différemment réticulés dans les mâles et les femelles; dans les premiers, le frottement de ces élytres l'un contre l'autre produit cette stridulation aiguë que l'on entend souvent dans les champs pendant l'été, et quelquefois aussi dans les maisons, principalement dans les boulangeries et les cuisines des campagnes. Ce chant monotone leur a fait donner le nom de cricri.
On connaît plusieurs espèces de Grillons, mais les mœurs des deux espèces les plus communes ont été principalement étudiées. La première
X p. METCALF
FAMILLE DES GRYLLIENS.
est le Grillon des champs {Grylliis campes/ris) [fig. 25 et 26], long de 22 à 25 millimètres; il est d'un brun foncé avec la base des clytres jaunâtre et les cuisses postérieures tachetées de rouge sanguin. Dans cette espèce, les ailes sont plus courtes que les élytres.
Cet insecte creuse dans les terrains secs , exposés au soleil , un trou oblique^ peu profond, où il fait sa demeure; il se tient habituellement à l'entrée pour se chauffer au soleil, et n'en sort tout à fait que pour chercher sa nourriture, qui consiste en insectes. Les larves vivent de même comme
Fig. 25 et 2G. — GrijUus canq^esCris femelle (à droite) et nymphe.
la nymphe. Parvenus à l'état adulte, les mâles font entendre, le soir et toute la nuit, leur cri aigu, qui finit par étourdir quand ils sont nombreux. Ils ne sortent guère de leur trou que le soir; mais on les en fait sortir facilement en y introduisant un brin de paille. Les anciens connaissaient ce moyen de s'en emparer, et de là vient leur proverbe : stultior Gryllo (plus sot qu'un Grillon).
En juillet ou août, la femelle du Grillon champêtre pond près de 3oo œufs dans sa grotte. Les jeunes en éclosent au bout de quinze jours et se nourrissent des herbes les plus fines ou de leurs racines. A l'approche des froids, ils se renferment dans leur trou et y restent engourdis jusqu'au
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printemps suivant, lis se changent alors en nymphes^ mais ils sont encore dépourvus de l'instrument de leur chant, c'est-à-dire de leurs élytres , qu'ils n'obtiennent qu'en juin ou juillet, après leur dernière mue, et lorsqu'ils sont devenus aptes à reproduire leur espèce. A cette époque, le mâle cherche une compagne et s'efforce de l'attirer par ses chants. 11 s'arrête devant la demeure d'une femelle, lui donne une aubade, et lorsque celle-ci lui laisse vainement débiter sa chanson, il va chercher fortune ailleurs. Mais alors il lui arrive souvent de trouver des rivaux également en quête d'une épouse. A l'aspect l'un de l'autre , les deux champions frémissent de colère et s'élancent, entrechoquant leurs grosses têtes comme deux béliers, s'arrachant à belles dents les ailes et les pattes, et ne cessant la lutte que lorsqu'ils ont mis leur adversaire hors de combat. Comme conclusion, le vainqueur dévore toujours le vaincu. Parfois il arrive que la dame sort de son trou et vient prendre part au festin; mais d'autres fois il arrive aussi qu'elle tombe sur le vainqueur et le croque à son tour.
La seconde espèce, le Grillon domestique [Grylhis domesticus)^ est plus petit que le précédent, d'un gris jaunâtre ; les ailes sont chez lui plus longues que les élytres. Moins commun que le Grillon des champs, celui-ci fréquente surtout les boulangeries et les cuisines, où il trouve la chaleur qu'il recherche, car, bien qu'il habite nos contrées depuis un temps immémorial, il est originaire des régions chaudes de l'Asie. Ce n'est que la nuit que les Grillons domestiques sortent des recoins où ils se cachent pendant le jour; ils se répandent alors de tous côtés et font entendre leur chant monotone. Au moyen de sa tarière creuse, la femelle dépose ses œufs dans des plâtras ou dans la terre. 11 en sort, au bout de dix à douze jours, de petits êtres assez ressemblants à leur mère , mais privés d'ailes; ils ne possèdent ces organes qu'après la quatrième mue. On est quelquefois très-étonné de rencontrer des Grillons tout blancs; c'est leur cas aussitôt après chaque mue; mais leur couleur fonce rapidement. A l'état d'insectes parfaits, le mâle se distingue parfaitement de la femelle: cette dernière se reconnaît, en effet, non-seulement à sa tarière, mais ses élytres sont lisses, rayés de jaune, tandis que chez le
FAMILLE DES GRYLLIENS.
mâle, ils sont distendus par de fortes nervures qui produisent par le frottement le son aigu auquel il doit son nom de Cricri.
Nous avons dit que la Blatte des cuisines est l'ennemie de la punaise des lits et lui fait une chasse active ; il en est de même , paraît-il , du Grillon à l'égard de la Blatte; dans ce cas, le Cricri serait plus utile que nuisible dans les boulangeries et autres lieux souvent infestés par les Blattes.
Dans le midi de l'Europe habite un gros Grillon à tête énorme; c'est le Grylliis macrocephalus. Son corps jaunâtre, très-épais, est long de 5 centimètres; ses ailes sont plus longues que les élytres.
Le Gryllus viridis du Brésil (fig. 27 j otîre un aspect formidable, qui lui a fait donner par quelques auteurs le nom générique de Cerberodon . Deux caractères surtout le rendent remarquable: la structure des jambes, qui sont toutes garnies de fortes épines, celles de devant sont armées de dix longs piquants recourbés, et le développement des mâchoires , qui sont , en outre, armées de fortes dents. Cette armure redoutable l'a fait comparer au chien à triple tête gardien de l'enfer.
On a fait un genre à part (Sc/iiyOdactyliis) du Gryllus mniistrosus des
ORDRE DES ORTHOPTÈRES
Indes orientales, dont les élytres et les ailes, très-grands, ont leur extrémité enroulée en forme de spirale. 11 a, en outre, toutes les jambes épineuses, et quatre articles à tous les tarses. Le Grillon monstrueux, que nous figurons ici (fig. 28), est le plus grand du genre; il est d'un gris jaunâtre tacheté de brun. Cet insecte est remarquable par l'extrémité de ses ailes roulée en spirale et lui formant une espèce de queue en trompette, par le développement formidable de ses mandibules et la
longueur de ses antennes fines comme des cheveux, et qui sont composées chacune de 240 articles.
Le genre Sphœriinn a été créé pour un petit Grillon à corps presque orbiculaire, dépourvu d'ailes et d'élytres. C'est le Sphœriiim accrvonim^ que l'on trouve assez rarement en France et en Allemagne dans les fourmilières.
Laseconde tribu des Gryllie ns est celle des Gryllotalpides , dont la forme générale est trèsparticulière et dont les pattes sont éminemment propres à fouir le sol. Cette disposition est surtout manifeste dans le genre Gryllotalpa^ où les jambes antérieures sont terminées par une large palette dentée en forme de main ouverte. Leur corps est allongé; leurs antennes courtes, leurs jambes postérieures courtes et peu renflées, indiquent qu'ils n'ont pas la faculté de sauter. On connaît ces insectes sous le nom de Taupe-Grillon, dont le mot Gryllotalpa est la traduction latine, et qui indique à la fois leurs rapports avec les Grillons et la forme de leurs pattes antérieures, qui représentent assez bien celles des taupes. On leur donne plus communément encore le nom de Coiirtilicrcs, qui provient du vieux mot français coitrtille^ par
Sch izodactyhts monstrosus.
FAMILLE DES GRYLLIENS.
lequel on désignait les petits jardins potagers que fréquentent surtout ces insectes.
Les ravages que commettent ces Orthoptères dans les lieux cultivés ont de tout temps attiré sur eux l'attention des observateurs. Par la structure de leurs pattes antérieures , les TaupeS'Grillons se distinguent de tout autre genre d'insectes ; leurs pattes sont courtes, élargies en paume, munies de quatre pointes mousses, comme représentant quatre doigts, et d'une partie mobile comme une espèce de pouce. Cette conformation singulière est bien appropriée aux habitudes de ces insectes, qui fouissent la terre, s'y creusent des galeries comme la taupe, et, comme elle, élèvent de petits monticules de terre à la surface du sol.
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FIG. 29. — Grullotalpa vulgarù (voy. page 11).
Le corps est gros chez les Courtilières; leur corselet ovale, bombé, plus large en arrière, ressemble assez à une carapace d'écrevisse et enveloppe presque entièrement le sternum. Ce grand développement semble avoir pour but de donner aux pattes antérieures une attache plus solide. Les élytres sont courts et n'ont que la moitié de la longueur de l'abdomen; ils ont chez le mâle quelques fortes nervures au moyen desquelles l'insecte produit par le frottement une stridulation aigué, mais beaucoup moins forte que dans le Grillon. Les ailes sont larges, repliées en forme de lanière qui dépasse de beaucoup les élytres. Ce n'est que pendant la nuit que les Courtilières sortent de leur retraite et font
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usage de leurs ailes. Nous figurons ici (ûg. 2g, voy. p. 43) et PI. 1 le Taupe-Grillon commun {GiyHota/pa viilgaris).
En juin ou juillet, la femelle creuse à i5 ou 20 centimètres de profondeur une cavité souterraine en forme de bouteille couchée, dont le col se redresserait verticalement en haut. Les parois intérieures en sont lissées avec soin , et la Courtilière y pond de 200 à 3oo œufs allongés et d'un brun jaunâtre. Les jeunes éclosent au bout d'un mois environ^ et sont d'abord d'un gris clair; la mère en a le plus grand soin et leur apporte à manger. Au bout d'un moiSj ils changent de peau, croissent de plus en plus et brunissent toujours davantage. Aux ailes près, ils ressemblent déjà à leurs parents. A cette époque, ils ont déjà dévoré à l'entour d'eux tout ce qu'ils ont pu trouver de racines tendres, et ils s'éloignent de leur berceau en creusant des galeries dans toutes les directions^ coupant et dévorant tout ce qu'ils rencontrent sur leur passage. A l'automne, ils creusent profondément le sol et s'enfoncent dans la terre pour échapper au froid. D'après certains observateurs, les Courtiiières n'arriveraient à leur état parfait qu'au bout de trois ans.
Les Courtiiières font de grands ravages dans les champs de blé, d'orge et surtout dans les potagers, où elles attaquent indistinctement presque toutes les racines, et leur présence est dénoncée par la végétation jaunie et flétrie. Dans les champs d'une vaste étendue, il est difficile, sinon impossible, de les détruire; mais dans les jardins, cela devient plus facile. On a indiqué plusieurs moyens de s'en débarrasser : l'huile et l'eau de savon versées dans leurs galeries les tuent lorsqu'elles en sont atteintes. Des fosses creusées en septembre et remplies de fumier les attirent dès les premiers froids; il est alors facile de les y surprendre et de les détruire. Quand on enfonce des pots à fleurs à 5 centimètres au-dessous de la surface du sol, le long des plates-bandes, les Courtiiières tombent dedans et ne peuvent en sortir^ surtout si l'on y a versé quelques centimètres d'eau, après en avoir bouché le trou.
Bien que les Courtiiières soient phytophages, elles se dévorent entre elles, lorsqu'on en renferme plusieurs ensemble, et l'on prétend que le mâle mange ses petits . lorsqu'il découvre leur nid.
FAMILLE DES GRYLLIENS. 45
Le genre Tridactyliis a pour caractères : les pattes postérieures dépourvues de tarses, les jambes terminées par des appendices mobiles et digités. Le genre Tridactyle renferme les plus petits Orthoptères connus ; une espèce se trouve assez communément dans le midi de la France et l'Italie, c'est le Tridactyle varié [Tridactyliis variegatiis]^ long de 5 millimètres, d'un noir bronzé, avec le tour des yeux, les bords latéraux du corselet et les cuisses postérieures blanchâtres. Celles-ci sont très-renflées; aussi les Tridactyles sautent-ils avec une agilité remarquable. Ces petits insectes ont des habitudes assez analogues à celles des Taupes-Grillons ; comme eux, ils creusent des galeries dans toutes les directions pour chercher leur nourriture. Ils habitent de préférence les terrains sablonneux, près des rivières, des lacs ou des mares, et sont extrêmement abondants sur les bords du Rhône.
4Ô ORDRE DES ORTHOPTÈRES
FAMILLE DES ACRIDIENS {Criquets).
Cette dernière famille de l'ordre des Orthoptères est la plus nombreuse en espèces. Bien qu'on donne encore vulgairement à plusieurs d'entre elles le nom de Sauterelles, ce nom ne leur convient pas plus que ne convient à ces dernières (Locustiens) celui de Cigales. On leur donne habituellement le nom de Criquets. Les Acridiens diffèrent des Locustiens par leur corps plus robuste, par leurs antennes beaucoup plus courtes, jamais grêles et sétacées ; par l'absence, chez les femelles, de cette longue tarière destinée à la ponte des œufs et qui est remplacée ici par quatre pièces courtes, cornées; leurs cuisses postérieures sont plus fortes, et ce sont de tous les Orthoptères les mieux conformés pour sauter.
Les Acridiens font entendre, comme les Sauterelles et les Grillons, une stridulation perçante ; mais ce n'est plus par le frottement des élytres l'un contre l'autre qu'elle s'exécute; ici ce sont les cuisses, garnies intérieurement de stries élevées, très-rudes, qui, frottant rapidement et avec force sur les nervures des élytres, comme un archet sur les cordes d'un violon, produisent le son. C'est surtout pendant les derniers beaux jours de l'été et ceux de l'automne que les Acridiens font entendre leur chant assourdissant.
Les Acridiens ne sont que trop répandus dans toutes les régions du monde; mais, beaucoup moins nombreux dans le Nord, ils sont bien moins redoutables que dans le Midi. En effet, dans les contrées chaudes, certaines espèces sont un véritable fîéau; elles se multiplient dans de telles proportions, qu'elles détruisent toute la végétation et réduisent à la famine les pays les plus fertiles.
Lorsqu'ils ont ainsi dévasté un pays, les Acridiens ne trouvant plus de quoi satisfaire leur appétit vorace, émigrent en masse , pour aller s'abattre
sur des points plantureux. Pendant ces émigrations, les Criquets volent tous si rapprochés les uns des autres, qu'ils produisent de loin l'effet d'un gros nuage et interceptent réellement les rayons du soleil. Nuage plus redoutable que ceux qui portent la grèle et les orages ; car là où ils s'abattent, ils ne laissent aucune trace de végétation et dévorent jusqu'aux toits de chaume. Leur mort même, loin d'être un bienfait, devient souvent la cause d'un mal plus grand ; leurs corps amoncelés et échauffés par le soleil ne tardent pas à entrer en putréfaction , et leurs exhalaisons occasionnent des pestes qui sévissent d'une manière terrible contre les populations.
Les écrivains de tous les temps et de tous les pays ont signalé les ravages des Criquets; et le premier des livres, la Bible, nous dit i Exode, ch. X) que par la huitième plaie d'Egypte, l'Éternel, par l'entremise de Moïse, fît venir les Sauterelles (Criquets) sur tout le pays d'Egypte, qu'elles couvrirent entièrement par leur nombre. Elles furent amenées par un vent d'orient et remportées par un vent d'occident, lorsque le Pharaon eut promis de laisser partir le peuple Israélite. Ce fait fut regardé comme un miracle attribué à la puissance divine par les Saintes-Écritures ; mais il s'est fréquemment reproduit depuis.
Au rapport de Pline, la Grèce était souvent ravagée par les invasions des Acridiens, et il existait même une loi qui obligeait les habitants à détruire ces insectes sous leurs trois états d'œufs, de larves et d'insectes parfaits. Tout le nord de l'Italie et le midi de la Gaule furent ravagés par les Criquets en l'an i8i de notre ère ; et saint Augustin rapporte, quelques siècles plus tard, que l'Afrique avait été le théâtre de semblables ravages. Après avoir détruit toute la végétation, nous dit-il, ces insectes ayant été poussés dans la mer, puis rejetés sur le rivage, les exhalaisons de leurs corps se répandirent au loin et occasionnèrent une peste qui fit périr, dans le royaume de Numidie, une partie de la population, évaluée à huit cent mille âmes.
Pendant les années 1747 et 1748, les Criquets ravagèrent la Moldavie et la Valachie, et l'année suivante, rapporte l'historien de Charles XII, le roi de Suède, étant à la tête de son armée en Bessarabie, pensa être
48 ORDRE DES ORTHOPTÈRES
assailli par un ouragan accompagné de grêle, lorsqu'une nuée de ces Orthoptères s'abattit sur ses hommes et leurs chevaux.
En 1780, ils causèrent dans l'empire du Maroc une famine affreuse. Levaillant les vit en 1789 dévaster une partie de la Cafrerie. Enfin, pour terminer, nous rappellerons la terrible invasion de l'Algérie par les Sauterelles en 1866; cette invasion, suivie d'une année de sécheresse, amena une épouvantable famine qui fit périr plus de deux cent mille victimes.
Dans le midi de la France, les invasions de ces Orthoptères sont beaucoup moins fréquentes ; cependant ils s'y sont parfois montrés en grand nombre et y ont occasionné d'horribles dégâts. Pour n'en citer qu'un exemple : en 161 3 eut lieu une des plus terribles invasions dont on ait conservé le souvenir; ils moissonnèrent jusqu'à la racine i5,ooo arpents de blé dans les environs d'Arles, et à plusieurs lieues à la ronde ne laissèrent pas une feuille, pas un brin d'herbe, pas même un misérable toit de paille. A Marseille et à Arles, où se montrent souvent ces insectes dévastateurs, la ville paie 5o centimes par kilogramme d'œufs recueillis, et moitié seulement de ce prix par kilogramme d'insectes. Cette récolte coûta, en i8i5, vingt mille francs à la ville de Marseille et vingt-cinq mille à la petite cité d'Arles. En 1824, cette chasse ne leur coûta que six mille francs chacune; mais plus récemment, malgré la chasse active qu'on leur fit, dans les environs d'Arles seulement, ils dévorèrent i5oo acres de blé. On comprendra cette multiplication effrayante si l'on considère que chaque femelle pond une centaine d'œufs, qu'elle enfouit dans le sol et qui se trouvent ainsi à l'abri des causes de destruction. Les petits qui en naissent se nourrissent de tous les végétaux indistinctement, et périssent rarement faute de subsistance.
Quelques peuplades, peu favorisées des bienfaits de la nature, loin de regarder les invasions de Sauterelles comme une calamité, s'en réjouissent au contraire , car elles en font un aliment. Tels sont les Hottentots , les nègres du Sénégal et d'autres peuplades d'Afrique. On en vend même sur des marchés en Orient et en Afrique ; on leur arrache ordinairement les ailes et les pattes, et on les fait cuire soit dans de la graisse, soit dans de
l'huile. Les Hottentotset les Arabes en font même des provisions et les conservent dans du sel.
Toutes les espèces d'Acridiens ne sont pas nuisibles dans les mêmes proportions ; il n'en est qu'un petit nombre qui se multiplient au point de causer de véritables désastres. Tels sont surtout le Criquet voyageur {Acridium migratorhim) [fig. 3o], auquel se rapporte tout ce qui précède, et quelques espèces du genre Tnixalis.
On divise la famille des Acridiens en deux groupes distincts : les Triixalides et les Acvidides. Les premiers se distinguent par leur corps élancé ,
Fig. 30. — Acridium migratorium.
leur tète pyramidale se prolongeant au delà des yeu.x ; leurs antennes épaissies, jamais filiformes. Leurs ailes égalent ou dépassent la longueur de l'abdomen; leurs pattes postérieures sont longues, à cuisses renflées. Les Tru.xales i Tnixalis)^ genre type de la tribu, ont des antennes de seize articles au moins, de forme prismatique, très-comprimés. Ce sont de grands Orthoptères, revêtus de couleurs vives et variées, qui habitent toutes les régions chaudes de l'ancien continent. La Truxale à long nez (Tnixalis nasiita) , qui habite le cap de Bonne-Espérance, a lo centimètres d'envergure -, sa tête et son corselet, d'un beau vert, sont rayés de
ORDRE DES ORTHOPTÈRES
rose ; son abdomen est rouge en dessus; ses élytres sont verts avec une ligne longitudinale rose, et les ailes sont jaunâtres. Cette espèce est parfois très-abondante dans l'Afrique australe. On la trouve également dans l'Europe méridionale et dans l'Inde.
Nous figurons ici le Triixalis inguiciilaia de l'Inde (fig. 3i). Cette espèce est d'un brun rouge uniforme , lorsqu'elle est au repos ; mais lorsqu'elle étend ses ailes, son aspect change: celles-ci sont d'un bleu d'azur
y ~~J^3itj
FiG. 31. — 'rruxali: ing^dculata.
à la base, suivi d'un rose vif qui s'affaiblit graduellement et laisse l'extrémité de l'aile transparente.
Le genre Xiphocera renferme des Truxalides de l'Amérique méridionale à antennes en forme de glaive, à corselet relevé en crête au milieu avec les bords aigus ; ils sont ailés dans les deux sexes.
Les Painpliau;iis ont le corps épais, le corselet relevé en crête au milieu , mais à bords arrondis ; leurs antennes sont moniliformes à l'extrémité. Dans ce genre, les mâles seuls sont ailés. Les Pamphagus habitent l'Afrique, surtout le cap de Bonne-Espérance.
FAMILLE DES ACRIDIENS. 5i
La tribu des Acn'Jidcs a poyr caractères : des antennes filiformes ou plus rarement renflées en massue, assez longues; les élytres longs et étroits, dépassant de beaucoup l'abdomen; les ailes grandes et larges, mais ne dépassant pas les élytres ; les jambes épineuses et les cuisses postérieures fortement renflées.
Le type du groupe, le genre Criquet [Acridiiiin) renferme un assez grand nombre d'espèces et parmi elles quelques-unes des plus nuisibles. Le Criquet voyageur [Acridhim migratorium) figuré plus haut est celui qui a le plus souvent ravagé diverses parties du globe. Il a 7 à 8 centimètres de longueur et 10 à 12 d'envergure. Son corps est d'un vert jaunâtre; ses élytres sont gris tacheté de brun; ses ailes transparentes.
FiG. 32. — Œdipoda gcrinanica.
lavées de jaune à leur base et tachetées de brun à leur extrémité. Cette espèce, qui n'est que trop répandue dans l'Europe méridionale, se rencontre très-rarement aux environs de Paris.
Une espèce presque aussi nuisible que la précédente est le Criquet germanique [Œdipoda gcrmaiiica) [fig. 32).
Les deux espèces les plus communes de nos environs sont : le Criquet stridule (Acridimn stridulum)^ brun, à ailes d'un beau rouge sanguin bordées de noir, et le Criquet bleu {Acridium cœnilcsccus)^ d'un brun jaunâtre, à ailes bleues bordées de noir. On voit ces deux espèces voleter
52 ORDRE DES ORTHOPTÈRES
dans les champs et sur les routes, pendant les dernières belles journées de l'été et pendant l'automne.
Une espèce du Brésil, ÏAcridiiim diix^ atteint 12 centimètres de longueur et plus de 20 centimètres d'envergure. Elle est d'un vert sombre, avec les nervures des élytres jaunes et les ailes d'un rouge vif, tachetées de noir.
Le genre Teratodes est fort curieux ; son prothorax se relève en crête très-élevée. On ne connaît encore qu'une seule espèce de ce genre, le Teratodes monlicnllis, de l'Hindoustan, que nous figurons ici (fig. 33). Son corselet se prolonge en haut et en arrière en une membrane qui, vue de profil j ressemble à un énorme capuchon, et ce qui complète l'illusion, c'est que la tête est à moitié enfouie dans le corselet. L'insecte n'est d'ailleurs pas autrement remarquable; il est d'un brun jaunâtre; ses élytres sont finement réticulés et ses ailes translucides, lavées d'une légère teinte jaunâtre.
Enfin, les Tetrix sont remarquables par le prothorax qui se prolonge en pointe et recouvre tout le corps. Ce sont des Acridiens de petite taille^ dispersés sur toute la surface du globe. Leur forme est trapue, leurs antennes courtes; les élytres sont réduits à l'état d'écaillés ovales et rejetés sur les côtés; les ailes, aussi longues que le corselet, sont cachées sous le prolongement de celui-ci. Deux espèces de ce genre sont assez communes aux environs de Paris ; ce sont : le Tetrix subidatus et le Tetrix bipunctatus^ longs de i5 à 18 millimètres, plus ou moins brunâtres.
FIG. 33. — Teratodes monticoUîs.
ORDRE DES TH YSANOPTÈRES
'rf^i*
^y^'^^-fl es insectes qui composent cet ordre ont été longtemps
classés parmi les Hémiptères , auxquels leur aspect
) général, la forme aplatie de leur corps, les fait en
ellet ressembler. Mais la structure de leur bouche diffère
') tellement de celle de ces derniers, qu'on a cru devoir
^W^, créer pour eux un petit ordre particulier et les placer à la
iii\ suite des Orthoptères, dont leurs organes buccaux les
,) rapprochent le plus.
Les Thysanoptères ont des mandibules longues, presque en forme de soies et seulement un peu renflées à leur base; leurs mâchoires sont aplaties et munies d'une palpe articulée ; la lèvre inférieure supporte aussi deux petites palpes articulées. Les ailes, au nombre de quatre, sont longues et étroites, entièrement membraneuses, sans réticulation ni plis; elles sont garnies sur leurs bords de longs cils trèsserrés, d'où le nom donné à l'ordre: Th ysanottères (ailes à franges).
56 ORDRE DES THYSANOPTÈRES.
Pendant le repos, ces ailes sont étendues horizontalement sur le dos. Les tarses sont vésiculeux à l'extrémité et ne présentent que deux articles. Leur tète est oblongue, aplatie; les yeux, grands, occupent les parties latérales de la tête; les antennes, un peu plus longues que la tête, sont composées de cinq à neuf articles distincts.
Ces insectes , comme les Orthoptères , ont des métamorphoses incomplètes; les larves ne diffèrent de l'insecte parfait que par l'absence des ailes et par leur couleur plus pâle.
Tous les Thysanoptères sont de très-petits insectes, qui vivent sur les végétaux, auxquels ils sont parfois très-nuisibles. La plupart se tiennent sur les feuilles, qu'ils rongent dans toute leur étendue, sans jamais les entamer. On voit alors à leur surface des taches plus ou moins grandes, qui ne sont autre chose que les parties rongées. Les plantes des serres chaudes en sont souvent infestées. Les oliviers dans le Midi et le blé dans toute la France sont sujets aux attaques de ces petits ravageurs.
Une seule famille rentre dans cet ordre, celle des Thripsieus.
FAMILLE DES THRIPSIENS.
FAMILLE DES THRIPSIENS.
La famille des Thripsiens est elle-même divisée en deux groupes ou tribus fondés sur le nombre des articles des palpes maxillaires, et la conformation des ailes.
La première tribu, celle des Phlœnthripsides^ se distingue par ses palpes maxillaires de deux articles, ses ailes nues, complète- .. ment sans nervures. Le dernier anneau de l'abdomen est allongé 'fi(^ et tubuleux.
Un seul genre rentre dans ce groupe, les Phlœotlirips, dont le fj^ type est le Phhvothrips Ulmi, (fig. 36) qui vit sur l'orme. Il est long de 2 millimètres , noir, avec le second article des antennes , les tarses et les genoux ferrugineux. ' mlk^s
La seconde tribu, celle des Thripsidcs, a les palpes maxillaires ''""' de trois articles, les ailes poilues, les supérieures ayant deux nervures parallèles. Les femelles portent à l'extrémité de l'abdomen une tarière en forme de valve. Le genre Thrips , qui donne son nom au groupe entier, renferme un assez grand nombre d'espèces, toutes plus ou moins nuisibles à diverses plantes. Nous citerons, entre autres, le Thrips des céréales {Thrips cerealium) [fig. 37], qui cause de grands dommages aux céréales, surtout au froment, qui en souffre parfois beaucoup dans certaines localités. Ce petit insecte pénètre entre la valvule interne et la graine, puis dans le sillon de celle-ci et en absorbe la substance, ce qui l'empêche de se développer. Ce Thrips est d'un brun ferrugineux, avec les antennes annelées de blanc, ainsi que les pattes. La femelle est dépourvue d'ailes.
Fio. 37. — Thriiw cerealin
ORDRE DES NÉVROPTÈRES
Ainsi nommés par Linné à cause de leurs ailes nues, transparentes et couvertes d'un très-grand nombre de nervures, les Névroptères ont, comme les Orthoptères^ la bouche composée de pièces libres. Ces pièces consistent en deux lèvres, deux mandibules et deux mâchoires propres au broiement des aliments. Leurs ailes, au nombre de quatre, sont membraneuses, finement réticulées; les larves, la plupart aquatiques, sont toujours hexapodes.
L'ordre des Névroptères est, de tous ceux de la classe des insectes, celui qui offre le moins d'uniformité dans l'organisation et dans les habitudes des différentes tamilles dont il se com.pose ; aussi est-il très-difficile
d'y établir une classification méthodique. Tantôt, comme dans les Myrméléoniens et les Libelluliens, les organes buccaux sont très-développés ; tantôt ils sont rudimentaires comme chez les Phryganiens, ou manquent même tout à fait, comme on le voit dans les Ephémériens. Les antennes, très-développées chez les Ascalaphes et les Phryganes, sont à peine visibles dans les Ephémériens et les Libelluliens. Les tarses n'offrent pas moins de variété : ils ont trois articles dans les Perliens et les Libelluliens, quatre dans les Ephémériens et les Termiens, cinq dans les Panorpiens et les Raphidiens. Les ailes varient également d'une famille à l'autre.
Les mœurs et la forme sous l'état de larve ne sont pas moins disparates; les unes n'ont que des demi-métamorphoses, et sont aquatiques et carnassières {Libelluliens, Perliens); d'autres, également carnassières, sont terrestres {Myvméléoniens) ; d'autres encore sont aquatiques, mais se nourrissent de détritus {Phryganiens , Ephémériens). Enfin, les Termiens offrent une anomalie encore plus forte avec tous les insectes du même ordre: ceux-ci ont tous vécu solitaires sous tous leurs états; ceux-là (les Termiensj vivent au contraire à toutes les époques de leur vie en sociétés considérables formées de quatre ou cinq sortes d'individus.
L'ordre des Névroptères se divise en huit familles : les Termiens, les Psociens, les Perliens, les Ephémériens, les Libelluliens, les Panorpiens, les Raphidiens et les Phryganiens.
FAMILLE DES TERMIENS. 63
FAMILLE DES TERMIENS
La première famille de l'ordre des Névroptères est celle des Termiens, et c'est aussi celle qui offre par l'organisation et le genre de vie les iaits les plus curieux. Ce sont des insectes à corps ohlong, déprimé; leur tète est arrondie avec trois yeux lisses; un sur le front et un de chaque côté; leurs antennes sont courtes, moniliformes; leurs mandibules cornées et pointues, quatre palpes filiformes. Leurs ailes sont grandes, presque égales, couchées horizontalement sur le corps ; elles n'ont que des nervures longitudinales, bifides au bout. Leurs tarses ont quatre articles.
Ce sont des insectes à demi-métamorphoses, actifs à tous les âges, qui, par leurs mœurs, leurs habitudes, rappellent beaucoup l'histoire des fourmis. Comme ces dernières, ils vivent en sociétés très-nombreuses, et construisent des demeures fort étendues. M. Lespès, qui a fait de ces insectes une étude approfondie, a reconnu dans les nids des Termites cinq sortes d'individus bien distincts. Chaque société présente d'abord un couple fécond, roi ou reine, et des neutres de deux formes différentes. Les plus nombreux sont des ouvriers chargés de creuser les galeries dans le bois, de soigner les œufs , les larves et surtout les nymphes, en les aidant à opérer leurs mues, d'aller à la recherche des provisions, de les emmagasiner dans le nid. Chose singulière! ils sont aveugles. D'autres neutres, moins abondants, se font remarquer par leur énorme tète, presque moitié du corps , un peu carrée et armée de très-fortes mandibules croisées. Ce sont les soldats chargés de la défense du nid; ils ont un courage furieux et se précipitent pour mordre les agresseurs. Ces soldats sont aveugles comme les ouvriers. Les mâles et les femelles ont seuls des yeux des deux espèces, composés et simples. II existe des larves de deux sortes, ressemblan; beaucoup aux ouvriers; les unes doivent devenir des neutres, les autres des mâles ou des femelles ; on les reconnaît à l'état de nymphes en ce que celles qui deviendront des mâles ou des femelles ont des rudi-
64 ORDRE DES NÉVRCPTÉRES.
ments d'ailes. Lorsqu'ils sont arrivés à l'état parfait, ces derniers prennent des ailes et émigrent; puis, comme les fourmis, les perdent aussitôt après que la fécondité des femelles est assurée. Les femelles sont recueillies par les neutres et forment le noyau de nouvelles colonies. Bientôt après leur rentrée dans le nid, l'abdomen des femelles prend un développement énorme, et l'on évalue que leur masse, au moment de la ponte des œufs, est plusieurs milliers de fois celle d'une ouvrière. Elle se tient dans une galerie profonde du nid, sans cellule spéciale. Le nombre des œufs que pond la femelle s'élève, assure-t-on, à quatre-vingt mille en vingt-quatre heures.
Les détails qui précèdent concernent le Termite lucifuge , qui e.xiste en France, surtout dans les landes de Gascogne, et cause des dégâts effroyables. Les espèces étrangères qui habitent les régions chaudes du globe offrent des mœurs analogues. Ils constituent des sociétés immenses, et forment parfois des nids d'une dimension colossale, comparativement à leur taille; mais la forme, l'architecture varient beaucoup selon les espèces. Ce qu'il y a de remarquable, c'est que jamais les Termiens ne travaillent à découvert; les uns établissent leurs demeures dans la terre, dans les arbres, souvent sous les boiseries des habitations; les autres ont des nids extérieurs, mais toujours sans issue apparente. Toutes les fois que les ouvriers ont besoin d'atteindre un endroit plus ou moins éloigné de leur nid, ils construisent aussitôt une galerie communiquant d'un point à l'autre; par ce moyen ils ne se montrent jamais au dehors.
La famille des Termiens ne comprend qu'un seul genre , celui des Termites {Termes . Le Termite lucifuge Termes lucifiigum)^ dont il est question plus haut, se trouve dans une grande partie de l'Europe méridionale, et en France particulièrement dans les landes de Gascogne. C'est un petit insecte d'un noir brillant , avec les ailes brunâtres un peu transparentes; les derniers articles des antennes 'et les pattes sont roussàtres. Cette espèce vit en sociétés séparées dans les bois ; mais elles se réunissent dans les villes pour leurs déprédations. Depuis déjà plusieurs années, elle s'est tellement multipliée à Rochefort dans les ateliers et les magasins de la marine, qu'on ne peut réussir à s'en débarrasser, et qu'elle y fait de
Tenues ieSieosUBi, soldat.
grands ravages. Elle n'est pas moins abondante aujourd"huià La Rochelle et commence à se montrer dans certains quartiers d'Agenetde Bordeaux. A Rochefort, à La Rochelle, des bâtiments entiers sont minés jusque dans leurs fondations j il n'est pas rare que des planchers s'écroulent; c'est ce qui arriva il y a quelques années à Tonnay-Charente, où une salle à manger tomba dans la cave avec Tamphytrion et ses convives. On peut voir, dans les galeries du Muséum, les colonnes de bois qui soutenaient la salle, et qui furent rapportées par le professeur Audouin. envoyé en mission pour étudier les mœurs et les
dégâts de cet insecte. Ces colonnes sont taraudées de toutes parts ; tout l'intérieur en est rongé et sillonné de galeries; mais la supertîcie est épargnée. ainsi que la couche de peinture qui les recouvre, de sorte qu'il est impossible d'apercevoir aucune trace des dégâts jusqu'au moment de l'accident. A cenc époque, l'Hôtel de la préfecture de La Rochelle était envahi par ces insectes, et les archives furent en partie détruites, la reliure des registres restant intacte. On est obligé, depuis lors, de les enfermer dans des boites de zinc.
Quelques espèces exotiques ont été étudiées dans l'Afrique australe par le vovageur hollandais Smeathman, à la fin du siècle dernier. L'une d'elles, le Termite belliqueux ou fatal Termes bellicosum) habite le cap de Bonne-Espérance et le Sénégal. Les ouvriers ont environ 5 millimètres de long ; leur corps est d'une grande délicatesse, mais leur tète porte des mandibules dentelées et d'une corne assez solide pour HG 41 - 7-- ^ attaquer les corps les plus durs. Les sol-
dtits tig. 40) ont environ le double de longueur et pèsent autant que quinze ouvriers; cet excès de poids est dû à leur énorme tête cornée , plus grosse que le corps et armée de pinces aiguës. Enfin, l'insecte parfait atteint jusqu'à 18 millimètres de long, et
ORDRE DES NEVROPTÈRES.
les quatre ailes qu'il porte quelques heures seulement, ont près de 5o millimètres d'envergure (fig. 41, voy. p. 65). L'insecte parfait est d'un brun foncé en dessus, roux en dessous; le soldat est d'un blanc de lait lorsqu'il est vivant. Ces Termites déploient une industrie bien supérieure à celle des fourmis.
Niil tlu Termite bellùiueiix
La figure extérieure de l'édifice du Termite belliqueux est celle d'un petit mont plus ou moins conique, approchant de celle d'un pain de sucre, dont la hauteur perpendiculaire est de 3 à 4 mètres au-dessus du sol. Chacun de ces édifices est composé de deux parties, l'extérieure et l'intérieure. La première est une vaste calotte de la forme d'un dôme en terre gâchée, imperméable à l'eau et tellement solide qu'elle peut supporter le poids des taureaux sauvages. Smeathman et ses compagnons se cachaient en embuscade entre ces grands nids pour chasser, et il rapporte qu'il monta une fois sur l'un d'eux avec quatre hommes, pour chercher à l'horizon si quelque navire n'était pas en vue.
Chacun de ces monticules, dont on voit souvent plusieurs à côté l'un
FAMILLE DES TERMIENS.
de l'autre et comme soudés ensemble, est divisé à l'intérieur en un grand nombre de pièces qui servent de logements ou de magasins. Ces derniers sont toujours remplis de gomme ou de sucs épaissis des plantes. Les pièces qui sont occupées par les œufs et par les larves, sont entièrement composées de parcelles de bois qui paraissent être unies ensemble par des gommes. Ces édifices sont extrêmement serrés et divisés en plusieurs petites chambres de deux centimètres de longueur au plus. Il n'y a de spacieuse que la loge de la reine; celle-ci, lorsqu'elle est pleine d'œufs , atteint des proportions considérables; son abdomen est prés de deux
mille fois plus gros que le reste de son corps, et il atteint jusqu'à 8 centimètres de longueur (fig. 44, voy. p. 68).
A mesure que la femelle pond, et elle le fait sans interruption pendant plusieurs jours, les travailleurs s'emparent de ces œufs et les transportent dans des logements séparés.
Toutes les petites pièces dont nous avons parlé sont séparées par plusieurs galeries qui communiquent entre elles et se prolongent jusqu'à la calotte supérieure qui couvre le tout. Ces galeries descendent sous terre jusqu'à la profondeur d'un mètre et plus ; c'est là que les travailleurs vont prendre le gravier fin avec lequel ils construisent tout l'édifice , à l'exception des chambres occupées par les œ'ufs et les petits.
ORDRE DES NEVROPTERES.
D'autres espèces, le Termite atroce et le Termite mordant, bâtissent des nids avec les mêmes matières que celles employées par le Termite belliqueux, mais elles leur donnent une forme différente. Smeathman les nomme nids en tourelles; ils sont cylindriques, hauts en moyenne de 60 centimètres^ couverts d'un toit en forme de dôme. Tous ont la même solidité; on les renverse plutôt à leur fondement qu'on ne les rompt dans leur milieu.
Les nids du Termite des avives diffèrent des autres par la forme et la grandeur. Ils sont sphériques, bâtis sur les arbres, où ils ne tiennent quel-
/i ^)rir^4^%^^X"'ï^i;u
n, femelle gonflée d'œufs (vny. page 67).
quetois qu'une seule branche qu'ils entourent. Il y en a, mais rarement, qui ont la grosseur d'une barrique à sucre. Ces nids sont composés de petites parties de bois, de gommes et de sucs d'arbres, avec lesquels les Termites forment une pâte pour construire les cellules. Quelquefois ils bâtissent leurs nids sur les toits ou toute autre partie des maisons, et font de grands dégâts, mais beaucoup moins que le Termite belliqueux. Celui-ci pénètre dans les maisons et les magasins, perce les meubles et les caisses, et détruit tout ce qui s'-y trouve, même les étoffes; sauf les métaux et les pierres, rien ne résiste à leurs terribles mâchoires, et en peu de temps, ils détruisent une maison de fond en comble, avant qu'on ait pu voir trace de leurs dégâts.
FAMILLE DES PSOCIENS. 69
FAMILLE DES PSOCIENS
Cette famille renferme de très-petits insectes, offrant pour caractères distinctifs : une tète fort grande, pourvue de trois ocelles, et d'antennes sétacèes; un corps renfîé, de consistance molle, pourvu de quatre ailes inégales ayant un petit nombre de nervures.
Les Psociens sont les plus petits de tous les Névroptères; ils se font surtout remarquer par leur tète fort grande comparativement à la petite dimension de leur corps et par la ténuité extrême de leurs pattes. Leurs antennes sont longues et sétacées, de dix à treize articles; leurs ailes sont en toit pendant le repos, très-peu réticulées ou seulement veinées, souvent courtes ou même tout à fait rudimentaires.
Les Psoques vivent sur les troncs d'arbres, les murs et les pierres couverts de mousse; ils sont très-agiles et courent avec la plus grande vivacité; cependant ils recherchent les endroits sombres et paraissent fuir le grand
•^ " FiG. 45.
jour. Ces insectes se nourrissent de détritus végétaux^ p.-o«« Wî>,mc-ta(,«.
et peut-être bien aussi de très-petits animalcules. Les
larves des Psociens ne diffèrent de l'insecte parfait que par l'absence des
ailes, et des nymphes, en ce que celles-ci montrent déjà des rudiments
d'ailes.
Cette famille renferme un très-petit nombre d'espèces : le type du genre est le Psoque à deux points ÎPsociis bipiinctatiis ; [fig. 45], commun dans presque toute l'Europe. 11 est long de 4 millimètres, varié de noir et de jaune, avec les ailes transparentes pourvues d'une petite tache vers le bord marginal et d'une autre vers le bord opposé, noirâtres; ces taches sont souvent peu marquées ou disparaissent même tout à fait. On le trouve sous les écorces, sur les troncs d'arbres, les vieilles murailles, etc.
Le Psoque frappeur {Psocus piilsatorhis) , long de 2 millimètres seulement, est d'un gris jaunâtre tacheté de roux ou de brunâtre. Ce petit
70 ORDRE DES NÉVROPTÈRES.
insecte, vulgairement connu sous le nom de Pou de bois , se trouve abondamment dans les collections d'histoire naturelle, les bibliothèques, et surtout dans les vieux papiers, qu'il ronge. Son nom de frappeur {piilsatoriiis) vient de ce que l'on a cril qu'il produisait, comme les vrillettes [Anobium) ^ un petit bruit analogue au battement d'une montre; ce qui lui a fait partager avec ce Coléoptère le nom d'horloge de la mort. Quelques classificateurs ont fait de cette espèce le type du genre Atropos , fondé sur ce que ses tarses sont de trois articles et ses ailes nulles.
FAMILLE DES PERLIENS.
FAMILLE DES PERLIENS
Tous les insectes que comprend cette famille ont les parties de la bouche bien développées et solides, rappelant celles des Orthoptères. Leurs palpes maxillaires sont longues, grêles, composées de cinq articles ; les palpes labiales n'en ont que trois. Les Perliens ont le corps aplati, d'égale largeur dans toute son étendue • leur tête est plane, souvent plus large que le thorax et munie de trois ocelles disposés en triangle entre les yeux. Leurs ailes sont fort larges, surtout les postérieures, qui se replient sur elles-mêmes pendant le repos. Leur abdomen est souvent terminé par deux longs filets articulés.
A l'état d'insectes parfaits, les Perliens fréquentent le bord des eaux, où ils se tiennent sur les pierres, les plantes, etc. Les femelles portent leurs œufs suspendus à l'extrémité de l'abdomen dans une sorte de petit sac, qu'elles détachent et laissent tomber dans l'eau. Pendant les premiers temps de leur existence, les Perliens vivent, en effet, constamment dans l'eau. Leurs larves paraissent même préférer les eaux courantes aux eaux stagnantes, et c'est dans les premières, et là surtout où le courant est rapide, qu'on les trouve en plus grand nombre. Elles marchent lentement, en faisant traîner leur ventre sur le sol , et souvent se fixent sur une pierre à l'aide de leurs pattes et y demeurent longtemps en quête d'une proie.
Les Perliens passent l'hiver à l'état de larve, deviennent nymphes au printemps suivant, après un changement de peau, puis, bientôt après, subissent leur transformation en insecte parfait. A ce moment elles quittent leur premier élément et vont sur le rivage se fixer sur une pierre ou sur une plante, où elles attendent que leur peau se dessèche et se fende pour en sortir. Les larves des Perliens sont carnassières ; elles ont des mâchoires et des mandibules acérées. Leur corps se rétrécit vers l'extrémité postérieure et offre dans plusieurs espèces trois paires d'organes respiratoires externes, placés sur chaque segment du thorax ^ mais ces organes manquent chez quelques-unes.
72 ORDRE DES NÉVROPTÈRES.
Cette famille est peu nombreuse; le genre Perla, qui donne son nom au groupe entier, est le plus important; on en connaît un assez grand nombre d'espèces européennes qui offrent pour caractères : des mandibules et des mâchoires membraneuses, et l'abdomen terminé par deux longs filets; labre peu apparent. Chez les Perles, la différence qui existe entre les deux sexes est quelquefois très-considérable ; les mâles de plusieurs espèces sont beaucoup plus grêles que les femelles, et leurs ailes sont très-courtes.
L'une des espèces les plus répandues dans notre pays est la Perle bordée {Perla marginata, fig. 75, voy. p. 104), longue de 25 millimètres environ, d'un gris fauve avec la tète rougeâtre , bordée de brun; les ailes, transparentes, sont lavées de jaunâtre avec les nervures noires. La larve de cette espèce est d'un jaune-citron tacheté de noir; le corselet porte trois lignes longitudinales et une bordure noire. Elle vit sous les pierres, dans les rivières.
On trouve encore dans nos environs la Perle brune Perla bicaudata) , longue de 22 à 25 millimètres.; elle est d'un brun grisâtre avec une raie fauve le long du corps. Ses deux filets abdominaux, d'un brun foncé, sont très-apparents.
Le genre Nemoiira comprend les espèces à mandibules et mâchoires cornées, à labre très-apparent. Leur abdomen est dépourvu de filets. Ce dernier caractère fait distinguer les Némoures des Perles au premier abord; mais leurs larves en sont cependant munies, aussi bien que celles des Perles. A l'état parfait, les Némoures voltigent au bord des eaux et se posent sur les pierres et sur les plantes; les larves habitent surtout les eaux courantes ; elles se distinguent de celles des Perles et des Éphémères en ce que leurs antennes sont plus longues et leur allure lente.
Ce genre ne renferme qu'un petit nombre d'espèces, dont le type est la Némoure nébuleuse (Nemoiira nebulusa)^ d'un brun noirâtre avec les ailes antérieures d'un gris cendré, traversé par des bandes blanchâtres.
Les ailes du mâle sont beaucoup plus courtes que celles de la femelle dans cette espèce, qui est commune dans la plus grande partie de l'Europe.
FAMILLE DES ÉPHÉMÉRIENS. yj
FAMILLE DES EPHEMERIENS
Les Éphémériens ont des caractères particuliers qui les font aisément distinguer de tous les autres Névroptères. Leurs antennes sont extrêmement courtes ; les parties de la bouche rudimentaires et tout à fait impropres à la mastication ; les ailes très-inégales, les antérieures étant grandes, tandis que les inférieures sont très-petites ou avortent même complètement.
Les Éphémères ont le corps allongé, la tète petite, presque entièrement occupée par les yeux; entre ceux-ci sont placées trois ocelles lisses et les antennes composées de trois articles, dont les deux premiers courts et le dernier en forme d'alêne, de la longueur de la tète ; le prothorax est grand, carré; les premières ailes sont aussi longues que le corps, triangulaires à réseau carré oblong; les ailes inférieures sont très-petites et n'ont l'air que d'un lobe des supérieures; l'insecte les tient élevées l'une contre l'autre pendant le repos; les pattes antérieures sont beaucoup plus allongées que les autres et sont ordinairement dirigées en avant; l'abdomen est allongé, terminé par des filets plus longs que lui, au nombre de deux dans les mâles et de trois dans les femelles.
Les Éphémériens offrent des métamorphoses incomplètes ; sous leur premier état, ils sont aquatiques; leurs larves, de forme allongée, sont munies de branchies extérieures, situées soit sur les côtés, soit sur le dos. Les mœurs de ces larves varient suivant les espèces: quelques-unes se tiennent en terre dans des trous ci-eusés dans les berges des rivières; ce trou est double, en forme d'L très-allongé, comme un tube de verre plié en deux. D'autres espèces sont errantes et ne se creusent pas de trous. Les nymphes des Éphémériens ne diffèrent des larves que par des rudiments d'ailes; ce sont donc des insectes agiles et prenant de la nourriture sous tous les états.
74 ORDRE DES NÉVROPTÈRES.
Les Éphémères, ainsi que leur nom l'indique [êphèmcros , qui ne vit qu'un jour;, n'ont qu'un moment à vivre; plusieurs naissent après le coucher du soleil et ne voient pas son lever; quelques-uns à peine résistent un ou deux jours; mais si leur existence sous la forme ailée est courte, il n'en est pas de même du temps qu'ils passent sous leur premier état; car, comme Swammerdam l'a observé, il est de trois ans. Quand arrive le moment de la dernière transformation, les nymphes sortent de l'eau et vont se fixer sur quelque endroit sec, où elles attendent que leur peau se dessèche. Leur enveloppe se fend alors au-dessus de la tête et du corselet, et l'Éphémère ne tarde pas à en sortir. Aussitôt qu'il peut faire usage de ses ailes, l'insecte se met à la recherche d'une compagne.
Ainsi que nous l'avons déjà dit, les Éphémères naissent ordinairement le soir, et presque toujours avec une abondance surprenante; aussi les pêcheurs appellent-ils ces animaux manne des poissons; il n'est pas rare de voir les terres avoisinant les rivières couvertes le matin d'un blanc de neige, qui n'est autre que les cadavres amoncelés de ces insectes; c'est vers le milieu de l'été qu'a lieu cette éclosion. Ces insectes n'ayant pour ainsi dire reçu la vie que pour la transmettre, ne s'occupent que de la reproduction de leur espèce; leur vie est si courte, qu'ils n'ont pas besoin de manger, et la nature, qui ne fait rien en vain, leur a refusé les organes de la manducation. Le màlc meurt aussitôt après avoir satisfait au vœu de la nature, et la femelle songe immédiatement à sa ponte; elle porte ses œufs dans deux grappes, qui sortent du dessous du septième anneau de son abdomen; chacune de ces grappes, qui contient de trois à quatre cents œufs, est fort grosse par rapport au volume de l'insecte; la femelle va les pondre à l'eau, et ils tombent au fond par leur propre poids et s'y dispersent. Dès lors, sa mission est terminée et elle ne tarde pas à mourir.
Les Éphémériens ne sont pas destinés à briller au grand jour; la nature semble n'avoir rien fait en leur faveur; leurs formes sont délicates et assez élégantes; mais leur couleur blanchtUre ou jaunâtre, tachetée de noir, n'a rien qui plaise à l'œil; ils sont d'une mollesse et d'une fragilité extrêmes; la moindre pression les défigure; la dessiccation les racornit, et encore
FAMILLE DES ÉPHÉMÉRIENS.
dans cet état le moindre soufile les casse; aussi font-ils le désespoir des entomologistes.
La famille des Éphémériens se compose en réalité du seul genre Ephemera, bien que des entomologistes aient créé divers genres fondés sur des caractères peu importants.
L'Éphémère vulgaire {Ephemcra vulgata iPl. IV et fig. 46] est
Fin. iG — Éiiliùmèrc vulg
nymphe et iusecte paifait.
considérée comme le type du genre. Elle est brunâtre, tachetée de jaune, avec les quatre ailes transparentes, réticulées par des nervures brunes et ornées en outre de quelques taches de cette même couleur; l'abdomen est terminé par trois lilets d'un brun foncé. La larve est d'un jaune brunâtre, avec le thorax et l'extrémité de l'abdomen tachetés de noir. Cette espèce est la plus répandue en France ; c'est à elle surtout que se rapportent les détails qui précèdent.
La plus grande espèce connue est l'Éphémère à longue queue Eplie-
inera lungicaiida), longue de 25 à 28 millimètres, d'un blanc jaunâtre, avec la partie dorsale et les ailes un peu enfumées ^ son abdomen ne porte que deux filets. Cette espèce se trouve abondamment en Belgique, en Hollande et en Allemagne, principalement dans les grandes rivières comme la Meuse et le Rhin. Sa larve a la tête allongée en forme de corne, et les jambes courtes et épaisses.
On rencontre encore en France et dans les environs de Paris les Ephemera lutea, marginata et bvevicauda^ qui portent, comme le rulgata, trois filets à l'extrémité de l'abdomen, et les Ephemera striata, vAgra et culicifonnis, qui n'ont que deux filets, comme le lungicaiida.
FAMILLE DES LIBELL ULIENS. 77
FAMILLE DES LIBELLULIENS
Les LibcUuliens se distinguent par leurs antennes courtes, terminées par une soicj par des màclioires et des mandibules très-fortes ; des palpes labiales aplaties, recouvrant toute la bouche; à l'extrémité de l'abdomen sont des appendices en forme de pince. Leurs quatre ailes sont grandes, égales, finement réticulées; leurs torses ont trois articles.
Ces insectes légers, déliés dans leur taille, ornés de couleurs brillantes, ont de tout temps attiré les regards et ont reçu le nom de Demoiselles, très-approprié à leur tournure élégante ; mais ce sont de véritables nymphes chasseresses^ essentiellement carnassières, et, comme tous les animaux de proie, on les voit continuellement voler au-dessus des eaux et dans les allées des bois, tantôt planant sur place à la façon de l'aigle ou du milan, tantôt décrivant des cercles rapides et s'élançant comme un trait sur quelque malheureux insecte, qu'ils saisissent et dévorent sans arrêter leur vol.
Lorsque le moment de la ponte est arrivé, la femelle se rend auprès des eaux ; elle se pose sur une branche ou sur une herbe placée au-dessus du liquide et y laisse tomber en un seul paquet tous ses œufs, qui descendent au fond et s'y dispersent.
Les Libelluliens sont des insectes au corps allongé, ressemblant le plus souvent à un petit tuyau cylindrique, formé de différentes parties, à peu près d'égale grandeur, et qui sont les segments. Leur tête est transversale et porte latéralement deux très-gros yeux et trois petits ocelles sur le vertex; des antennes de cinq ou six articles, terminées par une soie, mais si courtes que c'est à peine si toute leur longueur égale la moitié de la tète ; la bouche se compose d'un labre court, large, très-mobile^ de mandibules très-robustes, munies de dentelures aiguës^ de mâchoires cornées, aiguës, munies d'épines; les palpes sont de deux ou trois articles; la lèvre inférieure très-grande, servant à clore complètement la bouche. Le
ORDRE DES NEVROPTÈRES.
thorax est presque carré; les quatre ailes, de taille et de forme pareilles, ont le réseau très-petit et très-serré.
A l'état de larve ou de nymphe, les Libelluliens habitent le fond de nos étangs et de nos ruisseaux. Là, tapies dans la fange, elles attendent avec patience qu'un insecte, un mollusque ou même un jeune poisson vienne passer à leur portée. Alors elles débandent, comme un ressort, une arme fort singulière qui représente chez elles la lèvre inférieure. C'est une sorte de masque animé, armé de fortes pinces dentelées et porté par des pièces articulées, dont l'ensemble égale la moitié de la longueur du corps. Cet instrument agit à la fois comme une lèvre et comme un bras; il saisit la proie au passage et l'amène jusqu'à la bouche (fig. 47 et 48). Lorsqu'arrive le temps de sa métamorphose, la larve se traîne hors de l'eau où elle a vécu près d'une année, grimpe lentement sur quelque plante voisine et s'y suspend la tète en bas. Bientôt le soleil dessèche et durcit sa peau, qui tout d'un coup éclate et se fend. La Libellule dégage d'abord sa tète et son corselet; ses pattes, ses ailes, encore molles et sans vigueur, se raffermissent au contact de l'air; au bout de quelques heures, elles ont pris toute leur force. Aussitôt la Libellule abandonne comme un vêtement usé la peau terne et limoneuse qui la couvrit si longtemps, et devenue Demoiselle, ou plutôt Mouche-dragon, comme l'appellent les Anglais {Dragon fly) , elle s'élance à la recherche de sa proie.
Les larves des Libelluliens nous offrent encore quelques particularités dignes de remarque relativement à leur mode de respiration. N'ayant pas les pattes conformées pour la natation, elles ne peuvent venir par intervalle, comme beaucoup d'autres insectes, respirer l'air à la surface de l'eau ; une disposition particulière vient obvier à cet inconvénient. L'extrémité de l'abdomen présente deux ouvertures, situées entre des appen-
FlG. IS.
Nymplm ik> Libi-llulc
Fjg, .17.
Lavve de Libellule
FAMILLE DES LIBELLULIENS. 79
dices terminaux qui s'écartent ou se rapprochent à la volonté de l'animal. Quand il les écarte, une certaine quantité d'eau p>énètre par ces ouvertures; des organes spéciaux, espèces de branchies internes, absorbent l'air contenu dans cette eau, qui est ensuite rejetée avec force par l'anus.
La famille des Libelluliens se divise assez naturellement en trois groupes ou tribus fondés sur le nombre des articles et la forme des palpes labiales; ce sont les Libelliilides, les yEshnides et les Agrionides.
La première tribu, celle des Libellulides, a les palpes labiales de deux articles et le corps assez épais. Le grand genre Libclliila comprend un nombre considérable d'espèces répandues dans le monde entier. On peut regarder comme le type du genre, la Libellule déprimée {Libclliila depressa) (PI. IV), très-commune dans toute l'Europe, où on la voit voler au bord des eaux pendant toute la belle saison.
Le mâle est d'un brun roussàtre avec l'abdomen bleuâtre en dessus; la femelle est d'un jaune olivâtre, avec les anneaux bordés de jaune latéralement; l'abdomen est large et déprimé dans les deux sexes. Les ailes sont blanches, diaphanes, avec une tache marginale noire, et parsemées de petits points jaunes.
La Libellule à quatre taches {Libellula qiiadrimaculata) , également très-répandue en Europej est de la même taille que la précédente. Elle est d'un brun jaunâtre, avec la tête et les côtés du corselet jaunes. Les ailes, blanches, diaphanes, jaunâtres à la base, portent chacune une tache noire; l'abdomen, d'un roux obscur, a le premier segment, l'extrémité du cinquième et les suivants entièrement noirs; les pattes sont de cette dernière couleur. Dans cette espèce, les deux sexes sont semblables.
Cette jolie Libellule représentée ci-après (page 80, iîg. 4g) est le Libellula pulchella de l'Amérique septentrionale. Elle est brune, tachetée de jaune; ses ailes, blanches et diaphanes, portent trois taches brunes. L'abdomen, fortement déprimé, est bleuâtre dans le mâle et d'un jaune brunâtre dans la femelle, avec le bord des segments d'un jaune clair.
Une autre espèce figurée dans notre PI. V, la Libellule bordée (Libellula marginatà ., plus petite que les précédentes, est d'un brun brillant.
ORDRE DES NEVROPTERES.
avec la bordure des ailes d'un jaune pâle; l'extrémité de celles-ci est toujours blanche et transparente.
Le c^roupe ou la tribu des ^Eshnides se distingue à ses palpes labiales de trois articles, à son corps grêle, à ses yeux très-gros, peu écartés ou même contigus, comme dans les ^Eshncs proprement dites. Ce genre renferme un assez grand nombre d'espèces, dont le type est l'^shne grande
PIG. 49. — Libellula 2'l(lckcUa {voy. page 7!)).
(^Eshua grandis) ; c'est la plus grande Libellule de notre pays; elle ay à 8 centimètres de longueur et jusqu'à 12 centimètres d'envergure. Sa tête est d'un jaune ferrugineux, tachetée de brun; ses yeux énormes, d'un brun bleuâtre; le corselet roussâtre, avec deux bandes obliques jaunes sur les côtés; les ailes sont diaphanes, avec une tache marginale roussâtre ; l'abdomen, d'un brun roux, portant sur chaque segment, du deuxième au huitième, deux petites lignes transversales jaunes dans son milieu et deux
FAMILLE DES LIBELLULIENS.
taches bleues de chaque côté; les appendices abdominaux et les pattes sont roussàtres. La femelle diffère du mâle par les taches de son abdomen, qui sont toutes jaunes, et le huitième segment est sans taches, comme les derniers. Cette espèce est la plus répandue du genre; on la rencontre dans la plus grande partie de l'Europe et communément aux environs de Paris. Sa larve, qui se trouve en grande abondance dans les mares et les étangs, est plus courte que celle des Libclhila ; elle est d'un vert brunâtre, avec des taches irrégulières plus foncées.
^Eslma annulata.
L'yEshne à tenailles [Gomphus forcipata) est le type du genre Gomplnis, qui se distingue des .-Eshnes proprement dites par l'écartement des yeux. D'un tiers plus petite que le grandis, le forcipata a la tète et le corselet d'un jaune brunâtre varié de noir; l'abdomen est noir, avec tous les segments tachetés de jaune sur les côtés et portant, les deux premiers une tache jaune, et les suivants une ligne de même couleur; les pattes sont noires. La femelle est semblable au mâle.
L'^shne annulée {jEshiia annulata) [fig. 5o], également répandue en
ORDRE DES NÉVROPTÈRES.
Europe et dans les environs de Paris, est presque aussi grande que YyEshna grandis; elle est noire, avec des taches d'un beau jaune; ses ailes sont blanches et diaphanes, avec la tache marginale noire, petite et allongée. La femelle est tout à fait semblable au màk; mais ses appendices abdominaux sont plus courts. Dans cette espèce, les yeux sont moins grands et moins rapprochés que dans les précédentes, et l'abdomen se renfle en massue à l'extrémité. Ce dernier caractère a porté quelques entomologistes à en faire un genre particulier sous le nom de Covdiilegaster.
FlU. 51 et 32.
La tribu des Agrionides se distingue à première vue par l'élégance des formes plus sveltes et par Féclat des couleurs ; ces Libelluliens ont en outre les yeux petits, très-écartés et comme pédicellés; leurs palpes labiales sont composées de trois articles.
Les Agrions proprement dits ont les ailes comme pétiolées à la base, pourvues de nervures basilaires parallèles et de cellules assez grandes; leurs ailes sont transparentes. Le type du genre est TAgrion Jeune-fille {Agrion piiella) [fig. 5i et 52]; elle a 3 à 4 centimètres de long et 5 d'envergure. Sa tête et son corselet sont noirs en dessus, bleus en dessous; les ailes sont blanches, très-diaphanes, avec la tache marginale brune; l'ab-
FAMILLE DES LIBELLULIENS.
domen est bleu, avec les cinq premiers articles tachetés de noir, le huitième et le dixième entièrement noirs; les pattes sont de cette dernière couleur. Toutes les parties qui sont bleues dans le mâle sont vertes dans la femelle.
FiG. 53. — Mecistogaster vrnattis (voy. page 84).
Cette espèce est commune en F'rance et dans les environs de Paris, pendant toute la belle saison, dans les endroits marécageux.
L'Agrion sanguin (Agrion sanguineiim) [PI. IV], de même taille que le précédent, est d'un beau rouge carmin tacheté de noir. 11 habite aussi la France.
Le genre Calopteryx se distingue des Agrions, dont il a tout à fait l'apparence, par des ailes larges à la base, pourvues de nervures basilaires parallèles et de cellules très-petites. Dans ce genre rentre TAgrion vierge [Calopteryx virgo) [PI. IV], charmante espèce très-commune dans la plus grande partie de l'Europe et dans nos environs, où on la voit
84 ORDRE DES NÉVROPTÈRES.
voler pendant toute la belle saison au bord des eaux. Elle est entièrement d'un beau bleu verdàtre métallique, avec les ailes diaphanes ayant une large bande transversale d'un bleu verdàtre. La femelle, d'un vert bronzé, a les ailes d'un vert métallique avec une tache marginale d'un jaune blanchâtre. Chez cette espèce, les deux sexes sont assez différents et ils ont tous les deux de nombreuses variétés. Sa larve est très-allongée, presque transparente, d'un vert sale, avec quelques nuances plus claires et plus foncées.
Nous figurons ici une espèce de l'Amérique du Sud, le Mccistogaster ornatiis (fig. 51-i, voy. p. 83), remarquable par la longueur de son abdomen. Sa couleur générale est jaune; les ailes sont transparentes dans les deux premiers tiers de leur longueur, puis lavées de jaune et ornées d'une tache d'un beau jaune opaque à leur extrémité.
FAMILLE DES MYRMÉLÉONIENS. 85
FAMILLE DES MYRMELEONIENS
Les Myrméléoniens se rapprochent des Libelluliens par leur structure générale, mais ils présentent des différences très-notables, surtout sous le rapport de leurs métamorphoses. Leurs caractères principaux sont d'avoir des ailes presque égales, planes; les parties de la bouche solides; les tarses de cinq articles; les antennes filiformes, multiarticulées, les palpes maxillaires composées de quatre ou cinq articles.
Les Myrméléoniens sont terrestres à l'état de larves. Celles-ci sont courtes^ élargies, avec une forte tète armée de longues mandibules. Elles sont très-carnassières et vivent d'autres insectes, dont elles s'emparent de diverses manières. Au moment de subir leur transformation en nymphe, elles se construisent un petit cocon soyeux, auquel sont ajoutées souvent des matières étrangères. La taille de ces larves parait très-minime, comparée à celle des insectes parfaits, et en voyant le cocon piluliforme d'un Fourmi-lion ou d'un Hémérobe, on est étonné d'en voir sortir un si grand insecte.
La famille des Myrméléoniens se divise assez naturellement en quatre groupes ou tribus distinctes. Ce sont les Myrméléonides, les Némoptérides, les Hémérobiides et les Panorpides.
La première tribu, celle des Myrméléonides, est composée d'insectes bien reconnaissables à leurs antennes plus ou moins longues, mais toujours renflées vers l'extrémité. Dans le genre Myrmeleo proprement dit ou Fourmi-lion, ces antennes ne sont pas plus longues que la tète et le corselet réunis et elles sont renfîées graduellement vers l'extrémité, tandis que dans le genre Ascalaphe, de la même tribu, ces antennes sont presque aussi longues que le corps et renflées subitement en une petite massue.
Les Fourmis-lions [Mynneleo) ressemblent au premier coup d'œil aux Agrions, mais leurs antennes et leurs palpes les en font bientôt distinguer ; ils ont, comme ces Libelluliens, un corps très-allongé, une tète
transverse avec deux gros yeux saillants, le corselet globuleux, les ailes grandes ; mais celles-ci sont douées de peu d'énergie, et ces insectes volent mal; ces ailes sont, en outre, couchées dans le repos. Les Fourmis-lions sont carnassiers sous leurs deux états de larve et d'insecte parfait ; mais ce sont surtout les travaux et l'industrie de la larve qui ont de tout temps attiré l'attention sur ces insectes.
Cette larve a une tête et un corselet étroits, avec un abdomen large et très-volumineux. Les mandibules sont plus longues que la tête, grêles et un peu recourbées, formant une longue paire de pinces propres à saisir fortement une proie. La tête, qui est plate, a la forme d'un trapèze irrégulier, plus large en avant; son insertion avec le corselet se fait au moyen d'un cou très-mobile et susceptible d'un grand allongement. L'abdomen^ de forme ovoïde, est bombé en dessus et plat en dessous, divisé par anneaux et garni de poils raides. Les pattes sont composées comme à l'ordinaire , mais le tarse, d'un seul article, est terminé par deux crochets qui ont la faculté de s'écarter et de se rapprocher comme les sabots de certains ruminants, ce qui doit aider l'animal à marcher dans le sable, où il se tient continuellement.
Le type du genre Fourmi-lion (Myrmclco formicariiis) [fig. 54, voy. p. 87] est long d'environ quatre centimètres, noirâtre, avec quelques taches, jaunes, et les ailes diaphanes, offrant quelques points ou taches noirâtres. Nous le figurons ici, ainsi que sa larve.
La larve du Fourmi-lion est d'un gris rosé, avec de petits bouquets de poils noirâtres sur les côtés du corps ; ses pattes sont assez longues et grêles; les antérieures dirigées en avant, ainsi que les intermédiaires, tandis que les postérieures, plus robustes que les autres, sont très-serrées contre le corps et ne peuvent servir à l'animal qu'à se diriger en arrière. C'est d'ailleurs le seul mouvement qu'exécutent les larves des Fourmislions. Cette organisation ne leur permettant pas de poursuivre une proie, il a fallu que la nature leur enseignât l'art de construire des pièges ; et, comme nous allons voir, l'animal a profité de ses leçons.
Dès que le petit Fourmi-lion est sorti de l'œuf, il cherche un emplacement convenable pour creuser son piège. La femelle d'ailleurs, en fai-
FAMILLE DES M YRMELEONIENS.
sant sa ponte, a d'ordinaire pourvu d'avance à la recherche du terrain, qui doit être sablonneux, composé de grains fins et secs, à l'abri des vents et de la pluie; c'est assez souvent au pied de quelque vieux mur ou de quelque gros arbre que le Fourmi-lion s'établit. Lorsqu'il a trouvé la place qui lui convient, il commence par creuser un fossé circulaire, représentant la circonférence que doit avoir l'entonnoir; puis, marchant à reculons et décrivant des tours de spire dont le diamètre diminue graduellement, il enlève le cône de sable. Pour cela faire, il s'arrête à chaque paSj charge
i-lion et sa larve (Mijrmeleo forji
(s), [voy. page 8G].
sa tête de sable, et, la relevant brusquement, lance son fardeau au delà de son enceinte. Une heure lui suffit pour achever son travail. Il se place alors au fond de son entonnoir, le corps enseveli dans le sable et ne laissant passer que les mandibules, qu'il tient ouvertes, comme le montre notre planche V. Ainsi embusqué, il attend patiemment que le gibier lui vienne. Malheur alors à l'insecte imprudent qui, cheminant, passe sur les bords d'un trou dont le talus est raide et dont les parois sont prêtes à s'ébouler; quelquefois il tombe à l'instant au fond du précipice et y est aussitôt dévoré; d'autres fois, ne tombant pas au fond, l'animal cherche à remon-
ORDRE DES NÉVROPTÈRES.
ter; mais le Fourmi-lion, averti par l'éboulement du sable de la présence de sa proie, dégage sa tète et fait jaillir sur lui une pluie de sable qui l'étourdit et la fait tomber à portée de ses redoutables mandibules. Dès que la larve du Fourmi-lion s'est emparée de sa victime, elle la suce pour absorber toutes les parties liquides qu'elle contient, et rejette ensuite sa dépouille au loin. Les fourmis étant très-nombreuses et ayant plus que les autres insectes l'habitude de courir à terre, sont plus exposées à servir de pâture aux Fourmis-lions ; c'est ce qui a valu à ces derniers le nom sous lequel ils sont généralement connus. Le Fourmi-lion n'est cependant pas toujours heureux ; mais la nature lui a donné un estomac capable de supporter de longs jeûnes ^ car on en a conservé vivants pendant plusieurs mois sans leur donner de nourriture.
Quand les larves de Fourmis-lions ont acquis tout leur développement, vers les mois de juillet ou d'août, elles se forment un petit cocon soyeux, mêlé de grains de sable et parfaitement rond comme une petite boule, dans lequel elles se métamorphosent en nymphes. Celles-ci rappellent déjà la forme du corps de l'insecte parfait, mais sont dépourvues d'ailes. Elles ne prennent les organes du vol que vers la fin d'août ou au commencement de septembre.
Le Fourmi-lion {Myrmeleo formicarius) est la seule espèce que l'on rencontre, et même assez communément, aux environs de Paris.
D'autres espèces de Myrmeleo habitent l'Europe méridionale et même le midi de la France; tels sont les Myrmeleo libelliiloides , pisamis , rapax, etc. Les mœurs de leurs larves sont sans doute analogues à celles du Fourmi-lion, mais elles n'ont pas encore été observées avec le même soin.
Nous donnons, à la planche V, la figure d'une magnifique espèce, le Myrmeleo cajfer, de l'Afrique australe. Sa couleur générale est le brun clair avec des taches jaunes. Les ailes sont transparentes, légèrement lavées de jaune et tachetées de bruri plus ou moins foncé. La larve de cette espèce, comme celle du Myrméléon libelluloïde, chasse à découvert dans les lieux arides et sablonneux, mais sans creuser d'entonnoir.
Les Ascalaphes {Ascalaphus) se distinguent des Myrméléons par leurs
FAMILLE DES MYRMELEON lENS.
antennes longues, renflées à leur extrémité en une petite massue, rappelant celles des papillons diurnes; par leur abdomen beaucoup plus court, parleurs ailes plus larges et moins longues. Tout le corps de ces insectes est très-velu; leurs yeux sont comme formés de deux parties soudées ensemble; leurs pattes sont courtes, avec cinq articles à tous les tarses. Les espèces de ce genre habitent surtout l'Europe méridionale; une seule,
Pjg. 55. — Nemopleia imperatrix (voy. page 90).
l'Ascalaphe longicorne {Ascalaphiis longicornis , se montre dans le centre de la France et rarement aux environs de Paris. L'insecte est noir, avec le bord des yeux et les tibi:is jaunes; leurs ailes sont transparentes, à nervures brunes, et tachetées de jaune-soufre. U Ascalaphiis mcriciionalis se trouve en Provence. Ces insectes, au contraire des Myrméléons, ont le vol rapide et puissant.
Nous donnons, planche V, la figure d'une belle espèce de l'Europe
go ORDRE DES NÉVROPTERES.
méridionale : VAscalaphus kolyrauensis. Sa tète est noire, ornée d'un cercle de poils d'un jaune doré; le thorax et l'abdomen sont d'un pourpre très-sombre et dont on ne voit bien les reflets qu'à la pleine lumière. Les ailes ont le champ transparent, avec des taches variées, noires à la base^ jaunes au centre, puis d'un brun foncé.
La tribu des Némoptérides, caractérisée par des antennes sétacées, la tète un peu prolongée en bec, les ailes postérieures presque linéaires, souvent dilatées en forme de spatule, ne comprend qu'un genre, celui des Némoptères, dont on ne connaît qu'un petit nombre d'espèces des contrées chaudes de l'ancien continent; telles sont les Nemopteva Coa des lies de l'Archipel, Nemopteva alba de Bagdad, et Nemoptera imperatiix de l'Afrique occidentale (fig. 55, voy. p. 89). Cette superbe espèce n'est remarquable que par la beauté de ses ailes; les supérieures sont transparentes et irisées des couleurs les plus vives de l'arc-en-ciel; les inférieures sont transformées en une longue queue qui s'épanouit en palette comme les plumes caudales de certains oiseaux-mouches.
La tribu des Hémérobiides est caractérisée par des tarses présentant entre leurs crochets une petite pelote, et par un abdomen dont la longueur ne dépasse pas celle de la tète et du corselet réunis. Le genre Hémérobe, type de ce groupe, se distingue par l'absence d'ocelles, par des ailes égales, disposées en toit au repos, sans dilatation. Leur nom, qui est synonyme de celui à' Ephémère^ leur a été donné par Linné parce qu'ils sont censés ne vivre qu'un jour. Ce sont de fort jolis petits insectes; leurs yeux globuleux, souvent couleur d'or [chrysops], rendent leur tète beaucoup plus large que le corselet; leurs antennes sont longues, sétacées; le prothorax est long, plus étroit que la tète et les autres segments du corselet; l'abdomen est plus allongé que le reste du corps; les ailes sont presque deux fois aussi longues que le corps et très-transparentes. Mais si, séduit par son élégance, on saisit cet insecte, ce qui est facile, car, malgré ses longues ailes, son vol est lourd, il laisse après les doigts une odeur infecte, dont on a souvent de la peine à se débarrasser.
Les larves des Hémérobes (fig. 56-b.) sont renflées au milieu du corps
FAMILLE DES MYRMELEONIENS.
et pointues à leurs deux extrémités; elles sont très-vives et très-souples. Elles vivent à l'air ou sous les feuilles et au milieu des pucerons dont elles font leur nourriture, car elles sont très-carnassières et ne s'épargnent même pas entre elles. On les voit saisir de leurs mandibules aiguës les pucerons les plus dodus, les élever en l'air, les sucer en moins d'une minute et rejeter les peaux vides; elles en sacrifient ainsi un nombre considérable dans une seule journée, et Réaumur, qui les a étudiées avec soin, leur a donné le nom de Lions des pucerons. La larve de V Hémérobe chrysops, espèce qu'a surtout étudiée Réaumur et que nous figurons ici (fig. 56-b.i, a une singulière habitude : celle de se recouvrir des peaux vides de ses victimes comme un sauvage indien se pare des chevelures qu'il a scalpées. Dès qu'elle a sucé un puceron, d'un coup de tête elle jette sa peau sur l'extrémité de son corps et l'y fixe sans autre moyen que les irrégularités ou les poils qui s'y trouvent; une seconde va joindre la première et ainsi de suite; toutes ces peaux tiennent ensemble par le seul entrelacement de leurs parties. Dans quel but la larve de l'Hémérobe se revêt-elle de cette singulière armure? est-ce pour se déguiser aux yeux de ses trop confiantes victimes, comme le fait la Réduve à masque , ou afin de se dérober
elle-même à la vue et aux attaques de ses propres ennemis, comme nous l'avons vu pratiquer à la larve du Criocère du Lis? [Coléoptères.) Au milieu de l'abondance où vivent ces larves , elles ont bientôt pris tout leur accroissement; aussi ne vivent-elles sous cet état qu'une quinzaine de jours; passé ce temps, elles se retirent dans quelque feuille desséchée et se mettent, à l'abri d'un de ses plis, à construire leur coque au moyen de la filière qui est située à l'extrémité de leur abdomen;
Ilemerobius chr.
elle s'y renferme complètement et l'on est étonné que le corps de la larve puisse tenir dans un si petit objet qui atteint à peine la grosseur d'un petit pois; mais l'insecte qui en sort avec ses grandes ailes, ses longues antennes et son corps menu, est encore plus incompréhensible. La durée du séjour des nymphes dans la coque varie selon la température. Ces nymphes, que nous figurons en c, sont recourbées dans leur cocon et portent leurs ailes et leurs antennes curieusement contournées.
Les femelles fécondées font leur ponte comme tous les autres insectes; mais leurs œufs offrent une singularité remarquable. Ces œufs sont abondamment enduits d'une matière visqueuse, très-extensible, et qui, desséchée à l'air, reste élastique. La femelle, au moment d'en déposer un, appuie sur une feuille l'extrémité de son abdomen et le relève sans lâcher l'œuf; la liqueur collée à la feuille s'allonge et forme un filet délié, au
bout duquel se balance l'œuf qu'abandonne la femelle (fig. 56, g./.). Ces œufs, portés sur de longues tiges, ressemblent tellement à certaines Mucédinées, que des botanistes les avaient classés comme telles.
Tout ce qui précède se rapporte surtout à
FIO. 04. — Hemerobins chrysops. i»tt
1 Hémérobe aux yeux dorés [Hemerobiiis chrysops) [fig. 56 à 64]. Sa tête et son corps sont mélangés de noir et de vert; ses antennes sont fauves^ ses ailes diaphanes, azurées, ont les nervures longitudinales vertes et les transversales noires ; les yeux sont dorés dans l'insecte vivant.
L'Hémérobe perle {Hemerobiits perla), un peu plus grand que le précédent, mais également commun dans nos environs, a le corps, les antennes et les nervures des ailes jaunâtres. Les yeux sont couleur d'or dans l'insecte vivant.
Le genre Osmyle, voisin des Hémérobes, en diffère surtout par les trois ocelles qui existent sur le vertex. II a pour type une espèce assez répandue en Europe, YOsmylus maculatus, dont la larve se trouve dans la terre humide et monte après les tiges des plantes pour se métamorphoser en
FAMILLE DES MYRMÉLÉON lENS. gS
nymphe. Cette espèce, assez rare aux environs de Paris, est d'un jaune brunâtre, avec les ailes diaphanes, d'un blanc irisé tachetées de noir.
La tribu des Panorpides forme un petit groupe assez singulier à raison de la forme de la tête des espèces qui la composent^ cette tète est fortement prolongée en une sorte de bec long et grêle. Les antennes sont sétacées, les ailes postérieures arrondies, étroites. Le genre Panorpa, qui donne son nom au groupe , a pour type une espèce commune partout {Panorpa communis) [fig. 65]. — Elle se tient dans l'herbe et les broussailles pendant toute la belle saison. Son corps est grêle, porté sur de longues pattes , tacheté de jaune et de noir. Les ailes sont transparentes, maculées de noir, et chevauchent l'une sur l'autre au repos, en recouvrant l'abdomen. Chez le mâle, l'abdomen se recourbe à l'extrémité sur le dos, et son dernier anneau est prolongé en une pince rougeàtre et gonflée, qui otïre quelque ressemblance avec la queue relevée du scorpion, d'où le nom vulgaire de Aloiiche-Scorpion , qu'on lui donne parfois; mais il n'y a pas ici, comme chez le scorpion , de poche à venin ; c'est un instrument de préhension et non une arme offensive. L'abdomen de la femelle se termine tout ditréremment: ses anneaux s'effilent en
FiG. Go. — Panorpa communis.
un long tube rétractile propre à la ponte des
œufs. Les Panorpes sont des insectes très-carnassiers et très-hardis : ils se jettent sur des papillons et des mouches beaucoup plus gros qu'eux, les percent de leur bec acéré et les emportent sur quelque plante pour les dévorer à leur aise.
La femelle dépose ses œufs dans la terre ; ceux-ci sont assez volumineux et éclosent au bout de huit jours. La larve se nourrit de débris organiques, et parvient à toute sa croissance au bout d'un mois. Sa couleur est alors d'un gris rougeàtre. La tète a la forme d'un cœur et est armée de fortes mâchoires; le corps est divisé en douze segments bien distincts, dont chacun porte des verrues garnies d'un bouquet de poils, comme certaines chenilles nocturnes , et sur les trois derniers segments sont des stylets cylindriques terminés par de longues soies. Cette larve s'enfonce en terre
g^ ORDRE DES NÉVROPTÈRES.
plus profondément pour se transformer en nymphe, et en sort à l'état ailé quinze jours après.
Les Borées se distinguent des Panorpes par l'absence d'ocelles et par l'état rudimentaire de leurs ailes. Ce sont des insectes de très-petite taille. Le Borée hyémal [Borœus hyemalis) habite le nord de l'Europe; on en trouve parfois des quantités considérables sur la neige.
FAMILLE DES RAPHIDIENS. 95
FAMILLE DES RAPHIDIENS
Les Névroptères qui font partie de la famille des Raphidiens se distinguent à leurs ailes presque égales, ayant des nervures transversales peu nombreuses; à leur bouche un peu avancée en forme de bec, mais moins que dans les Panorpides. Leurs antennes sont sétacées, leur prothorax très-long et leurs tarses composés de cinq articles.
Cette^ famille renferme, comme la précédente, des types assez différents entre eux. Leurs larves sont beaucoup plus allongées que celles des Myrméléoniens, et leur genre de vie est bien différent. Nous la divisons en troistribus distinctes, dont la première, celle des Mantispides, estbien reconnaissable à ses pattes antérieures ravisseuses, à ses jambes trèsrenflées, armées d'épines, et dont les tarses peuvent se replier sur la jambe, de manière à former une pince préhensile. Cette tribu ne comprend qu'un seul genre, Maiitispa^ dont les espèces, quoique peu nombreuses, sont dispersées dans des régions très-opposées. Les Manlispes ont la tête large, avec des antennes courtes; le prothorax allongé et plus étroit que la tète, des ailes diaphanes à réseau assez lâche, des pattes antérieures ravisseuses comme celles des Mantiens parmi les Orthoptères, ce qui suffirait à indiquer les appétits carnassiers de ces Névroptères.
Le type du genre est la Mantispe païenne Mantispa pagana) ^ qui se trouve dans le midi de la France et quelquefois, mais très-rarement, dans les bois des environs de Paris. Ses métamorphoses, longtemps ignorées, ont été récemment découvertes en Autriche et publiées par M. F. Brauer; elles offrent des détails très-curieux. La Mantispe femelle pond en juillet sur les buissons et les plantes basses de très-nombreux et très-petits œufs roses, d'où sortent de petites larves hexapodes, très-agiles, et qui courent çà et là aussitôt après leur naissance. Ces petites larves sont parasites et vivent aux dépens des petites araignées renfermées dans les cocons que les Lycoses, les Clubiones et quelques autres araignées errantes
ORDRE DES NÉVROPTÈRES.
déposent dans des trous ou attachent aux tiges des végétaux. Les petites larves de Mantispes grimpent sur ces coques, les déchirent en un point à l'aide de leurs mandibules et entrent dedans. Là, elle attend patiemment l'éclosion des œufs et égorge les jeunes araignées à mesure qu'elles sortent. Elle grossit ainsi peu à peu au milieu d'une sorte de bouillie formée par les cadavres de ses victimes, puis, parvenue à son entier développement, elle subit une mue qui est une sorte de métamorphose; elle devient boursouflée, n'a plus que des
pattes rudimentaires , grosses et coniques, impropres à la marche, et son abdomen se termine en pointe et se trouve muni de filières anales.
Elle demeure ainsi quelque temps enroulée au milieu des cadavres des petites araignées, continue à y grossir, jusqu'à atteindre 8 ou lO millimètres, puis se file un cocon d'un jaune verdàtre dans l'intérieur du sac à œufs de l'araignée. Au bout d'une quinzaine de jours , elle se transforme en nymphe, dont les yeux et les pattes antérieures ravisseuses pliées sur le côté indiquent déjà l'insecte parfait. Enfin, elle quitte son cocon, perce celui de l'araignée, et une nouvelle mue la fait sortir à l'état de Mantispe ailée.
Nous figurons ici le Mantispa grandis (fig. 66), le géant du genre, originaire de l'Afrique australe. Son corps est d'un brun pâle, et ses ailes sont transparentes, à l'exception d'une large bande bordant la portion supérieure de l'aile et qui est d'un jaune brun. Ses jambes ravisseuses sont très- robustes.
La tribu des Raphidiides, comme la précédente, ne renferme qu'un genrcj Raphidia. Les Raphidies ressemblent aux Mantispes par les ailes et
Mantispa grandis.
FAMILLE DES RAPHIDIENS. 97
par Ici longueur du prothorax; mais leur tête est plus grande, plus aplatie, et leurs pattes antérieures ne sont pas ravisseuses, mais simplement propres à la marche, comme les autres. L'abdomen des femelles est, en outre, muni d'une longue tarière, un peu recourbée, au moyen de laquelle elles pondent leurs œufs sous les écorces, où leurs petites larves vivent de proie. Ces larves sont allongées, avec la tète trèslarge, aplatie, portant de petites antennes^ leur premier anneau thoracique est écailleux et plus long que les suivants. Ces larves sont très-actives et remuent leur corps dans tous les sens comme des serpents. Les nymphes ne sont pas renfermées dans un cocon comme celles des Mantispes ou des Myrméléoniens ; elles ressemblent déjà beaucoup à l'insecte parfait, et leurs ailes sont appliquées sur les parties latérales du corps.
Le type du genre est la Raphidia aphiopsis (fig. 67), que l'on trouve, mais rarement, aux environs de Paris. Son corps est noir; ses ailes
, , . . ^ 1 • 1 1 Ylii. 67. — Raphidia aphiopsis.
blanches, entièrement diaphanes, ont une tache
noire vers leur extrémité; l'abdomen est noir avec plusieurs lignes
longitudinales jaunes.
Les Semblides forment la troisième et dernière tribu de la famille des Raphidiens; elle se distingue des deux précédentes par la tête et le prothorax courts, les pattes simples et l'absence de tarière chez les femelles. Leurs antennes sont longues , filiformes et composées d'un grand nombre d'articles.
Le genre Corydalis est des plus remarquables. Nous figurons ci-après le Corydalis armata (fig. 68, voy. p. 98), qui habite l'Amérique du Sud (Colombie), et dont l'envergure des ailes atteint 14 centimètres. C'est la plus grande espèce connue jusqu'à ce jour. L"individu représenté ici est un mâle, et le principal caractère de ce sexe réside dans la conformation des mandibules, qui sont tellement développées, longues, aiguës, qu'on croirait voir un fourmi-lion gigantesque qui aurait conservé ses armes de larve. Chez la femelle, ces mandibules sont robustes mais courtes, et il y a
ORDRE DES NÉVROPTÈRES.
autant de différence entre les deux sexes qu'entre ceux du Lucane cerf-volant et de sa femelle.
Le genre Semblis a pour type le Semblis de la boue {Semblis lutaria)^ très-commun dans notre pays. Les pêcheurs à la ligne, qui s'en servent comme amorce, le nomment voilette. Il est d'un brun enfumé, à ailes réticulées de noir ; les postérieures très-larges , recouvertes au repos
FiG. 68. - Curydalis armalu cf (voy. page 97).
par les antérieures en forme de toit; le mâle est d'environ un tiers plus petit que la femelle. Celle-ci pond sur les feuilles^ les roseaux, les pierres placées au bord des eaux, des œufs allongés, qu'elle dispose les uns à côté des autres. Au sortir de l'œuf, la jeune larve se rend à l'eau. Cette larve a une tête écailleuse, pourvue d'yeux et d'antennes courtes, de quatre articles, dont le dernier en soie, des mandibules arquées munies de dents au côté interne. Leur abdomen
FAMILLE DES RAPHIDIENS.
porte à l'extérieur des organes respiratoires consistant en filets articulés disposés des deux côtés au nombre de deux sur chaque anneau. Au moment de se transformer en nymphes^ ces larves sortent de l'eau et vont le plus habituellement subir leur transformation au pied des arbres; là, elles se creusent dans la terre une cavité ovalaire et y restent logées tant qu'elles demeurent sous la forme de nymphe. L'insecte parfait sort de la nymphe en laissant sa dépouille tout à fait intacte; il vit à peine quelques jours.
FAMILLE DES PHRYGANIENS
La famille des Phryganiens, dont quelques auteurs ont fait un ordre à part sous le nom de Trichoptères, comprend des insectes qui rentrent par leurs caractères généraux dans l'ordre des Névroptères. Leurs ailes membraneuses sont presque égales, offrant des nervures branchues sans réticulations transversales; leurs mandibules sont rudimentaires et leur bouche impropre à la mastication.
Les Phryganiens ont de grands rapports avec certains Lépidoptères de la famille des Phaléniens; ils ont, en général , des couleurs grisâtres assez sombres, des antennes longues et filiformes, et, comme les Psychés, ils ne prennent aucune nourriture à leur état d'insecte parfait. Ils forment en réalité le passage entre les Névroptères et les Lépidoptères, auxquels nous avons consacré un volume particulier.
Les Phryganiens sont répandus sur tous les points du globe, mais ils sont surtout nombreux en Europe. On les rencontre particulièrement dans les endroits marécageux, au bord des eaux. Ils volent le soir en grande quantité pendant les beaux jours d'été. Leurs larves sont aquatiques; elles ont une tète écailleuse, les trois premiers anneaux du corps également cornés, les autres extrêmement mous et le dernier constamment muni de deux crochets. Les parties latérales des anneaux de l'abdomen sont garnis d'organes respiratoires, dont la forme et la disposition varient suivant les genres et les espèces. Ces larves, ayant la plus grande partie de leur corps d'une consistance très-molle, seraient trop facilement la proie des nombreux insectes et reptiles carnassiers qui habitent les eaux, si la nature ne leur avait donné une industrie propre à les protéger: elles se construisent, en eflet, des étuis ou fourreaux soyeux recouverts de corps étrangers, tels que des fragments de bois, de feuilles, de petites pierres, de petits coquillages, etc. Chaque espèce
FAMILLE DES PHRYGANIENS.
emploie toujours les mêmes matériaux, à moins qu'elle ne s'en trouve privée et ne soit obligée d'avoir recours à d'autres.
La forme de ces fourreaux varie beaucoup selon les divers matériaux dont ils sont construits; les brins d'herbes, les morceaux de bois, les pierres et les coquillages disposés et entrelacés de différentes manières, donnent à ces étuis les formes les plus irrégulières et les plus variées. Ces larves , en général , sortent la tête et le corselet de leur étui et le traînent après elles en marchant, ce qui leur a fait donner le nom vulgaire de charrées ; mais il en est quelques-unes, cependant, qui se construisent seulement des abris immobiles. Ces larves, très-communes dans toutes les eaux stagnantes ou peu courantes, peuvent être facilement recueillies et mises dans un aquarium , où Ton aura le spectacle de leurs curieux travaux. Elles sont omnivores et se contentent parfaitement des feuilles de saule; la seule condition pour les conserver est de ne pas laisser corrompre l'eau dans laquelle on les conserve.
Quoique très-nombreux en espèces, les Phryganiens se ressemblent beaucoup; les entomologistes en ont fait cependant plusieurs genres^ basés principalement sur la forme des palpes ou des nervures des ailes. Dans les Phryganes proprement dites {Phrygaiiea)^ les palpes maxillaires sont plus longues que les labiales, de quatre articles, et les ailes sont pourvues de nervures transversales; dans les Sericostoma, ces palpes n'ont que trois articles et les ailes sont dépourvues de nervures transversales ; les Hydropsychés ont les palpes maxillaires simples dans les deux sexes, les ailes sans nervures transversales, les jambes antérieures munies d'éperons; les Mystacides ont des palpes maxillaires très-longues et poilues, de cinq articles; leurs ailes sont pourvues de nervures transversales; enfin, les Hydroptiles, les plus petits des Phryganiens, ont les palpes de cinq articles, hérissées, et des ailes étroites.
Le genre Phrygane (Phryganea) renferme les espèces les plus remarquables; la Phryganea grandis, figurée dans notre PI. IV, peut être considérée comme le type du genre ; elle est assez commune en France et dans nos environs. Son corps, ses ailes et ses antennes sont couverts d'un duvet très-serré, plus long sur les nervures. Nous empruntons au
ORDRE DES NÉVROPTÉRES.
livre intéressant de M. Pizzetta, ï Aquarium, la description des procédés mis en œuvre par la larve de cette espèce pour construire son fourreau.
« Il est fort intéressant de voir ces larves fabriquer leur étui; il faut donc les mettre à part dans un vase en verre, rempli d'eau limpide, qu'on aura toujours soin de laisser ouvert et à l'abri delà grande chaleur. Pour faire sortir une larve de son étui^ il faut employer certaines précautions; car si on la tirait par la tête, elle se cramponnerait si fortement avec ses crochets abdominaux qu'on ne la retirerait pas entière. Le meilleur moyen est de la pousser par derrière avec une pointe émoussée ou une tête d'épingle; elle avance ainsi peu à peu et finit par sortir. Si l'on met une larve ainsi sortie à côté de son étui, elle cherchera à y rentrer; mais si on enlève celui-ci et qu'on lui donne les matériaux nécessaires, on la verra s'en fabriquer un autre.
« Prenons, par exemple, celle-ci, qui habite un étui de pierres(fig. 69, a). Après s'être promenée par tout le vase, comme pour reconnaître le terrain et choisir un endroit propre à confectionner son étui, la larve choisit deux ou trois petites pierres plates et en fait une voûte mince , soutenue par des fils de soie, au-dessous de laquelle elle se loge. Ce premier point accompli^ on la voit successivement prendre une pierre avec les pattes et la présenter comme le ferait un maçon, cherchant à ce qu'elle rencontre exactement l'intervalle et à ce que la surface soit lisse à l'intérieur; elle l'attache alors par des fils de soie aux pierres voisines. Elle fait la même chose pour chaque pierre, en se tournant toujours en dedans de son ouvrage, dont elle sort le moins possible, et seulement autant qu'il le faut pour saisir les pierres qui lui conviennent. Elle met cinq à six heures à faire son étui, qu'elle tapisse entièrement de soie à l'intérieur.
« Si la larve se sert d'autres matériaux, coquilles, bois, feuilles, la fabrication de l'étui est la même , mais d'autant moins longue que les matériaux ont plus de surface. Elle commence toujours par la partie postérieure, et avance ensuite peu à peu. Arrivée au moment de sa transformation en nymphe, la larve s'enferme dans son étui et le bouche; elle sait que la mollesse de ses téguments et son impossibilité de fuir la livreraient sans défense à ses ennemis. Cette clôture de l'étui se fait aux deux
FAMILLE DES PHRYGANIENS.
bouts par une grille ou tamis de soie, qui ferme l'étui sans empêcher l'eau de passer. Celles qui font leur étui de pierres le ferment souvent avec une seule pierre plate.»
Nous figurons ici plusieurs spéci- o '• •■ d
mens de fourreaux (fig. 69 à 72 ' : en b est celui de la Phrygaiic rhombiqiie, composé de petites bûchettes de bois disposées transversalement; en d est celui de la Phryganca liiiiaris, composé de brins d'herbes et de nervures fig. es à 72. - luuncaux de pinyganes. de feuilles savamment enchevêtrées -,
en c est représenté l'étui de la Phrygauea fiisca , fabriquée de petites coquilles agglutinées par de la matière soyeuse.
FlG. 73 et 74. — Fhryganea fii
La Phrygane brune [Phrygaueafusca) [fig. yS et 74], de moitié plus petite que la Phr. grandis, est d'un brun clair, avec des taches et les nervures des ailes plus foncées. Elle construit son fourreau soit avec de petites
ORDRE DES NÉVROPTÈRES.
pierres, soit avec de petites coquilles, et elle choisit de préférence celles des planorbes qui sont rondes et plates.
Nous avons dit que, pour se transformer en nymphe, la larve ferme son étui aux deux extrémités , mais avec des fils de soie un peu lâches pour laisser passer l'eau. Ces grilles sont souvent fortifiées de brins d'herbes, de petites pierres, de bûchettes de bois, etc. Au bout de quinze
FiG, 75 à 83. — 1. Ferla mart/inata (page 72). — 2. LimnepJiUiis hicolor. a. Itivre. h. mâclioîre ot palpe r. lèvre de la femelle, e. pince anale du mâle. — 3. Fhri/t/anett minor, — 4. Leptocerus oc/tra'^eus.
à vingt jours, ces nymphes rompent la grille et sortent du fourreau. Elles gagnent , en nageant sur le dos , quelque plante aquatique, sur laquelle elles montent; puis, quelques instants après leur sortie de l'eau^ leur peau se boursoufle comme une vessie pleine d'air, se déchire sur le dos et donne passage à l'insecte parfait, qui étend ses ailes, les sèche à l'air et s'envole. Une fort jolie espèce de Phrygane, que l'on voit parfois voler le soir
FAMILLE DES PHRYGANIENS. io5
en grand nombre au-dessus des ruisseaux et des étangs, est la petite Phrygane [Phryganea minor) [fig. yS (3), voy. p. 104]. — La couleur du corps est d'un brun jaunâtre, avec le dessus de la tête et le thorax couverts d'un duvet jaune; les ailes supérieures sont d'un brun pâle avec des taches et une bande oblique d'un beau brun foncé; les ailes inférieures sont transparentes et irisées ; les antennes , d'un brun clair, sont annelées de brun foncé. Une autre espèce, le Limnephilus bicolor, est représenté fig. 75 (2), (voy. p. 104J. Ce petit genre diffère des Phryganes propres par les ailes plus étroites, coupées plus carrément au bout; leurs jambes intermédiaires sont, en outre, pourvues d'un seul éperon, tandis que les Phryganes en ont deux. Sur la même planche est représenté (fig. 75 (4), voy. p. 104) le Leptocerus ochraceus, qui appartient au groupe des Mistacides. Cet insecte est surtout remarquable par la longueur excessive de ses antennes.
11 y a de petites espèces très-analogues à l'état adulte, mais dont les larves offrent certaines différences. Ce sont les Hydropsychés. 11 est de ces larves qui ont des branchies en touffes et, en outre, au bout de l'abdomen, deux longs pédicules à crochets, entre lesquels sortent quatre tubes rétractiles communiquant avec les trachées. D'autres, les Rhyacophiles , n'ont pas de branchies du tout, et portent à l'extrémité de l'abdomen deux tubes pour respirer l'air au dehors. Toutes ces larves se font des abris momentanés et fixes, dont elles sortent à volonté. Cet abri consiste le plus habituellement en une calotte ou réseau de fils de soie collés à une pierre plate, à une souche, à une plante immergée. D'autres enfin se font des tuyaux en terre durcie appliquée par un côté contre une pierre, et circulent dedans.
Le type du genre Rhyacophile {Rhyacophila inilgaris est long de 14 millimètres, et son envergure est du double. Il a le corps fauve, les antennes courtes et minces; les ailes supérieures diaphanes, à nervures fauves, avec une grande quantité de points bruns; les ailes inférieures n'ont pas de taches. La larve de cette espèce se tient dans les ruisseaux sous les pierres; sa tête est jaune avec trois taches noires, son corselet jaune et son abdomen varié de vert et de pourpre; le dernier segment de
io6
l'abdomen est terminé par quatre crochets dentelés en dessous. Cette espèce se trouve assez communément en France et en Suisse dans le milieu de l'été.
Les Hydroptiles sont de très-petits Phryganiens à antennes courtes et filiformes, à palpes maxillaires de 5 articles; leurs ailes sont terminées en pointe, très-velues, ayant leurs nervures peu distinctes. Ces insectes volent surtout le soir.
UHydroptila piilchricornis n'a que 3 millimètres de longueur; son corps est noir, ses ailes grisâtres tachetées de blanc. Ce joli petit insecte n'est pas rare aux environs de Paris.
Fio. 84. — Tcvmite hicifngi?, feraello et sfildats çi-ii
ORDRE DES HYMÉNOPTÈRES
L'ordre des Hyménoptères est certainement l'un des plus intéressants, tant à cause des différents genres d'industrie qu'ortrent les insectes qui le composent, que par l'intérêt dont ils peuvent être pour l'homme, puisqu'ils renferment les insectes qui nous donnent la cire, le miel, la noix de galle, etc.
Les caractères rigoureux auxquels on reconnaît les insectes de cet ordre sont : quatre ailes nues, simplement veinées, dont les inférieures toujours beaucoup plus courtes; des mandibules, des mâchoires et une lèvre susceptibles d'un grand allongement, modifiées de manière à former une trompe; une tarière ou un aiguillon dans les femelles.
ORDRE DES HYMÉNOPTÈRES
Dans la méthode , la place que doivent occuper ces insectes a souvent varié, selon la valeur des organes que l'on a voulu prendre pour base. Si l'on adopte les ailes pour caractère principal , comme l'ont fait beaucoup d'entomologistes , les Hyménoptères devront être placés entre les Névroptères et les Lépidoptères; mais si l'on considère les organes buccaux et le canal alimentaire, bien plus importants à iiotre avis, ces insectes doivent être intermédiaires entre les insectes broyeurs et les insectes suceurs, c'est-à-dire être placés entre les Névroptères et les Hémiptères.
Les Hyménoptères ont la tête globuleuse, verticale ; les yeux à réseaux globuleux, ordinairement plus développés dans les mâles ; ils ont en outre, pour la plupart, trois ocelles placés en triangle sur le vertex; leurs antennes varient de forme suivant les genres et même suivant les sexes; leur bouche se compose d'un labre incliné, de deux mandibules cornées, de deux mâchoires et d'une lèvre étroite souvent allongée en manière de trompe, d'une languette rétractile souvent très-longue, trifide, plumeuse; les palpes maxillaires sont le plus souvent de six articles et les labiales de quatre ; les pattes ont toutes des tarses de cinq articles et terminés par deux crochets; les ailes sont transparentes, veinées longitudinalement, croisées l'une sur l'autre dans le repos^ et unies, lorsqu'elles sont étendues, par une rangée de petits crochets fixés au bord antérieur des secondes ; les nervures, en s'anastomosant entre elles, forment des cellules dont la forme et la grandeur ont servi au classement des Hyménoptères. L'abdomen tient au thorax par un étranglement formé par le second segment abdominal; il est formé de cinq à neuf segments, et muni à son extrémité soit d'une tarière, soit d'un aiguillon; l'un et l'autre sont composés de trois pièces principales : la tarière ou l'aiguillon proprement dit, et deux pièces qui l'enveloppent, formant une gaine; la pièce principale est toujours dentelée. Les tarières sont .extérieures, dépassant le corps ou logées dans une rainure inférieure de l'abdomen ; les aiguillons sont toujours internes et portent à leur base des glandes venimeuses sur lesquelles agit l'aiguillon pour faire sortir la liqueur par l'efïet même de la piqûre.
ORDRE DES HYMÉNOPTÈRES
Les Hyménoptères sont des insectes terrestres, vivant à l'état parfait sur les fleurs; c'est parmi eux que l'on trouve les mœurs les plus curieuses, les instincts les plus extraordinaires, appliqués surtout à la construction du nid et à la conservation des petits. Mais ces insectes, si bien doués à l'état adulte, sont au contraire très-peu avancés en sortant de l'œuf; la majeure partie des larves est privée de pattes et demeure pendant toute sa vie dans le berceau où la mère est venue pondre son œuf. Rien ne varie plus d'ailleurs que la première demeure et l'alimentation propre au jeune insecte ; un instinct admirable guide la mère, qui place ses œufs dans les conditions les plus favorables à leur développement et à l'approvisionnement des larves qui doivent en sortir. Les unes sont nourries de miel, les autres de matières végétales, d'autres encore de proie vivante.
Tous ces insectes subissent des métamorphoses complètes, c'est-à-dire qu'ils demeurent, pendant leur état de nymphe, incapables de se mouvoir et de prendre aucune nourriture.
Sous le rapport de la classification, les Hyménoptères sont généralement divisés en deux grandes sections : les Porte-aiguillon et les Térébrans, suivant que les femelles sont armées d'un aiguillon ou d'une tarière. La première de ces sections comprend sept familles : les Apiens, les Vespieiis, les Eiiméniens , les Crabroniens, les Sphcgicns, les Formiciens et les Chrysidieiis. La seconde section, celle des Térébrans, comprend six familles : celles des Chalcidiens, des Proctotnipiens, des Ichneiimoniens , des Cynipsiens , des Siriciens et des Tciithrédiniens. Nous allons passer successivement en revue toutes ces familles.
ORDRE DES HYMENOPTERES
FAMILLE DES APIENS OU MELLIFERES
La première famille des Hyménoptères, celle des Apiens ou Melli- FÈRES, a pour types l'Abeille et le Bourdon. Tous les insectes qui la composent savent fabriquer cette pâtée sucrée et parfumée qu'on appelle mielj et dont ils nourrissent leurs larves. Ils ont pour caractères communs : mâchoires et lèvres ordinairement fort longues, constituant une trompe ; lèvre inférieure plus ou moins linéaire avec l'extrémité soyeuse. Pattes postérieures le plus souvent conformées pour récolter le pollen des étamines, le premier article des tarses très-grand, en forme de palette carrée ou de triangle. Ailes étendues pendant le repos.
La famille des Apiens se divise en plusieurs groupes ou tribus fondées sur la forme des jambes postérieures et de la langue. La première de toutes, celle des Api des, qui renferme les Abeilles et les Bourdons, offre pour caractères distinctifsdes pattes postérieures ayant les jambes élargies et le premier article des tarses dilaté à l'angle externe de sa base ■ la langue cylindrique presque aussi longue que le corps.
Les Abeilles proprement dites [Apis] ont les jambes postérieures inermes ; le premier article des tarses quadrangulaire, avec son angle supérieur proéminent. Ce genre comprend une dizaine d'espèces trèsanalogues entre elles par la taille et les habitudes.
Celle qui vit en France et dans tout le nord de l'Europe, qui a été l'objet des études de Réaumur et de Huber, est l'Abeille mellifique {Apis mellifica., que nous figurons ici avec tous ses détails. Elle est de couleur brune à duvet plus clair, avec l'abdomen d'un brun uniforme.
Celle dont parlent les anciens, et que l'on élève encore en Italie, en Grèce et dans une partie de l'Orient, est l'Abeille ligurienne {Apis ligiistica). Elle ressemble beaucoup à notre espèce commune, mais en diffère surtout par son corps brunâtre, avec les trois premiers anneaux de l'abdomen ferrugineux et bordés de noir.
FAMILLE DES APIENS OU MELLIFÈRES. ii3
Les Abeilles sont connues de toute antiquité. La Bible en fait mention et elles y sont désignées en hébreu sous le nom de Déborah. Les Grecs les nommaient Melissa, et, ne connaissant pas le sucre, le miel était pour eux d'autant plus précieux; aussi avaient-ils divinisé celui du mont Hymette et du mont Ida; mais ils avaient sur leur organisation et sur leur histoire beaucoup d'idées fausses. Ce n'est en réalité que depuis les observations admirables de Réaumur et de Huber que l'histoire des Abeilles est sérieusement connue. Ce dernier surtout a passé un grand nombre d'années à étudier les Abeilles, et ses découvertes ont fondé la vérhable histoire de ces insectes , découvertes d'autant plus/merveilleuses que Huber était aveugle. 11 observait les faits par les yeux d'un domestique dévoué et en tirait les déductions qui ont donné le jour à l'un des ouvrages les plus importants sur les mœurs des insectes.
De toutes les sociétés que forment les animaux, celle des Abeilles est la plus parfaite, non-seulement par sa durée, mais encore par la complication des travaux qu'exécutent les individus qui la composent ^ travaux dont la perfection étonne même l'esprit humain.
La société des Abeilles est composée de trois sortes d'individus : les mâles, les femelles et les neutres ou ouvrières. Les femelles (fig. 87 à 97, I 9, voy. p. 1 14), toujours en très-petit nombre — il n'en existe ordinairement qu'une dans chaque ruche — sont plus grandes que les mâles et les neutres; leur tête est presque triangulaire; leurs tarses sont dépourvus de brosses; leur abdomen, très-allongé, conique, est muni d'un aiguillon. On nomme cette femelle /e/ne ou mère-abeille. — Les mâles des Abeilles (fig. 87 à 97, 2 ^^ voy. p. 1 14), que les éducateurs appellent ordinairement F aux- Bourdon s , sont plus courts, plus ramassés et plus gros que les ouvrières. Leur tète est plus arrondie, ce qui est dû au grand développement des yeux; les tarses ont leur premier arlix-le allongé.
Les neutres ou o/aT/ère^ (fig. 87 àg7, 3 9, voy. p. 1 14) sontd'une taille un peu moins grande. Leur abdomen est armé d'un aiguillon dont la piqûre est très-douloureuse. Leurs pattes postérieures sont conformées pour exécuter les travaux de récolte et de construction. Ainsi, le premier article du tarse, qui a reçu le nom de pièce carrée, s'articule avec la jambe par son
ORDRE DES HYMÉNOPTÈRES
an<^le supérieur, de manière à se replier sur elle et à former une sorte de petite pince (fig. 87 à 97/j; en outre sa face interne est garnie de plusieurs rangées de poils raides qui l'ont fait nommer la brosse. La jambe a la forme d'une palette triangulaire et elle est creusée à sa face externe d'une petite cavité qui a reçu le nom de corbeille. La brosse sert à récolter le pollen des fîeurs sur les étamines; la corbeille sert à l'emporter.
Fig. s; à 1)7. — 1. Abeille femelle ou Reine. — 2. Abeille mâle ou Faux-Bourdon. — 3. Abeille iieulre ou Unvviere.
. Antenne de femelle. — b. Patte postérieure de mâle. — c. Langue de nulle. — d. Antenne de mâle. — c. Mandibule de mâle.
/. Patte postérieure de neutre. — g. Patte postérieure de femelle. — li. Aiguillon et vésicule à venin.
L'Abeille provient d'une larve sans pattes, qui éclôt d'un œuf pondu par la reine ou mère-abeille, comme nous le verrons plus loin. Cette larve, molle, apathique, qui reste tout le temps renfermée dans sa cellule, est formée de treize à quinze segments, à l'extrémité desquels on voit d'un côté la tète, de couleur plus foncée, munie d'une petite lèvre, de mandibules courtes et d'une lèvre inférieure dont la langue porte une
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filière et deux palpes fort courtes. A l'autre extrémité du corps est l'anus, et, sur les côtés, il y a autant de stigmates que de jonctions d'anneaux.
Ce ver change plusieurs fois de peau , et , après sa dernière mue , se file un cocon soyeux pour y subir sa transformation en nymphe. L'insecte parfait éclôt sept ou huit jours après cette métamorphose, et il perce luimême le cocon et le couvercle de sa cellule de cire. Toutes ses parties, molles d'abord , acquièrent de la consistance et prennent leur couleur.
Aux époques d'éclosion, le nombre des individus devient ordinairement si considérable, qu'ils ne peuvent plus être tous contenus dans la ruche. C'est alors qu'ont lieu ces émigrations qu'on désigne sous le nom (ï essaims^ et dont l'époque varie habituellement entre la mi-mai et la mijuin. C'est toujours la naissance d'une femelle qui détermine une émigration, car deux reines ne sauraient vivre en bonne harmonie dans la même ruche.
L'essaim a ordinairement pour chef la femelle de l'année précédente, et se compose en grande partie de neutres qui ont passé l'hiver avec elle. Après avoir volé quelque temps sans se disperser, l'essaim, qui suit tous les mouvements de la reine, s'abat sur le lieu que celle-ci a choisi pour se reposer ; ces individus s'accrochent les uns aux autres , et forment ainsi une grappe pendante d'une longueur souvent démesurée.
Partout où l'homme a réduit ces insectes en une sorte de domesticité, on profite de ce moment pour les faire entrer en masse dans une ruche préparée à l'avance pour les recevoir; mais quand l'essaim est sauvage, quelques neutres se détachent pour aller à la recherche d'un domicile convenable, qui consiste ordinairement en quelque cavité dans un tronc d'arbre, une fente de rocher ou tout autre endroit analogue. Quand il est trouvé, l'essaim conduit par la reine en prend aussitôt possession, et les travaux des neutres commencent sans retard. Les premiers consistent à boucher exactement tous les orifices, toutes les crevasses de leur nouveau domicile, en n'y laissant qu'une ouverture d'un faible diamètre pour rentrée et la sortie. Elles se servent pour cela de proyolisj matière résineuse qu'elles recueillent sur les bourgeons naissants de certains
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arbres, notamment le saule, le peuplier, et qu'elles emploient sans lui faire subir aucune préparation.
Ceci terminé, la récolte de la cire commence, ainsi que la construction des ravons^ dont elle est l'unique matière. Ces rayons sont placés non horizontalement comme ceux des Bourdons, mais perpendiculairement, et se composent de cellules adossées par leur fond, légèrement hexagonales, et disposées de façon que leur base est formée de trois pièces rhomboïdales à peu près d'égale grandeur, de sorte que le fond d'une cellule d'un des côtés du rayon repose sur des portions de base de trois cellules du côté opposé fig. 98) ; disposition qu'on a démontré mathématiquement être, conjointement avec la forme hexagonale, la plus propre à économiser l'espace et la matière. Toutes les cellules ne sont pas d'égale grandeur et varient à cet égard suivant ^lâlà ^^^^ destination; les plus nombreuses, destinées à
'^^^^fc^j recevoir les provisions de pollen et de miel, ainsi qu'à '^^Jk'^^'^^i^ l'éducation des larves de neutres, sont les plus L^ W^''^' '' r'-''^itss. D'autres, exactement de la même forme, l^P^P '^ mais de 2 millimètres environ plus fortes en diamètre, sont destinées aux larves des mâles. Enfin, après avoir terminé celles-ci, les neutres en construisent ceuaies renfciLirda coorain. quatrc OU cluq, qul u'out oeu de fixe dans leur position, pour recevoir les larves de femelles. Ces dernières ont la forme d'un dé à coudre, et il entre dans leur construction près de i5o fois autant de cire que dans les cellules ordinaires; elles diffèrent encore de celles-ci en ce que leur ouverture n'est pas horizontale , mais perpendiculaire et dirigée en bas ; elle est plus étroite que le fond, et les neutres l'agrandissent, ainsi que la cellule entière, au fur et à mesure que la larve qui y est contenue acquiert une plus grande taille. Le nombre des rayons dépend de la grandeur de l'habitation; ils sont parallèles et séparés les uns des autres par un intervalle de 12 à i5 millimètres environ, de sorte que les Abeilles circulent librement entre elles. Celui qui occupe le centre de l'habitation est le premier construit.
FlG. &S.
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Aussitôt qu'un certain nombre de cellules ordinaires sont terminées, quelques-uns des neutres y déposent du miel, tandis que les autres sont occupés à en bâtir de nouvelles. Ceux qui apportent de la cire à cet effet ne recueillent pas de miel, et réciproquement. Chaque cellule, après avoir été remplie de cette substance, est fermée hermétiquement avec un mince couvercle de cire. Les Abeilles, en effet, le réservent pour la mauvaise saison et n'y touchent pas tant qu'il y a des fleurs. La nourriture des neutres, ainsi que celle de leurs larves, consiste en pollen, dont elles font aussi provision dans quelques cellules, en y mêlant quelquefois un peu de. miel.
La reine ne prend aucune part à ces divers travaux et ne quitte jamais la ruche, où les neutres l'entourent de leurs soins ; ils l'accompagnent en grand nombre partout où elle va. et la nourrissent en lui présentant au bout de leur trompe le miel qu'ils viennent de recueillir dans la campagne. Son unique charge est de pourvoir à la population de la ruche, et elle s'en acquitte en conscience. Ce qui se passe à cet égard dans la ruche, varie d'ailleurs suivant que la nouvelle colonie a eu pour reine une ancienne femelle ou une femelle de l'année.
Dans le premier cas , la femelle commence à pondre dans les cellules ordinaires, dès qu'il y en a un certain nombre de terminées, des œufs de neutres; puis, quelque temps après, des œufs de mâles, et elle finit par déposer dans les cellules royales quatre ou cinq œufs de reine. Le développement de ces œufs a lieu très-rapidement, ainsi que la transformation des larves en nymphes et de celles-ci en insectes parfaits. L'évolution complète d'une ouvrière a lieu en vingt jours, à dater de l'instant où l'œuf a été pondu ; celle d'un mâle en vingt-quatre jours, et enfin celle d'une femelle en seize jours.
Quand la femelle a ainsi pondu tous ses œufs, elle meurt, et la ruche reste sans reine jusqu'à ce que les larves des jeunes femelles soient transformées : les neutres supportent patiemment cet interrègne sans interrompre leurs travaux. La première transformée de ces jeunes femelles se hâte de tuer les autres en les perçant de son aiguillon dans les cellules où elles sont renfermées; si plusieurs éclosent à la fois, elles se battent
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à outrance jusqu'à ce qu'il n'en survive qu'une seule. Mais il peut arriver aussi que l'ancienne reine ne laisse aucune héritière ; c'est ce quia lieu lorsque les larves de jeunes femelles se transforment de son vivant en insectes parfaits; elle les massacre alors sans que les neutres s'y opposent. Il arrive dans ce cas l'une de ces deux conséquences : ou la société privée de chef cesse tout travail et se dissout, ou elle a recours au moyen suivant pour se procurer une nouvelle reine. Les neutres prennent une larve d'un jour dans une cellule ordinaire, la transportent dans une cellule royale et lui donnent pour aliment la pâtée particulière réservée pour les seules larves de femelle. D'ouvrière qu'elle eût été, la larve, ainsi élevée, devient femelle et hérite de tous les droits de la reine précédente. La nouvelle reine, quelle que soit son origine, sort de la ruche en plein jour, par un temps chaud et serein, suivie de tous les mâles qui lui font cortège, et elle célèbre ses noces. A son retour, elle devient l'objet des plus grands soins; les ouvrières l'entourent, la caressent avec leurs antennes et lui offrent à l'envi du miel. Quarante-six heures après sa rentrée, elle commence sa ponte, qui ne consiste jusqu'à l'hiver qu'en œufs de neutres; elle l'interrompt pendant toute la mauvaise saison et ne la reprend qu'en avril. Ses premiers œufs sont encore des œufs de neutres, après quoi elle en produit dans les premiers jours de mai plusieurs de femelles. Lorsque celles-ci sont arrivées à l'état parfait, les ouvrières les empêchent de sortir des cellules où elles sont renfermées, afin que leur mère ne les massacre pas. Dès que celle-ci s'aperçoit de leur existence, elle entre dans une grande agitation et parcourt la ruche dans tous les sens. Enfin, ne pouvant atteindre ses rivales, elle se détermine à quitter l'habitation et en sort accompagnée d'une foule de vieilles ouvrières. C'est ainsi que se produit le premier essaim. Le vide qu'il occasionne dans la ruche est comblé par les neutres qui éclosent en grand nombre chaque jour. 11 ne reste qu'une nouvelle reine dans la ruche, qui se trouve presqu'entièrement composée d'individus de l'année. Quant aux mâles, les ouvrières les laissent en paix jusque vers la fin d'août, bien que leurs services soient inutiles; mais à l'époque en question, elles tombent sur eux et en font un massacre général qui dure ordinairement trois jours.
FAMILLE DES APIENS OU MELLIFÈRES. , 119
Ces massacres peuvent paraître cruels ; mais dans cette république sévère^ la loi suprême est la conservation et le bien-être de tout le corps social; du moment qu'un membre devient inutile ,* il n'obéit plus à la loi , il devient nuisible, il faut le supprimer. Ne concourant en rien aux travaux de la communauté, et passant leur vie à butiner sur les fleurs pour leur propre compte, il n'est pas juste que ces fainéants profitent pendant l'hiver des provisions qu'ils n'ont pas amassées.
Pendant l'hiver tous les travaux cessent dans les sociétés des Abeilles; dès les premiers froids, ils commencent à languir. On ne voit plus sortir de la ruche que quelques ouvrières qui errent aux environs sans s'en éloigner beaucoup; les autres restent dans l'habitation, pressées les unes contre les autres, et ont perdu une partie de leur activité sans toutefois s'engourdir complètement. Les Abeilles passent ainsi l'hiver, se nourrissant avec modération du miel contenu dans leurs cellules, jusqu'à ce que le printemps les rappelle à leurs occupations ordinaires.
Lorsque la tiède haleine des zéphyrs printaniers fait épanouir les corolles odorantes de milliers de fleurs dans les prairies et dans les bois, au fond de chaque calice des glandes particulières exsudent une liqueur sucrée que l'on nomme nectar. C'est avec ce sirop parfumé que l'Abeille fabrique son miel, et c'est pour recueillir ces gouttes de nectar qu'elle plonge au fond des corolles sa langue en forme détrompe (fig. 87 à 97 c, v. p. 1 14). L'Abeille voit à grande distance, et son odorat subtil la guide vers les fleurs préférées. Elle récolte également le pollen en se roulant dans l'intérieur des fleurs. Son mouvement fait détacher le pollen qui, en s'échappant des anthères, vient s'attacher aux poils dont son corps est couvert , et à l'aide des brosses qui garnissent les tarses de ses jambes postérieures, elle se nettoie et rassemble cette poussière jaune en deux petites boulettes qu'elle place dans la corbeille ou cavité de chaque jambe. Ce pollen^ mêlé en diverses proportions au miel, forme la pâtée dont les ouvrières nourrissent leurs larves.
Pendant longtemps on avait pensé que la cire dont sont formées les alvéoles était due au pollen récolté par les ouvrières ; mais on sait aujourd'hui que la cire est sécrétée par lamelles minces entre les arceaux
ORDRE DES HYMÉNOPTÈRES
inférieurs des anneaux de l'abdomen. Huher confirma cette découverte, due à un paysan de Lusace, et constata même que les Abeilles nourries exclusivement de pollen ne' sécrétaient pas de cire, tandis que celles qui mangeaient des matières sucrées en fournissaient.
Outre l'Abeille commune et l'Abeille ligurienne dont nous avons déjà parlé, on élève en Egypte l'Abeille à bandes [Apis fasciata) que l'on voit souvent représentée sur les monuments égyptiens. A l'île de France et à Bourbon on trouve rJ.Z7e/7/e iinicolore qui fournit un miel vert très-estimé; au Bengale vit V Abeille indienne^ au Sénégal V Abeille d'Adansou, au cap de Bonne-Espérance V Abeille du cap, etc.
Les Mélipones ont les jambes postérieures munies d'une espèce de peigne à l'angle interne ; le premier article des tarses inermc] l'abdomen convexe en dessus. Les Mélipones, propres à l'Amérique, où elles remplaçaient notre Abeille, sont plus petites, de formes plus ramassées, leur corps est plus velu, leurs pattes postérieures plus longues. Elles sont dépourvues d'aiguillon et font leurs gâteaux dans les creux d'arbres. La cire dont ils sont faits est brune. Tout autour des gâteaux à alvéoles hexagonales, qui servent au couvain, sont de grands pots arrondis où s'amasse le miel. Celui-ci est moins doux, mais plus odorant, plus coloré et plus fluide. La Mélipone à quatre bandes [Melipoiia quadrifasciata) du Brésil (fig. 9g) est d'un brun roussâtre , avec une bande jaune sur chacun des quatre premiers segments de l'abdomen.
Les Trigoncs sont de très-petits Apiens, de formes raccourcies, à abdomen triangulaire, caréné en dessous. Nous figurons ici le Trigona niftcnis (fig. 100, V. p. 121), également du Brésil; il est d'un noir brillant, à l'exception des cuisses postérieures, qui sont rouges. Les Trigones ont les mêmes mœurs que les Mélipones j comme elles, elles sont privées
Fig. 09. — Melijiona quadrifasciata.
FAMILLE DES APIENS OU MELLIFÈRES.
d'aiguillons; on en connaît plusieurs espèces, dont quelques-unes des Indes et de l'Australie. Les indigènes de ce dernier pays sont très-friands de leur miel fortement parfumé. Pour découvrir les nids cachés dans les creux d'arbres, ils suivent de l'œil une de ces Abeilles au sortir de quelque fîeur, ou même, pour mieux la distinguer, ils lui attachent un petit plumet de coton, et la suivent ainsi jusqu'à son trou.
Les Bourdons (Bombus), bien reconnaissables à leur corps gros et velu, ont pour caractères : les jambes postérieures hiépineuses à l'extrémité; le premier article des tarses dilaté à l'angle externe de la base.
Les Bourdons comptent des espèces nombreuses, surtout en Europe; ils offrent dans leur organisation beaucoup de ressemblance avec les Abeilles. On trouve chez eux trois sortes d'individus : des mâles, des femelles et des neutres ou ouvrières; et ces dernières ont , comme chez les Abeilles, les pattes postérieures conformées pour la récolte du pollen.
Les Bourdons forment des sociétés assez nombreuses et construisent des demeures spacieuses où ils élèvent leur progéniture ; mais ces sociétés sont annuelles et tous leurs membres meurent à la fin de l'automne, à l'exception de quelques femelles fécondes, qui vont passer l'hiver engourdies dans quelque trou et commenceront au printemps le logement de leur nombreuse postérité.
Dès les premiers beaux jours de mars, ces femelles se réveillent et se mettent aussitôt en quête d'un endroit convenable pour y établir leur nid. Elles profitent de quelque cavité naturelle ou de quelque trou de mulot, le nettoient le mieux possible, en lissent les parois, et le font communiquer au dehors au moyen d'une longue et étroite galerie, afin d'en rendre l'accès plus difficile aux ennemis.
Ces travaux terminés, la femelle forme avec du pollen une ou plusieurs
FIG. 100. — Trigona ruficnis (voy. page 120).
ORDRE DES HYMÉNOPTÈRES
masses arrondies dans lesquelles elle dépose des œufs, d'où sortent bientôt de jeunes larves, qui se trouvent ainsi au milieu de la nourriture qui leur convient. A mesure qu'elles la consomment à l'intérieur, la femelle en ajoute de nouvelle à l'extérieur de la boule, qui finit par devenir irrégulière et prendre l'apparence d'une truffe. Le moment de la transformation venu, ces larves, qui sont toutes des larves d'ouvrières, s'enveloppent dans une coque de soie de forme ovale, chacune accolant la sienne à celle de sa voisine, ce qui finit par former de véritables rayons irréguliers, composés de cellules, lorsqu'elles ont enlevé en sortant l'extrémité de ces coques (fig. loi). On trouve dans chaque nid plusieurs de ces rayons placés sans beaucoup de régularité les uns sur les autres. Aussitôt après leur naissance, les ouvrières aident la femelle dans ses travaux ; elles agrandissent le nid et nourrissent de pollen les jeunes larves qui ne sont pas encore transformées. Quelque temps après, la femelle pond des œufs de femelles et de mâles, qu'elle dépose dans les anciennes coques d'où sont sortis les neutres. Ces premiers individus sont inférieurs pour la
Coques de Bourdons des
taille à d'autres qui doivent paraître plus tard. Les neutres les nourrissent, tant qu'ils sont à l'état de larves, uniquement avec du miel et déposent le surplus de leur récolte dans les coques restées inoccupées. Vers la même époque on trouve dans les nids des espèces de godets construits avec la même cire qui forme la voûte intérieure du nid, et qui sont également remplis de miel. Après leur naissance, les femelles, qui vivent entre elles en bonne intelligence, aident les neutres dans leurs travaux. En août il naît d'autres femelles de plus grande taille, qui sont destinées à propager l'espèce l'année suivante, et lorsqu'arrivent les froids, la colonie se dissipe. Les femelles de petite taille ainsi que les neutres périssent- celles de grande taille se cachent dans le nid même où elles se sont préparé à cet effet des cellules en mousse, et s'y engourdissent pour y passer l'hiver; au premier prin-
FAMILLE DES APIENS OU MELLIFÈRES.
temps, elles se réveillent, comme nous l'avons vu, et vont fonder une société nouvelle.
Chaque nid peut avoir de i5o à 200 individus ; c'est à l'automne que la réunion atteint son chiffre le plus élevé ; mais aux premiers froids tout périt, sauf les quelques femelles fécondes dont nous avons parlé.
Les espèces les plus répandues dans notre pays sont : le Bourdon des mousses, le Bourdon des pierres, le Bourdon des hois, le Bourdon souterrain, le Bourdon des jardins, qui tous ont des mœurs analogues.
riG. 102. — Nid du Bourdon des
Le Bourdon des mousses {Bnmbus musconim) [PI. VI] offre quelques particularités intéressantes. Son nid, qui a souvent 5o à 60 centimètres de profondeur, est recouvert d'un dôme de mousse cardée mêlée de terre (fig. 102), et la manière dont ils s'y prennent pour carder cette mousse est des plus curieuses : plusieurs Bourdons se mettent à la suite (fîg. io3, voy. p. 124), le premier détache la mousse qui doit être travaillée et la pousse à celui qui est derrière lui; le second l'éparpillé avec ses pattes, puis la ramasse en une petite pelote, qu'il pousse de ses pattes de devant à celles de derrière et l'envoie à un troisième placé derrière lui, et la
ORDRE DES HYMÉNOPTÈRES
mousse, cardée et poussée ainsi de Bourdon à Bourdon, arrive dans l'état voulu à sa destination.
PiG. 103. — Bourdons cardant la mousse (voy, page 123).
Le Bourdon des pierres {Bombus lapidarius), dont nous figurons ici les
Fld. IM à 110. — I. Anthiilhim manicalum. — a. Langue &' AnOiidilim. — r. jr.iiulibulc i'Alithidmm. — 2. BomlMS lapidari femelle. — 3. Bovibus lapidarms neutre. — 4. Bombus lapidarhis mâle. — 7'. Langue de Bovihus.
trois sortes d'individus ffig. 104 (2), 104 (3) et 104(4), i^^ se construit pas de nid et vit sous les pierres. La femelle et l'ouvrière sont noires, avec
FAMILLE DES APIENS OU MELLIFÉRES.
l'extrémité de l'abdomen d'un rouge brique vif; le mâle porte en outre trois bandes jaunâtres, deux aux deux extrémités du corselet, et l'autre à la base de l'abdomen. Cette espèce, moins industrieuse que les autres, ne se creuse pas de nid et vit sous les pierres.
Nous avons représenté dans notre planche VI le Bourdon des bois {Bombiis lucorimi) avec son nid; on y voit les cellules, placées irrégulièrement et faites d'une cire grossière et brune. La couleur du Bourdon est
FIG. 111. Boinhus cajanensis. — PiG. 112. Bomhuis i
noire avec le devant du thorax et le second anneau de l'abdomen jaune; les trois derniers anneaux sont blancs.
Parmi les espèces étrangères, également fort nombreuses, nous citerons les Bombits cajanensis et Boinbus cxiiniiis, que nous figurons ici. Le premier à gauche (fig. iii) est, comme son nom l'indique, natif de Cayenne; il est noir avec des bandes d'un jaune brillant. L'énorme Bourdon qui s'élève à droite (fig. 1 12), Bombus eximius, habite le Bengale. Il
126 ORDRE DES HYMENOPTERES
est couvert d'un long poil touffu d'un aspect velouté, et les segments de l'abdomen sont. frangés de longs poils châtains.
La tribu des Psithyrides se distingue de celle des Apides par des pattes postérieures simples, sans dilatation ni poils propres à retenir le pollen ; leur langue est cylindrique, aussi longue que le corps.
Les Psithyres^ que l'on a pendant longtemps confondus avec les Bourdons, auxquels ils ressemblent beaucoup par leur corps velu et par la disposition de leurs couleurs, n'ont pas les pattes disposées de manière à récolter le pollen ; aussi ne construisent-ils pas d'habitation et n'existe-t-il chez eux que deux sortes d'individus, des mâles et des femelles. Incapables de nourrir et d'abriter leurs larves, ces Psithyres, grâce à leur livrée pareille, pénètrent dans les nids des Bourdons et y pondent leurs œufs ; semblables en cela aux coucous, qui déposent les leurs dans les nids d'autres oiseaux, et dont les petits avides et gloutons prennent une partie de la nourriture apportée par les pauvres parents et affament même souvent les enfants légitimes.
Les Bourdons confondent les larves étrangères avec les leurs, les entourent des mêmes soins et de la même sollicitude. Ces larves y subissent leurs métamorphoses et s'envolent à l'état d'insectes parfaits pour opérer comme l'a fait leur mère.
Quelques entomologistes donnent aux Psithyres le nom générique d'ApathiiS. Nous figurons dans notre planche VI l'Apathus vestalis, qui vit dans le nid du Bourdon des jardins, dont il porte la livrée. Le Psithyre des rochers {Apathus rupestris) pond dans le nid du Bourdon des pierres, auquel il ressemble beaucoup.
La tribu des Anthophorides a pour caractères: les jambes postérieures dilatées en forme de palette^ et le premier article des tarses offrant aussi une palette en dessus et une brosse en dessous ; la langue toujours plus longue que la moitié du corps.
Chez les insectes qui composent ce groupe, il n'existe jamais que deux sortes d'individus, des mâles et des femelles. On ne trouve plus ici ces admirables sociétés, modèles d'ordre et de prévoyance. La femelle vit solitaire et construit elle-même un nid divisé en cellules ; mais elle ne
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sécrète pas de cire. Dans chaque cellule elle pond un seul œuf, et la larve apode qui en sort se nourrit du miel et du pollen qu'y a déposés la mère. Celle-ci, dès qu'elle a pourvu à la sûreté et à l'alimentation de sa progéniture, meurt sans la voir éclore.
Les ^////zo/7/;o;y'5 proprement dits ont encore, comme les Abeilles et les Bourdons, les pattes postérieures élargies et munies de brosses, de façon à piouvoir récolter le pollen; leurs mandibules sont étroites et pointues, leurs antennes courtes et filiformes. Les Anthophores sont des insectes printaniers, qui volent avec beaucoup de rapidité, ne s'arrétant que peu sur chaque fîeur. Les femelles établissent leur nid dans les terrains coupés à pic ou dans les vieux murs, se servant pour cela des trous qu'elles y trouvent et qu'avec de la terre elles savent rétrécir à la grandeur qu'elles désirent; avec la même terre elles fabriquent de petites cellules en forme de dés à coudre, très-lisses, qu'elles remplissent de pâtée et où elles déposent un œuf; il existe quelquefois deux de ces cellules l'une au-dessus de l'autre ; le nid est ensuite fermé avec de la terre.
Le type du genre, l'Anthophore des murs {Authophora parictiua)^ est noir, avec une bande roussàtre ou grisâtre sur le milieu de l'abdomen ; les tarses sont garnis de poils roussâtres. Cette espèce construit sur les murs des tuyaux cylindriques formés de petits grains de sable agglutinés. On la trouve assez communément aux environs de Paris. — Les Anthophores abondent dans les ravins arides de la Provence exposés au brûlant soleil du Midi; on les y rencontre souvent en quantité telle, qu'on croirait à la présence d'une ruche; mais, en réalité, ces insectes ne sont que des voisins indifférents qui ne s'occupent point les uns des autres, à moins que l'un d'eux ne tente de s'emparer du trou d'une de ses compagnes, ce qui donne alors lieu à de furieux combats. Ce qu'il y a de plus singulier, c'est qu'un Hyménoptère parasite, le Melecte^ qui vit à ses dépens, et dont nous parlerons plus loin {Nomadides) ^ vient impunément pondre ses œufs dans son nid, sans que l'Anthophore paraisse s'en émouvoir.
Les Euglosses^ remarquables par leur trompe, aussi longue que tout leur corps, et par leurs jambes postérieures très-dilatées, en forme de palette creuse, sont parées des plus brillantes couleurs. Ces insectes habi-
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tent l'Amérique méridionale. UEuglossa Romandi, figurée dans notre planche VII, où elle est représentée plongeant sa longue trompe dans la corolle d'une passiflore, est un très-bel insecte ; son abdomen est d'un beau vert brillant changeant en pourpre à la base; le thorax est pourpre et la tête verte à reflets dorés.
Sur la même planche, et insérant sa trompe dans la fleur de passiflore, est un insecte du même groupe, également remarquable, le Chvysantheda fnmialis. Son corps est d'un vert brillant, finement ponctué, et ses ailes sont brunes avec des reflets bleus bien accusés. Cet insecte est parasite et pond ses œufs dans le nid de la grande Xylocope qui vole au-dessus (PI. VII).
Les Eucéres sont remarquables par la longueur de leurs antennes, qui, surtout dans les mâles, dépassent parfois celle du corps tout entier. Dans notre planche VI est figurée Y Eiicera Inngicoiiiis . Elle est noire, couverte d'un duvet brun en dessus et gris cendré en dessous. Cet insecte n'est pas rare en France; ses habitudes sont exactement les mêmes que celles des Anthophores.
Les Xylocopes ou Abeilles charpentières de Réaumur ont les jambes postérieures garnies de longs poils en dessus et en dessous ; ils ont en outre les mandibules élargies à l'extrémité, sillonnées, fortement dentées et propres à couper le bois. Ce sont des insectes de la taille de nos gros Bourdons et parfois même beaucoup plus grands.
Le type du genre, la Xylocope violette (Xylocopa violacea)^ est la seule espèce européenne; on la reconnaît à son gros corps d'un noir violacé, et à ses ailes noirâtres, sans transparence. Sa tête et son corselet sont trèsvelus. Cet insecte n'est pas rare aux environs de Paris. On le voit butiner au printemps sur les fleurs des arbres fruitiers. La femelle creuse des galeries dans le bois pourri, dans le sens des fibres, et divise ces galeries en cellules, au moyen de petites séparations, comme on le voit ici (fig. ii3, voy. p. i2gi. Dans chaque cellule, elle dépose une provision de miel et de pollen, exactement calculée pour chaque larve, et y pond un œuf; puis, elle ferme la cellule par un plafond de sciure de bois humectée d'une salive gluante. Sur ce plafond, elle dépose un nouveau
FAMILLE DES APIENS OU MELLIFÈRES.
tas de pâtée et un nouvel œuf, et ferme la cellule, et ainsi de suite jusqu'à ce que sa ponte soit achevée.
Le percement de ces galeries est pour la Xylocope un travail herculéen, car elles ont parfois jusqu'à 3o centimètres et plus de longueur; ces galeries sont perpendiculaires et obliquent un peu, de manière que le fond se rapproche de la superficie du bois. Le premier œuf pondu a été déposé au fond de la galerie, et les cellules superposées de bas en haut. C'est donc l'œuf placé le plus profondément qui éclôt le premier, et comme, pour sortir de sa cellule et remonter vers l'orifice supérieur, il aurait dû traverser toutes les autres cellules et massacrer ses sœurs, sa tète se trouve tournée vers le fond de la cellule, et lorsque l'insecte parfait est éclos, il cherche naturellement à sortir de ce côté, et c'est pour cela que la mère a rapproché le fond de sa galerie de la superficie du bois. La Xylocope nouvellement née perce donc la mince paroi qui la sépare du monde et prend son vol, après avoir ainsi frayé la route à ses sœurs , qui se transforment successivement suivant l'ordre de la ponte.
On trouve des Xylocopes dans toutes les parties du monde, mais surtout dans les régions chaudes. Dans notre planche VII est représenté le Xylocopa morio du Brésil, d'un beau noir brillant, avec les ailes brunes, et dans la figure ci-après le Xylocopa nigrita (fig. 114 et 11 5, voy. p. i3o) de l'Afrique australe. Dans cette espèce, les deux se.\es ont des couleurs difi'érentes : le màlc à gauche) est couvert de poils jaune orange, et ses ailes sont transparentes; la femelle est noire, garnie d'un poil grisâtre.
On a fait les genres Centris et Epicharis de quelques Xylocopes de l'Amérique équatoriale dont les mandibules sont quadridentées ou tridentées, tandis qu'elles ne sont qu'unidentées dans les vraies Xylocopes. Dans notre planche Vil est représenté le Centris denudans, bel Hyménoptère brésilien. Son corps est d'un beau noir velouté ; le thorax est
Fig. 113. — Nid du Xytoco}>a violacea (voy. page 128).
ORDRE DES HYMÉNOPTÈRES
couvert d'un poil épais, de couleur orant;e, et les ailes sont brunes, à reflets bleus. Ses mœurs nous sont inconnues; mais sa structure générale et la grande ressemblance qu'il oti're avec nos Xylocopes t'ont présumer que leurs habitudes sont analogues.
La tribu des Andrénides comprend des Apiens qui ressemblent beaucoup à ceux des tribus précédentes par l'aspect et la structure générale ;
Fltl. m. — Xi/locopa niijrUa c^, — FiG. 115. — Xylocopa niiji-Ua $ (voy. p;itïc V^M).
mais ils s'en distinguent par leur languette ou lèvre inférieure dont le lobe intermédiaire, en forme de cœur lancéolé, est plus court que leur tête. Ils ont, en outre, les jambes postérieures munies de longs poils propres à récolter le pollen^ avec des espaces lisses sur les hanches, à la base des cuisses et sur les côtés du corps.
Les Andrénides vivent tous solitairement et n'ont que deux sortes d'individus, des mâles et des femelles. Ces dernières ramassent avec les poils de leurs pattes postérieures le pollen des étamines et en composent avec
FAMILLE DES APIENS OU MELLIFÈRES. i3i
un peu de miel une pâtée pour nourrir leurs larves. Elles creusent dans les terrains argileux, ou dans le mortier des murailles, des trous profonds pou^ y placer le berceau de leur progéniture^ où elles déposent avec la pâtée mielleuse un œuf, et ferment ensuite l'ouverture avec de la terre; mais on remarque cependant des ditterences importantes dans les habitudes, suivant les genres et les espèces.
Les Dasypodes ont le premier article des tarses postérieurs long, garni de très-longs poils; leur langue est assez longue et linéaire; leurs antennes assez longues, arquées dans les mâles, un peu renflées dans les femelles. L'espèce la plus commune, le Dasypode à pieds hérissés Dasypnda hirtipes)^ planche IX, est très-répandue dans la plus grande partie de l'Europe. Cette espèce est couverte d'une pubescence grisâtre trèsserrée, ayant l'abdomen de cette couleur chez le mâle, avec de longs poils au bord de chaque segment ; il est noir chez la femelle, avec quatre lignes transversales blanches et les pattes postérieures couvertes de poils roussâtres. Elle butine de préférence sur les plantes chicoracées, et creuse dans les chemins des trous profonds.
Une autre espèce, le Dasypoda plumipes ^ yw. ne. - Dcu^ypodapuampes.
que nous représentons fîg. ii6, se trouve
en Europe; il a le corps noir, le thorax couvert d'un poil soyeux couleur d'or; ses jambes sont également frangées de longs poils jaunes.
Les Audrènes proprement dites ont le premier article des tarses postérieurs court, dépourvu de longs poils; la langue courte, dilatée à l'extrémité; les antennes assez longues dans les deux sexes. Ce genre renferme un assez grand nombre d'espèces, la plupart indigènes. Leurs femelles creusent des trous dans un sol exposé au midi et enlèvent la terre à l'aide de leurs pattes ; elles déposent ensuite un œuf dans ces trous après l'avoir approvisionné d'une pâtée composée de pollen et de miel, et le rebouchent avec soin en y rejetant une partie de la terre qu'elles en avaient tirée. On connaît deux ou trois espèces de ce genre aux environs de Paris ; la plus commune, et celle qui lui sert de type, est l'Andrène des murs [Andrena
i32 ORDRE DES HYMENOPTERES.
Flcsscv) [fig. 117]. Elle est d'un noir bleuâtre, couverte de poils d'un blanc grisâtre; les ailes sont noiriîtres.
Nous figurons dans notre planche XI les Andrena nitida et trimmerana. La première est d'un noir brillant et poli sur le ventre, avec le thorax couvert d'un duvet jaune. Les ailes sont légèrement enfumées à leur extrémité et leurs nervures sont couleur de rouille. La seconde est également noire, mais son thorax et ses jambes sont garnis d'un poil roux assez épais sur le dos. Les antennes de la femelle sont plus longues que dans les autres espèces. La planche XI représente au-dessous de l'insecte son nid et sa larve. Cet insecte est souvent attaqué par le Stylops MclittiV^ petit insecte figuré au haut de la planche. Au-dessus de V Andrena nitida, l'on y voit figuré le Cilissa hœniorrhoïdalis^ genre très-voisin des Andrènes. Il est noir, couvert d'un duvet jaune pâle ; les 5" et 6' segments de l'abdomen sont couverts d'un duvet jaune d'or.
Dans les Halictes^ les antennes des mâles sont beaucoup plus longues que celles des femelles; leurs ocelles sont disposés en ligne courbe, et leurs mandibules unidentées. L'Haï iciiis rubiciin-
r 10. 117. — Andrena l'iessœ.
dus, figuré dans notre planche iX, est noir, couvert d'un duvet brun rouge, avec les segments de l'abdomen bordés de blanc. Sur la même planche sont représentés au trait, en d la tête du mâle et en c son abdomen. Les Halictes font en terre des trous profonds, à plusieurs cellules latérales, comme celui de Y Andrena trimincrana, représenté en bas de la planche XI.
Les Colletés ont le premier article des tarses postérieurs assez long^ dépourvu de longs poils ; leur langue est courte, trilobée. Ces Apiens tapissent les parois de leur trou avec une liqueur visqueuse qu'elles étalent en se servant de leur languette comme d'un pinceau, et cette même matière leur sert à construire de petites cellules en forme de dé à coudre qui contiennent chacune un œuf et de la pâtée mielleuse, et sont empilées les unes sur les autres.
FAMILLE DES APIENS OU MELLIFÈRES.
La trihu des Osmiidks renferme des insectes nidifiants, comme les précédents, mais qui en difierent essentiellement par la manière dont ils récoltent le pollen. Tandis que tous les autres Apiens recueillent ce pollen sur les jambes et le premier article de leurs tarses postérieurs, ceux-ci l'entassent à l'aide des brosses de leurs pattes sous l'abdomen, où il se trouve retenu par des poils étages dont il est garni en dessous. Ce caractère suffit pour distinguer les Osmiides de tous les autres Hyménoptères.
Cette tribu renferme plusieurs genres : les Osinics proprement dites ont des palpes maxillaires de c^uatre articles, les mandibules très-fortes, bidentées, carénées; l'abdomen des femelles est presque ovoïde, convexe en dessus, garni en dessous d'une brosse soyeuse. Les espèces de ce genre ont des mœurs fort remarquables. L'une d'elles, rOsmie du pavot (Osmia paparevis), nous offre une industrie admirable, décrite avec détail par Réaumur, dans son immortel ouvrage. Cette Osmie, à laquelle il donne si justement le nom d'Abeille tapissière^ est longue d'environ 8 millimètres, noire, hérissée de poils d'un gris roussàtre. Elle creuse dans la terre un trou perpendiculaire de 20 à 25 millimètres de profondeur, cylindrique, bien évasé et un peu ventru au fond, ressemblant à une fiole trèsallongée fig. 1 18).
Lorsque l'Abeille a achevé de lui donner les proportions convenables, elle songe à le tapisser. Dans cette vue, elle va couper avec beaucoup d'adresse, sur les fîeurs du coquelicot, des pièces de forme ovale qu'elle saisit entre ses pattes et va porter à son trou. Là elle les applique sur les parois et les étend avec un art admirable, ayant soin de les faire déborder son trou. Elle applique au moins deux couches de pétales l'une sur l'autre, et les pièces qu'elle découpe avec ses mâchoires sont d'une régularité que pourrait à peine atteindre le tailleur armé de ses ciseaux. Après que la tapisserie a été tendue, l'Abeille remplit le nid de pâtée jusqu'à un
Fig. us. — Xid de l'Osram payme
i34 ORDRE DES HYMÉNOPTÈRES.
quart environ de sa hauteur, et y dépose un œuf; puis, elle replie soigneusement les parties de la tapisserie qui dépassent l'orifice du nid, comme lorsqu'on replie sur lui-même un cornet de papier à moitié plein, et recouvre le tout de terre avec tant d'adresse, qu'on ne retrouve aucune trace du trou ni de la tapisserie. On trouve cette espèce aux environs de
Paris.
L'Osmie rousse {Osmia riifa) [PI. IX] est noire, très-velue, couverte de poils roux; sur son chaperon s'élèvent deux petites cornes pointues. Cette Osmie construit son nid dans la cavité de quelque pierre ou d'un mur, à l'abri de la pluie. Elle enduit de terre les parois de la cavité, de manière à n'y laisser qu'un trou bien circulaire. Elle remplit à moitié ce trou de pâtée, y pond un œuf, puis le bouche avec de la terre.
Quelques espèces d'Osmies, entre autres VOsmia helicicola et VOsmiabicolor (fig. 1 19), mettent à profit les coquilles vides des colimaçons, celles surtout des Hélix adspersa et nemoralis, pour y construire leurs nids. La première divise la coquille au moyen de cloisons papyracées en une dizaine de loges
FIG. 110. — Osmia licolvr. . . i i a ^ r
qui contiennent chacune de la patee et un œut; mais la dernière (O. bicolor) ne paraît pondre que dans la dernière loge du fond. Les iV/£^^ac/n7e5, très-voisines des Osmies, en diffèrent en ce que leurs palpes maxillaires n'ont que deux articles et que leurs mandibules sont quadridentées; leur labre^ en carré long, est très-développé, d'où leur nom qui signifie grande lèpre. Les matériaux qu'emploient les Mégachiles varient suivant les espèces; ainsi la Mégachile des murs {M. muraria), que Réaumur nommait l'Abeille maçonne., travaille avec du mortier. Elle choisit, pour bâtir son nid, un trou ou un angle dans un mur exposé au midi. Ce nid est formé de sable et de terre finement gâchée, et liés ensemble au moyen d'une liqueur visqueuse qu'elle dégorge. Elle n'a pour outils dans cette opération que ses mandibules, qui font l'office de truelle. Elle étend sur l'endroit qu'elle a choisi une première couche circulaire du mortier ainsi préparé ; puis, sur ce fondement, elle dresse, les
FAMILLE DES APIENS OU MELLIFERES.
Nid du Sleffockile muraria.
unes à côté des autres, cinq ou six petites cellules d'environ 2 centimètres de hauteur et présentant la forme d'un dé à coudre. Avant de fermer chaque loge, elle y place un œuf ainsi que la pâture nécessaire à la larve. Quand la dernière cellule est achevée, elle étend, par dessus toutes ces petites constructions, une couche d'une matière si solide, qu'on ne peut la briser qu'avec des instruments de fer.
Ces nids sont assez communs aux environs de Paris, sur les murs en moellons bien exposés au midi ; mais il faut bien les connaître pour les distinguer, car on les prendrait volontiers pour une plaque de terre desséchée, et aucune ouverture extérieure ne vient déceler cette demeure. Parfois, la Mégachile des murs creuse un trou dans l'espace compris entre deux briques, y construit ses cellules et referme l'entrée avec de la terre; c'est un nid de cette sorte que nous représentons ici (fig. 120).
La Mégachile du rosier {Megachile ceiitiiiiciilaris) [PI. IX], que Réaumur nomme la coiipeiise de feuilles du rosier, est noire, couverte d'un duvet gris fauve; son abdomen est garni en dessous de poils d'un rouge cannelle, avec de petites taches blanches sur les côtés. Elle creuse, le plus souvent dans un sentier battu, ou bien quelquefois dans un vieux mur, un trou de 4 à 5 centimètres de profondeur, dans lequel elle construit plusieurs cellules en forme de dé à coudre et faites de feuilles de rosier proprement jointes ensemble (fig. 121 et 122), et de façon que le fond de l'un des dés s'insère dans l'ouverture du précédent, comme on voit chez le marchand les dés entrés les uns dans les autres (fig. i23, voy. p. i36\ Pour faire les pièces de sa tapisserie , elle coupe avec ses mandibules une pièce ronde dans une feuille (fig. 124 et i25, voy. p. i36), et cela avec autant de promptitude que nous pourrions le faire avec des ciseaux,
FIO. 121 ut 122.
ORDRE DES HYMENOPTERES
FIG. 123 (voy. page 135
et avec beaucoup plus de régularité, car on les dirait tracés au compas.
Elle emporte cette pièce et l'arrange dans son nid avec une propreté et
une habileté incroyables; et, sans employer aucune matière liante, elle parvient à courber ces parcelles de feuilles les unes dans les autres avec une exactitude admirable, de manière à former le dé, les feuilles s'appliquant contre les parois de la galerie, par suite de leur élasticité propre. Elle remplit alors la cellule, terminée d'une pâte miellée qui, recueillie sur les fleurs du chardon, conserve une jolie teinte rosée, puis elle y dépose un œuf. Elle ferme alors la cellule avec trois petites pièces rondes qui doivent former le fond du dé suivant, et elle procède ainsi jusqu'au bout de la galerie. On rencontre trèsfréquemment cette Mégachile dans les jardins des environs de Paris. On trouve communément en France la Mégachile des poiriers {Mégachile pyvina) ^ et la Mégachile à ceinture {Mégachile cincta) qui emploie les feuilles de la bourdaine. UAuthidiiim manicatian, représenté (fîg. 104) à la page 124, est noir,
tacheté de jaune; sa tète est aussi large que son thorax, avec trois ocelles
placés sur le front en triangle; le ventre, un peu courbé, est muni dans
la femelle d'une touffe de poils en
brosse, et terminé dans le mâle
par cinq épines. L'Anthidie creuse
dans le tronc pourri des saules, ou ^,.
utilise la galerie vide de la chenille
du Cossus. Lorsque l'excavation
est préparée, elle recueille sur les
plantes, telles que les lychnis, les
silènes, le duvet qui les recouvre
pour en garnir son nid et en fabriquer, à l'aide de la salive gommeuse qu'elle sécrète, une cellule en forme
de cocon. Elle remplit à moitié cette cellule de pollen et de miel, puis y
dépose un œuf d'où sort la larve à laquelle sont destinées ces provisions.
Celle-ci, lorsqu'elle a atteint tout son développement, se file un cocon de
Vu;. 121 et 125. - Mrgachile
FAMILLE DES APIENS OU MELLIFERES. iB?
soie d'où elle sort au milieu de l'été à l'état d'insecte parfait. Cet insecte est assez répandu en France. Une autre espèce, qui habite le midi de la France et l'Algérie, VAnthidie tachetée, fait son nid dans les coquilles vides des colimaçons, comme le font quelques Osmies.
La dernière tribu des Apiens, celle des Nomadidcs^ renferme des espèces dont la manière de vivre est bien difl'érente de celle des tribus précédentes. Celles-là ne construisent plus de nids pour abriter leurs petits. Les organes propres à la récolte du pollen leur manquent ; leurs pattes simples, dépourvues de palettes et de poils, ne leur permettent plus de recueillir des provisions, et elles ne nourrissent pas leurs larves. Ne pouvant pas construire de demeures ni préparer de nourriture pour une progéniture incapable de se mouvoir, et qui cependant ne peut vivre que de pollen et de miel, elles vivent en parasites aux dépens des provisions amassées par de plus industrieuses qu'elles. Tels sont les Cœlyoxis^ Hyménoptères velus qui ont beaucoup de l'aspect des Mégachiles, aux dépens desquelles ils vivent la plupart. Le Cœlyoxis
FiG. 126. — yomada sex/asciata.
simplex, dont nous figurons dans notre
planche IX le mâle et la femelle, est surtout remarquable par la différence de forme qui existe entre les deux sexes. Dans la femelle, l'abdomen est étroit, terminé en pointe ; dans le mâle, au contraire , l'abdomen est large, tronqué à l'extrémité, et fortement denté, comme le montre la figure. Chez ce dernier, la tète est aussi beaucoup plus large et le corselet plus globuleux.
Les Nomades proprement dits sont de petits Hyménoptères à antennes coudées, à palpes maxillaires de six articles. Elles ont générale nent le corps glabre et ressemblent beaucoup, par la disposition de leurs couleurs noires ou ferrugineuses mélangées de jaune, à de petites guêpes. Ces petits Apiens s'introduisent dans les nids des Andrènes et autres Abeilles solitaires pour y déposer leurs œufs; les larves qui en sortent dévorent la provision de miel des propriétaires légitimes du nid, qui meurent affamés.
La Nomade ruficorne {Xomada ritjîcornis) ^ tigurée dans notre
planche XI, se trouve dans les environs de Paris. La Nomade à six bandes {Nomada sex/asciata), figurée ci-devant (fig. 126, voy. p. 137), est noire avec l'écaillé des ailes et six bandes sur l'abdomen de couleur jaune. Cette espèce se trouve en Suisse.
Les Mélectes sont des Apiens velus, noirâtres, tachetés de blanc. Comme les précédents, ils sont dépourvus des instruments propres à construire leur nid et à récolter le pollen, et ils vivent en parasites aux dépens des Anthophores auxquels ils ressemblent. Ces Mélectes déposent leurs œufs dans le nid des Apiens constructeurs, et leurs larves, qui éclosent les premières, se nourrissent de la pâtée mielleuse déposée par l'Anthophore, et affament ainsi les petits de celle-ci, qui, lorsqu'ils naissent, ne trouvent plus rien à manger. Dans notre planche IX est figuré le Melecta arma ta.
FAMILLE DES VESPIENS. 1^9
FAMILLE DES VESPIENS
La famille des Vespiens comprend des insectes sociaux où l'on trouve les trois sortes d'individus. Leur corps dépourvu de poils indique que ces insectes ne peuvent plus récolter le pollen des fleurs ; ils ne sécrètent pas de cire et construisent leurs nids avec des fibres végétales qu'ils coupent et mettent en œuvre à l'aide de leurs fortes mandibules. Les Vespiens ne conservent pas leurs ailes supérieures étalées au repos, comme les Apiens ; ils les plient en deux dans le sens de leur longueur, de sorte qu'elles paraissent alors très-étroites, et ne les étendent que pour voler. Leurs antennes sont coudées ; leurs pattes postérieures simples avec les jambes pourvues de deux épines à l'extrémité. Les femelles et les neutres sont toujours armés d'un aiguillon.
Comme chez les Abeilles et les Bourdons, leurs sociétés sont composées de mâles, de femelles et de neutres; mais ces sociétés sont annuelles comme celles des Bourdons, c'est-à-dire que quelques femelles, échappées aux rigueurs de la saison, passent l'hiver engourdies dans quelque retraite, et s'éveillent au printemps pour édifier leur nid, pondre leurs œufs et élever leurs larves.
Les Vespiens, connus généralement sous le nom de guêpes^ s'attaquent surtout aux fruits et aux matières sucrées ^ ils se nourrissent d'ailleurs de toute espèce de sucs végétaux ou animaux.
La famille des Vespiens se divise en trois groupes ou tribus fondés sur la forme du corps et l'attache de l'abdomen. Ce sont les Vespides , les Polis tides et les Epiponides. La première, celle des Vespides, à corps épais, à abdomen sessile^ à chaperon ayant son bord antérieur tronqué, ne comprend que le genre Guêpe proprement dit [Vespa). Ce genre renferme un grand nombre d'espèces répandues dans toutes les parties du monde, mais plus particulièrement dans les pays chauds. Toutes sont d'une assez grande taille et offrent des couleurs jaunes ou ferrugineuses sur un fond noir.
I40 ORDRE DES HYMÉNOPTÈRES
Les sociétés des Guêpes ne durent dans nos pays que depuis le printemps jusqu'aux premiers froids. Les individus qui les composent sont tous ailés et se ressemblent sous le rapport des couleurs. Les femelles sont seulement plus grandes que les mâles et les neutres, et ceux-ci à peu près égaux entre eux. Les mâles seuls sont dépourvus d'aiguillon. Les Guêpes construisent des nids très-remarquables, dont un petit nombre sont souterrains ou placés dans des creux d'arbres ; les autres sont établis en plein air ■ mais, quelles que soient leurs habitudes et leur industrie à cet égard, l'origine de leurs sociétés est la même pour toutes les espèces. Ces sociétés doivent leur naissance à des femelles fécondées l'année précédente, qui ont échappé dans quelque retraite aux rigueurs de l'hiver. Elles se mettent isolément à Touvrage et jettent les fondements d'un nid en construisant quelques cellules dans chacune desquelles elles déposent un œuf d'où, au bout de quelques jours, sort une larve. La mère ne trouvant pas de fleurs à cette époque, qui correspond aux premiers jours du printemps, nourrit d'abord ces larves avec les sucs d'autres insectes, surtout d'Hyménoptères et de Diptères, qu'elle mâche et réduit en une sorte de bouillie. Les premiers insectes parfaits qui naissent sont des neutres, qui se mettent aussitôt à aider leur mère en construisant de nouvelles cellules; celle-ci finit même par ne plus travailler ni sortir du nid, où elle continue de pondre, tant dans les cellules nouvellement faites que dans celles qui ont déjà servi de berceau à d'autres larves. Pendant ce temps les neutres la nourrissent en lui dégorgeant la nourriture qu'ils ont recueillie sur les fleurs. Vers la fin de l'été, il naît des femelles et des mâles, qui ne s'accouplent qu'au commencement de l'automne. Les mâles meurent bientôt, et quand les premiers froids se font sentir, les femelles se réfugient sous quelque abri pour y passer l'hiver. Vers la même époque, en octobre, les neutres, comme pris d'un accès de fureur^ font un massacre général de toutes les larves qui existent encore dans le nid; puis, bientôt après, ils se dispersent et ne tardent pas à périr de froid et de faim. La société est alors anéantie, et les femelles fécondées, qui se sont cachées pour hiverner, en sont les seuls débris.
Les nids que construisent nos Guêpes indigènes sont formés d'une
FAMILLE DES VESPIENS. 141
sorte de papier grossier, mais flexible, et qu'on peut chitlbnncr sans le rompre. Les matériaux qu'elles emploient à cet effet consistent en parcelles de bois sec et à demi décomposé, qu'elles réduisent en pâte à l'aide de leurs vigoureuses mandibules, en y ajoutant une liqueur visqueuse; après quoi elles l'étaient en lames minces, qu'elles polissent en passant dessus leur languette à plusieurs reprises. Ces nids, du reste, varient pour la forme autant que les espèces.
La Guêpe vulgaire (Vespa vidgaris) [fig. 127] que tout le monde connaît, construit un nid que l'on nomme guêpier. Ce guêpier est construit sous terre, à la profondeur d'environ 16 centimètres, communiquant à la surface du sol par un chemin rarement creusé en ligne droite. La forme du nid est ordinairement celle d'une boule de 3 à 4 décimètres de large. 11 est entièrement composé de parcelles de vieux bois que les Guêpes détachent à l'aide de leurs mandibules, qu'elles humectent ensuite et pétrissent pour les convertir en une pt\te semblable à du carton et imperméable à l'eau. Chaque ouvrière revient des champs chargée d'une petite boulette de cette pâte molle , qu'elle porte
•^ ' ^ ^ ^ Vlti 127. - res^a ful^arii.
entre ses mâchoires; elle va aussitôt l'appliquer à la partie du nid qui est en construction. Dans cette opération, elle marche à reculons, et à chaque pas qu'elle fait, elle étale une portion de la petite boule ligneuse sans la détacher du reste qu'elle tient entre ses deux premières pattes. Après l'avoir ainsi étendue en une lame mince et entièrement appliquée, elle passe et repasse sur son ouvrage sa langue enduite d'une liqueur gommeuse qui lui donne un beau poli. Le guêpier se compose de deux parties principales : de l'enveloppe et des gâteaux qu'elle renferme. L'enveloppe a souvent plus de 2 centimètres d'épaisseur. Elle n'est point massive, mais composée de douze à quinze couches qui laissent des vides entre elles, et dont chacune est aussi mince qu'une feuille de papier.
L'expérience démontre qu'une surface bosselée offre, toutes choses égales d'ailleurs, une bien plus grande résistance qu'une surface simplement unie. Ce principe a été appliqué avec beaucoup d'art par la Guêpe
ORDRE DES HYMENOPTERES
commune dans la construction de l'enveloppe de son nid qui est raboteuse et semble faite de coquilles bivalves posées les unes sur les autres, de manière à ne laisser paraître au dehors que leur extérieur convexe. L'intérieur du guêpier contient douze à quinze gâteaux parallèles disposés horizontalement ou par étages, et garnis chacun inférieurement de plusieurs centaines de cellules hexagonales remplies d'œufs ou de larves. Des chemins sont pratiqués pour la circulation entre ces gâteaux, et aboutissent à deux portes rondes ménagées pour l'entrée et la sortie des Guêpes. Ces planchers de carton qui supportent tant de berceaux, sont solidement soutenus, d'espace en espace, par des colonnes de même matière que le reste du nid ; mais massives et toujours d'un plus grand diamètre à leur base et à leur chapiteau que dans leur milieu. La Guêpe des arbres [Vespa arborea), représentée avec son nid dans notre planche XI, habite les bois de nos environs; elle construit son nid avec une matière parfaitement semblable quant à la couleur et à la consistance; mais au lieu de le placer en terre, elle le suspend entre les branches des arbustes. Ce guêpier, qui n'est jamais très-étendu, est entouré de nombreux feuillets, ce qui, joint à sa forme sphéroïdale^ lui donne l'aspect d'un chou ou d'une énorme rose grise.
Dans notre planche IX est représentée la Guêpe commune et au-dessus le Vespa crabro, la plus grande de nos espèces, et celle dont la piqûre est la plus redoutable. Le Vespa crabro, vulgairement connu sous le nom de Frelon, place son nid dans les cavités des vieux arbres, et emploie pour le construire d'autres matériaux que les précédentes : au lieu de bois mort, il se sert d'écorce d'arbres vivants, et le papier qu'il
128 et 12;i. - Piéiie et auue ùcc par les Préions (voy. page 143).
FAMILLE DES VESPIENS.
fabrique est plus épais, plus grossier et plus fragile ; ce nid, qui est beaucoup plus petit que celui du Vcspa vulgaris^ est également recouvert de plusieurs enveloppes, mais elles sont séparées les unes des autres par des intervalles de 12 à i5 millimètres et ressemblent à de grandes écailles. Des passages pratiqués dans leurs parois conduisent dans l'intérieur du nid. Les Frelons font souvent des dégâts assez considérables
FIG. 130 et 131. — Vespacincla.
en dépouillant les arbres de leur écorce, surtout les frênes et les aunes (fîg. 128 et 129, voy. p. 142).
Dans notre planche XII est représentée une magnifique espèce étrangère, la Guêpe Mandarine {Vespa Mandarinia) de la Chine et du Japon. Ses couleurs sont celles de notre Guêpe commune, mais plus brillantes, et les ailes sont d'un jaune clair plus foncé à la base. Nos figures i3o et i3i représentent le Vcspa cincta, également asiatique et répandu dans presque toute l'Inde. Il est d'un brun foncé avec une large bande jaune brillant, marquée de deux points noirs.
ORDRE DES HYMÉNOPTÈRES
La tribu des Polistides comprend des Vespiens à corps élancé, à abdomen aminci à sa base en pédicule ; leur chaperon a son bord antérieur angulaire. Le genre Polistes est le plus nombreux en espèces et le mieux connu. Ces insectes font des nids moins parfaits que ceux des vraies Guêpes, en ce qu'ils n'ont jamais d'enveloppes; les gâteaux sont à nu. On 'trouve pendant toute la belle saison^ sur les genêts et d'autres arbustes, la Poliste française [Polistes gallica) [fig. i32]. Dès les premiers beaux jours, la femelle suspend à une tige un simple gâteau porté par un
Fig. 132. — rolislesgank
pédicule et contenant un petit nombre de cellules, comme on le voit dans la figure ; dans chacune d'elles elle pond un œuf, et élève les larves qui en sortent et qui, devenues insectes parfaits, aident la mère et agrandissent le nid en y ajoutant des cellules ; quelquefois aussi, mais plus rarement, elles superposent un second gâteau au premier. Depuis le moment où l'œuf a été déposé dans sa cellule, une vingtaine de jours suffisent pour que l'insecte ait accompli toute son évolution.
La Poliste de Tasmanie [Polistes Tasmaniensis) que nous figurons ciaprès (fig. i33, voy. p. 145), est la plus brillante du genre; son thorax est
FAMILLE DES VESPIENS.
marron, son abdomen couleur de rouille et ses ailes d'un brun pâle. Son nid, comme on le voit dans la figure, ressemble à un bouquet de clochettes. Ces nids sont d'ailleurs de formes très-variables, suivant les espèces ; nous en donnons ici quelques exemples. La figure i33, à droite, représente le nid suspendu du Polistes aterrima; ce sont des espèces de cornets suspendus les uns au bout des autres; l'insecte est tout noir. Celui (fig. 134) à gauche est composé de trois corps en forme de gousses, réunis par une seule tige qui les suspend à une branche d'arbre. Sous cette enveloppe, les cellules, au lieu d'être placées côte à
t (voy. page 144).
Flo. 134 et 135. — Polistes aterrima.
côte, sont placées sur une ligne droite alternativement, chacune d'elles dépassant de moitié la précédente. On ne sait à quelle espèce appartient
ORDRE DES HYMENOPTERES
Apoïca pallUla.
ce nid qui vient du Brésil. Le genre Apo'ica, très-voisin des Polistes, n'en
diffère que par la forme campanulée du second segment de l'abdomen. U'Apoica pallida du Brésil, ainsi nommé de la couleur d'un brun jaunâtre pâle de son corps, construit un nid fort curieux, représenté avec son auteur dans notre figure i36.
Au même groupe appartient le Mischocyttanis labiatus du Brésil; il est brun, couvert d'un léger duvet gris. Son nid, que nous figurons ici avec son constructeur (fig. 1^7), affecte une forme toute différente de celles que nous avons vues jusqu'ici. Il est fait d'un papier très-fort et paraît formé de trois parties
distinctes. A la partie inférieure sont placées les cellules, dont l'ouverture
regarde le sol, puis au-dessus de chaque cellule se trouve un auvent qui
les protège contre la pluie ; enfin vient la tige
par laquelle tout le nid est suspendu à quelque
branche. Cette tige est très-longue et aussi
solide qu'une soie de la même grosseur.
L' Icaria ferriiginea, que nous représentons
ici avec son nid (fig. i38, voy. p. 147), est
voisin des Polistes. Cet insecte est noir avec
une large bande couleur de rouille au centre de
l'abdomen. Le nid de l'Icaria est encore de
forme singulière; il ressemble à deux fiûtes
de Pan accolées l'une à l'autre et suspendues
par un lien fixé à la base du premier tube. Ce
petit Vespien vient de l'Inde.
La troisième tribu des Vespiens, celle des
Epiponides, comprend de petites Guêpes des
régions tropicales, à corps court et ramassé, à abdomen peu ou point
pédoncule, à mandibules quadridentées. Des deux genres que comprend
ce groupe, le premier, Epipone, ne renferme que quelques espèces,
Mischocyttar\
FAMILLE DES VESPIENS.
dont les constructions nous sont inconnues. Le second, Chavtcrgiis , nous otïre plusieurs espèces américaines très-intéressantes. L'une d'elles, la Guêpe cartonnière yChartergus niditlans), fort répandue à Cayenne, est noire avec une ligne sur le corselet, une sur l'écusson et le bord postérieur de chaque anneau de l'ahdomen jaunes. Les nids que construit cette petite Guêpe sont très-remarquables ; leur forme se rapproche de celle des Guêpes proprement dites, c'est-à-dire elles sont complètement enfermées sous une enveloppe. Celleci, aussi bien que les gâteaux, est formée d'une sorte de carton tellement analogue à celui que fabriquent les cartonniers, que le meilleur ouvrier s'y tromperait lui-même. Ces nids, quelquefois fort grands, renferment jusqu'à huit et dix gâteaux, et il n'existe aucun espace pour circuler le long des parois du nid; il est complètement fermé de tous côtés et n'a qu'une ouverture en dessous pour le passage des petites Guêpes. Ces nids, qui ont la forme d'un sac, sont suspendus aux branches des arbres.
Une autre espèce de ce genre, le Charlergus brasiliensis, que les habitants nomment Lechegtiaiia, récolte souvent son miel sur des plantes vénéneuses et occasionne des empoisonnements chez les personnes qui le mangent.
Fiu. 138. — Icaria/errVffinea.
(voy. page 146).
148 ORDRE DES HYMÉNOPTÈRES
FAMILLE DES EUMENIENS
Les Euméniens ont encore de grands rapports avec les Vespiens, surtout par la disposition de leurs ailes; mais leurs caractères naturels et surtout leurs mœurs, les en distinguent bien nettement. Ils ont le corps oblong, assez allongé ; des antennes composées de treize articles dans les mâles et de douze dans les femelles; leurs mandibules^ beaucoup plus longues que larges, sont rapprochées en avant en forme de bec et dentées ; leur languette est étroite et allongée ; leurs ailes sont repliées dans le sens de leur longueur, comme chez les Guêpes.
Les Euméniens vivent solitaires; il n'existe pas chez eux d'individus neutres, et la femelle seule pourvoit au soin de sa progéniture. Les insectes parfaits vivent sur les fîeurs dont ils pompent le miel ; mais ils ne sont nullement organisés pour le récolter, non plus que le pollen, et ne sauraient en approvisionner leurs larves. Celles-ci sont carnassières et vivent de proie vivante; mais, ce qu'il y a de singulier, outre cette différence de régime entre l'insecte parfait et sa larve, c'est que celle-ci est privée de pieds et incapable de se mouvoir. Comment fera-t-elle donc pour se procurer cette proie sans laquelle elle ne peut vivre 7 C'est la mère qui la lui procurera. En effet, cette mère industrieuse, qui ne vit que du nectar des fîeurs, va faire la guerre aux insectes pour assurer l'existence de sa progéniture. En général l'Euménien s'attaque à une espèce particulière pour en approvisionner son nid. La femelle pique de son aiguillon ses victimes et les emporte dans son nid. L'insecte ainsi blessé ne meurt pas de la blessure, il demeure plongé dans un état anesthésique qui, tout en le rendant incapable de se mouvoir et de se défendre, lui conserve sa fraîcheur et sa souplesse. Les larves qui éclosent auprès de ces provisions péniblement amassées par leur mère, trouvent à leur portée une nourriture convenable, en quantité suffisante pour toute la durée de leur existence de larve. Et cette pauvre mère qui, guidée par un instinct admi-
FAMILLE DES EUMÉNIENS.
rable, a assuré l'existence de ses petits par des moyens si opposés à sa propre manière de vivre, ne verra même jamais ses enfants; car elle aura cessé de vivre lorsque ceux-ci viendront à éclore.
On divise la famille des Euméniens en deux tribus distinctes : les EuMÉNiDES et les Odynêrides.
Dans la première sont les Eumenes proprement dits, bien reconnaissables à leur abdomen, dont le premier anneau ressemble à une clochette. Leur livrée est à peu près celle des Guêpes, mais leur corps est bien plus allongé. L'espèce la plus répandue de ce genre, en France, est l'Eumène étranglé [Eumenes coarctata)^ long de 12 à i5 milUmètres, noir, avec des taches et le bord des segments abdominaux jaunes. Cette espèce fait son nid sur les graminées et surtout sur les bruyères ; il consiste en une petite boule sphérique, de terre trèsfine, dans laquelle la mère ne dépose qu'un seul œuf avec la pâture nécessaire à sa larve. Elle construit plusieurs nids de la même espèce.
Dans notre planche X est représentée une belle espèce de l'Inde , l'Eumène affamé [Eumenes esiiriens) ;
au-dessous de l'insecte est représenté le nid, qu'il approvisionne avec de petites chenilles arpenteuses. Les Synagris diffèrent des Eumenes par leur lèvre terminée par quatre lanières, tandis qu'elle est trilobée chez ces derniers. Les Synagris sont tous exotiques. L'un des plus remarquables est le Synagris cornuta 'fig. iSg), de l'Afrique australe. Sa couleur générale est noire avec le tour du corselet, les ailes et les mandibules d'un brun jaunâtre. Ces dernières sont d'une taille énorme, en forme de faulx et portent à la base une trèsforte dent.
La seconde tribu des Euméniens, celle des Odynérid es, a pour caractères : l'abdomen à peine pédicule, la lèvre trilobée avec le lobe du milieu plus grand et bifide; les palpes maxillaires longues. Les Odynères
FIG. 139. — Syna/jris cornuta.
,5o ORDRE DES HYMÉNOPTÈRES.
sont les plus nombreux et les plus répandus du groupe. Ils ressemblent à de petites Guêpes noires ceinturées de jaune. Réaumur, et après lui Audouin et Léon Dufour, ont fait des observations pleines d'intérêt sur les Odynères.
L'espèce dont parle Réaumur sous le nom de Guêpe solitaire^ est l'Odynère à pattes épineuses [Odynerus spinosus) suivant Audouin, et l'Odynère des murailles {Odynerus murarius) , de Latreille. Il est noir, avec les antennes et le front jaunes, deux taches sur le devant du corselet et quatre bandes sur l'abdomen , également jaunes. Cet Odynère, qui n'est pas rare aux environs de Paris, creuse dans le sable ou dans les vieilles murailles un trou cylindrique, qu'il prolonge au dehors, en y adaptant un petit tuyau construit en guillochis avec la terre qu'il retire de sa galerie souterraine. Ce tuyau est sans doute destiné à garantir son nid de l'invasion des insectes étrangers. Quand ce nid est terminé, il y dépose un œuf; mais avant d'en maçonner l'entrée, il était nécessaire de pourvoir à la nourriture de la larve qui doit prendre tout son accroissement dans cette retraite et y subir toutes ses transformations. L'Odynère s'en va donc chercher une petite chenille verte sans pattes qui, dans le repos, se tient roulée sur elle-même; il la saisit, la force à s'étendre le long de son corps, afin qu'elle puisse entrer plus facilement dans son trou, et vient la déposer au fond de sa cellule, où la chenille se roule d'elle-même en anneau. L'Odynère en entasse ainsi dix à douze, toutes disposées en forme annulaire, puis il ferme l'ouverture du trou avec les matériaux de l'échafaudage qu'il avait construit à l'entrée. La larve de l'Odynère éclôt, mange une première chenille, puis une seconde, et ainsi successivement jusqu'à la dernière. Alors elle a atteint tout son développement, et se file un cocon pour s'y transformer en nymphe, et ce n'est qu'au printemps suivant qu'elle perce le plafond de sa demeure et prend son essor à l'état d'insecte parfait.
Une autre espèce d'Odynère, VOdynerus rubicola, placée par quelques auteurs dans le genre Oplopus, construit son nid dans une tige de ronce sèche; elle le divise en loges, au moyen de terre sableuse pétrie, et
FAMILLE DES EUMÉNIENS. i5i
dépose dans chacune d'elles un œuf avec de petites chenilles de Pyrales. La larve passe l'hiver engourdie dans sa cellule et se métamorphose au printemps suivant.
Le Rhynchium iiitiJiiliini , figuré dans notre planche X, est un Odynère de l'Inde; il établit son nid dans les branches du bambou.
ORDRE DES HYMÉNOPTÈRES
Comme les Euméniens qui les précèdent et les Sphégiens qui les suivent, les Crabroniens vivent à l'état d'insecte parfait sur les fleurs, comme c'est le cas de presque tous les Hyménoptères; mais leurs larves ne vivent que de proie vivante. Cette proie leur est apportée par les mères, qui creusent dans la terre ou dans le bois, comme nous l'avons vu précédemment, une demeure pour leur progéniture.
Les Crabroniens sont des Hyménoptères de moyenne taille, reconnaissables à leur tète large et carrée et à leurs jambes plus ou moins ciliées ou épineuses. En outre, leur labre est peu saillant, leurs mâchoires et leur lèvre courtes ne constituent pas de trompe; leurs antennes sont droites, leurs pattes robustes.
La famille des Crabroniens se divise en trois tribus : les Crabrouidcs, les Lavrides et les Benibécides , basées sur la forme du labre et des mandibules.
La première tribu, celle des Crabro.nmdes, dont le labre est caché et les mandibules unies sans échancrure, renferme des genres nombreux; elle a pour type le genre Crabro assez riche en espèces , dont plusieurs offrent des habitudes pleines d'intérêt. Le Crabro à grosse tête {Crabro cephalotes) creuse des cellules dans le bois pourri à l'aide de ses mandibules, et en rejette à mesure les parcelles avec ses pattes postérieures. Dans chaque cellule il dépose un œuf qu'il approvisionne de Diptères. Les Crabro ont les antennes coudées , fusiformes dans les mâles et filiformes chez les femelles. Leurs larves (PI. VI II,/,' sont apodes.
Dans la planche VIII est représenté le Crabro quadrimaculatits ^ l'un des plus communs. Il est noir tacheté de jaune; le ventre porte quatre bandes jaunes interrompues au milieu, d'où son nom de quadrimaculatus.
Le Crabro subtcrraueiis (fig. 140, voy. p. i53) est du midi de l'Europe; il est noir tacheté de jaune.
Dans le genre Tripoxylou , les antennes sont en massue et les mandibules hidentées. Le Tn'poxyloii rejector est figuré dans notre planche X et au-dessus de lui ses cellules allongées, qu'il approvisionne de petites araignées vertes; puis il dépose un œuf dans chacune d'elles et en ferme rouverture.
Les Diodontes et les Pcmphredon qui creusent des tubes dans le bois pourri, apportent à leur nid une quantité considérable de Pucerons qu'ils vont chercher sur les plantes en les saisissant avec leurs mandibules.
Les Melliiies ont des antennes presque filiformes et des mandibules tridenlées PI. VIU, c. d. e.). Le Melline des champs {Mellimis arvensis)^ représenté dans notre planche VIII, est noir varié de jaune, avec les pattes de la même couleur. Cet Hyménoptére creuse son nid dans les terrains sablonneux, et les approvisionne avec des Diptères de diverses espèces. La larve se nourrit de ces insectes, et lorsqu'arrive le moment de sa transformation en nymphe, elle se construit une coque soyeuse qu'elle consolide avec les débris de ses victimes.
Les Cerceris se reconnaissent à leurs antennes renflées en massue et aux premiers segments de l'abdomen qui sont étranglés. On en connaît plusieurs espèces habitant la France et la plus grande partie de l'Europe. L'une d'elles, le Cerceris des sables {Cerceris arenaria)^ creuse son nid dans les terrains sablonneux, et oftre cette particularité singulière, qu"au lieu de choisir pour la nourriture de ses larves, comme font les autres Crabronides, des insectes à téguments mous tels que les Chenilles ^ les Diptères^ les Araignées, il recherche les Coléoptères les plus durs et principalement des Charançons. Il faut croire cependant qu'il choisit de préférence ceux qui sont nouvellement éclos et dont les téguments n'ont pas encore eu le temps de se solidifier. Le Cerceris arvcnsis , représenté dans notre planche VIII, est comme ses congénères, noir varié de jaune. Comme l'espèce précédente, il approvisionne ses lar\es avec des
FiG. iiO. — Crabro sit^terrane (voy. page 152).
i54 ORDRE DES HYMÉNOPTÈRES.
Charançons, entre autres les Otinvhynchus^ dont l'enveloppe cornée est si dure qu'on a de la peine à la percer avec une épingle.
Les Philanthes à antennes brusquement terminées en massue, à mandibules unidentées, à abdomen contracté à la base, nous offrent un exemple de témérité singulière. Le Philanthe apivore {Philanthus apivorus) rôde autour des ruches, et, malgré sa taille plus petite et le redoutable aiguillon de son adversaire, il fond sur le dos de Tabcille occupée à butiner dans quelque fleur, la saisit avec ses mandibules par le cou, et lui enfonce son aiguillon dans l'abdomen, avant qu'elle ait eu le temps de se mettre en défense. Puis il l'emporte engourdie dans son nid pour servir de pâture à ses larves. Il est curieux de voir le Philanthe emportant cet insecte plus gros que lui, et s'etîbrçant de le faire entrer dans son trou, en le tirant à lui à reculons. Parfois, malgré tous ses efforts, il ne peut en venir à bout; il sort alors, lui coupe les pattes et les ailes, et fait entrer son corps mutilé en le comprimant comme à la filière. La larve du Philanthe, repue d'abeilles, se file un curieux cocon en forme de fiole allongée, dans lequel elle se transforme en nymphe, puis en insecte parfait. Le nid du Philanthe consiste en une galerie presque horizontale de 20 à 25 centimètres de profondeur, qu'il creuse avec ses mandibules dans les talus des chemins sablonneux. Le Philanthe apivore est noir tacheté de jaune ; son abdomen, de cette dernière couleur, porte une tache triangulaire noire sur chaque anneau.
Les espèces du genre Astate se distinguent à leurs antennes grêles, filiformes, à leurs mandibules arquées, bidentées, à leurs jambes épaisses. Ces insectes font leurs nids, comme les précédents, dans les chemins sablonneux et les approvisionnent avec des larves et des nymphes de Punaises des bois. A la planche VIII est représenté YAstata bnops mâle; en g.^ planche VIII, on voit la tête de la femelle.
La seconde tribu, celle des Larrides, est caractérisée par un labre toujours caché et des mandibules offrant à leur base, au côté interne, une profonde échancrure. Les représentants de ce groupe ne sont pas nombreux : ce sont des insectes de petite taille, de couleur noire enfumée, variée de jaune. Us sont principalement répandus en Europe et dans le nord de l'Afrique. Leurs mœurs sont analogues à celles des autres Crabroniens.
Bembex rostrata.
La troisième et dernière tribu de la famille des Crahroniens est celle des Bembécides. Ces insectes^ en général propres aux régions chaudes du globe, sont d'une assez grande taille, et ont un corps robuste, de couleur noire tachetée de jaune. Ils ont pour caractères le labre triangulaire, visible; les mandibules pointues, unidentées au côté interne. Leurs habitudes se rapprochent beaucoup de celles des précédents; les femelles creusent des trous dans le sable pour y déposer leurs œufs, et les remplissent d'insectes pour servir à la subsistance de leurs larves.
Ces Crabroniens sont extrêmement agiles et volent rapidement de fleur en fleur, en faisant entendre un bourdonnement aigu. Quelques-uns exhalent une odeur de rose très-prononcée.
Le Bembex à bec Bembex rostrata) [iîg. 141], type du genre Bembex, est noir avec cinq bandes sinuées d'un jaune citron; les pattes sont de même couleur. On trouve cette espèce aux environs de Paris. Elle creuse des trous profonds dans les terrains sablonneux exposés au plein midi, et y entasse une quantité de petits Diptères, surtout des Syrphides; puis elle y dépose ses œufs et ferme l'entrée du nid. Une autre espèce , le Bembex à larges tarses {Bembex tarsata)^ du midi de l'Europe, nourrit ses larves avec des Diptères du genre Bombylius. Les Sti^es ont, au contraire des Bembex, le labre et les mâchoires courts et ne formant pas la trompe. Quelques espèces se rencontrent dans la France méridionale et l'Espagne ; elles vivent dans les terrains sablonneux.
sptcioms çf (vny. pape 150).
,56 ORDRE DES HYMÉNOPTÈRES
Les Sti{es, dont le nom tiré du grec signifie /'o/7//<?, faisant allusion à l'acuité du dard dont ils sont armés, ressemblent beaucoup à de grosses Guêpes, comme le montre la figure ci-contre (fig. 142, voy. p. i55). Ce bel insecte est le Sti{iis speciosus, de l'Amérique du Nord, où on le désigne sous le nom de Guêpe mineuse, par suite de son habitude de creuser dans la terre des trous profonds. Ces trous sont destinés à recevoir leurs œufs et la nourriture appropriée aux larves qui en sortiront. C'est avec des Gryllons que le Stizus américain approvisionne son nid; la piqûre de son aiguillon les plonge dans une sorte d'anesthésie qui les livre sans défense aux petites larves. La figure représente le mâle ] la femelle est beaucoup plus grosse.
FAMILLE DES SPHÉGIENS. iSy
FAMILLE DES SPHEGIENS
Les insectes de la famille des Sphégiens, qui doit son nom au genre Sphex, ont des mœurs analogues à celles des Crabroniens, c'est-à-dire que, vivant eux-mêmes sur les fleurs, ils produisent des larves carnassières pour lesquelles ils sont obligés d'amasser des provisions en quantité suffisante pour conduire ces larves jusqu'au moment de leur transformation en nymphe. Toutefois le lieu choisi pour la construction du nid, sa structure, et la nature des aliments qui y sont déposés, varient à l'infini.
Les Sphégiens sont souvent de très-grande taille, surtout ceux des régions tropicales, et c'est parmi eux que l'on trouve les plus forts Hyménoptères. La plupart sont d'une couleur bleu violacé, plus ou moins noirâtre et brillante, souvent tachetés de blanc ou de rouge. Les femelles sont toujours armées d'un redoutable aiguillon.
La famille des Sphégiens est caractérisée par une tète large ; un labre toujours saillant ; des mâchoires et une lèvre assez courtes ; des antennes longues, contournées dans les femelles ; des pattes propres à fouir, à jambes et tarses fortement ciliés • les postérieures beaucoup plus longues que les autres. — On y distingue trois tribus : les Sphé^'ides, les Scoliides et les MutUlides, caractérisées par la forme de leurs antennes.
La première tribu, celle des Sphégides, porte des antennes longues, filiformes ou sétacées. Les Pumpiles^ à mandibules bidentées, pratiquent des trous dans le vieux bois ou profitent d'ouvertures déjà toutes faites; quelques-uns creusent leur nid dans le sable. Ils approvisionnent leurs larves avec des Araignées, et ne redoutent pas de les aller chercher jusque sur leur toile, même les plus grosses ; mais le plus souvent ils s'adressent aux Araignées errantes qui ne filent pas de toile. Rien n'est curieux comme d'assister à ce duel entre le Pompile et l'Araignée. Dès que le premier a aperçu la toile, il vient se poser dessus ; l'Araignée, avertie par
i58 ORDRE DES HYMENOPTERES.
réhranlement des fils et espérant une proie, sort de sa retraite; mais elle s'arrête bientôt en reconnaissant qu'elle a affaire à un redoutable adversaire. Elle prend peur et veut fuir; mais le Pompile ne lui en laisse pas le temps. Il fond sur elle et la perce de son terrible aiguillon; l'Araignée, engourdie par le venin, tombe sur sa toile, et son vainqueur l'emporte dans son nid. Arrivé là, il pose sa proie sur le bord et, d'un coup de tète, la pousse au fond du trou, où il a déposé un œuf. Six à huit Araignées, suivant leur grosseur, complètent sa provision. 11 bouche ensuite l'entrée de l'habitation.
On connaît un assez grand nombre de Pompiles européens; les plus répandus dans nos pays, pendant toute la belle saison, sont le Pompile varié {Pompilus pariegatus), noir, avec les ailes diaphanes offrant deux bandes transversales noirâtres; le Pompile des chemins {Pompilus viaticus\ également noir, avec les trois premiers anneaux de l'abdomen roux et les ailes brunes avec l'extrémité noire. Dans notre planche VIII est représenté le Pompilus fusciis. C'est une femelle, comme le montrent ses ^^^P^^^-" antennes recourbées en anneau; elles sont
FiG. 143. - Pom^ihis atrox. slmplcment arquées dans le mâle. En a, sont
la mâchoire et la palpe maxillaire, en/?, la lèvre et les palpes labiales. Son corps est d'un noir brillant avec les trois premiers segments de l'abdomen roux; les ailes sont enfumées. Cette espèce approvisionne son nid avec de grosses Araignées du genre Epeire, auxquelles elle coupe la tète et les pattes pour donner à ses larves leur énorme abdomen gonfîé de sucs.
Le Pompilus atrox, que nous représentons ici (fig. 143), est une des plus belles espèces du genre ; il habite l'Amérique du Nord. II est d'un noir brillant avec une large tache orange vers la base de l'abdomen, en dessus. Nous ne connaissons pas ses habitudes, qui doivent être analogues à celles des autres Pompiles.
Les Pepsis sont les géants de la famille ; ils habitent l'Amérique méri-
iSg
dionale, où leur piqûre est très-redoutée. Dans notre planche XII est représentée l'une des plus grandes espèces du genre, le Pcpsis héros du Brésil. Il est d'un bleu presque noir, d'un lustre velouté, les ailes sont brunes et luisantes.
Le Pcpsis elcvata, que nous figurons ici (fig. 144), est d'un noir velouté, à reflets verts- ses antennes sont jaunes dans leur dernière moitié.
Près des Pepsis se placent les Mygniniia^ également de grande taille.
FXG. 144. — Fepsis elevala.
L'espèce que nous figurons ici, le Mygnimia apicula (fig. 145, voy. p. 1 60), habite Java. Il est en entier d'un noir mat, parsemé d'un léger semis blanc, comme la gelée blanche. Les ailes sont également noires, les supérieures portant à leur extrémité une large tache blanche satinée.
L'on n'a pas encore observé les mœurs de ces insectes; mais selon toute probabilité elles se rapprochent de celles des autres genres de la famille.
Le genre Spliex se distingue par des mandibules larges, arquées et
ORDRE DES HYMÉNOPTÈRES
nia, (voy. prge 159).
bidentées; leur prothorax rétréci forme une sorte de cou distinct du
métathorax, et leur abdomen est attaché au corselet par un pédicule très-long. Les Sphex sont nombreux en espèces, surtout exotiques. Ils creusent dans les terrains sablonneux un trou assez profond, dans lequel ils déposent un œuf, et qu'ils approvisionnent avec divers insectes suivant les espèces. Le Sphex à ailes jaunes (Sp/iex flavipcnnis) y dépose des Grillons engourdis par sonaiguillon; le Sphex <7//?z.îec/<3 approvisionne sa nichée avec des Criquets; le Sphex bleu s'attaque aux
Araignées. Avant de déposer sa victime dans le nid, le Sphex la pose sur
le bord et descend dans son trou
plusieurs fois de suite, pour s'assurer sans doute qu'il ne s'y est
pas caché quelqu'ennemi; puis il
y tire sa proie à reculons et bouche
le nid. La larve qui sort de l'œuf
dévore sa victime réduite à l'impuissance, puis se file un cocon
enduit d'un vernis violacé, et y
devient nymphe ; elle sort au bout
d'une vingtaine de jours à l'état de
Sphex, prend son essor, butine sur
les fîeurs et bientôt fait son nid,
si c'est une femelle. Nous figurons
ici le Sphex argenté Sphex argentata) [flg. 146J, ainsi nommé de la large
l''IG. 141). — Sflte
FAMILLE DES SPHÉGIENS. i6i
bande argentée qui entoure le milieu de son abdomen; cette bande est due au duvet très-fin qui le couvre, et qui parfois, comme dans la figure ci-jointe, s'étend sur le métathorax. Le reste du corps est noir avec les ailes transparentes. Ce bel insecte se trouve sur le continent et dans l'Archipel indien.
Les Amjuophiles , très-voisins des Sphex, s'en disfinguent par leurs mandibules plus longues, arquées et tridentées. Le type du genre, l'Ammophile des sables {Ammophila sabulosa) [fig. 147], est noir, avec un large anneau roux sur l'abdomen. Cette espèce, répandue dans nos environs pendant tout l'été, creuse avec ses pattes, dans la terre, au bord des chemins, des trous assez profonds, dans lesquels elle dépose une grosse chenille qu'elle a engourdie en la piquant de son aiguillon. Elle pond un œuf auprès et ferme l'entrée du trou avec des grains de sable ou de petits cailloux. L'Ammophile des sables attaque toujours les grosses chenilles des Papillons de nuit, bien qu'elles pèsent souvent deux fois autant que lui; mais il en vient toujours à bout à force de courage et de persévérance. „ ,„ , ,, .,
* FICî. 147. — Ammophila sabulosa.
Les Pclopées ont les mandibules arquées et faiblement unidentées; la plupart des espèces habitent les parties chaudes du globe; mais on en connaît quelques-unes en Europe. Le Pélopée tourneur Pelopœus spirifex), noir, à pédicule jaune, celui-ci très-long, est assez fréquent dans le midi de la France, mais très-rare aux environs de Paris. Il construit sous les pierres, avec du sable et de la terre, agglufinés par cette salive particulière que presque tous les insectes nidifiants ont la propriété de sécréter par la bouche, un nid assez grossier renfermant cinq ou six cellules verticales. La mère approvisionne ces cellules avec des Araignées qu'elle a piquées de son aiguillon.
Nous figurons dans notre planche XII le Pelopœus lœtus^ espèce australienne dont le nid est représenté au-dessus d'elle, appliqué contre un tronc d'arbre. Cet insecte a la tête et le corselet noirs, avec une tache
i62 ORDRE DES HYMÉNOPTÈRES.
jaune au milieu de ce dernier; le pédicule et le tiers de l'abdomen sont jaunes, et le reste de l'abdomen noir; les antennes sont jaunes, ainsi qu'un étroit collier autour du cou.
Dans notre planche X est figuré le Parapison rufipes de l'Inde ; c'est à première vue un insecte assez insignifiant; il est d'un brun foncé recouvert d'un duvet blanchâtre. Mais son nid et ses mœurs sont très-curieux. Ce nid est représenté dans le bas de la planche, à gauche, fixé à la tige d'une fleur. Les cellules sont construites en terre gâchée et agglutinée au moyen de la salive de l'insecte , polies et comme doublées à l'intérieur d'une substance soyeuse. Le Parapison femelle dépose dans chacune de ces cellules un œuf, puis il y enfouit une dizaine de petites Araignées d'un vert pâle que la larve trouvera à point au moment de sa naissance. Lorsqu'elle a dévoré toutes ses provisions, la larve se file une enveloppe de soie, dont elle sort peu après à l'état d'insecte parfait.
Des insectes très-semblables quant à la forme aux Pélopées , mais qui en diffèrent par leur labre quadrilobé et leur corps peint de couleurs métalliques, les Chlorions, habitent les régions chaudes des deux hémisphères. Ces insectes construisent des nids comme ceux des Pélopées, en terre gâchée et agglutinée, dans laquelle sont percées un plus ou moins grand nombre de cellules. On trouve à l'Ile Bourbon et à l'Ile de France le Chlorion compressiim^ entièrement d'un beau vert métallique, avec la base des cuisses d'un roux vif. Cet insecte est très-utile par la guerre acharnée qu'il fait aux Blattes ou Kakerlacs qui infestent nos colonies. Il est singulier de voir avec quelle hardiesse il se jette sur ces insectes, malgré leur grande taille relative. Dès que le Chlorion aperçoit une Blatte, il s'élance sur elle, la saisit avec ses mandibules entre la tête et le corselet, et, se retournant sur lui-même, il lui enfonce son aiguillon dans l'abdomen. Il s'éloigne alors jusqu'à ce que sa victime ne donne plus signe de vie, puis la traîne jusqu'à son nid; mais presque toujours l'ouverture de celui-ci est trop étroite pour donner passage à la Blatte. Le Chlorion ne se décourage pas pour si peu; il arrache les ailes et les pattes de la Blatte, et entrant lui-même dans le trou à reculons , il tire avec ses mandibules le corps qui s'allonge et se comprime contre les parois du tube.
Le Chlorinu lobatum que nous figurons ici (fig. 148) vient de l'Inde, où il est assez répandu. Son corps brillant et poli est d'un beau vert émeraude variant quelquefois au bleu; les ailes sont d'un jaune clair et brillant. La femelle est beaucoup plus grande que le niàle; c'est elle que nous représentons ici. Elle l'ait la chasse aux Araignées pour en approvisionner son nid.
La seconde tribu des Sphégiens, celle des Scoliides, se distingue par des antennes épaisses, souvent fusiformes. Les Sapygcs, noires tachetées de blanc {Sapyga punctata)^ paraissent vivre en parasites aux dépens d'autres Hyménoptères dans le nid desquels elles déposent leurs I^ œufs. ;;^ -
Les Scolies proprement dites ont les mandibules tridentées, les palpes de trois articles. Ce sont d'assez grands insectes, noirs tachetés de jaune. Le type du genre, la Scolie des jardins [Scolia hortoriim) , longue de 35 à 40 millimètres, est noire, velue, à front jaune; l'abdomen est noir, avec une large bande transversale jaune sur le deuxième et le troisième segment, souvent interrompue^ surtout dans la femelle. Cet insecte, répandu dans le midi de l'Europe, vole sur les fleurs, au plein soleil.
La Scolie des jardins paraît nourrir ses larves avec celles de YOryctes nasiconiis ^ gros Coléoptère qui vit dans le tan et le bois pourri; peut-être aussi les approvisionne-t-elle, à leur défaut, avec les larves du Hanneton.
Une autre Scolie [Scolia bicincia) nourrit ses larves avec la grande Sauterelle verte. Le Scolia procera que nous figurons ici (fig. 149, voy. p. 164), est le géant du genre. Son corps est noir avec des taches jaunes ; ses ailes d'un noir brillant à reflets métalliques verts. Cette
ORDRE DES HYMENOPTERES
belle espèce vient de l'Inde. Elle creuse dans le sable des trous profonds, et alimente ses larves avec de gros Orthoptères.
Les Myiines habitent les régions chaudes des deux continents ; elles ont les mandibules bidentées^ les palpes maxillaires de six articles. Les femelles diffèrent tellement des mâles par l'épaisseur de leur corps, par la brièveté de leurs antennes et les épines des jambes, que plusieurs
FiU. Irty. — Scolia pri
'■ {voy. page 163).
auteurs en avaient fait un genre distinct sous le nom de Plcsie. Nous ne connaissons pas leurs mœurs.
La troisième tribu de la famille des Sphégiens, celle des Mutillides, caractérisée par des antennes filiformes assez épaisses, se compose d'insectes très-remarquables par la différence extrême qui existe entre les mâles et les femelles; ces dernières sont toujours privées d'ailes et ressemblent à de grosses Fourmis; elles ont les antennes courtes et courbées, l'abdomen plus court que dans les mâles. Ceux-ci sont plus petits que les femelles, toujours ailés; leurs antennes sont plus longues, droites; l'abdomen plus allongé.
FAMILLE DES SPHEGIENS.
On a longtemps ignoré la manière de vivre de ces insectes; on trouve les mâles sur les fleurs, les femelles courant avec rapidité dans les endroits sablonneux, pénétrant dans toutes les fissures du terrain. Leurs jambes fortement armées d'épines avaient fait penser qu'elles creusaient des demeures pour leurs larves, et leur puissant aiguillon devait servir, croyait-on, à engourdir les insectes dont elles nourrissaient celles-ci. Mais on sait aujourd'hui que ces Hyménoptères vivent en parasites dans les nids des Abeilles solitaires. Leurs larves dévorent, non la pâtée mielleuse, mais les propres larves des Abeilles.
Les Miitilles proprement dites •
ont l'abdomen ovoïde dans les deux sexes ; le corselet cubique; leur tête est large, leurs antennes peu coudées, souvent contournées. Assez nombreuses en espèces, les Mutilles sont répandues dans les parties chaudes des deux hémisphères ; elles sont en général agréablement variées de rouge et de jaune. Nous citerons parmi elles la iMutille européenne \ Mittilla europœa). Elle est d'un noir
bleu; le mâle a le premier segment thoracique noir, les autres d'un rouge sanguin; les trois premiers anneaux de l'abdomen sont bordés de blanc soyeux; les ailes sont enfumées. Chez la femelle, tout le thorax est en dessus d'un rouge de sang. Nous avons figuré dans notre planche VIII le mâle et la femelle de cette espèce.
Le Mutilla cerbera dont nous représentons ici la femelle (fig. i5o), est noir et bJanc; son corps est couvert d'un poil court assez épais. Cette espèce vit à Bahia; la piqûre de son aiguillon est très-douloureuse.
Les Thynnes sont des Mutilles à antennes droites dans les mâles, contournées dans les femelles; à mandibules bidentécs dans les deux sexes. Dans le Thynniis australis de la Nouvelle-Hollande , les deux sexes
FlG. 160. — Mutittacerhe
ORDRE DES HYMÉNOPTÈRES
diffèrent tellement l'un de l'autre, que quelques naturalistes en avaient fait non-seulement des espèces et des genres différents, mais les avaient même placés dans des familles distinctes. Le mâle ressemble en effet, d'une manière frappante, à une grosse Guêpe ou à un Frelon, et la femelle rappelle une énorme Fourmi rousse.
PIG. 151 et 152.
n, mâle ft femelle.
Les Sclerndevma forment le passage des Sphégiens aux Formiciens par les Mutilles. Ce sont des insectes de petite taille, dont les téguments sont d'une dureté extrême; c'est ce qu'indique leur nom générique. Le Scleroderma cylindricum d'Albanie, dont nous figurons ici les deux sexes (fig. i5i et i52), n'a que 2 millimètres, le mâle, et 3 1/2 millimètres, la femelle ; leur couleur est brun rouge foncé. Ces insectes vivent en parasites sur les chenilles et les chrysalides des Papillons de nuit.
FAMILLE DES FORMICIENS.
FAMILLE DES FORMICIENS
Cette famille comprend un très-grand nombre d'espèces, dont les mœurs et les instincts sont au moins aussi admirables que ceux des Abeilles et des Termites. Elles offrent pour caractères généraux : une tête triangulaire à mandibules fortes ; à m.àchoires et lèvre inférieure au moins aussi courtes que les mandibules; à antennes toujours coudées;
Fourmis mâle, femelle et neutre (voy. page 168).
des pattes assez grêles et longues; l'abdomen ovale, attaché par un pédicule étroit.
Ces insectes, très-nombreux partout, sont répandus dans toutes les parties du monde. On les divise en trois tribus, dont les mœurs et les métamorphoses sont analogues. Ce sont les Myrmicides, qui ont deux nœuds au pédicule de l'abdomen et un aiguillon chez les femelles et les neutres; les Ponérides, qui n'ont qu'un nœud au pédicule et un aiguillon chez les femelles et les neutres ; enfin, les Formicides, qui n'ont qu'un nœud au pédicule et pas d'aiguillon. Dans les deux premières tribus, les
ORDRE DES HYMÉNOPTÈRES
larves ne filent pas de cocon pour se changer en nymphe. Nous donnerons ici le tableau général des mœurs des Fourmis de notre pays, celles qui ont été le mieux étudiées.
Nous avons vu combien sont industrieux les Termites, les Guêpes, les Abeilles, les Osmies; mais les Fourmis les surpassent encore et donnent des preuves d'un raisonnement qui dénote chez elles plus que de l'instinct.
Les sociétés des Fourmis se composent de mâles et de femelles ailés (fig. i53 et i54, voy. p. 167), et de neutres aptères (fig. i55, voy. p. 167), qui, outre ces caractères tirés des ailes et des organes génitaux, se distinguent ordinairement entre eux par la taille. Les femelles sont beaucoup plus fortes que les deux autres sortes d'individus. Les ouvrières sont d'un tiers et quelquefois de moitié plus petites; les mâles tiennent en général le milieu entre les deux. Mais, dans la plupart des espèces, on observe, outre les neutres ordinaires qui forment la masse de la population et qui ne s'occupent que des travaux de l'habitation, d'autres individus beaucoup plus grands et pourvus de mandibules plus allongées et plus robustes ; ceux-ci sont chargés de défendre l'habitation en cas d'attaque, et n'en sortent que pour aller à la rencontre de l'ennemi qui se présente et le combattre.
La forme et la nature des habitations de nos Fourmis indigènes varient presque autant que les espèces ; les unes creusent dans la terre des cavités dans lesquelles elles établissent des étages superposés, soutenus par des piliers irréguliers et communiquant entre eux par des passages qui se croisent dans tous les sens ; le tout est quelquefois surmonté d'autres étages construits avec des bûchettes, des brins d'herbe, de paille et autres objets semblables, et qui finissent par former un dôme arrondi plus ou moins élevé ; d'autres pratiquent dans le bois carié des vieux troncs d'arbres des demeures analogues ; il en est qui se contentent de galeries creusées dans le sein de la terre sous une pierre. Les espaces vides qu'on observe entre chaque étage dans ces demeures souterraines sont destinés au séjour des larves, que les neutres sont presque sans cesse occupés à transporter d'un étage à l'autre pour les maintenir dans la température qui leur convient ; mais ils ne sont pas des magasins comme le
FAMILLE DES FORMICIENS. 169
croyaient les anciens. Les Fourmis de nos pays passent en effet l'hiver dans l'engourdissement, et pendant la belle saison leur nourriture consiste en insectes, chenilles de petite taille, débris d'animaux de toutes sortes auxquels elles joignent des substances végétales sucrées; cependant nous verrons plus loin que certaines Fourmis des pays chauds qui ne s'engourdissent pas, font des provisions. Les Fourmis ont surtout un goût tout particulier pour la liqueur miellée que sécrètent les pucerons, et non contentes d'aller la recueillir sur les arbres où ces insectes font leur séjour, elles les emportent quelquefois eux-mêmes dans leurs demeures pour les avoir toujours à leur disposition, et les gardent soigneusement, comme nous faisons de nos bestiaux.
Ces fourmilières, dont nous admirons souvent la grandeur, n'ont eu que d'humbles commencements. L'union des mâles et des femelles a lieu au milieu de l'été, en août ; vers cette époque, des milliers d'individus des deux sexes quittent l'habitation^ surtout à la chute du jour; leur réunion paraît comme un nuage qui s'élèverait et s'abaisserait avec lenteur. Les mâles meurent bientôt; les femelles ne reviennent plus pour la plupart à la fourmilière ; les autres y sont ramenées par les neutres, qui en retiennent ainsi autant qu'ils en peuvent saisir. Les femelles ne pondent qu'au printemps suivant, et la fourmilière passe ainsi tout l'hiver sans œufs ni larves.
Les femelles qui se sont échappées s'établissent seules dans quelque cavité du sol et y pondent leurs œufs, qui n'éclosent qu'au retour de la belle saison. Jusque-là, et tant que des neutres ne sont pas sortis de ces œufs, elles remplissent les fonctions d'ouvrières, creusant les premières galeries de l'habitation, soignant et nourrissant les jeunes larves. Cellesci, si elles sont des ouvrières, aussitôt après leur dernière transformation, aident leur mère et ne lui laissent bientôt plus rien à faire. Ce qu'il y a de remarquable, c'est qu'aussitôt qu'elles sont devenues fécondes, ces femelles se débarrassent elles-mêmes de leurs ailes en les tordant à l'aide de leurs pattes jusqu'à ce qu'elles tombent (fig. i56, voy. p. 170). Comme elles pondent un immense nombre d'œufs, la société s'accroit avec d'autant plus de rapidité que les métamorphoses s'accomplissent très-
ORDRE DES HYMÉNOPTÈRES
rapidement dans cette famille; il ne s'écoule guère que vingt-trois jours entre la ponte de l'œuf et l'apparition de l'insecte parfait. La fourmilière ainsi établie dès les premiers beaux jours du printemps, est encore médiocrement élevée au milieu de l'été, époque où les femelles la quittent en majeure partie pour aller en fonder de nouvelles- mais elle s'accroît chaque année et finit par acquérir avec le temps des dimensions considérables. Les Fourmis n'abandonnent le lieu où elles se sont établies que
FiG. 156. — Fourrais femelles s'arrachant les ailes (voy. page 1C9).
lorsqu'elles y ont été trop souvent tourmentées, ou que quelques accidents l'ont rendu inhabitable.
Trois occupations principales absorbent tous les moments des neutres, qui composent la partie laborieuse de la communauté : agrandir ou réparer l'habitation, soigner les nymphes et faire des excursions au dehors afin de chercher tant des matériaux que des vivres pour elles-mêmes ainsi que pour les mâles et les femelles aux besoins desquels elles sont chargées de pourvoir. Ces dernières sont aussi l'objet de soins et de respects particuliers dès qu'elles deviennent mères. Les neutres, non-
FAMILLE DES FORMICIENS. 171
seulement les nourrissent, mais les entourent, les nettoient et les caressent en leur passant leur languette sur le corps, et leur épargnant jusqu'à la peine de marcher en les portant à l'aide de leurs mandibules. Les larves sont soignées non moins assidûment, depuis le moment de leur naissance jusqu'à celui de leur transformation en insectes parfaits. Les neutres les transportent sans cesse d'un étage à l'autre de l'habitation, suivant le degré de température : elles les nourrissent en leur dégorgeant dans la bouche la miellée ; si la fourmilière est attaquée, leur premier soin est de les mettre en sûreté en les emportant loin des atteintes de l'ennemi. Dans beaucoup d'espèces, ces larves, en se transformant en nymphes, s'enveloppent d'une coque soyeuse dont elles seraient incapables de sortir lorsqu'elles sont arrivées à leur dernier état ; ce sont les neutres qui leur rendent encore ce service en déchirant cette coque avec leurs mandibules.
La nature et la forme des constructions des Fourmis varient selon l'instinct particulier et les habitudes des espèces. La Fourmi brune [Formica bnmnea)^ par exemple, construit en terre des bâtisses extrêmement délicates et cependant très-solides, en forme de dôme. Ce dôme, qui s'élève à 25 centimètres et plus au-dessus du sol, est en terre gâchée^ assez lisse, et forme une croûte dure. Si l'on enlève ce dôme extérieur, on voit qu'il recouvre tous les étages situés au-dessus du sol et que tous ces étages se recouvrent l'un ra,utre par tranches concentriques. Chaque étage a de 12a 1 5 millimètres de hauteur, et les murs et les cloisons en sont d'un grain si fin que la surface en parait polie. On y voit des salles nombreuses communiquant entre elles par de nombreuses galeries qui se croisent en tous sens, comme un labyrinthe, et l'on remarque au centre de chaque étage une salle plus grande que les autres et dont la voûte est supportée par de petites colonnes et par des arcs-boutants d'un travail merveilleux. On compte souvent sept ou huit étages supérieurs au niveau du sol, et dont le plus bas au rez-de-chaussée communique avec les étages souterrains. Au-dessous du niveau du sol se trouvent autant d'étages creusés dans la terre et dont les matériaux ont servi pour les constructions extérieures. Ces étages souterrains sont plus spacieux que les supé-
ORDRE DES HYMENOPTERES
rieurs; c'est là que sont placées la nourrisserie et les chambres aux provisions. Une telle disposition procure aux Fourmis, suivant les besoins, des températures très-variées. Ainsi quand un soleil trop ardent rend les appartements supérieurs plus chauds qu'elles ne le désirent, elles se retirent avec leurs petits dans le fond de la fourmilière, et lorsque les étages inférieurs deviennent à leur tour inhabitables pendant les pluies, les Fourmis transportent tout ce qui lesintéressedans lesétages lesplus élevés.
Rien n'est plus intéressant que de voir travailler les Fourmis; elles attendent pour cela que la rosée ou une petite pluie ait humecté le sol. Toutes alors se mettent en mouvement. Chaque ouvrière façonne avec ses mâchoires de petites pelotes de terre, qu'elle applique ensuite sur le mur en construction et étale avec ses pattes antérieures. Dans cette opération, ses mâchoires lui servent de ciseaux^ ses pattes de truelle, ses antennes de compas. Le soleil donnera à la maçonnerie la cohésion convenable. Tous les travaux sont réglés entre les Fourmis ouvrières, et il faut bien qu'elles puissent s'entendre pour faire coïncider exactement les parties d'une même construction, car chaque Fourmi travaille à une portion distincte. Ce qui prouve d'ailleurs leur intelligence, c'est que leurs constructions ne se ressemblent pas toutes et ne sont pas toujours tracées sur un plan uniforme ; elles sont, au contraire, admirablement appropriées à la nature du terrain qu'elles ont choisi.
Ces prodiges d'architecture ne sont-ils pas faits pour nous confondre, lorsque nous considérons l'être intime qui les a produits? Que sont en réalité, toutes proportions gardées, ces temples hindous, ces pyramides d'Egypte, ces cathédrales tant vantées et que les hommes ont mis des siècles à bâtir, lorsqu'on les compare aux constructions cyclopéennes que les Fourmis bâtissent en quinze jours?
Les Fourmis les plus communes de nos bois [Formica ritfa) [PI. VIII] construisent à la surface du sol de vastes demeures qui nécessitent une quantité prodigieuse de matériaux. Au dehors, il s'annonce par ce large dôme que vous avez si souvent vu s'élevant au-dessus du sol, comme un amas de morceaux de bois, de fétus de paille, de brins de feuilles accumulés sans ordre (fîg. iSy). Mais, en réalité, ce formidable
FAMILLE DES FORMICIENS.
FiG. 157. — Nid du Formica m/a-
ORDRE DES HYMÉNOPTÈRES
enchevêtrement de bûchettes est parfaitement disposé, de manière à former à l'intérieur des chambres et des galeries qui permettent une circulation facile dans toutes les parties de l'édifice. Disposés avec un art admirable, ces morceaux de bois se trouvent étayés les uns par les autres ; les premiers sont enfoncés dans la terre. Aussi la construction dans son ensemble offre-t-elle une remarquable solidité. Ces fourmilières ont plusieurs ouvertures que les habitants ferment à la chute du jour et dans les temps de pluie, au moyen de bûchettes entre -croisées.
D'autres, moins habiles, s'établissent sous une large pierre qui servira de toiture et creusent au-dessous, dans la terre, des galeries {Formica cimicul aria); ce sont les mineuses. Mais, de toutes les Fourmis, celles qui font les plus admirables travaux, sont les Fourmis fuligineuses : elles sculptent avec une délicatesse merveilleuse, et dans les bois les plus durs, une multitude d'étages horizontaux, communiquant les uns avec les autres, et dont les planchers, aussi minces que du papier, sont soutenus tantôt par des cloisons, tantôt par des rangées parallèles de petites colonnes (fîg. 1 58). Toutes les parties de l'édifice sont polies et recouvertes d'un enduit qui leur donne la couleur du vieux chêne. Mais il est impossible de décrire tout ce dédale de salles, de loges, de galeries, toutes les cloisons, les colonnades, les arcades de cette merveilleuse cité, chef-d'œuvre de sculpture par la légèreté et la délicatesse du travail, et qui ne témoigne pas moins de la patience que de l'intelligence de l'insecte qui l'exécuta.
Toutes les espèces de Fourmis ne sont pas également habiles dans l'art de bâtir; il en est même dont les instincts et l'organisation sont incompa-
PlG. 158.
Fragment du nid du Formica/ulti
FAMILLE DES FORMICIENS.
tibles avec tout travail. Telles sont les Fourmis rousses {Formica rufcscens) auxquelles leurs mœurs belliqueuses ont fait donner aussi le nom d'Amazones. Incapables de bâtir ou d'élever leurs petits, n'ayant que des armes ou des instincts guerriers, elles s'adressent à des espèces plus industrieuses, qu'elles réduisent en esclavage et obligent à travailler pour elles. Elles partent en corps, envahissent une fourmilière voisine dont elles enlèvent les larves et les nymphes après un combat meurtrier (fig. i5g).
fiG. 159. — Fourmis rousses et noires-cendrées.
Jamais elles n'enlèvent les Fourmis adultes; car celles-ci ne se soumettraient pas à la vie d'ilotes et prendraient la fuite ■ tandis que les larves des Fourmis étrangères n'ayant pas encore reçu de leurs parents l'éducation et le goût de la liberté, élevées dans cette république Spartiate, sont facilement dressées à l'esclavage dans lequel elles se croient nées. Aussi les Amazones s'adressent-elles toujours aux races dont l'humeur est pacifique et les instincts domestiques. Ce sont surtout les Fourmis des prés, les Noires-cendrées, comme les appelle Huber {Formica nigro-cinerea),
176 ORDRE DES HYMÉNOP rÈRES.
qui sont en butte à leurs invasions. Ces larves et ces nymphes élevées par les ouvrières esclaves, et, comme elles, ne connaissant pas d'autre patrie, développeront leurs facultés instinctives et se livreront aux mêmes travaux. Ce sont ces noires-cendrées seules qui travaillent, bâtissent, vont aux provisions, tandis que les rousses, peuple de soldats, n'ont d'autre occupation et d'autre talent que celui de la guerre. Malgré la ditierence des conditions, une harmonie constante ne cesse de régner entre les deux espèces.
La Fourmi sauguiiu\ qui est d'un rouge vif, a des habitudes semblables à celles de la Fourmi rousse ; elle va enlever les larves et les nymphes de la Fourmi mineuse {Formica ciiiiicularia) pour se faire servir par elles.
Les Fourmis nous offrent de nombreuses preuves de discernement^ de jugement, dans un.e foule de cas ; on ne saurait nier leur intelligence. On les voit en toute occasion se communiquer leurs idées au moyen de leurs antennes et peut-être par une mimique dont nous ne pouvons pénétrer le secret. Comment en pourrait-il être autrement pour travailler de concert à leurs vastes constructions ou pour combiner leurs expéditions lointaines? Lorsque le moindre danger menace la cité, celles qui en sont témoins vont aussitôt jeter l'alarme et prévenir tous les habitants logés dans les étages inférieurs , et on les voit aussitôt accourir en foule pour participera la défense commune. Si une Fourmi étrangère vient à pénétrer dans la fourmilière, on la chasse aussitôt, comme un espion. Si les habitants de deux fourmilières trop rapprochées viennent à se gêner dans leurs opérations , des combats ont lieu avec un ordre et un ensemble admirables. Les P'ourmis se battent avec un acharnement singulier, et leurs combats sont souvent très-meurtriers. Lorsqu'une Fourmi a été blessée, celles qui la rencontrent s'empressent de lui porter secours et de la rapporter au domicile commun. A chaque instant nous voyons la raison, l'intelligence apparaître dans les divers actes qu'exécutent les Fourmis.
Nos Fourmis indigènes se nourrissent de matières fîuides animales ou végétales ; elles attaquent de petites larves, des vermisseaux, dont elles hument les parties liquides, et se montrent particulièrement avides de
FAMILLE DES FORMICIENS. 177
substances sucrées; elles lèchent le miel sur les fleurs, sucent le jus des fruits; l'on sait combien elles recherchent le sucre et les confitures. Ce n'est pas pour elles seules; douées de la faculté de dégorger les substances que contient leur estomac , elles puisent une énorme quantité de nourriture afin d'alimenter les compagnes retenues au logis par le travail, et surtout les larves.
Qui ne connaît la charmante fable de La Fontaine, la Cigale et la Fourmi^ dans laquelle le fabuliste représente cette dernière comme un modèle de prévoyance? et combien de fois lui a-t-on reproché de s'être trompé sur ce point! Les Fourmis de nos climats n'amassent point; elles ne prennent pas soin d'emplir leurs greniers en vue de la mauvaise saison. En effet, elles ne mangent pas de graines et n'ont nullement besoin de provisions pour l'hiver, pas plus que la Cigale; car, comme le Loir et la Marmotte, elles s'engourdissent dès les premiers froids. Et cependant le bon La Fontaine a raison. Il a emprunté le sujet à Ésope, qui habitait la Grèce; Salomon et Elien ont parlé des greniers des Fourmis, et c'est une croyance universelle dans tout l'Orient. Il existe, en effet, dans les pays chauds et jusque sur le littoral de la Méditerranée, des espèces qui ne s'engourdissent pas l'hiver et qui se comportent tout autrement que les Fourmis du Nord. Elles récoltent les graines des plantes et les entassent dans des greniers souterrains qui ont parfois une grande étendue. Mais, avant de les emmagasiner, elles ont soin de les dépouiller de leurs enveloppes et de leurs capsules, parties sans usage et qui ne feraient qu'embarrasser. Le sol de ces magasins est toujours cimenté avec soin et garni d'un revêtement de petits cailloux, ce qui prouve que les Fourmis savent parfaitement que, pour être conservées, les substances alimentaires doivent être mises à l'abri de l'humidité, et ce qu'il y a de plus étonnant, c'est qu'elles ont soin de manger d'abord le germe des graines pour les empêcher de se développer sous l'influence de la chaleur et de l'humidité. Ces Fourmis, que M. Mogridge a observées près de Menton et qu'il appelle Moissonneuses, sont les Atta barbara et structor.
Les Fourmis sont donc aussi admirables que les Abeilles dans leurs instincts et leurs travaux; mais, tandis que ces dernières sont utiles à
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l'homme et constituent pour lui un bien précieux, les Fourmis au contraire lui sont un fléau; car non-seulement elles ne produisent rien qui puisse servir à son industrie, mais elles lui nuisent souvent en creusant le sol, en envahissant les maisons et les offices, en perforant les poutres et les- arbres. Elles sont incommodes par l'odeur qu'elles répandent et par la morsure qu'elles font sentir quand elles s'introduisent jusque dans nos vêtements. Certaines grosses Fourmis des régions tropicales, dont nous parlerons plus loin, sont même un danger pour l'homme, qui est obligé de leur céder la place.
La première tribu de la famille des Formiciens, celle des Myrmicides, caractérisée par le premier segment de l'abdomen qui forme deux nœuds, et par la présence d'un aiguillon chez les femelles, comprend plusieurs genres. Celui des Attes est facilement reconnaissable à la grosseur énorme de la tète; il renferme plusieurs espèces européennes dont le type est i'Atte maçonne {Atta stnictor); elle construit des nids dans le sable, et forme avec les A matériaux qu'elle en retire une sorte de cou- ■^^MMii^^^Ê^KKi^Kyi vercle à l'entrée. Cette espèce, ainsi que VAtta barbara (fig. ibo), habitent le midi de la France Fi(i.m.--AuaiaThar<i. et font des approvisionnements de grains.
Nous en avons parlé plus haut.
Les Œcodomes diffèrent des Attes par leur tête ou leur corselet épineux. L'espèce la plus connue, l'CEcodome céphalote [Œcodoma cephalotes) de l'Amérique méridionale (fig. i6i, voy. p. 179), a des habitudes fort curieuses. C'est une grosse Fourmi de 16 à 20 millimètres, d'un brun marron ou noirâtre, avec une grosse tête luisante, divisée, et armée postérieurement de deux épines; le corselet porte six tubercules. Cette grosse Fourmi coupe les feuilles desarbr.es et les emporte pour construire son nid. Voici ce qu'en rapporte un voyageur français, M. Lund : «J'avais toujours regardé comme exagérés, dit ce naturaliste, les récits que font les voyageurs du tort que cer-
FAMILLE DES FORMICIENS.
taincs Fourmis font aux arbres en les dépouillant de leurs feuilles; mais voici un fait dont j'ai été moi-même témoin. Passant un jour près d'un arbre presque isolé, je fus surpris de voir, par un temps calme, des feuilles qui tombaient comme de la pluie. Ce qui augmenta mon étonnement, c'est que les feuilles détachées avaient leur couleur naturelle et que l'arbre semblait jouir de toute sa vigueur.
«Je m'approchai pour trouver l'explication de ce phénomène, et je vis qu'à peu près sur chaque pétiole était postée une Fourmi qui travaillait de toute sa force. Le pétiole était bientôt coupé et la feuille tombait par terre. Une autre scène se passait au pied de l'arbre. La terre était couverte de Fourmis occupées à découper les feuilles, à mesure qu'elles tombaient, et les morceaux étaient sur-le-champ transportés dans le nid En moins d'une heure le grand œuvre s'accomplit sous mes yeux, et l'arbre resta entièrement dcpouillé. »
Lorsque les bandes reviennent de la cueillette on croirait une multitude de feuilles animées en marche.
Ces fourmis commettent souvent de grands dégâts en s'attaquant aux plantations de caféiers et d'orangers.
Les feuilles découpées en pièces rondes sont employées à la construction d'énormes dômes qui protègent les souterrains. Ces couches de feuilles interposées entre des couches de terre rendent leurs voûtes imperméables même aux pluies torrentielles des régions tropicales. Leurs souterrains s'étendent sous le sol à des distances souvent considérables ; le directeur du Jardin botanique de Para en détruisit un qui n'avait pas moins de 65 mètres de longueur. Non-seulement les Œcodomes ravagent les plantations, mais elles pénètrent de nuit dans les habitations pour enlever le manioc et autres provisions de bouche.
Les Ecitones ne sont pas moins remarquables; longues, minces, avec
FlG. IGl. — Œcodoina cejihalotes (voy. page 178).
ORDRE DES HYMENOPTERES
une large tête plate armée d'énormes mandibules tranchantes et pointues, de grandes pattes grêles , ces Fourmis de l'Amérique méridionale sont pourvues d'un redoutable aiguillon; elles mordent et elles piquent. Éminemment carnassières, les Écitones chassent en troupes innombrables, semant la terreur parmi tous les êtres vivants. Elles grimpent sur les arbres, visitant toutes les feuilles, toutes les crevasses du tronc, et tuent impitoyablement toutes les Araignées, toutes les larves et chenilles qu'elles découvrent et qui ne peuvent leur échapper. Les Indiens les évitent avec soin, et l'on cite des voyageurs qui, ayant commis l'imprudence de s'endormir au pied d'un arbre, ont été assaillis et dévorés par
ces terribles insectes. L'Écitone légionnaire [Eciton legionis) habite les lieux découverts. U Eciton Iiainata, représentée dans notre figure 162, fréquente particulièrement les forêts. Cette espèce, à laquelle ses longues mandibules recourbées et aiguës comme un hameçon ont valu son nom, attaque tous les petits animaux, même les (luêpes, qui cherchent en vain à se défendre.
Certaines Écitones sont aveugles et ne font pas d'excursions à découvert; elles construisent des galeries et des tunnels pour atteindre les nids qu'elles pourront dévaster (fig. i63, voy. p. 181 !.
Le genre Myrmica , à palpes maxillaires très-longues, à mandibules triangulaires, comprend plusieurs espèces indigènes. La plus commune en France est la Fourmi rouge {Myrmica riibra) ; elle est rougeàtre avec le premier nœud muni d'une seule épine en dessous. Cette Fourmi établit son nid dans la terre, sous des pierres ou des détritus. Une très-petite espèce de ce genre {Myrmica domestica) habite les maisons à Londres et à Brighton, où elle est un véritable fléau, pénétrant dans les endroits les mieux clos et dévastant tout ce qui est à sa portée.
Fiu, Hi2. — KcUuii. hamata.
FAMILLE DES FORMICIENS.
Les Formiciens de la seconde tribu, celle Ponkrides, se distinguent par le premier serment de l'abdomen formant un seul nœud; les femelles
Pio. ](!;î. — Keitoiies crinstrnisant leurs galènes (voy, page ISO).
sont, comme chez les Myrmicides, pourvues d'un aiguillon redoutable.
La plupart de ces Fourmis, dont quelques-unes
sont gigantesques, habitent surtout les régions
tropicales. Telles sont celles du genre Com-
ponotiis. L'espèce la plus remarquable et à
laquelle sa grande taille a fait donner le nom
de Gigas, est répandue dans l'Inde et à Bornéo.
Comme le montrent nos figures ci-jointes,
cette Fourmi, dont la taille atteint celle de nos
GuêpeSj est réellement un animal redoutable.
Le mâle (fig • 1 64) est beaucoup moins grand que
la femelle (fig. i65, voy. p. 182); tous deux
sont pourvus d'ailes et ont le thorax noir et
l'abdomen brun. Ce dernier est terminé chez la femelle par un aiguillon
redoutable. La figure 166, (voy. p. 182) représente le neutre ou soldat;
celui-ci est un peu moins gros que la femelle, mais sa tête est énorme,
Fig. Itï4. — ComponotiLS gigas, mâle.
ORDRE DES HYMÉNOPTÈRES
carrée et armée de formidables mâchoires , larges , plates et dentées comme une scie. Ces énormes Fourmis grimpent le long des arbres
ou courent sur les chemins en quête d'une proie qui ne leur échappe guère; les plus grosses Araignées, les Vers, les Mollusques et même les petits Reptiles succombent sous ^^f leurs terribles morsures.
Les Ponères sont des Fourmis
Componotus gigas . femelle (voy. page ISl).
américaines pour la plupart ; on en connaît une espèce en France, longue de 5 millimètres et d'un brun foncé et luisant. Cette espèce [Ponera contracta) vit sous les pierres réunie en petites sociétés de huit à dix individus; pendant le jour elle ne sort pas de sa retraite.
Le Ponera grandis (fig. 167, voy. p. i83) est encore un des géants
de la famille; il habite l'Amérique
méridionale, où il est assez répandu.
Cette espèce paraît vivre, comme la
précédente, en petites sociétés de
cinq ou six individus sans grande
industrie; leur nid consiste en une
excavation creusée sous une pierre.
Les femelles et les neutres sont
armés d'un aiguillon dont la piqûre
est très-douloureuse.
Le curieux nid que nous représentons ici de grandeur naturelle
(fig. 168, voy. p. i83) est l'ouvrage d'une petite Fourmi de Malacca, à
laquelle les entomologistes anglais donnent le nom peu harmonieux
de Polyrachis textor. Ce nid, fait de fibres végétales, semble être tissé
FIG. IfiG. — Co77i^ono^us^^a*, neutre (voy. page 181).
FAMILLE DES FORMICIENS.
FiCi. IGT. — Pimera grandis, neutre (voy. V. 182).
en crin, et sa texture est assez lâche pour que l'on puisse voir ses habitants au travers. La Fourmi est noire.
La troisième et dernière tribu, celle des Formicides, comprend les espèces dont le premier segment de l'abdomen forme un seul nœud, et qui sont privées d'aiguillon.
Le genre Polyergus a pour caractère :
les mandibules étroites, arquées, terminées en pointe crochue. Le type du genre est le Polyergue roussâtre {Polyergus rufescens) , cette singulière Fourmi amazone qui, impropre à bâtir et à élever ses petits, enlève les larves et les nymphes d'espèces plus industrieuses et les réduit en esclavage pour les obliger à travailler pour elle. Nous en avons déjà parlé avec détails.
Le genre Formica ou les Fourmis proprement dites sont les plus nombreuses, les plus répandues et les mieux connues de la famille; c'est
à elles que se rapportent les faits généraux que nous avons relatés au commencement de cet article.
Nous avons donné des détails sur les divers modes de construction employés par ces admirables petits êtres. Les plus habiles d'entre eux sont : la Fourmi rousse [Formica riifa)^ une des plus communes du genre; nous l'avons figurée à la page 167 sous ses trois conditions.
Elle construit dans les endroits sablonneux, avec toutes sortes de débris et de fragments de bois, un nid représenté à la page lyl-i. La Fourmi brune [Formica briimiea)^ l'une des plus petites et des plus industrieuses de nos Fourmis communes, construit
PIG. les, — Polyrachis I
ORDRE DES HYMENOPTERES
de vastes fourmilières à étages nombreux et dun fini merveilleux. La
Fourmi charpentière [Formica fuliginosa) sculpte dans le tronc des arbres les plus durs de vastes nids d'une délicatesse extrême (fig. i58, voy. p. 174).
On voit fréquemment les Fourmis courir sur les arbres et les arbustes, et parfois en grand nombre; mais c'est pour y chercher les pucerons et les gallinsectes qui sécrètent une Hqueur sucrée dont elles sont très-avides.
Il existe entre certaines r,™,,-,!'/?!,!'' taneiio espèces de Fourmis et les Pucerons des rapports bien plus singuliers encore. Les Fourmis jaunes {Formica flava) [fig. 169 et 170], par exemple, sortent rarement de leur demeure, ne visitent guère les arbres ou les fruits, et ne font pas la chasse aux vermisseaux. Cependant elles ne manquent pas de nourriture, et ce sont les Puce- no. 170.
... c . ^ Furmica fiarn . neutre.
rons qui la leur lournissent presque exclusivement. Les Fourmis jaunes ne se contentent pas de sucer le tube des Pucerons qu'elles rencontrent; elles font mieux, elles les enlèvent et les transportent dans le voisinage de leur cité, sur des plantes basses, où elles les parquent, comme nous faisons des troupeaux, en élevant autour d'eux une enceinte pour les empêcher de fuir ou de s'égarer. Ces bergers d'un nouveau genre ne perdent jamais
Fig. 171. — Piu excavë par le ^rviica Ugniperda.
FAMILLE DES FORMICIENS.
de vue leurs petits bestiaux ; elles en prennent le plus grand soin et vont aux différentes heures du jour leur demander le lait miellé dont elles sont si friandes. C'est leur bétail; ce sont leurs vaches et leurs chèvres.
Coupe «Vtin trnncde pin i
i lrgiiiperi7ri.
Une espèce de Fourmi, le Formica Ugniperda^ cause parfois de grands dégâts dans les pins et les sapins, dont il ronge le tronc et entraîne parfois la mort. On voit ici un spécimen de leur travail (fig. 171 et 172).
Le Formica gracilescens, très-agiie, poilu , à longues pattes grêles, a depuis quelques années envahi les serres du Jardin des plantes de Paris. Il vient de la Guyane et a détruit toutes les espèces françaises.
Une Fourmi très-singulière habite le Mexique : c'est le Myrmecocystus mexicaniis , connu au Mexique sous le nom de Hormiga mielera^ c'ebt-à-dire ^ Fourmi à miel». En effet, cette Fourmi fait du miel et l'emmagasine d'une manière tout à fait singulière.
Nous voyons les Abeilles, les Bourdons, les Osmies et autres fabricants de miel renfermer cette précieuse substance dans des cellules pour la conserver; mais nos Fourmis mexicaines la conservent dans leur propre corps. Certaines ouvrières se nourrissent
FlG. 173. — Myrmecocyslu (voy. page 186)
i86 ORDRE DES HYMENOPTERES.
exclusivement du nectar des fleurs, et la matière sucrée s'accumule dans leur ventre au point de le distendre comme une vessie gonflée (fig. 17^, voy. p. i85); c'est la membrane élastique qui relie les segments de l'abdomen entre eux qui s'étend ainsi, et les segments cornés y restent marqués en noir comme des chevrons. On vend au Mexique ces Fourmis à la mesure, et on en exprime le miel en pressant le ventre entre les doigts.
FAMILLE DES CHRYSIDIENS. 187
FAMILLE DES CHRYSIDIENS
Les Chrysidiens sont de jolis petits Hyménoptères, remarquables par l'éclat de leurs couleurs, qui leur a fait donner le nom de Guêpes dorées. La forme générale de leur corps rappelle en effet, en petit, celle des Guêpes; mais leurs téguments très-durs et très-polis, verts, bleus, pourpres ou dorés, le disputent en éclat aux pierres précieuses.
Les insectes compris dans cette famille sont de petite taille et d'égale largeur partout ; leur tête inclinée porte des antennes de treize articles, coudées, filiformes, et toujours en mouvement ; les mandibules sont arquées et pointues. L'abdomen, attaché au thorax par un pédicule trèscourt, est généralement plat et voûté en dessous, très-bombé en dessus ; les derniers anneaux peuvent s'engaîner les uns dans les autres, ou s'allonger comme les tubes d'une lorgnette; il est terminé chez les femelles par un aiguillon dont la piqûre est très-douloureuse.
Les Chrysidiens, bien que peu nombreux en genres et en espèces, sont répandus dans les diverses parties du monde ; on les rencontre pendant toute la belle saison, voltigeant de fieur en fîeur, et ils brillent au soleil comme des pierres précieuses. Mais si leur extérieur est séduisant, il n'en est pas de même de leurs habitudes , qui sont perverses ; car ils jouent dans la classe des insectes le même rôle que le Coucou dans celle des oiseaux. Dépourvus de l'industrie nécessaire pour préparer un asile à leur postérité, ils s'approprient par la ruse les nids que d'autres plus habiles ont construits. Ces parasites eifrontés épient le moment où une femelle quitte sa cellule commencée, s'y introduisent et déposent au milieu des provisions qu'elle renferme un œuf à côté de celui du légitime propriétaire. La larve qui en sort dévore les vivres destinés à sa compagne et la réduit à mourir de faim ; ou bien elle s'attaque à celle-ci même, se cramponne sur son dos et la suce , mais lentement, de manière à ne pas lui faire perdre promptement la vie. Ce n'est que lorsqu'elle-
ORDRE DES HYMENOPTERES
même a pris tout son accroissement, qui est rapide, qu'elle achève sa victime. Cependant ces parasites n'exercent pas toujours leur industrie impunément; quelquefois ils ont atîaire à plus forte partie qu'eux et portent la peine de leur audace. Lepelletier de Saint-Fari^eau, l'historien des Hyménoptères, en rapporte l'exemple suivant : « L'Hédjchre royal place ordinairement ses œufsdans le nid de r0.ç;7z/c maçonne. J'ai observé une femelle de cet Hédychre qui, après être entrée la tête la première dans une cellule presque achevée de cette Osmie, en était ressortie et commençait à y introduire la partie postérieure de son corps, en marchant en arrière, dans l'intention d'y déposer un œuf, lorsque l'Osmie arriva, portant une provision de pollen et de miel; elle se jeta aussitôt sur l'Hédychre en produisant un bourdonnement de colère. L'Hédychre surprise se contracta aussitôt en boule et si parfaitement que ses ailes seules dépassaient. L'Osmie cherchait vainement à la saisir avec ses mandibules, mais celles-ci n'avaient aucune prise sur un corps aussi lisse et glissaient sans pouvoir la blesser. Ce que voyant, l'Osmie lui coupa les quatre ailes au ras du corselet et la laissa tomber à terre. Elle visita ensuite sa cellule avec une sorte d'inquiétude, puis, après avoir déposé sa charge, elle retourna aux champs. Alors, l'Hédychre, qui n'avait pas bougé jusque-là, se remit sur ses pieds, monta vivement le long du mur directement au nid d'où il avait été précipité, et fut pondre son œuf dans la cellule de l'Osmie, en ayant soin de le cacher sous la pâtée afin qu'il ne pût être aperçu par l'Osmie. «
La famille des Chrysidiens, peu nombreuse en genres, ne comprend qu'un seul groupe, celui des Chrysidides, dont le type est le genre Chrysis qui lui donne son nom. Il a pour caractères : des palpes maxillaires de cinq articles, un peu plus longues que les labiales, qui n'ont que trois articles ; les mandibules unidentées. La Chrysis dorée [Chrysis ignita)., très-répandue dans notre pays, est représentée dans notre planche VIIL Elle est d'un beau bleu mêlé de vert avec l'abdomen rouge doré, terminé par quatre dents distinctes. Cette espèce dépose ses œufs dans les nids de divers Crabroniens, tels que les Philanthes et les Cerceris.
Les Hédychres^ dont nous avons parlé plus haut, ont les palpes maxil-
FAMILLE DES CHRYSIDIENS.
laires beaucoup plus longues que les labiales ; leurs mandibules sont tridentées.
Les Eiichrécs ont les palpes maxillaires et les labiales de la même longueur; leurs mandibules sont unidentées. L'Euchrée pourpre {Eiic/irœa pwpwata) est d'un vert doré avec l'abdomen violet pourpre. Elle se trouve en Europe, mais n'y est pas commune.
Les Stilbes se distinguent des Euchrces par leur métathorax prolongé en épine. Nous figurons ici le Stilbiim splendidum (fig. 174), le plus grand de la famille. Il est entièrement d'un beau vert bleuâtre et habite les Indes orientales.
igo ORDRE DES HYMÉNOPTÈRES.
Cette famille est la première de la section des Térébrans. Dans les familles précédentes ou Porte-aiguillon, nous avons presque toujours vu les femelles armées d'un aiguillon venimeux, leur servant soit d'arme défensive, soit pour engourdir une proie dont elles approvisionnent leur nid pour la nourriture de leurs larves. Dans les familles d'Hyménoptères qui vont suivre, les larves sont carnassières ou vivent des sucs végétaux; mais, dans le premier cas, les femelles déposent leurs œufs sous la peau même de divers insectes, larves ou chenilles, et les petites larves qui en sortent les rongent lentement ; dans le second, les femelles déposent leurs œufs dans les tissus végétaux et déterminent par là un afflux de sève qui sert à l'alimentation des larves. Dans l'un et l'autre cas, les femelles n'ont plus un aiguillon venimeux, mais simplement une tarière ou tuhe destiné à percer la peau des victimes et à pondre l'œuf dans la plaie.
Les Chalcidiens offrent donc cette organisation. Ils ont en outre le corps oblong, plus ou moins épais; les mâchoires assez longues, les palpes maxillaires très-courtes; les antennes coudées, de douze ou treize articles. Leurs ailes n'ont le plus souvent qu'une seule nervure bifurquée.
Les larves des Chalcidiens sont carnassières^ comme celles des familles précédentes, mais non de la mèm,e manière; celles-ci, en effet, trouvent à leur portée une proie vivante qui y a été déposée par les soins de leur mère, ou elles ont été introduites à l'état d'œuf dans les nids d'autres espèces plus industrieuses, dont elles dévorent les provisions. Les femelles des Chalcidiens déposent leurs œufs dans le corps même d'une chenille ou d'une larve, qui continue néanmoins à exister assez longtemps pour que la larve de l'Hyménoptère prenne tout son accroissement. Elle existe ainsi renfermant en elle-même des germes de mort.
Comment l'insecte peut-il vivre en étant ainsi rongé chaque jour? La larve de l'Hyménoptère n'attaque d'abord aucun des organes nécessaires
FAMILLE DES CHALCIDIENS. , igi
à la vie de l'insecte quelle dévore; elle ne s'attaque qu'au tissu graisseux qui entoure le canal intestinal. C'est seulement à l'époque de sa métamorphose en nymphe, lorsqu'elle sent qu'elle n'aura plus besoin de nourriture, qu'elle immole ordinairement sa victime. Elle s'en prend alors à tous ses organes, et ne laisse souvent que la peau, dans laquelle elle subit sa transformation. Quelquefois il n'existe qu'une seule larve dans le corps d'un insecte ainsi attaqué ; mais dans des cas nombreux on trouve une assez grande quantité d'individus, ce que permet leur petite taille.
Tous ces Hyménoptères carnassiers rendent d'éminents services à l'agriculture en détruisant chaque année un grand nombre de chenilles et de larves phytophages. Mais il arrive un moment où ces insectes carnassiers prédominent et finissent par anéantir presque en entier la race des insectes herbivores ; alors ils périssent à leur tour faute de pâture, et les insectes nuisibles reparaissent en abondance au bout de peu de générations. C'est ce qui explique comment les ravages de nos arbres forestiers, de nos vergers, de nos vignes, de nos céréales ne se produisent que par intermittences.
Les Chalcidiens constituent une famille nombreuse en espèces; mais toutes sont d'une taille fort exiguë.
Les Chalcis proprement dits sont les plus grandes espèces de la famille ; ils ont l'abdomen distinctement pétiole, ovoïde, conique, à tarière droite; les cuisses postérieures très-renflées, les tibias arqués, les antennes plus ou moins renflées à l'extrémité. Les Chalcis déposent leurs œufs dans le corps de diverses chenilles; c'est ainsi que la Chalcide petite (Chalcis minuta) vit aux dépens de la chenille de la Pyrale de la vigne et en détruit chaque année un grand nombre. Le type du genre est la Chalcide à pieds en massue, Chalcis clavipes, longue de 7 à 8 millimètres, entièrement noire avec les fémurs postérieurs et les tarses jaunes. Cette espèce, qu'on peut regarder comme le type du genre, se trouve communément dans les endroits aquatiques.
Une Chalcide du Midi, dont on a fait le genre Chiroccre, a des antennes en éventail.
Les Eurvloincs^ aux antennes poilues, sont de petite taille, de couleur
ORDRE DES HYMÉNOPTÈRES
rteromallis larvoruti
noire et brillante. Ils vivent dans le corps des larves d'autres Hyménoptères qui, parfois, sont elles-mêmes parasites.
Les Diplolépis ont une forme cylindrique, avec une tarière presque aussi longue que le corps chez les femelles. A l'état d'insectes parfaits, ils fréquentent les fleurs, surtout les ombellifères. Les femelles déposent leurs reufs dans le corps des larves des Cynips renfermées dans leurs thalles et dont nous parlerons un peu plus loin.
Les Cornues^ à antennes filiformes, à abdomen
étranglé, vivent sur d'autres larves d'Hyménoptères.
La Corune en massue [Coruna clavata)^ qui est verte, à pattes testacées,
dépose ses œufs sur la larve d'un petit Braconide, qui lui-même vit aux
dépens des Pucerons.
Les Pteromales ont les antennes grêles , à massue fusiforme ; leur abdomen est plus court que le thorax et fortement aplati.
Les larves de ces petits Hyménoptères vivent aux dépens des chenilles et des chrysalides des Lépidoptères ; ils sont utiles à l'agriculture en ce qu'ils restreignent beaucoup le nombre d'une foule d'espèces nuisibles ; mais, d'un autre côté, ils font le désespoir des collectionneurs de Papillons, qui voient souvent sortir d'une chrysalide, au lieu du Papillon qu'ils attendaient, une foule de petits Chalcidiens.
Le Ptéromale commun {.Pteromalus commitnis) attaque souvent la Pyrale de la vigne. Il en est de même du Ptéromale des larves {^Pteromalus larparum), quia les pattes entièrement jaunes. Nous figurons ici cette espèce assez commune, ainsi que le Pteromalus puparum (fig. 175 et 176).
Certains Pteromales vivent aux dépens des Pucerons; d'autres déposent leurs œufs dans les nids des Osmies et des Odynères.
Les Cléonymes se reconnaissent au premier abord à leur corps large et déprimé. Le Cleouymus maculipennis est représenté fig. 177. C'est un
Fig. J 7(î. — Pteromalus jnipam
joli petit insecte d'un bleu métallique profond, à reflets vertS; les antennes sont rouges, terminées de noir; les ailes sont tachetées de brun.
Les Encyrtcs sont de très-petits Chalcidiens, dont quelques-uns ne dépassent guère 1 millimètre de longueur. Ils s'attaquent principalement aux petits Hémiptères des genres Cochenille, Kermès, Puceron; quelquefois aussi à de petits Coléoptères, tels que les Fui. 177. - oim,j,m,s ■•mm- Coccinelles.
Les Eulophes sont encore de très-petits insectes , remarquables par leurs antennes flabellées, surtout dans les mâles. Ces petits Hyménoptères sont répandus sur les fîeurs pendant toute la belle saison ; les femelles déposent leurs œufs dans le corps des petites chenilles des Phalènes et des Teignes. Quelques-uns s'attaquent à des Diptères.
194 ORDRE DES HYMÉNOPTÈRES
FAMILLE DES PROCTOTRUPIENS
Les divers genres que renferme cette famille ont pour caractères généraux : un corps oblong, des antennes de dix à quinze articles, filiformes ou un peu épaissies à l'extrémité, des palpes maxillaires longues et pendantes. Leurs ailes supérieures n'ont, comme dans la famille précédente, qu'une seule nervure bifurquée j les inférieures en sont totalement privées .
Au point de vue des mœurs et des habitudes, les Proctotrupiens se
rapprochent beaucoup des Chalcidiens. Comme eux, ils sont de très-petite
taille, et vont pondre leurs œufs dans le corps des larves et des nymphes
des autres insectes. Leur corps est ordinairement revêtu de nuances
bronzées et de couleurs à reflets métalliques, et leurs
fines ailes sont irisées des plus brillants reflets.
Nous distinguerons dans la famille des Proctotrupiens deux tribus : la première, celle des Proctotrupides, / ^ \ portant des ailes proportionnées à la dimension du corps; la seconde, celle des M ym arides, ayant des
FIO. 178. - Teleas flultur. ^ ■'
ailes étroites, quelquefois linéaires, élargies à l'extrémité en une petite palette.
A la première appartiennent les Proctotrupes proprement dits, trèspetits Hyménoptères qui déposent leurs œufs dans le corps des larves de divers Diptères. On les distingue à leur abdomen en clochette presque sessile et à leurs antennes de douze articles insérées au-dessous du front.
L'une des plus grandes espèces de cette tribu est le Tclcas clatior représenté figure 178. Dans ce genre, les pattes sont conformées pour le saut; les antennes, composées de douze articles, sont poilues; ces antennes sont de formes très-difïerentes dans les deux sexes,