AU XII*" SIÈCLE
Le sénat, avons-nous dit, a disparu complètement au ix^ siècle. Entendons-nous cependant. L'assemblée délibérante n'existe plus, mais le sénat subsiste. On en retrouve le nom à chaque page dans les annales de Rome jusqu'au jour où le peuple institua une junte révolutionnaire qu'il décora du nom de sénat.
• Comme le roi Pépin avait fait aux Romains une assez vive remontrance pour les mettre en demeure d'obéir au pape, leur chef spirituel, qui devenait de plus en plus leur chef temporel et qu'ils respectaient, en conséquence, de moins en moins, ceux-ci lui adressèrent une lettre de soumission très repentante rédigée au nom du peuple et du sénat; elle a pour intitulé : « Omnis senàtus atque universa populi generalitas a Deo servatee Romanœ civitatis » (757). Un peu plus tard, quand Léon III couronna Charlemagne, il confirma son pouvoir « una cum otnni Senatu Romano ». Le « sénat » intervint encore lors du couronnement de Charles le Gros par Jean VIII. En 89e, le roi Arnoul de Carinthie fut reçu à Rome, rapporte la chronique, par les Écoles (associations) étrangères et par « tout le sénat ». En 985 le peuple, soulevé par Crescentius,
chassa le pape Jean XV mais, redoutant la colère de l'empereur Othon, il le rappela bientôt et « le sénat » se porta à sa rencontre, suivi d'une grande foule, pour implorer son pardon. Après la mort de Crescentius, Othon publia un rescrit dont la chronique de Farfa nous a conservé la teneur et qui est adressé « aux consuls, au sénat, au peuple romain, aux archevêques et aux abbés » (998). Quand Henri I" monta au Capitole, en 10 14, il était précédé de douze sénateurs dont six portaient la barbe longue et six étaient entièrement rasés. En 1046, Henri III fut élu patrice « approbante sacra Synodo, conclaiidantibus Senatoribus ceterisque civibus Romanis \ »
Parmi les lettres de saint Pierre Damien, il en est deux adressées à des sénateurs ^ Lors de l'entrée d'Henri V à Rome (11 17), il est fait mention de la présence de sénateurs et ce fut, en partie, sur leurs prières, que l'empereur resta à Rome pour y célébrer la fête de Pâques, ce à quoi le peuple tenait fort, à cause des bénéfices qu'il comptait retirer du séjour prolongé de la cour impériale dans leur ville à une époque de liesse K Ce même Henri V adressait vers cette époque une lettre « Consulibiis et Senatui, Populo Romano, Majoribiis et Minoribus ^ ». Deux ans plus tard, en 1 119, le clergé, le « sénat » et le peuple accueillaient avec des acclamations le pape Calixte II K
1. CuRTius, de Senalu romano, p. 212; Dithmar, Init. h'h. VII, dans Monumenta Germanix de Pertz, t. III.
2. Lib. VIII, ep. 4 et 5, adressées à « Domino Alberico senatorix dignitatis viro a et à « Domino Petro senatorix dignitatis viro. » Migne vol. CXLIV, col. 468, 470.