CHAPITRE PREMIER
possibilité de prendre part aux affaires publiques et de les connaître, de se rapprocher entre eux, de s'élever sur plftce, de diriger. Le résultat inâetisiblfement atteint sera que la nation ignorante, indifférente, divisée, nivelée, deviendra impropre à se régir elle-même, propre seulement à être régie; que le gouvernement, fût-il parlementaire, républicain même, ne sera pas le gouvernement du payé par le pays, possédera des prérogatives innombrables, exorbitantes, dominera les intérêts, souvent le vote , mais restera découvert , sans abri, en butte aux responsabilités les plus périlleuses.
L'administration de la commune et du département peut, au contraire, être organisée de façon à occuper et à instruire les particuliers, à éveiller et à développer en eux l'esprit d'entreprise, de prévoyance, de sollicitude, à leur imposer des rapports permanents, à susciter des influences régulières. Dans ce cas, la nation acquerra avec le temps les aptitudes et les mœurs constitutionnelles, deviendra peu à peu cohérente, expérimentée, tempérée, apprendra de jour en jour à voter avec discernement, à se gouverner ellemême. De son côté, le pouvoir central, réduit aux seules attributions qui lui sont nécessaires, sera moins attaqué, mieux préservé, plus fort.
Enfin, on peut imaginer, en troisième lieu, un régime communal et départemental dans lequel.
LES I.NSTITCT10NS AD1UN1STEATIVE8.
gestion quotidienne des affaires demeurant ervée à des délégués, maire et préfet, le pour central soit en même temps mutilé et entravé, is lequel les habitants, sans être exclus de cette (tien, n'y concourent pas cependant d'une mare assez directe, assez effective, pour qu'il leur t possible de parvenir aux aptitudes et aux Burs constitutionnelles. Sous ce régime interdiaire et hybride (1), le pouvoir, dépourvu de yens d'influence et de coercition, ne sera plus mesure de commander et de se faire obéir; is ta nation, sans moyens d'éducation et de )pération réelle, restera incapable de pratiquer ne pratiquera pas la liberté. Le vote ne sera is guidé officiellement; mais il ne pourra être général ni conscient, ni éclairé.
Dans les premières pages de son livre sur le avoir municipal (2), M. Henrion de Pansey, rès avoir établi que l'Etat a été d'abord un i*ivé de la commune, se demande quelle a pu e ensuite l'origine des diverses formes de goumement, et U explique que, là oîi la majorité i communes eut une administration remise aux lins d'un seul, le gouvernement de l'État devint inarchique, autocratique; que là, au contraire,
1} La lecteur se coDvainci-a bieutdt que ce B^retème préside ai il'hui complétemeol à notre organisation adiniiiiEtrative.
î] Du Pouvoir muoici^ial, livre I", chapitre I",
CHAPITItE PREMIER. '
OÙ l'autorité locale fut le plus ordinairement re présentée par une assemblée, par un conseil élu le gouvernement revêtit le caractère démocra tique; mais il n'a pas prévu le régime communa intermédiaire que nous avons défini en troisièm Heu, parce que sans doute ce régime, ou n' jamais été en vigueur autrefois, ou n'a eu qu'un courte durée, qu'il eût été stérile, qu'il n'eût p conduire à aucune forme régulière de monarchi ni de démocratie.
De ces préliminaires, il semble permis de cor dure déjà qu'il existe une entière solidarité entr l'organisation de la commune et du départemer et l'organisation de l'État, entre le système admi nistratif et le système politique, entre ces système et les dispositions, les habitudes, les "condition intellectuelles et morales du pays.
Des institutions locales centralisées ne sor concordantes et compatibles qu'avec la monarchi absolue; conservées, employées par un gouvernf ment parlementaire, elles le faussent, le corroni pent et bientôt le détruisent.
Sans institutions locales décentralisées, la me narchie constitutionnelle et la république ne sor pas plus effectives que praticables, et elles dég( nèrent rapidement en gouvernements personnels
Enfin, à des institutions locales qui ne seraier plus centraHsées, mais qui ne seraient pas encor
10 LES IKSTITCTIOSS ADMIMSTRATIVES.
décentralisées, ne répond qu'un gouvernement en quelque sorte négatif, un gouvernement qui n'aurait plus la possibilité de diriger la nation, et qui cependant mettrait celle-ci dans Timpossibilité de se diriger elle-même.
Le lecteur ne tardera pas à trouver la démonstration et la sanction de ces principes dans nos diverseslois communales et départenaentales depuis l'an vin et dans celles qui ont prévalu à l'étranger, dans les événements et les situations qu'ont produits les unes et les autres, chez nous et au dehors.