CHAPITRE V
révélé à lui-même son incurable faiblesse. La retraite des dix mille ne laissait aucun doute, et l'étendue même de l'empire qui n'était pas encore sérieusement entamé, ne pouvait qu'aggraver le danger.
En 334, Alexandre part de sa capitale Pella avec trente mille fantassins et environ cinq mille cavaliers, laissant derrière lui une réserve considérable. Il avait cent soixante trirèmes et un grand nombre de vaisseaux de transport.
La flotte des Perses, composée de quatre cents navires de guerre, ne s'opposa pas à la descente sur la côte asiatique. Il passa le Granique malgré la tenace résistance des Perses, perdit peu de soldats, en tua ou en fit prisonniers un grand nombre, et offrit à Athènes trois cents trophées pour le Parthénon, avec cette inscription : « Sur les Barbares de l'Asie, Alexandre et les Grecs, à l'exception des Lacédémoniens (i). »
Il prit par la terreur ou soumit de force les villes et les États de l'Asie-Mineure qu'il parcourut tout entière. Memnon le Rhodien, dont la flotte visitait les îles de la mer Egée et menaçait de débarquer en Grèce, l'arrêta un moment. Sa mort laissa une entière liberté à Alexandre, car si ses successeurs continuèrent son plan de campagne, ils manquaient de ce qui aurait pu le faire réussir.
Darius amenait une immense armée dont l'Athé-
(1) ÂRRiEif. L'autorité do cet historien est très grande pour tout ce qui ne touche pas à la personne d'Alexandre. Les sept hvres de son Histoire de l'expédition d'Alexandre ^ quoique écrits au ii^ siècle après J.-C, se réfèrent à des documents officiels de la Macédoine.
nien Charidèmos lai signala la faiblesse. Il l'en punit, la liberté n'existant dans l'empire des Perses que pour flatter les rois. Alexandre avait failli mourir à Tarse. Il soumit la Gilicie, et rencontra Darius à Issus, sur le petit fleuve Pinaros. Les historiens évaluent à cent mille hommes la perte des Perses, et celle des Macédoniens à trois cents fantassins et à cinquante cavaliers (29 nov. 3 33). Il ne faut pas oublier que cette évaluation disproportionnée est faite par des historiens Grecs ou Romains.
La famille et le trésor de Darius tombèrent avec tous les bagages entre les mains d'Alexandre, qui se montra aussi généreux dans la victoire qu'il avait été terrible dans le combat. Il trouva à Damas des députés d'Athènes et de Sparte, qui avaient mission de surveiller les événements ou de préparer une entente avec la Perse. Il renvoya les premiers et fit mettre en prison les derniers. Il y avait dans sa lutte contre Athènes quelque chose de chevaleresque, et il savait que Sparte aurait considéré comme une faiblesse toute avance ou toute concession. Quant à Thèbes, elle ne comptait pas.
En ce moment, l'attention d'Athènes était absorbée par une grave affaire. Après la bataille de Ghéronée, on avait pris des mesures de défense, et cent talents furent consacrés à la réparation des murs. Dix citoyens étaient chargés de la direction administrative des travaux, et Démosthène surveilla l'exécution d'une section. Les dix talents qui lui avaient été accordés ne suffisant pas, il ajouta cent mines dont il ne demanda pas le remboursement. En même temps il en consacrait dix mille aux spectacles.