Victor Hugo, Notre-Dame de Paris
tous lès symboles intérieurs rappellent les préceptes divins et humains apportés par le Christ.
Nous savons par expérience combien il nous a fallu lutter pour nous débarrasser de certains principes que nous avions puisés dans notre jeune âge aux sources de l'antiquité ; combien nous avons fait d'efforts pour nous défendre des idées immorales et licencieuses que nous inspiraient les faits et gestes des dieux de l'Olympe , pour nous prémunir contre les exemples puisés dans la vie des peuples grecs et romains, celle du vertueux Caton lui-même* ! Nos^ pères, fort sensés, ne mettaient dans les mains de la jeunesse que les œuvres expurgata de Virgile et d'Horace, de Suéfone et de toute la litté-* rature antique. Nos efforts doivent tendre aujourd'hui à expurger les murs de nos é4ifices religieux de tout ce qui peut troubler les idées sereines, les enseignements moraux de la religion du Christ.
Arrière surtout la ligne horizontale, signe de servitude qui force les hommes à baisser la tête^ ! Apprenons sous les arches ogivales à nous sentir religieusement libres : de là ressortira pour nous la régénération des
1. En fait de littérature et d'art architectural, comme en fait de mœurs et de religion, nous n'avons , nous chrétiens, qu*à répéter avec Berchoux :
• K Qui nous délivrera des Grecs et des Romains ! »
2. Os homini sublime dédit, cœlumque tueri Jussit, et erectos ad sidéra toUere vultus.
Ovio£, I. 2.
5t) LES INSTITUTIONS SOCIALES
sentiments les plus purs, ceux du devoir et du dévouement.
Nous résumons dans ces termes la théorie que nous venons de développer.
Dieu a créé toutes les choses visibles et invisibles.
L'homme, fait à son image, est doué de la faculté d'accomplir des œuvres visibles et du sentiment qui lui fait concevoir des chosesinvisibles.
Toutes les œuvres visibles de l'homme, étant imparfaites, sont empreintes du symbole de l'idéal parfait invisible auquel il a aspiré.
La science symbolique nous apprend à lire dans les œuvres visibles de l'homme ce qu'il a essayé d'y mettre de l'idéal invisible.
C'est dans les monuments religieux surtout qu'on lit la pensée de l'homme sur Dieu, et qu'on peut juger les législations qui se sont inspirées de cette pensée.
Dans les temples de l'antiquité se reflètent les législations de l'esclavage humain, du despotisme, de l'oppression, sous leur forme tour à tour sanguinaire, abrutissante, et plus tard tolérante.
Le christianisme est venu abolir la législation des deux natures, esclave et libre ; le Christ a proclamé la véritable liberté humaine : tous les hommes sont frères, tous sont admis à droit égal dans le temple.
Les églises se sont donc construites, vastes et élevées, pour contenir tous les fidèles, communiant à la même
dans: LES ÉDIFICES RELIGIEUX. 57
tablé. Ges églises ont été empreintes partout des symboles delà liberté humaine, de la fraternité sociale.
La coupole d'abord, puis le plein cintre roman, enfin l'ogive sont les symboles visibles de. ces progrès.
La Renaissance, au xvi' siècle, fut un pas rétrograde, un retour au paganisme religieux et civiL L'idée de la liberté véritable s'est corrompue par le sentiment de l'indépendance.
Le style grec, avec ses lignes roides et despotiques, s'est remontré dans les édifices religieux et civils.
Le XVIII* siècle a été le dernier terme de cette rétrogradation. C'est là que les monuments chrétiens ont été, ou bâtis entièrement sur le modèle des temples païens, on accolés de péristyles grecs.
Les idées sur la liberté humaine se sont parallèlement défigurées, et nous en sommes arrivés, sous prétexte de liberté, au cannibalisme pour législation dans le système de la Terreur.
Le XIX® siècle s'est ouvert en rétablissant le culte de Dieu et de la vraie liberté par l'ordre public ; il continue son œuvre de réparation.
On élève partout des églises ogivales, symboles de la seule liberté avouable pour l'homme religieux, la liberté chrétienne.
Il s'agit aujourd'hui de réédifier les églises que le* style païen avait défigurées , afin que le sentiment de la liberté chrétienne, religieuse et civile, renaisse dans les âmes.
C'est SOUS la ligne horizontale que le Christ a été (Tucifié, hâtons-nous de la bannir de nos symboles , pour ne nous attacher qu'à œlle qui , s'élevant au Ciel, nous rappelle la glorieuse ascension du Sauveur du monde.