Gregorovius, t. II, p
Mais déjà, en face de la noblesse, le peuple se lève, turbulent plutôt que séditieux, amoureux de désordre plutôt que de liberté. Le peuple, au reste, aima-t-il jamais la liberté pour elle-même ? Ses aspirations se concentraient alors sur un point, la nomination d'un duc qu'il considérait comme devant être son défenseur contre la noblesse.
C'est en l'année yro qu'il est parlé pour la première fois d'un duc dans les annales de Rome et, dès 716, d'après une chronique, un certain Pietro, qui semble d'origine populaire, fut créé duc par les Romains soulevés '.
Le duc alors commandait en chef toutes les milices romaines. Soutenu du peuple, il empiéta de plus en plus sur les attributions du préfet qu'il réduisit à n'être plus qu'un juge, juge suprême il est vrai, dans les affaires criminelles. Et cependant, c'est au duc que le pape livrait les malfaiteurs ou les adversaires qu'il voulait faire condamner. Sa résidence était au mont Palatin, dans ce qui restait du palais des Césars. Il devint bientôt le véritable gouverneur de la ville et les préfets disparurent. Il n'est plus question d'eux durant toute la période carolingienne et jusqu'au X' siècle ^
Mais les ducs ne devaient pas jouir longtemps de leur primauté. L'autorité du pape croissait chaque jour; un certain nombre d'officiers, de juges étaient désignés par lui; souvent le duc lui-même était sa créature.
Son pouvoir était d'autant plus grand que la noblesse
1. Gregorovius, 1. 1, p. 538, note 2 ; t. II, p. 238, note 2. « Contigit ut Petrus quidam pro diicatu Roinanx Urbts Ravennam dirigeretur » est-il dit dans une autre chronique.
2. Voyez DiEHL, p. 132; Reumont, t. II, p. 138; Gregorovius, t. II, p. 13, 173.
divisée devenait moins à craindre. D'un côté les vieilles familles du Latium, riches en terres et puissantes, de l'autre les hobereaux, les gentilhommâtres, ambitieux et miséreux, auxquels on n'accordait que le titre de Kobiles tandis qu'on donnait aux seigneurs les épithètes les plus sonores, lUustrissimi, Insignissimi , formaient deux partis le plus souvent irréconciliables. Le plus faible, lagentilhommerie, gentile^Z.(i, devait nécessairement chercher un appui dans le peuple dont il fut d'abord l'allié et puis le protégé '.
Quant au peuple, il était lui-même divisé en deux catégories : les honesti viri, petits bourgeois, boutiquiers, commerçants, et les viri humiles, les ouvriers, les indigents, la plèbe.
Toutefois, dans les circonstances graves, les uns et les autres s'assemblaient en commun pour décider de leurs intérêts ; on donnait à ces assemblées populaires le nom de « parlements ^ ».
La papauté forte de son unité mais de cela seulement, les barons et la gentih'^xfly les bourgeois et le menu peuple se trouvèrent donc en rivalité et la commune de Rome pré" senta dès ce moment ce caractère tantôt démocratique, tantôt oligarchique, tantôt théocratique qu'elle gardera si longtemps et qui la distingue profondément, quand on examine les choses de près, des autres communes d'Italie auxquelles on serait tenté de l'assimiler de prime abord'.
I. Papencordt, CoJa di Rieii^o, 1841, explique très bien l'origine et le rôle de la gentikua.
2 ViLLARI, p. 122.
3. Voyez Gregorovius, t. II, p. 494 et Villari. p. m. L'ouvrage d'EcGAR QuiNET, ks Révolutions d'Italie, si oublié aujourd'hui, contient, au milieu de beaucoup de paradoxes, des idées très justes sur les luttes que se livrèrent en Italie et à Rome surtout, à travers tout le moyen âge, ces trois principes opposés : la papauté, la noblesse et le peuple.