‹ Les institutions d'AthènesChapitre 144 sur 335 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

l'on peut dire qu'il animait de sa confiance et de son courage tous ceux qui combattaient avec lui : « Le projet d'Alexandre, dit Montesquieu (1), ne réussit que parce qu'il était sensé. Les mauvais succès des Perses dans les invasions qu'ils firent de la Grèce, les conquêtes d'Agésilas, et la retraite des dix mille avaient fait connaître la supériorité des Grecs dans leur manière de combattre et dans le genre de leurs armes, et l'on savait bien que les Perses étaient trop grands pour se corriger. »

La Grèce perdit sa liberté et cessa d'être le centre de cette influence née de son esprit, de sa langue, de ses institutions, de ses victoires, de ses relations universelles. Les royaumes formés par les dépouilles du conquérant portèrent toujours l'empreinte grecque, mais ils subirent de constantes vicissitudes, et la Grèce elle-même qui perdait la liberté , n'avait pas, en échange, conquis le repos.

Les successeurs d'Alexandre et Rome.

1. Quel serait le successeur d'Alexandre? L'armée et Babylcne se le demandèrent d'abord, l'Asie et l'Europe partagèrent ensuite cette incertitude inquiète. Perdiccas, qui avait reçu l'anneau d'Alexandre mourant, le déposa, espérant qu'on le lui rendrait avec la tutelle de Tenfant qui allait naître de Roxane.

(1) Esprit des lois, X, 13.

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D'autres furent pour le fils de Barsine; chacun des généraux pensait à lui-même, ne reconnaissant à aucun autre ni une capacité, ni des services, ni un droit supérieurs aux siens. Alexandre, dit Bossuet, « laissait des capitaines à qui il avait appris à ne respirer que l'ambition et la guerre (1). » Il est certain que les plus sages réclamaient l'égalité, et que l'égalité était aussi impossible à établir que l'union, en l'absence d'une autorité et au milieu d'appétits immodérés.

Il fut convenu que Perdiccas et Léonnat auraient la régence pour l'Asie, Antipater et Cratère pour l'Europe. Puis, à la suite d'un mouvement militaire, on partagea l'empire entre Arrhidée, frère imbécile d'Alexandre, et l'enfant de Roxane.

Au milieu d'une revue, Perdiccas fit saisir et fouler aux pieds des éléphants trois cents mutins. Les funérailles d'Alexandre furent donc sanglantes, comme il l'avait prévu. Les généraux se partagèrent alors les provinces, à l'exception de Perdiccas, qui eut le commandement de l'armée et de la flotte, restant ainsi en dehors et au-dessus des autres.

Les révoltes avaient été empêchées ou comprimées par l'ascendant ou la force d'Alexandre. Elles devaient se multiplier sous ses successeurs, et l'ambition individuelle leur fournit de fréquentes occasions. Celle de la Grèce fut plus durable et eut des conséquences plus graves que les autres.

Athènes avait senti tout ce que cachait la déférence politique d'Alexandre pour son présent, par respect pour son passé. Elle ne s'unit pourtant à

(1) Discours sur l'Histoire universelle, les Empires, ch. V.

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