Ibid., t. III, p
3. Voyez, sur l'étymologie de ce mot, Duchesxe, Liber ponlificalh, t. I, p. 497, t. II, p. 2J3, note 7 et p. 6, 88. On leur donnait le nom
siècle ' avaient succédé aux Magistri Militum ; ils commandaient dans chaque quartier les milices populaires. Ils étaient sans doute élus par le peuple.
Lorsque les nobles chassèrent de Rome, en 965, le pape nouvellement élu Jean XIII, les decarcones leur prêtèrent appui. Le pape revenu, ils payèrent de leur tête cette intervention. Elle montre toutefois que le peuple commençait à avoir conscience de sa force, cà s'organiser.
On en a une autre preuve dans ce fait que lorsqu'on envoya à l'empereur Henri IV une ambassade, en 1061, ambassade composée de cardinaux et de « sénateurs », on y adjoignit « ceux qui semblaient éminents parmi le peuple ^ ». Le peuple prenait donc une part de plus en plus grande dans l'administration des affaires publiques et le moment n'était pas loin où il allait s'en emparer complètement.
Si son triomphe ne fut alors qu'éphémère, si les nobles d'abord, puis les papes reprirent rapidement leur ascendant, cela tient au caractère du peuple romain qui ne justifiait que trop les amères paroles qu'adressait saint Bernard au pape Eugène III : « Ton troupeau est le peuple romain et cela dit tout. Quoi de plus connu que l'insolence des Romains, race inquiète, factieuse, intraitable et respectueuse de l'autorité seulement lorsqu'elle sait qu'elle ne peut la renverser. Tes sujets ne peuvent se résoudre à obéir et ils ne savent pas commander. Ils ont appris à dire de grandes
de Decartores, Decartiones, Decuriones. Voyez Gregorovius, t. III, p. 439, note I et S.wigny, t. I, p. 296.
1. Vie de Jean XII (956-964), Cod. Vat., 2851, part. 11, fol. 11.
2. Benzone cité par Vendettini, p. 83. « Romani rnittunt et clarnidem, mitram, anulitm et patricialem circulnm per Episcoj-os, per Cardinales atque per Senalores et per eos qui in populo videbanlur prxstantiores. «
choses et à en faire de petites ' ». Et Luitprand, avec sa morgue barbare, disait de même : « Nous autres Lombards, de même que les Saxons, les Francs, les Lorrains, nous méprisons si fort le nom romain que, dans notre colère, nous ne savons pas offenser nos ennemis par une plus forte injure qu'en les appelant des Romains car, par ce nom seul, nous comprenons tout ce qu'il y a d'ignoble, de timide, d'avare, de luxurieux, de mensonger ^ ».
Jamais, en effet, peuple ne fut plus prompt à la révolte, plus inhabile dans la résistance que le peuple de Rome. Et cela se comprend. Le système corporatif, qui a fait la force de la démocratie dans la plupart des autres cités de l'Italie centrale, ne s'est développé que tardivement à Rome. Au xf siècle, on ne peut affirmer l'existence que d'une association, celle des agriculteurs; et encore, compte-t-elle à peine une vingtaine de membres unis sous la domination d'un maître K Puis, le commerce était nul, l'industrie nulle- Le peuple vivait surtout de largesses que lui faisaient les barons quand ils avaient besoin de son concours, quand il leur fallait des soldats pour lutter les uns contre les autres, des valets pour faire parade de leurs richesses dans les grandes cérémonies dont la majesté émerveillait toujours les voyageurs, des lutteurs pour les combats du Colisée + ou pour les jeux du Testaccio et de l'Agone.
On sait que les papes nouvellement élus jetaient à la
1. De Consid., IV, 2. « Uiia misera discendenxa che s'accontenlava deW ombra di un gran nome n dit Hegel p. 560, commentant les paroles de l'empereur Frédéric II.
2. SiSMONDi, Histoire de la chute de Tempire romain, t. I, p. 51.
3. LuDO MoRiTZ Hartmann, Urkunde einer rômischen gdrtnergcnossenscha/t, Fribourg, 1892.