‹ Les institutions d'AthènesChapitre 122 sur 335 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

On comptait, pour les détails et pour la mise en œuvre de la constitution nouvelle, sur l'esprit des magistrats opposé à ce qui avait inspiré le passé, et prompt à exécuter toutes les volontés de Sparte.

« Élus pour rédiger les lois qui devaient servir de base au gouvernement, dit Xénophon chez qui la haine étouffe la justice (Ij, ils remettent toujours à les composer et à les publier; mais en attendant, ils forment le conseil et les autres magistratures comme ils l'entendent. Ensuite, tous les hommes qui, sous la démocratie, étaient connus de tous comme vivant de calomnie et à charge à tous les gens de bien, ils les font arrêter et mettre à mort. Le conseil prononce avec joie la sentence de mort contre de pareils hommes, et tous ceux à qui leur conscience ne reproche rien n'en sont point fâchés. »

Ces considérations expliquent tous les excès, et Xénophon raconte avec inditierence et même avec une satisfaction qui fait mal , que Lysandre leur envoie une garnison dont ils assurent la subsistance, (( jusqu'à ce qu'ils se soient débarrassés des mauvais citoyens, et qu'ils aient atfermi le gouvernement. »

Ainsi, les temples furent dépouillés, et les confiscations remplirent le trésor. Toutes les vieilles formes qui assuraient la régularité, sinon la justice des jugements, furent supprimées. Les philosophes gênaient, on étouffa leur voix. Le théâtre était resté le refuge de la liberté. Sous prétexte de réprimer des excès, on interdit ce qui en faisait l'attrait pour un peuple spirituel, et on punit toute attaque et môme toute allusion contre les hommes vivants.

(1) Helléniques j II, 3.

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Théramène conseilla de former un corps de trois mille citoyens, auxquels il serait interdit de toucher sans jugement. Il voulait, tout en abandonnant comme une vile multitude le reste des Athéniens, imposer des bornes à l'arbitraire. Il déplut, fut accusé de trahison, et dut boire la ciguë.

Bientôt les trois mille seuls eurent droit de cité à "Athènes. Les bannis allèrent porter dans toutes les villes de la Grèce le témoignage de la misérable condition qui leur était faite. La vengeance de Sparte et des Trente les poursuivit. On prétendit avoir le droit de les atteindre partout où ils auraient reçu asile. Thèbes, malgré sa vieille haine pour Athènes, et Argos, malgré le voisinage de Sparte, protestèrent contre cette prétention insolente et cruelle.

Thrasybule, avec quelques bannis qu'il avait groupés à Thèbes, s'empara de Phylé à peu de distance d'Athènes. Les Trente l'attaquent et sont repoussés. Les mécontents lui forment une petite armée qui bat celle des tyrans. Athènes dépose ces magistrats qui l'avaient déshonorée et opprimée, mais elle les laisse se retirer à Eleusis. Ils sont remplacés par dix citoyens qui implorent le secours de Sparte. Lysandre exige cent talents pour l'appui qu'il leur promet, et arrive comme harmoste. Mais il était déjà depuis longtemps suspect à Sparte, qui envoie le roi Pausanias avec une armée. C'était un changement complet de politique, et un éclair dans le ciel sombre d'Athènes.

Lysias (1) décrit ainsi la tyrannie des Trente : c( Vous qui êtes restés dans la ville, rappelez-vous

(1) Contre Ératosthène.

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