‹ Les inséparables; comédieChapitre 5 sur 38 · SCENE II GASTON, DUSSEAU · texte numérisé non relu

SCENE II GASTON, DUSSEAU

DUSSEAU.

Dire que sous prétexte de vous complimenter de votre mariage, ce Paul Ducourtial s'est implanté chez vous avec les intentions les plus perverses, et que vous ne l'avez pas encore mis à la porte. Vous

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en avez donc peur ? Vous verrez qu'il en ai'rivera à ses fins, qu'il vous discréditera auprès des Leroy- Oranger et qu'il vous supplantera.

Rapportez-vous-en à moi, M. Dusseau. Je vais me montrer. J'en ai assez, voyez-vous ! Quel intrigant! Quand on pense que cela dure depuis cim] ans, depuis que je le connais enfin. Voilà cinq ans, que ce petit avocat sans fortune, que cet ambitieux à qui ma situation dans le monde a fait envie, cherche à s'en créer une h ma remorque et à mes dépens. Voilà cinq ans que je le présente avec joie à tous mes amis, que je le mène dans le monde, que je lui procure des dîners, des soirées, des bals, on nous a môme surnommés les inséparables ! Et voilà cinq ans, je, m'en suis aperçu il y a quelques mois, qu'il me calomnie, qu'il me tourne en ridicule, et qu'il me brouille en dessous main avec la plupart de mes relations, qui sont maintenant les siennes... tout cela pour prendre ma place, s'y installer et couronner son œuvre par un riche niariage...

DU SSEAU.

Qu'il fera en vous soufllant ma filleule, si vous me débitez ces belles tirades, au lieu de les lui débitera lui.

GASTON

Je me suis juré à moi-même que ce soir il ne serait plus chez moi.

7) USSEAU.

Vous a-ozbion fail. Prenez garde. Depuis rpi'il est arrivé c.i^z vous, fiairant une piste, et qu'il s'est fait présenter aux Leroy-Granger, il n'a pas perdu de temps. D'autre part, les Leroy-Granger sont hautains et violents: ils vous ont toujours traité un

peu par dessous la jamhe parce que vous è\e^ bon, naliu^el, et f[uevous ne posez pas ; ils vous donnent leur (lile, sans se hâter toutefois, parce que n'ayant plus ni père, ni mère, vous êtes déjà dores et déjà très riche; quant à elle, elle vous épouse sans enthousiasme, parce que... parce qu'elle est pressée de faire comme Louise Tappinel. Que Ducourtial continue à leur jeter de la poudre aux yeux, et Leroy-Granger est homme à vous redemander sa parole et à sacrifier la question d'argent à la question de chic... puisque ce monsieur est chic !

GASTON

Soyez calme. Quand je m'y mets !... Je vaiséconduire ce faux ami sans phrases....

DUSSEAU.

Et sans ménagements. Vous me l'avez déjà dit.

GASTON

C'est la dernière fois que j'ai l'occasion de vous le répéter.

DUSSEAU.

Je crains que non.

GASTON

Pourquoi ?

DUSSEAU.

Parce que vous avez peur de lui, parbleu!

GASTON, vivement.

Peur de Paul 1

DUSSEAU.

Ne faites pas le fendant. Si vous croyez que je n'ai pas vu ce qui se passait hier soir! Vous receviez

toutes ses pointes en pleine poitrine, et j'attendais vainement la riposte !...

GASTON, riant aux éclats.

Elle est l)ien bonne !

DUSSEAU.

Du reste, cela n'a rien d'étonnant; vous avez vécu pendant cinq ans sous la coupe de ce beau parleur, buvant ses paroles, cherchant à l'imiter... De ])lus, il est votre aîné ; il en a profité, j'en suis sûr, pour s'ériger en précepteur, pour vous sermonner, enfin pour vous pétrir à sa fantaisie. N'est-il donc l)as naturel qu'il ait pris sur vous de l'influence et qu'il ait fini par vous en imposer?... Oui, il vous en impose ! Vous avez toujours un certain respect pour lui et vous n'osez rien lui dire par crainte d'être ridicule, intempestif et irrévérencieux.

GASTON

Allons donc !

DUSSEAU.

Alors pourquoi n'avez-vous pas déjà rompu ?

GASTON, cherchant.

Parce que... Enfin cette fois-ci... vous verrez, monsieur Dusseau! Ce sauteur-là m'intimiderait!... Ah ! non, par exemple ! (Paul paraît. Ému.) Lui !

DUSSEAU.

Bonne chance!

Il sort.

ACTK PRKMIKU

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