‹ Les institutions d'AthènesChapitre 143 sur 335 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Alexandre marcha contre Bessus, soumit la Parthyène et l'Arie, la Bactriane et la Sogdiane, battit les Scythes, reçut la soumission de Taxile, vainquit Porus et arriva sur l'Hyphase qu'il ne considérait pas comme la limite de ses conquêtes. Mais ses soldats ne voulurent pas l'accompagner plus loin. Il revint à regret sur ses pas, après avoir élevé comme monument de ses victoires, douze autels d'une grandeur colossale, et fait des sacrifices solennels en l'honneur des dieux qui avaient secondé son entreprise. Il devait bien quelque chose à ceux dont son orgueil et l'adulation des vainqueurs et des vaincus l'avaient fait l'égal.

Il recevait sur son passage la soumission des villes et des peuples. Il dut en réduire quelques-uns par la force. Ce ne fut pas sans danger, et sa valeur impétueuse, trop souvent téméraire , faillit plusieurs fois lui coûter la vie. Il redescendit l'Indus et revint vers l'occident, pendant que son amiral Néarque explorait les côtes et venait aboutir, après un périple d'un intérêt militaire, commercial et scientifique, aux bouches du Tigre et de l'Euphrate réunis.

Il ne se contentait pas de soumettre; il essayait d'établir sa puissance d'une manière solide, étendait l'influence hellénique, laissait des garnisons, afin de maintenir la paix et d'organiser le gouvernement, mêlait les Macédoniens aux populations asiatiques, prenait lui-même les habitudes orientales, et montrait trop souvent par des crimes et par des excès de toute sorte, intermèdes des plus hauts faits, que la grandeur humaine est toujours faible par quelque endroit.

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Il s'arrêta à Babylone où des ambassadeurs d'un grand nombre de peuples de l'Occident l'attendaient. On venait lui demander une alliance, implorer sa protection ou essayer de prévenir ses coups. Il avait de grands projets, et de quelque manière qu'il les eût exécutés, parle nord de l'Afrique ou par le cours du Danube, il est certain que l'existence de la plupart des États de l'Europe méridionale était en question. Qu'en aurait fait Alexandre, et que fût devenue, si elle avait pu s'établir, cette domination universelle?

Tout cela tomba avec lui : « Nous voyons par son exemple qu'outre les fautes que les hommes pourraient corriger, c'est-à-dire celles qu'ils font par emportement ou par ignorance, il y a un faible irrémédiable inséparablement attaché aux desseins humains; et c'est la mortalité. Tout peut tomber en un moment par cet endroit-là ; ce qui nous force d'avouer que comme le vice le plus inhérent, si je puis parler de la sorte, et le plus inséparable des choses humaines, c'est leur propre caducité, celui qui sait conserver et affermir un État a trouvé un plus haut point de sagesse que celui qui sait conquérir et gagner les batailles (1). »

Il mourut de ses excès, à l'âge de trente-trois ans, le 21 avril 323, laissant un grand nom, une gloire incomparable, le souvenir de rares vertus, de vices déshonorants, de vastes projets qui semblent dépasser l'homme, et une œuvre qui tomba avec lui. Il avait compris les Grecs et jugé les Perses. Son âme était à la hauteur de sa prodigieuse entreprise, et

(l) BossuET, Discours sur l'Histoire universel Ip, les Empires, ch. V.

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