‹ Les insectes; organisation, moeurs, chasse, collection, classification; histoire naturelle des Orthoptères, Névroptères, Hyménoptères, Hémiptères, Diptères, Aptères, etc. Avec 24 planches en couleur et 460 vignettesChapitre 7 sur 25 · FAMILLE DES P ROCTOTR UP I ENS · texte numérisé non relu

FAMILLE DES P ROCTOTR UP I ENS

comme on le voit par les figures ci-jointes ; a représente celle de la lemelle, et /^ celle du mâle. Le Teleas clatior est d'un noir bleuâtre profond, et ses ailes sont irisées. Quelques espèces de ce genre sont à peine longues d'un demi-millimètre, et pondent leur (cuf dans ïœuf d'un Papillon. Ce qu'il y a de curieux, c'est qu'un seul œuf, gros comme une tète d'épingle, puisse suffire à la nourriture d'une de ces larves pendant toute la durée de son existence. Tel est le Teleas oinilonim, petit insecte microscopique noir à pattes jaunes, que l'on voit sortir souvent des œufs des Papillons nocturnes.

Les Gouatopes sont de singuliers insectes. L'espèce que nous figurons

ici (fig. 181), le Gonatopuscelebicus, vient de l'ile de Célèbes. On le prendrait à première vue pour une Fourmi jaune de grande taille. 11 a 8 à 9 millimètres de longueur; sa couleur est un jaune pcîle, et les femelles sont privées d'ailes. H court avec rapidité sur le sable.

FlO. LSI. — Uoilalofus cérUcvs.

La seconde tribu^ celle des Myma- HiDES, renferme de très-petits Hvménoptères bien singuliers par l'extrême ténuité de leurs ailes et par la longueur de leurs antennes. Celles-ci sont filiformes et composées de neuf à treize i^^^^v articles ; leurs ailes supérieures '=^^^'"' sont comme portées sur un long lilet, élargies au bout en spatule, et les inférieures sont souvent réduites à une simple nervure courte et droite.

Ces singuliers insectes sont rares; on les trouve surtout en Angleterre. L'espèce la plus curieuse du

-Vt/iuni- }ml,-l,.Hi:s (voy. |ia:,'e i'Mi).

196 ORDRE DES HYMÉNOPTÈRES

genre Mymar, le plus important du groupe, est le Mymar joli {Mymar pulchellus), que nous figurons ici (fig. 182, voy. p. igS). Il a 2 millimètres de longueur; sa couleur est un jaune d'ocre brillant, légèrement pubescent. Ses ailes supérieures sont formées d'une nervure costale longue et d'une membrane ovalaire allongée, noire au sommet et blanchâtre à la base; cette expansion est garnie de longs cils bruns tout autour. Les ailes inférieures sont rudimentaires, formées d'une seule nervure très-courte et pointue.

FAMILLE DES ICHNEU MONIENS. 197

FAMILLE DES ICHNEUMONIENS

La lamille des Ichneumoniens renferme les plus grandes espèces de Térébrans. Leur nom leur vient de l'Ichneumon, ce carnassier vermiforme que vénéraient les Égyptiens, parce qu'ils lui attribuaient le pouvoir de pénétrer dans l'intérieur du corps du crocodile et de le faire périr en lui dévorant les entrailles.

Comme les deux familles précédentes, celle des Ichneumoniens semble n'avoir été créée que pour modérer la trop forte multiplication des autres insectes. Les larves de cette famille ne pouvant vivre que de substances animales, leur mère s'adresse à d'autres larves,- surtout aux chenilles ; elle dépose à cet etfet sous la peau de la victim e qu'elle a choisie un ou plusieurs œufs qui éclosent bientôt ; les larves qui en proviennent rongent le tissu graisseux de leur hôte, en ayant grand soin de ménager les organes essentiels à la vie ; les uns le laissent vivre assez longtemps pour qu'il puisse se transformer en nymphe ; d'autres, qui subissent leur propre métamorphose au dehors, quand ce moment arrive, percent la peau de leur victime et lui donnent la mort. Non-seulement les larves, mais les nymphes, les œufs et même des insectes parfaits deviennent ainsi la proie des Ichneumoniens- chaque espèce a à cet égard ses habitudes dont elle ne s'écarte jamais ; chaque Ichneumon a sa victime désignée à l'avance, et il sait parvenir jusqu'à elle, soit qu'elle vive en plein air, soit qu'elle ait sa demeure dans l'intérieur des végétaux ou dans une retraite que lui a préparée sa mère. La nature, qui n'est pas moins occupée à détruire qu'à créer, et qui est également admirable dans les deux cas, a ainsi placé près d'un grand nombre d'espèces d'insectes autant de parasites qui sont chargés de les maintenir dans les limites qui leur ont été assignées.

Les Ichneumoniens sont des insectes d'une taille moyenne, au corps très-élancé, et bien reconnaissables aussi à leurs antennes longues, fili-

198 ORDRE DES HYMÉNOPTÈRES

formes et toujours vibrantes. Leur abdomen est attaché au thorax par un pédicule grêle; cet abdomen est souvent remarquable par sa longueur chez certaines femelles. Leurs ailes sont très-veinées et offrent toujours des cellules complètes.

Ces Hyménoptères sont répandus en grand nombre dans toutes les parties du monde; ils offrent une assez grande variété dans la coloration et dans la taille.

La famille des Ichncumoniens se divise en trois tribus, à chacune desquelles se rattache une série de genres. Ces tribus sont les Bracniiides, les Ichnciimonides et les Évaniides, distinguées entre elles par le nombre des articles des palpes labiales ou par l'implantation de l'abdomen sur le thorax.

La première tribu, celle des Braconides, a des palpes labiales de trois articles ; elle renferme les plus petits des Ichneumoniens. On les reconnaît à leur corps long très-grcle, avec des ailes grandes par rapport à leur frêle complexion, à leur petite tète arrondie supportant de longues antennes très-déliées ; les femelles ont ordinairement leur tarière saillante

FiG. 183. — BracoR elai'tttus.

et d'une finesse extrême.

Le genre //j'^r/-o// renferme de très-petits Ichneumoniens, qui déposent leurs œufs dans le corps des Pucerons. Le type du genre, ÏHyiviyf)ii aphidiim, est long de i 12 millimètres; il est noir, avec le devant de la tète et du corselet jaunes; les jambes antérieures sont de la même couleur. Cet insecte est très-commun dans toute l'Europe.

Les Bracnus proprement dits forment le genre le plus nombreux de la tribu. La plupart sont d'une taille moyenne, et leur corps est agréablement nuancé de couleurs vives. On les voit, durant toute la belle saison, voltiger sur les fîeurs, et les femelles déposent leurs œufs dans le corps de divers insectes; on en a vu sortir de l'abdomen de plusieurs Coléoptères des genres Cis, Ptiiiiis, Otiorhynchus , etc. Nous figurons ici le Bracon clavatiis fig. i83), qui dépose ses œufs dans le corps de la larve d'un Coléoptère, Y Anobhim striatum; il est long de 2 à

FAMILLE DES ICHNE UMON lENS.

3 millimètres, noir avec les premiers anneaux de l'abdomen rouges. Les petits Braconides du genre Anisopclina pénètrent dans les maisons dans le but de déposer leurs œufs dans le corps des larves des Ptines et des Vrillettes qui rongent nos boiseries.

Les Microgasters sont des Braconides de petite taille, à antennes grêles, de dix-huit articles, fort répandus dans nos pays, où ils rendent des services signalés. Ils s'attaquent en etfet aux chenilles de ces Papillons blancs si communs partout, et qui commettent tant de dégâts dans les jardins potagers. Le Microgaster dépose un assez grand nombre d'œufs dans la même chenille. Les petites larves vivent longtemps aux dépens des parties graisseuses de cette chenille. Celle-ci a acquis tout son développement à la même époque que les parasites qui la rongent; elle abandonne alors la plante qui lui servait de pâture, et grimpe le long des murs pour s'y fixer et y subir sa transformation en chrysalide.

Mais les larves de Microgaster, elles aussi, ont atteint tout leur développement et vont se transformer en nymphes. Ils attaquent alors les organes importants de la chenille et ne laissent qu'une dépouille inanimée, qu'ils percent de toutes parts, et tout autour d'elle chaque individu se file un petit cocon soyeux d'un jaune pâle, parfaitement ovale. Quelques jours après en sort l'insecte parfait.

Des expériences suivies ont prouvé que les Microgasters détruisent ainsi plus des neuf dixièmes des chenilles des Papillons blancs. Par les ravages qu'ils exercent encore dans les potagers, on peut calculer ce qu'ils seraient sans ces petits Braconiens.

L'espèce dont nous venons de parler est le Microgaster glomeratus (fig. 184). Il est long de 2 1/2 millimètres, de couleur noire avec les pattes d'un fauve testacé. Les autres espèces du même genre vivent de la même manière sur diverses chenilles.

FlG. 184. — ilkrogasler glo.

ORDRE DES HYMENOPTERES

La tribu des Ichneumonides est composée d'espèces plus grandes et plus belles que celles des Braconides. Ce sont ceux que l'on connaît plus généralement sous le nom d'Ichiieiimous. Cette dénomination est cependant réservée scientifiquement à un seul genre de cette tribu. Les Ichneumonides se distinguent des Braconides par leur taille plus grande et surtout par leurs palpes de quatre articles. Les divers genres de ce groupe sont caractérisés surtout par la forme des antennes et de l'abdomen.

Les Opinons ont les antennes filiformes extrêmement grêles, et se reconnaissent en outre à leur abdomen plus ou moins comprimé et en faucille. Leur tarière est courte, mais saillante. Le type du genre est l'Ophion jaune {Ophion liiteus), commun dans presque toute l'Europe. Cet insecte

FlO. 185. — Paniscits testaceitu (voy. page 201).

l'ii'ipla mau'/estalor (vny. page ii"l)

vit aux dépens des chenilles du genre Dicranura ; comme les autres Ophions , il pond ses œufs en dehors des chenilles, attachés à leur peau par un pédicule contourné. Les larves qui sortent de l'œuf enfoncent leur tète sous la peau de la chenille et la rongent ainsi. Il n'y a jamais plus d'un ou de deux de ces grands parasites par chenille.

FAMILLE DES ICH NEUMON lENS.

L'insecte parlait a 25 millimètres de longueur-, il est d'un jaune roussàtre avec les yeux verts.

Les espèces du genre Paniscus sont des Ophions à tarière plus longue , à pattes et antennes plus grêles. Notre figure iS5 (voy. p. 200) représente le Paniscus tcstaceiis , qui a les mêmes mœurs.

PlU. 1S7 à 1911 ,vuy. [lagcs iOt el J03;. 1. /■:/tii^uitwn pt-uleiui. — 2. khneumon cras^sorias. — 3, Tvjphon nUilatvr. — a. Lurvu de Tryplmn. — 1. Cnjptus migra^jr. 5. l'impla imligatoi: — b. Abdomen de la femelle. — d. Le même vu en dessous. — c. Abdumen du mâle.

Les Pimplas ont l'abdomen arrondi, la tarière plus ou moins saillante chez les femelles, quelquefois très-longue. Les espèces du genre Piinpla proprement dit se distinguent surtout par la longueur de la tarière des femelles.

Le Pimpla luaiii/estator, type du genre, nous en offre un exemple (fig. i86, voy. p. 20o). C'est un grand insecte noir avec les pattes longues et roussàtres, sauf les postérieures, qui sont noires. Commun

dans toute l'Europe, il recherche les chenilles nocturnes pour leur confier ses œufs, et sa longue tarière sait les atteindre au fond des crevasses ou dans les trous où elles se cachent.

Une espèce voisine, le Pimpla instigatoi\ plus petit et à tarière plus courte, est également fort répandue et offre les mêmes mœurs; elle est représentée dans la tigure 187 (5) [voy. p. 201].

Quelques espèces de Pimpla déposent leurs œufs dans des cocons d'araignée, où les petites larves se développent et subissent leurs transformations.

Les Cryptiis se distinguent des Pimpla par leur abdomen pédoncule,

convexe et ovalaire; leur tarière est saillante, mais plus courte. Comme

les précédents, les Cryptus ont des habitudes très-variées : les uns, comme

certains Braconides, pénètrent dans nos maisons

^ pour y rechercher les larves des Ptines et des

/ 7 u- Anobium; d'autres déposent leurs œufs dans les

chenilles et les chrysalides de divers Lépido-

|[^^^-— ptères. Le Cryptus migvator (fig. 187) [4] est

noir, avec fabdomen rouge foncé. Sa tarière

„ ,„. , est courte. Cette espèce est parasite des Abeilles

solitaires du genre Odynerus. Le Cryptus cya-

iiator^ représenté ci-contre ifig. 197), dépose ses œufs dans le corps des

chenilles rouleuses de feuilles, qu'il perce à travers les murs de sa

maison.

Les Ichneunious proprement dits forment l'un des groupes les plus nombreu.x de la famille. 11 comprend les espèces à abdomen pédicule, convexe, nullement comprimé latéralement, et à tarière cachée. Leur tête est courte et étroite, leurs antennes longues et grêles. Les espèces indigènes sont très-abondantes dans toute l'Europe, et un des moyens les plus puissants qu'emploie la nature pour maintenir dans de justes limites la multiplication d'une foule d'espèces nuisibles, qu'elles attaquent à l'état de larves ou de chenilles. On les voit sans cesse occupées à la recherche de leurs victimes, courant avec vivacité ou voletant, en agitant vivement leurs antennes^ ce qui leur a valu le nom de Alouches vibrantes.

ne. l'i'- — / hne

La plupart des espèces présentent des couleurs jaunes ou rougeàtres sur fond noir, ce qui leur donne un faciès très-agréable.

Parmi les espèces les plus remarquables, nous citerons l'ichneumon correcteur {Ichn. castigator) des environs de Paris (fig. 198 . Il est long de i5 à 17 millimètres, noir, avec les pattes et le stigmate des ailes fauves. Il attaque diverses chenilles de Papillons diurnes.

L'ichneumon marcheur ( Ichn . ambulatorius) ^ également répandu aux environs de Paris, est long de i5 à 18 millimètres, noir, avec la première moitié des antennes, les quatre pattes antérieures et l'écusson fauves; abdomen ayant

les deuxième et troisième segments rouges et les quatre suivants bordés de blanc ; le stigmate de l'aile noir.

L'IchiicKinon proteiis (fig. 1S7) [i] est noir, avec l'écusson et une tache sur le milieu des antennes jaunes; les ailes sont transparentes,

ombrées à l'extrémité. Une autre espèce, représentée sur la même planche (fig. 187) [2], est ïlchneiimon cvassoriiis. Il existe une assez grande différence entre les deux sexes : la femelle est noire, à l'exception de l'écusson, qui est jaune ; le mâle porte sur le milieu de l'abdomen une large bande orange. Ces deux Ichneumons attaquent les chenilles diurnes.

Dans le genre Tryplvjii , les tarses postérieurs sont plus grêles et allongés; l'abdomen est oblong et fixé par un pédicule très-court. L'espèce représentée figure 187 [3] est le Tryphon nitilator ; cet insecte est noir; l'abdomen est d'un rouge foncé avec la base et l'extrémité noires. Sur la même planche en a est figurée la larve du Tryphon.

Fil.;. li.ty. — ï'/t^rto(to« 6-y/«»eu* (voy. page :i01j

ORDRE DES HYMÉNOPTÈRES

Il arrive parfois que la temellc meurt avant d'avoir pu se débarrasser de tous ses œufs, de sorte qu'il en reste quelques-uns engagés dans l'oviducte; quand les larves viennent à éclore, ne trouvant aucune autre nourriture autour d'elles, elles dévorent le cadavre de leur mère, ou même parfois se mangent entre elles.

L'un des plus beaux Ichneumons est le Thyrcndon cyanciis du Brésil, que nous représentons figure n" 199 (voy. p. 203). C'est un des plus

riG. 200. — Pelecinns polijliivator (voy. jiage 205).

grands du genre; il est noir, avec des refilets pourpres veloutés; les ailes, d'un brun foncé, sont glacées de refilets pourpres magnifiques.

La troisième tribu de la famille des Ichneumoniens est celle des Eva- NiiDEs. Les insectes qu'elle renferme se font remarquer par leur abdomen implanté sur le thorax immédiatement au-dessous de l'écusson; leurs palpes labiales sont de quatre articles.

Cette tribu est la moins nombreuse ; elle ne se compose que de quelques genres peu riches en espèces.

Les Pelc'cinus sont des insectes de l'Amérique méridionale, très-singuliers par la longueur extraordinaire de leur abdomen, qui les ferait prendre à première vue pour des Libellules. En effet, chez les femelles principa-

FAMILLE DES ICHNE UMON lENS.

lement, sa longueur égale six ou huit fois celle de la tète et du thorax réunis; il est en outre d'une extrême ténuité; dans les mâles il est un peu renflé à son extrémité.

Nous figurons ci-devant le Pclcciinis polytuvator {^'^. 200, voy. p. 204I; il est d'un noir brillant, avec les ailes transparentes. Il habite l'Amérique du Nord, et est parfois très-commun dans les forêts de pins.

Les Fœues sont de jolis petits Ichneumoniens au corps grêle, long.

Flfi. 201. — Mefinh/ro SrlniHliartli i

comprimé latéralement; aux antennes d'une finesse extrême; les femelles portent à l'extrémité de l'abdomen une tarière très-longue et très-déliée ; leurs pattes postérieures sont renflées. Le Fœnus ejaculator , type du genre, est long de 12 à i5 millimètres, noir, avec la base et l'extrémité des jambes jaunes, les deuxième et troisième segments de l'abdomen roussàtres. C'est la seule espèce européenne ; elle attaque les larves des Guêpes et des Abeilles.

Les Évanies , qui donnent leur nom à la tribu entière , ont un aspect singulier, dû à la position de leur abdomen. Celui-ci est inséré exactement au-dessous de l'écusson, pédicule brusquement dès sa base, très-court et comprimé. On connaît plusieurs espèces d'Évanies, toutes très-voisines

2o6 ORDRE DES HYMÉNOPTÈRES.

les unes des autres, de couleur noire. Le type du genre, Y Evania appcudigaster, est la seule espèce que possède l'Europe. VEi'aiiia Desjardiiisii des îles Mascareignes dépose ses œufs dans le corps des Blattes.

Une espèce très-remarquahle, propre à l'Australie, est le Megalyra Schuckhardi (fig. 201, voy. p. 2o5). Cet insecte est noir, couvert par places de duvet blanc, et fortement pointillé sur la tète et le thorax. Les segments de l'abdomen portent de chaque côté une toufl'e de poils blancs, et la tarière de la femelle est trois fois aussi longue que l'insecte entier.

FAMILLE DES CYNIPSIENS.

FAMILLE DES CYNIPSIENS.

Les Cynipsiens sont de petits Hyménoptères, au corps court et oblonj^ ; aux antennes filiformes de treize à quinze articles ; aux mâchoires munies de palpes fort longues; aux pattes grêles et simples. Leurs ailes présentent quelques nervures, qui forment plusieurs cellules complètes sur les supérieures et une seule sur les inférieures.

Nous avons vu jusqu'à présent, dans la nombreuse série des Hyménoptères que nous avons passés en revue, les premiers nourrir leurs larves de miel et de pollen, les autres les approvisionner dinsectes engourdis par la piqûre de leur aiguillon; d'autres enfin les déposer dans le corps même d'autres insectes qu'elles dévorent vivants. Ceux qui vont nous occuper maintenant ont, à l'état de larve, une nourriture toute végétale.

Tout le monde connaît ces petites excroissances charnues dont sont parfois couvertes les feuilles du chêne, et qui, par leur forme et la vivacité de leurs couleurs, ressemblent à de petites pommes d'api en miniature fig. 202, voy. p. 208).

La comparaison paraît d'autant plus juste, que non-seulement leur enveloppe verte et rouge rappelle ce fruit, mais que leur intérieur est également formé d'une pulpe ferme, fraîche et juteuse; seulement, lorsqu'on les ouvre, à la place du cœur on trouve une cavité au milieu de laquelle se tient un petit ver blanc et transparent, recourbé en arc. Mais par où a-t-il pu entrer? il n'y a aucune trace de trou.

Si l'on observe avec attention, on verra se poser sur une feuille une petite mouche dont le dos bossu porte quatre ailes fines et transparentes ; sa couleur est d'un brun sombre et elle n'ofTre à l'œil rien de bien remarquable. Cette mouche est un Cynips. On la voit faire sortir de son ventre une longue tarière, dont l'extrémité est barbelée comme un fer de fièche, et l'enfoncer dans le tissu de la feuille. Cela fait, elle s'envole et va faire

ORDRE DES HYMÉNOPTÈRES

la même opération sur plusieurs autres feuilles du chêne. Si vous examinez à l'aide du microscope la tarière du Cynips, vous verrez qu'elle est creusée dans toute sa longueur d'une gouttière, et c'est par cette gouttière que la mouche pond ses œufs , car cette tarière n'est autre chose qu'un instrument de ponte.

Lors donc que la mouche a piqué la feuille, elle dépose un œuf dans la plaie et y fait couler en même temps un liquide irritant qui produit sur la feuille le même effet que la piqûre d'une Abeille ou d'un Cousin produit

FlO. 202. — Ofillp (lu Oynips ilo la fouille ,\a fMif-no (v

sur notre peau. La feuille s'enflamme, se tuméfie; la sève s'épanche au dehors par les vaisseaux que cette blessure a ouverts, se durcit à l'air et produit cette petite boule au milieu de laquelle se trouve logé l'œuf que la mouche avait déposé dans la plaie faite par sa tarière. Au bout d'un certain temps l'œuf éclôt, eî le petit ver qui en sort se trouve logé en sûreté et protégé contre tous les accidents ; mais comme ce rat de La Fontaine, qui s'était retiré du monde dans un fromage de Hollande, il se nourrit en grignotant les murs de sa maison, et ronge sa boule jusqu'au moment où il s'endort pour passer l'hiver et se changer lui-même en

FAMILLE DES CYNIPSIENS. 209

mouche dans le courant de la belle saison. Ces petites pommes sont donc le résultat de la piqûre du Cynips, et on leur donne le nom de galle. Ce sont les piqûres d'une autre espèce de Cynips qui déterminent sur des chênes nains, en Orient, les excroissances connues sous le nom de iwix de galle (fig. 2o3) . Celles-ci sont dures, ligneuses, couvertes de tubérosités, et atteignent souvent la grosseur d'une noix. On les emploie dans l'industrie pour la teinture en noir des étoffes et la fabrication de l'encre ; si l'on recueille au printemps quelques-unes de ces jolies petites pommes d'api, l'on en verra sortir en juin ou en juillet la petite mouche bossue et enfumée ; cependant il arrive parfois qu'au lieu de celle-ci on voit sortir de la galle une mouche bien différente; droite élancée, de formes élégantes et d'un noir brillant, ce ne peut être un enfant de la mouche bossue et ventrue du Cynips.

En effet, c'est un Ichneumon que sa mère a déposé à l'état d'œuf dans la galle, et qui, devenu larve, a dévoré celle du Cynips.

On connaît un grand nombre de Cynips qui tous agissent à peu près comme celui dont nous venons de

, . i/^-ji-/^- \ PIO. 203. — Noix de gaWu

parler, et qui est le Cynips du chêne [Cynips qiierciis). {Cmips tmctoria] [voy. La plupart de ces galles sont sphériques et souvent très-dures; mais il en est beaucoup qui affectent des formes diverses. Les larves des Cynipsiens subissent leurs métamorphoses dans ces singulières habitations. Le plus souvent une seule larve habite une galle; mais quelquefois il en est plusieurs qui y vivent en société. La plupart y subissent leur transformation en nymphe; quelques-unes cependant en sortent pour s'enfoncer en terre. La sortie de l'insecte se fait toujours remarquer par un trou pratiqué à la surface de la galle, comme on le voit ci-dessus.

Les galles produites par les Cynips, non-seulement atfectent des formes très-variées, mais se forment sur différentes parties des plantes; celles-ci tiennent immédiatement à l'arbre; celles-là y sont attachées par un pédicule; on en voit sur les feuilles, les pétioles, les branches, l'écorce, etc. Une espèce très-petite place ses œufs dans les graines de figuier, et dans tout l'Orient on l'emploie à hâter la maturité des figues. "Voici en quoi

ORDRE DES HYMÉNOPTÈRES

Cynqis que:

nJi (voj-. page 212).

consiste ce procédé connu sous le nom de capvificatiuii. On enfile plusieurs de ces fruits qui renferment des Cynips et on les place sur des

figuiers tardifs. Les insectes en sortent couverts de poussière fécondante, s'introduisent dans l'œil des nouvelles figues, en fécondent les graines et hâtent ainsi la maturité du fruit.

Les Cynipsiens sont répandus dans le monde entier; mais on ne connaît bien les mœurs que des espèces européennes, la petitesse de leur taille les ayant fait échapper aux investigations des voyageurs.

Les genres compris dans cette famille ne sont pas nombreux.

Le premier qui sert de type à la famille et lui donne son nom, est le genre Cynips.

Les insectes qui le composent ,p ont l'abdomen ovale, court, comprimé en dessous et tronqué obliquement à son extrémité ; dans les femelles , la tarière est roulée en spirale dans l'intérieur du ventre avec son extrémité logée dans une coulisse de la partie inférieure de l'abdomen. C'est Fia. 2K. - cymi,s sculcment lors du dépôt des i-u; soi, ,.t2«7,-fï,>„ps »,<,><,& (vo,-. page iii 2.

œufs que cette tarière est susceptible de se dérouler. Les antennes sont presque liliformes chez les vrais Cynips.

Parmi les espèces les plus répandues, nous citerons le Cynips des

FAMILLE DES CVNIPSIENS.

feuilles du chêne [Cynips quercus) figuré d'autre part (fig. 202, p. 208), et auquel se rapportent les généralités exposées plus haut. Dans notre planche XIII est figuré le Cynips Kollari, ainsi que les galles produites par ses piqûres. Ces galles, très-communes sur les chênes en Angleterre, sont placées sur les branches à la naissance du pédoncule des t'euilles ; elles ont 25 à 3o millimètres de diamètre et sont dures comme

du bois; l'insecte trouve

cependant le moyen de

ronger cette épaisse et

dure muraille pour sortir

de sa prison.

La noix de galle, dont

on se sert pour la confection de l'encre et des

teintures noires, avec une

dissolution d'acide sulfu-

rique ou de sulfate de fer,

est produite par un Cynips qui habite le midi

de l'Europe et surtout le

Levant. On lui donne

le nom de Cynips de la

PIG. 20s. - Cynips lerminaJis (vov. gallc à teintUrC (CVUipS Fk:. £09. - Rose du Saille CtVn/>« page 213). ' " saUcis) [vov. page 213].

gallœtinctoriœ). C'est un petit insecte long de 5 millimètres, d'un fauve pâle, avec un duvet soyeux et blanchâtre; des ailes diaphanes, avec les nervures jaunes, l'abdomen fauve, avec une tache noire au milieu. Quand le moment de la ponte est venu, la femelle fait de petites entailles sur un chêne d'Orient {Quercus infectoria), et dans chaque fente elle dépose un œuf. Les excroissances ne tardent pas à se développer, et la petite larve établie au centre de la galle se nourrit de la substance qui l'entoure. La noix de galle est plus petite qu'une noix, habituellement de forme ronde et tellement dure qu'on ne peut la briser qu'au marteau ; sa

FIG. 210. — (Inll,- .lu Cyjiips aplerns (v

couleur extérieure est d'un gris brunâtre lisse. Quelques-unes de ces galles sont percées d'un trou, comme on le voit dans la figure 2o3, page 209 : c'est quand l'insecte est sorti ; mais on les recueille avant ce moment,

parce qu'elles contiennent alors plus de matière astringente.

Le Cynips de la rose (Cynips rosœ) est une des espèces les plus communes dans notre pays. 11 est noir, avec les pattes ferrugineuses; l'abdomen de la même couleur, avec l'extrémité noire.

Les galles produites par cet insecte sont assez communes sur les rosiers; elles sont fort singulières et connues sous le nom de bédégars. Ce sont des excroissances chevelues, de couleur verte, qui entourent les tiges du rosier; leur dimension atteint souvent celle d'une petite pomme ou d'une nèfle, dont elles rappellent un peu la forme. Elles paraissent composées d'une quantité considérable de filaments serrés très-compactes , dont plusieurs ont leurs extrémités libres et plus ou moins ramifiées, ce qui leur donne cette apparence chevelue. A l'intérieur du noyau sont plusieurs loges, dont chacune contient un œuf ou une larve.

Un autre Cynips des pédoncules du chêne {Cynips ijucrciis pcdiiuculi) pique les chatons des fleurs maies du chêne et produit de petites galles rondes, ce qui les fait ressembler à des grappes de groseilles ifig. 204, voy. p. 210).

Les piqûres des Cynips produisent les déformations les plus singulières : le Cynips inflator pique les bourgeons qui se développent en forme de petits artichauts (fig. 2o5, voy. p. 210); un autre pique l'écorcc de l'arbre et la fait soulever en cloques épaisses, au milieu desquelles est déposé un œuf (fig. 206 et 207, voy. p. 210); c'est le Cynips corticalis.

D'autres (Cynips tciDiiimlis^^ produisent à l'extrémité des branches de

FAMILLE DES CYNIPSIENS.

grosses tubérositcs (fig. 208, voy. p. 21 1) dans lesquelles vivent plusieurs larves. Le Cynips salicis produit, par sa piqûre, sur les i^ros bourgeons du saule ces galles feuillues, rougeàtres, connues sous le nom de roses du saule (fig. 209, voy. p. 211). Les plus curieuses, telles que de grosses trutfes dures ou des pommes de pin déformées (fig. 210, voy. p. 212), s'attachent au chevelu des racines en hiver, à plusieurs décimètres sous terre. 11 en sort des Cynips aptères semblables à des Fourmis à gros ventre, marchant lentement au pied des chênes sur la terre humide ou sur la neige, en faisant vibrer leurs longues antennes. On ne connaît encore que la femelle de cette espèce; peut-être le mâle est-il ailé.

Une autre espèce, le Cynips calicis^ pique le calice des jeunes glands du chêne, dont le fruit déformé se développe en feuillets superposés et recoquillés (fig. 211, voy. p. 212).

ORDRE DES HYMENOPTERES

FAMILLE DES SIRICIENS.

Cette famille est la moins nombreuse de tout l'ordre des Hyménoptères ; elle ne comprend que trois genres répartis dans deux tribus.

Les Siriciens sont en général des insectes de grande taille, dont le corps est long et cylindrique, et non plus étranglé au milieu comme dans les familles précédentes, l'abdomen étant attaché au thorax dans toute sa largeur. Ils ont une tète semi-globuleuse, des mandibules courtes et épaisses, très-robustes, des antennes sétacées ou filiformes assez longues et vibratiles comme chez les Ichneumons ; leurs ailes sont très-veinées. Les Siriciens sont lignivores, au moins à l'état de larves; ils fréquentent les bois très-couverts, et produisent en volant un bourdonnement sonore.

La première tribu des Siriciens, celle des Oryssides, se distingue par ce caractère qui les rapproche des Cynipsiens, d'avoir une tarière capillaire roulée en spirale dans l'intérieur de l'abdomen; mais leurs formes générales et leurs autres caractères les font ressembler aux vrais Sirex. Un seul genre rentre dans cette tribu (Oryssus)^ qui ne renferme lui-même que deux espèces; l'Orysse couronné {Oryssus coroiiatiis) habite le midi de la France; il est long de 12 millimètres, d'un noir luisant, avec l'abdomen d'un rouge fauve.

La seconde espèce, {'Oryssus unicolor^ plus petite que la précédente, a l'abdomen noir. Cette espèce est fort rare à Paris, où elle a été trouvée par le célèbre entomologiste Latreille.

Les Oryssus se trouvent au printemps dans les bois, souvent posés sur les troncs d'arbres au soleil; ils paraissent rechercher de préférence les sapins et les hêtres.

La tribu des Si rigides a pour caractères principaux : la tarière trèsrobuste, toujours saillante et droite; les ailes parcourues par de fortes nervures. Cette tribu comprend deux genres, les Sirex proprement dits

FAMILLE DES SIRICIENS.

et les Xyphidria ; ces derniers ayant des palpes maxillaires de cinq articles, tandis que celles des Sirex n'ont que deux articles.

Les Sirex sont des insectes de grande taille, très-robustes. Leur vol est rapide et accompagné d'un bourdonnement sonore. Au moyen de leur tarière les femelles percent les bois des arbres verts pour y déposer leurs œufs. Les larves qui en sortent sont allongées, cylindriques, à anneaux plissés transversalement; le dernier est muni d'une petite pointe. Ces

Sirex fjijm (vuy. page 216).

larves sont armées de mandibules robustes, et causent parfois, lorsqu'elles sont en grand nombre, des dégâts notables. C'est de préférence sur le sapin et le mélèze que les femelles des Sirex vont déposer leurs œufs, en choisissant de préférence les arbres fraîchement coupés ou récemment écorcés. Les larves vivent à l'intérieur de ces arbres plusieurs années, et se filent une coque soyeuse lorsqu'elles sont sur le point de se transformer en nymphes.

2i6 ORDRE DES HYMÉNOPTÈRES.

Assez rares dans nos régions, les Sirex sont très-répandus dans les grandes forêts de sapins du nord de l'Europe. L'espèce type du genre est le Sirex géant {Sirex gigas) que nous représentons ci-devant (fig. 212, voy. p. 2i5). 11 est long de 25 à 3o millimètresj noir, avec le second anneau de l'abdomen et les trois derniers jaunes ; les jambes sont de la même couleur.

Dans notre planche XIII est représenté le Sirex jiiveucus ^ belle espèce qui fréquente les grandes forêts de l'Europe. Il est d'un noir violet, avec la base des antennes et l'abdomen fauves.

Les Xyphidries sont des Siriciens de moyenne taille, à tête globuleuse, séparée du thorax par un étranglement. Elles ont les mêmes mœurs que les Sirex. Le type du genre est la Xyphidrie chameau {Xyphidria cameliis)^ longue de 18 millimètres, noire, avec deux lignes blanches sur la tête et une petite tache triangulaire de même couleur sur la plupart des anneaux de l'abdomen.

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