‹ Les institutions administratives en France et à l'étranger [microform]Chapitre 6 sur 141 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

vail, à la situation acquise. A tout instant et à tout propos, le riche et le pauvre, le républicain et le monarchiste, le lettré et l'ignorant s'y rencontrent, s'y jugent, s'y obligent réciproquement. On conçoit aussi que ces rapports naturels et incessants puissent n^avoir pour objet que les nécessités de l'existence privée et collective, ou bien s'étendre et profiter à la chose publique elle-même. Restreints à la sphère des intérêts particuliers, ils laissent les personnes et les classes moralement isolées les unes des autres, étrangères aux soucis et aux devoirs d'un ordre élevé ; mais qu'ils soient mis au service des intérêts généraux, chacun, de proche en proche, sera amené à certains efforts communs, à l'entente et à la tolérance mutuelles, au civisme, au patriotisme.

Enfin, entre tous les pouvoirs publics, ce sont les administrateurs de la commune et du département qui ont le plus de contacts avec la population, qui détiennent et qui règlent, sinon les affaires les plus importantes, du moins les plus nombreuses et les plus usuelles. A chaque naissance, à chaque mariage, à chaque décès, il faut que le maire intervienne. Nul ne saurait construire ou réparer sa maison, obtenir un accès plus facile à son domaine, être exonéré d'un impôt excessif ou indu, subir la loi militaire, être inscrit sur des listes électorales, recevoir quelque secours, s'affranchir de certains empêchements, être préservé

de certains dangers, sans que le maire ou le préfet examine et statue. On comprend encore que des pouvoirs aussi répandus, disposant de pareilles attributions et de pareilles ressources, s'ils sont absorbés par TEtat, soient pour lui des engins très-énergiques de domination, et qu'au contraire, abandonnée aux habitants, ils deviennent pour eux des instruments non moins puissants d!initiative et de labeur individuels, de responsabilité propre, d^apprentissage administratif et politique.

A tous ces points de vue, on a eu raison de dire que les institutions locales sont Técole primaire du citoyen, le moule dans lequel se forment les mœurs politiques et administratives d'un peuple, ses tendances et ses goûts dominants, le critérium d'après lequel on peut le mieux analyser et juger le véritable caractère d'un gouvernement, quelque dénomination qu'il porte.

Si les affaires quotidiennes de la commune et du département sont gérées par des délégués du pouvoir central, maire et préfet, même assistés de loin en loin d'un conseil électif, toute l'activité dont ces affaires sont le sujet, sera .concentrée dans la personne des délégués. Eux seuls auront la science et l'expérience de l'administration, la faculté de rendre service, d'être écoutés, d'exercer de Tascendant. Les habitants en général, les plus comme les moins autorisés, seront dans l'im-

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