‹ Les institutions d'AthènesChapitre 123 sur 335 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

quelle tyrannie ils exerçaient sur vous; ils vous ont traînés contre des frères, des fils, des concitoyens à une guerre où, vaincus, vous deveniez les égaux des vainqueurs, où, vainqueurs, vous deveniez esclaves des tyrans. Par ces actes, ils accroissaient leur fortune; par la guerre civile, vous amoindrissiez la vôtre. Ils ne partageaient point avec vous leurs avantages, ils vous forçaient à partager leur ignominie. »

Pausanias impose la paix malgré les sollicitations des dix qui mettaient Athènes à la disposition de Sparte. Il avait battu Thrasybule qui occupait le Pirée, et n'eut pas de peine à le déterminer à une entente avec les éphores. « Les Lacédémoniens envoient quinze députés à Athènes, et les chargent d'arranger les affaires le mieux possible, de concert avec Pausanias. Ces envoyés ramènent le calme en obtenant que les partis restent en paix entre eux et que chacun retourne à ses affaires, à l'exception des Trente, des Onze et des dix gouverneurs du Pirée. S'il y a dans la ville des gens effrayés, ils sont libres d'aller demeurer au Pirée (1). »

Le gouvernement populaire se constitua aussitôt. L'oligarchie avait soulevé contre elle toutes les haines. Elle tomba. Des lois nouvelles furent faites, et les lois anciennes remises en vigueur. Un décret autorisa tout citoyen à tuer quiconque tenterait de rétablir l'oligarchie, et nul ne put être condamné en dehors de ce cas de trahison, qu'en vertu d'une loi écrite. Athènes s'honora en déclarant qu'elle paierait les cent talents que l'État s'était engagé à fournir lorsque

(l) Xénophon, Helléniques^ II, 4.

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Lysandre avait été appelé pour soutenir la tyrannie. Elle regardait comme sacrée une dette contractée en son nom et contre tout ce qui lui était cher, par ceux qui lui avaient fait tant de mal (401).

Pourquoi faut-il que les Athéniens, après avoir reconquis les lois et la liberté, se soient rendus coupables de la mort de Socrate (399)? Les deux accusations dirigées contre lui témoignent sans doute d'une préoccupation légitime pour la religion et pour la morale, mais ni l'une ni l'autre ne put être prouvée, et Xénophon, après les avoir énoncées et discutées, a eu le droit de conclure ainsi : « Gomment donc pourrait-il être mis en jugement, lui qui, loin de prétendre qu'il n'y a pas de dieux comme le porte l'acte d'accusation, s'est déjà montré plus que personne plein de respect pour les dieux ; loin de corrompre les jeunes gens comme l'accusation le lui reproche, il détruisait aux yeux de tous les mauvaises passions de ses disciples, et cherchait à leur inspirer l'amour de cette vertu si belle et si sublime, qui a fait fleurir les cités et les maisons; en agissant ainsi, comment n'a-t-il pas mérité le plus grand honneur dans sa patrie (1)? » La postérité a justifié cette noble protestation du disciple en faveur de son maître.

2. Le rôle d'Athènes n'est pas fini; mais si elle ne s'abandonna pas, après une chute aussi terrible, elle ne reprit jamais d'une manière complète son influence politique. Quelques-uns de ses soldats, à qui la guerre était nécessaire et qui devint pour eux

(1) Mémoires sur Socrate, I. 2.

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