ToLOMEO Di LuccA, Ist. Eccl., liv. XIX, cap
4. Udalrico Babenbergense, Eccard. Corp. Hist. Med. ^ui, t. II, col. 266.
5. Cronaca Casinense, lib, IV, cap. 6\. Murât. R. Italie, Script., vol. IV, p. 530.
On pourrait multiplier indéfiniment les citations, car je le répète, il est très souvent fait mention du sénat dans les chroniques de cette période.
Est-ce à dire que le sénat ait continué d'exister durant ce long espace de temps tel qu'il était auparavant ? Le contraire, comme nous l'avons montré, est certain. Le sénat dont il s'agit, qui est encore entouré d'une certaine crainte et de respect et dont l'action dans la gestion des affaires de Rome, dans la politique, est loin de paraître négligeable, n'est plus un corps délibérant mais une caste, la noblesse tout entière ou peut-être, dans les commencements en tout cas, l'élite de la noblesse. Il n'y avait plus de sénat mais il y avait des sénateurs.
Dans une ville aussi attachée à son passé que Rome et dans une société où les titres avaient tant de crédit, un pareil nom ne pouvait tomber en déshérence. Ce fut, en effet, un honneur dont on se montra très jaloux, qu'on usurpa volontiers, que celui d'appartenir à une famille sénatoriale. Il semblerait que le titre ait été d'autant plus recherché qu'il conférait moins de prérogatives et d'avantages effectifs. Tous ceux qui pouvaient se targuer d'avoir eu parmi leurs ancêtres un sénateur formèrent une caste, une aristocratie à laquelle les annalistes donnèrent tout naturellement le nom de sénat. Par certains côtés, cette caste rappelait la caste sénatoriale des derniers temps de l'empire. Elle s'accrut bien vite de nouvelles recrues de sorte que toute la haute noblesse faisait partie, dès le ix^ siècle, de ce qu'on appelait « le sénat ».
Voici d'ailleurs quelques citations qui montrent surabondamment que, par l'expression de sénat, les chroniqueurs entendaient bien désigner une classe de citoyens. Lorsque
-nt
Arnoul eût été élu empereur, il accorda, en ces termes, aux Romains le droit d'avoir recours directement à lui : « Si quîs Romanus, cujtiscumqiie sit ordinis, sive de clero, sive de senatu ad nostram Imperatoriam Majestatem ventre voluerit, nemo ei impedimentum afferat ' ». Un passage de la chronique de Bertholdus Constantiensis est tout aussi catégorique; il s'agit de la guerre civile que fit éclater dans Rome la tentative malheureuse de Crescentius; « le sénat, dit-il, seu mbilium maxima pars » embrassa le parti du novateur, le peuple, au contraire, prit les armes contre lui^ On sait sa fin misérable. Un contemporain racontant la réception à Rome de la fameuse comtesse Mathilde, rapporte que , « Omnis ordo senatoribus eam honorabat ^ ». Ailleurs encore: dans un document qui remonte à l'année 827, il est parlé de « Ctmcta senatortim nobilitas » et dans un autre document de l'année 869, de V ordo senatorum ^,
Il y a plus, des femmes appartenant à la noblesse, prirent le titre de senatrix, comme autrefois les matrones nobles, celui de patriciennes. C'est sous le pontificat de Jean X, vers 920, qu'apparaît pour la première fois cette dénomination qu'eussent trouvé bien étrange les contemporains de Caton. Elle fut appliquée à la mère d'Albéric, l'habile tyran de Rome, et à ses deux filles, Marozia et Theodora^. En 987, Stefania, femme de Benedetto, est appelée Illustrissirna
1. SiGONius, De Reg. Jtaî. Lib. VI, p. 238, cité par Curtius, p. 152.
2. ^^fl'». io8|, a/>«iURSTisiuM,t.I,p. 353,citéparCuRTius,p. 219.